Chapitre 1. La nature de la culpabilité. 

I. Dans cet article, je parle de la culpabilité vécue subjectivement, et pas de la désignation sociale d’un supposé coupable, responsable d’avoir posé un acte objectivement mauvais, ou simplement d’avoir transgressé une règle[1].

Dès 5, 6ans, le centre du vécu de culpabilité, c’est une réalité intérieure, qui se vit et se pense : un remords pesant; la certitude ou la quasi-certitude (doute profond) d’avoir fait quelque chose de mal, donc d’être mauvais, et le regret de l’avoir fait ; avec un poids qui pèse sur la poitrine, un mal-être diffus, une inondation de tristesse.

Se couplent quasi - inévitablement à ce remords :   
- Des idées et affects anxieux : être sanctionné, être abandonné par les proches ; être cloué publiquement au pilori.( Après la faute originelle, Adam et Eve prirent conscience qu’ils étaient nus, et donc objets possibles de risée, et donc tellement vulnérables !)   
- Une perte de l’estime de soi : « J’ai fait quelque chose de mal...je suis mauvais, méchant... Je n’ai aucune consistance pour résister à la tentation, je n’ai aucune valeur… tout le monde le saura...on va me punir... on va ne plus m’aimer... je serai seul, abandonné... ».      
- Et par conséquent, un vécu dépressif plus ou moins fort, jusqu’au désespoir.

Plus inconstamment, il y a aussi un vécu de honte : l’impression d’avoir été sale, répugnant, ridicule, et donc objet probable du mépris et des railleries des autres.

Avant 4, 5 ans, le petit enfant peut déjà avoir la prescience qu’il a commis une faute, mais la pensée personnelle n’est pas encore très élaborée, le vécu qui s’en suit est encore assez confus, centrés sur des affects d’angoisse parfois très forts, et davantage lié à la présence externe d’une figure d’autorité, témoin de la soi-disant exaction. Si l’adulte n’est pas là, règnent un certain temps des idées comme : «Pas vu, pas pris » ou « Tu n’étais pas là pour prouver, donc ce n’est pas moi ! ».

II. Le vécu de culpabilité s’extériorise dans des difficultés d’endormissement ( le « sommeil du juste » a disparu) et dans des cauchemars. Il est aussi à l’origine d’un comportement sombre, où la joie de vivre et la créativité s’émoussent ; il existe également des signes d’angoisse et de fuite des autres, surtout les figures d’autorité ( déjà le regard est fuyant). Parfois, le jeune[2] concerné s’inflige volontairement une ou des punitions. Plus souvent, c’est inconscient : ratages, échecs, négativisme, jusqu’à la compulsion à récidiver, pour bien (se) prouver que l’on est mauvais.

III. L’idée de ce qu’est une vraie faute évolue avec le temps et pas avec la même maturation chez tous : C’ est lors de la seconde adolescence qu’une partie des humains se réfèrent à leur seule conscience morale pour définir la faute -ou acte mauvais, ou violence- comme une destruction gratuite et intentionnelle de Soi, de l’autre ou de ses biens légitimes, et même de tout vivant.
Avant cela, plus l’enfant est jeune, plus il a tendance à penser que :


--- La faute, c’est le résultat : s’il a cassé une vitre sans le vouloir, c’est mal[3] ! A noter que ce reliquat de pensée infantile se réveille occasionnellement, même chez l’adulte : si un automobiliste conduisant correctement tue accidentellement un piéton imprudent , non seulement il se sent triste - ce qui se conçoit !- mais souvent aussi coupable, et anxieux à l’idée d’une sanction qu’il ne mérite pourtant pas.

--- La faute, c’est ce que papa et maman (et d’autres autorités morales que l’enfant respecte) disent être une faute : la morale est ici hétérogène, conventionnelle. Or, on sait bien que papa et maman exagèrent, c’est à dire qu’ils ne relèvent pas seulement de vraies fautes en référence à leur propre conscience morale. Ils imposent aussi mille règles de convenance personnelle ou familiale ou groupale, et appellent souvent fautes la seule transgression de ces règles au fond secondaires.     
Et donc, plus l’enfant est petit, plus souvent il considère comme de vraies fautes non seulement des actes qui le sont, à nos yeux d’adultes aussi, mais surtout des transgressions de l’ordre familial (et social proche). Alors, l’entreprise de le déculpabiliser « en profondeur » peut s’avérer délicate, car elle pourrait l’amener à douter du bien-fondé des consignes parentales ( par exemple à propos d’un jeu sexuel banal).      

IV. Le vécu de culpabilité n’est pas toujours la seule conséquence d’une faute ou soi-disant faute récente et bien identifiée, même quand elle a l’air d’en constituer la source consciente centrale : cette causalité linéaire exclusive est rare. Vont faire caisse de résonance :

        
--- Le souvenir d’autres fautes, analogues ou non, que le jeune ne s’est pas encore pardonné.

--- Le fait que, bien longtemps après, le jeune est sur le point ou a commis une transgression ou une faute qui évoque celle faite pendant l’enfance. Le souvenir de celle-ci resurgit alors, avec la culpabilité liée[4]. Vous en lirez une illustration dans l’annexe I : Une culpabilité réactualisée.   


--- L’attitude habituelle des parents. On peut la répartir sur un gradient :

A un pôle, ils se montrent souvent disqualifiants, prompts à culpabiliser le jeune, et même s’ils ignorent la faute actuelle, les traces introjetées de leurs condamnations précédentes se réactualisent dans le psychisme du jeune, comme l’eau qui s’infiltre dans les failles d’un barrage ici trop friable (le barrage=la capacité de refoulement du jeune).        
A l’autre pôle, l’attitude des parents est elle-même psychopathique ou infantilisante, et détourne le jeune de l’idée de se sentir en faute : « On s’en fout... Pas vu pas pris... Tu ne l’as pas fait exprès mon chéri ».
Au centre, les parents reconnaissent l’existence des vraies fautes et transgressions, en en blâmant le jeune, mais en l’aidant aussi à vivre de l’intérieur que le rapport entre le Bien et le Mal est universel, que l’on peut toujours se pardonner et s’améliorer, et ils sont à même de reconnaître la part de ressources du jeune.


--- La nature préalable habituelle des relations avec la victime.
Par exemple, telle sœur aînée est en rivalité permanente avec son jeune frère et,  comme elle peut, elle se retient de l’agresser trop souvent. Elle peut se sentir immensément coupable de l’avoir abîmé « pour toujours » à cause d’un bref jeu sexuel consensuel.      .
On voit même des enfants, surtout les plus jeunes, dévorés par l’angoisse et la culpabilité parce que leur frère ou leur sœur rival a eu un grave accident. C’est qu’ils avaient occasionnellement des pensées de mort envers l’accidenté et qu’ils ont peur, imaginairement, des effets de la pensée magique.

V. La montée de culpabilité suit souvent rapidement la faute ou la transgression. Souvent, mais pas toujours !  


--- Certains jeunes souffrent d’un trouble de la personnalité qui leur permet d’ échapper à toute culpabilité. Je les ai décrits dans la livre « La destructivité chez l’enfant et l’adolescent » (Paris : Dunod, 2eme ed-2007) : jeunes à la personnalité psychopathique, délinquante ou marquée par la perversité. Autant s’il existe un retard mental grave ou un plein délire psychotique à l’origine du comportement destructeur.        
--- D’autres parviennent à refouler leur vécu de culpabilité, au moins un certain temps,  et à justifier ce qu’ils ont fait (par exemple actes de haine vengeresse des mal-aimés).


