3.2.1.23 Secrets de famille, confidentialité et psychothérapies 

LES SECRETS DE FAMILLE     

jyh mysterieuse petite fille


Par secrets de famille nous entendrons, de façon restrictive (2) , des éléments d'informations dont se sont appropriés un ou quelques membres de la famille, en excluant activement les autres de leur connaissance ( Miermont, 1987 ; Benoît et coll., 1988 )
L'information en question porte souvent sur des éléments du passé, d'un parent, d'un grand-parent ou d'un descendant lointain, voire « de la famille » comme telle. Par exemple, il y a eu transgression d'une loi, d'une norme culturelle, voire rupture avec les croyances familiales ... suivies de conséquences plus ou moins dramatiques : emprisonnement, collaboration avec les nazis, marginalisation, abus sexuel ... Il peut s'agir aussi d'une maladie vécue comme inavouable ( psychose, suicide, violence pathologique ), ou même de l'échec douloureux d'une entreprise ( faillite ) ... Le secret peut concerner aussi le passé de l'enfant ( surtout sa filiation : insémination artificielle ; père biologique autre, etc.) Mais il peut porter également sur le présent (relation extra-conjugale d'un parent; difficultés financières; maladie de l'enfant ou d'un parent; transgression actuelle de la loi ...) (Selvini, 1997)

Souvent l'expérience recouverte par le secret est source de honte, de culpabilité, de modification négative de l'image de soi ou/et de la famille. Même s'ils n'en ont pas été les agents directs, elle donne l'impression à ceux qui savent qu'eux ou/et leur famille sont menacés, ont une tare ou/et une dette à payer à l'humanité, à des victimes identifiées, voire à leurs propres enfants.Il leur faut donc en faire un secret, car l'expérience pénible incriminée touche à la nature même des Images parentales et leur paraît inavouable (Ausloos, 1987)
Instituer le secret, c'est éviter la mise en question des Images parentales, c'est enkyster vaille que vaille les affects et idées négatives et les dettes éventuellement liées à la culpabilité.

Ainsi défini, le secret de famille est susceptible de bien des variantes et notamment :

 - Quant à son contenu, aux affects et représentations mentales qu'il génère et quant à la dynamique qu'il induit chez ses détenteurs : utilisation à des fins de pouvoir et de régulation des relations; auto-protection ou/et protection des autres, etc ...
Auto-protection ? Banalement elle va jusqu'à « essayer d'oublier ... chasser au fond de sa mémoire », s'interdire d'évoquer jusqu'avec ceux qui savent aussi. Dans certains cas, il y a même un véritable refoulement, avec les issues ultérieures qu'on lui connaît : de la réussite à l'échec en passant par le retour travesti
Certains auteurs estiment que l'enfant peut néanmoins parfois en saisir quelque chose ... et en refouler la connaissance, lui aussi. Certains disent alors que l'enfant est porteur d'une énigme inconsciente (Cahen, 1986) Il est comme habité par un fantôme, il est comme un château hanté (Diatkine, 1984) N. Abraham et M. Torok ont développé le modèle de la crypte, c'est-à-dire d'un refoulement statique chez l'adulte détenteur du secret : « Dans le ventre de la crypte se tiennent indicibles, pareils aux hiboux dans une vigilance sans relâche des mots enterrés vifs. Tous les mots qui n'auront pu être dits, toutes les scènes qui n'auront pu être remémorées, toutes les larmes qui n'auront pu être versées » (Abraham et Torok, 1978) C'est un deuil impossible et indicible qui est à l'origine de cette crypte, et cela va resurgir dans les générations suivantes comme un fantasme figé : le devenir du secret gardé par le parent en la personne de l'enfant est comme étranger au sujet qui le porte.
 - Quant à l'identité des détenteurs eux-mêmes. Certains secrets sont connus d'un individu seul : l'épouse sait qu'elle a un amant ; l'enfant a des pratiques secrètes qui le culpabilisent (3) et (4) ; le père a découvert un drame honteux dans sa famille d'origine et le garde pour lui, etc  ... D'autres sont connus des deux parents ou des enfants (5) : par exemple, l'aîné se drogue ; le grand frère et sa jeune soeur ont des relations sexuelles. Ailleurs, il existe une alliance entre un enfant et un parent (l’enfant parentifié ... celui dont on abuse sexuellement ... celui qui connaît les avatars sentimentaux de sa mère ...) Et il y a encore d'autres combinaisons, qui incluent la famille élargie (par exemple les grands-parents) ou des personnes étrangères.
 - Quant à la manière dont le secret a été connu : par hasard ; en référence à une curiosité elle-même secrète ; par transmission explicite, etc ...

LES EFFETS DU SECRET SUR CEUX QUI EN SONT EXCLUS

 

 secrets de fille  

Nous nous garderons de généraliser à ce propos : comme toujours, c'est l'écoute, la réflexion et le dialogue au cas par cas qui permettent de faire des hypothèses plausibles quant à ces effets.

 Dans un certain nombre de situations,  le contenu du secret est à l'origine d'influences négatives  qui pèsent sur ceux qui en sont exclus et parfois même sur les autres aussi.

