jyh trouble sommeil

 


Dans leurs grandes lignes, les réflexions du professeur Van Den Haute sur l'insomnie chez l'adulte ( voir Patient Care n° 1, 1984 ) peuvent être appliquées aux enfants. Dans la grande majorité des cas, la plainte est formulée par les parents. Il s'y ajoute des sentiments d'échec, une angoisse plus ou moins grande sur la santé de l'enfant, surtout lors d'insomnies aiguës (« Ne couve-t-il pas quelque chose? »). En outre les parents peuvent éprouver des sentiments d'irritation : l'enfant insomniaque dérange les soirées et les nuits de ses parents; ceux-ci peuvent être épuisés, mais sans oser en vouloir ouvertement à leur enfant, puisque, comme pour l'énurésie, ou le faible appétit, ils ne savent jamais dire avec certitude jusqu'à quel point la ( mauvaise ) volonté de l'enfant est impliquée dans le processus.

Nous verrons ici les divers facteurs susceptibles d'influencer le sommeil de l'enfant et comment prévenir l'installation des troubles du sommeil.

L'insomnie du patient âgé sera traitée ultérieurement par le docteur Meire.


LECTURE RAPIDE

Les causes de l'insomnie : Les facteurs sociaux, psychiques et somatiques. Il y a lieu de déterminer et d'agir sur ces facteurs, les médicaments ne servant qu'à dépasser la crise.


Il nous faut interroger l'insomnie de l'enfant comme un phénomène susceptible d'être au carrefour du somatique, du psychique et du social : cette triple implication n'est pas présente à chaque fois, mais au moins faut-il penser à l'éventuelle existence de chacun de ces courants, et aux renforcements que les uns peuvent exercer sur les autres.

 Les facteurs sociaux 

peuvent partiellement être à l'origine du phénomène. Ils peuvent être nombreux, et parfois originaux. Nous n'allons pas tous les passer en revue, mais que l'on pense par exemple à l'ambiance de stress, ou d'excitation nerveuse dans laquelle certains enfants sont élevés ... ou aux voisins, qui frappent au mur si l'enfant pleure la nuit. Ceci peut pousser des parents à passer tous ses caprices à l'enfant pour qu'il ne pleure pas, donc à passer la nuit à son chevet.

 Les facteurs psychiques, familiaux ou personnels. 

Que d'insomnies partiellement reliées à l'angoisse des parents, à leur dépression, à leur difficulté à investir l'enfant et, à partir de là, aux sentiments pénibles qui grandissent en miroir chez l'enfant! Que de difficultés d'endormissement ne pouvons-nous relier à l'affrontement de deux puissances qui a lieu chaque soir, entre parents et enfants ... et/ou aux débordements oedipiens, qui empêchent l'enfant de laisser partir le parent chéri ... et celui-ci de se séparer paisiblement de sa progéniture ... ou a des deuils qui ne peuvent se mûrir pour personne!

 Les facteurs somatiques. 

Sans parler des maladies les plus obvies, ne faut-il pas incriminer parfois, partiellement, l'hyperexcitabilité cérébrale, la difficulté de l'enfant à relâcher sa vigilance, le rythme circadien original de chaque enfant, qui font de certains, des « petits dormeurs » gazouillant joyeusement, assis dans leur lit, vers 2-3 heures du matin !

Il faut bien garder à l'esprit que souvent, ces facteurs se combinent! Cessons d'être des réductionnistes simplificateurs, et ayons l'esprit ouvert à l'ensemble des réalités opérantes. L'enfant qui, vers 2 ans, a tendance à être tyrannique, l'est peut-être un peu plus si son organisation cérébrale le prédispose à l'hyperactivité et si ses parents sont trop anxieux pour le contrer sereinement, ou si leur propre autorité est contestée par des grands-parents envahissants. Un bébé qui pleure la nuit peut décevoir beaucoup ses parents, et leur faire peur de la réaction de voisins : le voilà secoué pour qu'il soit plus gratifiant et plus sage, son insécurité augmente, et il dort encore moins bien. Mais peut-être dans ses pleurs initiaux intervenait-il aussi une dimension organique créant une sensation d'inconfort? L'anxiété de l'enfant, source de bien des insomnies, peut résulter et d'une hypersensibilité congénitale, à propos de laquelle les études sur les neurotransmetteurs ont encore beaucoup à nous apprendre, et de l'affolement des parents face aux premières manifestations d'anxiété, et d'une ambiance insécurisante dans l'environnement.

