Allocution prononcée au colloque des maires pour l’enfance : « Le politique peut-il réguler le désir d’enfant ? » Paris, 22 novembre 2006 

 

Chapitre 1. Qu’est-ce que le « désir – projet » d’enfant ? 

 

Néologisme quelque peu barbare, je l’avoue ! Mais le seul terme « désir » est tellement réducteur ! 

S’étayant sur de l’inné – l’instinct de reproduction puis d’élevage -, chaque être humain, dès sa plus tendre enfance, concocte lentement, sûrement, de façon mouvante, ce qui va s’affirmer de plus en plus clairement comme un désir de procréer et d’interagir avec celui qui sera un jour son enfant. Cela commence dans l’imaginaire avec les premiers jeux de poupée et les jeux de cours de récré, cela continue par quelques exercices pratiques de parentage demandé aux aînés. 

Ces représentations mentales sur l’enfant à venir, cette expectative de plus en plus précise, avec les affects qui y sont mêlés, s’appuient largement sur les expériences relationnelles et affectives que l’enfant fait avec les adultes proches de son entourage. 

On ne peut cependant pas parler de reproduction à l’identique, car l’être humain bénéficie d’un pouvoir de filtrage et de transformation intérieure sur ce qu’il perçoit et vit à l’extérieur. Néanmoins, il existe le plus souvent de fortes analogies de sens entre la synthèse interne et les vécus externes. C’est dire du coup combien le mot « désir », qui fait penser à l’envie et à l ‘amour, réduit, voire trahit la réalité de la construction interne qui sculpte progressivement les contours de l’enfant à venir et ses interactions avec lui.


 Tout enfant vit également des expériences agressives avec ses proches, qui sont parfois même majoritaires : pour d’autres, c’est l’indifférence qui prédomine et l’enfant se sent n’avoir aucune importance. Et chacun se laisse imprégner par tout ce monde expérientiel pour construire une expectative précise de son enfant à venir, marquée selon les uns ou les autres par la joie et l’amour prédominant, par la haine et la volonté de lui faire payer le passé, par l’ambivalence, par l’indifférence, etc.

 

En simplifiant beaucoup, nous nous en tiendrons néanmoins au terme « désir d’enfant », pour désigner cette construction interne liée à l’histoire de vie. 

Au fur et à mesure que chacun grandit et se rapproche de la possibilité de procréer concrètement, son désir va être remanié. Principalement par le système de valeurs que chaque personne élabore aussi et par son intelligence, qui lui apporte entre autres une connaissance sur les attentes de sa société, sur l’avenir de l’humanité, sur les besoins des enfants. Ainsi soumis à la réflexion personnelle, le désir devient projet, mûri dans la solitude, discuté avec le partenaire de vie ou parfois avec d’autres proches. Ainsi le désir d’avoir une ribambelle d’enfants s’est-il transformé chez beaucoup en projet d’en avoir deux ou trois, et en commençant à les mettre en route après trente ans. Tel homme porteur d’une pathologie génétique demandera que son épouse soit inséminée par un autre sperme, etc. … Ce n’est évidemment pas toujours aussi responsable ! 

En 2006, la grande majorité de ceux qui ont envie de vivre leur parentalité se donnent un droit très fort de réaliser leur désir-projet sans plus se poser de questions sur le bien fondé de leur conception à eux. S’ils ont des problèmes de fécondité et que la nature leur résiste, ils se font puissamment aider par la médecine. Ailleurs, ils mettront à profit l’absence de lois ; ou encore ils créeront des lobbies et s’efforceront de faire changer celles-ci, pour que leur désir-projet se réalise lorsqu’il est en rupture avec les traditions de leur société. 

Dès la grossesse et en tout cas dès après l’arrivée de l’enfant concret dans leur foyer, les nouveaux parents ne s’en tiennent pas là : ils génèrent des attitudes qui visent à « marquer » leur enfant, à infléchir sa vie spirituelle et même biologique dans une direction précise, celle dont ils rêvent, celle qui leur paraît idéale : le faire manger écologiquement ou le gaver de frites et de pâtes … l’enseignement général puis l’Université plutôt que l’apprentissage d’un métier manuel … la politesse guindée ou l’impertinence.

 

Difficile, voire non souhaitable, d’échapper à l’exercice appliqué de cette attente, que les parents manifestent tant via l’éducation ou le dialogue volontaire que par leur propre témoignage de vie et par des attitudes spontanées dont ils ne sont pas toujours conscients. Même les parents qui prétendent laisser leur enfant très autonome mettent en oeuvre de la sorte  leur attente à eux : leur enfant de rêve est celui qui « se montre » autonome. 

Et remarquons pour terminer cette définition, que ces désirs-projets pleuvent sur l’enfant depuis toute la communauté adulte, et pas seulement depuis les parents. 

