Un papa m'écrit ( extraits) 

Je découvre lors d'une nuit de plus à chercher des explications sur le Net, votre site et l'invitation à partager avec vous.
J'ai lu par le passé quantité de théories plus ou moins scientifiques, certaines très réconfortantes ou je pourrais m'engouffrer comme victime d'aliénation parentale, d'autre agressives, mais pas une seule proposant d'en discuter avec l'auteur. Du coup, je me lance (...)

Nous formions une famille sans gros soucis, sans rien de spécial, mais j'y étais heureux et j'ai le sentiment que nous l'étions tous les 3 : ma femme, Laure (11 ans) et moi.
Le premier drame fut le cancer.
Mon ex épouse m'a annoncé un jour suite à une visite médicale être atteinte d'un cancer du côlon (...)
L'époque qui suivit ne fut pas simple, pleine de doutes et de peurs, mais en regardant en arrière, les sentiments était vrais, nobles purs, nous étions soudés dans ces craintes.
Je ne pensais rien connaître de plus difficile que de se montrer fort et confiant alors que j'étais rongé par la peur.
J'ai trouvé refuge en m'investissant dans notre famille.
Etre papa et maman quand celle-ci est hospitalisée, être le confident de l'une, le soutien de l'autre.
Un jour les nouvelles des médecins furent moins alarmantes, l'avenir devenait possible et c'est là que tout a basculé.
2 personnes si soudées dans la lutte, dans un but et un espoir commun sont devenus 2 étrangers, deux ennemis en quelques semaines.
Moi, j'ai enfin cru trouver le moment faire un break dans cette mission « être fort » pour l'autre et gérer le quotidien.
Etrangement, cesser d'être fort, c'est d'un coup d'un seul être faible. Prendre en pleine face les craintes, les doutes que l'on repoussait précédemment.
Pendant un mois, coup de mou, angoisse, passage à vide…pleins de mots pour éviter celui de dépression, car ça c'est pour les autres.
Je croyais avoir le droit à ce passage à vide, trouver en face, le soutien que j'avais moi-même donné pendant plus de 3 ans.
De son côté, mon ex épouse n'a pas supporté cette faiblesse.
La sortie de la maladie lui donnait l'espoir d'une nouvelle vie.
Le spectacle du conjoint qui craque en face lui est apparu insupportable.
Place alors aux mots qui font mal.
J'ai entendu et cela résonne encore dans ma tête « Je ne sais plus te regarder sans penser au cancer, j'ai envie d'une autre vie, de belles choses, de plus que je ne pourrais avoir avec toi »
Je suis resté KO.
Tout cela n'a pris qu'un mois, la suite est pire et n'aura, elle, pris que quelques jours. A la fin de la semaine, une lettre sur la table de la cuisine qui disait, je suis partie, je ne reviendrais plus, la vie avec toi est devenue un enfer, je rêve d'autre chose.
Je découvre alors qu'elle a trouvé refuge un ami commun J'y vais pour embrasser Ma fille, Laure, et je vois qu'elle a peur de son papa : on lui a dit que son papa était devenu fou et dangereux, qu'il fallait maintenant s'en méfier.
J'apprends vite que « l'ami » est bien plus que cela ...
La suite c'est de se voir chez un juge qui décide d'une garde alternée, une semaine chez un, une semaine chez l'autre.
La suite c'est de vivre un enfer, la semaine sans son enfant et de se voir voler la semaine avec par d'innombrables coup de téléphone d'une maman à son enfant ; des coups de téléphones angoissés ou l'on entend à travers le plastique du GSM « J'ai peur quand je sais que tu es avec papa »
La suite c'est que ces angoisses en arrivent à créer chez l'enfant la peur de trahir sa maman en étant avec son papa.
C'est au bout de 4 mois un « je ne veux plus te voir, je dois choisir entre notre bonheur et le tien »
C'est d'en être réduit à demander une procédure pour faire appliquer la garde alternée qui fait de vous « un monstre qui fait mal a maman »
C'est d'en être réduit à essayer d'apercevoir son enfant à la sortie de l'école qui fait de vous un persécuteur.
C'est d'en être réduit à suivre sa fille sur Facebook qui fait de vous un espion.
C'est de n'être papa que le jour du versement de la pension alimentaire.
C'est de recevoir une lettre vous qualifiant de monstre, d'espion et de persécuteur écrite de la main de votre enfant.
Lettre où les fautes d'orthographes ont été corrigées par une écriture que l'on ne connaît que trop bien, celle de la maman ...

