L'IMMATURITÉ AFFECTIVE OEDIPIENNE, OU IMMATURITÉ AFFECTIVE DE TYPE III

 

 

 Au delà de six ans, certains enfants continuent à réaliser leurs pulsions et désirs oedipiens de façon trop crue, trop primitive, trop abondante eu égard à leur âge et aux attentes de leur famille, de leur société et de leur culture.

Plus rarement, on assiste à une régression vers ce mode de fonctionnement, après une phase de maturité. 

Les symptômes sont, pour l'essentiel, la continuation de ceux que nous avons  décrits au chapitre PPe 5 ; ils existent à l'état isolé ou en combinaison :

 

- A l'égard du parent aimé ( ou du substitut de celui-ci, sur qui se déplace cet amour ) séduction ; conduite sensuelle ( beaucoup plus rarement, invitations sexuelles ) ; possessivité, accaparement tyrannique et écartement des autres, par tous les moyens ...

Eventuellement, utilisation de moyens détournés pour prendre le temps ou l'énergie de ce parent : par exemple, en remettre autour d'un problème scolaire ; abuser d'un statut d'enfant malade ; ne pas faire ce qu'il faut pour maîtriser un dysfonctionnement ( par exemple, l'angoisse, les idées de mort, l'énurésie, etc. ...). 

- A l'égard du parent rival ( et des autres rivaux éventuels, notamment dans la fratrie ) jalousie ; contestations ; passages à l'acte agressif ... Le parent rival, parfois, ne sait plus ouvrir la bouche sans que l'enfant ne s'irrite, ne se sente persécuté ... ou alors, l'enfant va toujours se plaindre de ses rivaux au parent aimé, éventuellement trop complaisant. 

- A l'égard de la puissance attribuée à la fonction parentale : l'enfant convoite, épie, fouille dans les tiroirs et les secrets, transgresse pour se sentir l'égal ( ou le supérieur ), conteste ... 

- Narcissisme excessif : vantardises ; mépris des autres, difficulté de décentration de soi et d'empathie. 

- Sexualité génitale jugée trop abondante ou/et trop précoce : nous en reparlerons tout de suite.

 Traitement 

- Une guidance parentale - ou une thérapie familiale - aidera les parents à réfléchir à l'éventuelle dysfonctionnalité de certaines de leurs attitudes ( par exemple, incohérence, toute-puissance protectrice ). Ils le feront, si possible, à la lumière d'une réflexion sur leur propre histoire, qui a aussi été une histoire oedipienne.

Dans le meilleur des cas, ils pourront alors modifier leurs attitudes 

 

- L'enfant sera, lui aussi, écouté et invité à renoncer à ce qui est outrancier chez lui. On le mettra dans des conditions d'environnement telles que l'identification aux aînés et la sublimation de ses pulsions soient facilitées.

       SANTÉ MENTALE ET PATHOLOGIE DE LA SEXUALITÉ

 

Une fois passé l'âge oedipien ( trois-six ans ), l'enfant en bonne santé mentale est moins débordé par ses pulsions, y inclus les sexuelles-génitales ; il apprend à se donner une majorité de plaisirs qui ne sont plus directement sexuels ( sublimations ). Et quand il continue à exercer directement sa sexualité, il apprend à se montrer discret, qu'il s'agisse de masturbation génitale ou de jeux sexuels avec pairs consentants. 

Les déterminants de ces activités, lorsqu'elles sont saines, sont, en tout ou en partie : la simple existence de la pulsion et l'apprentissage du plaisir ; la curiosité ; le besoin de résoudre quelques doutes anxieux rémanents, via " expériences scientifiques " ; la quête de l'identité sexuée ( e.a., à travers comparaison sur les autres ) ; l'imitation des adultes. ; le défi à la bienséance exigée par ceux-ci, la camaraderie et le partage.

Même dans ces conditions de normalité, les pratiques sexuelles de l'enfant peuvent préoccuper exagérément les adultes.

En tout état de cause, il faudra écouter ceux-ci, discuter avec eux du sens de la sexualité, les rassurer, et apaiser aussi l'enfant, troublé ... par toute la mise en place d'adultes autour de lui, thérapeute inclus !

 L'exercice par l'enfant de sa sexualité pourrait par contre préoccuper les adultes à meilleur escient s'il s'avérait que :

 

- Il est par trop absent ( si tant est qu'on le repère ! ) ; la simple évocation de la sexualité en présence de l'enfant a l'air d'être source de beaucoup de gène et de culpabilité. 

- Il est trop abondant et/ou revêt des formes trop précoces ( par exemple, fellations, pénétrations ) aux yeux de la majorité des adultes qui en seraient informés, en référence à leurs normes culturelles. 

- Il se déroule sans plaisir, dans un contexte d'angoisse, de contrainte intérieure ... 

- Ils se déroulent dans un contexte de recherche d'emprise sur l'autre ( souvent par la force physique, plus rarement par la séduction verbale ). 