L’école a le projet de son écolier de rêve, qui s’exprime librement, manie l’ordinateur avec brio, mais seulement pour enrichir son savoir, s’affirme mais ne conteste quand même pas trop le système. Les psychothérapeutes ont leurs attentes sur leur petit client de rêve, celui qui progresse vers davantage d’introspection et de communication, n’est pas trop dépendant d’eux mais ne casse pas leur matériel pour autant. Les services sociaux, sur leurs enfants défavorisés de rêve, ceux qui disent merci parce qu’on les laissent envers et contre tout dans leur famille chaotique, etc. …


Chapitre 2 Les effets sur l’enfant

I. Même lorsque le « désir-projet » d’enfant est largement positif, c’est-à-dire dans ces cas majoritaires où il est davantage chargé d’amour que de haine et de rejet, il comporte donc inéluctablement des attentes précises. Inscrit dans un espace, un temps et une culture, souvent en harmonie avec une double généalogie qui se perd dans le temps, l’enfant est invité avec une insistance variable à emprunter des chemins de vie précis. 

Jusqu’à un certain point, ce désir qui veut le « marquer » d’une manière originale est positif pour son devenir psychique. L’enfant a besoin d’une présence engagée à ses côtés pour se sentir suffisamment important ; il a besoin de contenance et d’insistance pour donner le meilleur de lui-même par le travail et la persévérance. Il a besoin que se matérialise la présence, l’intérêt et l’autorité de l’adulte proche, celui qui se définit comme son parent, pour que croissent ses propres valeurs morales, sa confiance en soi, sa socialisation, pour qu’il développe ses ressources propres. 
Mais il y a plus : il a besoin aussi qu’on lui indique la route à suivre pour qu’on soit fier de lui ; pour qu’il soit le plus pleinement et le plus spontanément reconnu comme « fils ou fille de … » ; il capte ces signaux indicateurs et souvent, jusqu’à un certain point, il s’efforce de les faire siens, d’intégrer ce qu’on attend de lui, bien plus que de simplement obéir par prudence, ou au contraire bien plus que de se rebeller diffusément : il ressent que, si ses parents ou si ses proches ont une attente précise, c’est qu’il est assez important à leurs yeux pour qu’ils l’aiment et c’est aussi parce qu’ils l’en jugent capable. Sur ce dernier point, ils n’ont pas toujours raison, mais c’est ainsi, et rien de pire que l’indifférence.

 

 II.Et pourtant il existe un paradoxe fondamental autour des sources de notre devenir psychique. S’il est bon que l’enfant soit invité à faire route dans le projet pensé par son entourage proche, il est bon aussi qu’il soit reconnu dans son altérité radicale. 

Depuis bien avant sa naissance, il est une autre personne humaine avec une pensée et une créativité, des ressources positives et des manques qui lui sont propres, avec une capacité autonome à désirer, avec une liberté intérieure qui, de plus en plus au fur et à mesure du grandissement, va lui faire évaluer et acter ce qui est bon et important pour lui.Et donc, face aux rêves et attentes de ceux qui les élèvent,  beaucoup s’en imprègnent en partie et s’en différencient en partie. Accessoirement, il reste chez chacun une troisième zone d’extension variable pour la seule obéissance : ici l’enfant se soumet à certaines attentes des parents ou à certaines lois qui définissent la vie sociale sans y adhérer de l’intérieur, mais par angoisse ou par prudence. 

Les proportions respectives d’intégration des attentes de l’entourage et de différenciation [2] varient d’un enfant à l’autre. Certains s’efforcent de correspondre très largement aux attentes que l’on a sur eux et peuvent s’en trouver très heureux. Mais si elles sont excessives – par exemple dans le domaine scolaire – on les voit s’épuiser, vivre des sentiments d’échec et de culpabilité, et générer une mauvaise image de soi. Avec la même motivation de non mise en question de ce qui leur est demandé, on voit bien que d’autres ont refoulé leur droit à la différenciation, et sont comme des automates malheureux, par exemple pour avoir épousé une carrière dans laquelle ils ne s’épanouissent pas. 

A l’inverse, certains ne veulent quasi rien entendre des attentes que l’on a sur eux. S’ils rencontrent sur leur chemin des parents tolérants, qui ne démissionnent pas sur l’éducation à des règles de convivialité, mais qui savent renoncer à leurs rêves plus forts, tant mieux ! Cette catégorie de parents, humbles et souples, peut même finir par se réjouir des chemins alternatifs qu’emprunte leur fils ou fille. Mais si les parents s’obstinent, alors, ce peut être le bras de fer réciproque, les sabotages des projets parentaux - on peut toujours finir par se faire exclure de telle école -, les conflits ouverts, le temps perdu à batailler et à s’insulter plutôt qu’à développer des ressources positives et finalement les portes qui claquent et les ruptures plus ou moins définitives. 

Khalil Gibran avait tout à fait compris qu’on ne devrait pas penser les missions et les mots-clés de la vie d’un enfant à sa place. Il le dit dans son livre poème le Prophète :

 

« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et filles de I 'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes, car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. »

 

Cette reconnaissance n’exclut pas l'éducation. Celle-ci n’a pas pour but de s’opposer aux dimensions profondes du projet de vie. Elle socialise, elle fait apprendre à l'enfant des comportements qui l’adaptent au groupe, aussi longtemps  qu'il est sous l'autorité de celui-ci. 

