• I. L’enfant en âge préscolaire est-il susceptible d’être abusé ?

 Objet désirable pour les pervers susceptibles de s’en approcher doucereusement, sans lui faire peur (grand père, -mari de la gardienne….)

Perversion plus ou moins dégradante, jusqu’à quelques cas abominables de viols de bébés ou de rites sataniques

Quelques ados timides découvrent l’autre sexe à travers le tout-petit, et n’ont d’ailleurs qu’un geste ou l’autre de voyeurisme ou de toucher « délicat », parfois même avec l’enfant endormi (baby-sitters)

Après séparation du couple, pas tout à fait impossible que le père ne veuille prolonger quelque chose du passé, salir la mère, et vivre quelque chose de sexuel à travers le tout petit. Nous prendrons cette application plus fréquente où c’est le père qui est concerné, mais, plus rarement c’est la mère séparée qui peut être incriminée.

  • II. Le tout petit parle-t-il d’expériences sexuelles vécues ?

A. S ‘il est traumatisé, effrayé, si son corps a eu mal : manifestations d’angoisse assez intenses (ciblées, par ex. lors du déshabillage, ou mal-être diffus…stresse aigu) et évitements très rapides : il ne veut plus s’approcher de ce qui évoque l’expérience négative, avec oppositions et émotions très vives…

B. A supposer qu’il n’ait pas été traumatisé, mais plutôt séduit et trompé par un adulte (ou un « grand ») qui a su s’y prendre sur un mode soft ?

Il est quasi-inévitable que le tout-petit évoque spontanément ce qu’il a vécu, souvent de manière inattendue, indirecte et pourtant claire, et ceci, même s’il a reçu des consignes de silence. Ceci se passe souvent de façon différée dans le temps (quelques jours, 2,3 mois…)

Le tout petit se remémore et a besoin d’évoquer des expériences faites qui sortent de l’ordinaire, l’ont intrigué et ont mobilisé ses affects (peur ou plaisir) (1). Il le fait pour exorciser un peu d’angoisse, vérifier l’acceptabilité de ce qui s’est passé et pour dominer l’expérience vécue en sortant de la passivité…

  Face à un tiers proche et en qui il a confiance, il le fait alors spontanément, parce qu’un stimulus évocateur l’active : par exemple le fait d’être à moitié ou totalement  nu au moment du coucher « r...éveille » le souvenir ou/et le désir de touchers à la fois agréables et « hors du commun » qu’on lui a faits, et il en parle ou en redemande (  Dès deux ans et demi, trois ans, il peut même  nommer l’auteur sans se tromper, si c’est un familier  (E : « Tu mets aussi ton doigt dans ma  quiquine ? R. de la maman : Aa, qui fait ça avec toi ? E : Tonton Daniel, etc. … ») 

 Il les évoque parfois aussi dans ses jeux symboliques et figurés, là aussi parce qu’il veut mieux comprendre et avoir la maîtrise intellectuelle dessus. Par exemple, avec ses jouets favoris (poupées, personnages Playmobil ; petits animaux en plastic…) il rejoue spontanément un événement hors commun, traumatique ou non, pour exorciser ses émotions et pour en maîtriser psychiquement les mystères (2) … et il se peut que sa maman, son papa ou un parent proche passe par hasard, l’entende, puis l’interroge. 

Son sexe ou son derrière – ou ceux des grands – peuvent encore constituer des constituants très « naturels » de la vie, et il en parle simplement, ainsi que de la miction et de la défécation, sans la pudeur typique des aînés : si ces zones ont été l’objet de manipulations « extraordinaires » mais qui ne l’ont pas terrorisé, il n’a pas difficile à le raconter. 

Même lorsqu’ils sont pleins d’imagination, les enfants ‘âge préscolaire gardent à distance les vrais adultes et d’autres personnes de la vie réelle, évitant de les incriminer spontanément de manœuvres spéciales sur leur corps dans le décours d’un récit qui serait alors une pure fabulation, Et donc, le simple fait qu’ils parlent spontanément d’une expérience sexuelle – étrange, hors du commun -, mais dont ils n’ont pas encore intégré la nature sacrilège, en l’attribuant à quelqu’un de précis, constitue un important indicateur de fiabilité . 