Il résulte de ce qui précède que, ici aussi, l'accompagnement de l'enfant insomniaque doit être un accompagnement global, qui inclut au moins sa famille proche ( parents et fratries ), et qui tient compte des sentiments en jeu chez les uns et les autres, autour du phénomène lui-même, et de façon plus large, dans l'ensemble de la vie familiale.

le sommeil de l'enfant Jésus de Benvenuto Tisi «Il garofalo»
le sommeil de l'Enfant Jésus de Benvenuto Tisi « Il garofalo »


 Agir sur les facteurs sociaux. 

Il faut y regarder à deux fois avant de dire que nous n'avons aucune prise sur les facteurs sociaux contraignants : certaines insomnies ont été remises à leur place parce que, avec l'accord des parents, le voisin venait interpeller fermement l'enfant, vers 23 heures ...

 Agir sur les facteurs psychiques. 

Selon la gravité des cas, il faudra avoir recours à quelques entretiens avec les parents, où la parole se remet à circuler, à des guidances (*) , plus longues voire à des thérapies individuelles ou familiales.

Par exemple, s'il s'agit de jeunes parents insécurisés, il est nécessaire de leur rendre confiance en soi, en les écoutant, en les rassurant sur la valeur de leurs mouvements spontanés, et prenant au sérieux leurs préoccupations, en leur donnant l'une ou l'autre information aussi, mais sans tomber dans le paternalisme. Les guidances aideront les parents qui ont affaire à des enfants hyperactifs, ou ceux qui s'enlisent dans des problématiques d'opposition ou de l'âge oedipien. Les thérapies familiales aideront notamment les familles où plusieurs générations pèsent encore activement les unes sur les autres, et mettent l'enfant sous tension, ou bien les familles où le deuil d'un disparu n'a pas été admis ou bien les jeunes parents impulsifs qui risquent de battre l'enfant insomniaque.

 Agir sur les facteurs somatiques. 

C'est d'abord l'hygiène de vie qui fera face à l'hyperactivité cérébrale ( occupation physique; détente; activités sportives ou ludiques à la mesure de l'enfant : ni trop peu, ni trop - l'enfant épuisé ne se relâche guère - bain agréable le soir; absence d'excitants dans la vie de l'enfant ). Il faut aussi savoir s'adapter aux différences de rythmes veille-sommeil, et ne pas vouloir standardiser les enfants. Il peut être efficace de permettre à l'enfant qui ne dort pas de lire, d'écouter de la musique, ou de jouer calmement, sans faire pression sur lui pour qu'il retrouve un sommeil impossible.

Jusqu'à preuve de leur effet causal éventuel, les médicaments sont plutôt des palliatifs et doivent être employés dans le même esprit qui a été décrit précédemment à propos des adultes, donc certainement pas systématiquement! Certes, ils peuvent aider à dépasser une crise mais, administrés trop facilement, ils donnent à l'enfant un modèle bien dangereux. Ils lui apprennent que l'on peut résoudre une tension par une consommation anesthésiante. De là, certains diront qu'il n'y a qu'un pas à l'installation d'une structure psychosomatique, voire par la suite de toxicomanies! Les médicaments cités pour l'adulte, sont également utilisés pour l'enfant et aussi certains antihistaminiques; par exemple, de l'alimémazine (a) , d'usage très largement répandu; pour les tout-petits : une préparation aux extraits de plantes (b) , en goutte, dans le biberon.