 

Chapitre  3 L’évolution contemporaine du droit à désirer

  

Il a probablement existé de tout temps un désir d’emprise de la communauté des adultes sur ses enfants. C’est vrai à propos des « attentes spirituelles » entre proches, que nous avons évoquées dans le chapitre précédent. Mais au-delà, on a fait – et on fait toujours quelque peu – des « projections instrumentales » sur les enfants à naître ou déjà nés, sans se poser fondamentalement la question de leur bonheur individuel : autrefois, on avait des enfants pour assurer la survie du clan. Les bourgeois du XIXe siècle couvaient l ‘aîné pour assurer la survie du patrimoine et éduquaient leurs autres enfants par devoir, tandis que les paysans se procuraient par la reproduction une main d ‘œuvre bon marché. 

Il faut donc réfléchir soigneusement avant d’affirmer que l’on assisterait à une sorte de révolution en matière de désir d’enfant et, pire encore, avant de céder à la résistance frileuse au changement et d’insinuer que toutes les modifications contemporaines feraient le malheur des dits enfants. 

Dans ce chapitre, j’esquisserai quelques constatations sur ce que j’appelle « le droit contemporain à désirer ». Dans le suivant, j’en tirerai quelques applications importantes pour le désir - projet d’enfant.

 

  1. Tout désir individuel non outrancièrement antisocial vécu par un adulte a tendance à devenir omnipotent : « You like it, just do it ». Dans le cadre de la mutation profonde d’une société qui, d’autoritaire, est devenue davantage individualiste et où les relations se négocient plus qu’elles ne s’imposent, dans le cadre d’une dynamique effrénée de consommation et de ses contraintes non-avouées, chacun croit de plus en plus non seulement qu’il a le droit de désirer et de l’exprimer, mais plus fondamentalement de voir son désire reconnu et exaucé : « Un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux ».

 Son désir ne peut être que légitime et chacun, se groupant éventuellement en lobbies va chercher à obtenir une règle, une loi qui lui permet de l’exaucer.

La société tend à devenir un self-service de normes à usage individuel où chacun se fait faire et reçoit un décret ou une loi pour officialiser son désir et en rendre possible la réalisation. 

Ce désir que l’adulte veut imposer, il est rare qu’il accepte d’en évaluer en profondeur la valeur humaine et les effets potentiels. Il ne se persuade et ne persuade la communauté que de ses dimensions positives. Son désir, il en est sûr, ne peut apporter que bien-être et bonheur à ceux qui en sont les réceptionnaires. 

Donc l’adulte pose la question de l’affectif, du bonheur, de la réalisation individuelle de soi, ce qui est bien dans l’air du temps … mais il le fait avec une pensée égocentrée, étant juge et partie à la cause, et en balayant obstacles et contradictions : « Je désire. J’ai raison de désirer. J’ai droit à un enfant et me le donner ne peut faire que notre bonheur à tous les deux. »  

Et lorsque des tiers, s’appuyant sur leur expérience de vie, leur expérience professionnelle, leur savoir, disent qu’il y a peut-être problème, l’adulte branché et contemporain leur répond que tout est relatif, que c’est peut-être ce qu’ils pensent mais que d’autres pensent autrement ; bref, on refuse que ces témoins puissent être les porte-paroles d’un savoir sur l’humanité davantage transcendant qui, sans être immuable, serait cependant plus stable.

On est à l’ère de « Ca se discute » et autres reality shows, dans un brassage perpétuel d’idées où la parole de chacun , non seulement est digne du même respect – ce qui est correct -, mais est censée porteuse de la même scientificité – ce qui est aberrant - !

 

2.Non seulement le désir individuel cherche-t-il intensément à être légalisé, mais corollairement, à se réaliser « envers et contre tout », souvent avec l’aide de la technique. 

L’être humain s’en remet de moins en moins au hasard, il programme de plus en plus minutieusement les circonstances de temps, d’espace, etc … où ce qu’il projette se matérialisera. Il n’accepte plus non plus les manques, les failles, les obstacles sur les chemins de son désir. 

« Un enfant à tout prix » et ces mots sont parfois à prendre au premier degré : l’argent et les outils ne manquent pas dans certaines aventures. L’acharnement peut être incroyable – je pense, par exemple, à l’insistance acrobatique de certaines techniques de procréation assistée ; lorsque le bon sens crie de toutes ses forces « non, arrêtez », l’adulte quémandeur trouve toujours, pour tenter l’impossible, un savant plus fou que lui, ou plus intéressé par l’argent. 

On ne veut donc plus  assumer que chaque choix, suivi de son résultat connote ses caractéristiques propres en termes de ressources, mais aussi de caractéristiques limitantes. Si tout n'est pas possible dans un cadre donné, alors peu importe, on cherche à faire éclater le cadre ! Une femme célibataire à qui on refuserait officiellement l’insémination par donneur peut acheter sans problème un kit de sperme frais sur Internet, censé provenir d’un athlète très beau, à haut potentiel intellectuel, et d’une race précise.