Dans tous ces cas, il faut vérifier si l'enfant n'a pas été victime d'un traumatisme sexuel ( par exemple, abus, exposition non voulue à la pornographie, ...), ou/et s'il n'est pas porteur d'un conflit intrapsychique dans le champ de la sexualité ( cfr. infra ).

 

Les adultes peuvent aussi se sentir préoccupés à cause de la forme bizarre que revêt la sexualité de l'enfant, sur laquelle ils sont tombés par hasard ( par exemple, travestissement, masturbation anale, zoophilie, sadisme, jeu homosexuel avec un enfant beaucoup plus jeune, etc....).

 Quand on investigue ces situations, sans dramatiser ni sourire a priori, on constate que, souvent, on reste bien dans le registre de la curiosité, et des expérimentations transitoires évoquées en I. Il suffit alors : 

- d'interdire sereinement à l'enfant de le refaire ; 

- d'être davantage présents dans sa vie, et sur un mode positif ; 

- de mieux s'occuper des sources de plaisir socialisé, d'occupations d'énergie qui existent dans sa vie.

Cependant, moins souvent, ces formes bizarres, non culturellement convenues, des manifestations sexuelles " signent bel et bien " qu'une perversion sexuelle commence à s'inscrire dans le psychisme de l'enfant ( CFTMEA R-2000 : 7.51. Troubles de la préférence sexuelle ).

Les indicateurs plutôt préoccupants dans cette direction sont : le caractère étroitement répétitif de l'acte, l'égocentrisme total qui l'entoure, la quantité de jouissance érotique rencontrée, la jouissance à se sentir hors normes ...

Pour une information complète de ces manifestations sexuelles chez l'enfant et la réponse qu'elles requièrent, je vous invite à lire le dosssier thématique:

 Vie sexuelle de l'enfant et de l'adolescent; développement de la sexualité; sexualité consentie

 

NEVROSE OU TROUBLE NEVROTIQUE

Pathogénie : une description du processus névrotique

 

A - Porteur de ses désirs œdipiens, l'enfant pressent que ceux-ci - ou une partie de ceux-ci - sont conflictuels, c'est-à-dire contraires à ce que veulent d'autres Instances en lui. 

  • Désirs œdipiens ? posséder amoureusement un de ses parents : « moucher » ses frères et sœurs ; être plus compétent, plus brillant que ses parents ; être le maitre de la vie ; avoir les deux sexes, le plus beau corps du monde ; connaître les secrets des parents ; jouir de son corps sexuel, etc… 
  • Pressent " ? Parfois, il se le représente clairement mentalement (" Ce n'est pas bien de me masturber ... de fouiller dans les tiroirs de ma mère ... d'insulter mon père ...") ; parfois c'est plus confus, plus intuitif, à partir de malaises éprouvés. 
  • Sur quoi porte la contradiction " ?

 - Souvent, elle concerne d'une part tel ou tel désir ... et de l'autre, ce que les psychanalystes appellent le " Sur-Moi " ; le Sur-Moi, c'est une assignation sociale (ordre ou interdiction) qui a été introjectée (inscrite comme un impératif dans le psychisme), à partir d'expériences relationnelles concrètes. Ce conflit est paradigmatique et nous ne développerons que lui dans la suite de notre raisonnement.

Mais il existe, un peu moins souvent, d'autres types de conflits : par exemple, entre des catégories de désirs eux-mêmes (par exemple " aimer comme un conquérant indomptable, ou être aimé dans la dépendance, comme un gros bébé ! ") ... ou encore, entre des assignations sociales elles-mêmes (ce qui est introjecté à partir de relations vécues avec papa, contre celles vécues avec maman ...ou avec le groupe de pairs).

 

B - Alors, quand l'enfant se représente mentalement son désir conflictuel ... qu'il a la velléité de le réaliser ... ou/et qu'il le réalise quand-même vraiment ... il fait, tout de suite après ou après délai, une expérience d'angoisse et il éprouve également un sentiment de culpabilité : malaise physique, idées d'autodépréciation (" Je suis mauvais ") et autres idées annexes (" Je dois me punir ; on va le savoir et me punir ou/et ne plus m'aimer ").

 

C - L'enfant en voie de névrotisation refoule alors, le plus énergiquement qu'il peut, le(s) désir(s) conflictuel(s) qui le gêne(nt) le plus : il ne sait donc plus, consciemment, qu'il avait envie de ... Et du coup. il refoule aussi les idées d'anxiété et de culpabilité qui étaient le plus centralement  à ses envies mentales ou à ses velléités de réaliser son désir interdit.

Dans les cas les plus graves, c'est presque tout son dynamisme vital que l'enfant évalue comme mauvais et il en refoule de larges parties, se condamnant de la sorte à une forte passivité ou, tout au plus, à être un exécutant perpétuel et dans l’ombre  du désir des autres. 