A - Cette « pesanteur négative » est souvent aspécifique.

Par exemple, les parents sont tracassés et insécurisés par le contenu et les enjeux du secret qui absorbent mystérieusement une bonne partie de leur énergie ; ou encore, ils en sont déprimés, culpabilisés, ou vivent des sentiments d'infériorité.
Leur comportement général en porte les marques : ils doivent faire des démarches mystérieuses ; ils imposent des interdictions de fréquentation - ou vivent de la haine pour d'autres familles - apparemment incompréhensibles ; ils s'isolent ; l'ambiance à la maison est pesante ; de larges silences s'installent : en tâche d'huile, on parle de moins en moins d'autres vécus ; corollairement, on met en place des mensonges, des mythes familiaux rigides qui imposent une image idéalisée de la famille.


- L'enfant exclu du secret subit cette ambiance : il assiste à ces comportements mystérieux, se fait rabrouer quand il interroge et ne peut rien décoder de certains. Son angoisse peut s'en trouver accrue : il échafaude alors des fantasmes à visée explicative encore plus terribles que s'il savait. Il peut participer aussi à la dépression de tous et vivre vaguement que sa famille est tarée, sans bien savoir pourquoi ; il peut vivre aussi la blessure narcissique et le sentiment d'infériorité typique de ceux qui se devinent exclus de quelque chose d'important.
- Sa curiosité intellectuelle peut subir les effets de l'imposition du silence et de l'interdiction de la quête du savoir : dans les pires cas, face à ses premières questions qui restent sans réponse et lui sont renvoyées comme des transgressions, l'enfant censure son désir de savoir ( Diatkine, 1989 ) D'autres devinent en partie, parce que le secret a suinté ( Tisseron, 1996 ), mais pensent que ce savoir est mauvais et qu'ils ne peuvent ni le posséder ni le partager : ils s'inventent donc des malentendus anxiogènes ou/et posent des comportements bizarres, symboliques, qui sont la suite logique de ce qu'ils ont compris et qui ont peut-être aussi une très timide fonction d'appel. Les plus fragiles, probablement prédisposés cérébralement, se construisent des idées délirantes dans le cadre de décompensations schizophréniques. Pour quelques-uns enfin, une façon moins négative de vivre quand-même leur curiosité intellectuelle, consiste à développer une passion hautement symbolique (archéologie, génétique, psychanalyse ...)


B - Mais l'effet négatif sur tel enfant en particulier peut également être spécifique.

 Harry Potter chambre des secrets

En voici quelques exemples :

 - Enfant « chargé » de honte et de culpabilité parce qu'issu d'une filiation illégitime ; enfant inquiétant, qui pourrait en vouloir à ses parents et les rejeter s'il savait un jour (par exemple, qu'il est adopté)
 - Enfant « mis au parfum » dans le cadre d'une alliance perverse (il sait que sa mère a un amant) et qui le vit avec toute-puissance et culpabilité.
 - Projections négatives faites sur l'enfant : par exemple, il est le seul garçon de la famille, ou/et il est impulsif, ou/et il a certains traits physiques qui évoquent irrésistiblement le grand-père délinquant dont il est interdit de parler ... à voir fonctionner l'enfant, on revit pourtant des affects et des questions, refoulées ou conscientes, liées à ce grand-père ; on interpelle l'enfant comme s'il en était le fantôme ; petit-à-petit, l'enfant a une certaine préscience du secret : « Le mensonge qui est constitué en secret se transmet grâce aux règles qui empêchent sa révélation ... parce qu'elles sont de plus en plus parlantes, de plus en plus évocatrices » ( Ausloos, 1987, p. 73 ) Par la suite, surtout à l'adolescence, il pourrait être tenté par un passage à l'acte, dont la signification la plus radicale lui échappe, et échappe même souvent à sa famille, quel que soit le symbolisme dont l'acte est chargé ( Miermont, 1987 )
 - Demande subtile faite à l'enfant pour qu'il « répare le destin » : par exemple, il doit fonctionner comme on imagine que l'aurait fait le frère mort dont on ne peut pas parler ( cfr. le concept de délégation de Stierlin. S'il réussit sa délégation, la famille est soulagée ... mais lui ? S'il la rate : dette de loyauté et troubles divers )

C. Mais dans d'autres cas, le non-partage du secret peut s'avérer structurant : 

ainsi en va-t-il lorsqu'il ne concerne en rien l'enfant, mais bien la vie privée des parents et notamment leur vie sentimentale; dans ces conditions, et si en outre l'existence du secret n'empoisonne pas l'atmosphère commune, ne pas en parler à l'enfant, voire lui répondre « Çà ne te regarde pas » peut constituer en un acte sain d'établissement des limites intergénérationnelles.
D'autres fois, le maintien du secret exerce véritablement un effet protecteur de l'angoisse et de la dépression : c'est le cas lorsque les parents parviennent à cacher un gros souci qui les concerne, eux. Et même plus, qui pourrait jurer que l'ignorance par l'enfant de certaines réalités sombres qui le concernent, lui, est toujours psychotoxique ? N'est-ce pas un slogan abusif que d'affirmer « Il sait toujours ? » Ne vaut-il pas mieux s'aligner sur son besoin d'être ou de ne pas être informé, qui est variable et fluctuant, et que l'on devine comme on peut ? ( Hayez et coll., 1995 )

  D. Enfin, il nous arrive aussi d'être incapables de prédire 

 

 confident smiling child



que l'enfant se sentira mieux ou pire selon qu'il est mis au parfum ou reste exclu d'un secret, qu'il soit ou non concerné dans le contenu de celui-ci : par exemple, un de ses parents a des ennuis judiciaires ... son père biologique n'est pas le père qui l'élève, mais l'entente des parents-éducateurs est bonne et ils n'ont pas spontanément envie d'en parler, etc.