On assiste à une volonté folle d'éradiquer de l'humanité toutes les souffrances morales et notamment les souffrances liées aux pertes et aux manques ; ces souffrances sont pourtant inhérentes à notre condition humaine ; les accepter apporte régulièrement plus de paix intérieure, plus de légitimation du sens de l'existence, que de vouloir les combattre et les colmater à n'importe quel prix, parfois en niant l'évidence.

C'est en assumant les différences qui nous distinguent les uns des autres, en les nommant et en communiquant à leur sujet qu'on entre dans le vrai monde de l'égalité entre humains. 

 

Reconnaître et parler nos différences ne les supprime pas, ne supprime pas tout de suite le poids pénible du manque dans le quotidien, mais c'est quand même cette reconnaissance qui lui donne les meilleures chances de cicatriser petit à petit. Elle conduit aussi au sentiment de partager une humanité pleine avec les autres. 

Ce sentiment d'égalité généré par la reconnaissance des différences, ce n'est pourtant pas l'égalitarisme, à l'arrière-plan des pensées de ceux qui veulent que tous leurs désirs soient satisfaits.

 

Chapitre 4 Applications au désir – projet d’enfant. 

 

  • I.Pratiques qui engagent la matérialité de la vie de l’enfant.

 

Les pratiques contemporaines que nous allons d’abord évoquer portent sur la vie biologique et matérielle de l’enfant, mais aussi par ricochet sur sa vie affective et spirituelle, qui en est indissociable.  En voici quelques importantes :

 

I. Le désir – projet de mort du fœtus ou de l’enfant déjà né


Il est légal et donc réalisable à certaines conditions, celles qui encadrent l’avortement légal ou l’euthanasie passive des enfants en phase terminale de maladies incurables et mortelles. A l’heure actuelle, cette grave décision peut se justifier si elle est prise de façon réfléchie, éthique, en équipe, en pesant soigneusement le pour et le contre en ce inclus ses implications potentielles sur ceux qui continuent à vivre après.
 

Je le cite ici, ce désir – projet de mort, pour appeler les choses par leur nom et avec l’espoir qu’il ne sera jamais opérant dans une société comme un geste banal, au service du seul confort de ceux qui le vivent et le posent. 

Je pense par exemple aux fœtus découverts porteurs d’un handicap. Je ne suis pas toujours que l’on laisse réfléchir les parents sereinement à leur propos, pour évaluer le devenir affectif de leur famille avec ou sans membre handicapé. Les médecins et d’autres professionnels font parfois trop de pression à l’élimination, porte-paroles involontaires d’une société de consommation qui ne peut être que clean. Je suis préoccupé de savoir, par exemple, qu’on propose déjà l’avortement simplement parce que la mère enceinte a présenté une maladie comme le CMV qui, de loin en loin, affecte le fœtus, alors qu’on ne trouve rien d’anormal sur celui-ci. 

Dans le même ordre d’idée, je pense qu’il faut continuer à réfléchir avec intensité au sort des embryons surnuméraires laissés par la procréation assistée. Même si la vie humaine n’est pas « la » valeur suprême, même si elle peut être sacrifiée pour de solides raisons, nul d’entre nous ne peut affirmer avec certitude le moment où elle commence avec sa spécificité spirituelle. Il ne faudrait pas que ces embryons soient fabriqués un jour à la chaîne pour en extraire les Omega je ne sais combien dont on découvrirait qu’ils regorgent.

 

II. Disposer de l’enfant quand ses parents se séparent 

 

Au niveau le plus radical, ne serait-il pas juste de mettre au moins de temps en temps un bémol à l’affirmation « Quand un couple ne s’entend plus, la dernière chose à faire, c’est qu’il reste ensemble pour les enfants ». A généraliser cette recommandation, on en a fait un slogan idéologique, plus qu’une vérité scientifique qui a certainement sa part de sagesse. 

Dans le cadre de certaines séparations parentales, n’est-il pas parfaitement injuste que l’on dispose des sentiments et des pensées de l’enfant, en essayant d’empêcher la spontanéité de ceux-ci, et même en le trompant délibérément sur la personne et les motivations du parent absent ? Sans pour autant obéir chaque fois strictement à ce que dictent les préférences et les aversions spontanées de l’enfant, faut-il pour autant faire semblant de croire que toute démarche lui est accessible et que, s’il ne la pose pas, c’est parce qu’un vilain adulte aliénant conditionne son comportement ? 

Tel père, par exemple, peut-il penser sérieusement que sa fille de douze ans ne va pas lui en vouloir beaucoup, en son nom propre, alors qu’il est parti sans crier gare avec sa jeune secrétaire – ou son jeune secrétaire, en 2006 – en désertant un foyer qu’il investissait jusqu’alors raisonnablement bien ? 

Et fallait-il vraiment voter une loi qui entérinait la tyrannie de l’égalitarisme, en faisant de l’hébergement alterné le choix présenté comme le plus normal ? Tant de souffrances à son propos s’expriment un peu partout, et ne sont pas entendues par  une société qui y recourt de plus en plus, même pour des enfants très jeunes.

