3.1.31.8 La confrontation des enfants et des adolescents à la pornographie. 
Article publié dans la revue s Arch. Pédiatr. 2002 ; 9 : 1183-1188. et suivi:

-du lien vers un interview, en PDF, publié par l'hedomadaire Marie-france en 2015: Mon ado, le porno et moi

-du texte d'un autre interview 2014 de l'hebdomadaire "dossier familial": Mon ado consulte des sites porno

 

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Les enfants, parfois très jeunes, et les adolescents sont confrontés occasionnellement ou régulièrement à la pornographie, principalement sous forme d'images obscènes commercialisées. " Ils tombent dessus " à l'improviste, ou parce qu'ils les ont eux-mêmes cherchées, plus ou moins explicitement. Nous en prendrons comme paradigme les images qui circulent sur les écrans du web. Mais d'autres confrontations à la pornographie existent, qui risquent d'être encore plus déstabilisantes parce que l'implication de la personne du mineur d'âge y est encore plus active : c'est le cas, par exemple, des conversations obscènes avec des professionnel(le)s sur minitel ou sur internet [1] , ou encore des interpellations et invites sexuelles faîtes au mineur sur l'écran d'un chat, surtout quand celui-ci n'avait rien sollicité de tel ( une recension détaillée de ces " invitations " pornographiques sur le web a été faite dans un article de Mehta et Dwaine [2] ; on peut notamment y distinguer les pratiques commerciales ( sex-shops virtuels ...) et les pratiques privées : site " perso "; invitations obscènes sur les chats, etc.).

Par contre, il ne faut pas tout confondre et diaboliser du coup tous les comportements sexuels des mineurs sur internet! Beaucoup de ceux-ci sont des actes tâtonnants d'affirmation de soi, et d'un soi qu'ils aiment montrer sexué! Ce sont aussi des expressions de la curiosité ou d'une capacité à défier les règles des adultes, ou une recherche de satisfaction érotique récréative ( récréative dans les deux sens du terme : moment de pause dans une vie majoritairement remplie par des activités " sérieuses ", l'école, la gestion de la vie familiale et moment de plaisir; un article décrivant ce que peuvent être les déterminants et les formes d'expression d'une sexualité saine chez l'enfant [3]. Ceci est plutôt éloi gné du simple marivaudage, mais avec le type de société que nous avons créé, il était inévitable qu'on en arrive à déclarer plus ouvertement et plus crûment un intérêt pour la sexualité dès l'enfance. L'adolescent de 15 ans qui envoie la photo de son sexe ou plutôt de " Sa queue " ( si tant est que c'est bien la sienne ...) - en guise de signature électronique se sentira " con " de l'avoir fait à 18 ans, deviendra peut-être notaire à 50 ans, comme le chantait déjà Jacques Brel, et épargne au moins aux murs de nos cités le même type de signature, mais en tag. Ne bradons donc pas trop vite les affirmations scientifiques en proclamant comme d'aucuns qu'il est nécessairement atteint d' " un processus de déstructuration et de morcellement du corps " ...

D'autres comportements sont néanmoins d'interprétation délicate, mais dépassent le cadre de cet article : pensons par exemple aux exhibitions sexuelles via webcam ou aux visites faites à des sites " perso " où des adultes, en âge d'être leurs parents, s'offrent sexuellement à qui veut venir les voir ... Pensons aussi aux vidéos les plus hard des Loftstory et d'autres émissions du genre, reçues comme modèles par tant de jeunes en carence d'identifications positives, concrètes et accessibles.

Evoquons enfin la contribution du net à la fixation précoce de l'homosexualité; dès leur 14-15 ans, bien des adolescents indécis, filles et garçons, vont chercher une réassurance et des réponses à leurs incertitudes, face à la bisexualité du moment qu'ils ressentent en eux, dans les milliers de sources d'informations du net. Malheureusement, ils y trouvent souvent et sous bien des formes des renforçants positifs qui les encouragent à développer leur dimension homosexuelle. Ceci, couplé à la façon dont l'homosexualité est vantée et utilisée comme défi aux régles par des minorités très actives chez les jeunes adultes homosexuels, contribue à y fixer précocement un certain nombre; ce ne serait probablement pas arrivé à l'époque, encore toute proche, où l'homosexualité était passée sous silence, voire condamnée.

