§ I. LES SECRETS DE FAMILLE
Par
secrets de famille nous entendrons, de
façon restrictive
(2)
, des éléments
d'informations dont se sont appropriés un ou
quelques membres de la famille, en excluant
activement les autres de leur connaissance ( Miermont,
1987 ; Benoît et coll., 1988 )
L'information en question porte souvent sur des
éléments du passé, d'un parent,
d'un grand-parent ou d'un descendant lointain,
voire « de la famille » comme
telle. Par exemple, il y a
eu transgression d'une loi, d'une norme
culturelle, voire rupture avec les croyances
familiales ... suivies de conséquences plus ou
moins dramatiques : emprisonnement,
collaboration avec les nazis, marginalisation,
abus sexuel ... Il peut s'agir aussi d'une
maladie vécue comme inavouable ( psychose,
suicide, violence pathologique ), ou même de
l'échec douloureux d'une
entreprise ( faillite ) ... Le secret peut
concerner aussi le passé
de l'enfant ( surtout sa filiation :
insémination artificielle ; père biologique
autre, etc.) Mais il peut porter également sur
le présent ( relation extra-conjugale d'un
parent; difficultés financières; maladie de
l'enfant ou d'un parent; transgression actuelle
de la loi ...) ( Selvini, 1997 )
Souvent l'expérience recouverte par le secret
est source de honte, de culpabilité, de
modification négative de l'image de soi ou/et
de la famille. Même s'ils n'en ont pas été les
agents directs, elle donne l'impression à ceux
qui savent qu'eux ou/et leur famille sont
menacés, ont une tare ou/et une dette à payer à
l'humanité, à des victimes identifiées, voire à
leurs propres enfants ...
Il leur faut donc en faire un secret, car
l'expérience pénible incriminée touche à la
nature même des Images parentales et leur
paraît inavouable ( Ausloos, 1987 )
Instituer le secret, c'est éviter la mise en question des
Images parentales, c'est enkyster vaille que
vaille les affects et idées négatives et les
dettes éventuellement liées à la culpabilité.
Ainsi défini, le secret de famille est
susceptible de bien des variantes et notamment :

- Quant à son contenu, aux affects et
représentations mentales qu'il génère et quant
à la dynamique qu'il induit chez ses
détenteurs : utilisation à des fins de
pouvoir et de
régulation des relations; auto-protection ou/et
protection des autres, etc ...
Auto-protection ? Banalement elle va
jusqu'à « essayer d'oublier ... chasser
au fond de sa mémoire », s'interdire
d'évoquer jusqu'avec
ceux qui savent aussi. Dans certains cas, il y
a même un véritable refoulement, avec les
issues ultérieures qu'on lui connaît : de la
réussite à l'échec en passant par le retour
travesti.
Certains auteurs estiment que l'enfant peut
néanmoins parfois en saisir quelque chose ...
et en refouler la connaissance, lui aussi.
Certains disent alors que l'enfant est porteur
d'une énigme inconsciente ( Cahen, 1986 ) Il
est comme habité par un fantôme, il est comme
un château hanté ( Diatkine, 1984 ) N. Abraham
et M. Torok ont développé le modèle de la
crypte, c'est-à-dire d'un refoulement statique
chez l'adulte détenteur du secret :
«
Dans le
ventre de la crypte se tiennent indicibles,
pareils aux hiboux dans une vigilance sans
relâche des mots enterrés vifs. Tous les mots
qui n'auront pu être dits, toutes les scènes
qui n'auront pu être remémorées, toutes les
larmes qui n'auront pu être
versées » ( Abraham
et Torok, 1978 ) C'est un deuil impossible et
indicible qui est à l'origine de cette crypte,
et cela va resurgir dans les générations
suivantes comme un fantasme figé : le devenir
du secret gardé par le parent en la personne de
l'enfant est comme étranger au sujet qui le
porte.

- Quant à l'identité des détenteurs
eux-mêmes.
Certains secrets sont connus d'un individu seul :
l'épouse sait qu'elle a un amant ; l'enfant a
des pratiques secrètes qui le
culpabilisent
(3)
et
(4)
; le père a découvert un drame honteux
dans sa famille d'origine et le garde pour lui,
etc ... D'autres sont connus des deux parents
ou des enfants
(5)
: par exemple, l'aîné se
drogue ; le grand frère et sa jeune soeur ont
des relations sexuelles. Ailleurs, il existe
une alliance entre un enfant et un
parent ( l'enfant parentifié ... celui dont on
abuse sexuellement ... celui qui connaît les avatars
sentimentaux de sa mère ...) Et il y a encore
d'autres combinaisons, qui incluent la famille
élargie ( par exemple les grands-parents ) ou
des personnes étrangères.