III. Adoptions et fabrications sur mesure au nom du droit de...??? (oui, de qui??)  

On ne rappellera donc jamais assez que l’adoption, c’est donner une famille à un enfant qui en a besoin et pas donner, ni a fortiori fabriquer, un enfant pour des adultes qui en ont le désir. Il n'y a pas un droit à I'enfant, mais bien un devoir de continuer de façon responsable l’aventure de la vie et donc un devoir de solidarité à l’égard d’enfants en grande souffrance sociale. 

Par l’adoption plénière, leurs parents adoptifs inscrivent officiellement, symboliquement et entièrement ces enfants dans une filiation ordinaire, celle de leur généalogie à eux. 

Les parents candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant - ils sont déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils n'ont le droit de choisir l’enfant qui va venir habiter chez eux. 

Pour que l’évaluation des candidats soit positive encore faut-il qu’ils présentent une maturité affective personnelle, une vie de couple suffisamment bonne et qu’ils offrent à l’enfant un cadre anthropologique optimal [3]. 

 

1.En s’appuyant sur ces critères, l’on devrait se montrer très réticent à confier un enfant à adopter à un parent-candidat célibataire.

 

Que ce soit par phobie ou par choix positif, celui-ci ne prend pas la différence complémentaire des sexes en considération dans son propre itinéraire de vie. C'est comme si cela n'avait pas d'importance que l'enfant assiste, au coeur de sa vie, au témoignage de l'amour d'un homme et d'une femme, et à la manière dont le masculin et le féminin s’expriment et se négocient. 

Ensuite, la double pratique du célibat et de la parentalité connote implicitement un vécu de toute-puissance inquiétante dans le chef de l'adulte, même si ce n'est pas lié à un caractère autoritariste : « Je puis tout comprendre seul(e ); je puis me débrouiller tout(e) seul(e) ; je n'ai pas vraiment besoin d'un autre au coeur de ma vie ». Affirmation dangereuse et illusoire, et témoignage préoccupant pour l'enfant qui pourrait soit s'en sentir très insécurisé, soit s'en imprégner à son tour !

2. Idem pour les candidats trop âgés 

3. Il me semble enfin néfaste pour l’enfant que le désir qu’on a de le fabriquer sur mesure, donne lieu à des pratiques commerciales [4], telles qu’on le voit déjà tout à fait légalement, par exemple aux Etats-Unis.

Ici, par exemple, un couple de parents-candidat fortuné achète très cher l'ovule d'une egggiver puis le ventre d'une mère porteuse, avant de récolter le produit fini. Des avocats bétonnent le processus à l’aide de juteux contrats. Je ne sais pas si l’enfant est jetable au cas où il ne conviendrait pas. 

On n’en est pas encore là en Europe. Pas légalement, non. Mais du sperme ou des ventres de mère porteuse s’achètent aisément sur Internet.

 

 Les enfants dont le désir des parents modifie le corps

 

N’existe-t-il pas un droit universel garantissant l'intégrité du corps ? Les exceptions prévues ne concernent-elles pas la nécessité de soigner ou/et de protéger ce corps d'un danger, alors que l'être humain concerné est dans l'incapacité de donner son consentement ?    

 

Transgresser le principe d'intégrité est très dangereux : comment justifier le fait de disposer du corps d'un autre, ici d'un infans, sans son consentement ? Une fois levée une barrière de principe, surgissent vite des applications de plus en plus folles et de plus en plus nombreuses, auxquelles il risque de devenir impossible de résister.

Pourtant, en partie sous la suggestion de médecins, une pratique hasardeuse existe déjà ; elle a même été légalisée dans l’un ou l’autre pays, c’est celle de concevoir des bébés dits médicaments. Bébés conçus au terme de manipulationstechniques compliquées, dans le but de sélectionner la composition cellulaire de leurs tissus, avec l'espoir que des prélèvements faits sur eux puissent être greffés à un grand frère ou à une grande soeur très malade, et peut-être sauver la vie de ce malade. 

J’admets que le problème éthique, ici, est particulièrement douloureux et que la pratique n’est pas absolument à proscrire, par exemple chez des parents qui auraient beaucoup réfléchi et se sentiraient prêts à aimer ce nouvel enfant pour lui, même si le bénéfice thérapeutique escompté ne se produisait pas et que l’aîné mourrait. De là à croire que tout serait réglé pour autant, et que le malheureux petit médicament raté ne vivrait pas un inconfort et une culpabilité profonds, c’est autre chose. Le pire de tout serait donc que, comme en Angleterre, une loi vienne banaliser cette pratique qui ne peut rester qu’exceptionnelle. 

Mais ces rares bébés-médicaments ne constituent-ils pas le signe avant-coureur d’un droit de disposer du corps de l’enfant que va se donner de plus en plus la science, la technologie et la famille, en fonction de ses besoins, désirs et parfois folies d’adultes ?

 

Déjà le fait de disposer d’embryons, surnuméraires ou fabriqués pour la circonstance, aux fins de la recherche scientifique ne pose pratiquement plus de préoccupation éthique aux savants. Demain, ils serviront peut-être au commerce des pommades de jouvence ou des Oméga 185.