--- D’autres encore sont immatures, en pleine efflorescence pulsionnelle pubertaire et très égocentrés au moment où ils se laissent aller à un acte mauvais (par exemple, en pleine puberté, abuser sexuellement d’une jeune sœur).
Petit à petit, en mûrissant, en se socialisant, éventuellement avec l’aide d’un professionnel, ils prennent conscience de la souffrance de la victime et de l’inacceptabilité de leur toute – puissance : la culpabilité peut apparaître en différé, parfois des années après.

ILL. Ethan avait abusé à 13 ans de sa sœur Julia (9ans) pendant 2, 3 mois jusqu’à ce qu’il soit attrapé.
Des années plus tard , il me raconte que c´est vers ses 16 ans, qu’il a vraiment regretté avoir fait du tort à sa sœur et que cette pensée l’habite assez fréquemment. ( voir l’étude de cas Ethan et Lisa, dans l’article  Activités sexuelles dans les fratries de mineurs : I. Synthèse)  Vous en trouverez un extrait dans l’annexe II.

 

Chapitre 2. Une très grande variété d’activités sexuelles sont sources de culpabilité.


Je me centrerai principalement sur celles où le jeune auteur n’est pas un pratiquant solitaire.

& I. Abus délibérément commis par le jeune.


  1. la culpabilité n’est malheureusement pas toujours au rendez-vous : Je viens de faire référence à ces jeunes dont la personnalité est stablement asociale ou antisociale, et qui ne pensent qu’à la recherche du plaisir ou à l’emprise à n’importe quel prix.

Pour d’autres, c’est différent : l’abus est d’autant plus source de culpabilité qu’ ils sont habituellement sociables, lucides, dotés d’une conscience morale « normale ». Mais même lui peut cependant traverser une mauvaise passe. Je parle de tous ces jeunes dans l’article «  Ados auteurs d'abus ou de pseudo-abus»  .

 Dans certains cas,  la mauvaise passe se limite à un dérapage et la culpabilité rapide fait structuralement partie de la dynamique de celui-ci. (Article : Dérapages sexuels d'adolescents.) Vous en trouverez une illustration clinique dans l’annexe III.

On assiste aussi à l’apparition un peu différée de culpabilité chez nombre de jeunes qui se sont laissé entraîner dans le déchaînement d’un petit groupe, dans la vie réelle ou via le numérique. Entre autres s’ils sont repérés après coup et que la communauté adulte attire leur attention sur l’inacceptabilité de leur participation.

 & II. Le vécu de culpabilité après une activité sexuelle saine, normo-développementale.

Même s’il se déroule dans un groupe d’âge homogène, avec consentement mutuel, un simple jeu sexuel, tout à fait « normal » dans le cadre du développement, peut néanmoins être source d’une culpabilité in fine indue. Ce vécu est assez fréquent. On l’a souvent attribué aux reliquats d’une éducation dite« judéo- chrétienne» . Et c’est vrai que, une bonne partie du siècle passé, les parents et les éducateurs chargeaient d’opprobre absolument toutes les activités sexuelles infanto-juvéniles ... ou n’en parlaient pas du tout, en faisant ainsi de la sexualité un mystère dont on ne pouvait pas soulever le voile.  Même aujourd’hui, dans beaucoup de familles, il existe toujours un hiatus entre l’information sexuelle, parfois un tantinet militante ( « le sexe, c’est gai et bon pour la santé ») et la réaction souvent irritée face à une pratique précoce, surtout à plus d’un[5].

Mais cette ambivalence toujours contemporaine de l’autre, de l’adulte lambda, n’explique pas tout. Pour beaucoup d’enfants, surtout les plus jeunes, l’entrée dans le champ de la sexualité, tout désiré qu’il soit, est en soi angoissant et culpabilisant.

Une belle image symbolique vaut mieux qu’un long discours ! Illustré par Tome et Jarny, le petit Spirou est un « modèle » de développement gentiment et joyeusement déluré. Sur ce dessin de couverture, l’ambivalence est magnifiquement symbolisée, car les deux garnements, bien sûr, ne font qu’un !

 Il va toucher et « tripoter » des parties du corps habituellement cachées, dont les grands et les adultes parlent entre eux avec une mystérieuse excitation. Il va entrer dans un domaine chargé d’imprévisibilité et d’inconnu : la différenciation des corps, un mystérieux plaisir spécial, la création de la vie, l’allusion à tant et tant de gestes techniques saisis au vol des conversations des grands…Avec, en prime, les parents ou les aînés qui disent à foison : « Tu es trop petit pour ».

 Et donc, le petit qui y va quand même joue son Simba fasciné par l’ultime carré noir du royaume de Mufassa (film Le roi lion, R.Allers, 1994) Ou il est comme Eve qui pousse Adam à croquer la pomme interdite du savoir. Ou encore comme Prométhée qui veut aller voler le feu des dieux. Et l’on connaît les horribles châtiments de tous ces hardis pionniers !

        
Et donc, pour peu qu’un jeune déjà prédisposé à l’angoisse, à l’introspection et à la mise en question abondante de soi se laisse aller à de l’expérimentation sexuelle, surtout en compagnie, et qu’il y prenne un peu goût, les nuages sombres de la culpabilité viennent vite ternir son moment de curiosité ou de plaisir.  
C’est déjà vrai à propos de la masturbation, du voyeurisme, de jeux sexuels banals.


C’est encore plus taraudant si l’activité est marginale, plus nettement transgressive.

ILL. Autour de ses quatorze ans, Pierre me demande en six mois deux rendez-vous d’urgence via courriel. Pierre, jeune homme bien élevé, un peu trop sérieux, un peu coincé, qui a du mal à trouver sa place de cadet respecté et qui a longtemps souffert d’une mystérieuse énurésie. Les deux fois, c’est parce qu’il est allé brièvement se vautrer dans la boue et qu’il ne se reconnaît plus lui-même. N’est-on pas devenu une âme définitivement perdue quand on va voir de la pornographie sur Internet, ou la seconde fois quand on se fait lécher le sexe par son chien et qu’on éjacule même sur la bête ? Effrayé et ayant perdu son estime de soi, Pierre voulait voir dans mes yeux si je le considérais toujours comme normal et s’il conservait mon estime. Je connaissais suffisamment Pierre pour savoir que ce n’était pas un quémandeur dramatisant d’attention sur lui. Et puis, de toute façon, quand dans l’insécurité de ses quatorze ans, un adolescent demande spontanément à un tiers-psy un rendez-vous d’urgence, il y a toujours et une souffrance et une reconnaissance de l’autre qui gagnent à être entendues en urgence. Les deux fois, je me suis donc débrouillé pour faire de la place dans mes consultations endéans la semaine. Je n’ai d’ailleurs pas eu grand mérite. J’ai toujours fait mienne la vénérable recommandation d’Evelyne Questembert disant que, quand on travaille avec des ados, mieux vaut garder l’une ou l’autre place libre chaque semaine pour l’imprévu de leur rapport au temps. 