- Quant à la manière dont le secret a
été connu : par hasard ; en
référence à une curiosité
elle-même secrète ; par transmission
explicite, etc ...
§ II. LES EFFETS DU SECRET SUR CEUX QUI EN SONT EXCLUS
Nous nous garderons de généraliser à ce
propos : comme toujours, c'est l'écoute, la
réflexion et le dialogue au cas par cas qui permettent de
faire des hypothèses plausibles quant à ces
effets.
I - Dans un certain nombre de situations, on
est en droit de penser que le contenu du secret
est à l'origine d'influences négatives
qui pèsent sur ceux qui en sont exclus et parfois
même sur les autres aussi.
A - Cette « pesanteur
négative » est souvent aspécifique.
Par exemple, les parents sont tracassés et
insécurisés par le contenu et les enjeux du
secret qui absorbent mystérieusement une bonne
partie de leur énergie ; ou encore, ils en sont
déprimés, culpabilisés, ou vivent des
sentiments d'infériorité.
Leur comportement général en porte les
marques : ils doivent faire des démarches
mystérieuses ;
ils imposent des interdictions de fréquentation
- ou vivent de la haine pour d'autres familles -
apparemment incompréhensibles ; ils s'isolent ;
l'ambiance à la maison est pesante ; de larges
silences s'installent : en tâche d'huile, on
parle de moins en moins d'autres vécus ;
corollairement, on met en place des mensonges,
des mythes familiaux rigides qui imposent une
image idéalisée de la famille.
- L'enfant exclu du secret subit cette ambiance :
il assiste à ces comportements mystérieux, se
fait rabrouer quand il interroge et ne peut
rien décoder de certains. Son angoisse peut
s'en trouver accrue : il échafaude alors des
fantasmes à visée explicative encore plus
terribles que s'il savait. Il peut participer
aussi à la dépression de tous et vivre
vaguement que sa famille est tarée, sans bien
savoir pourquoi ; il peut vivre aussi la
blessure narcissique et le sentiment
d'infériorité typique de ceux qui se devinent
exclus de quelque chose d'important.
- Sa curiosité intellectuelle peut subir les
effets de l'imposition du silence et de
l'interdiction de la quête du savoir : dans les
pires cas, face à ses premières questions qui
restent sans réponse et lui sont renvoyées
comme des transgressions, l'enfant censure son
désir de savoir ( Diatkine, 1989 ) D'autres
devinent en partie, parce que le secret a
suinté ( Tisseron, 1996 ), mais pensent que ce
savoir est mauvais et qu'ils ne peuvent ni le
posséder ni le partager : ils s'inventent donc
des malentendus anxiogènes ou/et posent des
comportements bizarres, symboliques, qui sont
la suite logique de ce qu'ils ont compris et
qui ont peut-être aussi une très timide
fonction d'appel. Les plus fragiles,
probablement prédisposés cérébralement, se
construisent des idées délirantes dans le cadre
de décompensations schizophréniques. Pour
quelques-uns enfin, une façon moins négative de
vivre quand-même leur curiosité intellectuelle,
consiste à développer une passion hautement
symbolique ( archéologie, génétique,
psychanalyse ...)
la boîte à secrets
B - Mais l'effet négatif sur tel enfant en
particulier peut également être spécifique.
En voici quelques exemples :

- Enfant « chargé » de honte et de
culpabilité parce qu'issu d'une filiation
illégitime ;
enfant inquiétant, qui pourrait en vouloir à
ses parents et les rejeter s'il savait un jour
( par exemple, qu'il est adopté )

- Enfant « mis au parfum » dans le cadre d'une
alliance perverse ( il sait que sa mère a un
amant ) et qui le vit avec toute-puissance et
culpabilité.

- Projections négatives faites sur l'enfant :
par exemple, il est le seul garçon de la
famille, ou/et il est impulsif, ou/et il a
certains traits physiques qui évoquent
irrésistiblement le grand-père délinquant dont
il est interdit de parler ... à voir
fonctionner l'enfant, on revit pourtant des
affects et des questions, refoulées ou
conscientes, liées à ce grand-père ; on
interpelle l'enfant comme s'il en était le
fantôme ; petit-à-petit, l'enfant a une certaine
préscience du secret : «
Le
mensonge qui est
constitué en secret se transmet grâce aux
règles qui empêchent sa
révélation ... parce
qu'elles sont de plus en plus parlantes, de
plus en plus évocatrices » ( Ausloos, 1987, p.
73 ) Par la suite, surtout à l'adolescence, il
pourrait être tenté par un passage à l'acte,
dont la signification la plus radicale lui
échappe, et échappe même souvent à sa famille,
quel que soit le symbolisme dont l'acte est
chargé ( Miermont, 1987 )

- Demande subtile faite à l'enfant pour
qu'il « répare le destin » : par
exemple, il doit
fonctionner comme on imagine que l'aurait fait
le frère mort dont on ne peut pas parler ( cfr.
le concept de délégation de Stierlin. S'il
réussit sa délégation, la famille est
soulagée ... mais lui ? S'il la rate : dette
de loyauté et troubles divers )
II - Mais dans d'autres cas, le non-partage du
secret peut s'avérer structurant :
ainsi en va-t-il lorsqu'il ne concerne en rien
l'enfant, mais bien la vie privée des parents
et notamment leur vie sentimentale; dans ces
conditions, et si en outre l'existence du
secret n'empoisonne pas l'atmosphère commune,
ne pas en parler à l'enfant, voire lui répondre
«
Çà ne te regarde
pas » peut constituer en un
acte sain d'établissement des limites
intergénérationnelles.
D'autres fois, le maintien du secret exerce
véritablement un effet protecteur de l'angoisse
et de la dépression : c'est le cas lorsque les
parents parviennent à cacher un gros souci qui
les concerne, eux. Et même plus, qui pourrait
jurer que l'ignorance par l'enfant de certaines
réalités sombres qui le concernent, lui, est
toujours psychotoxique ? N'est-ce pas un slogan
abusif que d'affirmer «
Il sait
toujours ? » Ne
vaut-il pas mieux s'aligner sur son besoin
d'être ou de ne pas être informé, qui est
variable et fluctuant, et que l'on devine comme
on peut ? ( Hayez et coll., 1995 )
III - Enfin, il nous arrive aussi d'être
incapables de prédire
que l'enfant se sentira
mieux ou pire selon qu'il est mis au parfum ou
reste exclu d'un secret, qu'il soit ou non
concerné dans le contenu de celui-ci : par
exemple, un de ses parents a des ennuis
judiciaires ... son père biologique n'est pas
le père qui l'élève, mais l'entente des
parents-éducateurs est bonne et ils n'ont pas
spontanément envie d'en parler, etc.
En conclusion, nous ne sommes sûrs de la
nocivité que de quelques situations extrêmes,
par exemple :

- L'inhibition douloureuse de tous, issue de
l'existence d'une réalité permanente pesante,
de l'ordre du non-dit pour les détenteurs, et
du secret menaçant pour les exclus.