 

En toute illégalité, les ventes d’organes d’enfants pauvres ont bel et bien lieu, ainsi que celle de sperme congelé ou frais, ou de ventres porteurs via Internet. Avec ces dernières pratiques, c’est la sélection génétique qui commence, non pas pour éradiquer des maladies graves – ce qui a du sens -, mais pour favoriser l’installation de caractéristiques positives chez l’enfant. Les émissions de vulgarisation scientifique avant-gardistes nous prédisent d’ailleurs l’arrivée de bébés hautement génétiquement sélectionnés qui mijotent pourtant neuf mois dans des matrices artificielles. Et si l’on s’embarque sur ces hasardeux toboggans, aura-t-on un jour des arguments pour résister aux clonages d’enfants, définis comme para humains, et devant servir, de jouets-esclaves ou de matériel de réemploi à leur riche double ? 

Nous devons donc redoubler de vigilance et nous interdire d’exercer cette volonté de puissance et de confort où, sans plus prendre le risque du hasard et du manque, nous en arriverions à acheter une descendance que nous voudrions trop … à notre image et à notre ressemblance. Tiens, n’est-ce pas le fantasme … ou la prérogative de Dieu, cela ? 

 

 Rêves et attentes spirituelles inadaptés.

 

Même s’il n’est pas déjà sélectionné génétiquement, le bébé contemporain a souvent été soigneusement programmé. On n’est pas déjà tout à fait en Chine, mais néanmoins dans beaucoup de familles, il n’est pas loin de constituer une chose rare et précieuse. 

  1. Ne peut-on pas craindre que se maintienne et s’amplifie une volonté d’emprise excessive des adultes sur ce produit si soigneusement conçu ? Emprise exercée sous des formes plus habiles que l’autoritarisme du passé : séduction, chantages affectifs discrets, corruption sous une abondance de biens matériels,  comme important par les proches « pour peu que tu brilles là et comme où nous le voulons ». 

Laurence Gavarini parle d’une fétichisation de l’enfant. Et s’il y a un grain de sable, on va longtemps en refuser l’existence, grâce aux artifices de la technologie, à la Ritaline pour les peu-concentrés, peu motivés, et aux innombrables professions de la remédiation des manques, en ce inclus nombre de psy. L’humilité et le deuil, c’est vraiment en toute dernière extrémité.

 

 2. Ne peut-on pas craindre inversement qu’une partie des parents aille se nicher à l’extrême opposé de l’échelle « emprise – démission » etse soumette trop à la volonté de puissance des enfants ? Les parents ici à la dérive n’osent plus rien exiger ni politesse, ni conduites sociales, ni a fortiori inscription de l’enfant dans un projet. Au delà du consensuel et du négocié, typiques de nos sociétés occidentales, ces parents et d’autres adultes encore ont effacé en eux et autour d’eux l’idée d’un ordre hiérarchique des générations. 

On les voit alors mendier, marchander, ne plus oser donner la vraie punition ou la  fessée qui calmerait des ardeurs excessives - des députés scandinaves sont passés par là -. Si l’enfant est tancé par un professeur, c’est ce dernier que le parent court tancer en retour.

 Au lieu d’installer dans la société des sujets agréables à vivre, et qui ont des idées sur l’avenir, ils mettent en circulation des affreux Jojo narcissiques, se croyant tout permis, hédonistes et dégradants les objets, paresseux et intolérants à la frustration, grossiers et agressifs : les enfants-rois !

 

3.Dans un autre ordre d’idées, ne peut-on pas craindre enfin – et déjà très largement constater – que trop de parents, englués dans les mensonges de la société de consommation et fatigués par les exigences des enfants eux-mêmes, n’assimilent et ne réduisent la fonction d’aimer, d’éduquer, et de travailler à celle de « donner des choses ». Donner en abondance, pour vivre le quotidien, pour apprendre, pour se distraire. 

Trop de plénitude matérielle risque pourtant d’appauvrir la pensée personnelle, la créativité, le pouvoir d’action, le sens de l’effort. Pour penser et résoudre un problème, il faut du vide, du silence, un espace d’intimité. Pas la Starac qui pseudo-pense et pseudo-rigole en permanence à votre place. 

Et voilà que le désir d’enfant, plutôt que de pousser celui-ci à réfléchir et à se débrouiller, en fait un enfant consommation-consommé ; une source de profits, grain de poussière sur le grand échiquier de la consommation. 

S’il s’est perdu une fin d’après-midi avec le petit vélo de ses sept ans, il ne connaîtra pas l’angoisse structurante d’avoir à se débrouiller pour retrouver son chemin. Un portable adapté à son âge et bientôt une puce électronique lui arrangeront ça tout de suite. Et pourtant, ce n’est pas vrai qu’il y a des Dutroux et des Fourniret au coin de chaque rue. 

 

Chapitre 5 Et si nous nous retroussions les manches ? 