 

On peut lire aussi à ce propos dans l’annexe IV un échange de courriel avec une jeune adulte très culpabilisée parce que, enfant, elle avait tâté occasionnellement de la zoophilie : Zoophilie pendant l’enfance et culpabilité Ici, la peur d’être anormal, malade mental, s’ajoute régulièrement à la culpabilité !

        
 Le fait que le jeu sexuel ait lieu dans la fratrie est parfois trop rapidement analysé comme une activité incestueuse par tel grand enfant ou jeune adolescent, là où se mettre un simple stop à la récidive aurait pu suffire. On peut lire à ce propos dans l’annexe V un échange de courriel avec une jeune adulte très culpabilisée parce que, enfant, elle avait eu l’un ou l’autre jeu sexuel avec son frère :Une immense culpabilité sexuelle liée à des jeux frère-sœur.

&III. Culpabilité des ex-victimes pour avoir pris part à l’abus.

Cela semble paradoxal et pourtant, il est assez fréquent que le jeune éprouve des sentiments de culpabilité pendant et après qu’il ait été victime d’un abus. Pour le professionnel qui l’accompagne, ces sentiments apparaissent souvent déraisonnables :la double peine en quelque sorte! Plus rarement, ils semblent davantage fondés, sans faire pour autant du jeune le responsable principal de ce qui est arrivé : j’y reviendrai.   
Voici une liste non-exhaustive des sources de la culpabilité chez l’(ex)- victime ; elles sont susceptibles de se combiner en elle :       


- Avoir trahi la parole, donnée à l’abuseur, de garder le secret.       
- Être à l’origine de difficultés relationnelles ou/et matérielles dans la famille
-(Surtout dans les situations qui s’enlisent), être à l’origine d’un interminable orage social entre adultes ou/et entre institutions ; avoir dérangé l’ordre social.                 
- Avoir provoqué du malheur chez l’abuseur (envers qui il existait aussi une part d’attachement positif).

 

Entendue en expertise à l’âge de 20 ans, Ana nous confie « Il ne se passe pas un jour sans que je pense que mon père est mal en prison ; quand j’étais petite, il n’y a que lui qui s’occupait bien de moi ». La suite de nos investigations nous convaincra que, plus que de culpabilité, il s’agit là d’une part d’affection filiale sincère, et pas du sentiment amoureux frustré que l’on voit parfois chez des jeunes filles. Les parents étaient séparés…le père, plutôt un bon père de jour, mais, dès la nuit tombée, il abusait de sa fille sans l’effrayer, sans pénétration, mais sous des formes très vicieuses où il la prenait clairement pour sa « jeune »femme. Ana a mis fin à ses visites chez son père à 13 ans parce qu’elle « devenait grande et ne voulait pas que ça aille plus loin (pénétration). Elle l’a dénoncé à 16 ans, parce qu’elle ne voulait pas que sa demi-sœur de 8 ans subisse le même sort…et pourtant, une partie d’elle est vraiment triste !

 

        
- Avoir été choisi un jour par l’abuseur. Pourquoi? Ne serait-ce pas parce que l’on est particulièrement faible, minable, passif... voire prédisposé au Mal.
- S’être trop laissé faire; ne pas s’être défendu de façon efficace; ne pas avoir demandé de l’aide vite et bien.        
- (Surtout lorsque l’abus se passe en douceur), avoir pris de la joie (dans la relation positive à l’abuseur) et avoir pris du plaisir (physique, notamment dans les zones génitales); avoir coopéré activement ; en avoir redemandé
- Avoir provoqué l’abuseur pour qu’il commence ou qu’il recommence. En référence au plaisir sexuel à venir, ou au bien-être relationnel, ou/et à la joie de se sentir le (la) préféré (e), par rapport à la fratrie, par rapport à l’autre parent.    
- Etc.

  • Chapitre 3. Prise en charge du vécu de culpabilité

  • & I.

    Généralités



    I. A l’intérieur d’une prise en charge globale de type psychothérapeutique, où jeune et professionnel abordent beaucoup de thèmes, celui de la culpabilité sexuelle s’énonce parfois spontanément ; ailleurs,  c’est le professionnel qui en devine l’existence et en encourage l’issue : «  (Dans tel domaine), est-il possible que tu te sentes coupable?  Responsable ? En faute parce que… ? ».
  •   II. Une attitude essentielle alors, c’est l’écoute, l’aide au déploiement de ce qui est pensé et ressenti par le jeune : Quelle faute s’attribue-t-il? Comment la vit-il (pensées qui lui viennent, sentiments, perspectives pour l’avenir...) En quoi est-ce grave, selon lui? Est-ce la première fois qu’il se sent en faute? Pourquoi lui? Que s’est-il passé et se passe -t -il peut-être toujours en lui qui a provoqué l’acte estimé fautif?  Que pense -t -il de lui? Comment imagine-t-il son avenir? D’autres sont -ils au courant ? Que lui a-t-on dit? Conséquences sur son comportement ? A-t-il fait ou pense -t-il faire quelque chose pour réparer ? Est-il différent des autres ? Quelle place reconnaît-il à la faute dans le psychisme humain? Etc.: toutes questions possibles, à choisir judicieusement, avec d’autres encore, s’il est nécessaire de stimuler l’expression par le jeune de ce qu’il ressent.


Tout au long de cette dynamique d’écoute, bienveillance, empathie, partage émotionnel soutiennent la prise de parole du jeune et l’encouragent à aller plus loin. « Si c’est cela que tu penses, comme c’est dur...triste... ( et éventuellement injuste) pour toi... ». « Comment fais-tu face à ce que tu ressens ? Quelles sont les conséquences dans ta vie? »

III. Dans un certain nombre de cas, je suis convaincu que la culpabilité vécue par le jeune est excessive ou carrément indue et j’aimerais contribuer à ce que son analyse cognitive change, et par conséquent son vécu.

 Pour le soulager, rien n’est aussi inefficace que la technique nord-américaine standard, débitée à foison de séries télévisées en séries télévisées : le regarder tristement au fond des yeux et lui dire, avec des trémolos dans la voix, « Mais non, tu n’es responsable de rien... ce n’était pas ta faute ». Cette affirmation rapide et simpliste ne se fixe pas, ipso facto, comme une graine de bonne idée dans les pensées du jeune…voire même, il peut.se sentir coupable d’être incapable d’y adhérer et de déplaire au professionnel qui, en quelque sorte, lui en intime l’ordre.

Il s’agit donc plutôt d’amener en douceur une différence de conviction quant à l’existence même de la faute, son importance ou ses composantes. En invitant notre vis-à-vis à réfléchir : « Redis-moi pourquoi tu penses que c’est mal ?Ça veut dire quoi, mal ? Qui dit qu’on ne peut pas ? » Et au passage, nous lui dirons amicalement que, ici et là, nous ne comprenons ou n’évaluons pas les choses comme lui et pourquoi :les confusions qui règnent autour du concept de faute, les raisons qui guident beaucoup de parents, etc…Nous l’inviterons à continuer sa réflexion et à choisir tout seul, en son âme et conscience, ce qui lui semble vrai !