En conclusion, nous ne sommes sûrs de la nocivité que de quelques situations extrêmes, par exemple :
 - L'inhibition douloureuse de tous, issue de l'existence d'une réalité permanente pesante, de l'ordre du non-dit pour les détenteurs, et du secret menaçant pour les exclus.
 - Les projections négatives ou les demandes de réparation du destin qui portent intensément sur l'enfant.
 - La culpabilisation active de l'enfant qui cherche à savoir ; le mensonge actif et répété par rapport à sa quête de vérité persistante.

Mais souvent, c'est beaucoup plus incertain ...


A PROPOS DE LA CONFIDENTIALITE ET DES SECRETS : QUELQUES PRINCIPES PROPOSES AUX THERAPEUTES 

Il ne nous (6) est pas difficile d'exposer schématiquement trois principes qui guident notre pratique. Sur le terrain, c'est moins simple que sur papier : il existe de nombreuses situations-limites où l'application de ces principes doit être bien réfléchie, et même après réflexion, nous restons parfois dans l'incertitude.

I - Il existe deux catégories de situations thérapeutiques où il est essentiel que soit très largement garantie la confidentialité entre le thérapeute et son vis-à-vis : ce sont les psychothérapies individuelles d'adultes, qui ont été dénommées et convenues bilatéralement comme telles. Ce sont aussi les psychothérapies individuelles d'adolescents aux mêmes conditions.
Ici, la garantie de confidentialité, souvent explicitement évoquée en début de traitement et vécue comme telle par le client, est une condition importante pour qu'il se sente « chez soi » face au thérapeute et pour qu'il s'engage avec confiance : du moins en va-t-il ainsi pour beaucoup de personnes, au fur et à mesure qu'elles progressent en âge. Pour les autres, et notamment pour beaucoup d'adolescents jeunes, constater que le thérapeute donne et tient sa parole peut les interpeller positivement, et les encourager à se donner le droit de se mettre des limites.

A- Nous ne prétendons pas pour autant que la thérapie individuelle bien formalisée d'un adolescent (voire d'un adulte) constitue souvent la partie la plus importante - voire l'exclusivité - du traitement d'une situation. Mais, quand on a décidé de l'inclure au programme, mieux vaut qu'elle - et probablement elle seule - réponde à cette condition de stricte confidentialité.


B - Garantir la confidentialité dans un module psychothérapeutique ne signifie pas que nous ne croyons pas à la valeur de la communication. Mais c'est au client de décider ce qu'il va communiquer ou non, et d'y procéder par ses propres moyens. Corollairement, selon son tempérament et ses habitudes de travail, son thérapeute individuel l'invitera à réfléchir en séance aux risques et à l'intérêt de communications bien ciblées, ou il s'en abstiendra.


C - Garantir très largement la confidentialité ne signifie pas non plus s'emprisonner dans le silence. Nous reviendrons par la suite à cette exception rare mais préoccupante que constitue la question du danger grave.

II - La majorité des activités des psychiatres infanto-juvéniles n'est cependant pas constituée par les deux modules précités : ils opèrent bien plus souvent dans des consultations à visée diagnostique, des guidances parentales, des entretiens thérapeutiques relativement peu formalisés avec des enfants ou des adolescents, seuls ou avec des familles. Ils mènent également des thérapies familiales strictement identifiées comme telles, et des thérapies individuelles bien formalisées avec des enfants jeunes, jusqu'à l'entrée dans l'adolescence.
Dans tous ces contextes, il nous paraît plus sage d'élargir les frontières de la confidentialité et de prévoir une large circulation d'informations dans la famille nucléaire (7) , c'est-à-dire entre tous ceux qui sont liés par des liens affectifs naturels et puissants et qui doivent vivre intensément au quotidien les uns avec les autres.


