Une maman m'écrit : Bonjour, Je viens de parcourir un document de synthèse que vous avez réalisé sur les problèmes d'insomnie chez l'enfant. J'aurais aimé savoir si vous pouviez m'éclairer sur ce sujet. Nous avons deux enfants, un garçon de 7 ans, Martin et une petite fille de 3 ans et demi, Amélie. Amélie a depuis maintenant plusieurs mois, voire depuis sa naissance, un sommeil très irrégulier avec de nombreux réveils nocturnes. J'ai bien lu les différents paramètres à étudier dans votre synthèse. Néanmoins, en essayant de les étudier un par un, je ne trouve pas vraiment de raisons à ces insomnies. Pour le contexte familial, nous sommes une famille socialement normale, nous avons une maison à la campagne et nous sommes très attentifs au rythme de nos enfants et nous avons la chance de pouvoir nous organiser pour les emmener à l'école tous les matins et les récupérer le soir. Le midi, ils mangent toutes les deux chez leurs grands-parents qui accueillent des enfants pour un bon moment de calme et de convivialité, et surtout avec un repas bien équilibré. Pour Amélie, c'est une enfant, comment dire ... on sent qu'elle vit tout à fond, elle est très sensible, pleine de vie, très rigolote. Elle a parlé très tôt et s'exprime très bien. On sent qu'elle a envie de grandir car le matin après une nuit composée de plusieurs réveils, elle nous dit " ce soir, je dors sans réveiller papa et maman". Nous essayons de la déculpabiliser en lui disant que nous lui faisons confiance, qu'elle va y arriver. En journée, nous demandons à la maîtresse si elle la sent fatiguée et l'année dernière en petite section, la maîtresse ne constatait pas de difficultés d'apprentissage, ou de fatigue particulière. On sent que la nuit, elle est un peu angoissée et qu'elle fait des cauchemars, mais comme tout le monde je l'imagine. Par contre, le coucher est dans l'ensemble facile, elle s'endort bien même si elle demande que je reste un peu (je fais attention de partir avant qu'elle ne s'endorme et qu'elle me dise "à demain») Un dernier détail, Amélie et Martin ont tous les deux voulu dormir dans la même chambre. Je crois que cela les rassure. Nous avons été d'accord mais cela nous complique un peu les choses car il est difficile de laisser la petite pleurer pour la laisser trouver son sommeil sans réveiller son grand frère (qui ne se réveille d'ailleurs qu'une fois sur trois!) Par ailleurs, elle veut absolument enlever sa couche mais la dernière fois, nous avons essayé quinze jours et ce fut quinze jours de réveils nocturnes amplifiés! Je préférais qu'elle ait un sommeil plus stable. Mais devons-nous vraiment attendre ? A chaque fois qu'elle se réveille, nous essayons de la recoucher dans le calme en la rassurant (au bout de trois fois, notre calme n'est plus trop apparent ... Enfin, elle grandit très bien, tant au niveau taille que poids ... Voilà mes questions, Devons-nous nous inquiéter ? Nous avons consulté un pédiatre qui nous a conseillé de la coucher plus tôt. Cela n'a pas forcément été d'un grand effet mais nous allons réessayer de la faire avec l'hiver. Que pouvons-nous faire pour l'aider ? Devons-nous consulter ? Est-ce ces insomnies peuvent avoir des répercussions sur sa santé ? Je vous remercie d'avance pour vos réponses et je peux vous apporter les compléments que vous souhaitez. Et je réponds à la maman : Bonjour madame, A la lumière de ce que vous dites, le plus probable, c'est qu'Amélie présente, dans le domaine du sommeil, une sorte d'« immaturité constitutionnelle » qui va aller en s'améliorant avec le temps, mais lentement ... Je crois aussi qu'une sorte de réflexe s'est installé bilatéralement, et qu'elle attend votre arrivée comme condition de son ré endormissement ... peut-être aussi l'anticipation de votre venue est-elle un signal interne qui constitue un coup de pouce pour la réveiller ... mais il n'est pas impossible que cela se passe de la même manière chez vous ... Je ne vois pas d'autre hypothèse plausible à partir de ce que vous écrivez ... Ce que je vous propose: Essayez de vivre le plus possible en vous-même que rien dans tout ce que vous dites ne constitue un problème réellement préoccupant : Amélie n'est pas malheureuse et les progrès psychophysiologiques qu'elle fera sûrement viennent en leur temps ... Donc, côté pipi, lui remettre des couches pendant trois mois, et essayer de voir dans trois