IV. Même en usant de cette délicatesse, nous ne parvenons pas toujours à faire évoluer le vécu du jeune à propos d’une culpabilité que nous, adultes, estimons indue !

A un moment bienoisi, sans éterniser un débat, il nous faut bien acter la différence d’analyse de ce qu’est la « faute », qui persiste entre lui et nous, sans lui faire violence (p.ex., en recourant à une sorte de séduction intellectuelle ; c’est-à-dire sans le mettre involontairement en faute, une fois de plus parce qu’il refuserait notre « sagesse »).

Néanmoins, même alors, la possibilité d’alléger le poids de ce vécu existe toujours. En voici quelques moyens :

-Paradoxalement, le seul acte ci-dessus peut déjà y contribuer, en effaçant l’impression qu’il désobéit, au professionnel cette fois.

- De loin en loin, par exemple après trois mois, nous pouvons y revenir et vérifier ce qu’il en est d’une éventuelle évolution de sa conscience morale.

- Partager des émotions « je trouve que c’est triste et injuste pour toi que tu penses toujours… »

                 
- Lui faire remarquer que nous continuons à estimer et à respecter sa personne, malgré ce qu’il persiste à identifier comme faute ;lui faire remarquer toute les ressources positives, tous les actes bons qu’il pose également.

-L’aider à se changer les idées quant à l’ énormité de sa soi-disant faute.


- Lui parler de la possibilité du pardon que l’on se donne à soi-même, et de celle d’une réparation, qui n’ont ici du sens qu’en référence à sa subjectivité.

-Examiner aussi s’il a besoin d’avouer « sa faute » (par exemple à ses parents) pour se sentir mieux; l’y aider au besoin.

        
- Evoquer l’universalité de la transgression, du désir de désobéir et de défier,  et l’universalité de la faute, du Bien et du Mal : ses copains aussi font des transgressions et des fautes, et nous qui l’écoutons aussi! Par exemple, à une victime : « D’autres enfants qui ont subi un abus comme toi, ressentent après coup les mêmes choses ou proches de ce que tu ressens : ils se sentent tristes ou coupables, comme toi, parce que... et nous essayons de les rendre moins tristes, et surtout moins coupables, de leur rendre leur sourire en les aidant à bien réfléchir ».

V. Il est important de ne pas s’attarder indéfiniment sur l’analyse et le dialogue autour la culpabilité. A un moment judicieusement choisi, il revient au professionnel - en tout cas à lui - de proposer « Nous avons assez parlé de choses tristes pour aujourd’hui ». Et de chercher d’autres centrations à la conversation.

&II. Culpabilité chez le jeune auteur d’un abus

Rappelons qu’elle peut être immédiate, rapide ou (très) différée

  1. a) Ici, le professionnel qui écoute est, sur le fond, du même avis que le jeune qui s’exprime : lui aussi pense qu’une faute a été commise et donc qu’il est juste et même souhaitable que le jeune en ressente de la culpabilité. Il peut le lui faire savoir avec empathie, sans juger sévèrement ce jeune comme si lui était toujours parfait : « Oui, c’est vrai pour beaucoup d’entre nous... quand nous sommes des gens normaux et que nous avons commis une faute, après, nous ne sommes pas contents de nous... nous regrettons...nous condamnons de l’intérieur ce que nous avons fait ».
  2. b) Cette reconnaissance « en commun » faite par le jeune auteur et la professionnel ne s’arrête pas avec une seule prise de conscience générale : le jeune est invité à redire ce qu’il a fait, concrètement, avec quelques détails, et ce qui l’a motivé. Puis on réaborde avec lui le thème de sa culpabilité, en lui proposant de déployer davantage de précisions : qu’est-ce qu’il regrette le plus : le tort causé à la victime...à sa famille...à lui-même ? l’atteinte de son estime de soi, la peur de la punition, la peur de ne plus être aimé, la peur d’être montré du doigt, d’avoir perdu la confiance des proches, etc. ?
    Tôt ou tard, en restant dans le registre de la parole, le professionnel peut inviter le jeune, s’il en est besoin, à ne pas se laisser envahir intensément et éternellement par son sentiment de culpabilité, comme s’il était le pire monstre du monde. C’est une autre application de la « différentiation » évoquée à l’alinéa précédent, mais la dynamique est la même. Il invite le jeune à se pardonner lui-même, et aussi à « faire avec », à caser ce qui reste de sa culpabilité dans un chapitre du livre de sa vie, et à miser à nouveau sur ses ressources positives.
  3. c) Par ailleurs, la gestion sociale de la faute ne se limite pas à la reconnaissance verbale :on peut demander au jeune s’il souhaite tenter de réparer « quelque chose » directement face à son ex-victime. Certains ont trop peur de le faire - et il ne faut pas leur faire violence !- ;d’autres écrivent une lettre d’excuses, certains demandent même une médiation. Mais l’ex-victime est bien sûr libre de sa réponse !
    Restent encore souvent à régler : la réorganisation des lieux de vie ( mise à distance victime - auteur); la sanction ; la réparation sociale via des actes constructifs ( Sanction et réparation peuvent se superposer partiellement ) ; l’éventuel appel aux autorités judiciaires : tous thèmes qui débordent le cadre de cet article.

&III. La prise en charge de la culpabilité des ex-victimes

On peut se référer à ce qui a été exposé dans l’alinéa I « Généralités ».
A titre d’approfondissement, je détaillerai deux des thèmes de culpabilité évoqués plus haut, pour servir de guide à la dynamique de différenciation. Je m’abstiendrai de développer les autres dans les détails, car le professionnel peut procéder de façon analogue.


a). L’activation des zones sexuelles du corps amène du plaisir chez la majorité des humains, même jeunes, même prépubères, pour peu qu’elle se fasse dans une ambiance soft, sans violence ni effroi. Cette montée de plaisir,  réelle mais encore modeste avant la puberté, n’est pas vraiment sous le contrôle de la volonté ! Il s’ensuit parfois l’envie, au fond naturelle, de continuer sur le moment, de se montrer coopérant ou actif, et même de provoquer la récidive. Néanmoins l’adulte - ou l’auteur d’abus, même un grand adolescent- aurait dû se souvenir de son devoir d’éducation, en interdisant cette prise de plaisir intergénérationnelle ou quasi !


b). Et si le jeune est culpabilisé pour le tort encouru par l’auteur de l’abus - imaginons un auteur très proche, comme son papa-? Avait-il le droit de mettre fin à sa propre souffrance, celle de l’abus, en dénonçant l’auteur?    
Le professionnel peut attirer son attention sur ce qu’était son intention du moment quand il a dénoncé. En effet, c’est l’intention qui fonde la responsabilité et éventuellement la faute, et pas le résultat.

Et l’intention la plus probable de la victime, c’était de se protéger des assauts d’un agresseur dangereux, sorte de diable en quelque sorte, vomi de la bouche d’un papa éventuellement plus adéquat dans l’ensemble de sa vie (Espérons-le!). Si tant est que son papa, dans d’autres circonstances, pouvait s’avérer positif, ce n’est pas à celui-ci que l’enfant en voulait, et il peut regretter et être triste si la sanction a mis dans le même sac « le diable-qui-a-surgi-de nulle part et le papa- chouette ». Il n’y avait pas moyen de faire autrement.