Qu'est-ce que j'attends de ce mail ?  Une réponse impossible à une question qui me hante.
J'ai pensé naïvement que les choses s'arrangeraient d'elles même, que le temps rendrait les choses supportables.
Il n'en est rien, voilà un an que je n'ai plus vu ma fille et que la douleur ne diminue pas.
Mes lettres restent sans réponse, la justice propose une médiation que mère et fille refusent.
Les audiences sont reportées, le temps passe ... et avec le temps ce qu'une enfant entend au quotidien devient vrai à ses oreilles.
Dois-je continuer à me battre pour maintenir/renouer ce lien en sachant que ce combat fait de moi aux yeux de mon enfant quelqu'un de plus en plus méprisable ?

Je lui réponds 

Cher monsieur,

N'ayant connaissance que de votre écrit, je ne puis pas me faire une idée précise sur votre lucidité quant à vous-même et donc, sur la pertinence de votre analyse. Comme première alternative, il est possible que vous vous aveugliez sur des facteurs vécus comme négatifs par votre ex-épouse et qui auraient entraîné dans son chef une mise à distance radicale de vous. Ce qui ne justifierait néanmoins pas, sauf faits très graves, l'attitude solidaire de Laure !
Toutefois, l'autre alternative est possible aussi, c'est à dire que vos intuitions et perceptions soient justes, au moins de façon majoritaire.
Alors, en effet, ce qui vous arrive est bien injuste et cruel. On dirait que vous représentez pour votre ex-épouse une époque de souffrance et de proximité de la mort qu'elle veut oublier radicalement, dans une sorte de politique de l'autruche où elle vous entraîne, comme si vous, vous ne pouviez jamais revenir du côté de la vie. Dans cette perspective, votre moment de dépression quand elle est sortie de la maladie l'a probablement effrayé, comme si une fatalité noire devait toujours peser sur votre couple. Et il ne faut évidemment pas sous-estimer la séduction que son compagnon actuel a exercée envers elle.
Mais pourquoi alors a-t-elle voulu vous prendre Laure et pourquoi celle-ci entre-t-elle massivement dans ce jeu ? Je ne sais pas bien ... Est-il possible que, lors de la maladie de sa mère et de votre dépression, Laure ait eu l'impression qu'elle n'avait pas d'importance à vos yeux et que seuls comptait sa mère, puis vous ? En faisant appel à des motivations égocentriques, est-il possible que vous soyez moins « amusant à vivre » que l'autre « famille » ? Cela suffit parfois à détourner d'un parent un enfant ou un ado peu sensible ... S'y ajoute alors la boule de neige paradoxale de l'angoisse et de la culpabilité : le jeune se sent mal de mettre son parent à distance et essaie alors de légitimer son geste, dans une sorte de méthode Coué où il amplifie de plus en plus les défauts de ce parent dont il s'éloigne : ce second processus est très courant ... Le jeune, alors, ne demande qu'à se laisser influencer par les propos négatifs du parent avec qui il vit, mais, contrairement aux thèses de Gardner, je ne prétends pas que ce jeune n'a plus de pensée personnelle ... Il nourrit celle-ci de l'ambiance négative de son entourage du moment.
Y-a-t-il moyen de renouer rapidement avec Laure, qui a déjà quinze ans ? Hélas, je ne vois pas comment : il y a beaucoup de chances, à son âge qu'elle se moque pas mal de n'importe quelle décision judiciaire.
Et à l'amiable ? Disposez-vous encore de l'une ou l'autre voie pour être ne fut-ce qu'entendu par elle ? (Un ami commun, un membre de la famille élargie, etc. ...) Si oui, l'essentiel est que vous vous montriez discrètement mais sûrement présent, sans vous montrer ni trop quémandeur, ni menaçant, ni grossièrement séducteur. Qu'on lui fasse savoir par cette voie, trois, quatre fois par an, que vous l'aimez toujours, que vous l'attendez, que vous ne comprenez pas vraiment ce qui se passe, mais par ailleurs que, si vous la revoyiez, vous ne lui demanderiez aucune explication et ne lui feriez aucun reproche. Demandez de temps en temps de ses nouvelles, à la même fréquence et arrangez-vous pour qu'elle sache que vous en demandez. Envoyez-lui de loin en loin un petit signe, comme une carte d'anniversaire, mais sans pathos ...
Et puis, il vous faut continuer à faire ce que vous faites maintenant, attendre, en espérant que sa maturation progressive amènera plus de raison en elle et lui permettra de nouveau d'exprimer ses sentiments filiaux.

Croyez à mes sentiments distingués.



Mots clé  ALIENATION PARENTALE, syndrome d'aliénation parentale, SAP, Gardner, refus de visite chez un parent ;  parent aliéné ; parent aliénant