"Grandes lignes de la prise en charge d'un mineur traumatisé"


15 mars 2012 : accident de car à sierre en suisse...30 enfants belges tués

Comment venir en aide aux victimes après cet accident de car en Suisse ? Y a-t-il une procédure particulière à suivre ou faut-il simplement laisser faire le temps ? L'accompagnement pour les jeunes victimes est-il spécifique ? Comment aider leur entourage ? Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, docteur en psychologie et professeur émérite à l’UCL était l’invité de notre chat à 11h30. Il a répondu à vos questions.

 

"Un enfant gravement traumatisé nécessite : présence forte, amicale et maternante à ses côtés, écoute des besoins qu'il exprime, invitation à parler sans néanmoins lui faire violence et le remettre quand c'est possible en position d'acteur c'est à dire de quelqu'un qui peut contribuer positivement à la vie sociale (le contraire d'une victime)", explique Jean-Yves Hayez.

En d'autres termes, "les laisser s'exprimer, les écouter à fond, les aider à donner des détails de ce qu'ils pensent et ne pas vouloir trop vite rectifier le tir de leurs idées. L'enfant attend plus d'être écouté que d'être éduqué par le savoir des adultes".

Attendre qu'il parle mais pas trop longtemps

S'il est bien d'atttendre que l'enfant s'exprime, le pédopsychiatre conseille de ne pas "s'éterniser" non plus. "Si un enfant ne parle pas après 72h, allez vers lui, demandez gentiment ce qu'il pense et ce qu'il vit à propos de ce qui s'est passé (...). Bref amorcer la pompe sans jamais que l'insistance soit violente".

Que faire en cas de silence ?

"Certainement ne pas lui en vouloir pour son silence. L'accueillir en acceptant probablement son mal être (tolérance à des régressions, à de la mauvaise humeur), relancer de temps en temps la question de la parole, notamment en parlant soi-même devant lui. Mais en acceptant fondamentalement qu'une minorité d'enfants considèrera que le silence est la meilleure façon de se rééquilibrer. Comme le disait, une internaute précédemment, c'est peut-être dans dix ans qu'ils parleront", explique notre invité.

"On est chacun soi-même. Le pire serait d'imaginer qu'il y a une aide standard", ajoute-t-il.

Faut-il consulter un psy ?

"La consultation d'un psy n'est pas une obligation dans ces conditions. Toutefois quand le traumatisme est fort, le psy a parfois des idées auxquelles les parents ne pensent pas et des techniques pour aider à se libérer des pensées les plus pénibles. Par exemple, la honte, la culpabilité, une colère irrationnelle contre les parents qui les envoyé dans cet autocar, etc. Plus facile d'en parler à un tiers dont c'est le métier".

Ne pas oublier les frères et soeurs

"N'oublions pas que le vécu traumatique est presque aussi fort chez les frères et soeurs et les amis", insiste Jean-Yves Hayez. "Chez ceux-ci, au chagrin et à l'angoisse se mêle assez souvent la culpabilité parce que les frères et soeurs se reprochent d'être survivants ou d'avoir manqué de gentillesse vis à vis de l'enfant disparu. Bien penser à mettre au jour cette culpabilité".

Et de conseiller à un internaute dont la soeur a survécu à cet accident : "Ayez tous l'oreille bien ouverte pour entendre des questions qu'elle balbutie peut-être parce qu'elle a peur de se le dire tout haut. Mais par ailleurs, en tout cas, pendant 10 à 15 jours, ne précédez pas ses silences. Laissez-lui le temps de penser et de faire davantage de paix en elle. Elle a d'abord besoin de votre présence amicale où vous lui montrerez combien vous l'aimez, combien vous veillez sur elle".

Laisser les enfants continuer leur vie

Si certains parents ont tendance à surprotéger leur enfant après un tel évènement, ce n'est peut-être pas la bonne chose à suivre, explique notre invité. Si cette angoisse est "bien normale et fait du bien à tous, il faut rouvrir le nid et permettre aux enfants de reprendre l'aventure de la vie avec les risques et le hasard inévitable dont elle est porteuse". En d'autres termes, accepter que les enfants "continuent à prendre les petits risques normaux de la vie sociale".

Cela vaut pour tous les parents, victimes ou non de ce drame. Quant aux enfants qui vivent l'évènement de loin et qui pourraient être "traumatisés par procuration". Le mieux est d'extérioriser "nous-mêmes nos idées et nos émotions". "Nous gagnons à partager nos émotions", dit-il, "avoir peur pour eux, c'est aussi leur dire qu'on les aime".

Quelle reconstruction possible ?

"Un enfant ayant vécu un traumatisme majeur finit souvent par se reconstruire, c'est à dire par ce remettre debout dans la vie, surtout s'il a été bien accompagné et sans nier qu'il a des cicatrices spécifiques à porter pour très longtemps, si pas pour toujours", ajoute-t-il. Il est d'ailleurs possible qu'"une partie des enfants ne remontera jamais dans un autocar".

Et de conclure : "Gardez l'espoir dans la reconstruction possible de tous les enfants gravement traumatisés, mais pas à n'importe quel prix. Accueil, patience, tolérance, écoute, invitation à la parole et consultations spécialisées pour les plus perturbés, restent les maîtres-mots".