Deux remarques pour terminer :       


a). Le professionnel peut profiter de moments concrets pour introduire une réflexion générale sur la sexualité : sa fonction dans nos vies et dans celle du jeune ici concerné, son développement, les lois et règles liées à son usage…ou encore une réflexion sur le Bien et le Mal, le permis et le défendu, la faute, l’intention, la responsabilité.   

b). Les plus âgés, surtout eux, peuvent se reprocher d’avoir provoqué l’adulte ou d’avoir pris trop de plaisir dans l’aventure. Et il arrive que le professionnel les trouve « objectifs » quand ils s’expriment ainsi ! Néanmoins, je viens de l’évoquer, cette part active du jeune ne supprime en rien la responsabilité primordiale de l’adulte qui a négligé son devoir éducatif.

Toutefois, il me parait injuste et irrespectueux de faire pression sur le jeune pour qu’il ne s’identifie que comme pure victime. Une part de responsabilité peut lui être reconnue, ce qu’au fond il demande . « C’est vrai... tu n’aurais sans doute pas dû... tu as été le rechercher... tu lui en as redemandé ».
« Cela a peut-être contribué à la répétition…
Et quelle leçon en tires-tu? ». Le partage de savoir qui s’ensuit pourrait amener le jeune à admettre une part de faute personnelle puis à se pardonner, et à mieux gérer sa sexualité à l’avenir : ne provoquer ou ne séduire que des gens de sa tranche d’âge ; ne persévérer que s’ils sont ou deviennent full consentants.

&IV. La prise en charge de la culpabilité générée par un jeu sexuel

Elle s’inspire largement sur ce qui est exposé dans l’alinéa I « Généralités » et sur celle que je viens d’esquisser à propos des ex-victimes qui se culpabilisent envers et contre tout.

Le professionnel peut éventuellement « amorcer la pompe » qui ouvre à la confidence :     « Comment te sens tu maintenant que nous savons ce que vous avez fait? Que penses-tu de ce que vous avez fait? C’est bien, c’est mal, ce n’est ni bien , ni mal, ça fait partie de la vie ? A ton avis, pourquoi des enfants de ton âges font -ils cela? Etc. »

        
Si le jeune évoque qu’il se sent mal, et plus précisément coupable, l’aider à s’exprimer et à se déployer ; l’écouter avec empathie ; lui redire ce que l’on croit avoir compris qu’il vivait et pensait : je l’ai déjà exposé plus avant en détails.

On peut encore l’aider à « penser » sa sexualité : le cœur de ce qu’elle est ; pourquoi la majeure partie des gens passent-ils de la théorie à la pratique sexuelle ; certains facteurs psychiques qui la catalysent ( la curiosité ; le besoin de se sentir grand ; la         camaraderie ; le goût de l’interdit, du plaisir, etc...) ; ce qui est permis et défendu selon les lieux et les âges ; ce qui est fondamentalement bien et mal ; les rites qui entourent sa bonne pratique (vérification du consentement de tous ; choix des âges  ; discrétion ; etc.)

Au fil de cette conversation, çà et là, il s’aborde des points précis qui concernent ce qui s’est passé et les préoccupations du moment présentes chez chaque jeune : on peut donc, ici encore, construire un savoir commun, en redonnant une juste place à sa culpabilité.

Notes

 

[1] Dans le livre « La destructivité chez l’enfant et l’adolescent » (Dunod.2e éd. 2007, p. 9-12), j’ai discuté les notions de (vraie) faute et de transgression d’une règle. La première est un non-respect délibéré des grandes lois humaines, amenant un certain degré de destruction gratuite du vivant. La seconde porte sur des normes des groupes, souvent intéressantes pour maintenir l’homéostasie sociale, sanctionnables par le groupe si elles ne sont pas respectées, mais non fondamentalement essentielles au respect de la vie. Je n’y reviendrai pas ici.

[2]  Dans ce texte, le terme « enfant »,  « mineur » ou  « jeune », sans autre spécification , est synonyme de mineur d’âge. Le terme « professionnel » désigne l’adulte qui parle avec lui, dans une perspective d’éducation ou de soin psychique.    

[3] Et je viens de le dire plus haut, pour les moins de 5 ans : si en plus il est attrapé !

[4] C’est ce que les psychanalystes appellent « souvenir-écran ».

[5] Un jeune client de 12 ans vient de se faire exclure d’un collège français huppé, jusqu’à ramener un certificat psychiatrique le déclarant sexuellement sain, parce qu’il avait montré de la pornographie sur écran à deux copains dans les toilettes du collège.

ANNEXES : Illustrations cliniques du texte

Annexe I. : Une culpabilité réactualisée

Une jeune dame m’écrit:

Voilà j'ai 25 ans, je suis française d’origine turque, je vis en couple et je suis dans une grande détresse à cause d'un souvenir.
A l'âge de 9-10 ans, mes camarades de classe se sont intéressés au sexe, certains ont joué à "touche-pipi", les conversations tournaient beaucoup autour du sexe. 
Du coup, cela m'a questionnée et j'ai voulu "tester", j'ai ainsi eu des "jeux sexuels" avec mon frère de deux ans mon cadet.
Il s'agissait de frottement à travers les vêtements qui m'ont fait découvrir la notion de plaisir, mon frère ne m'a jamais repoussée, je pense qu'il découvrait également la notion de sexe.  
Cela s'est produit 4 ou 5 fois et cela s'est étalé sur quelques semaines maximum.
J'ai ensuite vite arrêté car je me suis rendue compte que cela était très mal.
Aujourd'hui, environ 15 ans plus tard, j'y pense continuellement et cela provoque en moi des angoisses absolument incontrôlables qui me rendent la vie difficile. Je me pose des questions sur mon comportement. Évidemment je n'en ai jamais parlé à personne, je l'enfouis mais aujourd'hui cela me cause tellement de tourments que je m'adresse à vous aujourd'hui pour avoir des réponses qui pourraient me soulager.

Merci par avance du temps que vous prendrez pour me répondre.

Je lui réponds:

Bonjour,

La question que vous devez travailler à fond est la suivante: "Qu'est-ce que je trouve de très mal dans ce qui s’est passé?" La réponse est évidemment subjective. Néanmoins, parmi toutes les sources de votre mal-être, une hypothèse me vient : peut-être avez-vous eu l'impression que c'était mal parce que, à agir ainsi, vous transgressiez une règle importante et une vision du monde chère à vos parents, et tout cela en grand secret.

C’est peut-être, entre autres, cette audace que vous vous reprochez: avoir fait des choses que votre père, votre mère ou les deux interdisaient formellement.

Votre origine d’une province turque vient peut-être encore rigidifier les tabous et vécus: vers vos dix ans vous êtes une fille ... qui s'est émancipée ... en séduisant son petit frère. Ouh là là, la totale, comme transgression !!!! ... peut-être aussi avez-vous été terrorisée à l'idée qu'il parle ...

Dites-m’en plus si vous le souhaitez. Cordialement.