D - Complémentairement à cette manœuvre, et inconstamment, l'enfant peut régresser et manifester à nouveau des désirs et manières d'être typiques de phases précédentes du développement, et qu'il avait plus ou moins désinvesties au fil du temps : 

Par exemple : demander à nouveau à être aimé comme un bébé ; perdre certains acquis, redevenir dépendant ; sucer à nouveau son pouce, ou se redonner des " joies " sphinctériennes, plutôt qu'oser se masturber, etc.

Par exemple : cultiver à nouveau des affrontements de puissance, comme les immatures affectifs type enfants-rois, plutôt que de se laisser aller à désirer amoureusement sa mère ...

 

E - Le refoulement de ses désirs « auto-interdits » et celui, simultané des idées d'angoisse et de culpabilité liés au conflit, subit par la suite un destin des plus variables. On peut énoncer à ce propos les deux grands principes que voici : 

- S'il est vrai qu'il porte sur deux catégories d'Instances, les désirs et les idées          d'angoisse-culpabilité, le sort ultérieur du refoulement n'est pas ipso facto identique pour chacune de ces deux catégories ; des hiatus sont monnaie courante.

- Le destin du refoulement se situe sur un continuum à un extrême, il réussit totalement ... à l'autre, il échoue largement et, en quelque sorte, doit toujours recommencer son travail. Entre les deux, quelque chose lui échappe de ce qu'il tente de contenir…il apparaît un symptôme comportemental ou psychosomatique inattendu, car ce " retour à la surface " se fait sous forme déguisée : on peut alors parler indifféremment d'un succès mitigé ou d'un demi-échec ...

 

F - En combinant ces deux constatations-clé, les différentes cases du tableau II donnent une idée des principales catégories combinatoires possibles : 

 

 

Tableau II : Destins du refoulement et catégories de fonctionnement névrotique

 

G - Description des cases du tableau II : les principaux fonctionnements névrotiques résultant du refoulement

 

1°). Dans la case I, le refoulement des désirs œdipiens conflictuels est totalement réussi, et celui des pensées et images d'anxiété et de culpabilité que généraient ces désirs l'est également. Peut-être les désirs refoulés restent-ils bien vivants et opérants, toujours en conflit avec d'autres Voix Intérieures, mais ça se passe dans le psychisme inconscient de l'enfant ... Peut-être aussi, parfois, s'étiolent-ils et meurent-ils au fil du temps, ce qui contribuerait d'ailleurs à expliquer la non-résurgence de l'angoisse et de la culpabilité.

 

  1. a) Si le refoulement portait sur un large secteur du dynamisme vital, l'enfant ne prend plus guère d'initiatives, et devient la copie conforme de ce qu'il croit qu'exige son Sur-Moi, çad ses assignations sociales intériorisées. Par ailleurs, il ne connaît guère d'angoisses - du moins celles liées à ses désirs refoulés - ni de culpabilité : ce qu'il pense et fait a l'air " ego syntone ", assumé par lui et non générateur d'autodépréciation. On désigne parfois ce fonctionnement sous le vocable névrose de caractère

 

  1. b) Le refoulement peut également être plus ciblé, et avoir pour conséquence une inhibition dans un domaine précis: l'enfant se sent incapable de faire la chose attendue par autrui (voire même voulue par lui ... mais cette " volonté personnelle " est comme théorique lointaine, dés-affectée).

 

Par exemple, enfants qui refoulent leur agressivité et se montrent incapables de se battre, même quand ils sont menacés ... enfants qui refoulent leur désir de savoir, et se montrent passifs et comme incapables face à la matière scolaire ... plus tard dans la vie, inhibitions de la capacité sexuelle (impuissance, éjaculation précoce ou frigidité), etc.

 

N.B. Paradoxalement, la perception par l'enfant de ses inhibitions - analysées comme telles ou non - et des incapacités qui en résultent, ne le laisse pas toujours indifférent même si, d'une certaine manière, il les a programmées lui-même parce qu'il les ressentait comme " le moindre mal ". Elles peuvent être à l'origine d'une auto-dévalorisation ... et même d'angoisses nouvelles, générées par son intelligence ou/et son imagination, parce qu'il pense qu'on va lui en reprocher l'existence !

 

2°). Dans la case II, malgré que l'enfant refoule puissamment tous les désirs qu'il ressent conflictuels, il est quand même habité occasionnellement, voire envahi, d'idées d'angoisse et de culpabilité liées au conflit et qui, elles, n'ont pas pu rester refoulées.

Les idées anxieuses qui reviennent à la surface sont rarement très clairement l'expression du conflit central refoulé ; bien souvent, il existe des " déformations " dans la thématique anxieuse : les " rejetons anxieux " qui effraient l'enfant ont l'air bien lointains par rapport à ses idées anxieuses les plus centrales. 

Par exemple : phobie d'un animal, qui n'a apparemment rien à voir avec l'agressivité conflictuelle, ou avec le désir incestueux bien refoulé. 

