Ce texte est un témoignage clinique. Il fait la synthèse de mes lectures , échanges entre collègues et d'une expérience belge de 40 ans dans le champ de la lutte contre l'abus sexuel envers les enfants. Il est dédié aux tout-petits, les moins de 6 ans, dont j'ai écrit et je persiste à écrire que, dans ce domaine, ils sont les plus mal aidés du monde, balayés comme des petites feuilles mortes au vent des institutions.

  • I. L’enfant en âge préscolaire est-il susceptible d’être abusé ?

 Objet désirable pour les pervers susceptibles de s’en approcher doucereusement, sans lui faire peur (grand père, mari de la gardienne…) : perversion donc, de forme plus ou moins dégradante, depuis l’opportuniste qui attouche, jusqu’à quelques cas abominables de viols de bébés ou de rites sataniques.

Quelques ados timides découvrent l’autre sexe à travers le tout-petit, et n’ont d’ailleurs qu’un geste ou l’autre de voyeurisme ou de toucher « délicat », parfois même portant sur un enfant endormi (p.ex., quelques baby-sitters ados, filles ou garçons).

Après séparation du couple, il n’est pas tout à fait impossible que le père veuille prolonger quelque chose du passé, salir la mère, et vivre quelque chose de sexuel à travers le tout-petit. Nous nous limiterons cette application plus fréquente où c’est le père qui est concerné, mais, plus rarement ce peut être la mère.

  • II. Le tout-petit parle-t-il d’expériences sexuelles vécues ?

Commençons par nous placer dans un contexte où personne n’avait le moindre soupçon jusqu’alors et où l’enfant n’était donc soumis à aucune pression suggestionnante !

A. S‘il est traumatisé, effrayé, si son corps a eu mal : manifestations d’angoisse assez intenses (ciblées, par ex. lors du déshabillage, ou mal-être diffus…stresse aigu) et évitements très rapides : il ne veut plus s’approcher de ce qui évoque l’expérience négative, avec oppositions et émotions très vives…

B. A supposer qu’il n’ait pas été traumatisé, mais plutôt séduit et trompé par un adulte (ou un « grand ») qui a su s’y prendre sur un mode soft?

Il est quasi-inévitable que le tout-petit évoque spontanément ce qu’il a vécu, souvent de manière inattendue, indirecte et pourtant claire, et ceci, même s’il a reçu des consignes de silence. Ceci se passe souvent de façon différée dans le temps (quelques jours, 2,3 mois…)

Le tout-petit se remémore et a besoin d’évoquer des expérienes faites qui sortent de l’ordinaire, l’ont intrigué et ont mobilisé ses affects (peur ou plaisir) (1). Il le fait pour exorciser un peu d’angoisse, vérifier l’acceptabilité de ce qui s’est passé et pour dominer l’expérience vécue en sortant de la passivité…

  Face à un tiers proche et en qui il a confiance, il le fait alors spontanément, parce qu’un stimulus évocateur l’active : par exemple le fait d’être à moitié ou totalement  nu au moment du coucher « réveille » le souvenir ou/et le désir de touchers à la fois agréables et « hors du commun » qu’on lui a faits, et il en parle ou en redemande (  Dès deux ans et demi, trois ans, il peut même  nommer l’auteur sans se tromper, si c’est un familier  (E : « Tu mets aussi ton doigt dans ma  quiquine ? R. de la maman : Aa, qui fait ça avec toi ? E : Tonton Daniel, etc. … ») 

 Il évoque parfois une expérience faite dans ses jeux symboliques et figurés, là aussi parce qu’il veut mieux comprendre et avoir la maîtrise intellectuelle dessus. Par exemple, avec ses jouets favoris (poupées, personnages Playmobil ; petits animaux en plastic…) il rejoue spontanément un événement hors du commun, traumatique ou non, pour exorciser ses émotions et pour en maîtriser psychiquement les mystères (2) … et il se peut que sa maman, son papa ou un parent proche passe par hasard, l’entende, puis l’interroge. 

