Une maman m’écrit:

Nous sommes séparés depuis dix ans, le père de Julien et moi ... ça se passe sans bagarres, mais aussi sans un peu d’amitié retrouvée et sans coopération. Lors de ses séjours chez moi, son frère aîné a constaté que Julien, qui vient d’avoir quinze ans avait des images à caractère pornographique ou érotique sur son téléphone portable, ainsi que dans sa console de jeu. Nous en avons parlé et il s'est avéré que chez son père, il a accès à Internet et visionne ce genre de films, son père ne supervisant rien.

Chez moi, les ordinateurs de la maison possèdent tous un code d'accès et, le trouvant grandi, j'ai fait la tentative à Pâques de l'ôter avant son arrivée. Après q'il se soit connecté, je suis allée dans l'historique et bien sur, des sites pornos. Je lui ai refait la leçon, ai remis un code.

L'été s'est déroulé à merveille puisqu'il a pu profiter joyeusement des plaisirs de la montagne, qu’il aime; Il était souvent connecté sur MSN, il se plaignait toujours de solitude, que son père était plus occupé à rencontrer des femmes sur Meetic qu'à être avec lui ...

Il m'avait promis de ne plus visionner de films pornos desquels je pense il était addict.

Et cette semaine le drame, en rendant visite à des voisins de son père, pendant que les adultes discutaient, Julien est allé coucher la fillette de deux ans et demi et a pratiqué sur l'enfant à des attouchements sexuels (lui ôtant pyjama et couches avant de tout remettre en ordre) et c'est le lendemain que la fillette en a parlé, Julien a reconnu les faits, sans comprendre ce qui lui a pris et morfondu de remords et regrets. Le Papa de l'enfant a porté plainte ... Ce que malheureusement je comprends, même si je pense que ce n'était peut-être pas la meilleure solution ...

Je suis effondrée, amère, triste et je ne sais ce qui va arriver à mon fils ... Que faire pour aider mon fils ? Que faire pour qu'une telle horreur ne se reproduise pas? Que risque t-il sur un plan pénal ? Que faire quand on sait que la maison de son père est située à 500 m de la maison de la petite victime et que c'est un tout petit village, qu'ils risquent de se croiser et que le Papa de la fillette est très très en colère contre Julien, ce que je comprends, mais la colère peut avoir des dérives que j'appréhende.

Merci de répondre à ce message si long.

Je lui réponds:

Madame,

Intuitivement je suis moins pessimiste que vous à propos de la santé mentale et de l’avenir de votre fils Julien.

Répondez-moi cependant aux deux questions que voici:

  • Quel type de pornographie va-t-il voir? Ordinaire ou déviante?
  • Avec la petite, s’est-il contenté de la toucher ou y a-t-il eu un contact avec son sexe à lui? S’est-il masturbé à ce moment-là et si oui, comment?

Le plus probable est ce qui suit:

  • Son goût un peu prononcé pour la pornographie; 25 à 30 % des ados l’ont avec la même intensité, et ça finit par passer petit à petit. Il faut continuer à l’inciter à se modérer, certes, mais dans le dialogue et pas en le piégeant (lui dire qu’il n’y a plus de codes d’accès, puis aller voir son historique, ça ne va pas) Lire à ce sujet, sur Internet, mon article Confrontation des enfants et des adolescents à la pornographie.

  • Une fréquentation modérée d’Internet est plus positive que négative chez les ados (par exemple, une à deux heures par jour en période scolaire, quatre heures par jour les week-ends). MSN est le plus souvent un endroit de socialisation positive où ils parlent entre jeunes du même âge ... ne mettez pas dans le même sac, d’un seul coup, Internet, MSN et la pornographie.

  • S’il n’y a eu qu’un seul épisode de déshabillage et de touchers exploratoires, ce qu’il a fait à la petite est inadmissible, certes mais ne veut pas dire du même coup que Julien est très perturbé. Lire mon article Ado auteurs d’abus ou de pseudo-abus et notamment le paragraphe II-II.

Ce genre de comportement se rencontre chez des jeunes à la fois intéressés par l’autre sexe, mais peu sûrs d’eux, et qui, au début, ne découvrent celui-ci que par le corps d’un jeune enfant qu’ils touchent sans violence physique et ne malmènent pas trop. Les plus audacieux, eux, à quinze ans, draguent des filles de leur âge ou plus âgées et leur demandent de coucher.

La petite fille n’a probablement pas d’abord été traumatisée par ce que Julien a fait mais intriguée, un peu insécurisée quand même parce que cela sortait tout à fait de l’ordinaire et elle en a donc parlé à ses parents. Le traumatisme est venu après coup, lié au bouleversement émotionnel des adultes et sans doute à la lourdeur des interrogatoires qui s’en sont suivi.

Evidemment, ce comportement de Julien ne peut pas être admis et il est normal que les parents du petit enfant soient très fâchés. Et si cela arrive à la connaissance de la Justice, qu’elle aussi soit très fâchée.

Mais j’espère qu’un bon expert pourra montrer que votre ado est loin d’être un monstre pédophilique.

La réaction sociale occupée à exister lui servira durement de leçon, et je pense qu’il ne se frottera plus jamais à un jeune enfant.

Je ne sais pas ce que va faire le Parquet ou le Juge français. Si c’était moi, j’exigerais de lui trente heures de travaux d’intérêt général, j’exigerais qu’il ait une vie sociale externe bien remplie, et j’exigerais un programme de fréquentation d’Internet modéré (je citais les fourchettes d’heure plus haut), sous contrôle parental. Je vérifierais aussi ce qu’il en est de son éducation sexuelle et de sa confiance en soi dans le domaine sexuel.

Bien cordialement.

 

 

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