Faute de temps, nous nous limiterons néanmoins au paradigme des images obscènes sur le web 


QUELS SONT LES EFFETS DE LA CONFRONTATION A CES IMAGES SUR LES ENFANTS AVANT LA PUBERTE ?

Pour une petite minorité, l'effet est franchement traumatique. 

Sont surtout concernés les enfants les plus jeunes, les plus sensibles ou/et les plus ignorants et les plus inexpérimentés dans le domaine sexuel. Lorsqu'ils sont confrontés par hasard [4]  à des images hard ... parce qu'un grand les y a entraînés, ils peuvent en ressentir une angoisse soudaine, intense et durable : peur d'une possible agression contre eux, peur de ces masses de corps qui partouzent, de leurs transformations et de ce qui en sort, et ce jusqu'à la peur que leurs propres parents et leur entourage deviennent monstrueux eux aussi : en même temps que l'effroi, il peut s'installer un doute profond sur les intentions, les capacités protectrices et les valeurs véhiculées par ces adultes, tellement à même de devenir des animaux sauvages quand ils sont tout nus ...

On voit alors s'installer un syndrome de stress post-traumatique caractérisé par l'exacerbation d'angoisses variées et par des conduites d'évitement. Les effets sur la sexualité et plus largement sur le corps sexué de l'enfant sont le plus souvent marqués par la peur ( par exemple, pudeurs nouvelles et excessives ); plus rarement, il y a une " reviviscence sexuelle traumatique ". Elle se produit souvent exclusivement dans l'imagination de l'enfant; parfois néanmoins, pour se libérer de sa charge émotionnelle et pour dominer à nouveau la vie, l'enfant en brutalise un autre, souvent un plus petit, un peu comme lui s'est senti brutalisé par l'image; il peut encore y avoir des vérifications anxieuses de son intégrité sexuelle à lui ( par exemple masturbations ostensibles et compulsives ).

Invitation à une amplification d'expériences érotiques et perversion pour d'autres. 

Pour une autre minorité d'enfants, souvent plus âgés et déjà plus basalement intéressés par les plaisirs de la consommation ,c'est l'inverse qui se produit; les pratiques vues sur image constituent des invitations à ce que leur propre quête d'expériences et de sensations érotiques s'amplifie secrètement ou ostensiblement ( pour cette dernière éventualité, c'est surtout si leur famille est elle-même laxiste ).

Cette amplification s'accompagne souvent de prosélytisme : ils entraînent d'autres enfants dans l'aventure de " l'éclate sexuelle ", qui prend parfois des formes très adultes ( il ne s'agit plus seulement de se toucher, ni de jouer au docteur, mais de ré-expérimenter ce qu'on a vu à l'écran ). S'ils trouvent souvent des partenaires consentants et de leur tranche d'âge, il peut néanmoins arriver qu'ils abusent des autres, et même des plus petits, surtout si l'ensemble de leur éducation ne les imprègne pas beaucoup de la valeur " sociabilité ".

L'une ou l'autre fois, c'est même une pratique carrément perverse [3] qui se précipite et se fixe à partir de ce qui a été vu d'identique ou d'analogue sur l'écran ( tel ce jeune adulte tellement malheureux de me raconter en thérapie ses pratiques secrètes de masturbation anale avec des objets divers, initiées depuis l'âge de neuf ans, parce qu'il avait été fasciné par l'image d'une femme nue occupée à en faire autant dans un magazine ).

Effet apparemment fugace et peu conséquent pour une majorité. 

Néanmoins pour la majorité des enfants, l'effet traumatisant ou pervertissant est plus léger ou/et plus fugace, si pas nul; ceux-ci ne s'attachent pas vraiment à ce qu'ils ont vu ou n'y reviennent que très occasionnellement. C'est parfois le hasard qui les a confrontés à la pornographie, c'est plus souvent la curiosité, le désir de pénétrer dans le monde des grands et de défier leurs règles, seul ou entre amis. Une fois " l'exploit " réalisé, une fois que l'enfant a constaté qu'il a la capacité de " faire ça ", il passe à d'autres conquêtes ... il range dans un coin de sa mémoire les sales images qu'il a vues, parmi les tonnes d'autres images violentes dont il est abreuvé ... maintenant qu'il sait, cela ne l'intéresse plus trop, même pas pour alimenter centralement ses activités érotiques débutantes.