Son sexe ou son derrière – ou ceux des grands – peuvent encore constituer des constituants très « naturels » de la vie, et il en parle simplement, ainsi que de la miction et de la défécation, sans la pudeur typique des aînés : si ces zones ont été l’objet de manipulations « extraordinaires » mais qui ne l’ont pas terrorisé, il n’a pas difficile à le raconter  

Même lorsqu’ils sont pleins d’imagination, les enfants d ‘âge préscolaire gardent à distance les vrais adultes de la vie réelle, évitant de les incriminer spontanément de manœuvres spéciales sur leur corps dans le décours d’un récit qui serait alors une pure fabulation, Et donc, le simple fait qu’ils parlent spontanément d’une expérience sexuelle – étrange, hors du commun -, mais dont ils n’ont pas encore intégré la nature sacrilège, en l’attribuant à quelqu’un de précis, constitue un important indicateur de fiabilité .

C. Toutes les fois où le premier interlocuteur reste suffisamment maître de soi et accueille « gentiment » ce que le petit a commencé à dire, celui-ci s’exprime innocemment, sans honte ni angoisse, et il peut produire une évocation de qualité, déjà concrète et précise, mais dont il est fréquent qu’elle ne porte que sur l’action centrale ; sa capacité d’évoquer des détails, notamment de temps ou d’espaces inconnus[3], est beaucoup plus erratique si pas nulle. Dans une minorité de cas, il s’en suit une prise en charge efficace

D. Mais on assiste hélas bien plus souvent à un bouleversement émotionnel chez l’interlocuteur qui, très vite, fait naître une grande angoisse chez l’enfant, comme s’il venait de dire quelque chose de très mal et de très dangereux, dont il se sent coupable et menacé.

 Tout aussi souvent, ce bouleversement émotionnel s’accompagne de « consultations » diverses et, paradoxalement, rien de concret ne se passe…l’angoisse du tout-petit monte encore, le suggestionne (pour « rattraper la sauce », comment se conformer ?) et introduit de la confusion dans ses souvenirs et ses idées : alors, il se pétrifie et ne dit plus rien ou il transforme son propre discours et le calque sur ce qu’il croit que son interlocuteur du moment attend.

E. Des investigations judiciaires peuvent se mettre en route mais, en ce qui concerne l’audition de l’enfant jeune, le processus reste assez (parfois, sans vraie rationalité) trop lent, trop bureaucratique. Il en va de même d’ailleurs de nombre d’investigations psychosociales.

 Dans nombre de cas, le suspect d’abus, souvent soutenu par des proches, et bien sûr par ses avocats dans la suite du processus proteste avec véhémence : « Il est trop petit ; il fabule ; c’est avec un autre que ça s’est passé, c’est sa mère qui est aliénante ».

Si la personne suspecte n’avoue rien, et s’il ne persiste comme élément de preuve que la parole d’un petit de quatre ans, ou plutôt ce qu’il en reste trois mois après, le dossier est bien mince. Il suffit alors que l’avocat du suspect murmure « Outreau » au vent des prétoires pour que l’allégation soit définitivement enterrée. Il arrive même ensuite que, peut-être pour se convaincre et se donner bonne conscience, certains juges en remettent une couche et ordonnent une reprise de contact entre l’enfant et celui qui l’a agressé, dans les cas où existe une séparation du couple parental. 

Scénario catastrophe ? Demandez aux gens de terrain s’ils ne l’ont pas déjà rencontré N fois, pour une où la seule parole du tout-petit est prise au sérieux et où l’enfant est efficacement protégé par la coordination des institutions à l’œuvre.

  • III. Erreurs d’appréciation des tout- petits

  •   A. Ces tout-petits sont-ils susceptibles d’erreurs de bonne foi ?

Par exemple, peuvent-ils attribuer à un geste de nursing, d’hygiène une signification   indument érotisée par eux ? Pas tout à fait impossible chez les plus jeunes (2,3 ans), mais, quand on y réfléchit, bien peu probable : ils ne se plaignent pas chaque fois qu’on manipule leurs parties intimes pour les soigner ! Ils ont plus probablement eu l’intuition d’un doigt qui s’insinuait et s’attardait trop dans leur derrière….