- Les projections négatives ou les demandes de
réparation du destin qui portent intensément
sur l'enfant.

- La culpabilisation active de l'enfant qui
cherche à savoir ; le mensonge actif et
répété par rapport à sa quête
de vérité persistante.
Mais souvent, c'est beaucoup plus incertain ...
Harry Potter, stimulé par les contenus à risque
de la chambre des secrets ...
§ III. A PROPOS DE LA CONFIDENTIALITE ET DES
SECRETS : QUELQUES PRINCIPES PROPOSES AUX THERAPEUTES
Il ne nous
(6) est pas
difficile d'exposer
schématiquement trois principes qui guident
notre pratique. Sur le terrain, c'est moins
simple que sur papier : il existe de nombreuses
situations-limites où l'application de ces
principes doit être bien réfléchie, et
même
après réflexion, nous restons parfois dans
l'incertitude.
I - Il existe deux catégories de situations
thérapeutiques où il est essentiel que soit
très largement garantie la confidentialité
entre le thérapeute et son vis-à-vis : ce sont
les psychothérapies individuelles d'adultes,
qui ont été dénommées et convenues
bilatéralement comme telles. Ce sont aussi les
psychothérapies individuelles d'adolescents aux
mêmes conditions.
Ici, la garantie de confidentialité, souvent
explicitement évoquée en début de traitement et
vécue comme telle par le client, est une
condition importante pour qu'il se sente « chez
soi » face au thérapeute et pour qu'il s'engage
avec confiance : du moins en va-t-il ainsi pour
beaucoup de personnes, au fur et à mesure
qu'elles progressent en âge. Pour les autres,
et notamment pour beaucoup d'adolescents
jeunes, constater que le thérapeute donne et
tient sa parole peut les interpeller
positivement, et les encourager à se donner le
droit de se mettre des limites.
A - Nous ne prétendons pas pour autant que la
thérapie individuelle bien formalisée d'un
adolescent ( voire d'un adulte ) constitue
souvent la partie la plus importante - voire
l'exclusivité - du traitement d'une situation.
Mais, quand on a décidé de l'inclure au
programme, mieux vaut qu'elle - et probablement
elle seule - réponde à cette condition de
stricte confidentialité.
B - Garantir la confidentialité dans un module
psychothérapeutique ne signifie pas que nous ne
croyons pas à la valeur de la communication.
Mais c'est au client de décider ce qu'il va
communiquer ou non, et d'y procéder par ses
propres moyens. Corollairement, selon son
tempérament et ses habitudes de travail, son
thérapeute individuel l'invitera à
réfléchir en
séance aux risques et à l'intérêt de
communications bien ciblées, ou il s'en
abstiendra.
C - Garantir très largement la confidentialité
ne signifie pas non plus s'emprisonner dans le
silence. Nous reviendrons par la suite à cette
exception rare mais préoccupante que constitue
la question du danger grave.
II - La majorité des activités des psychiatres
infanto-juvéniles n'est cependant pas
constituée par les deux modules précités : ils
opèrent bien plus souvent dans des
consultations à visée diagnostique, des
guidances parentales, des entretiens
thérapeutiques relativement peu formalisés avec
des enfants ou des adolescents, seuls ou avec
des familles. Ils mènent également des
thérapies familiales strictement identifiées
comme telles, et des thérapies individuelles
bien formalisées avec des enfants jeunes,
jusqu'à l'entrée dans l'adolescence.
Dans tous ces contextes, il nous paraît plus
sage d'élargir les frontières de la
confidentialité et de prévoir une large
circulation d'informations dans la famille
nucléaire
(7)
, c'est-à-dire entre tous ceux qui
sont liés par des liens affectifs naturels et
puissants et qui doivent vivre intensément au
quotidien les uns avec les autres.
... Vivre intensément au quotidien les uns
avec les autres ...
Pourquoi raisonner ainsi ?
A - Parce qu'il nous semble souvent
enrichissant que, au sein de la famille
nucléaire, chacun connaisse les grandes lignes
de ce que vivent les autres à son propos : il
peut alors s'expliquer, s'adapter, négocier ou
changer en connaissance de cause. Dans ces
structures où est censée régner une certaine
sollicitude des uns pour les autres, il nous
paraît même souhaitable que chacun connaisse
les grandes lignes de ce que vit chaque autre
en général ... autrement dit, que chacun
identifie bien qui sont ses partenaires de vie
et ce qui les meut : les interactions qui s'en
suivent nous paraissent pouvoir être davantage
respectueuses de tous, du moins dans la mesure
où chaque protagoniste le veut.
Que l'on ne se méprenne cependant pas sur la
portée de cette proposition : elle indique une
tendance statistiquement intéressante. Il ne
s'agit pas de l'appliquer systématiquement et à
l'aveugle : chaque membre de la famille peut
s'y opposer s'il le trouve important ( cfr. III ), et
le thérapeute garde un pouvoir
d'appréciation quant à l'intérêt et
au contenu de chaque retransmission.
Par exemple, là où règne une profonde
hostilité
à l'égard d'un membre de la famille, il est
souvent plus utile d'écouter celle-ci et ses
raisons d'être, que d'insister auprès de chacun
sur la vulnérabilité et la souffrance morale du
membre en question.
L'idée maîtresse, c'est que
soient retransmises
les grandes lignes de ce que chacun vit et
pense
et non le détail des expériences ou des
fantasmes dont il a parlé au thérapeute ni le
contenu précis de ses dessins et de ses jeux en
séance. Un droit à l'intimité des contenus
expérientiels demeure ... C'est seulement les
grands mouvements intrapsychiques qui habitent
chacun dont il est souvent structurant qu'ils
soient connus par les autres.
B - L'attitude inverse serait que le thérapeute
garantisse explicitement la confidentialité à
chaque vis-à-vis individuel ( du moins
lorsqu'il est sorti de l'étape diagnostique
inaugurale, et qu'il a prononcé le
mot « traitement » ou
« thérapie »)
Certains le font sereinement, en référence à
des valeurs ( autour du droit à l'intimité,
notamment face au soignant ) et à leur
conception de la thérapeutique : nous les
respectons, mais je ne partage pas cette façon
de penser.
Pour d'autres, et surtout lorsque c'est à
l'enfant jeune qu'ils font cette promesse, il
s'agit de la rationalisation de leur contre-transfert, peu
reconnu comme tel : besoin de
former une dyade protégée avec l'enfant ; besoin
d'être le seul confident important ; rivalité
avec les parents ou avec d'autres
professionnels, etc ...
Pour notre part, nous sommes persuadé que la
majorité des enfants jeunes n'en demandent pas
tant et sont même angoissés - si pas
culpabilisés - par ce souhait de l'adulte qui
crée une situation artificielle : au fond, ce à
quoi ils font confiance, c'est à la
bienveillance et à la capacité soignante du
thérapeute ( Boutte, 1996 ) ; certes, ils
n'aimeraient pas que celui-ci les angoisse ou
leur fasse honte en exposant sans nécessité
leurs fantasmes et leurs anecdotes
expérientielles ; de là à penser qu'ils lui
interdisent de raconter les grandes lignes de
ce qu'ils vivent et de ce qui les préoccupent,
nous ne le croyons pas.
Remarquons enfin qu'une fois qu'on a fait la
promesse de confidentialité, il faut tenir sa
parole, et que de ce fait on se sent souvent
dans l'impasse : reste à tordre sa promesse,
d'une manière ou d'une autre, pour que tel
élément important soit quand même retransmis
sans que cela en aie l'air.
III - Dans notre état d'esprit - assurer
l'existence d'une retransmission familiale des
vécus les plus importants - nous invitons les
membres de la famille à l'aventure de la parole
sans trop gloser autour de la confidentialité.
En cours de route, nous les encourageons à se
transmettre les uns aux autres ce « plus
important » ou/et nous organisons des
entretiens familiaux de « transmission
facilitée », moments où ce sera
eux - de préférence -
ou nous - s'il le faut - qui
procéderont à la retransmission.
IV - Néanmoins, la liberté humaine étant ce
qu'elle est, tout ne se passe pas toujours
ainsi : en cours de route, tant l'enfant ou
l'adolescent que ses parents peuvent demander
explicitement que restent secrètes certaines
choses qu'ils viennent de dire.
Les raisons de leur demande sont très variées
et gagnent à être bien comprises avant tout le
reste :