Alors n'y a-t-il vraiment aucun effet néfaste sur lui ? Difficile à dire ! Ce qu'il a vu pèse tout-de-même d'un certain poids sur l'élaboration de ses idées et de son image du monde : on lui a confirmé en quelque sorte que toute pulsion, tout appel du corps peut être satisfait à bon compte ... que tout est consommable, même l'être humain, si ça peut faire plaisir [5]

L'expérience faite contribue donc, parmi tant d'autres, à un émoussement de sa sensibilité valorielle [6] : convictions plus incertaines sur ce qui est vraiment bien et mal; manque de rigueur, de courage et de capacité de se démarquer de la masse pour rechercher ce qui est bien [7] ; l'invitation au mal et à l'égocentrisme est tellement abondante, partagée par tant d'autres qui y cèdent et source d'une telle indifférence de la part des soi-disant voix parentales, que l'enfant lui- même se mithridatise de ses petits malaises, banalise, et considère comme normal qu'existe le marché de la pornographie : s'il fait une faute, c'est seulement d'aller y regarder alors qu'il est trop petit. Et c'est ainsi que les sociétés lui apprennent à se résigner devant tant d'atteintes soft aux droits de l'homme, de la pornographie au rejet des sans-papiers et à la création de zones de non-droit pour les parquer, en passant par les injustices tellement criantes dans la répartition du marché du travail et de l'argent!

Quoiqu'il en soit, le réalisme de l'enfant augmente, et il ne faut plus trop lui raconter de " salades " sur ce que sont les autres - pas toujours de bons parents angéliques! -, sur ce qu'est la sexualité - c'est aussi la " baise " et pas seulement la forme ultime de l'amour de papa et maman -, et sur ce qu'est le plaisir ... Disons qu'il en sort un peu vieilli, un rien cynique, lucide, matérialiste, bien plus vite que ce que voudraient beaucoup de parents.


ET LES EFFETS DE LA PORNOGRAPHIE SUR LES ADOLESCENTS?

mme modèle ... l'inceste, la pédophilie, le viol ... sont devenus des notions très élastiques dans l'imagerie de ces adolescents nourris d'images ". Nous ne contestons pas la constatation de l'auteur, mais nous nous en tenons plus à l'idée du " coup de pouce " qu'à celle de " franc modèle simplement imité ").

Pour une minorité d'entre eux aussi, les images peuvent avoir un effet traumatique. 

Elles les confrontent aux transformations de leur propre corps et à leur résultat fonctionnel. Elles les confrontent à la possible immédiateté de leur vie sexuelle avec partenaires, pour laquelle ils ne se sentent pas nécessairement prêts. Elles les confrontent même au risque jamais nul de la sexualité inter générationnelle, voire incestueuse. Certes, les adolescents sont plus habiles que les enfants pour dissimuler leurs peurs, mais celles-ci existent bel et bien, les inhibent à l'occasion et les empêchent éventuellement de continuer leur développement psychosocial ou sexuel ... Tel ce jeune de 14 ans, en psychothérapie, qui finit par me raconter son dégoût profond pour les poils et sexes d'adultes trop souvent vus sur images, le dégoût qu'il en ressentait pour sa propre croissance sexuelle à lui, et son côté " accro " aux corps de jeunes garçons blonds et impubères, tellement facile à trouver en images sur le net, eux aussi!

Les effets d'hyperérotisation existent aussi chez une minorité d'adolescents, mais dans deux directions quasi opposées. 

Sexualité abondante privilégiant le plaisir. 