 Autre erreur pas tout à fait impossible : « Il a vu mon pénis, mais par hasard à la toilette » (Mais la grande majorité des enfants ne fait aucun cas de la vue d’un pénis « normal », même occupé à uriner…la grande majorité des hommes le cache discrètement, sans faire d’histoires parce qu’il a été entrevu)

B. Sont-ils suggestion nables par un parent suspicieux qui « crée en quelque sorte l’événement ? Hélas oui ! (4) Les révélations des tout-petits non fiables n’ont pas la même qualité que celles des enfants fiables. Ils claironnent comme une leçon apprise toujours la même généralité. Appelés à parler en présence du parent accusateur, ils ne peuvent pas quitter des yeux l’approbation par celui-ci.

Enfant peu fiable

-Contexte relationnel entre adultes tendus depuis la séparation parentale

-discours très figé, répétitif…leçon apprise

-si la mère est présente, l’enfant est collé à son regard

-identité de termes mère-enfant

C. La dernière catégorie, celle de petits enfants devenus non-fiables ne devrait pas exister ! Ce sont ceux qui, au commencement, étaient tout à fait fiables, mais qu’on n’a pas aidés efficacement, qui ont été soumis à trop de tempêtes émotionnelles ou qui ont été sur-interrogés sans résultats tangibles. Nous venons de le dire :après quelques semaines, ils sont tout à fait bloqués ou ont perdu les pédales…et les défenseurs du suspect qui persiste à nier vont se servir de ce triste aboutissement pour tenter de tout invalider !

  • IV. Comment gérer les allégations spontanées et inattendues

    A. Là où l’allégation est spontanée chez un enfant « tout-venant » l’adulte qui reçoit la confidence devrait maîtriser ses émotions d’incrédulité, d’angoisse et de colère et se discipliner pour bien écouter… 

Cet adulte devrait encourager l’enfant à parler à « bien raconter…bien expliquer…Et y-a-t-il encore autre chose qui s’est passé ? et as-tu encore vu quelque chose ? Et tonton Daniel, est-ce qu’il t’a dit quelque chose ou rien ? Etc. »

Encourager, stimuler, en montrant un intérêt bienveillant…en ne posant pas de questions inductrices (comme p.ex. : Et il t’a montré son zizi, tonton Daniel ?) , en laissant venir ce qui vient spontanément, avec juste un peu d’encouragement à parler…en restant discret, sans envahir l’enfant de commentaires personnels…

B. Les premières déclarations de l’enfant, et les premières interactions avec lui, sont très importantes. Celui qui reçoit la confidence devrait les consigner par écrit, au mot à mot, en notant même les éventuels gestes spécifiques de l’enfant (document 1, rédigé par lui dans les 24h de l’allégation)

Par contre, les membres de la famille premiers confidents doivent strictement s’abstenir de faire répéter l’enfant, en l’enregistrant en audio ou en vidéo ; ce type d’enregistrement est toujours réalisé de façon maladroite, pleine d’émotions plus ou moins contenues, avec des questions-suggestions, et, dans la suite de la procédure, se produit l’effet inverse de l’effet escompté : le document se retourne contre l’enfant, suspect d’être suggestionné et donc fabulateur !!!

C. Si besoin est, il faut alors tout de suite protéger le tout-petit de tout contact avec l’adulte suspect, en trouvant un prétexte, donc sans confronter tout de suite cet adulte à ce qu’il a probablement fait.

D. Vu la fragilité de la mémoire du tout-petit, on va alors essayer d’obtenir rapidement un document plus officiel, réalisé par un professionnel indépendant, qui servira de référence importante, voire tout à fait légale dans la suite du processus (document 2, ici, si possible, audio ou vidéo)

Rapidement ? La mémoire d’un tout-petit (moins de 4 ans) risque bien de s’effriter ou de se bloquer endéans les 3-4 jours…à 5-6ans, c’est endéans les 10 jours

Où obtenir ce document quasi en urgence ?