Pourquoi raisonner ainsi ?

 secrets de soie 01 Secret de soie

 A - Parce qu'il nous semble souvent enrichissant que, au sein de la famille nucléaire, chacun connaisse les grandes lignes de ce que vivent les autres à son propos : il peut alors s'expliquer, s'adapter, négocier ou changer en connaissance de cause. Dans ces structures où est censée régner une certaine sollicitude des uns pour les autres, il nous paraît même souhaitable que chacun connaisse les grandes lignes de ce que vit chaque autre en général ... autrement dit, que chacun identifie bien qui sont ses partenaires de vie et ce qui les meut : les interactions qui s'en suivent nous paraissent pouvoir être davantage respectueuses de tous, du moins dans la mesure où chaque protagoniste le veut.
Que l'on ne se méprenne cependant pas sur la portée de cette proposition : elle indique une tendance statistiquement intéressante. Il ne s'agit pas de l'appliquer systématiquement et à l'aveugle : chaque membre de la famille peut s'y opposer s'il le trouve important (cf. III), et le thérapeute garde un pouvoir d'appréciation quant à l'intérêt et au contenu de chaque retransmission.
Par exemple, là où règne une profonde hostilité à l'égard d'un membre de la famille, il est souvent plus utile d'écouter celle-ci et ses raisons d'être, que d'insister auprès de chacun sur la vulnérabilité et la souffrance morale du membre en question.
L'idée maîtresse, c'est que soient retransmises les grandes lignes de ce que chacun vit et pense et non le détail des expériences ou des fantasmes dont il a parlé au thérapeute ni le contenu précis de ses dessins et de ses jeux en séance. Un droit à l'intimité des contenus expérientiels demeure ... C'est seulement les grands mouvements intrapsychiques qui habitent chacun dont il est souvent structurant qu'ils soient connus par les autres.

B - L'attitude inverse serait que le thérapeute garantisse explicitement la confidentialité à chaque vis-à-vis individuel (du moins lorsqu'il est sorti de l'étape diagnostique inaugurale, et qu'il a prononcé le mot « traitement » ou « thérapie »)
Certains le font sereinement, en référence à des valeurs (autour du droit à l'intimité, notamment face au soignant) et à leur conception de la thérapeutique : nous les respectons, mais je ne partage pas cette façon de penser.
Pour d'autres, et surtout lorsque c'est à l'enfant jeune qu'ils font cette promesse, il s'agit de la rationalisation de leur contre-transfert, peu reconnu comme tel : besoin de former une dyade protégée avec l'enfant ; besoin d'être le seul confident important ; rivalité avec les parents ou avec d'autres professionnels, etc ...
Pour notre part, nous sommes persuadé que la majorité des enfants jeunes n'en demandent pas tant et sont même angoissés - si pas culpabilisés - par ce souhait de l'adulte qui crée une situation artificielle : au fond, ce à quoi ils font confiance, c'est à la bienveillance et à la capacité soignante du thérapeute ( Boutte, 1996 ) ; certes, ils n'aimeraient pas que celui-ci les angoisse ou leur fasse honte en exposant sans nécessité leurs fantasmes et leurs anecdotes expérientielles ; de là à penser qu'ils lui interdisent de raconter les grandes lignes de ce qu'ils vivent et de ce qui les préoccupent, nous ne le croyons pas.
Remarquons enfin qu'une fois qu'on a fait la promesse de confidentialité, il faut tenir sa parole, et que de ce fait on se sent souvent dans l'impasse : reste à tordre sa promesse, d'une manière ou d'une autre, pour que tel élément important soit quand même retransmis sans que cela en aie l'air.

C - Dans notre état d'esprit - assurer l'existence d'une retransmission familiale des vécus les plus importants - nous invitons les membres de la famille à l'aventure de la parole sans trop gloser autour de la confidentialité. En cours de route, nous les encourageons à se transmettre les uns aux autres ce « plus important » ou/et nous organisons des entretiens familiaux de « transmission facilitée », moments où ce sera eux - de préférence - ou nous - s'il le faut - qui procéderont à la retransmission.

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D - Néanmoins, la liberté humaine étant ce qu'elle est, tout ne se passe pas toujours ainsi : en cours de route, tant l'enfant ou l'adolescent que ses parents peuvent demander explicitement que restent secrètes certaines choses qu'ils viennent de dire.
Les raisons de leur demande sont très variées et gagnent à être bien comprises avant tout le reste :

 - Parfois, la demande de secret n'a que très peu à voir avec son contenu : c'est l'application d'une manière d'être habituelle vis-à-vis de l'autre, qui se répète à travers bien des signes ; par exemple, l'enfant est toujours vécu comme « trop petit pour » ( ici, pour savoir ) ... ou encore, l'enfant pense toujours que ce qu'il fait est mal et mérite d'énormes punitions.
 - Ou alors, ce à quoi la demande vise centralement, c'est d'avoir une alliance privilégiée avec le thérapeute et de faire emprise sur lui
 - Mais parfois aussi, c'est bien le contenu du secret qui est estimé destructeur, en référence à d'autres expériences déjà faites avec celui qui ne sait pas, ou en vertu d'une sorte d'idée a priori de sa vulnérabilité.