 C. Toutes les fois où le premier interlocuteur reste suffisamment maître de soi et accueille « gentiment » ce que le petit a commencé à dire, celui-ci s’exprime innocemment, sans honte ni angoisse, et il peut produire une évocation de qualité, déjà concrète et précise, mais dont il est fréquent qu’elle ne porte que sur l’action centrale ; sa capacité d’évoquer des détails, notamment de temps ou d’espaces inconnus (3), est beaucoup plus erratique si pas nulle. Dans une minorité de cas, il s’en suit une prise en charge efficace

D. Mais on assiste bien plus souvent à un bouleversement émotionnel chez son interlocuteur qui, très vite, fait naître en lui grande angoisse, comme s’il venait de dire quelque chose de très mal et de très dangereux, dont il se sent coupable et menacé.

 Tout aussi souvent, ce bouleversement émotionnel s’accompagne de « consultations » diverses…rien de concret ne se passe…l’angoisse du tout petit monte encore, le suggestionne (pour « rattraper la sauce », comment se conformer ?) et introduit de la confusion dans ses souvenirs et ses idées : alors, il se pétrifie et ne dit plus rien ou il transforme son propre discours et le calque sur ce qu’il croit que son interlocuteur du moment attend.

Donc importance+++des premières déclarations et du recueil précis de la toute première révélation, en ce inclus les réactions des confidents…(4)

E. Des instructions judiciaires peuvent se mettre en route mais, en ce qui concerne l’audition de l’enfant jeune, le processus policier et encore plus reste parfois (parfois, sans vraie rationalité) trop lent, trop bureaucratique. Il en va de même d’ailleurs de nombre d’investigations psychosociales

 Dans nombre de cas, le suspect d’abus, souvent soutenu par des proches, et bien sûr par ses avocats dans la suite du processus proteste avec véhémence : « Il est trop petit ; il fabule ; c’est avec un autre que ça s’est passé, c’est sa mère qui est aliénante ».

. S’il ne persiste comme élément de preuve que la parole d’un petit de quatre ans, ou plutôt ce qu’il en reste trois mois après, et donc, entre autres, si la personne suspecte n’avoue rien, le dossier est bien mince. Il suffit alors que l’avocat du suspect murmure « Outreau » au vent des prétoires pour que l’allégation soit définitivement enterrée. Il arrive même ensuite que, peut-être pour se convaincre et se donner bonne conscience, certains juges en remettent une couche et ordonnent une reprise de contact entre l’enfant et celui qui l’a agressé, dans les cas où existe une séparation du couple parental. 

Scénario catastrophe ? Demandez aux gens de terrain s’ils ne l’ont pas déjà rencontré N fois, pour une où la seule parole du tout petit est prise au sérieux et où l’enfant est efficacement protégé par la coordination des institutions à l’œuvre.

  • III. Erreurs d’appréciation des tout- petits

  •  

    A. Ces tout-petits sont-ils susceptibles d’erreurs de bonne foi ?

Par exemple, peuvent-ils attribuer à un geste de nursing, d’hygiène une signification  indûment érotisée par eux ? Pas tout à fait impossible chez les plus jeunes (2,3 ans), mais, quand on y réfléchit, bien peu probable : ils ne se plaignent pas chaque fois qu’on manipule leurs parties intimes pour les soigner !

 Autre erreur pas tout à fait impossible, mais peu probable « Il a vu mon pénis, mais par hasard à la toilette » (la grande majorité des enfants ne fait aucun cas de la vue d’un pénis « normal », même occupé à uriner…la grande majorité des hommes le cache discrètement, sans faire d’histoires parce qu’il a été entrevu)

B. Sont-ils suggestion nables par un parent suspicieux qui « crée en quelque sorte l’événement ? Hélas oui ! (5) Les révélations des tout petits non fiables n’ont pas la même qualité que celles des enfants fiables. Ils claironnent comme une leçon apprise toujours la même généralité. Appelés à parler en présence du parent accusateur, ils ne peuvent pas quitter des yeux l’approbation par celui-ci.