-Si l’on décide de déposer plainte, on peut s’efforcer d’obtenir une garantie à ce propos auprès de la police…mais pas si sûr que l’on soit effectivement entendu, ni, tout simplement, que ce soit vraiment réalisable.

-L’on peut aussi s’adresser à des intervenants psycho-sociaux spécialisés (par exemple les équipes SOS-Enfants en Belgique francophone), mais pas sûr non plus qu’ils soient disponibles en urgence…

-Alors, si cela ne s’arrange pas avec ces partenaires privilégiés, pourquoi ne pas s’adresser en urgence à un professionnel de première ligne, indépendant mais plus proche, et en mesure de faire fonctionner discrètement son téléphone portable : le médecin généraliste, le pédiatre, un psychologue ou un travailleur social locaux…l’idée est neuve et probablement déconcertante, même pour eux, mais au fond, pourquoi pas ? Installé en sécurité sur les genoux de sa maman qui se tait, le tout-petit, invité délicatement à répéter ce qu’il a allégué une première fois, pourrait se livrer à l’exercice sans être pour autant suggestionné.

E. Dans les cas où une plainte a été déposée, il existe toujours une audition officielle vidéo-filmée de l’enfant, réalisée le plus souvent par des policiers spécialisés compétents. Ce document constitue pour le Parquet « la » référence officielle. Si l’on a pu obtenir une audition vidéo-filmée très rapide, c’est l’idéal : pas besoin d’un autre document 2 ! Malheureusement, ce n’est pas souvent le cas, et, quand ce document officiel (alors, le n°3) est enregistré des semaines après la première allégation, il y a bien des chances qu’il soit de qualité médiocre, pour les raisons déjà invoquées, et ceci, quel que soit l’art des interviewers. D’où l’intérêt du document 2, précoce, pas officiel, mais que le Parquet n’ignorera quand-même pas.

 F. Dans nombre de ces situations il ne devrait quasiment pas y avoir de doute : la fiabilité de l’allégation est forte ! Et pourtant, il se développe fréquemment une angoisse des professionnels à se référer à la parole d’un tout-petit en lui accordant de la puissance. Ils devraient pourtant se donner du courage ensemble et se convaincre à raison qu’il n’y a pas doute et agir.

         
F1. Parfois, en tout cas en Belgique, on prend la responsabilité d’agir « à l’amiable », càd avec les seuls intervenantS psycho-sociaux et la collaboration de la famille.

Dans le livre La pédophilie (5) ,nous en donnons deux illustrations, l’une à propos d’un grand-père autoritaire et rigide (p. 44 et sq.), et l’autre à propos d’une baby-sitter (p. 48 et sq.). Dans les deux cas, il y a eu protection de l’enfant et échange de paroles avec lui, aide donnée à sa famille et confrontation du (très) suspect à ses actes, ce dernier point avec des succès divers. Ce choix nous avait paru le moins mauvais !

F2. Agir encore en passant par un signalement judiciaire, pour peu que :

-le tout-petit soit bien protégé tout de suite. Agir signifie à tout le moins protéger l’enfant de contacts avec son agresser et donc, suspendre tout hébergement chez celui-ci pour une durée indéterminée si c’est un parent.

-L’aide psycho-sociale à lui et à sa famille se poursuive sans suspension pendant le travail de l’institution judiciaire.

  • V. Et lorsque le doute s’installe malgré tout

Nous traiterons de cette question :

-à partir d’une seule application, la plus difficile : l’adulte suspect est un parent. S’il y avait séparation parentale, celle-ci était non-conflictuelle et les séjours de l’enfant chez ce parent se passaient jusqu’alors sans histoires….

- en raisonnant pour tous les mineurs d’âge, et pas seulement pour les moins de six ans au cœur de ce texte !     

A. Lorsqu’arrive sur la scène socio-judiciaire l'allégation d'un enfant portant sur un ou des abus sexuels commis par un parent, on investigue la situation avec sérieux, bien sûr, mais pour peu qu’il n’y ait ni preuve matérielle ni aveu du suspect, il est relativement fréquent que l'on doute au terme d’une investigation raisonnable. Surtout lorsque l'allégation est liée à la parole fragile d'un petit enfant (moins de 6 ans).