De toutes ces raisons d'être du secret, mieux vaut nous imprégner d'abord, les goûter en quelque sorte, sans a priori, avec une bienveillance flottante, en leur donnant leur chance de nous convaincre ou non. Si nous nous rallions au point de vue du demandeur, tout devient simple
Dans la négative, il nous reste à dire pourquoi nous préférions que la communication existe et à partager des idées à ce sujet.
Et que faire si la demande de secret persiste? Ne pas nous sentir prisonniers de la demande, et prendre notre décision ! Souvent, ce sera celle de nous résigner pour le moment à la demande qui est faite, en prévoyant d'en reparler à d'autres occasions.
Rarement, ce sera la décision de terminer le processus thérapeutique, en nous en expliquant et sans trahir le secret; ainsi en va-t-il les fois où nous estimons que le maintien du secret engendre une impasse thérapeutique totale.
Rarement aussi, nous déciderons de ne pas accepter la demande ( le plus souvent, en nous en expliquant avec le demandeur ) :

 - Parce que maintenir le secret crée ou engendre un danger grave et proche - le plus souvent physique -, et que le lever peut atténuer ou supprimer celui-ci ( Bechmann, 1995, p. 3078 )
 - Et, de loin en loin , face à un enfant (très) jeune, parce que notre devoir de bientraitance nous invite à faire part à ses parents d'un élément-clé nécessaire à l'éducation : dans ces cas, nous attribuons à ce devoir une valeur supérieure au respect de la demande d'intimité faite par l'enfant.

 ELEMENTS DE PROCEDURE 

Nous les décrirons à partir de la situation paradigmatique que voici : des parents consultent à propos d'un adolescent dépressif et même suicidaire. Deux thérapeutes, A et B, les accueillent, essaient de comprendre ce qui est en jeu, puis conviennent d'une formule de travail souple : il y aura des séances de réflexion avec les parents et le jeune (ou avec toute la famille nucléaire) et A + B; des séances monogénérationnelles pour les parents et A ; et d'autres pour l'adolescent et B. A et B conviennent aussi de se concerter régulièrement, totalement (secret partagé) (8) , entre autres pour planifier chaque fois l'organisation des quelques séances suivantes.


I - Les objectifs et les conditions du travail ont été présentés à tous de façon légère et claire. Pas de discours pesant et menaçant, mais quelques mots simples : « Il est important de se parler ... ( pour l'adolescent ) : de mieux comprendre ce qui se passe en toi ... ( pour les parents ) : de mieux comprendre ce qui se vit face à lui et comment bien l'accompagner ... il y aura des rencontres communes et d'autres séparées ... celles-ci serviront aussi à préparer ce qu'on dira aux autres ( c'est-à-dire à ceux qui en sont absents ) ; on essaiera de leur retransmettre un résumé de ce que l'on vit vraiment. »
A présenter les choses de la sorte, implicitement, la confidentialité protège la famille nucléaire, mais n'isole pas chaque individu dans une bulle artificielle au sein de celle-ci. A noter que, dans la formule thérapeutique choisie, nous ne considérons pas que l'adolescent soit inscrit dans une thérapie individuelle bien formalisée (9) : la confidentialité des entretiens avec lui n'est donc pas une obligation par rapport au reste de la famille nucléaire.
De là à dire que B ne tiendra pas compte de l'intérêt d'une intimité et d'une habituation de cet adolescent au respect de son intimité, il y a un pas à ne pas franchir ...
Il nous semble possible de proposer tout cela simplement et sereinement, comme condition implicite d'un mieux-être, et dans le cadre d'une espérance qu'on a sur celui-ci. On peut permettre aux parents et à l'adolescent de réagir brièvement à la proposition, mais sans les angoisser inutilement. Et puis, on gagne à continuer sans tarder l'aventure de la parole déjà amorcée les premières séances.

Il - Imaginons alors que les parents aient un secret - par exemple, le grand père paternel s'est suicidé, et l'adolescent n'est pas sans évoquer le caractère de son aïeul -, et penchons-nous sur le travail accompli par le thérapeute A et ces parents, en séances monogénérationnelles.

A - Une première éventualité est que les parents ne fassent pas part spontanément de leur secret, mais que son existence infiltre tant leur manière d'être spontanée que leurs discours : aspects dépressifs inexpliqués ; faux-fuyants ; inhibitions, refus ou rationalisations d'évitement au moment de certaines évocations, etc.
Un thérapeute expérimenté peut avoir la puce à l'oreille, c'est-à-dire pressentir qu'un non-dit lourd les habite et qu'ils n'osent pas l'aborder.
Selon ce qu'il ressent de ses vis-à-vis, et selon son tempérament et ses habitudes de travail propres, ce thérapeute peut attendre ou poser l'une ou l'autre intervention plus active destinées à faciliter l'évocation redoutée.
Au rang de ces dernières, certains abordent carrément la question : « J'ai l'impression que quelque chose vous pèse, et que vous ne vous permettez pas de le dire » D'autres sont plus allusifs, et évoquent les raisons d'être des résistances (« Parfois, on n'aime pas aborder certains thèmes : on a peur d'avoir honte, ou d'apporter de la destruction dans sa famille, ou de ne pas être loyal ...  ») Il peut être utile, ensuite, d'esquisser une information sur ce qui se passerait après évocation : voir se dégonfler des fantasmes inquiétants; trouver de meilleures solutions ; conserver l'estime du thérapeute ; voir plus clair dans ses sentiments par rapport à certains, etc ...