- Parfois, la demande de secret n'a que très
peu à voir avec son contenu : c'est
l'application d'une manière d'être habituelle
vis-à-vis de l'autre, qui se répète à travers
bien des signes ; par exemple, l'enfant est
toujours vécu comme « trop petit
pour » ( ici,
pour savoir ) ... ou encore, l'enfant pense
toujours que ce qu'il fait est mal et mérite
d'énormes punitions.

- Ou alors, ce à quoi la demande vise
centralement, c'est d'avoir une alliance
privilégiée avec le thérapeute et de faire
emprise sur lui.

- Mais parfois aussi, c'est bien le contenu du
secret qui est estimé destructeur, en référence
à d'autres expériences déjà faites
avec celui
qui ne sait pas, ou en vertu d'une sorte d'idée
a priori de sa vulnérabilité.
De toutes ces raisons d'être du secret, mieux
vaut nous imprégner d'abord, les goûter en
quelque sorte, sans a priori, avec une
bienveillance flottante, en leur donnant leur
chance de nous convaincre ou non. Si nous nous
rallions au point de vue du demandeur, tout
devient simple.
Dans la négative, il nous reste à dire pourquoi
nous préférions que la communication existe et
à partager des idées à ce sujet.
Et que faire si la demande de secret persiste?
Ne pas nous sentir prisonniers de la demande,
et prendre notre décision ! Souvent, ce sera
celle de nous résigner pour le moment à la
demande qui est faite, en prévoyant d'en
reparler à d'autres occasions.
Rarement, ce sera la décision de terminer le
processus thérapeutique, en nous en expliquant
et sans trahir le secret; ainsi en va-t-il les
fois où nous estimons que le maintien du secret
engendre une impasse thérapeutique totale.
Rarement aussi, nous déciderons de ne pas
accepter la demande ( le plus souvent, en nous
en expliquant avec le demandeur ) :

- Parce que maintenir le secret crée ou
engendre un danger grave et proche - le plus
souvent physique -, et que le lever peut
atténuer ou supprimer celui-ci ( Bechmann,
1995, p. 3078 )