Enfant peu fiable

-Contexte relationnel entre adultes tendus depuis la séparation parental

-discours très figé, répétitif…leçon apprise

-si mère présente, collé à son regard

-identité termes mère-enfantBB

IV. Comment gérer ?

& I. Gestion des allégations spontanées et inattendues

A. Dans de nombreux cas, où l’allégation est spontanée chez un enfant « tout-venant » l’adulte qui reçoit la confidence devrait passer au-dessus d’émotions d’incrédulité et d’angoisse et se discipliner pour bien écouter… 

Rapidement après, (24 à 48h) il faudrait pouvoir récolter et noter les dires de l’enfant et les premières interactions à leur sujet et en une seule fois, dans un environnement serein et à l’écoute : Ce peut être une institution officiellement mandatée et spécialisée là où elle existe, mais sinon, pourquoi pas le bureau d’un généraliste, d’un pédiatre, d’un psy local qui pourrait filmer discrètement l’entretien sur son téléphone. Noter soigneusement tout ce que l’enfant redit et noter aussi le contenu, le contexte et les dialogues autour de la première révélation.

Dans nombre de ces situations il ne devrait pas y avoir de doute, mais il existe quand-même fréquemment une angoisse des professionnels à se référer à la parole d’un tout-petit en lui accordant de la puissance. Ils devraient pourtant se donner du courage ensemble et se convaincre à raison qu’il n’y a pas doute et agir.

-Agir à la belge parfois, à l’amiable, peut améliorer ++ un certain nombre de situations.

-Agir encore en prenant le risque du signalement, pour peu que le tout petit soit bien protégé tout de suite de contacts avec son probable agresseur.

Agir signifie entre autres, protéger l’enfant de contacts avec son agresser et donc, suspendre tout hébergement chez celui-ci pour une durée indéterminée si c’est un parent.

 § II. Lorsqu’il y a doute fondé, sur un possible abus sexuel commis par un parent, à partir d'une allégation faite dans un contexte social non-suspect

Lorsqu'arrive sur la scène socio-judiciaire l'allégation d'un enfant portant sur un ou des abus sexuels commis par un parent, on investigue la situation avec sérieux, bien sûr, mais à la fin et pour peu qu’il n’y ait ni preuve matérielle ni aveu du suspect, il est relativement fréquent que l'on doute (1) . Surtout lorsque l'allégation est liée à la parole fragile d'un petit enfant (moins de 6 ans).

Une tentation commode, alors est de faire comme si les allégations n'avaient aucun poids, de classer le dossier ou d'acquitter purement et simplement un prévenu.

 Nous proposons pour notre part une autre philosophie de travail et une autre méthodologie, en fonctionnant de la façon que voici : 

  1. Tous les professionnels impliqués dans l’évaluation et la gestion ultérieure de la problématique devraient acter clairement et officiellement, chacun pour soi et en le communiquant aux autres, qu’il s’agit d’une situation de doute, probablement à long terme, le déclarer à toutes les personnes concernées (l’enfant (2), sa famille, la personne que l’on dénonce … les institutions), en ajoutant que cela ne paralysera pas leur action ; 
  2. Si les autorités judiciaires sont en place, elles devraient appliquer le principe de précaution :
  • Le Parquet peut garder un dossier ouvert, avec surveillance effective du suspect…
  • Si un jugement est inévitable, celui-ci peut prononcer un acquittement au bénéfice du doute

Au bénéfice du doute ? Eventualité désagréable ? Oui, très, et à bien y réfléchir, elle pèse sur toutes nos têtes et un peu plus sur la tête de ceux qui s’occupent d’enfants. Mais en termes de moindre mal, et en pesant bien la signification des mots, elle me semble moins injuste qu’un acquittement pur et simple comme si l’enfant, source de l’incertitude, était insignifiant et ipso facto non fiable : penser cela, ne serait-ce pas une attitude « corporatiste » d’adultes qui se protègent mutuellement ? 

  • Le Parquet fait simultanément appel à un juge de la jeunesse chargé de la protection des enfants en situation de risque, ne fut-ce ici que pour apaiser un stress très fréquent….

III. Si l’enfant ne souffre apparemment pas de ce stress lorsqu’il est en présence de la personne suspectée, sa situation est néanmoins à risque et il faut  donc que ses contacts avec elle soient strictement supervisés, aussi longtemps que l’on n’est pas absolument sûr que le suspect ne représente plus le moindre danger ou aussi longtemps que l’enfant n’est pas en mesure de bien se protéger tout seul.  Capacité à l’autoprotection qui ne s’acquiert pas avant 9,10 ans chez un enfant « standard », normalement confiant en soi….