mois si « ses muscles sont devenus plus forts ... et peuvent mieux arrêter le pipi » ; faire l'expérience sans couches une semaine et s'adapter sans trop de commentaires ni d'émotions manifestées aux résultats ... jusqu'à ce que ça vienne. Même état d'esprit pour le dodo : par exemple, mettre un petit lit d'appoint dans votre chambre et lui expliquer que c'est pour voir « si elle ne sera pas plus rassurée de vous savoir tous près et donc si elle ne dormira pas plus fort. Et si elle se réveille quand-même, si ça ne l'aidera pas à se rendormir plus vite, parce que vous êtes tout près ... » De toutes façons, lui dire que vous avez aussi besoin de repos et que vous ne ferez rien du tout si son réveil vous réveille ... Sur cette base, si elle se réveille malgré tout les premières nuits, apprendre à faire intégralement le mort ; RIEN, NADA, pas même un soupir ... donnez-vous comme mission de vous rendormir en comptant les moutons, sans vous occuper d'elle ... Dans cette ambiance, son sommeil - ou le vôtre - s'amélioreront ... Pas d'essai de retour avec son grand frère avant six mois ... et procéder alors comme pour le pipi, par tâtonnements jusqu'à ce que ce soit amélioré. Qu'en pensez-vous ? Tenez-moi au courant. La maman me répond: : : Je vous remercie beaucoup pour l'attention que vous avez portée à ma demande. Je suis tout à fait d'accord avec votre analyse. Votre réponse mérite néanmoins une réflexion plus approfondie avec le papa d'Amélie. Je ne suis en effet par sure que nous souhaitions qu'Amélie dorme dans notre chambre. Nous partons en vacances à la Toussaint où elle dormira certainement dans notre chambre, nous essaierons au moins une semaine! Je vous recontacte dès que nous aurons eu un peu de "vrai" temps pour en discuter. Merci encore. A très bientôt, Et je lui réponds : Bonjour madame, Je comprends votre hésitation, celle de votre mari et la vôtre, mais à mon sens, des habitudes se sont trop chronicisées pour qu'elles se modifient via une succession mouvante de « petites » mesures quotidiennes ... Je ne vois d'ailleurs pas bien lesquelles. A un moment donné, l'on peut opter pour du « radical » et de l'inattendu ( comme un séjour dans votre chambre ), pour restaurer la qualité du sommeil de tous ... puis d'ici quelques mois, remettre Amélie parfois dans son lit quand elle dort fort, puis la faire retourner chez elle d'ici une bonne année ... Autre piste que je n'avais pas évoquée, mais ... Une médicamentation transitoire peut aussi rendre le sommeil d'Amélie plus calme et plus profond : en Belgique, nous recourons alors au Théralène ou au Dipipéron ... après trois mois, on en sèvre progressivement l'enfant. Certains recourent néanmoins à une méthode dure, exactement inverse de ma première suggestion. Elle n'a de chances de donner de bons résultats que si les parents sont sûrs de tenir bon, et ont l'impression que la charge anxieuse initiale n'est pas trop forte ( chez l'enfant ... ou l'un des parents ... vous m'aviez laissé entendre que cette condition était remplie ) Dans cette perspective, il faudrait avertir Amélie qu'elle est grande maintenant et que ses parents sont fatigués et ne viendront plus la nuit ... et donc qu'elle doit apprendre à se rendormir seule ... On ne lui répondra pas non plus si elle appelle ( Pas même un soupir ... ), mais elle doit savoir que c'est pour le bien de tous, parce qu'on l'aime, et qu'on est bien là à côté. Demander aussi à Martin de ne pas s'occuper d'Amélie et éventuellement les séparer transitoirement jusqu'à ce qu'Amélie dorme comme une grande fille ... Féliciter et récompenser s'il y a progrès et ne pas faire de commentaires négatifs ou triste si stagnation ou petites protestations initiales. Bon, cette méthode a 66 % de chances de fonctionner s'il n'existe aucun retour en arrière des parents pendant une durée significative ... sauf s'il est manifeste que la détresse de l'enfant va en s'accroissant considérablement ( sur un laps de dix jours par exemple ... ) Mais il ne faut s'engager dans cette voie que quand on est vraiment prêts, homme et femme. Comment savoir si l'on est prêt ? Dialogue de couple et introspection : l'un de vous peut-il avoir fait à propos de la séparation, de l'absence des parents, des expériences pénibles qui pourraient le faire veiller éveillé trop, et rendre insupportable l'idée de laisser l'enfant seul ? Si oui, en parler