LECTURE RAPIDE

La prévention : il faut aider les parents et grands-parents à définir la limite de leur pouvoir, à parler de leurs deuils; informer les futurs parents sur les soins au bébé, l'importance de repères pour l'enfant tels les repas, les paroles vraies et les caresses et sur la nécessité de ne pas utiliser le coucher comme menace.


Il est important aussi de nous demander si nous pouvons prévenir l'installation de ces troubles du sommeil. Comme toujours, la prévention est un concept très large, et il existe beaucoup de facteurs sur lesquels nous n'avons guère de prise ( par exemple la réduction des stress sociaux ).

Au moins pouvons-nous faire attention aux éléments suivants :

 aider les générations des parents et grands-parents, 

soit à se séparer, soit à définir clairement les territoires réciproques et le pouvoir de chacun sur l'enfant;

 aider les adultes à vivre les deuils et séparations 

qu'ils rencontrent, et leur apprendre à en parler avec l'enfant;

 donner aux futurs parents, 


le sommeil de l'enfant Jésus de Charle Le Brun, 1655
Le sommeil de l'Enfant Jésus de Charle Le Brun, 1655


surtout lorsqu'ils sont inexpérimentés, des informations sereines et précises sur les soins à donner aux bébés. La tâche est plus délicate qu'elle n'en a l'air : l'informateur doit éviter d'être paternaliste et de créer une trop grande dépendance à son égard, car l'insécurité des parents, grande source d'incohérence de leurs comportements, est un facteur d'insomnie. Donc, cette information prend du temps : le temps d'écouter les idées émises, les expériences vécues. Il faut les respecter, mais ceci n'exclut pas un partage d'expériences et la transmission d'informations.

Dans le cadre de ces informations, il sera utile souvent de faire remarquer que :

 Un bébé n'est pas l'autre. 

Chaque individu, même bébé, éprouve ses envies propres, ses besoins propres. Il est important d'essayer de les rencontrer, voire de les satisfaire. Un parent non plus n'est pas l'autre, et souvent, une meilleure détente de l'enfant est fonction d'un parent qui s'exprime comme il le souhaite, plutôt qu'il ne suive de trop près, trop de bons conseils.

 Toutefois, quelques repères sont valables pour beaucoup de jeunes enfants : 

le besoin d'un repas nocturne, les 2-3 premiers mois de la vie ( il est faux de croire que « Si on leur donne, ils vont en prendre l'habitude »); le besoin de la sieste, souvent jusqu'à 3 ans ( il est inefficace d'empêcher l'enfant de la faire, pour qu'il soit fatigué le soir ); le besoin d'activités diurnes vigoureuses pour les jeunes enfants actifs; l'importance des caresses, de l'interaction physique positive pour détendre l'enfant. Le caresser, le masser légèrement la nuit s'il pleure, cela vaut souvent mieux que de l'extraire du lit, de le promener, de le prendre près de soi dans le lit ... Les bébés sont très sensibles aux changements, qu'il faut éviter dans la mesure du possible, etc ...

 Les enfants, même très jeunes, ont besoin de paroles vraies. 

Il ne faut pas leur cacher les désagréments qui peuvent arriver, pas plus que les décès ou séparations qui peinent leur famille.

 Quand l'enfant est plus âgé, 


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il faut veiller à s'abstenir de la menace : « Si tu n'es pas sage, tu vas aller au lit » : ce qui donne du sommeil une image faussement pénible. Souvent, il est plus efficace de mettre une contrainte par rapport à la séparation parents-enfants : « C'est l'heure de te retirer, d'aller dans ta chambre et de nous laisser entre adultes », qu'une contrainte par rapport au sommeil ; la plupart des enfants demandent alors à dormir quand ils en sentent le besoin.

On pourrait dire mille choses encore sur la prévention ... Mais, ici aussi, il ne s'agit pas d'appliquer des recettes, mais de dialoguer avec les parents, en échangeant des « vécus » et des expériences.jyh trouble sommeil