Nuances propres à la dépression chez l'adolescent 

Les adolescents sont sujets à des épisodes dépressifs encore davantage que les enfants.

Etiopathogénie 

A - Une composante génétique, est probablement parfois opérante, à des degrés variables selon les uns et les autres. Il en va de même d'une solidité ou d'une précarité préexistante de la confiance de base. 

B - Si l'on se réfère à l'article : « la crise d'adolescence  », on y constate que : 

- L'adolescent se met volontairement à distance de ses parents et passe donc souvent par une phase assez vide d'objets d'investissement, entre les parents perdus et ses futurs partenaires pas encore solidement présents. L'impression de perte d'amour est donc bien présente. 

- Il s'introspecte, mais l'analyse qu'il fait de lui-même n'est pas toujours complète et nuancée : il est fréquent qu'il hypertrophie la perception de « manques » réels ou/et imaginaires : distorsions cognitives créant une faille narcissique. 

- L'exercice peu maîtrisé de ses pulsions provoque régulièrement en lui conflits et culpabilité ceci s'ajoute encore à l'impression de « manque » ; il se sent plus mauvais que les autres.

 Formes cliniques

 A-   le teenagers' blues

Il est parfois difficile et quelque peu arbitraire de faire la part des choses entre ce qui est « vraiment » pathologique et ce qui est encore une variation de la normale. Ainsi en va-t-il de ce que Marcelli et Braconnier appelle des épisodes de « tristesse structurale », c'est-à-dire de « déprime offerte au regard d'autrui » (Marcelli D., Braconnier A., 1995) 

Adolescents passifs, allongés sur leur lit, qui s'ennuient et refusent néanmoins les exhortations des parents à faire quelque chose (« pas envie » ! ) ; ils vivent et cultivent des moments de cafard, jusqu'aux idées suicidaires ; ils se calfeutrent, loin de leurs proches, dans des chambres au laisser-aller abyssal

Néanmoins, ils se traînent souvent pour rejoindre quelques copains aussi désoeuvrés qu'eux autour d'une « mob. », toujours en panne, jamais réparée ... Ils ressuscitent et bondissent à certains moments de la semaine, et par exemple, pour le vendredi soir, moment des soirées ... Ils conservent les activités les plus investies par eux. 

Certains cliniciens diront donc que ces états restent des variations de la normale, et d'autres que ce sont des états pathologiques, surtout lorsqu'ils sont intenses, de longue durée [2], avec beaucoup de solitude, d'irritabilité et de passivité ( alors il existe quand même une réduction du champ des activités investies )

Diagnostic différentiel parfois difficile à faire avec la carence affective, d'installation précoce, souvent marquée à l'adolescence par un fond dépressif, entrecoupé de passages à l'acte auto- et hétéro agressifs ; et de compensations narcissiques ( boulimies, drogues, … )

 

B - Crises ou épisodes dépressifs uniques ou répétés [3] 

 

: cfr. ce qui en a été dit à propos des enfants, à quelques nuances près : La composante réactionnelle n’est pas toujours évidente; au sein des idées négatives, le « hopelessness » est souvent très présent(absurdité du monde ; pas de place pour moi dedans)  ; l’anergie, le ralentissement psychomoteur, l'apragmatisme sont fréquents ; l’ado ne trouve plus de plaisir à rien…sauf quand-même un peu, vers 17 heures, à ses jeux vidéo ( mais pas à chatter sur face book : bon diagnostic différentiel) ; les dimensions régressives se manifestent entre autres par de l’hypersomnie. 

N.B. Nous avons déjà évoqué l'existence de l'angoisse de séparation. Lorsqu'elle se manifeste au début de l'adolescence, il est fréquent qu'elle soit couplée à un épisode dépressif majeur. Le résultat en est fréquemment une « phobie scolaire » sévère. 

c - Le trouble bipolaire.la maniaco dépression

 

Un épisode dépressif important, tel qu'il vient d'être évoqué, peut faire partie du tableau d'un trouble bipolaire  I. 

On peut se référer à ce que nous en avons dit à propos des enfants, dans le syllabus « Introduction à la psychopathologie et à la psychiatrie de l'enfant » (chapitre VIII, § III, II), à quelques nuances près : 

- Les épisodes dépressifs sont souvent plus abondants que les épisodes maniaques et dans la majorité des cas,  en sont chronologiquement séparées par des moments de rémission ; ils ont la forme d'épisodes de dépression majeure, souvent intenses et d'installation brutale ; elles peuvent même aller jusqu'à la dépression dite mélancolique ou psychotique ( DSM-IV : existence de caractéristiques mélancoliques ) Alors, l'apragmatisme et l'indifférence au plaisir sont énormes ; le sujet est figé ou, plus rarement, traversé par une agitation anxieuse ; le sentiment d'indignité et de culpabilité sont très grands et donc également l'idéation et le risque suicidaire. 

 - Lorsqu'il s'agit de mineurs d'âge qui font un épisode maniaque, la polarité « euphorie ... fusion affective avec autrui ... mégalomanie ... entreprises multiples et joyeuses » existe parfois mais, au moins aussi souvent, on a à faire à des sujets très irritables, persécutifs et susceptibles d'être d'une grande violence, tout ceci, sur fond de grande excitation mentale et psychomotrice ... 

 - Lorsque, au sein de leur épisode maniaque, les adolescents se livrent à des entreprises mégalomaniaques, celles-ci peuvent être bien plus « macroscopiques » et dangereuses, que s'agit d'enfants : fugues (au volant de la voiture paternelle ...), « emprunts » et dépenses d'argent inconsidérés ; désinhibition sexuelle, etc. 

D - Il y a même des épisodes mixtes, ou, sur une même unité de temps, le sujet passe par des variations extrêmement rapides et inverses de l'humeur, avec toute l'agitation et l'irritabilité que l’on devine. Et encore des cas où la durée de chaque épisode est brève (2, 3 jours), mais spectaculaire. 

E -les dépressions masquées et les équivalents

C'est surtout à l'adolescence que se manifeste ce que certains appellent les « équivalents  dépressifs » ou « dépressions masquées » 

Ici, le jeune refoule et dénie ses représentations dépressives (« Moi ? Je vais très bien ») Il en montre quelque chose uniquement par des manifestations et comportements qui lui échappent, comme : 

- s'étourdir dans des activités multiples, jamais vraiment achevées ; 

- s'anesthésier, et compenser l'absence des autres dans sa vie, par des consommations excessives, jusqu’ à devenir dépendant ; 

- poser des comportements hétéro ou auto-agressifs répétés, en réponse aux frustrations qu'il tolère très mal ou dans une ambiance négativiste gratuite : adolescent « desperado » ; 

- ne plus pouvoir performer, par exemple échecs scolaires, phobies scolaires à totalité plus dépressive qu'anxieuse ; 

- somatiser : somatisations répétées et labiles qui constituent une expression d'affect et un vague appel à l'aide. 

Il n'est cependant pas certain que ces signes renvoient toujours à un vécu dépressif, ni que celui-ci, s'il existe, soit toujours primaire. Proposer l'existence de ce vécu a quelque chose de spéculatif. Par la suite, il y aura ou non confirmation à partir du discours personnel en psychothérapie, ou de l'effet des antidépresseurs. 

Traitement

cfr. ce qui en a été dit à propos de la dépression des enfants.