La première issue est identique à ce que nous en avons esquissé chez l'enfant : l'expression crue, à ciel ouvert, d'une sexualité abondante, plus souvent avec partenaire(s) que solitaire ou le plaisir est privilégié par rapport à la relation. S'il le faut, l'adolescent sait s'imposer pour arriver à ses fins, par exemple en faisant une pression morale sur son frère ou sa soeur, d'un an ou deux plus jeune, et, plus rarement, par la violence physique [8] ( l'exposition à la pornographie constitue probablement pour certains jeunes un facteur précipitant des sinistres " tournantes " qui sont une des modes du moment : viol collectif ... jusqu'à saturation des violeurs ).

Que l'on ne se méprenne pas : nous ne sommes pas occupés à dire que la pornographie est la cause unique ni même la plus importante de ces passages à l'acte : il s'agirait alors d'un pur phénomène d'imitation, qui n'existe vraisemblablement à lui seul que de très loin en très loin! Plus souvent, l'exposition à la pornographie constitue comme un coup de pouce, qui désinhibe encore un peu plus l'action chez des jeunes à la personnalité peu structurée ( e. a. impulsifs ), peu socialisés de l'intérieur et peu contenus de l'extérieur ( Félix [9] écrit : " ... en particulier dans les milieux populaires, beaucoup d'adolescents prennent la pornographie hard co

Fixation voyeuriste, dépendance et isolement. 


La seconde direction est plus typique de l'adolescence : il s'agit d'une fixation à l'imagerie pornographique elle-même, fixation voyeuriste allant parfois jusqu'à une grave dépendance ( Internet addiction disorder ) décrit par les Nord-Américains et centré ici sur le surfing porno ( ce surfing navigue alors entre les sex-shops virtuels, certains forums qui sont de simples collections d'images porno, la visite de sites " perso " sexuels, ou les chats publics ou privés centrés sur la " baise " ou des perversions plus précises ).

Cette fixation, qui consomme plus ou moins de temps et d'énergie, s'accompagne souvent d'un isolement des autres, voire d'un désinvestissement des tâches de la vie quotidienne. Elle est principalement le fait d'adolescents plus âgés ( à partir de 16-17 ans ). Il est difficile de statuer si la coupure avec les autres procède de problèmes affectifs préalables ( angoisses excessives, dépression, faible estime de soi ...) ou si, au contraire, c'est - un peu par hasard - l'intensité subjective des plaisirs procurés par l'image qui crée la dépendance, fait basculer l'adolescent dans le retrait, et entraîne ensuite la mise on place d'une médiocre image de soi ... vite anesthésiée via de nouveaux étourdissements dans la boue des images.

Fixations et dépendances perverses. 

Dans ce qui précède, on était en droit de penser que l'adolescent se centrait encore sur la sexualité génitale, type " partouzant ", entre partenaires à tout le moins postpubères. C'est parfois pire encore : certaines des fixations et dépendances dont nous venons de parler sont franchement perverses. Au rang de celles-ci et parmi les plus inquiétantes, il y a la pédophilie ( pour mémoire, quand le réseau " pédo-nécro " russo-italien, au nom suffisamment évocateur, a été bloqué à l'automne 2000, on a constaté que 1 % des clients, à qui on livrait des vidéocassettes, étaient des mineurs d'âge! ). Les images pédophiles abondent sur le net et entretiennent l'exploitation sexuelle de centaines de milliers d'enfants dans le monde. Cette fixation est particulièrement tentante pour des adolescents peu sûrs d'eux, à la recherche de dominations illusoires, d'amours consolateurs, et nostalgiques de leur enfance perdue.

Eviter toute généralisation alarmiste. 

Tous ces risques ayant été esquissés, ne généralisons pas leur décompensation de façon alarmiste, pas plus pour les adolescents que pour les enfants : pour la majorité, la fréquentation de la pornographie reste occasionnelle, et leur permet de satisfaire leur curiosité, leurs envies de défi et leurs besoins de satisfactions érotiques faciles : ah, comme ce peut être gai de frimer devant l'ordi, avec tel ou tel copain ( copine ) en lui montrant que l'on connaît quelques sitessuperhot ou en allant dans les salons boueux de Caramail, faire avec lui la chasse aux vieux " PD ", les insulter ou envoyer un bug efficace dans leur " bécane " ... voilà une occupation bien cool! ... Et l'échange de photos depuis les mêmes salons ne remplace-t-il pas celui des images cochonnes des cours de récréation de notre adolescence, avec en prime l'ivresse de le faire ( peut-être, s'il ne ment pas ...) avec un mec ou une nana de Montréal ou de Nouméa ...?