Elle me répond:

Docteur,

Je n'ai jamais été réellement en conflit avec mes parents, de qui je suis d'ailleurs très proche et qui m'ont laissé beaucoup de libertés SAUF...sur ma vie amoureuse qui est tabou. Personne n'en parle.
Ma relation avec mon compagnon est cachée alors que je vis avec lui (l’ homme avec qui je vis n'est pas de la même confession que moi, noeud du problème), j'arrive à un âge où je veux fonder une famille et je dois donc leur dire la vérité et toutes ces choses qui se bousculent provoquent mes angoisses. Je m'en veux de leur mentir, la culpabilité devient trop forte.
Peur d'aller au conflit, de les décevoir, qu'ils découvrnte que j'ai une sexualité, que je "désobéis", bref que je ne suis pas l'enfant modèle comme laquelle ils me considèrent pour le moment.        
Voilà je pense que toutes mes angoisses sont liées, je n'arrive pas à me détacher du carcan familial, le chemin est long mais j'ai bon espoir et discuter avec vous m'a fait le plus grand bien. 
Merci encore pour votre écoute.

Bien cordialement.

Je lui réponds:

Bonjour,

Vous avez l’intuition, vous aussi, de ce qui est à l’origine de votre culpabilité et de votre angoisse: de fausses croyances, toujours inscrites comme du feu en vous, sur le côté mauvais de la sexualité infantile et sur le droit des enfants (des filles?) donnent à votre angoisse une intensité anormale, non rationnelle, un peu névrotique ... Vous sentez-vous le droit de vous différencier de l’opinion de vos parents ? Vous me dites que vous avez toujours été un enfant-modèle, au point de n’être jamais en conflit avec vos parents ... jamais, sauf dans une zone hyper-importante et secrète de votre vie: le sexe et l’amour. Là vous vous posez dans la vie avec des choix perso, sans être pour autant objectivement une horrible dévergondée.

La perspective du conflit qui existera probablement aujourd’hui quand vous parlerez à vos parents (conflit transitoire, je l’espère de tout cœur ...) réveille en vous le vieux souvenir du temps où vous avez commencé à être secrètement rebelle ...

Vous pourriez faire du travail mental là-dessus pour retrouver davantage de liberté intérieure ; assez souvent, il faut se réévoquer dans les détails des moments conflictuels de la vie (avec les parents) pour retrouver sa liberté et c’est un travail de mémoire que l’on fait via une psychothérapie
Si votre mal-être reste tenace, vous pourriez envisager d’en faire une. Habitez-vous dans une grande ville?

Bien cordialement.

Annexe II. A propos de la culpabilité différée

Extraits de l’article Activités sexuelles dans les fratries de mineurs : I. Synthèse   Cet extrait porte sur Ethan et Lisa      :

« Depuis 3 mois, Ethan (13 ans) importune sexuellement sa sœur Lisa (9ans 1/2).       
Environ une dizaine de fois, il y a eu attouchements, masturbations et même fellations. Ethan, costaud pour son âge, dominant et peu nuancé dans ses propos, use de la force physique qui émane potentiellement de lui pour que Lisa ait suffisamment peur, se soumette et n’ose pas en parler…

Un beau jour, dans un bungalow de vacances à l’étranger, les parents les surprennent… »

Ensuite, avec mon aide, la famille gère correctement la situation et je reçois 2 ans Ethan en thérapie individuelle. Et puis, surprise :

Epilogue : « …Vers ses vingt ans Ethan me recontacte d’initiative…il se sent déprimé, principalement parce que sa copine du moment l’a laissé tomber. Une psychothérapie individuelle se met en place et dure quelques mois ; vers la fin, il va beaucoup mieux, il a une autre copine et il me dira un jour, sans que je le lui demande, qu’il lui arrive de passer avec elle une après-midi entière au lit et qu’il peut l’honorer quatre fois. Comme quoi, le thème de sa capacité virile, hyper politically correcte cette fois-et sans doute de l’intérêt dont il se représente que je lui attribue- n’a jamais été absent. Et quelques semaines avant, il m’avait confié : » Vous savez, je pense encore parfois à ce que j’ai fait à ma sœur. Comment ai-je pu lui faire ça ? Je me sens si coupable ! » De quoi travailler la question de la faute et du pardon, à se donner soi-même… 

Annexe III. : Dérapage sexuel d’un grand adolescent

Texte extrait de l’article  (2e lettre) :  Dérapages sexuels d'adolescents

Un monsieur m’écrit :       
Bonjour,

J'ai 40 ans, marié avec 3 enfants…. à l'âge de 17 ans j'ai été l'auteur d'un passage à l'acte sur la personne d'un petit garçon de 8 ans. J'étais dans les vestiaires d’une piscine plutôt déserte et j'ai profité de ma position pour "emballer" cet enfant. Un sourire, un clin d’œil et il m’a suivi dans une cabine. Je n'ai pas réussi à contrôler une pulsion et j'ai incité cet enfant à me masturber. Cela a été très bref.

Juste après cet acte j'ai éprouvé beaucoup de dégout de moi-même et je ne comprends toujours pas à ce jour ce qui m'a conduit à cela. J'ai abusé de cet enfant sans violence mais par séduction ; cela est arrivé une seule fois (une de trop d'ailleurs) et je n'ai jamais recommencé.

J'ai tenté depuis toutes ces années à enfouir en moi ce terrible secret. Il a ressurgi à plusieurs reprises avec toujours pour effet d'un effondrement de mon estime et des épisodes dépressifs. J'ai conscience de la portée de mon geste et de l'effet dévastateur possible sur cet enfant et sur sa vie d'adulte. J'essaye en vain de me dire que mon état de conscience à cet époque ne me permettait pas de mesurer les conséquences de mon geste. Aussi je suis prêt aujourd'hui à assumer les conséquences de ceci et à prendre mes responsabilités. »

Je lui réponds:

Cher monsieur,

Je me réjouis pour vous du courage que vous avez trouvé à vous exprimer et à faire part de ce que vous appelez "ce terrible secret", et de la confiance que vous me faites.

Bien sûr, ce que vous avez fait est un abus, et l’honnête homme que vous êtes manifestement n’en est pas fier, et s’en sent très coupable. J’apprécie que vous ne vous cherchiez pas d’excuses (par exemple, celle de votre propre minorité; ou encore, le fait qu’il n’y ait pas eu de violence physique ni verbale!) Sauf peut-être que, en bon ado, au moment même, vous n’évaluiez pas bien les conséquences (ceci, c’est très typique de tous les ados !ce n’est donc très probablement pas une « fausse excuse »)

Lisez dans mon livre "La sexualité des enfants" (Odile Jacob, 2004, p. 167-172) ce que je dis du dérapage sexuel : quelqu’un d’habituellement sociable se dévoie transitoirement, puis se reprend de lui-même. Les raisons peuvent être variées, depuis la mauvaise passe dépressive jusqu’au besoin d’expérimenter une fois la puissance de Mal que l’on a en soi, ou jusqu’au besoin de se donner du plaisir physique à tout prix. Je pense que cela vous concerne à 100%.