  Par exemple, si le couple parental est séparé et que le parent non-gardien est le suspect, les contacts avec lui devraient être épisodiques et placés sous la surveillance d’un tiers fiable, comme un centre « Espace-Rencontres » ; 

  1. Si l’enfant est traumatisé (par le possible abus et par l’ambiance), il me semble éthique de suspendre pour une durée indéterminée les contacts avec le suspect plutôt que de céder à la tentation d’une violence institutionnelle stérile, comme si l’enfant était nécessairement un menteur et comme si le parent confident, porteur de ses préoccupations sur l’abus, était ipso facto un être tout-puissant, refusant le partage de la parentalité : on se trouve dans l’incertitude, ni plus ni moins, rappelons-le ! 
  2. Il nous revient encore de parler clairement de l’incertitude existante avec la personne suspecte : si elle n’a rien fait de mal, c’est involontairement injuste et désagréable pour elle, mais on veille d’abord au moindre mal de l’enfant. Si elle ment, elle le sait dans son for intérieur. 

On doit écouter son ressentiment, feint ou réel, mais il est très rare qu’elle puisse apporter de vrais éléments objectifs, susceptibles de lever l’état d’incertitude ; on lui demandera aussi quelles dispositions elle pourrait prendre pour mieux rassurer son entourage et les professionnels quant à la qualité de ses relations avec l’enfant. On lui recommandera enfin de se montrer particulièrement prudente, car, pendant tout un temps, elle fera l’objet d’une vigilance particulière. 

VI On doit encore parler clairement, dans les mêmes termes, aux adultes responsables en ordre principal de l’éducation de l’enfant ; on les invitera à veiller particulièrement sur celui-ci et à installer ou confirmer un climat de vérité dans leurs relations avec lui. 

VII. On doit enfin parler clairement avec l’enfant s’il est suffisamment âgé ; lui expliquer comment on compte le protéger, malgré le doute ; réfléchir avec lui aux moyens de s’auto-protéger de possibles agressions à venir ; continuer à attirer son attention sur sa part de responsabilité, sur l’importance de la vérité et de la sociabilité. Même les tout petits peuvent bénéficier de ce type de dialogue, avec des simplifications et des mots adaptés à leur âge. 

VIII.  Reste à procéder à des réévaluations régulières de la situation. Par exemple, de trois en trois mois au début, puis de six en six mois. 

 & III. Au pôle opposé : gestion des allégations énoncées dans un contexte social suspect

 

-Ne pas avoir d’a priori et investiguer soigneusement. Il n’est quand-même pas impossible qu’un vrai abus ait eu lieu…

-Si les suggestions qui pèsent sur l’enfant apparaissent très probablement mensongères, agir en conséquence en évaluant soigneusement où se trouve le moindre mal (problème posé par l’attachement de l’enfant au parent aliénant)

-Si cela semble plus confus et que le doute s’installe vraiment, face à cette seule   parole d’un tout petit comme élément de preuve, le moindre mal, ici aussi, et de procéder comme ci-dessus (§ II)

 Aujourd’hui, ce n’est pas toujours ce qui se passe : on renvoie trop souvent ces touts petits purement et simplement d’où ils viennent ou pire, on oblige des reprises de contact, parfois même non protégées, avec les personnes qu’ils accusent.

 

Notes

 

(i). Ce doute, existant ici après investigation soignée, est parfois partagé par les magistrats et les intervenants psycho-sociaux. Dans d'autres cas ces derniers, se fondant sur leur expérience de la psychologie des enfants et sur des questionnaires spécialisés, estiment élevée la probabilité de l'abus ; mais les magistrats, eux, continuent à douter, davantage habités par le critère "Présomption d'innocence ". Peu importe cependant ici cette éventuelle dissociation : nous nous plaçons dans ce texte du point de vue des magistrats et des décisions qu’ils doivent prendre tout en doutant. 

(2) La méthodologie décrite ici s’applique aux doutes face à un mineur de n’importe quel âge. A partir de 6,7 ans, il faut l’associer au vécu de doute partagé. S’il est plus petit, inutile de lui faire à nouveau peur et de le culpabiliser en évoquant devant lui le doute des intervenants ; Il suffit qu’il sache que, si l’adulte accusé a fait ce que lui, l’enfant a raconté, cet adulte « n’ avait pas le doit, c’était mal de sa part », et on va le protéger, lui, l’enfant.