avec son conjoint et essayer de prendre distance. Au plaisir de vous lire JYH La maman me répond : Bonsoir et merci, Côté médicaments, il est clair que nous essaierons tout avant cela. Du côté introspection, nous expliquons plutôt ce problème de sommeil au fait que nous n’avons pas bien gérer les différents réveils d'Amélie bébé, alors que nous avions plutôt bien réussi avec Martin (en gros, savoir laisser pleurer, pour apprendre à se rendormir seule). Amélie a eu une méningite (virale) à 5 jours. Elle a dû être hospitalisée et nous avons été séparées du coup très tôt pendant quelques jours. Nous avons été très bien accompagnées à l'hôpital. Ensuite, elle a fait de l'eczéma à partir de quatre mois juste au moment où j'ai repris à travailler (bizarre!!!), cela s'est arrêté à 12 mois (c'est une maladie pourtant fréquente, mais moi, cela m'a beaucoup angoissé). Et durant ses deux premières années, elle nous a fait des petites infections respiratoires dans son sommeil parfois. En bref, quand elle pleurait la nuit, j'allais régulièrement l'aider à se calmer et vérifier si tout allait bien (c'est bien moi qui m'inquiétait!) et je pense que c'est tout l'origine de cela (je me trompe peut-être). Je me demande si : "....quelques séances chez un de vos homologue ne permettrait pas de remettre de l'ordre dans son sommeil tout simplement. " La nuit dernière, elle a très bien dormi (cela faisait longtemps), mais elle a eu une journée longue et riche en événements ... A l'école, elle fait une sieste. Est-ce qu'à son âge, faire une sieste peut réduire son besoin de sommeil la nuit ? Je ne sais pas quoi penser sur cette fameuse sieste. Nous avons commencé à parler, je vous tiens au courant. merci encore, Et je lui réponds : Bonsoir madame, Vous expliquez avec beaucoup d'intuition comment un « cercle vicieux » a pu s'installer, sur base de quelques petits hasards somatiques ( la méningite et les fièvres ... ) avec, en plus ce mystère de l'eczéma, souffrance vraiment bio psychosociale, que vous n'avez très probablement pas pu vivre sans un peu de tristesse et de culpabilité. Avec beaucoup d'intuition, vous pouvez vivre très simplement que vous en avez peut-être trop fait et que, comme on le sait l'excès nuit au bien ... Alors, des habitudes se sont installées, pas bien méchantes, mais empoisonnantes au quotidien ... Tenterez-vous la première ou la troisième suggestion que je vous ai faite ? ... à vous de décider, en couple, mais c'est vrai que si vous allez dans le sens de la troisième, quelques séances de psychothérapie faites pour travailler votre sensibilité à vous chez un bon confrère (ou -sœur) peuvent vous aider à vous apaiser Figurez-vous que j'avais fait un lapsus visuel en vous lisant : j'avais voulu lire : « ... quelques séances chez un de vos homologues permettrait de remettre de l'ordre dans MON sommeil tout simplement ... SANS COMMENTAIRES. Bonne réflexion, et très intuitivement, je me réjouis pour vos deux enfants que ce soit chez votre mari et vous que la cigogne les ait apportées. Amicalement P.S. Petit détail, à propos de la sieste, quand l'enfant est quelque peu fatigué en journée, une petite sieste réparatrice ne supprime pas le besoin de sommeil nocturne, au contraire ! La maman me répond : Bonsoir et merci pour votre message, Nous vous tenons au courant de notre décision. Nous hésitons toujours. Mais dans tous les cas, je pense prendre un RV comme je vous l'avais indiqué, sans engager de profonds changements d'organisation. Ensuite, une fois les choses posées avec quelqu'un extérieur qui parlera à Amélie aussi, cela sera plus facile de trouver la solution. Reste que pour trouver un bon professionnel dans un délai pas trop long, c'est de l'ordre de l'impossible. Alors nous patienterons, sans en faire un "drame", comme vous le disiez dans un message précédent. Et pour la sieste, l'école ne veut pas ne pas la faire dormir, question d'organisation! Chez nous, l'école ne s'adapte pas facilement aux différents rythmes des enfants. Merci encore pour l'attention que vous portez à notre discussion! Mots-clés TROUBLES DU SOMMEIL, troubles de l'endormissement, éveils nocturnes, angoisses nocturnes, sommeil difficile, sommeil de l’enfant, insomnie de l’enfant, cauchemar, psychothérapie, psychothérapie des troubles du sommeil, traitement des troubles du sommeil, guidance des parents, guidance parentale