COMMENT LES PARENTS ET LES EDUCATEURS PEUVENT- ILS GERER CE RISQUE ET CETTE REALITE DE LA CONFRONTATION A LA PORNOGRAPHIE?




Une invitation à la lucidité. 

L'abondance et l'accessibilité de ces nouveaux objets de consommation, et l'intérêt spontané de beaucoup de mineurs à leur égard, devraient constituer pour les adultes une invitation à la lucidité.

Lucidité à titre préventif d'abord : nos enfants et nos jeunes ont besoin d'une surveillance, amicale certes, pas paranoïaque, mais effective. Si on les laisse trop à eux- mêmes, si on ne cadre jamais ce à quoi ils s'occupent, il leur arrive de faire ce genre de bêtises-là, par désoeuvrement, par appel du plaisir en eux, voire pour nous demander confusément ou indirectement que nous les contrôlions mieux. Alors, quelles qu'en soient les limites, vive les petits passages à l'improviste devant leur " ordi ", et même les logiciels de filtrage, du moins avant l'adolescence [1] ( à l'adolescence, beaucoup de jeunes les ressentiraient comme une tentative sournoise de castration, ce qui exacerberait leur tendance au défi! ).

Lucidité de l'observateur réaliste ensuite : si tel enfant montre des signes inattendus d'angoisse intense, il est possible qu'une expérience l'ait traumatisé, et parmi bien d'autres causes, il faut penser à la pornographie et ne pas hésiter à l'interroger à ce sujet. Si tel autre cherche à s'isoler de façon récurrente, seul ou avec tel copain et face à l' " ordi ", ce n'est pas nécessairement pour inscrire " images-pieuses " dans un bon moteur de recherches.

Satisfaire les besoins de présence et de relations enrichissantes des jeunes. 

Les enfants et les jeunes ont également besoin de présence concrète à leurs côtés et de relations humaines enrichissantes : ceux qui se perdent dans le plaisir solitaire sont surtout ceux qu'on laisse trop seuls. Les autres, à qui l'on parle, au projet desquels on s'intéresse, à qui l'on propose de saines activités récréatives, avec qui l'on partage du temps ... tous ceux-ci développent bien d'autres dimensions de leur potentiel humain qu'une quête excessive du plaisir sexuel.

L'usage raisonné d'internet au sein de la famille. 

A propos de l'utilisation d'internet, nous faisons nôtres les conseils aux familles émanant des pédagogues experts de ce domaine : installer l'" ordi " dans un local où l'on vit ... réglementer le temps d'utilisation ... Y connaître quelque chose en tant qu'adultes : moins que les jeunes, par définition, mais assez pour pouvoir discuter avec eux à l'occasion!

Nous devrions pouvoir dire, notamment aux plus jeunes, qu'ils vont très probablement faire ( ou ont déjà fait ) sur le net des expériences étranges, inquiétantes, voire choquantes : ils sont invités à en parler avec nous et nous promettons qu'ils ne seront jamais grondés s'ils le font, même s'ils s'étaient aventurés dans des endroits imprudents : nous réfléchirons avec eux à ce qui vient de se passer, et à mieux s'en prémunir à l'avenir. Cette promesse, il s'agit de la tenir si nous voulons vraiment qu'ils maintiennent un dialogue avec nous dans la durée [10]. Nous pouvons même entraîner les chetteurs en herbe à remettre vertement à leur place les grossiers qui les importuneront tôt ou tard.

Saisir les occasions pour discuter explicitement de la pornographie. 