Ce doute est parfois partagé par les magistrats et les intervenants psycho-sociaux. Dans d'autres cas ces derniers, se fondant sur leur expérience de la psychologie des enfants et sur des questionnaires spécialisés, estiment élevée la probabilité de l'abus ; mais les magistrats, eux, continuent à douter, davantage habités par le critère « Présomption d'innocence ". Peu importe cependant ici cette éventuelle dissociation : nous nous placerons du point de vue des magistrats et des décisions qu’ils doivent prendre tout en doutant. 

Une tentation commode, alors est de faire comme si les allégations n'avaient aucun poids, de classer le dossier ou d'acquitter purement et simplement un prévenu « C’est la parole de l’enfant contre celle de l’adulte »Nous proposons une autre philosophie de travail et une autre méthodologie, en fonctionnant de la façon que voici :

B. Tous les professionnels impliqués dans l’évaluation et la gestion ultérieure de la problématique devraient acter clairement et officiellement, chacun pour soi et en le communiquant aux autres, qu’il s’agit d’une situation de doute, probablement à long terme ; ils devraient le déclarer à toutes les personnes concernées (l’enfant (6), sa famille, la personne que l’on dénonce … les institutions), en ajoutant que cela ne paralysera pas leur action ;

C. Si les autorités judiciaires sont en place, elles peuvent appliquer le principe de précaution :

  • Le Parquet peut garder ouvert le dossier du suspect, avec une surveillance effective …
  • Si l’on va jusqu’au jugement et que le magistrat ne se permet pas de condamner, il peut prononcer un acquittement au bénéfice du doute

Au bénéfice du doute ? Eventualité désagréable ? Oui, très, et à bien y réfléchir, elle pèse sur toutes nos têtes et un peu plus sur la tête de ceux qui s’occupent d’enfants. Mais en termes de moindre mal, et en mesurant bien la signification des mots, elle est moins injuste qu’un acquittement pur et simple comme si l’enfant, source de l’incertitude, était insignifiant et ipso facto non fiable : penser cela, ne serait-ce pas une attitude « corporatiste » d’adultes qui se protègent mutuellement ? 

  • Le Parquet peut faire appel simultanément à un juge de la jeunesse (7) chargé de la protection des enfants en situation de danger avéré ou de risque significatif, ne fut-ce en outre que pour apaiser un stress très fréquent….
  • D. Si l’enfant ne souffre apparemment pas de ce stress lorsqu’il est en présence de la personne suspectée, sa situation est néanmoins à risque et il faut donc que ses contacts avec elle soient strictement supervisés. Et ceci, aussi longtemps que l’on n’est pas sûr que le suspect ne représente plus de danger, ou/et aussi longtemps que l’enfant n’est pas en mesure de bien se protéger tout seul. Capacité à l’autoprotection qui ne s’acquiert pas avant 9,10 ans chez un enfant « standard », normalement confiant en soi….

  Par exemple, si le couple parental est séparé, les contacts avec le parent suspect devraient être épisodiques et placés sous la surveillance effective d’un tiers fiable, comme un centre « Espace-Rencontres ». E. Aussi longtemps que l’enfant est traumatisé, il est éthique de suspendre les contacts avec le suspect pour une durée indéterminée plutôt. Donc, ne pas céder à la tentation d’une violence institutionnelle stérile qui exige une reprise de contatcts, comme si l’enfant était nécessairement un menteur et comme si le parent confident, porteur de ses préoccupations sur l’abus, était ipso facto un être tout-puissant, refusant le partage de la parentalité : on se trouve dans l’incertitude, ni plus ni moins, rappelons-le !

F. Il nous revient encore de parler clairement de l’incertitude existante avec la personne suspecte : si elle n’a rien fait de mal, c’est involontairement injuste et désagréable pour elle, mais on veille d’abord au moindre mal de l’enfant. Si elle ment, elle le sait dans son for intérieur. 