- Et, de loin en loin , face à un enfant (très)
jeune, parce que notre devoir de
bientraitance nous invite à faire part à ses
parents d'un élément-clé nécessaire
à
l'éducation : dans ces cas, nous attribuons à
ce devoir une valeur supérieure au respect de
la demande d'intimité faite par l'enfant.
§ IV. ELEMENTS DE PROCEDURE
Nous les décrirons à partir de la situation
paradigmatique que voici : des parents
consultent à propos d'un adolescent dépressif
et même suicidaire. Deux thérapeutes, A et B,
les accueillent, essaient de comprendre ce qui
est en jeu, puis conviennent d'une formule de
travail souple : il y aura des séances de
réflexion avec les parents et le jeune ( ou
avec toute la famille nucléaire ) et A + B; des
séances monogénérationnelles pour les parents
et A ; et d'autres pour l'adolescent et B. A et
B conviennent aussi de se concerter
régulièrement, totalement ( secret
partagé )
(8)
, entre autres pour planifier chaque fois
l'organisation des quelques séances suivantes.
extrait du film Petits secrets, Pol Curtchen
I - Les objectifs et les conditions du travail
ont été présentés à tous
de façon légère et
claire. Pas de discours pesant et menaçant,
mais quelques mots simples : «
Il est important
de se parler ... ( pour l'adolescent ) : de
mieux comprendre ce qui se passe en toi ... ( pour
les parents )
: de mieux comprendre ce qui
se vit face à lui et comment bien l'accompagner ...
il y aura des rencontres communes et
d'autres séparées ... celles-ci serviront aussi
à préparer ce qu'on dira aux
autres ( c'est-à-dire à ceux qui en sont
absents ) ; on essaiera
de leur retransmettre un résumé de ce que l'on
vit vraiment. »
A présenter les choses de la sorte,
implicitement, la confidentialité protège la
famille nucléaire, mais n'isole pas chaque
individu dans une bulle artificielle au sein de
celle-ci. A noter que, dans la formule
thérapeutique choisie, nous ne considérons pas
que l'adolescent est inscrit dans une thérapie
individuelle bien formalisée
(9)
: la confidentialité des entretiens avec lui n'est
donc pas une obligation par rapport au reste de
la famille nucléaire.
De là à dire que B ne tiendra pas compte de
l'intérêt d'une intimité et d'une habituation
de cet adolescent au respect de son intimité,
il y a un pas à ne pas franchir ...
Il nous semble possible de proposer tout cela
simplement et sereinement, comme condition
implicite d'un mieux-être, et dans le cadre
d'une espérance qu'on a sur celui-ci. On peut
permettre aux parents et à l'adolescent de
réagir brièvement à la proposition, mais sans
les angoisser inutilement. Et puis, on gagne à
continuer sans tarder l'aventure de la parole
déjà amorcée les premières
séances.
Il - Imaginons alors que les parents aient un
secret - par exemple, le grand père paternel
s'est suicidé, et l'adolescent n'est pas sans
évoquer le caractère de son aïeul -, et
penchons-nous sur le travail accompli par le
thérapeute A et ces parents, en séances
monogénérationnelles.
A - Une première éventualité est que les
parents ne fassent pas part spontanément de
leur secret, mais que son existence infiltre
tant leur manière d'être spontanée que leurs
discours : aspects dépressifs
inexpliqués ; faux-fuyants ; inhibitions,
refus ou rationalisations
d'évitement au moment de certaines évocations,
etc ...
Un thérapeute expérimenté peut avoir la puce
à
l'oreille, c'est-à-dire pressentir qu'un
non-dit lourd les habite et qu'ils n'osent pas l'aborder.
Selon ce qu'il ressent de ses vis-à-vis, et
selon son tempérament et ses habitudes de
travail propres, ce thérapeute peut attendre ou
poser l'une ou l'autre intervention plus active
destinées à faciliter l'évocation
redoutée.
Au rang de ces dernières, certains abordent
carrément la question : «
J'ai
l'impression que
quelque chose vous pèse, et que vous ne vous
permettez pas de le dire » D'autres sont plus
allusifs, et évoquent les raisons d'être des
résistances («
Parfois, on n'aime pas aborder
certains thèmes : on a peur d'avoir honte, ou
d'apporter de la destruction dans sa famille,
ou de ne pas être loyal ... ») Il
peut être
utile, ensuite, d'esquisser une information sur
ce qui se passerait après évocation : voir se
dégonfler des fantasmes inquiétants; trouver de
meilleures solutions ; conserver l'estime du
thérapeute ; voir plus clair dans ses sentiments
par rapport à certains, etc ...
B - L'étape suivante peut donc être que les
parents révèlent le secret qu'ils détiennent
avec gène et angoisse, et ajoutent
immédiatement «
C'est un grand
secret ... »
Dans d'autres cas, la révélation est spontanée,
soit parce que les parents n'en pouvaient plus,
soit parce qu'ils veulent tout de suite
contrôler le thérapeute en en faisant un allié
dans la connaissance ... et le maintien du
secret.
Quoiqu'il en soit, il est hautement souhaitable
que le thérapeute conserve sa sérénité par
rapport à cette nouvelle étape de sa relation
aux parents.
Sérénité quant au contenu du secret : N'a-t-il
pas choisi sa profession, in fine, pour
soulager les autres de leurs malheurs moraux ?
L'évocation d'un de ceux-ci, quelqu'horrible
qu'il paraisse, ne devrait-elle pas être vécue
comme le prélude à un travail de libération de
ce qui enchaînait ?
Sérénité aussi quant à la dynamique
nouvelle
qui vient de s'installer : au-delà de ce que
lui indiquerait parfois un fantasme anxieux
archaïque, le thérapeute n'est pas prisonnier
de ce qui vient de se passer : il a à
réfléchir, comme il se doit, et de
préférence
en compagnie de celui qui vient de révéler ; et
puis, il garde intact son pouvoir de décision.
Même si, de facto, il décidera souvent de
s'aligner sur les souhaits du détenteur du
secret.
S'il conserve sa sérénité, le thérapeute
n'entendra probablement pas monter en lui
quasi-immédiatement et impérativement
l'idée : «
Il
faut que le jeune (10)
le sache » Lorsqu'elle
est très urgente, cette idée est probablement
la rationalisation de vécus contre-transférentiels
variés ( autour de la rage à se
sentir exclu, par exemple ... ou autour du
refus de se sentir possédé )
La relation difficile d'une mère et un fils ; dans
ordinary people, de Robert Redford. Le secret de la mère,
c'est qu'elle préférait Buck, son aîné, mort
noyé accidentellment alors que le cadet a survécu
C - Il s'en tiendra plutôt à rester centré
empathiquement sur ce qu'il vient d'entendre,
et à encourager les parents à déployer ce
qu'ils vivent autour de leur secret.
Schématiquement, ils peuvent le faire au long
de trois axes :