Plus centralement encore,lors d'une occasion bien choisie, nous pouvons discuter explicitement de la pornographie avec l'enfant ou l'adolescent [11]. Il s'agit de l'écouter, plutôt que de l'assommer tout-de-suite de certitudes : qu'en sait-il? Qu'en pense-t-il? ( voire même, s'il n'est pas trop timide et que la relation de confiance est bonne : en a-t-il déjà fait l'expérience? Comment l'a-t-il vécue? ). Ceci bien sûr sans le forcer à avouer contre son gré telle pratique qu'il voudrait garder secrète ... ni sans lui demander non plus d'entrer dans le détail de ses expériences : il a le droit - si pas le devoir! - d'exiger de l'intimité quant à sa vie sexuelle!

S'il expose ses idées, ce doit être ensuite l'occasion de proposer les nôtres, ainsi que nos valeurs et ceci de la façon la plus personnalisée possible sans jouer au moralisateur. A chacun donc de trouver ses iléments de réponses! En ce qui me concerne, par exemple, ce n'est pas tellement que l'enfant nous défie ou/et se donne du plaisir physique que je réprouve d'abord mais c'est qu'il le fasse en entretenant un système commercial où tant de gens perdent leur dignité : c'est aussi la déliaison totale du plaisir et du lien affectif ou amoureux qu'il ne me paraît guère souhaitable d'ériger en système.

Les adultes aussi. 


Soit dit en passant, mettre de l'énergie pour s'abstenir de fréquenter la pornographie ne concerne pas que sa seule personne! Nous aussi, adultes, nous sommes des êtres de chair, pris dans un débat intérieur perpétuel entre le bien et le mal, et les boues du net peuvent nous tenter comme elles tentent l'enfant. Cette identité de nature humaine et de combat inté rieur vers davantage de dignité, elle peut se dire dans le dialogue éducatif du moins avec les aînés!

Interdire sans que cela tourne à l'obsession. 

Enfin, nous nous devons d'être logiques avec nous-mêmes. Si nous pensons que la confrontation à la pornographie n'est pas bonne pour l'enfant, nous pouvons lui interdire d'y recourir, du moins avant l'adolescence, vérifier occasionnellement s'il en tient compte, lui dire notre joie s'il nous obéit et notre mécontentement dans l'alternative inverse, sans dramatisation et sans que cela tourne à l'obsession ( on sait combien une dimension obsessionnelle, quasi paranoïaque, des vérifications peut provoquer le jeune à défier l'interdiction; dans certains cas, c'est ce que l'adulte désire inconsciemment ...). S'il s'agit d'un adolescent, plutôt que de donner des ordres, nous pouvons émettre un souhait clair et le motiver.

Une aide spécialisée pour les plus traumatisés. 

Les enfants les plus traumatisés relèvent de l'aide spécialisée. Il en va de même peur ceux chez qui on aurait l'impression qu'une fixation perverse est occupée à s'installer. Pour ces derniers, il s'agît d'éviter les écueils inverses de la banalisation ou de la dramatisation pessimiste.

Et même si les parents - ou l'entourage éducatif - estiment qu'il ne s'agit que de l'exacerbation d'une sexualité bien génitale, il ne leur est pas toujours facile de persuader le jeune de revoir ses habitudes à la baisse : des « psys » peuvent donc es conseiller entre autres à partir d'une perspective cognitivobehavioriste.

Bibliographie

2. Mehta M., Dwaine E. Content analysis of pornographic images available on the Internet.
The information society 1997;13:153-162. 

3. Hayez J.-Y. Sexualité des enfants en âge d'école primaire.
Perspectives psychiatriques 1999;38:282-299. 

5. Anatrella T. La différence interdite.
Paris : Flammarion; 1998. 

6. Linz D.G., Donnerstein E., Penrod S. Effects on long-terme exposure to violent and sexually degrading depictions of women.
J. Personnality Social Psychol. 1988;55:765-772. 

  1. Ford M.E., Linnay J.A. Comparative analysis of juvenile sexual offenders, violent nonsexual offenders, and status offenders.
    J. Interpersonal Violence 1995;10:56-70. 

Une rubrique/interview 2014 dans "Dossier familial"

En février 2014 le site web bien connu www.dossierfamilial.com a fait d'importances références commentées à cet article dans la rubrique. Mon ado consulte des sites porno

La facilité d’accès aux sites pornographiques, nombreux sur Internet, représente une tentation à laquelle les ados ont du mal à résister. Le rôle des parents est de dialoguer et de mettre en garde.