Et maintenant, c’est l’heure de vous pardonner à vous-même et, pour réparer cet égarement, de veiller à faire dans votre vie suffisamment d’actes bons. Notre humanité à tous, fait de nous un mélange de ressources et d’imperfections, de bien et de mal, d’égo centration et d’altruisme. Votre faute a été réelle mais toutes nos vies sont émaillées – un peu plus, un peu moins – de fautes réelles. Quand nous sommes des types "bien", le combat vers le Bien se gagne, mais c’est toujours un combat. Que vous soyez chrétien, d’une autre religion ou laïque, je vous invite à lire un bref passage de l’Evangile de Saint jean, dit « Evangile de la femme adultère" et à méditer ce qui y est dit. ("Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ... et ils s’en allèrent un par un, à commencer par les plus vieux..." « Eh bien toi aussi, va et ne recommence plus ») (Jn, 8, 7-11) Et croyez-moi, c’est un monsieur déjà âgé qui vous écrit, tout à fait concerné par ce qui y est dit.

La meilleure façon de réparer vis-à-vis de ce jeune garçon, c’est de lui f ... une paix royale. Lisez aussi, dans le même chapitre de mon livre, ce que je dis des épines sexuelles: Expériences sexuelles le plus souvent isolées, qui égratignent moralement sans vraiment tout détruire ni pervertir. Mon expérience de terrain dans l’analyse et le soin aux abus me fait penser que ce jeune a très probablement vécu l’expérience comme une épine : c’était un moment de séduction isolé venant de quelqu’un qu’il identifiait probablement comme une sorte de grand frère un peu vicelard, et pas comme une Image paternelle. Donc quelqu’un du même groupe générationnel que lui, ce qui est toujours moins traumatisant que lorsque la barrière intergénérationnelle est franchie. Il est très probable qu’il a rapidement intégré cette expérience dans son monde intérieur, sans se sentir détruit par elle. C’est en tout cas ce que je pense sincèrement.

 Je souhaite de tout cœur que l’espérance et la confiance reviennent en vous et que vous soyez d’abord et avant tout un bon père pour vos enfants.

Cordialement.

Annexe IV. : Zoophilie pendant l’enfance et culpabilité

Je vous propose ci-dessous l’intégralité d’un échange de courrier avec une jeune adulte, qui m’écrit : 

Bonsoir,

Je me permets de vous écrire un mail après des mois d'hésitation.
Je suis une jeune fille de 22 ans.   
Enfant j'ai vécu une bizarrerie sexuelle, en effet un jour par hasard alors que je jouais seule en chemise de nuit sans culotte, mon chien dans la chambre est venu me lécher le clitoris ce qui a engendré un immense plaisir en moi qui a abouti à une sorte d'orgasme. 
Suite à cet événement, j'étais envahie d'immense culpabilité et de honte. Cependant, cela ne m'a pas empêché de renouveler plusieurs fois cette expérience. Je ne peux vous donner un nombre cependant ça ne s'avère pas excessif dans mon souvenir. Cette situation a duré de l’Age de 7 à 10 ans. Aussi, j'ai réexpérimenté l'expérience vers l'âge de 11 ans. Ainsi cela fait très longtemps que c'est fini.      
L'arrêt de cette bizarrerie sexuelle c'est fait naturellement, une prise de conscience quand j'ai vu que mon chien était en érection cela m'a choqué. Depuis je n'ai plus jamais recommencé.       
A côté de ça pendant mon enfance j'ai vécu d'autres expériences sexuelles que vous qualifiez de sexualité normale      .
Aujourd'hui je suis étudiante et en couple depuis maintenant 6 ans avec un garçon de 25 ans    .
A présent j'éprouve un énorme sentiment de culpabilité et de honte à l'origine de souffrance chez moi. Cette dernière a été à l'origine de la description des faits à mon petit ami qui essaie de me rassurer comme il peut. De plus il s'avère que je ne me   sens pas à l'aise lors de nos rapports sexuels, en ayant toujours à l'esprit ce souvenir qui me bloque. J'arrive cependant à atteindre l'orgasme de temps en temps.

Pour ma part j'y pense sans arrêt, de plus je n'arrive pas à comprendre cette expérience. Maintenant adulte je trouve cette situation choquante à l'origine d'une baisse d'estime à mon égard. Aujourd'hui quand je repense à ce petit jeu enfantin je me sens mal car je sais que c'est quelque chose de mal et donc je me fais des reproches à moi-même en me disant que je ne suis qu'une moins que rien et je me dégoûte d'avoir fait ce jeu. J'espère que vous pouvez me donner une réponse qui puisse me délivrer du dégoût que j'ai envers moi- même en ce moment. Je suis persuadée qu'il faut être atteint d'une pathologie psychiatrique pour avoir pu faire cela ou alors que cela va développer en moi une pathologie psychiatrique.    
En espèrent recevoir votre aide pour éclaircir mon problème, je vous souhaite une bonne journée et vous remercie déjà d'avance de votre aide. Merci.

Je lui réponds:

Chère Madame,

Nous tous, êtres humains, sommes faits de lumière et d'ombre, de valeurs nobles et de boue. Même quand, dans l'ensemble, nous allons bien, nous avons parfois envie d'aller nous vautrer dans la boue et d'y rester un certain temps.    
C'est notamment le cas pendant notre adolescence: par défi, pour faire l'expérience de l'extrême, pour nous sentir exceptionnels (même dans le Mal), pour nous différencier radicalement de ce que pensent nos parents, pour le plaisir que cela nous apporte, etc.       
Mais même enfants, par hasard, pour peu que nous soyons curieux, éveillés et quelque peu hédonistes, nous pouvons déjà aller goûter ces plaisirs dont nous devinons pourtant tout de suite qu'ils sont "interdits", hors-culture. Vous, vous l'avez fait en passant par un certain nombre d'expériences zoophiles. Et pendant un certain temps, votre besoin de plaisir a suffi à vous faire mettre entre parenthèses votre culpabilité et votre honte.
A onze ans, je fais l'hypothèse que vous étiez déjà bien informée des choses de la vie. Aviez-vous déjà vu l'érection d'un garçon ou d'un homme? Peu importe d'ailleurs, car, à travers l'érection de votre chien, vous avez eu l'intuition que "c'était sérieux" et que vous n'étiez pas seule à être engagée dans ces recherches de plaisir: votre chien aussi l'était et Dieu - ou le Diable - seul sait ce que peut faire un chien en érection ... Par prudence, par peur des conséquences - tout à coup, la sexualité n'était plus un jeu -, et peut-être aussi par respect pour votre chien, vous avez arrêté net: moi, je trouve cela sage et chouette de votre part.     
Pour d'autres, pour moi, le défi hors normes et la recherche de moments de plaisirs "sulfureux" cela a été autre chose. Mais aucun de nous, sauf les très grands névrosés, ne sommes politically correct en permanence et tous, nous goûterons encore probablement à l'occasion du fruit défendu. Ce qui est vraiment mal, à mes yeux, c'est quand nos dimensions et exercices anarchiques font souffrir les autres ou/et violent leur consentement ... Ce qui n'a pas été votre cas: je ne vous entends pas raconter que vous aviez obligé un petit frère de quatre, cinq ans à vous regarder vous faire lécher!
Je comprends néanmoins que vous vous sentiez coupable, honteuse et triste que ces expériences aient existé: ce ne sont en effet pas les plus glorieuses de votre vie, mais bon, comme je le disais pour commencer, nous sommes tous faits d'ombre et de lumière.       
Je ne vous sens pas pour autant menacée d'une quelconque maladie psychiatrique, même si, j'imagine, si votre maman avait surpris ce qui s'est passé, elle se serait vraisemblablement écriée "C'est fou, ce que tu fais là" La lettre que vous m'avez écrite témoigne au contraire d'une grande sensibilité et richesse humaines.