 

Les altermondialistes combattent une conception économique néolibérale de la mondialisation qu’ils estiment assassine du vrai progrès de l’humanité. De plus en plus de personnes se découvrent de fortes préoccupations écologistes pour lutter contre la détérioration matérielle de la planète. Un troisième combat me semble tout aussi important, à mener contre le rouleau compresseur de la volonté de puissance de chaque individu, qui devient excessive et s’exprime entre autres dans certaines aberrations du désir d’enfant.  

  1. A tout remettre en question au nom du droit au désir individuel, à bousculer et à casser indéfiniment les organisations sociales et familiales du moment et les repères anthropologiques de toujours, nous introduisons le chaos, l’insécurité, l’absence de repères forts qui laissent déjà les plus fragiles d’entre nous livrés au seul individualisme de leurs pulsions.

C'est le règne de la contestation permanente ; c'est le cafouillage perpétuel des règlements volatils et contradictoires, qui essaient de donner un peu raison et des miettes de satisfaction à un peu tout le monde et dont on ne sait plus extraire des directions de conduite bien tracées vers un avenir cohérent …

Nos communautés doivent donc se réhabituer à entendre des « Non » fermes et forts.

Je ne prétends pas pour autant qu’il soit souvent aisé de tracer à coup sûr la frontière entre ce qui est vraiment mal – et qui doit être certainement interdit -, et ce qui est neutre ou bien. C’est vrai que certains « Non », n’ont qu’une portée relative à l’espace et au temps d’une culture, et que ceux qui les posent ont intérêt à le savoir et à les poser avec humilité. Mais il faut continuer à en poser, car nous gagnons à vivre dans une stabilité qui nous permette de nous repérer. Pour peu qu’elle ne devienne jamais, cette stabilité, une rigidité égoïste au service des plus puissants.

accepter de moins en moins les limites de notre condition humaine, les risques que nous encourons et dont nous commençons à voir les effets, c'est ne jamais être satisfaits ; en vouloir toujours plus et encore plus ; accepter que ce soient les objets et les marchands qui dominent le monde, créer de moins en moins de pensée, d'imagination, d'idées pour dire ce qu’est la vie et la faire progresser en profondeur.

 

 2. Je nous invite également toutes et tous à faire preuve de sollicitude particulière pour nos enfants – et même nos adolescents – qui, dans cette première phase de leur vie, ne parviennent pas complètement, tout seuls, à imposer la reconnaissance de leurs besoins spirituels. Au rang de ceux-ci, dans le cadre de cet exposé, j’ai évoqué qu’ils puissent : 

----  Bénéficier d’un cadre de vie stable et sécurisant, d’un environnement social qui les accueille, les soutienne et soit porteur de repères clairs, en matière d’objectifs de vie, de normes et de Lois. 

---- S’intégrer dans une pleine filiation, une généalogie qui leur donnent de solides racines. 

---- Vivre dans le chef de leur parents amour, présence, témoignage de vie sociable et exercice de la complémentarité sexuée, c’est-à-dire de l’égale importance accordée à l’homme et à la femme au cœur du couple. 

---- Bénéficier d’un « désir-projet » d’enfant qui leur indique une route à suivre. Laurence Gavarini dit : « Se construire dans les déterminations parentales » . 

----  Percevoir que leurs parents et leurs proches peuvent aussi se retirer et les laisser passer, se définir et choisir tout seuls en intégrant d’ailleurs en partie dans leurs choix ce qu’ils ont reçu de leur famille. Laurence Gavarini ajoute : « S’affranchir en partie des déterminations parentales ». Que le jeune naisse à lui-même, c’est-à-dire qu’il se libère des circonstances particulières de sa venue au monde, de son cadre de vie, et qu’il s’en approprie ce qui est bon pour lui. A ce prix, on peut être heureux même si, par exemple, on est un enfant né de l’inceste .

 

3. La responsabilité des politiques

 

Pour conclure, je souhaite vous faire part de ma vision de citoyen sur la responsabilité des hommes et des femmes politiques. Je voudrais qu’ils aident la communauté à vivre sociablement, dans la justice et avec sagesse, en ce inclus qu’elle assure de façon responsable la poursuite de l’aventure de la vie. 

Justice sociale ? ceci connote que nos politiciens continuent à s’occuper de l’accès de tous à l’emploi ou à d’autres occupations positives du temps de vie, ainsi que de la répartition équitable des biens. Justice, tout court, c’est-à-dire qu’ils continuent à s’occuper de la sociabilité de nos comportements à tous, et à nous protéger des excès anti-sociaux de quelques-uns. 

Sagesse ? dans les limites de cet exposé, je dirais que c’est, entre autres, nous aider à trouver un juste équilibre, social et personnel, entre la promotion de notre droit à désirer et l’acceptation de nos limites et de nos manques ; c’est nous aider aussi à nous souvenir que l’être humain est, spécifiquement, un être spirituel et pas un pur réceptacle d’objets de consommation. Par effet de cascade, nos désirs sur nos enfants s’en trouveraient chargés à l’occasion de davantage de vraie humanité ! 

 

QUELQUES COMMENTAIRES

 

De Anne-Marie Roviello, professeur de philosophie à l’université libre de Bruxelles, ce 10/12/06

 

 

Cher Jean-Yves,

 

J’ai lu ton beau texte du colloque parisien, je le trouve plein de profondes et fondamentales pensées et je voudrais te dire mon accord et mon plaisir de te lire tout particulièrement sur quelques points essentiels.