Pour la culpabilité, les déformations possibles sont moins évidentes ; l'enfant se sent bel et bien coupable pour des velléités de comportement, voire de pensées en rapport [1]avec ses désirs jugés maudits, mais ici la culpabilité vécue est cruelle, disproportionnée à l'acte commis : il imagine qu'il pourrait aller en prison pour l'ombre d'une pensée impertinente ... qui vise celui avec qui il est en rivalité ! ... ou pour avoir regardé son sexe d'un peu près ...

Les fonctionnements névrotiques ici concernés seront appelée, selon les cas : névrose d'angoisse  (angoisses diffuses, fréquentes, irrationnelles) ; névrose phobique (focalisation de l'angoisse, intense, sur un thème précis).

 

3°). Nous parlerons ensuite de la case IV, car la III est d'occurrence bien improbable :

 

  1. a) Lorsque le désir œdipien d'abord censuré reste bien vivant dans le psychisme inconscient de l'enfant, celui-ci, peut rester intéressé à le réaliser quand-même. Cédant partiellement à la pression qu'il ressent, il va donner suite à son désir, mais sous une forme involontairement travestie, pas évidente à décoder, sinon en spéculant sur son symbolisme. Il n'en tire d'ailleurs qu'un plaisir mitigé : en quelque sorte, il a fait un " compromis névrotique " ... avec lui-même.

Cette réexpression, travestie du désir peut se faire dans les rêves et les productions imaginaires conscientes (fantasmes, dessins, jeux ...). Par exemple, un personnage y réalise des exploits, mais (très) loin de l'objet réellement désiré ... au terme de complications parfois très ardues ... avec coexistence de thématiques anxieuses et de culpabilité.

 

Elle peut se faire également à travers certaines pensées de l'enfant, certains de ses comportements, des dysfonctions somatiques, des troubles apparemment cognitifs et instrumentaux : l'expression " symptômes névrotiques ", dans son acceptation stricte, renvoie à tous ces comportements et dysfonctions, de présentation le plus souvent incongrue, dont on pense qu'ils montrent quelque chose des désirs de l'enfant, mais bien déguisés, et qui ne sont pas reconnus par celui-ci comme volontairement programmés. « je ne l’ai pas fait exprès », dit-il sincèrement, « Et je ne sais pas pourquoi » 

Par exemple : certains types d'énurésie (surtout secondaire), ou d'encoprésie, ou de tics ... 

Ces symptômes expriment quelque chose du désir censuré, mais sont en même temps chargés d'angoisse, de culpabilité et de punition : les contraires sont en eux. 

Une "conversion" somatique qui paralyse un membre, par exemple, ça " dit " l'usage agressif ou érotique que l'on pourrait faire de ce membre, mais en même temps, quelle négation ! Quelle charge d'angoisse et de punition n'y est-elle pas portée aussi !

 

  1. b) Le retour d'angoisses et de culpabilité a lieu lors de la production du symptôme, mais déborde largement celui-ci. Les idées anxieuses qui refont surface sont souvent déformées par rapport aux idées centrales liées au conflit. Elles se manifestent en partie à elles toutes seules, isolément, comme dissociées des moments de réalisation du désir : angoisses d'endormissement ; évitements de la vie sociale ; culpabilité et impression d'être mauvais pour mille peccadilles. Chez l'enfant, les névroses qui s'en suivent sont souvent atypiques par rapport aux grandes vignettes décrites en pathologie adulte. La névrose obsessionnelle[2] prend place ici également.

 

4°). Dans la case VI, le désir œdipien conflictuel ne parvient pas à être refoulé. Il s'exprime donc clairement[3], en direction de son objet premier. Presque par définition cependant, puisqu'il y a conflictualité, l'enfant ne programme pas paisiblement la réalisation en retour de ce désir : soit il cède à une impulsion violente, en un passage à l'acte plus ou moins irrésistible qu'il se reprochera par la suite ... soit il cède au terme d'une longue lutte intérieure : il se représente d'abord vaguement la chose interdite, essaie d'y résister, commence à y céder " dans sa tête " avec déjà angoisse et culpabilité, puis finit par perdre son combat intérieur ...

Impulsion violente ou non, il se condamne à connaître l'angoisse et la culpabilité, soit au moment même où il se représente ou réalise son désir, soit en décalage ( par exemple, la nuit, dans des cauchemars ). Les idées anxieuses, surtout elles, sont souvent transformées par rapport au conflit central ( par exemple, " un voleur va venir me kidnapper ..."). 

Le non-refoulement du désir revêt lui-même bien des nuances : 

- Parfois, c'est seulement dans le rêve ou la fantasmatisation que le désir se dit clairement casser la figure à son père ou à des personnages autoritaires ... faire l'amour avec un(e) adulte ...