Et maintenant? Ce serait bien injuste de rester envahie par cette culpabilité! Essayez d'avoir suffisamment de tendresse pour vous et de confiance en vous que pour accepter ce côté imparfait de la nature humaine en général et de la vôtre en particulier, que pour vous pardonner!
Et donc, offrez à vous-même, aux autres, à vos parents et à votre ami, le cadeau de vos ressources positives, en cicatrisant au moins ce mauvais souvenir, qui est devenu un traumatisme en vous.     
Enfin, vous avez le droit d'avoir "un jardin secret" Vous avez eu l'intuition que votre partenaire était assez mûr, aimant et avec les pieds sur terre que pour vous soutenir et il le fait de son mieux. Votre intuition était donc juste! Ceci dit, ce n'est pas toujours nécessaire de prendre le risque de nous faire rejeter en racontant à ceux que nous aimons des faux pas qui appartiennent bel bien au passé!       
Si cette lettre ne suffit pas à vous apaiser, n'hésitez pas à faire un bout de psychothérapie individuelle: si vous m'indiquez votre ville, je puis peut-être vous recommander un(e) collègue que je connaîtrais personnellement.
 

Annexe V :Une immense culpabilité sexuelle liée à des jeux frère-sœur

Une jeune adulte m’écrit:

Cher Monsieur,

Je suis aujourd'hui une femme de 34 ans. J'ai expérimenté quelques jeux sexuels avec mon frère vers l'âge de 10 ans, Mon frère a un an de plus que moi. Depuis quelque temps ce souvenir m'est revenu en force, suite à un changement dans ma vie (suite à mon mariage il y a deux mois).

Un mois avant mon mariage, je suis passée par plusieurs stades, dont l'angoisse, déprime, peur, avec bien évidemment un énorme sentiment de culpabilité, et une tendance à disproportionner les choses. En effet, j'étais persuadée jusqu'à présent avoir eu une relation incestueuse avec mon frère basée telle que vous la définissez, càd basée sur l’amour possessif et l'exclusivité. Submergée par la honte et la culpabilité, je me suis efforcée de prendre du recul et d'analyser les quelques souvenirs que je garde de cette période afin de comprendre si l'exclusivité et l'habitude avaient pris le pas et transformé nos jeux en véritable inceste ou pas.

Je n'arrive à me souvenir que de deux 'incidents', le premier où nous avions joué à se faire des bisous sur la bouche tout habillés, et animés surtout par un sentiment d'excitation de la découverte de quelque chose et de la transgression d'un interdit. Le 2e où nous avions passé un second cap, où la découverte de nos corps mêlait à la fois curiosité enfantine et imitation mécanique érotique, je me souviens par exemple avoir pratiqué une fellation et m'être frottée en culotte contre lui! Ca a foutu une franche trouille à mon frère de me voir comme ça, car je me souviens distinctivement qu'il cherchait à me repousser pendant que je me frottais contre lui et qu'il y est finalement parvenu. La honte, l'angoisse surtout (je suis de nature assez angoissée depuis toute petite), et la culpabilité sont venus suite à cet épisode. Après plusieurs jours de perte d'appétit et de fort sentiment de culpabilité liée à la fois à la découverte sexuelle et la prise de conscience que ces choses ne se faisaient pas entre frères et ses sœurs, j'ai décidé de tout raconter à ma mère, en pleurs bien évidemment en pensant que ma vie allait être gâchée à cause de ça. J’ai eu besoin de le faire, même si je vivais en même temps la peur de perdre l'amour de ma mère (je me souviens avoir été persuadée à 10 ans qu'elle ne m'aimerait plus et qu'elle ne me considérerait pas 'normale')

Si je vous raconte tout cela c'est parce que j'en arrive à la conclusion en évoquant mentalement et par écrit ces souvenirs, que ce que j'ai fait avec mon frère aîné n'étaient que des jeux, finalement interrompus par un frère effrayé et probablement par un surmoi rongé par la honte. Ma question est liée à l'authenticité de mes souvenirs... pensez-vous en tant que pédopsychiatre que j'ai pu occulter d'autres souvenirs et seulement garder en mémoire les deux épisodes que je viens de vous raconter? En d'autres termes, ai-je pu oublier d'autres jeux, beaucoup plus hardcore, qui feraient que j'aurai eu un véritable inceste avec mon frère mais qu'inconsciemment je cherche à atténuer la douleur d'une telle possibilité...

En vous remerciant par avance.

Je lui réponds:

Bonjour Madame,

Permettez-moi d’abord de vous dire mon admiration face à la finesse de votre intelligence sensible ... mais malheureusement quelque peu torturée, au moins pour cette question sexuelle que vous travaillez en profondeur.

Scientifiquement, il ne me paraît pas possible que vous ayez occulté d’autres jeux, encore plus hardcore. L’effroi et la honte ont été bien trop envahissants après ce premier tâtonnement sexuel (si j’ose dire) que pour laisser naître et grandir en vous le plus petit désir de remettre le couvert.

En vous lisant, j’ai l’impression que votre frère et vous, vous vous aimez bien, mais d’une affection non-incestueuse: quand l’inceste est là, on ne s’arrête pas après quelques jeux! On ne va rien raconter à sa maman: on est possédé par un démon tenace qui donne le vertige et fait casser tous les tabous et ceci, sur de très longues durées.

Or vous, vous voyez bien que si vos jeux vous ont donné un peu de plaisir – c’est humain – ils vous ont aussi fait bien plus peur et honte, et vous les avez arrêtés spontanément quasi sur le champ!

Mais je crois deviner, quand je vous lis, que vous êtes une personne prédisposée à l’angoisse et, au moins autant à la mise en question culpabilisée de soi. Ce qui est bien lourd à vivre! Est-ce votre "nature" (vos gènes) ou un (ou les deux) parents avaient-ils l’art de semer l’angoisse et la culpabilité chez la petite fille probablement très sensible que vous étiez?

Il est habituel que de tels souvenirs – mauvais à vos yeux – resurgissent lors de certains événements de la vie comme une liaison amoureuse et plus encore sa consécration symbolique par le mariage. C’est comme si une voix de malheur en vous (le Sur-moi, disent les psychanalystes) vous disait: "Comment oses-tu te marier, toi qui as fait de telles horreurs? Si ton mari savait, il massacrerait la sale fille que tu es."...Et votre peur de ne plus être aimée par votre maman se transforme en peur de ne plus être aimée par votre mari ...

Moi, je le laisserais en dehors de tout ça et je me donnerais à lui avec joie et confiance en pensant que je suis une fille bien ...

En effet, entraînez-vous à la pensée positive! Quand ce genre de souvenir et de culpabilité remonte à la surface, faites un peu de relaxation respiratoire, criez en silence dans votre tête: "Stop ... au moment où j’ai découvert ma sexualité, je n’ai jamais fait que ce que la majorité des gosses font." ... et puis, obligez-vous à penser à autre chose qui soit gai, agréable pour vous (par exemple les bons baisers de votre amoureux ... la manière agréable dont il fait l’amour ... ou simplement de bonnes vacances).

Bien cordialement.