L’humour est, ici encore au rendez-vous comme dans ce passage où tu décris l’enfant idéal : pour l’école, c’est celui qui manie l’ordinateur avec brio, mais seulement pour enrichir son savoir " ...; pour le psy, celui qui progresse dans la communication et l’autonomie, mais sans casser leur matériel pour autant "..., pour les assistantes sociales, etc.…

Tu formules les choses avec une justesse souvent percutante  " La société tend à devenir un self-service de normes à usage individuel où chacun se fait faire et reçoit un décret ou une loi pour officialiser son désir et en rendre possible la réalisation. " 

On est à l’ère de " Ca se discute "

"Désir-projet d’enfant" : il est très bien ce néologisme, il dit bien la plurivocité qui est dans la chose elle-même et pas seulement dans les mots

J’aime beaucoup l’idée que le futur parent " sculpte " son projet d’enfant, qu’une structuration s’opère au fil de ses expériences, que le désir est plus que désir, qu'il s'amplifie de "cette construction interne liée à l’histoire de vie".

 (même s'il faut aussi malheureusement reconnaître la réalité de déconstructions internes liées elles aussi à l’histoire de vie)

Je trouve important que tu rapportes l’altérité radicale de l’enfant, par rapport aux désirs-projets de ses parents au fait que l’enfant lui-même est un être de désirs et de projets autonomes, et pas simplement un être de capacités et de défauts.

Je me rallie entièrement à ta mise en garde contre la revendication très post-moderne : " Un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux ".

Je me réjouis de te voir relever la confusion entre respecter la parole de chacun, et adhérer à chaque connerie proférée au nom de ce respect mal compris une distinction fondamentale, et qu’il est fondamental de relever à chaque occasion, car elle cause énormément de dégâts, dans cette question des enfants, mais aussi sur d’autres terrains.

C’est le même problème qu’on affronte en philosophie ou dans les cours de morale " à chacun son opinion " sans aucun sens de ce qui transcende le simple sentiment subjectif, le simple " libre choix " ou " désir " subjectif.

OUI à tout ce que tu dis sur les embryons réserves médicamenteuses et Cie ! Et aussi sur le fait que nous ne savons pas quand commence la dimension spirituelle du foetus, peut-être dès le départ, non?  Au moins à l'état virtuel, puisque les " mêmes" cellules de départ donneront si elles proviennent d'humains, un humain, et ne donneront jamais un humain  si elles proviennent d'un cheval.

Je n’y avais pas pensé, mais c’est vrai qu’on inverse le sens des choses lorsqu’on oublie que " l’adoption, c’est donner une famille à un enfant qui en a besoin et pas donner, ni a fortiori fabriquer, un enfant pour des adultes qui en ont le désir. "

On peut craindre, en effet l’amplification d’ " une volonté d’emprise excessive des adultes sur ce produit si soigneusement conçu ? ". Emprise d’autant plus grande qu’elle serait plus insaisissable par l'enfant car " exercée sous des formes plus habiles que l’autoritarisme du passé : séduction, chantages affectifs discrets ", etc. 

 

Ici et là j'ai un point de vue un peu décalé par rapport au tien, tout en continuant de te suivre pour l’essentiel.

Par exemple je ne parlerais pas de projet de ne pas avoir d’enfant ou de désir d’avortement. Un projet est de l’ordre de l’élan existentiel positif, alors qu’avortement, ou non désir d’enfant est absence d’un tel élan.  La décision d’avorter, ( à part peut-être chez quelques très graves perverses???) n’est pas vécue dans l’élan d’un désir.

Plutôt que de désir ou de projet n’est-ce pas plutôt un blocage du désir, et une impossibilité de se projeter, d’une rétraction de l’ouverture-au-monde ?

 

 NOTES 

 

  1. La différenciation se pose par rapport aux attentes d’un groupe précis. Elle n’est pas toujours un acte d’une originalité parfaite, comme si l’enfant ou le jeune avait tout sucé de son pouce. Elle peut en avoir l’air parfois, puisant son origine dans des racines bien mystérieuses : dans le joli film Billy Eliot ( Stephen Daldry, 2000 ) allez savoir pourquoi ce jeune anglais de dix ans, bien hétérosexuel, fils d’un mineur anglais « musclé » au chômage, veut devenir danseur classique ! Dans d’autres cas, chez les adolescents par exemple, on se différencie souvent des parents en se conformant plus ou moins intensément aux attentes du groupe de pairs. 
  1. Optimal ? On peut avoir cette exigence, parce que l’offre et la demande étant ce qu’elle est, le nombre d’enfants-candidats sur le marché n’est pas très élevé. On peut donc viser à leur offrir le meilleur ! 
  1. Je ne parle pas ici de la rémunération du travail nécessité par les techniques artificielles, ou presté par les juristes, les services sociaux et les Tribunaux lors de l’adoption, mais bien de l’achat des « produits humains de base ».