B - L'étape suivante peut donc être que les parents révèlent le secret qu'ils détiennent avec gène et angoisse, et ajoutent immédiatement « C'est un grand secret ... »
Dans d'autres cas, la révélation est spontanée, soit parce que les parents n'en pouvaient plus, soit parce qu'ils veulent tout de suite contrôler le thérapeute en en faisant un allié dans la connaissance ... et le maintien du secret.
Quoiqu'il en soit, il est hautement souhaitable que le thérapeute conserve sa sérénité par rapport à cette nouvelle étape de sa relation aux parents.
Sérénité quant au contenu du secret : N'a-t-il pas choisi sa profession, in fine, pour soulager les autres de leurs malheurs moraux ? L'évocation d'un de ceux-ci, quelqu'horrible qu'il paraisse, ne devrait-elle pas être vécue comme le prélude à un travail de libération de ce qui enchaînait ?
Sérénité aussi quant à la dynamique nouvelle qui vient de s'installer : au-delà de ce que lui indiquerait parfois un fantasme anxieux archaïque, le thérapeute n'est pas prisonnier de ce qui vient de se passer : il a à réfléchir, comme il se doit, et de préférence en compagnie de celui qui vient de révéler ; et puis, il garde intact son pouvoir de décision. Même si, de facto, il décidera souvent de s'aligner sur les souhaits du détenteur du secret.
S'il conserve sa sérénité, le thérapeute n'entendra probablement pas monter en lui quasi-immédiatement et impérativement l'idée : « Il faut que le jeune (10) le sache » Lorsqu'elle est très urgente, cette idée est probablement la rationalisation de vécus contre-transférentiels variés (autour de la rage à se sentir exclu, par exemple ... ou autour du refus de se sentir possédé)

 - Qu'est-ce que ça représente, pour eux, de connaître ce qu'ils connaissent ? (11) Est-ce que ça a changé quelque chose en eux ? Dans leur manière de voir le monde ? Et dans ce qu'ils vivent par rapport aux protagonistes de l'expérience au coeur du secret ? Etc ...
 - Qu'est-ce que ça représente, pour eux, de le garder secret ? (Par rapport à leurs enfants, au monde extérieur, etc.)
Leur silence se fonde-t-il plutôt sur un a priori (des angoisses; une conception personnelle des frontières intergénérationnelles ou des valeurs en éducation) ou sur une observation de l'enfant, de sa sensibilité et de ses réactions face à certains types d'information ...
 - (Et surtout dans la mesure où il y a eu révélation spontanée) Comment se sentent-ils juste après avoir fait part du secret ? Qu'est-ce que ça représente de l'avoir dit à leur thérapeute ? Qu'attendraient-ils de lui, si tout se passait exactement comme ils le souhaitaient, etc. ?

Lorsqu'ils encouragent ces déploiements, peu de thérapeutes restent cantonnés à une stricte position d'écoute. Beaucoup partagent des idées personnelles (informations, suggestions ...) en écho à ce qu'ils sont occupés à entendre.
Certaines de ces idées restent centrées sur le vécu propre des parents. Par exemple, le thérapeute peut échanger avec eux autour de l'inéluctabilité des fautes dans nos vies humaines : ceux qui en commettent se réduisent-ils à celles-ci ? Y-a-t-il possibilité de pardon ? Y-a-t-il héritage et dette pour les générations suivantes ? Comment se répare-t-on ? Sur quoi la société devrait-elle fonder son estime pour une famille ? Etc ... Il peut échanger aussi autour de la dépression, de la maladie mentale, du suicide et de ce qu'il induit chez les survivants, etc ... D'autres idées échangées peuvent concerner la communication du secret ou son maintien.
A l'instar de celle des parents, ces idées des thérapeutes sont susceptibles de s'appuyer sur des a priori ( par exemple autour de la valeur de la communication ) ; elles peuvent également se fonder sur des phénomènes observés et prudemment interprétés : par exemple, des comportements de l'adolescent exclu semblent évoquer l'angoisse face au mystère ; il fait des allusions verbales plus ou moins claires, etc ...

D - A échanger de la sorte sereinement et sans précipitation, il peut s'en suivre plusieurs issues :

1. Nous pouvons finir par penser qu'il n'est pas important que l'enfant apprenne certains secrets de la bouche de ses parents, voire qu'il vaut mieux qu'ils se taisent, parce qu'ils exercent alors leur droit à l'intimité ; dans le même ordre d'idées, il est parfois préférable que l'enfant en conquière la connaissance par ses propres forces ( par exemple, particularités de la généalogie, sans tabous « mortels » qui pèsent sur certaines d'entre elles ) : vouloir tout dire à l'enfant - par exemple vouloir le gaver d'informations sexuelles - procède parfois d'un désir de maternage tout-puissant !
2. Dans d'autres cas, nous vivons une profonde incertitude quant à l'intérêt du maintien ou de la levée du secret. Continuer à réfléchir avec les parents - sans faire de cette centration un thème obsédant -, observer et écouter l'enfant sans rien brusquer, discuter avec des collègues ... peuvent nous aider à faire le moins mauvais pari.