- Qu'est-ce que ça représente, pour eux, de
connaître ce qu'ils
connaissent ?
(11)
Est-ce que ça a changé quelque chose en eux ? Dans leur
manière de voir le monde ? Et dans ce qu'ils
vivent par rapport aux protagonistes de
l'expérience au coeur du secret ? Etc ...

- Qu'est-ce que ça représente, pour eux, de le
garder secret ? ( Par rapport à leurs enfants,
au monde extérieur, etc. )
Leur silence se fonde-t-il plutôt sur un a
priori ( des angoisses; une conception
personnelle des frontières
intergénérationnelles ou des valeurs en
éducation ) ou sur une observation de l'enfant,
de sa sensibilité et de ses réactions face à
certains types d'information ...

- ( Et surtout dans la mesure où il y a eu
révélation spontanée ) Comment se sentent-ils
juste après avoir fait part du secret ? Qu'est-ce
que ça représente de l'avoir dit à leur
thérapeute ? Qu'attendraient-ils de lui, si tout
se passait exactement comme ils le
souhaitaient, etc. ?
Lorsqu'ils encouragent ces déploiements, peu de
thérapeutes restent cantonnés à une stricte
position d'écoute. Beaucoup partagent des idées
personnelles ( informations, suggestions ...) en
écho à ce qu'ils sont occupés à entendre.
Certaines de ces idées restent centrées sur le
vécu propre des parents. Par exemple, le
thérapeute peut échanger avec eux autour de
l'inéluctabilité des fautes dans nos vies
humaines : ceux qui en commettent se réduisent-ils
à celles-ci ? Y-a-t-il possibilité de
pardon ? Y-a-t-il héritage et dette pour les
générations suivantes ? Comment se
répare-t-on ?
Sur quoi la société devrait-elle fonder son
estime pour une famille ? Etc ... Il peut
échanger aussi autour de la dépression, de la
maladie mentale, du suicide et de ce qu'il
induit chez les survivants, etc ... D'autres
idées échangées peuvent concerner la
communication du secret ou son maintien.
A l'instar de celle des parents, ces idées des
thérapeutes sont susceptibles de s'appuyer sur
des a priori ( par exemple autour de la valeur
de la communication ) ; elles peuvent également
se fonder sur des phénomènes observés et
prudemment interprétés : par exemple, des
comportements de l'adolescent exclu semblent
évoquer l'angoisse face au mystère ; il fait des
allusions verbales plus ou moins claires, etc ...
D - A échanger de la sorte sereinement et sans
précipitation, il peut s'en suivre plusieurs
issues :
1. Nous pouvons finir par penser qu'il n'est
pas important que l'enfant apprenne certains
secrets de la bouche de ses parents, voire
qu'il vaut mieux qu'ils se taisent, parce
qu'ils exercent alors leur droit à l'intimité ;
dans le même ordre d'idées, il est parfois
préférable que l'enfant en conquière la
connaissance par ses propres forces ( par
exemple, particularités de la généalogie, sans
tabous « mortels » qui pèsent
sur certaines d'entre elles ) : vouloir tout dire
à l'enfant - par exemple vouloir le gaver d'informations
sexuelles - procède parfois d'un désir de
maternage tout-puissant !
2. Dans d'autres cas, nous vivons une profonde
incertitude quant à l'intérêt du maintien ou de
la levée du secret. Continuer à
réfléchir avec
les parents - sans faire de cette centration un
thème obsédant -, observer et écouter
l'enfant
sans rien brusquer, discuter avec des collègues ...
peuvent nous aider à faire le moins mauvais pari.
Philippe ( treize ans ) est dysthymique de longue
date, avec, tous les dix-huit mois environ, un
épisode dépressif majeur.
Sa relation avec sa
mère est tendue ; l'on sent dans le chef de
celle-ci une certaine ambivalence à l'égard de
son fils, auquel elle semble préférer sa soeur
cadette.
La maman est à nouveau enceinte
« par surprise » ; elle hésite,
réfléchit avec nous, décide de
garder le bébé ... puis il y aura une fausse
couche, dont elle mettra des mois à nous dire
que c'était un avortement et à exprimer sa
honte et sa culpabilité à ce
propos ... Mais «
C'était au-dessus
de mes forces ... et puis, on
a déjà tellement de difficultés
avec Philippe ! »
Si le bébé allait être comme lui !
Philippe ne sait rien de l'avortement ...
officiellement, sa mère a été très
affectée par
la fausse couche. Quelques mois après, en
séance de thérapie, il dessine une maman-bateau
qui attaque son petit bateau qu'elle n'aime
pas, et l'envoie au fond de la mer ... De quel
petit bateau s'agit-il ? Et que faire ?
3. Ailleurs, les échanges avec les parents les
convainquent de lever le secret. Encore faut-il :
* Ne pas se précipiter et vérifier que leur
motivation est bien devenue personnelle ( pas
par conformisme et pour nous faire plaisir ! )
* Parfois, aller jusqu'à préparer le moment de
la révélation ( par exemple via jeu de
rôles ),
voire y assister et fonctionner comme facilitateur.
* Reparler par la suite de ce qui s'est vécu