On doit écouter son ressentiment, feint ou réel, mais il est très rare qu’elle puisse apporter de vrais éléments objectifs, susceptibles de lever l’état d’incertitude ; on lui demandera aussi quelles dispositions elle pourrait prendre pour mieux rassurer son entourage et les professionnels quant à la qualité de ses relations avec l’enfant. On lui recommande enfin de se montrer particulièrement prudente, car, pendant tout un temps, elle fera l’objet d’une vigilance particulière. 

G.  On peut encore parler clairement et dans les mêmes termes aux adultes responsables en ordre principal de l’éducation de l’enfant ; on les invitera à veiller particulièrement sur celui-ci et à installer ou confirmer un climat de vérité dans leurs relations avec lui.

H. On doit enfin parler clairement avec l’enfant s’il est suffisamment âgé ; écouter son ressentiment parce qu’on ne lui fait pas totalement confiance ; lui expliquer comment on compte néanmoins le protéger effectivement ; réfléchir avec lui aux moyens de s’auto-protéger de possibles agressions à venir et l’entraîner à le faire ; continuer à attirer son attention sur sa part de responsabilité dans le compte-rendu d’expériences faites, sur l’importance de la vérité et de la sociabilité. Même des bien jeunes peuvent bénéficier de ce type de dialogue, avec des simplifications et des mots adaptés à leur âge. 

I.  Reste à procéder à des réévaluations régulières de la situation. Par exemple, de trois en trois mois au début, puis de six en six mois. 

  • VI. Au pôle opposé : gestion des allégations énoncées dans un contexte social suspect

-Ne pas avoir d’a priori et investiguer soigneusement. Il n’est quand-même pas impossible qu’un vrai abus ait eu lieu, même dans ce contexte de grandes tensions conjugales…

-Si les suggestions qui pèsent sur l’enfant apparaissent très probablement mensongères, agir en conséquence en évaluant soigneusement où se trouve le moindre mal (problème posé par l’attachement de l’enfant au parent aliénant)

-Si cela semble plus confus et que le doute s’installe vraiment, face à cette seule   parole d’un tout-petit comme élément de preuve, le moindre mal, ici aussi, et de procéder comme ci-dessus (§ V)

 Aujourd’hui, ce n’est pas toujours ce qui se passe : on renvoie trop souvent ces touts petits purement et simplement d’où ils viennent ou pire, on oblige des reprises de contact, parfois même non protégées, avec les personnes qu’ils accusent. 

Notes

 

1.  Ex. d’un autre ordre, début 2019, enfants de quatre, cinq qui jouent en cour de récréation aux « gilets jaunes » ou en parlent beaucoup, mi-inquiets, mi excités de par ce qu’ils ont vu.

2. Autre exemple banal : le tout-petit qui fait des piqûres à son nounours après la visite pour vaccins chez le docteur, ou qui le met au coin après que lui-même ai été puni…

3. Tout au plus « la maison de Tonton Daniel, ou chez Tonton Daniel, mais déjà là il peut se tromper entre extérieur et intérieur ; ensuite, dire où précisément dans la maison et combien de fois, c’est quasi-impossible : c’est l’acte qui le marque, et pas le contexte….

4. NB A à l’inverse, indicateur ++ de fiabilité : le confident « tombe des nues » lors de la première révélation spontanée, alors que jusqu’alors les contacts avec le suspect se déroulaient sans histoires…

5. , La pédophilie, E. de Becker et J.-Y. Hayez, éditions jésuites, 2018

6.  A partir de 6,7 ans, il faut associer l’enfant au vécu de doute partagé. S’il est plus jeune, inutile de lui faire peur à nouveau et de le culpabiliser en évoquant trop explicitement devant lui le doute des intervenants ; Il suffit qu’il sache que, si l’adulte accusé a fait ce que lui, l’enfant a raconté, cet adulte « n’avait pas le doit, c’était mal de sa part », on va le gronder et le protéger, lui, l’enfant.

7. Appellation en Belgique du juge pour mineurs dans beaucoup d’autres pays

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