Philippe (treize ans) est dysthymique de longue date, avec, tous les dix-huit mois environ, un épisode dépressif majeur.
Sa relation avec sa mère est tendue ; l'on sent dans le chef de celle-ci une certaine ambivalence à l'égard de son fils, auquel elle semble préférer sa soeur cadette.
La maman est à nouveau enceinte « par surprise » ; elle hésite, réfléchit avec nous, décide de garder le bébé ... puis il y aura une fausse couche, dont elle mettra des mois à nous dire que c'était un avortement et à exprimer sa honte et sa culpabilité à ce propos ... Mais « C'était au-dessus de mes forces ... et puis, on a déjà tellement de difficultés avec Philippe ! » Si le bébé allait être comme lui !
Philippe ne sait rien de l'avortement ... officiellement, sa mère a été très affectée par la fausse couche. Quelques mois après, en séance de thérapie, il dessine une maman-bateau qui attaque son petit bateau qu'elle n'aime pas, et l'envoie au fond de la mer ... De quel petit bateau s'agit-il ? Et que faire ?

3. Ailleurs, les échanges avec les parents les convainquent de lever le secret. Encore faut-il :


* Ne pas se précipiter et vérifier que leur motivation est bien devenue personnelle (pas par conformisme et pour nous faire plaisir !)
* Parfois, aller jusqu'à préparer le moment de la révélation (par exemple via jeu de rôles), voire y assister et fonctionner comme facilitateur.
* Reparler par la suite de ce qui s'est vécu autour de la révélation : à propos du contenu du secret, à propos du silence longtemps gardé, etc. ... Aider à dissiper les malentendus résiduaires ... y procéder avec l'enfant et les parents, ensemble ou séparément.

4. Restent alors les fois, majoritaires, où les parents veulent maintenir le secret contre notre avis, avec des motivations variées et variablement mobilisables (peur, conviction profonde, honte rémanente, etc.)

a) Dans la majorité de ces cas, nous gagnons à décider de mettre notre avis en suspens et d'accepter le choix des parents sans céder à l'impatience, ni au passage à l'acte ( Epelbaum, 1995 ) ; nous nous efforçons ensuite de maintenir le dialogue sur ce qui a rendu nécessaire l'édification et le maintien du secret ( G. Diatkine, 1984 )
C'est qu'en effet le maintien et le maniement de celui-ci « signe » la relation entre le détenteur et les autres : pour celui-là gérer son style relationnel comme il l'entend est chose très importante ( Mairesse, 1988 ) Habituellement, il ne se justifie pas d'imposer de l'extérieur un changement important - réel et symbolique en l'occurrence - au mode relationnel voulu par le détenteur : il se sentirait dépossédé, non seulement de son secret, mais aussi de son droit à gérer sa vie, et les conséquences pourraient en être très négatives ( rupture de la relation thérapeutique, dépression, décompensation psychosomatique ...)

b) L'unique exception impérative à ce choix est constituée d'alignement, nous l'avons évoquée en exposant nos principes : il est impensable de maintenir un secret dont l'existence entraîne un danger grave pour autrui et dont on estime que la révélation l'atténuerait ou le supprimerait « Danger grave » est le plus souvent pris dans le sens restrictif de danger physique.
Une autre exception, rare elle aussi et déjà plus discutable, est constituée par les secrets dont on a la conviction que le maintien conduit le processus thérapeutique à une impasse totale. On peut alors mettre fin à celui-ci en invoquant un prétexte secondaire, sans trahir le secret.
Mais il faut y regarder à deux fois avant de prendre cette décision, qui consiste souvent à laisser l'enfant seul pour gérer son angoisse impuissante : rester présent à ses côtés, tout en signalant aux parents notre différence de point de vue avec leur choix, peut s'avérer moins désespérant pour l'enfant.

c) Lorsque le secret est maintenu, le thérapeute qui se trouve face à l'exclu du secret est dans une position analogue à celui-ci : dans notre paradigme (12) , l'adolescent doit se construire face à un mystère qui lui fait de l'ombre, mais qu'il lui est interdit d'explorer clairement ; le thérapeute sait, mais ne peut rien dire de ce qu'il sait

Comment réagir alors s'il a l'impression que l'adolescent « tourne autour du secret » dont la connaissance lui est officiellement interdite ?
Il doit garder le silence, s'il s'y est engagé, mais de façon non pesante, avec un léger clin d'oeil bienveillant qui signifie à l'exclu : « Ton idée (ou ta question) n'est ni stupide, ni mauvaise ... mais je ne puis rien te dire en réponse » Il peut même encourager discrètement cette personne à exercer sa curiosité et à penser sans tabous : « Que crois-tu, toi ? Qu'imagines-tu ? Est-ce que ça peut vraiment se passer, ce que tu évoques là ? »
Si, sur cette base, l'adolescent se hasarde à des hypothèses concrètes sur ce qui a pu se passer, on peut, sans prendre parti, échanger avec lui des idées générales sur les phénomènes humains qu'il met en jeu (« Ça peut arriver que des adultes se suicident, etc ... quelles en sont les raisons et les conséquences possibles pour eux et pour leur famille ? ») Néanmoins, c'est plus souvent dans des productions imaginaires et symboliques que l'autre montre qu'il progresse dans son questionnement (13) A l'adulte soignant d'y être très attentif et de dialoguer avec lui en restant dans le champ d'expression choisi ( pas de décodage sauvage, bien sûr ) ( Hayez et coll., 1995 )

d) Enfin, si l'on a la conviction que l'exclu connaît « presque » le secret, on peut en tenir informés les parents et les relancer. Lorsque le secret est éventé, ou révélé finalement par les parents, on peut encore parler avec le jeune des motivations qui poussaient ceux-ci à ce long silence et de ce qu'il en ressent. On peut également parler des raisons que le thérapeute a eu de garder le silence, lui, et des éventuelles conséquences sur la relation de confiance.