- Dans la vie quotidienne aussi, occasionnellement, certains enfants ne peuvent pas s'empêcher de réaliser un désir que leurs assignations sociales estiment mauvais, et qu'ils " se feront payer " par la suite ( jeu sexuel ... affrontement d'un parent ... laisser aller d'une tendance incestueuse ... séduction outrancière, pour emballer l'adulte et l'avoir sous la main ).

Lorsque ce phénomène, quantitativement, prend des proportions abondantes, avec beaucoup de moments dissociés de culpabilité et d'angoisse, on se trouve dans le registre de l’hystérie.

Lorsque l'acte que constitue la réalisation du désir est clairement antisocial, souvent à fréquence espacé, on parle de délinquance névrotique. 

5°) Les différentes cases du tableau II ne constituent cependant que des pôles théoriques, destinés à faciliter notre réflexion. Sur le terrain, les fonctionnements sont parfois plus intermédiaires.

 

6° - En outre, l'enfant qui se perçoit dysfonctionner peut assez souvent se déprimer (insatisfaction de soi et peur du retrait de l'amour des autres) : une vague de symptômes dépressifs se superpose aux signes névrotiques. Lorsque ce vécu dépressif est abondant et de longue durée, le CFTMEA R-2000 parlera de : 2.5 : dépression névrotique.

 

7° - Paradoxalement, certains signes et symptômes névrotiques, s'ils mécontentent l'entourage, donnent cependant à l'enfant l'impression qu'il est plus fort que tous, ou qu'il attire sur lui l'attention de l'adulte aimé, même si c'est au titre d' " enfant raté ". Alors il ne travaille plus guère mentalement pour modifier ses idées ... mais en même temps, il a l'impression d'obtenir un résultat interdit malgré qu'il s'est efforcé de censurer ses désirs œdipiens : cercle vicieux infernal, souvent générateur d'encore plus d'angoisse et de culpabilité.

 

8° - Des événements déclenchants peuvent provoquer le dépassement d'expressivité clinique ou/et l'exacerbation de la symptomatologie névrotique. Ce sont des événements où l'enfant a eu l'occasion, fortuite ou voulue par lui, de réaliser son désir conflictuel (par exemple, un jeu sexuel). Ce sont aussi des événements qu'il interprète erronément comme des preuves de la puissance mauvaise qu'il aurait en lui (par exemple, la mort accidentelle d'un frère rival). Ce sont encore des événements qu'il interprète, à un moment donné de sa vie, comme des signes d'une punition qu'il aurait méritée ( par exemple, le fait d'être déjà énurétique - suite à une immaturité organique - finit par être " lu " par l'enfant comme preuve de punition ) : tout ceci fait gronder davantage la Voix Intérieure des assignations sociales interdictrices, ou/et leur donne plus de poids.

Mais l'inverse est vrai également : des événements positifs (réussir quelque chose ... plaire) peuvent finir par rassurer l'enfant sur la valeur de ses désirs. Complémentairement, au fur et à mesure du grandissement, beaucoup d'enfants - mais, hélas, pas les plus névrosés- mettent spontanément de l'ordre dans leurs idées, et relativisent donc la " valeur réelle " des assignations sociales introjectées plus tôt dans leur enfance. 

Signes cliniques d'un fonctionnement névrotique

Pris isolément, chacun des indicateurs que nous allons énumérer pourrait avoir une autre signification qu'exprimer un mécanisme névrotique. La probabilité d'existence de celui-ci est d'autant plus forte qu'il y a sommation et articulations logiques entre les indicateurs.

 

A - Signes qu'un désir œdipien, même vécu comme conflictuel, ne se laisse pas refouler ou ne  le reste pas : 

1°). Ces signes sont inconstants, en voici quelques exemples : 

  • A certains moments, l'enfant peut se montrer très possessif, séducteur ... ou en rivalité haineuse ... avec l'un ou l'autre membre de la famille. C'est le cas, notamment, chez les enfants hystériques, souvent [4] très bruyants pour afficher leurs désirs de séduction ou/et de domination.
  • Tel autre réalise sa sexualité génitale, dans l'auto-érotisme ou/et dans des jeux voire des agressions sexuelles qui ne le satisfont que très brièvement ou pas du tout.
  • Parfois, sur fond de conformisme, l'enfant laisse exploser, de loin en loin, une décharge pulsionnelle inattendue : colère impressionnante contre son rival, agression sexuelle d'autrui ... Parfois, c'est un acte antisocial ( vol, par exemple ), au travers duquel on sent sa volonté de s'emparer de la puissance de ses parents ou de la génération des adultes. 

2°). Plus que l'acte lui-même, c'est l'ambiance de celui-ci qui est indicatrice de névrose : 

  • Même au moment où le désir se réalise, c'est souvent dans un contexte tendu, crispé, maladroit, déjà entaché par l'insécurité, l'impression de mal faire ...

D'ailleurs, il n'est pas si rare que ce désir se réalise en secret ( activité sexuelle ... acte antisocial, etc. ).