autour de la révélation : à propos du contenu
du secret, à propos du silence longtemps gardé,
etc. ... Aider à dissiper les malentendus
résiduaires ... y procéder avec l'enfant et les
parents, ensemble ou séparément.
4. Restent alors les fois, majoritaires, où les
parents veulent maintenir le secret contre
notre avis, avec des motivations variées et
variablement mobilisables ( peur, conviction
profonde, honte rémanente, etc. )
a) Dans la majorité de ces cas, nous gagnons à
décider de mettre notre avis en suspens et
d'accepter le choix des parents sans céder à
l'impatience, ni au passage à l'acte ( Epelbaum,
1995 ) ; nous nous efforçons ensuite
de maintenir le dialogue sur ce qui a rendu
nécessaire l'édification et le maintien du
secret ( G. Diatkine, 1984 )
C'est qu'en effet le maintien et le maniement
de celui-ci « signe » la relation entre le
détenteur et les autres : pour celui-là gérer
son style relationnel comme il l'entend est
chose très importante ( Mairesse, 1988 )
Habituellement, il ne se justifie pas d'imposer
de l'extérieur un changement important - réel
et symbolique en l'occurrence - au mode
relationnel voulu par le détenteur : il se
sentirait dépossédé, non seulement de son
secret, mais aussi de son droit à gérer sa vie,
et les conséquences pourraient en être très
négatives ( rupture de la relation
thérapeutique, dépression, décompensation
psychosomatique ...)
b) L'unique exception impérative à ce choix est
constituée d'alignement, nous l'avons évoquée
en exposant nos principes : il est impensable
de maintenir un secret dont l'existence
entraîne un danger grave pour autrui et dont on
estime que la révélation l'atténuerait ou le
supprimerait « Danger grave » est le plus
souvent pris dans le sens restrictif de danger
physique.
Une autre exception, rare elle aussi et déjà
plus discutable, est constituée par les secrets
dont on a la conviction que le maintien conduit
le processus thérapeutique à une impasse
totale. On peut alors mettre fin à celui-ci en
invoquant un prétexte secondaire, sans trahir
le secret.
Mais il faut y regarder à deux fois avant de
prendre cette décision, qui consiste souvent à
laisser l'enfant seul pour gérer son angoisse
impuissante : rester présent à ses
côtés, tout
en signalant aux parents notre différence de
point de vue avec leur choix, peut s'avérer
moins désespérant pour l'enfant.
c) Lorsque le secret est maintenu, le
thérapeute qui se trouve face à l'exclu du
secret est dans une position analogue à celui-ci :
dans notre paradigme
(12)
, l'adolescent
doit se construire face à un mystère qui lui
fait de l'ombre, mais qu'il lui est interdit
d'explorer clairement ; le thérapeute sait, mais
ne peut rien dire de ce qu'il sait.
extrait du film Petits secrets, Pol Curtchen
Comment réagir alors s'il a l'impression que
l'adolescent « tourne autour du secret » dont
la connaissance lui est officiellement interdite ?
Il doit garder le silence, s'il s'y est engagé,
mais de façon non pesante, avec un léger clin
d'oeil bienveillant qui signifie à
l'exclu : «
Ton idée ( ou ta
question ) n'est ni stupide,
ni mauvaise ... mais je ne puis rien te dire en
réponse » Il peut même encourager
discrètement
cette personne à exercer sa curiosité et à
penser sans tabous : «
Que crois-tu,
toi ? Qu'imagines-tu ? Est-ce que ça peut vraiment se
passer, ce que tu évoques là ? »
Si, sur cette base, l'adolescent se hasarde à
des hypothèses concrètes sur ce qui a pu se
passer, on peut, sans prendre parti, échanger
avec lui des idées générales sur les phénomènes
humains qu'il met en jeu («
Ça peut arriver que
des adultes se suicident, etc ... quelles en
sont les raisons et les conséquences possibles
pour eux et pour leur famille ? »)
Néanmoins,
c'est plus souvent dans des productions
imaginaires et symboliques que l'autre montre
qu'il progresse dans son
questionnement
(13)
A l'adulte soignant d'y être
très attentif et de
dialoguer avec lui en restant dans le champ
d'expression choisi ( pas de décodage sauvage,
bien sûr ) ( Hayez et coll., 1995 )
d) Enfin, si l'on a la conviction que l'exclu
connaît « presque » le secret, on
peut en tenir
informés les parents et les relancer. Lorsque
le secret est éventé, ou
révélé finalement par
les parents, on peut encore parler avec le
jeune des motivations qui poussaient ceux-ci à
ce long silence et de ce qu'il en ressent. On
peut également parler des raisons que le
thérapeute a eu de garder le silence, lui, et
des éventuelles conséquences sur la relation de
confiance.
1 - ABRAHAM N., en coll. avec TOROK M.,
L'écorce et le noyau, Paris, Aubier-Flammarion,
1978.
2 - AUSLOOS G.,
Secrets de famille, 62-80 in
Changements
systémiques en thérapie familiale, J. Haley, P.