Aujourd’hui, un jeune de 10 ans sur deux aurait déjà vu une image pornographique. Les sites porno ne manquent pas sur la Toile. Les images qui y sont diffusées ont de quoi bousculer une représentation de la sexualité encore incertaine et qui a besoin de temps pour se construire. D’où la nécessité de mettre en garde les enfants sur les risques qu’ils courent à regarder de telles scènes sur le Net.

Dans le domaine sexuel, l’effet peut être traumatique pour les plus jeunes, les plus sensibles, ignorants ou inexpérimentés, confirme le Pr Jean-Yves Hayez, pédo­psychiatre. 

Une certaine forme d’initiation            

Cette forme d’initiation à la sexualité, aujourd’hui banalisée, est parfois subie par des enfants qui agissent plus pour imiter leurs camarades que par intérêt.

"Ces incartades sur Internet sont avant tout des actes tâtonnants d’affirmation de soi, poursuit le Pr Hayez. .Pourtant, chez certains jeunes en manque de modèle et insuffisamment socialisés, les images pornographiques peuvent avoir un effet d’entraînement."

 

Ces scènes stéréotypées, dans lesquelles le passage à l’acte est immédiat et la femme souvent assimilée à un objet, seront perçues par certains comme les modèles à reproduire.

Interdire ne suffit pas

La tâche est délicate pour les parents qui sentent la nécessité d’intervenir.

"Mieux vaut se préparer à ce genre de situations pour savoir gérer ses émotions le moment venu, conseille le Pr Hayez. Avec les plus jeunes, dans un premier temps, il est nécessaire de se montrer ferme, de dire calmement mais sans détour à l’enfant qu’il n’est plus question de consulter de tels sites. Il faut aussi insister pour qu’il efface les images stockées quand il y en a."

Pour la majorité des enfants animés par le désir de défier les règles des adultes, cette interdiction clairement posée peut suffire. Mais la fermeté n’exclut pas le dialogue, et les échanges avec les adultes sont toujours à privilégier pour que la pornographie ne reste pas la référence exclusive en matière de sexualité.

"C’est un point de vue qui prend du sens pour l’enfant lorsque prédomine ce mode d’échanges affectifs chez les adultes qui sont sa référence, appuie le Pr Hayez. L’enfant s’imprègne de leurs comportements. Implicitement, il comprend le désintérêt de délier la sexualité de l’affectif comme le lui proposent ces mises en scènes. Bien sûr, l’excitation que procure la vue d’images pornographiques peut demeurer, mais il ne restera pas enlisé dans cette fascination et passera vite à autre chose."

Ce qui peut signifier aussi l’inciter à "privilégier plutôt l’invention de ses propres fantasmes érotiques", comme le suggère le Pr Hayez, dans la mesure où ceux-ci stimulent l’imaginaire en laissant la place à la complexité du désir.

Le danger des stéréotypes

À l’inverse, le sexe virtuel propose un "mode d’emploi" avec performances à l’écran et sexes de taille formatée. Des stéréotypes qui risquent d’avoir par la suite un effet inhibant sur la sexualité de l’enfant et de provoquer chez lui la peur de ne pas être à la hauteur de ces démonstrations.

"Pour une minorité d’entre eux, les images pornographiques sont à l’origine d’angoisses ou d’un sentiment d’insécurité", alerte le Pr Hayez. Face à une modification du comportement de son enfant, il recommande de ne pas négliger cette éventualité. D’autres, plus proches de l’adolescence, ont parfois tendance à surinvestir ce domaine et à devenir accros au porno. Autant de bonnes raisons pour ne pas les abandonner seuls face à leur écran !

Utilisez les logiciels de contrôle parental

Rien ne remplacera la présence d’un parent à côté de l’enfant lorsqu’il navigue sur Internet, mais l’installation d’un logiciel de contrôle parental sur l’ordinateur qu’il utilise permet aussi de limiter les occasions de dérapage et, le cas échéant, de bloquer l’accès à certains sites considérés par vous comme particulièrement nocifs.





 




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