 Partage de confidences ou/et d'un savoir entre un thérapeute et les professionnels non thérapeutes en place pour gérer la même situation 

Il s'agit ici de la collaboration du thérapeute avec les enseignants, les travailleurs sociaux, voire les médecins traitants.

A. Ici, le thérapeute est partagé entre un devoir de discrétion et de protection de l'intimité de ses clients (12) , et le souci que ceux-ci soient bien compris et pris en charge dans le réseau qui les accompagne; ce souci peut parfois lui donner envie de parler d'eux, comme il croit les percevoir.

D'autant plus que si ses collègues non thérapeutes se réfèrent trop strictement à une « modélisation institutionnelle », la créativité de tout risque d'en prendre un coup : enfants et familles trop étiquetés et accompagnés de façon mécanique et immuable.

B. Il est donc souvent utile d'encourager le client (13) à s'exprimer lui-même par ses propres forces dans le réseau, quitte à organiser des tables rondes qui facilitent ces moments d'expression.

C. Complémentairement, si le thérapeute se sent lui-même invité de l'intérieur à « dire quelque chose » du client aux autres intervenants, il peut s'aligner alors sur l'idée des « grandes lignes » et sur les procédures exposées dans le paragraphe II. Néanmoins, ici, il est essentiel d'en discuter préalablement et explicitement avec ledit client, quel que soit son âge. Il donne son accord ou non, et l'on peut raisonner alors comme dans le paragraphe II ; en cas d'accord, notamment, il faut vraiment s'en tenir aux « grandes lignes » On veillera également à parler avec humilité, en évoquant des hypothèses que l'on échafaude, la possibilité de faire erreur ... plutôt qu'en amenant triomphalement des certitudes !

D. Si règne cette ambiance de discrétion, il convient de prévenir l'installation de sentiments d'exclusion ou d'infériorité chez l'intervenant qui ne serait pas mis dans ( la totalité de ) la confidence.

C'est souvent un « état d'esprit d'équipe » qui maintient la confiance des individus : reconnaissance de la place de chacun et de la compétence de ses fonctions ; existence de moments de rencontre et d'échanges en cours de travail, où chaque parole est prise au sérieux et sert à toute la communauté, etc.

. Partage du savoir entre co-thérapeutes 

La majorité des auteurs plaide pour qu'existe un « secret partagé » qui permet une meilleure connaissance du malade et de son entourage, et donc des soins plus judicieux et plus coordonnés ( Olivarès, 1992 )

A. On n'est pas pour autant obligatoirement dans le monde du tout par rapport au rien. En voici l'un ou l'autre exemple :

 - souvent, la règle est : « Nous sommes susceptibles de tout nous dire entre thérapeutes », mais, de facto , c'est le temps dont on dispose et le jeu des associations libres, qui modulent la quantité des retransmissions. Quand on a adopté cette règle du secret partagé, il est hors de question d'accepter en cours de route une demande de confidence dont serait exclu le collègue ... pas plus qu'une sorte de passage à l'acte à ce propos ( secret exigé après coup ) Si ces demandes se présentent, il s'agit de les entendre, d'en chercher le sens, et de dire sereinement pourquoi elles sont inacceptables, quitte à annoncer que la persistance dans l'exigence contraire entraînerait la fin de la prise en charge ;

 Françoise Dolto
Françoise Dolto : que pensent nos grands maîtres de la légèreté avec laquelle, parfois, nous sortons de la confidentialité ?


 - néanmoins, le fait que deux thérapeutes se communiquent tout, alors qu'ils travaillent tantôt en entretiens scindés, tantôt en entretiens conjoints, ne signifie pas qu'ils vont ipso facto tout rapporter en entretien commun. Ils ne le font que s'ils le trouvent judicieux, en tout ou en partie.

B. Une attitude inverse et convenue à l'avance peut parfois s'avérer structurante : c'est surtout le cas dans des thérapies d'adolescents et de leurs familles, où les thérapeutes des uns et des autres sont différents et où se succèdent des moments scindés et des moments de mise en commun : alors on peut concevoir que les thérapeutes respectifs choisissent de ne rien se dire en l'absence de leurs clients - hormis situation de danger. S'il en est ainsi, les moments de mise en commun sont vraiment des moments de construction d'un savoir commun, pour toutes les personnes présentes, à partir du dialogue « hic et nunc »

 

BIBLIOGRAPHIE

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Dictionnaire clinique des thérapies familiales systémiques, Paris, ESF, 1988.

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14 - TISSERON S.,
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