  • Il n'est pas rare non plus que la réalisation de désir ait une allure impulsive, comme explosive, survenant chez un enfant habituellement très retenu ... ailleurs, il y a eu une ( longue ) lutte intérieure, avec montée d'angoisse, le passage à l'acte ne satisfait que très momentanément l'enfant ... très vite ( voire immédiatement ) sa culpabilité réapparaît. 

B - Les signes régressifs 

Ils sont inconstants : par exemple, se coller à un parent comme un bébé incompétent et geignard, contester bruyamment et perpétuellement. Et ceci, toujours dans une ambiance d'insatisfaction de soi, qui donne aux comportements une allure désordonnée, avec alternance (par exemple, moment régressif ... puis l'enfant redevient plus sage, " écrase ", vient demander pardon ... puis nouvelle irruption de désirs ...). 

C - L'angoisse 

1°). Sauf dans ce que nous avons appelé les " névroses de caractère ", l'angoisse est un indicateur systématique de la névrose.

Elle surgit un peu avant, pendant et après que l'enfant ne réalise ce qu’il croit être interdit : alors la thématique anxieuse concerne directement la rétorsion pour l’acte interdit - difficile, d'ailleurs, de dissocier angoisse et culpabilité -, et elle est souvent disproportionnée à la gravité - parfois purement imaginaire - de l'acte.

2°). Mais elle peut surgir aussi à des moments décalés, sous forme de " rejetons transformés " où, à première vue, les thèmes n'ont rien à voir avec les conflits les plus centraux : Par exemple :

 

  • Peurs de réaliser toutes sortes de performances sociales ; peur d'affronter les autres ; anxiété de séparation et/ou phobie scolaire.
  • Idées d'agressions imaginaires (" Le voleur derrière le rideau de la chambre ") ; idées de punitions cruelles pour les petites bêtises commises ; cauchemars ...
  • " Phobies " stricto sensu : peurs intenses portant ici, par déplacements successifs, sur des situations ou des objets phobogènes en réalité inoffensifs.
  • Chez l'enfant, bien des somatisations peu typiques expriment surtout des vécus anxieux. Elles s'accompagnent ou non d'une nosophobie de l'organe dysfonctionnel (par exemple, algie dans une jambe + peur qu'elle n'ait un cancer). L'ensemble " somatisation + nosophobie " ou un seul de ces deux éléments, exprime souvent une angoisse névrotique (" J’ai abîmé une partie de mon corps à cause de mes désirs interdits ") une culpabilité (" Une Instance mystérieuse est occupée à me punir "). 

D - La culpabilité (largement) irrationnelle 

 Est visée ici l'existence d'une culpabilité irrationnelle : toute culpabilité n'est pas ipso facto névrotique ! Est névrotique, celle que l'on vit à propos du simple fait de désirer, de penser " autrement " ... ou à propos d'actes involontaires ... ou d'actes qui n'ont dérangé que les assignations sociales du sujet, sans qu'il y ait eu transgression des grandes Lois humaines qui interdisent meurtre et inceste.

 Signes : 

  • L'enfant se vit et se déclare " mauvais, méchant ", diffusément ou à partir d'une pensée ou d'un acte précis ; il en éprouve concomitamment un malaise physique, difficilement définissable, lie à la honte, à l'angoisse, à l'impression d'être indigne de l'amour et de l'estime d'autrui.
  • II peut s'accuser rapidement, exagérer la gravité de sa faute, demander pardon, procéder des conduites expiatoires, secrètes ou manifestes.
  • II peut encore provoquer inconsciemment la punition d'autrui (" signer " sa transgression) ou s'auto punir (s’agresser par l'acte transgresseur ou peu après celui-ci ; s'arranger pour ne pas jouir de sa transgression) : sur des deux dernières intentions, on ne peut cependant que spéculer, à partir d'événements répétitifs. 

E - Signes du refoulement des désirs 

1°) Case I du tableau II 

  • Cas de gravité moyenne : Enfant conformiste, docile, sans initiatives, pur exécutant de ce qu'on lui demande ... sans être cependant ipso facto immergé dans la dépendance et la recherche de maternage, comme dans l'immaturité effective « bébé ».
  • Dans d'autres cas, encore plus graves, l'enfant ne s'efforce même plus de satisfaire autrui : improductivité totale (ni pour son plaisir - ne connaît plus - ni même pour prendre la place que les autres lui assignent : il ne s'en sent pas capable) ; passivité, ou tout au plus quelques activités stéréotypées ; mauvaise image de soi sous-jacente (autodépréciation ...). 

2°) Case II du tableau II : Enfant conformiste, toujours désireux de satisfaire l'autre, mais ayant l'impression de ne pas en faire assez, de toujours rater ce qu'on lui demande ou/et d'être mauvais ... envahi alors par l'angoisse et la culpabilité, et autour de ses " fautes ", à des moments décalés. 

3°)  Case I ou II du Tableau II : Inhibitions plus sectorisées : inattendues, juste au moment de produire une performance ( l'enfant, regardé par autrui, ne peut pas ... l'enfant, en classe, ne sait plus faire part de la leçon connaît, ou en fait une reproduction ratée, vide de sens ...), plus chroniques ( incapacité à mémoriser tel comportement ... incapacité à assimiler un mécanisme d'apprentissage ... à retenir une information riche de sens ...) ou répétitives (incapacité à réussir la rencontre avec l'autre ; incapacité sexuelle ...). 

4°) Entre la case II (beaucoup) et la case VI (un peu) : Enfant perpétuellement velléitaire : essaie indéfiniment de montrer sa bonne volonté, sa compétence, la justesse de ses opinions mais " à côté de la plaque " ou/et incapable de persévérer ou/et provoque une catastrophe, dont on peut spéculer qu'elle est la conséquence de l'angoisse extrême qu'il s'est fait revivre et de la montée de sa culpabilité ( avec quand même une " pointe " de réalisation de désir : par exemple, abîmer les outils de son père en essayant de bricoler ) : ici, on parle parfois de " névrose d'échec ". 

F - Signes d'un retour travesti des désirs refoulés 

Pour rappel, cette expression comme masquée des désirs refoulés est un des signes les plus typiques de la névrose. Elle s'accompagne souvent et immédiatement d'une charge d'angoisse et de culpabilité qui est " accrochée au ...", " condensée sur " les mêmes signes. Ces signes peuvent être de trois grands types : 

1°). Dysfonctions somatiques

Par exemple :

- énurésie, surtout si elle est secondaire ;

Ceci ne veut pas dire que toutes les énurésies ont pour signification de constituer des symptômes névrotiques !

On peut raisonner de même pour les exemples qui suivent :

- encoprésie ;

- tics, moteurs ou/et vocaux, isolés ou multiples, à schéma simple ou complexe ;

- conversions somatiques : atteintes essentiellement de l'appareil locomoteur ou sensoriel, avec une localisation fonctionnelle plutôt qu'anatomique, et un symbolisme sur lequel est aisé de spéculer ... Paralysie plus souvent qu'hyperfonctionnement (agitation ; algies ; espèces de tics) ...

Elles sont souvent significatives d'un fonctionnement hystérique  ... MAIS seulement 10 à 20 % des enfants à structure hystérique ont des symptômes de conversion, qui s'ajoutent aux autres signes. 

2°). Bizarreries du comportement quotidien : 

Par exemple : 

- Nombres " d'actes manques ", oublis, maladresses, qu'il est impossible de répertorier de façon détaillée.

- Obsessions et compulsions. Les obsessions (0) sont des pensées, des images ou/et des impulsions mentales pressantes et parasites ; certaines d'entre-elles expriment de façon à peine détournée le désir interdit (par exemple, penser à une chose obscène) ; pour d'autres, c'est plus lointain (par exemple, répéter longuement les tables de multiplication). Les compulsions (C) sont, soit des réponses - mentales ou agies - qui veulent conjurer les obsessions, soit des actes que le sujet se sent contraint de remplir selon des règles tyranniques (par exemple, certains rituels).

Beaucoup de ces 0 et C sont secrètes ; quelques-unes sont visibles (rituels), voire engagent toute la famille (par exemple, vérification obligée de quelque chose chez un parent ...). Parmi les obsessions, il faut ranger les doutes et scrupules, les questions métaphysiques indéfiniment ruminées sans réponse rassurante.

 

Même raisonnement qu'à propos de l'énurésie : la présence d'obsessions et de compulsions ne signifie pas ipso facto que l'enfant souffre d'une névrose (ici, obsessionnelle). Parfois, ce sont des mécanismes cognitifs qui tentent vaille que vaille de conjurer des angoisses non-névrotiques.

Dans les deux alternatives, on peut faire l'hypothèse qu'existe une prédisposition cérébrale. 

- Certaines " habitudes nerveuses " : masturbation compulsive ... trichotillomanie, etc. ... 

3°). Atteintes du fonctionnement intellectuel 

Nous avons déjà dit que le fonctionnement névrotique pouvait entraîner l'inhibition de l'acquisition ou du fonctionnement de mécanismes d'apprentissages, ou celle de l'utilisation d'informations chargées de sens.

Il peut entraîner aussi des incongruités inattendues dans l'acquisition ou la restitution du savoir ou/et des mécanismes d'apprentissage : " fautes " et habitudes bizarres, chargés de symbolisme et dont l'expression est plus irrégulière que lorsqu'il y a lacune cognitive ou instrumentale (par exemple, enfant qui " oublie " parfois de mettre des "s" ... ce qui, dans sa subjectivité à lui, a un fort rapport avec la signification affective du pluriel dans la fratrie ...). 

G - L'enfant est assez souvent déprimé

parce qu'il perçoit son comportement dysfonctionnel et/ou l'irritation de son entourage et parce qu'il se représente mentalement comme un raté ou/et un méchant, menacé de perte d'amour et de rétorsions diverses. 

H - Il est rare que la réaction de l'entourage soit neutre

. Assez souvent : incohérence dans la prise en charge des symptômes ; mélange de dévalorisation (" Tu es moins performant que les autres ") et d'hyper investissement (" Je dois beaucoup m'occuper de toi ... tu es le handicapé de la famille "). 

 Regroupement des signes en quelques grands syndromes névrotiques 

Les plus fréquents de ceux-ci sont plus atypiques que les quatre formes paradigmatiques décrites en psychiatrie adulte dans les pays francophones. Les mécanismes qui y opèrent concernent les cases I, II et la case IV du tableau II. 

 Le traitement 

A - Pour l'enfant 

  • Psychothérapie individuelle d'inspiration psychanalytique ; si celle-ci n'est pas accessible ou/et que l'enfant n'est pas motivé, thérapie de soutien.

Pour l'essentiel, à travers l'attention et l'écoute qui lui sont prodiguées, il s'agit de montrer à l'enfant que les grands désirs dont il est porteur, et qu'il finit par dire ou/et montrer dans ses productions, font bien partie de l'ordre humain : s'il voulait gérer sa vie et ses relations comme il le désire, il resterait bien un petit humain, unique, digne d'amour et d'estime.

Quant à ce qui est interdit, il l'a excessivement compris tout seul et il en exagère plutôt la portée : il s'agit donc parfois de l'aidera relativiser les interdictions qu'il se donne, et aussi de l'aider à trouver des voies socialement acceptables par lesquelles ses désirs peuvent se réaliser ... ;

 

  • Corollairement, on veillera encore à : sa valorisation ; l'accueil bienveillant de ses projets et opinions personnelles ; une information quant à ses symptômes et à son degré de responsabilité par rapport ceux-ci ; des encouragements à se socialiser à  la mesure de ses forces ; un apprentissage du deuil ( renoncer à être un être humain parfait… et ne pas surencombré autrui avec ses handicaps ). 
  • Psychomotricité, connexe ou préalable, pour certains enfants très mal dans leur corps ( névroses d'échec ) ou qui recourent trop à la rumination intellectuelle ( obsessionnels ). 
  • Rééducations instrumentales ou réorientation scolaire si dysfonctionnements intellectuels ... mais sans pression sur la réussite, puisque l'enfant n'a pas immédiatement prise sur son symptôme : miser plutôt sur la valorisation via la rééducation. 
  • Médicamentation symptomatique éventuelle.

 

B - Pour les parents 

  • Objectifs principaux  :

 

  • Valorisation " douce " du droit de l'enfant à avoir ses projets et désirs personnels
  • Intelligence progressive des éventuelles contradictions existant à l'intérieur des attentes dirigées vers l'enfant.
  • Attitude sereine face aux signes et symptômes névrotiques : ni insulte et rejet, ni hyper protection et autres bénéfices secondaires.

Parfois une guidance parentale suffit  améliorer ces paramètres. Plus rarement, et pour peu qu'il l'accepte, un parent peut bénéficier d'une psychothérapie individuelle personnelle. Certaines questions peuvent également se discuter lors de psychothérapies familiales 

  • Dans les cas les plus graves, séparation parents-enfant, et fréquentation par celui-ci d'un service résidentiel, voire d'un hôpital K.  

 

 NOTES 

 

[1]   Ce rapport est intuitif, obscur, puisque le plus clair du désir est refoulé ... mais l'enfant en devine quand même quelque chose. 

[2]   Ce n’est plus la mode aujourd’hui de parle de névrose obsessionnelle…on parle de TOCs, en en faisant des phénomènes purement cérébraux…Voire ! sans nier une possibles sensibilité cérébrale, on y trouve toujours la signification de compromis face à un conflit interne…quand on veut bien se donner la peine de chercher. 

[3]   Clairement ? Parfois, il s'agit d'une manifestation très directe d'agressivité, d'amour ou/et de sexualité. Parfois, comme nous l'avons signalé en étudiant l'immaturité, la forme est plus détournée mais ici, l'enfant fait usage de son intelligence pour mieux " emballer " l'autre. Par exemple, il abuse de son statut de malade pour avoir toute l'attention ... Ce n'est pas la même chose que le travestissement du désir (case IV), où l'enfant cherche d'abord et avant tout à s'échapper à soi-même, en donnant à son désir une forme peu lisible, souvent symbolique ... 

[4]   Souvent mais pas toujours : les plus intelligents et les plus forts d'entre eux peuvent ne pas se laisser déborder par leurs désirs, et travailler à donner à la réalisation de ceux-ci une forme intelligente, subtile, détournée : par exemple, " pièges " tendus à l'autre par leur volonté de domination, comme on le voit chez les adultes ... On le voit chez certaines jeunes anorexiques précoces qui " minent ", avec pseudo-indifférence, le chemin de celui qui veut les aider.