Caillé, G. Ausloos, A.J. Ferreirea, C.E.
Sluzki, E. Veron, Paris, E.S.F., 1987 (4e
édition)
3 - BENOIT J.C., MALAREWICZ J.A., BEAUJEAN J.,
COLAS Y., KANNAS S.,
Dictionnaire clinique des thérapies familiales
systémiques, Paris, ESF, 1988.
4 - BACHMANN J.P.,
Ethique et psychiatrie de l'enfant, 3071-3084
in
Nouveau traité de psychiatrie de l'enfant et
de l'adolescent, Paris, P.U.F., 1995 (2de
édition)
5 - BOUTTE J.,
La responsabilité du médecin face au mineur
d'âge,
Journal du droit des jeunes, 1996, 151,
11-15.
6 - DIATKINE G.,
Chasseurs de fantômes, inhibition
intellectuelle, problèmes d'équipe et secret de
famille,
Psychiatrie de l'enfant, 1984, XXVII-
l, 223-247.
7 - EPELBAUM C.,
Collaboration avec l'école : la dimension du
secret,
Neuropsychiatr. Enfance Adolesc., 1995,
7-8, 304-312.
8 - HAYEZ J.-Y., CHARLIER D., CLEMENT du CLETY
S., VERVIER J.F.,
L'enfant à risque de mort à
brève échéance : la prise en charge de sa
personne,
Arch.pédiatr., 1995, 2, 589-595.
9 - HAYEZ J.-Y., STEPHENNE F.,
Secrets et psychothérapies,
Neuropsychiatr.
Enfance Adolesc., 1999, 10-11, 491-501.
10 - MAIRESSE A.-M.,
Le secret pour le meilleur et pour le pire,
Neuropsychiatr. Enfance Adolesc., 1988, 36, 11-
12, 485-492.
11 - MIERMONT J.,
Dictionnaire des thérapies familiales; théories
et pratiques, Paris, Payot, 1987.
12 - SELVINI M.,
Secrets familiaux : quand le patient ne sait
pas,
Thérapie familiale, 1997, 18-2, 109-205.
13 - TISSERON S.,
Tintin et les secrets de famille : secrets de
famille, troubles mentaux et création, Paris,
Aubier, 1996, (2e éd.)
14 - TISSERON S.,
Secrets de famille, mode d'emploi, Paris,
Ramsey, 1996.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
(1) J.-Y. Hayez, pédopsychiatre, docteur en
psychologie, responsable de l'Unité de
pédopsychiatrie, Cliniques
Universitaires St Luc, 10, avenue Hippocrate à
1200 Bruxelles, Belgique.
(2) Nous n'inclurons pas dans notre définition
les secrets que tout le monde connaît dans la
famille mais sans communiquer à leur propos, et
dont on ne parle pas à l'extérieur ( par
exemple l'alcoolisme du père )
(3) Oui, qui sont egosyntoniques s'il s'oriente
vers la perversion.
(4) Tous les auteurs ne sont pas unanimes pour
inclure dans la catégorie
« secret de famille »
les secrets portés par
une seule personne et qui concernent
centralement sa vie présente. Ils réservent
l'appellation à des secrets connus par au moins
un sous-groupe et qui incluent des expériences
graves et, pour une partie d'entre elles au
moins, passées.
(5) L'ensemble des enfants ou un sous-groupe
précisément concerné.
(6) Qu'il soit bien clair que j'emploie ici le
« nous » majestatif, pour m'harmoniser avec la
forme d'ensemble du texte. Le contenu des
paragraphes deux et trois constituent néanmoins
essentiellement un témoignage personnel,
prêtant évidemment à discussion!
(7) On peut raisonner de façon analogue s'il se
pose un problème de vie entre d'autres types de
partenaires par exemple un élève, son
professeur, ou/et son institution scolaire.
(8) Quand il s'agit de travailler avec un
adolescent, ce choix du partage d'informations
entre A et B n'est pas le seul possible. Là où
ils estiment qu'il n'y a pas de risque de
manipulation psychopathique ou perverse, A et B
peuvent aussi choisir de ne rien se dire sur ce
qu'ils apprennent en séance
monogénérationnelle : alors,
au moment des « mises en commun », ils
se trouvent dans la même position que la partie
de famille avec laquelle ils ont travaillé
séparément. Il leur reste à tenir leur
parole !
(9) Passer à celle-ci ou l'adjoindre par la
suite n'est pas impossible, moyennant un rite
de passage soit avec le thérapeute B, soit avec
un nouveau thérapeute C. Si c'est le cas, ce
nouveau module est caractérisé par une
confidentialité beaucoup plus stricte.
(10) Pour rappel, dans l'exemple qui nous sert
de fil conducteur, l'adolescent ne sait rien
officiellement du suicide de son grand-père.
(11) Voire parfois d'y être associés
éventuellement, d'une certaine manière ( par
exemple comme fils et possible héritier d'un
malade mental, d'un criminel )
(12) Dans notre paradigme, B qui se trouve face
à l'adolescent connaît le secret, puisqu'entre
A et B la communication est totale : A et B
constituent une personne morale, et, à ce
sujet, il n'y a pas de permission à demander
aux parents ni à l'adolescent.
(13) Les adolescents peuvent faire référence à
un film, à un livre, à quelque chose qui est
arrivé à un autre. Les enfants, eux, disent
beaucoup dans leurs dessins, leurs jeux, leurs
histoires ... on peut d'ailleurs les y
encourager un peu, en mettant soi-même en
scène, prudemment, l'un ou l'autre ( début
de ) thème brûlant !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir