§ I. Comment les sociétés se représentent la maltraitance et y réagissent

I. L'état des lieux et le malaise qu'il suscite 



Depuis le milieu des années 1960, l'Europe occidentale a pris en compte officiellement la maltraitance physique, morale ou sexuelle dirigée contre les enfants et l'a considérée assez rapidement comme une intolérable figure de l'horreur, du Mal ou du déséquilibre mental.

Du moins en est-il ainsi au sein des représentations et des valeurs sociales officielles, car par ailleurs l'instrumentalisation de l'enfant dans la société de consommation ainsi que son exploitation dans le monde continuent plus que jamais. Nous, les bons occidentaux, nous ne sommes pas prêts à offrir la dîme pour réduire significativement la mortalité et les autres souffrances infantiles dans le monde.

Quoique essaient de dire différemment psychologues et sociologues, on continue largement à se représenter la maltraitance comme un problème qui se joue à deux : « Il y a des bourreaux, malades, pervers, mauvais et il y a des victimes innocentes ». Il faut sanctionner les premiers et protéger les secondes de l'extérieur.

Les sociétés ont donc imaginé d'opposer à ce qu'elles voyaient comme « Pouvoir du mal » un rapport de force, un contre-pouvoir via le repérage et le quadrillage sociaux et via la répression. Cette figure du bras armé occupe plus les images et les investissements de la société que le désir d'aide ( des victimes, des auteurs et de leurs systèmes de vie ) : obligation de signalement à des agences d'Etat ou de dénonciation à la Justice pénale, centralisation d'Etat des informations sans aucune garantie de confidentialité, etc.

Pourquoi avoir voulu institutionnaliser un tel rapport de force ?
Des milliers d'autres délits passent tous les jours sous les yeux de la communauté et la pression d'Etat à la délation n'a d'équivalent que là où le sang coule de façon significative ! Sang et sperme, liquides vraiment intolérables ?? Peut-être le délinquant sexuel, qui ne contrôle plus ses pulsions là où Monsieur-tout-le-monde a parfois bien de la peine inavouée à les contrôler, reste-t-il perçu comme un épouvantail, un bouc-émissaire de rêve ? Le délinquant en col blanc, lui, pille et détruit les biens de la communauté mais dans la plus grande discrétion, sans se mettre tout nu.
Sans doute aimons-nous sincèrement nos enfants, que nous vivons comme vulnérables, et ne voulons-nous pas qu'on leur fasse du mal ! Néanmoins, pour un certain nombre d'entre nous c'est nous redonner bonne conscience, à travers la traque d'un « suitable enemy » extérieur, en niant les nuisances à enfants que nous- mêmes engendrons. Après tout, ce sont les commerçants et les idéologues de nos sociétés contemporaines qui ont fait de la sexualité présentée publiquement ce qu'elle est devenue : une sorte de partouze dégoulinante où chacun peut faire à peu près n'importe quoi s'il a de l'argent pour y entrer ... 

Parallèlement à cette croisade puissamment armée, les sociétés ont quand même beaucoup réfléchi aux techniques nécessaires pour reconnaître les situations de maltraitance et les traiter. Dans ce champ, en examinant ce qui se passe au cas par cas, nous avons fait de très grands progrès : connaissance des signes, capacité de discriminer vraies et fausses allégations, techniques d'audition par des policiers spécialisés, maîtrise beaucoup plus fine des thérapies les plus adéquates … tous acquis très riches de ces vingt dernières années !

Résultat de ce paradoxe : les professionnels qui s'occupent directement des enfants vivent souvent un profond malaise. Je pense notamment aux intervenants de première ligne comme les psychologues scolaires, les maîtres et maîtresses d'école, les médecins de famille :

 - D'une part, ils voudraient souvent pendre leurs responsabilités sur le terrain et aider directement les familles ou les systèmes à la dérive, mais ceci, sans qu'ils connaissent toujours bien les techniques qui viennent d'être évoquées.

 - D'autre part, l'Etat les presse, voire les oblige à faire appel à son système de quadrillage, de menaces et de répressions. Ce qu'Il leur demande, et parfois très vite et de façon menaçante, c'est une délation ; et non pas de vouloir aider. Les mots pour désigner cet acte varient d'un pays à l'autre, mais le processus se réduit toujours à deux grandes voies : soit il faut dénoncer directement au Procureur, comme en France, soit il faut signaler à une agence de l'Etat, mais elle peut elle- même dénoncer ce qui est délictueux sans oncertation obligatoire avec les envoyeurs, et donc, ce n'est pas loin de revenir au-même !

Au-delà de ce premier malaise, beaucoup d'intervenants connaissent aussi la part d'inefficacité de l'organisation sociale actuelle : Beaucoup de cas s'effritent, beaucoup de très probables coupables sont innocentés par la justice pénale. Certaines études disent que plus de la moitié des enfants qui ont révélé un abus sexuel regrettent finalement de l'avoir fait.



II. Pourquoi cette inefficacité prévisible ?

 

A. La conception duelle-simplicatrice « bourreau-victime » qui est à l'œuvre ne peut conduire qu'à rigidifier des positions de non-vérité dans le chef des protagonistes interpellés. L'adulte -auteur (2), considéré comme un monstre, nie ou proteste en éludant au maximum ses responsabilités. L'enfant, lui, s'enfonce dans son rôle de victime impuissante (3).

B. On ne gagne pas contre le Mal présent en chacun via des rapports de force, en exposant au pilori les coupables repérés. Il faudrait se souvenir que le combat entre le Bien et le Mal se déroule au cœur de chaque humain (4); de la même manière, nous avons tous à soigner en nous des parties malades, déséquilibrées émotionnellement, éventuellement pour qu'elles ne pèsent pas trop sur les autres. Nous avons aussi à créer des contextes sociaux plus solidaires et plus justes.

Celui qui a maltraité n'est donc pas fondamentalement différent de nous tous. Il faudrait le prendre en charge, lui et son système de vie, en établissant des relations authentiques, avec humilité, avec empathie pour tout le monde. Ceci ne veut pas dire qu'on doit fermer les yeux et le laisser continuer. On doit pouvoir être réprobateur quant à certains actes, exiger qu'ils s'arrêtent et demander une réparation significative à leurs propos, sans pour autant se sentir, comme l'aurait voulu Georges W. Bush, les justiciers de l'axe du Bien chargés de terrasser l'axe du Mal.

C. Dans la foulée de ceci, je suis persuadé que la place centrale ou quasi que l'on veut faire jouer au système pénal constitue une erreur et une illusion.

Comme si rappeler la valeur de la Loi et veiller à la sociabilité du groupe étaient l'apanage des juges et pas une obligation morale pour chaque citoyen !

Illusion ?  Ce l'est probablement plus d'une fois pour deux cas référés, et encore bien plus, quand il n'y a pas de flagrant délit, ni d'aveu du suspect, ni de preuves matérielles fortes !

Erreur ? - En effet l'objectif central du système pénal, c'est de faire régner le droit tel qu'il est décrit dans le code pénal ; c'est donc de sanctionner le délinquant, reconnu comme tel au terme d'un débat contradictoire. C'est donc le faire en tenant en compte la présomption d'innocence et la nécessité de preuves convaincantes. Et dans cette perspective, l'enfant lésé n'est qu'une source potentielle d'informations, à charge ou à décharge. Si le système pénal a fini par adoucir certaines pratiques à son égard – comme la confrontation directe au suspect – c'est qu'il ne voulait pas être accusé lui-même de maltraitance, c'est à dire d'un délit d'Etat.

Si le système manifeste parfois davantage de sollicitude pour l'enfant ou de volonté de se coordonner aux responsables de soins, c'est lié au bon vouloir d'une partie des magistrats, particulièrement humains ou bien formés : ce n'est pas une obligation structurale. Et tout ce qui se vote et se met en place à propos de la prise en considération des victimes, ce ne sont jamais que des petites ajoutes voulues du dehors, c'est à dire voulu par les politiciens ; elles ne sont certainement pas au coeur du système pénal.

 - L'objectif central du système pénal, faire régner le droit, s'applique encore via la volonté de supprimer ou de réduire la dangerosité à venir du délinquant. On essaie d'y arriver en l'enfermant et en mettant éventuellement des conditions à sa libération ; recevoir des soins peut constituer une de ces conditions, mais dans la perspective d'un meilleur contrôle des comportements asociaux, et pas fondamentalement du bien-être des personnes.

 - Last but not least : dans le processus pénal, les débats sont contradictoires, c'est fondamental. Donc les avocats montent au créneau et ont vite appris où étaient les points faibles des enfants et de ceux qui les accompagnent. Par exemple, ils demandent que la vidéo-cassette d'audition soit regardée en audience publique. Or celle-ci est une œuvre humaine et elle comporte inévitablement quelques failles ; ils plongent dessus en murmurant « Outreau ». De quoi déstabiliser si pas épouvanter nombre de magistrats, même de bonne foi, mais souvent peu formés à la psychologie des victimes !

En m'exprimant de la sorte, je ne critique pas la logique du système pénal, nécessaire à toute société démocratique. Ce que je critique, ce sont nos attentes illusoires à son propos et notre docilité puérile à nous soumettre à ses ukases en matière de dénonciation, sans en faire un débat de société.
Hélas, lors des congrès ou des réunions de planification dans les ministères, on invite souvent tel super-policier ou tel super-magistrat bien formé, bien motivé et qui lui, traite les dossiers avec diligence et compétence. Alors, des propos comme les miens les blessent et nous nous agressons publiquement. Mais je reste malheureusement persuadé que ces super bons élèves restent des oiseaux rares dans leur corporation !

D. On a confié des parts trop importantes du travail à des structures de troisième ligne, peu ou pas accessibles directement aux gens, dont l'équipement est lourd et les rites de fonctionnements très codifiés et difficiles à mobiliser. C'est le cas du système pénal répressif que je viens s'évoquer avec ici, en plus de très faibles efforts consentis pour la formation spécialisée. Dans nombre de pays, on s'est limité à mieux former quelques policiers pour l'audition de l'enfant et pour l'efficacité de la traque, notamment sur Internet ... Mais c'est rester dans la logique du rapport de force.
C'est le cas encore d'équipes psychosociales très spécialisées ou d'agences d'Etat, comme le SAJ Belgique ou le SPJ en Suisse.

Or, « institutions spécialisées » signifie coûts élevés, effectifs réduits, limitation du psycho-social concerné aux grandes villes. Et donc, on n'est jamais très loin de l'expérience-pilote chère aux politiciens, et indéfiniment poursuivie. Pour le système pénal qui n'a pas augmenté les effectifs de magistrats, les dossiers s'accumulent. Tant mieux d'une certaine manière, car s'il fallait condamner tous les vrais coupables, les Etats devraient construire quelques villes-prisons Les moyens nécessaires à un fonctionnement adapté de la troisième ligne ont donc été sous-évalués, plus en référence à une politique de l'autruche que par incompétence.

 

§ II. Propositions alternatives

 

A. Réinstaurer le travail dit « à l'amiable »

 

Tout citoyen est tenu par le devoir d'assistance à personne en danger, et donc par celui de protéger l'enfant, aujourd'hui et demain. En outre, les professionnels de l'enfance se sentent invités de l'intérieur à exercer généreusement leurs missions spécifiques de soins somatiques ou psychologiques ou d'aide sociale.

Remplir ces tâches ne passe pas obligatoirement par un signalement aux organisations structurées de l'Etat. Entre autres, tout être humain peut parler à son semblable du bien-fondé et du respect des grandes lois, et rappeler celui-ci à l'ordre au besoin.

Je souhaite donc que le signalement ou la dénonciation deviennent des choix parmi d'autres, évalués en fonction de circonstances propres à chaque cas ainsi que d'une réflexion anticipative soigneuse. Même si elle conserve une dimension spéculative, cette dernière peut esquisser diverses planifications de l'action à venir et surtout tenter d'évaluer leur efficacité potentielle à chacune. Cette liberté d'appréciation, constituerait un retour à la situation d'avant 1990, lorsqu'on a commencé à organiser la lutte contre la maltraitance dans une perspective de décentralisation - déjudiciarisation.
 


B. Il en résulterait trois niveaux d'action 



1. Niveau 1 :



Face à des situations de maltraitance ou d'abus, principalement mais pas exclusivement intra familiales, analysées comme potentiellement mobilisables, je propose de travailler « à l'amiable » c'est à dire via des équipes psycho-médico- sociales, de première ligne ou déjà plus spécialisées, en suscitant l'engagement de l'auteur, de la victime, mais aussi et au moins autant celui de leurs proches. Pourquoi ce plaidoyer pour le travail à l'amiable ? Il est plus simple, plus rapide, il reste davantage dans le milieu naturel, il s'efforce d'utiliser les ressources de la communauté. Il se pourrait aussi – mais ce n'est pas garanti – qu'il apparaisse comme moins menaçant aux personnes qui ont fauté et qu'elles se laissent davantage aller à l'authenticité. Enfin, au niveau de la représentation de ce qui est en jeu, ce type de travail sort radicalement du modèle simpliste de causalité linéaire duelle « enfant victime – adulte bourreau » : le travail psycho-social amène plus naturellement à prendre en considération toutes les forces en présence.



2. Niveau 2 :



Néanmoins, une partie des situations pourrait être analysée tout de suite comme davantage susceptibles de résistances. Plus coriaces, quoi ! Ou encore, de facto, des familles traitées au niveau 1 pourraient s'y enliser ou tenter de s'en échapper vu l'absence de contrainte alors de mise.

Dans ces cas, le plus important est d'obtenir un surcroît de contrainte officielle, mais non-pénale, pour pouvoir engager valablement ce que l'on appelle l'aide contrainte. Ce pouvoir, dans beaucoup de pays, ce sont les juges pour mineurs qui en sont détenteurs. D'autres modèles peuvent cependant exister, où des agences d'Etat s'adressent à d'autres catégories de juges ( civils par exemple ) et en reçoivent des mandats où de l'autorité contraignante leur est déléguée au cas par cas (5)..
Tous ces professionnels investis d'un pouvoir de contrainte devraient travailler en coordination et concertation avec les autres intervenants, à ciel transparent, pour que le projet global reste bien cohérent. En référence à la notion d'enfant en danger, ils peuvent s'engager de tout leur poids au côté des autres professionnels, pour dialoguer avec les protagonistes de l'abus et éventuellement imposer des mesures : éloignements, obligations concernant la vie quotidienne ou la fréquentation d'un cabinet de psy, etc.

Alors, que faire si les efforts conjugués du premier et du deuxième degré échouent ? Eh oui, ça arrive, et même plus souvent qu'on ne le voudrait !
Plus que jamais, il faut garder son calme, bien réfléchir, et résister à la tentation du passage impulsif de la patate chaude et de la vengeance immédiate via pénalisation. Bien que ce soit frustrant, il est parfois plus sage de se contenter de tous petits résultats, comme une protection un peu meilleure de l'enfant ou le maintien d'un contact avec lui.

En effet, lorsque tous les efforts échouent, même ceux du juge pour mineurs, c'est parfois que l'abuseur est superbement armé intellectuellement, maître d'un château- fort bien barricadé : il faut donc y regarder à deux fois avant de brandir comme une épée de Damoclès la menace de la justice pénale et avant de recourir à celle-ci. Mieux vaut être raisonnablement certain que ce ne sera pas l'ultime ratage, la dernière espérance d'aide sociale pour la victime et ses proches, espérance appelée à être déçue une fois de plus malgré toutes les promesses : avoir été sodomisé deux cents fois par son beau-père puis l'être à nouveau par le bras de la loi qui, après nombre de préliminaires plus ou moins traumatisants, déclare le suspect intouchable ... ça laisse des traces désespérantes ! On me fera sûrement remarquer que, dans les grandes villes, on peut alors toujours appeler l'un ou l'autre psychothérapeute pour soigner le derrière de l'enfant, une nouvelle fois lésé, en lui expliquant que la loi ça fait du bien et que c'est thérapeutique. Transposition presque mot à mot du discours de l'abuseur à propos de son pénis, quelque temps auparavant.

Est-ce que, à raisonner ainsi, je me représente encore une place pour le système répressif pénal ? Oui et toujours avec pas mal de pain sur la planche. D'abord il pourrait se consacrer de sa propre initiative à traquer les réseaux commerciaux d'exploitation en tous genres des mineurs, il pourrait lutter contre la prostitution de ceux-ci, et continuer à intervenir là où, hélas, le sexe et le sang se mélangent. Ensuite il aurait toujours à gérer les dénonciations faites directement par des particuliers, qui n'ont pas de permission à nous demander à s'adresser à la police.



3. Niveau 3



Et puis, nous-même continuerons à demander l'aide du système pénal dans certaines catégories de cas : là où le danger physique ou moral est le plus fort, par exemple, dans le cadre des vraies et irréductibles perversions ; là où les adultes incriminés restent ou sont évalués devoir rester hostiles à toute idée d'aide ... pour peu, je le redis encore, que nous pensions raisonnablement que les autorités judiciaires auront de meilleurs résultats ...
Mais pour ceci, il faut qu'existent des indices matériels convergents, ou que les autorités judiciaires adoptent une attitude plus déterminée par rapport à la parole de l'enfant. J'y reviendrai à la fin de mon article, en évoquant le poids donné à la SVA.



C. Une mobilisation des habitudes et objectifs de fonctionnement.

 

Néanmoins, cette mobilisation significative des attitudes sociales ne peut pas réussir sans quelques changements si pas bouleversements des habitudes prises. En voici quelques exemples importants :

 - Il faut partiellement changer le contenu des campagnes d'information destinées au grand public, enfants inclus. Plutôt que : « Parlez, ne restez pas seuls, puis hâtez- vous de signaler ou de dénoncer et les méchants seront punis » ... le maître slogan sera plutôt : « Parlez, ne restez pas seuls, demandez de l'aide à des adultes en qui vous avez confiance ou/et aux professionnels de l'enfance. En redressant tous ensemble nos manches, nous espérons alors améliorer la situation dans laquelle vous souffrez injustement. Pour ce qui est du signalement ou de la dénonciation, on avisera, en fonction du service escompté ... Mais pour progresser, nous aurons besoin de toi, enfant-victime, qui doit te protéger à la mesure de tes forces. On aura besoin de tes proches ( non-abuseurs ) ; on parlera à celui qui se conduit mal avec toi. On aura peut-être même besoin de ton parrain, de ton docteur de famille. Tous pourront s'engager pour que tu sois mieux protégé, et ta famille, plus heureuse ».

 - Pour l'équipe psycho-sociale : ne pas permettre que les choses s'effritent et qu'une famille disparaisse dans la nature ; demander éventuellement l'aide d'un magistrat de la Jeunesse, mais en essayant d'obtenir de lui qu'il ne recommence de nouveau pas tout à zéro.

 - Pour un magistrat civil ( si les parents se sont séparés et que le suspect est le parent chez qui l'enfant ne vit pas habituellement, par exemple le père ) : n'autoriser des contacts avec le suspect que dans un milieu bien protégé ( par exemple, dans un centre espace-rencontre ) ; ne pas faire violence sur l'enfant qui continuerait à rejeter les visites, en référence à ses angoisses et convictions !

 - Pour le système pénal : prendre explicitement ses décisions à l'égard du suspect « au bénéfice du doute » Même si c'est désagréable pour un suspect, en réalité innocent, d'être acquitté au bénéfice du doute, l'attitude qui consiste à acquitter sans plus constitue, elle, une très grande injustice face à l'enfant, et une protection corporatiste injustifiable de l'ordre adulte. Comme si l'enfant, ici, était parfaitement insignifiant ou nécessairement menteur !


. Deux problèmes cliniques
 

A. Les tout petits, avant l'âge de l'école primaire, n'ont souvent à leur disposition qu'une parole bien fragile ou que leurs jeux pour révéler les maltraitances, notamment les passages à l'acte sexuels opérés sur eux. D'autres fois, ils sont suggestionnés par un parent, porteur de ses propres problèmes, qui veut leur faire dire des choses sales qui n'existent pas ! Quoi qu'il en soit, il en résulte qu'ils sont incontestablement les moins bien pris en charge par nos équipements contemporains ! Scénario classique, on commence à les soumettre à une tempête émotionnelle d'adultes, puis ils se retrouvent trop tard chez des professionnels théoriquement compétents, puis tout s'effrite, il ne se passe plus rien ou, sans autre preuve que leur parole, le suspect est acquitté. Et en prime, on accuse même de plus en plus le parent qui a porté leur parole d'être psychotoxique – aliénant – même s'il ne l'est pas. Nous ne pouvons plus accepter que ces toutes petites personnes passent de la sorte aux oubliettes, en raison de leur « insignifiance » et de leur incapacité à se défendre efficacement.

Quelques suggestions :

 - Bien les observer, les écouter et continuer à écrire sur les techniques de recueil de leurs révélations verbales et autres, et sur l'analyse de la fiabilité du matériel qu'ils exposent directement ou via leurs porte-parole. On est encore très loin d'en savoir assez !

 - Donner une formation approfondie aux professionnels candidats à travailler avec eux. Dans une communauté géographique, prévoir qu'environ tous les cinquante kilomètres, il existera une antenne psycho-sociale spécialisée pour les tout petits ; elle pourrait être partie intégrante être des équipes spécialisées déjà évoquées à plusieurs reprises. Si les policiers, même bien formés, ne connaissent pas les techniques de travail avec les tout petits, les diagnostics effectués dans ces antennes devraient être validés judiciairement, moyennant éventuellement vidéo- cassette ou présence passive des policiers.

 - S'engager à travailler très vite, endéans les quarante-huit heures, pour prendre en charge les révélations faites par un tout petit. Si c'est chez un intervenant de première ligne qu'il est accueilli dans l'urgence, par exemple chez un pédiatre, habituer ceux-ci à avoir à leur disposition un enregistreur audio et à réaliser une audio-cassette précoce, qui pourra constituer par la suite un matériel très précieux.

B. Disposer d'une grille de référence qui analyse correctement la fiabilité du discours de l'enfant.

Ce devrait être une grille de référence commune : ses grandes lignes devraient être connues par les pédopsychiatres, les policiers et les magistrats, les psychologues et les autres professionnels susceptibles d'être confrontés à une révélation d'abus ou d'autre maltraitance. Quant au maniement détaillé de la grille, il devrait être connu par tous ceux qui réalisent des auditions ou des expertises.

Je pense en premier lieu à la SVA québécoise ( Statement validity analysis ), validée à partir de six ans, qui établit une probabilité chiffrée quant à la fiabilité des dires de l'enfant. Il ne s'agit certes pas de l'appliquer comme une recette. Entrer en relation avec l'enfant et s'efforcer de comprendre sa personne et son contexte relationnel et comment s'y inscrit sa révélation reste une démarche essentielle pour le psy. Mais la logique et les items du SVA peuvent l'inspirer, ni plus, ni moins. Et pour les policiers chargés des auditions ou pour les experts l'usage de cet outil est encore plus central.

Je franchis hardiment un pas de plus : lorsque le degré de probabilité du SVA est haut, et que d'autres indices relationnels vont dans le même sens, il me semble éthique que les magistrats pénaux l'accueillent à l'instar d'une preuve matérielle. Tantôt, j'ai parlé du doute qui pouvait habiter les magistrats, et de la nécessaire précaution qui pourrait s'en suivre, en référence à la possibilité d'innocence. Mais, j'évoquais alors des situations de vrai doute. Une SVA convaincante ne devrait pas en constituer une : Les situations où des experts ou des policiers compétents amènent de fortes probabilités, notamment en référence à la SVA, devraient être perçues comme «  beyond reasonable doubt » et entraîner l'intime conviction des magistrats comme celle des autres professionnels.

Notes

 


2. Voire, par les temps qui court, le mineur.

3. Je vous renvoie au dossier thématique 1. Abus sexuels; sexualité contrainte; épines sexuelles ; : j'y propose une façon bien plus systémique de se représenter les forces en présence lorsqu'il y a abud

5. En Suisse vaudoise, c'est sans doute ici qu'il faudrait repasser par un signalement volontairement choisi par les équipes psychosociales déjà à l'œuvre. Le SPF pourrait alors tenter de jouer de sa seule autorité morale, ou s'adresserait à des magistrats civils ou pour mineurs, sans qu'il soit déjà question de pénalisation.

6. Hayez J.-Y.,Fiabilité de la parole de l'enfant et de l'adolescent

 

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jyh consolation d'un gros chagrin

 

 

 


Quelques principes. 

Ce n’est pas après la mort d’un être cher que doit commencer l’accompagnement susceptible de favoriser un deuil normal ; il importe qu’une ambiance relationnelle positive existe depuis toujours, en partie improvisée et spontanée, en partie fruit des réflexions des parents autour de leur fonction d’éducateurs. Prévention primaire [10] , serait-on tenté de dire, encore que les objectifs poursuivis ne soient pas vraiment de prévenir le malheur, mais plutôt de bien vivre, tout simplement, dans le respect les uns des autres.

Parmi les éléments de cette ambiance relationnelle les plus potentiellement aptes à faciliter les deuils, lorsque ceux-ci devront avoir lieu, nous pensons plus particulièrement à :

  - un investissement de l’enfant abondant, partagé par plusieurs, à l’intérieur duquel l’acquisition de sa confiance en soi et de son autonomie est encouragée ;

  - une disponibilité aux questions de l’enfant ; une capacité des adultes à échanger des informations et à exprimer simplement leurs idées personnelles et leurs émotions ;

  - une confrontation « naturelle » de l’enfant à la mort, celle des végétaux, des animaux et des humains, au hasard de l’existence [5]  ; une écoute de ses réactions, en expliquant ce que, d’aventure, il ne comprendrait pas. 

B. L’aide que l’entourage peut prodiguer à l’enfant en deuil est largement fonction de sa disponibilité émotionnelle. Comme cet entourage proche du disparu est lui-même en souffrance, du moins au début, on devine l’intérêt qu’il y a à favoriser sa restauration psychologique. Y contribuent notamment des soutiens sociaux de qualité, des réunions de personnes endeuillées de statut analogue [13] , voire des psychothérapies.

Par ailleurs, comme on ne peut pas demander l’impossible à cet entourage au moment où sa souffrance est le plus forte, une sollicitude plus active pourrait s’adresser à l’enfant, émanant de la communauté élargie [22] . Des psychothérapeutes d’enfants ou de famille pourraient également parler directement à l’enfant, précédant parfois un peu la parole des proches, momentanément trop inhibés pour le faire. Des séances conjointes réunissant l’enfant et les adultes survivants de la famille, et où l’on s’adresse au moins autant à celui-là qu’à ceux-ci, peuvent avoir une grande valeur de debriefing pour tous.

Prévention primaire et secondaire après le décès. 

Avant tout, il nous semble important de conforter l’enfant dans son droit de faire le chemin de son deuil comme il l’entend, en nous méfiant des idées standard à ce sujet, et en acceptant qu’une grande variété d’aménagements puisse exister, et que du temps est nécessaire pour comprendre puis pour se rééquilibrer [1] .

Le pire serait que l’enfant pressente que sa manière de souffrir aujourd’hui n’est pas celle qui est attendue. Le mieux, c’est d’être là, près de lui, indéfectiblement présent, dans l’accueil et la discrétion, et en partageant avec lui idées et émotions, comme nous le détaillerons tout de suite.

Que faire alors, lorsque l’on est préoccupé par certains signes qu’il présente, comme le silence, le déni ou la régression spectaculaire ?

Prendre patience ; ne pas le critiquer ; avoir en soi l’espérance que la vie refera lentement son chemin chez lui et lui en faire part ; éventuellement, lui proposer délicatement d’autres façons d’être, qui dépassent un peu sa stagnation présente, mais sans lui faire violence s’il ne les adopte pas tout de suite : on peut penser alors à se révéler soi-même dans ce que l’on ressent, mais discrètement, face à l’enfant qui ne parle plus ... ; on peut aussi lui proposer l’une ou l’autre « distraction », au sens commun du terme, s’il est inactif et vide d’intérêts, ...

mort symbolisée


Pour mieux assurer cette autorisation morale, l’adulte peut certainement s’autoobserversi tant est que son propre cheminement le lui permette et réfléchir aux questions que voici :

  - Fait-il une place, en lui et en dehors de lui, à la souffrance possible de l’enfant ? Imagine-t-il que l’enfant puisse être endeuillé, lui aussi, ou qu’il est décidément trop petit pour comprendre ? Accepte-t-il d’interagir avec l’enfant comme avec le partenaire d’un travail à faire ensemble, au sein de la famille survivante, en se soutenant l’un l’autre, ou laisse- t-il s’installer un clivage où chacun souffre dans sa solitude ? Par exemple, a-t-il invité l’enfant - invité, sans plus - à participer aux rites funéraires, souvent tellement apaisants, tellement importants pour se dire au revoir, voire pour faire la paix avec celui qui s’en va ? (7) 

  - N’assigne-t-il pas un rôle trop étroit, trop rigide à l’enfant ? Rôle du consolateur [13] , du faible menacé qu’il faut toujours protéger; rôle du remplaçant mais qui n’en sera jamais qu’un ersatz ; rôle de celui qui a eu tort de rester en vie et qui est un peu de trop ... Peut-être doit-il réapprendre à laisser l’enfant être lui-même ... à le différencier de celui qui est mort en reconnaissant à chacun ses qualités et défauts propres et en coupant court au jeu cruel des comparaisons ...

Essentiel alors est le partage des idées et des émotionsSchématiquement, on peut en distinguer trois aspects : l’adulte s’exprime personnellement, il écoute l’enfant et, en résonance aux questions et préoccupations de celui-ci, il l’informe.

1) S’exprimer en présence de l’enfant ou/et en le prenant comme interlocuteur peut aider celui-ci à remettre ses propres idées et sentiments en place. A travers le chagrin, la colère et le cheminement des pensées de l’adulte, l’enfant peut comprendre combien le deuil est une réalité « naturelle », que chacun gère avec ses ressources propres. L’adulte peut trouver les mots qui aident l’enfant à se refaire une idée un peu différente de l’existence, où la mort a sa place. La parole de l’adulte peut apparaître à l’enfant comme une invitation à s’ouvrir, à se libérer, à exprimer son propre chagrin, à le partager, à recevoir et à donner du soutien.

Aux tout petits qui ne comprennent pas encore le fait de la mort, cette expression de soi par les adultes survivants, conjuguée aux explications qu’ils donnent, permet justement à ces enfants de réaliser progressivement et d’intégrer ce qu’est la perte. Ils y arrivent en écoutant, en calquant tant soit peu leur conduite sur celle du parent survivant, en se rendant au cimetière avec lui, et en s’ouvrant, toujours à travers lui, à ce que peut être une relation spirituelle prolongée avec celui qui est mort.

Mais cette expression de soi par l’adulte n’est pas nécessairement bénéfique à l’enfant. Si elle se transforme en deuil interminable, si toute la maisonnée est amenée à vivre définitivement et intensément sous le régime du deuil, le disparu idéalisé devient un fantôme étouffant, voire secrètement haï. Il incombe donc au parent survivant de mettre une sourdine à l’expression de ses propres sentiments et à porter son attention sur autre chose que sur le culte du mort, en espérant de surcroît récolter pour lui-même, en quiétude intérieure, le fruit de son effort.

2) Deuxième volet du partage des idées et des émotions, on devrait savoir écouter l’enfant [5]  : écouter ce qui se crie ou se balbutie spontanément, et aussi - ce qui est également important - provoquer délicatement l’expression d’une question, d’un affect, d’une idée. Parfois, un échange verbal direct pourra avoir lieu à ce propos ; d’autres fois, parce que l’inhibition est plus forte ou que l’intelligence des choses se fait davantage via l’imaginaire, c’est dans des dessins, des jeux, des histoires qu’on lui raconte ou que l’on construit ensemble, que l’enfant livrera par petits personnages interposés ses sentiments, ses questions et conflits les plus difficiles ! ... Il ne faut pas obligatoirement être thérapeute pour recueillir ces productions, qui disent l’imaginaire de l’enfant et sa vérité ; il suffit, surtout, d’y être empathiques ; ensuite, s’il le faut mais pas trop vite, on pourra proposer d’autres « versions de la vie » que celle qu’incarnent spontanément les petits personnages des histoires qu’il met en scène ... si d’aventure ils se fourvoient dans leur intelligence des choses de la vie.

On m’a raconté à ce sujet, récemment, le cas de Johan ( cinq ans ), très dépressif et irritable depuis la mort accidentelle de sa petite sœur, au sujet de laquelle il se faisait probablement des reproches en secret. Il avait été spectaculairement libéré de ceux-ci pour avoir regardé avec sa mère - heureusement disponible - le « Roi- Lion » et avoir entendu celle-ci manifester son empathie à Simba, le fils-lion, cause bien involontaire de la mort de son père, s’exilant alors pour vivre des années de dépression et de dénégation.

roi-lion

La maman de Johan avait su se montrer tendre pour le petit Simba, dire le droit qu’il avait à toujours être aimé, et l’erreur qu’il faisait à se sentir coupable ... Johan en avait tiré tout seul la leçon.

Ce qu’il faut essayer d’écouter sobrement, c’est souvent ce que l’enfant a le plus de mal à exprimer : pas seulement la tristesse du manque ... pas seulement les thèmes anxieux variés ... mais aussi l’agressivité que l’enfant ressent, par exemple pour le mort qui l’a lâché, agressivité dont il se sent aussitôt coupable [22]  ... ou encore la faute qu’il s’attribue et qui a été à l’origine du décès ... ou son angoisse de trop ressembler à celui qui est mort.

3) Le troisième volet du partage des idées et des émotions, ce sont les informations que l’on propose à l’enfant. Ce chapitre est souvent mal géré, soit que les adultes survivants se sentent inhibés ou trop prudes à l’idée d’informer, soit qu’ils n’imaginent pas que l’enfant en ait besoin, soit au contraire, qu’ils réduisent le partage avec l’enfant à cette dimension d’information, alors trop abondante et, en même temps, trop peu adaptée au contexte réel. Or, si quelques informations importantes devront lui être données, en rapport direct avec l’événement et en dehors de toute demande, d’autres seront utilement suggérées en réponse à des questions de l’enfant ... ou à ses silences : elles viendront confirmer ce qu’il pense déjà ou, si nécessaire, l’inviter à voir les choses quelque peu autrement : à l’adulte à les soutenir tranquillement, avec conviction, comme des vérités pour lui, sans faire violence à l’enfant. En outre, toute information importante proposée à l’enfant devrait faire l’objet de vérifications : l’enfant la comprend-t-il ? Comment y réagit-il ?

Il n’est pas possible de passer en revue tous les thèmes qui méritent d’être abordés avec l’enfant. En voici quelques-uns parmi les plus importants [2] [23]  :
  - Le caractère inéluctable de la mort, terme irréversible de la vie pour tous les vivants terrestres, survenant naturellement ou violemment, mais indépendamment des éventuels souhaits de l’enfant. Deux remarques à ce propos :

  * Surtout quand l’enfant est très jeune, certaines explications à visée consolatrice ne lui permettent pas de comprendre l’inéluctabilité de la coupure ; on y déclare en termes vagues que le disparu s’est endormi pour toujours, quand il n’est pas simplement « parti faire dodo » ou « qu’il est au Paradis » Et l’enfant d’attendre en vain son retour.

Certes, ce n’est pas ici le lieu de prendre position sur les croyances religieuses, leur bienfondé aux yeux de beaucoup, et les consolations qu’elles sont censées apporter. Nous voulons simplement faire remarquer que, lorsqu’on s’y réfère, ce ne devrait pas être pour éviter la confrontation de l’enfant - et de soi - à l’inéluctabilité et la douleur d’une absence, celle du disparu dans sa corporéité. Maintenir une relation spirituelle avec le souvenir d’un mort, ou avec l’être d’un Mort survivant dans quelque au-delà mystérieux, n’empêche pas d’avoir à assumer cette coupure.

enfant 2


  * Il ne suffit évidemment pas de dire que « la mort est la mort » Beaucoup d’enfants se posent des questions plus précises qui expriment leur désir de connaissance de l’être humain et du sens de la vie, au-delà du biologique : Pourquoi meurt-on ? Que sent-on et à quoi pense-t-on quand on meurt ? Souffre-t-on ? etc ... Quand on les laisse exprimer tout ce qu’ils imaginent à ce sujet, on est parfois stupéfait des idées qu’ils construisent pour humaniser et apprivoiser la mort.

Ainsi, en Belgique, après les kidnappings, viols et assassinats d’enfants qui ont marqué le mois d’août 1996, l’un de nous a été amené à faire une psychothérapie de groupe télévisée à intention de debriefing avec quelques enfants de huit à dix ans. En évoquant Julie et Mélissa, les fillettes assassinées, ces enfants ont trouvé, tout seuls, que, tout au long de leur interminable agonie, dans la cave où elles étaient séquestrées, Julie et Mélissa se racontaient peut-être des histoires, jouaient aux cartes ou se chantaient des comptines. Ils ont trouvé aussi que, quand on venait les agresser, peut-être seul leur corps était prisonnier, tandis que leur esprit s’envolait comme un petit oiseau, pour venir les réhabiter après coup.

Julie et Mélissa, violées et laissées mourir de faim par Marc dutroux et Michèle Martin

 
Julie et Mélissa, violées, séquestrées et laissées mourir de faim par Marc dutroux et Michèle Martin

  - La nature de la maladie ou du processus qui a conduit à la mort ; la nature de la maladie ou du processus qui a amené la mort ; il est particulièrement important d’échanger des idées à ce sujet lorsque celui-ci pourrait être source de honte et d’angoisse, l’enfant ayant peur que ça lui tombe dessus aussi. Il arrive qu’on doive le préparer à répondre aux camarades qui se moqueraient de lui.

  - La « normalité » de l’expérience du deuil chez les petits comme chez les grands, deuil que chacun vit avec ses particularités propres, et qui s’apaise progressivement, sans pourtant que s’éteigne la relation spirituelle avec le disparu.

Ici, encore, le concept peut sembler difficile à expliquer et à faire intégrer par l’enfant, mais, quand on part plutôt de sa créativité à lui, il est à même, tout seul, de raconter avec ses mots à lui, ce que peut être le deuil : « On y pense toujours ... mais moins souvent ... et sans être triste » trouve spontanément Martin ( dix ans ), dans la psychothérapie de groupe dont nous venons de parler. Simplement suffit- il de reconnaître la valeur de ce qu’il pense ...

  - La non-responsabilité de l’enfant dans la survenue de la mort. Il peut arriver qu’il en ait été la cause involontaire, par exemple lors d’un accident mortel. Il s’agit alors de l’aider à ne pas confondre causalité et intentionnalité. Dans la majorité des cas, en effet, il n’y est pour rien du tout : nous incluons ici les cas où sa rivalité avec le mort ou/et son désir de mort a pu s’exercer : déjà ici, il faut pouvoir deviner et lui parler de l’universalité de l’ambivalence et des désirs de mort, et de leur non toute-puissance. Dans une minorité plus petite encore de situations, on peut se demander si une forte rivalité avec un autre enfant n’a pas été à l’origine d’un acte manqué dramatique ... voire, surtout chez les aînés, si leur comportement intentionnellement négatif n’a pas pesé lourdement sur la santé déjà fragile d’un adulte : ici aussi, et plus que jamais, il faut non pas nier la part de faute, l’importance de la reconnaître et d’obtenir le pardon, mais surtout aider l’enfant à faire confiance à nouveau à son potentiel positif.

  - Le fait que la vie de l’enfant ne soit pas spécialement menacée, à quelques exceptions près : la mort n’est pas contagieuse (8), même si l’enfant le pense parfois, soit par pure angoisse et pensée magique, soit aussi et surtout quand il éprouve une certaine culpabilité. Dans ce contexte, on devra parfois rappeler à l’enfant les différences fondamentales entre sa personne et celle du mort : explication délicate encore, puisqu’elle doit rendre compte de ce qu’est la filiation, l’identification aux parents, et l’originalité de chaque être; explication particulièrement importante lorsque la mort a été associée à une maladie mentale ou/et à un suicide.

A un petit enfant, on devra redire aussi que les survivants - et lui-même - sont forts, et non disposés à se laisser emporter par de nouvelles agressions.

  - Dans la mesure où c’est vrai - et ce l’est fréquemment - on peut lui rappeler qu’il est toujours aimé et que ses besoins seront autant satisfaits qu’avant. Cette reverbalisation ne doit cependant pas être « plaquée », travestissant mensongèrement une réalité défaillante. Avant de s’engager par la parole, le premier devoir des adultes est donc de vérifier ce qu’il en est sur le terrain et, le cas échéant d’améliorer ce qu’ils peuvent. Si la situation est appelée à rester moins favorable, plutôt que de nier les différences, en parler clairement permet davantage à l’enfant de faire le deuil du paradis perdu et d’utiliser sa résilience pour s’adapter à son présent.
Ce n’est néanmoins pas toujours facile !

amour parental naissance d'une nation, sculpture de Mario VosNaissance d'une nation, sculpture de Mario Vos
 
 

Que dire à ce propos par exemple, à Vanessa ( quatorze ans ), fille unique, gâtée et capricieuse d’une maman célibataire, décédée d’un cancer après une longue épreuve ? La grand-mère maternelle, chez qui le couple mère-fille s’était réfugié, se dit trop vieille pour gérer l’adolescente. Aucun des oncles et tantes n’en veut pour la vie quotidienne. Voici donc Vanessa en internat scolaire, passant de l’un à l’autre pour les vacances. Que lui dire, sinon que c’est son comportement exigeant et difficile qui fait peur ... qu’elle doit y regarder à deux fois avant de compromettre le crédit qui lui reste par protestations surajoutées ..., qu’elle est à même, si elle y met le prix en comportement sociable, de regagner de l’amour, chez des jeunes de son âge par exemple ... et que c’est elle qui peut veiller le plus sûrement sur ses propres intérêts !

 En prolongement direct de ce que nous venons de dire, évoquons donc toute l’importance du soin à apporter à l’environnement matériel et affectif de l’enfant. 

Au delà des mots qu’on lui destine, l’enfant en deuil a plus de chance de se réparer lorsque l’intendance aussi est assurée c’est-à-dire lorsque :

  - l’entourage survivant est affectivement proche de l’enfant et stable [15]  ;

  - les besoins matériels de l’enfant, la qualité de la vie quotidienne continuent à être assurés; l’ambiance de vie n’est pas trop chargée de soucis, notamment ceux qui pourraient résulter du non-accomplissement des fonctions qu’exerçait le disparu ;

  - l’enfant peut continuer à vivre dans son univers habituel ou du moins n’en est pas déplacé à la légère ; si cependant il faut passer par cette seconde solution, que ce soit plutôt vers un environnement de type familial substitutif, bien stable et capable de délicatesse et de sobriété, pour ne pas provoquer chez l’enfant des conflits intérieurs de loyauté.

Conclusions 

En guise de conclusion, nous ferons deux remarques :

1. Nous avons laissé ouverte l’importante question de savoir si les accompagnements que nous proposons, et surtout ceux qui sont centrés sur l’échange de paroles, relèvent des dialogues de la vie quotidienne, de la psychothérapie ou des deux. Sans pouvoir y répondre ici d’une façon détaillée, disons seulement que les professionnels ne devraient jamais accepter que l’ambiance de la vie quotidienne soit et reste faite de silence inhibé et douloureux. En rencontrant les adultes endeuillés, en les écoutant et en les encourageant, ils devraient vérifier ou faire en sorte que ce soient ceux-ci qui parlent aux enfants dont ils ont la charge, au moins pour une part importante de ce qu’il y a à dire. Sans nécessairement demander tout de go aux plus accablés d’assurer un dialogue fluide, mais en jouant sur les ressources de la famille élargie et d’autres familiers [20] , il nous semble préférable que les témoignages et les réponses à l’enfant émanent, pour le principal, des compagnons de sa vie quotidienne. Si seuls les psychothérapeutes s’occupaient des paroles importantes, ils n’échapperaient que difficilement au double message : la mort, il faut en parler, mais c’est non représentable et non dicible avec naturel ... Le rôle des psychothérapeutes est donc d’abord de faciliter la communication dans la famille ; dans cette perspective, grande est la valeur de séances familiales, où les professionnels aident les adultes survivants à s’exprimer, voire les précèdent un peu pour faire eux-mêmes les propositions verbales les plus délicates ; si, par la suite, l’enfant reste prisonnier de ses conflits ou de ses affects les plus pénibles, une psychothérapie lui sera également et personnellement proposée : mais, même si on s’adresse plus précisément à lui, il n’est pas nécessaire d’exiger tout de suite qu’il y vienne seul : beaucoup ont besoin, temporairement, de la présence d’un familier à leur côté, qui les protégera et les rassurera contre un sentiment de trahison envers le défunt (9). 

2. Même s’il ressort de cet exposé que nous devons être sensibles à la détresse de l’enfant, gardons-nous d’étiqueter celui-ci de façon trop stricte comme le poussin blessé, pitoyable et nécessitant un support perpétuel : il pourrait d’ailleurs en remettre pour maintenir le surcroît d’attention qu’il gagnerait de la sorte. A nous de savoir être parfois un peu absents de sa vie, voire un peu durs et exigeants !
Plus fondamentalement, nous sommes invités à faire confiance à la résilience de nos enfants. Elle est démontrée chaque jour de par le monde par tant d’enfants qui passent par l’horreur, en réchappent puis se remettent à croire dans la vie : résilience des petits Ruandais et de tant d’autres enfants de la guerre, résilience des enfants rescapés des maisons de passe d’Asie et d’ailleurs, résilience de tous ces anonymes, proches de nous, dont l’insouciance s’est soudain brisée contre le malheur, et qui ont dû prendre en main leur destin et parfois celui de leurs jeunes frères et sœurs, voire du parent survivant.

Tous ces enfants courageux nous crient que l’espérance n’est pas une illusion et nous invitent à donner à leur côté le meilleur de nous-mêmes.

- Notes.


Bibliographie

1. BACQUE M.F. - Le deuil à vivre. Coll. Opus, Odile Jacob, Paris 1995.

2.HANUS M. - « Les deuils dans la vie; deuils et séparations chez l’adulte et chez l’enfant » Maloine, Paris 1994.

3. PIRARD-VAN DIEREN E. - « D’un deuil particulier chez les enfants » In STEICHEN R. et DE NEUTER P. - « Les familles recomposées et leurs enfants » 245-250. Academia-Erasme, 1995.

4. GHAZIUDDIN M., ALESSI N., GREDEN J.F. - « Life events and depression in children with pervasive developmental disorders » J Autim Dev Disord 25 (5): 495-502, 1995.

5. FURMAN R. - « Aptitude de l’enfant au deuil » In ANTHONY E.J., KOUPERNIK C. - « L’enfant dans la famille » Tome 2, 182-186. Masson, Paris 1974.

6. DIATKINE G. - « Deuil et inhibition intellectuelle chez le jeune enfant » Bull Psychol 38: 491-494, 1986.

7. BLACK D., HARRIS-HENDRIKS J., KAPLAN T. - « Father kills mother: post-traumatic stress disorder in the children » Psychother Psychosom 57 (4): 152-157, 1992.

8. GAENSBAUER TH., CHATOOR I., DRELL M., SIEGEL D., ZEANAH C.H. - « Traumatic loss in a one-year-old girl » J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 34 (4): 520-528, 1995.

9. PFEFFER C.R., MARTINS P., MANN J., SUNKENBERG M., ICE A., DAMORE J.P. Jr, GALLO C., KARPENOS I., JIANG H. - « Child survivors of suicide : psychosocial characteristics » J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 36- 1: 65-74, 1997.

10. BLACK D. « Childhood bereavement » (editorial) BMJ 312 (7045): 1496, 1996.

11. MICHALELI M. - « Les aspects psychosociaux de la mort subite du nourrisson » Rev Prat 42 (14): 1758-1761, 1992.

12. WOLFENSTEIN M. - « How is mourning possible ? » Psychoanal Study Child 21: 93-123, 1996.

13. LECAVELIER-DES-ETANGS N., LAURAS B., SIBERTINBLANC D. - « La mort subite inexpliquée du nourrisson: le destin de l’enfant précédent » Neuropsychiatr Enfance Adolesc 42 (8-9): 627-652, 1994.

14. CHRIST G.H., SIEGEL K. - « Parental death : a preventive intervention. Recent Results » Cancer Res 121: 426-431, 1991.

15. SIEGEL K., GOREY E. - « Childhood bereavement due to parental death from acquired immunodeficiency syndrome » J Dev Behav Pediatr 15 (3): S66-S70, 1994.

16. BAILLY L., GOLSE B., SOULE M. - Conséquences pour les enfants des crises familiales graves et des événements traumatiques. In LEBOVICI S., DIATKINE R. et SOULÉ M. - Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. 2793-2808. P.U.F., Paris, 1995.

17. SALER L., SKOLNICK N. - « Childhood parental death and depression in adulthood: Roles of surviving parent and family environment » Am J Orthopsychiatry 62 (4): 504-516, 1992.

18. ELIZUR E., KAFFMAN M. - « Factors influencing the severity of childhood bereavement reactions » Am J Orthopsychiatry 53 (4): 668-676, 1983.

19. KISSANE D.W., BLOCH S., DOWE D.L., SNYDER R.D., ONGHENA P., MCKENZIE D.P., WALLACE C.S. - « The Melbourne family grief study, I: Perceptions of family functioning in bereavement » Am J Psychiatry 153 (5): 650-658, 1996.

20. OLIVER R.C., FALLAT M.E. - « Traumatic childhood death : how well do parents cope ? » J Trauma 39 (2): 303-307, 1995.

21. VAN EERDEWEGH M.M., CLAYTON P.J., VAN EERDEWEGH P. - « The bereaved child: variables influencing early psychopathology » Br J Psychiatry 147: 188-194, 1985.

22. KAFFMAN D., « Bereavement reactions in children : therapeutic implications » Int J Psychiatry 24-12: 65-76, 1987.

23. HANUS M., « Le deuil chez l’enfant » In LEBOVICI S., DIATKINE R. et SOULÉ M. - « Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent » 1463-1476. P.U.F., Paris 1995.

 


(*) N.B. : Ce texte a fait l’objet d’une communication sous le titre « Le deuil compliqué et pathologique des enfants » lors du Congrès international de l’Association Vivre son deuil qui s’est tenu à Lausanne les 30 et 31 mai 1997 et intitulé « Les deuils dans l’enfance »

(**) Médecin-assistant en pédopsychiatrie.

(***) Pédopsychiatre, Docteur en psychologie, responsable de l’Unité de pédopsychiatrie, Cliniques Universitaires St-Luc, 10, avenue Hippocrate, 1200 Bruxelles. 

(1). Dans le cadre de cet exposé, sans autres précisions, le terme « enfant » est générique et renvoie à tous les mineurs d’âge. Lorsque des différenciations seront nécessaires, nous parlerons de jeunes enfants ( avant l’entrée à l’école primaire ), d’enfants en âge de latence ( approximativement entre six et douze ans ), d’enfants avant la puberté ( de zéro à douze ans ) et d’adolescents. 

(2). Ce pourrait être le cas, par exemple, de certaines réorganisations familiales douloureuses après un divorce [3]  : « Perte » d’un membre de la famille, perte du couple parental, perte d’un lieu investi, etc ... 

(3). Le risque est particulièrement grand lorsque l’être aimé est véritablement, et parfois secrètement, surinvesti par un enfant lui-même hypersensible ! 

(4). Dans de rares cas, même pas : surtout chez les tout petits, le dialogue avec un parent ... un frère imaginaire peut être ostensible, voire entraver les dialogues concrets de la vie familiale. Reste à l’adulte à ne pas s’embarquer avec l’enfant dans son imaginaire, mais à ne pas le violenter non plus ... le recadrer peut-être, dans un espace précis et entendre cette souffrance comme un message, qui dit que la vie avec les vivants qui restent n’est peut-être pas si satisfaisante ... Cet ensemble d’attitudes s’adresse aussi à l’idéalisation, parfois bien dérangeante pour les survivants.


(5). La discussion de ce point dépasse les limites de cet exposé. En résumé, la « simple » existence du désir de mort ne devrait pas être à l’origine d’une culpabilité fondée. Il en va de même de certains passages à l’acte impulsifs ou/et mineurs, à visée défensive, sur le corps d’autrui. Seule, l’actualisation volontaire du désir de mort ( projet, programme et réalisation ) devrait provoquer la culpabilité. 

(6). Application plus moderne, on pourrait évoquer aussi ces enfants qui savent ou devinent avoir été conçus - d’où qu’en soit venue la suggestion - pour donner un jour leur moelle à un frère cancéreux, qui n’en est pas moins mort. 

(7). L’intelligence de l’enfant est concrète, et opère sur le réel concret. Elle est donc très constructivement alimentée si on lui donne l’occasion de voir, simplement, comment la mort est arrivée ( si c’est possible ), de voir le corps du disparu ( sans faire violence à l’enfant qui serait trop émotionné pour l’accepter ), de voir la mise en place des rites funéraires, puis d’aller rendre visite aux restes corporels du disparu là où ils sont. Monde du voir qui doit s’accompagner du monde du partage des mots et des émotions. 

(8). Même dans les cas où l’enfant a été contaminé, par exemple, par le Sida d’un parent, si pas par une hérédité maniaco-dépressive, c’est la maladie qui s’est transmise, et le destin de celle-ci n’est pas ipso-facto celui qui a emporté son parent. 

(9). Si d’aventure, ils s’abandonnaient à la relation avec un seul étranger. 

Quelques échanges avec des parents

 En 2004-2005, j’ai répondu à 13 parents à ce sujet


Situation 1.
Situation 2 le 9 avril 2004 de .

Situation 2 du 9 avril 2004 de



A propos de la garde alternée je suis parfaitement d'accord avec vous , mais comment voulez vous que cela soit réalisable , alors que les services d'aide et protectionnels des enfants n'ont aucune coordination entre elles ... je me vois confrontée à un cas , où le papa ne peut plus voir sa fille de 6 ans sur la simple décision de la mère de l'enfant , et malgré un écrit du procureur du roi , n'omettant aucune objection à ce que l'enfant voie son père , malgré un dossier fait par les policiers de la région disant que l'enfant est en danger chez sa mère, malgré que le dossier du père est parfaitement irréprochable ... il ne se passe, rien ! On répond au père qu'il faut qu'il demande une révision du droit de garde, mais en même temps on lui répond qu'il faut des preuves pour étancher cette demande ? ? ? ? et lorsqu'il rétorque qu'il y a le dossier de la police , on lui répond qu'on ne peut présenter ces pièces au civil ? ? ? ? que seul l'avocat du père a le droit de le consulter au parquet mais qu'elle ne pourra s'en servir au civil ? ? ? ? ? ? Le S.A.J. de la région de l'enfant a été saisi par la police, vu le danger que les policiers ont découvert dans le chef de la mère, et lorqu'on demande au S.A.J. ce qu'ils vont faire pour aider l'enfant, ils répondent qu'ils vont entendre la mère et le père et que si le danger est réellement présent chez la mère, ils verront à un éventuel placement de l'enfant en internat ou encore en famille ... alors que le père a tout pour mettre son enfant hors de danger et que cette solution serait la moins traumatisante pour l'enfant ... Que doit-on penser de ce genre de réflexion ? peut-on appeler cela de l'aide aux enfants ? Je tiens aussi à préciser que le S.A.J de la région de l'enfant agirait de cette facon d'après leurs propres dires mais par contre après renseignements auprès du S.A.J. de la région du papa, eux remettraient l'enfant directement au père le temps que l'enquête soit cloturée. Pourquoi deux services totalement identiques fonctionnent-ils de façon si différentes ? ? ? ? ? ? Plus fort encore, lorsque le père demande aux policiers de l'accompagner au domicile de la mère pour prendre son enfant, on lui rétorque que la police ne fait plus ce genre d'action, alors que faut-il faire ? ? ? ? Je recherche actuellement des associations ou autres qui pourrait nous aider dans cette affaire, car nous ne voudrions pas que l'on attende qu'il arrive quelque chose à l'enfant avant de réagir, mais qui contacter dans ce cas ? ? ? ? ? ? ? ? ... Il serait bon que des sites comme le vôtre, y mette des liens pouvant aider les parents et enfants en difficulté afin qu'ils trouvent à quel bonne porte frapper ... Si quelqu'un a une réponse à mes questions, laissez-moi un mail à l'adresse ci-dessous ... merci d'avance

Réponse de Jean-Yves HAYEZ 

Nous avons souhaité publier l'entièreté de votre message, parce qu'il montre bien combien la situation de certains enfants peut être douloureuse. Il est évident qu'une organisation institutionnelle forte et cohérente devrait mettre de l'ordre et pas de la paperasserie dans tout cela. Si vous êtes bien le bon père que vous dites être, on devrait vous donner un accès à votre petite fille sous contrainte légale, au minimum dans un centre de médiation. Attention toutefois à résister à la tentation suivante de l'ultime violence , qui serait de déraciner l'enfant une fois de plus dans un conflit parental interminable dont lui fait les frais ... nous ne suivons que dans des cas exceptionnels les idées que Gardner prône comme recettes dans sa conception de l'aliénation parentale grave ... nous publierons bientôt un article de fond à ce sujet ... avant cela, je vous invite à relire l'histoire biblique du jugement de Salomon : quelle avait été, croyez-vous, l'attitude du parent qui aimait vraiment ? ... évidemment, dans le jugement, il avait été récompensé pour son amour, ce qui n'est plus toujours le cas à court terme en 2004 ...


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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : 




Situation 3 le 9 avril 2004 par S. 

Moi j'ai un ami qui est allé voir la juge de paix parce que son épouse n'était pas correcte avec les enfants et c'est lui qui s'est retrouvé à la rue, non seulement il doit payer la pension, n'a plus les allocations mais aussi il doit se trouver un logement pour acceuillir ses enfants les week-end . AVEC 10 euros je vois pas comment il ferait, alors il habite par ci par là et voit ses enfants 2 samedis par mois de 10 à 19 heures. Il le sent, il devient un étranger pour ses enfants, pour qui il a toujours tout fait ( lui ). Moi, je suis sûre que si je quittais mon mari avec lequel je suis depuis 20 ans, je lui laisserais voir ses enfants quand il veut. Et même si nous on s'entendrait plus , les enfants pourraient toujours le voir et j'essaierai pas de les manipuler pour qu'ils n'aillent plus chez leur père. S .

Réponse de Jean-Yves HAYEZ 

Bien d'accord avec vous, les décisions de justice sont parfois bien aléatoires ... et c'est inacceptable de monter ses enfants contre l'autre parent ... dans la grande majorité des situations, aucun parent n'a démérité et l'enfant a bien besoin de savoir qu'il peut continuer à les aimer tous les deux. Tant mieux aussi lorsque les parents réussissent à organiser les visites de façon souple ... Bien sûr, un cadre légal, ça protège, mais ça ne devrait pas être un carcan face aux imprévus de la vie.

Souvent, j'ai l'impression que les adultes prennent des décisions comme Joseph II en son temps. Ils croient savoir ce qui est bon pour les enfants et en fait subtilement c'est l'intérêt adulte qu'ils mettent en priorité. De ce que je me rappelle de quand j'étais enfant et adolescent, il m'importait qu'il y ait quelqu'un à la maison quand j'y étais et surtout je voulais être " chez moi ". Je crains qu'avec cette histoire de garde alternée, les enfants ( qui en général se seraient déjà bien passés du divorce de leurs parents ) se retrouvent privés d'un vrai " chez soi ".



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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : 





Situation 4 le 2 juin 2004, par didier. 

Nous sommes mon ex amie et moi depuis 5 années déjà dans ce mode de fonctionnement et il est vrai que l'on ne peut obtenir que sous certaine conditions oh j'admets que certains pères font des pieds et des mains pour l'obtenir pour raisons financières ( pas de pensions alimentaires, avantages fiscaux ) mais le critère primordial est d'aimer ses enfants que le rapport entre les parents soit d'une amitié très forte d'une confiance optimum ho vous allez penser alors pourquoi se séparer mais on peut apprécier une personne mais ne pouvoir vivre avec. Sachez que certaines circonstances ont fait que notre séparation n'a pas perturbé l'équilibre de nos filles nous avions des vies professionelles complètement opposées ( travail de nuit et brigade d'après midi) ce qui a amené nos filles à nous voir par alternance. Maintenant nos filles dorment 3 nuits puis 4 tout en découpant selon leurs souhaits. Elles sont hyper équilibrées 1ère dans chacune de leur classe ( 6ème et ce2 )très ouverte et nous très proche. Pour moi c'est à la maman sur un plan général de juger si la garde alternée peut être donnée au père selon ses qualités paternelles.

Réponse le 3 juin 2004, par Jean-Yves HAYEZ 

Bien d'accord avec vous, un critère fondamental est d'aimer ses enfants, pas de les vivre comme des " droits " " à répartir équitablement ... et puis , il faut qu'il existe entre les parents séparés une entente " suffisamment bonne " ; dans votre cas, c'est même une amitié retrouvée et c'est mieux ainsi. jyh 



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Situation 5 le 10 juin 2004, par une maman 

Une réponse à votre article pour exprimer mon grand désarroi depuis que j'ai dû renoncer à la garde alternée pour pouvoir aller rejoindre mon nouvel ami à 200km du lieu d'habitation de mes enfants. Et depuis lors je dirais " abandon de la garde alternée et exercice de l'autorité parentale conjointe, une décision hyper délicate ".

Alors que la garde alternée se déroulait raisonnablement bien, mon éloignement a été l'occasion pour mon ex et sa nouvelle amie de m'exclure totalement de l'autorité parentale conjointe et de l'univers de mes enfants " quand ils sont chez eux " c'est à dire plus de 80% du temps ... Mon ex ne me communique aucun renseignement sur la vie scolaire ( je suis obligée de recourir aux amies pour obtenir ce que je devrais obtenir par son biais ).

Il a mis notre fils chez une psy sans m'en aviser ni demander mon avis sur le choix de la personne ( qui malheureusement ne semble pas garantir l'impartialité et le traitement symétrique entre les parents ( ? )), prétextant au départ que notre fils se sentait mal " parce que je l'avais abandonné ".

J'ai tout essayé pour permettre la communication avec mon ex. mais il n'en voit pas l'intérêt. Notre fils rate à l'école. Mais pourquoi parler, nous ne sommes quand même pas d'accord.

D'un point de vue juridique, rien ne semble vraiment possible pour changer les choses. Rien ne peut en effet obliger le parent qui a l'hébergement principal à communiquer avec l'autre parent, à le tenir informé, à l'inclure dans le choix d'un psy ..." Je suis tenue à la limite de ce qui est juridiquement tenable ( ex : mon ex ne touche pas à mes " gardes " mais intercepte le courrier que j'envoie aux enfants, accepte que sa copine pique des crises de nerfs si JE téléphone aux enfants ... Depuis aujourd'hui j'apprends que je suis quand même autorisée à téléphoner aux enfants ... si ce n'est pas tous les jours ! ( ce que je n'ai jamais fait ...).

L'étendue de la notion d'autorité parentale conjointe semble presque se limiter à l'idée d'empêcher un parent d'inscrire un enfant dans une école éloignée de l'autre parent sans demander son avis ! Mes enfants sont inscrits dans la même école depuis toujours, il n'en demeure pas moins que je me sens flouée dans mon rôle de parent. Mon ex agit comme si je n'existais plus, refuse l'idée même que nous soyons " liés " en tant que parent. Il n'a pas besoin de moi, il " a " les enfants. J'ajouterais malheureusement qu'il les détient en otage !

Si la garde alternée ne doit être utilisée pour règler des problèmes de tensions entre parents séparés ( du style " tu as 50 alors moi aussi j'ai 50 "), le principe de l'hébergement principal ne garantit aucunement la possibilité d'exercer l'autorité parentale de manière conjointe, au contraire ! ( de " 50 ", je suis passée à " 0-20 ", sous prétexte que je dois " assumer mon choix " !).

Pour conclure, je dirais et donnerais comme conseil à ceux ou celles qui souhaiteraient abandonner la garde alternée pour des raisons similaires aux miennes ou autres, de ne pas se sentir coupables au point de ne pas se battre au moment même du changement pour définir les nouvelles conditions de l'hébergement et pour obtenir des garanties quant à l'exercice de l'autorité parentale conjointe ( si pour autant des garanties peuvent être obtenues mais bon ...). Plus tard, tout devient beaucoup plus difficile.

Réponse le 10 juin 2004, par Jean-Yves HAYEZ 

En principe, nous avions décidé de ne pas publier de cas particuliers sur le forum ; nous publions néanmoins volontiers le vôtre, tant il est digne, nuancé et appelle la réflexion de tous. Nous espérons de tout coeur que le papa de vos enfants comprendra qu'il est de l'intérêt de ceux-ci de vous garder en place, comme leur mère vivante et co-responsable d'eux avec lui, et que cette autorité conjointe pourra mieux s'exercer dans la coopération.



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Situation 6 le 23 juillet 2004. 

Monsieur le Professeur,
Cher Monsieur,
Votre article m'a vivement interessée puisque depuis janvier 2002, je vis une situation de garde alternée. Quand le père de mes enfants m'a annoncé sa décision de me quitter, il m'a immédiatement fait part de son intention de demander la garde de nos deux enfants , alors âgés de 8 ans et de 5 ans et demi.
Quoique je subisse ce divorce ( toujours pas prononcé ), qu'en tant que femme , j'ai des griefs à son égard, en tant que mère j'estime son choix et je suis satisfaite qu'il l'ai posé pour nos enfants qui nous aiment " également " et que nous aimons l'un et l'autre. C'était un choix difficile pour lui, car il exerce une profession libérale très dévorante , et que jusqu'à notre séparation, il ne rentrait souvent qu'à 20 h00 et travaillait souvent une partie du samadi. Mais pendant sa présence à la maison, il était magnifiquement proche des enfants. Il l'est encore N'édulcorons pas le tableau toutefois ; une séparation est toujours destrutrice ( sauf comportement préalable grave d'un des deux parents, auquel cas elle est salvatrice ) et l'est donc pour les enfants " Vous nous avez volé une grande part d'enfance " " Pourquoi devrions-nous vous respecter puisque vous n'avez pas respecté votre engagement de parents, la naissance d'une enfant étant un choix et l'enfant pouvant attendre de grandir en présence de ses deux parents " dit ma fille, mon fils ajoutant : " Je ne serai plus jamais heureux puisque quand je suis chez toi je suis triste de ne pas être chez papa et vice-versa"
Je suis d'accord avec la majeure partie de votre article - et notamment l'importance des conditions matérielles -, je le suis moins sur la consultation éventuelle de l'enfant sur son intérêt pour la garde alternée ; ma fille avec laquelle, j'avais abordé le sujet m'a dit un jour que je devais " me mettre dans la tête qu'elle nous aimait autant l'un que l'autre, qu'on ne l'avait pas consultée sur la séparation qu'elle devait subir et que donc il ne fallait pas lui demander son avis et que pour un enfant, c'était un choix impossible à faire ".

Mon divorce n'est pas terminé et les conflits avec le père de mes enfants sont encore vifs : nos relations sont tendues et l'éducation des enfants, toujours difficile, est un défi permanent
 désaccord sur certaines options et discussions ( disputes )entre nous longues et stériles par écrit pour des motifs parfois futiles.
 complication réelle de la vie quotidienne, pour des petits riens mais qui du fait de la séparation , sont difficiles à règler.
 coût réel de cette solution.
 pour le parent qui n'a pas refait sa vie, succession pénible de semaine " vide " et de semaine " dense ".
 attitude des enfants encore plus exigeante : comme le temps nous est compté ( une semaine ), les enfants exigent sans doute une disponibilité encore plus grande ce qui entraîne peut-être un surinvestissement de chaque parent.
 horaire démentiel pendant ma semaine : en effet, comme autrefois et par la force des choses, alors que je travaille désormais à plein temps, j'assume 95 % de l'intendance des enfants ( rendez-vous médicaux, suivi scolaire, tous les achats, jusqu'au le lavage de tous les vêtements ) et sans parents pour m'aider ; je dois donc faire sur une semaine ce que les autres parents peuvent étaler ;

je crois toutefois que c'est le prix à payer pour que les enfants soient le mieux possible ( et ceci est également vrai pour de très nombreux couples mariés, les pères se reposant encore sur les mères pour cette intendance ; et bien sûr, je fais des comptes au jour le jour, collectionnant toutes les souches et factures se rapportant aux enfants ; comme de nombreuses autres femmes, je me heurte à l'écueil de la mauvaise volonté parfois des pères pour verser la contribution

Toutefois, je considère que la garde alternée - dans notre cas certainement - est la moins mauvaise des solutions ; l'entourage des enfants a le sentiment que c'est une réussite et pour peu certaines femmes ( voire hommes ) " envieraient " cette solution, vu l'investissement du père de famille. Plusieurs conditions sont propices :
 les habitudes propres aux enfants ( école, parascolaire, amis ...) n'ont pas été modifiées par la séparation.
 nous n'habitons pas trop loin.
 la garde commence le vendredi soir à 18h00 : en clair le parent dont la semaine commence va tout simplement chercher les enfants à l'école ; les contacts entre les deux parents sont évités, les enfants sont protégés de toute crispation ; c'est vraiment formidable comme système pour chacun , même si comme dans tous les cas, la soirée de retour est un peu agitée.
 on esssaie de donner un bref feed-back ( e-mail ) de la semaine à l'autre parent.
 on tâche d'éviter toute inquisition stérile sur l'autre famille.
 garder un certain respect pour l'autre du moins en tant que parent.
 éviter toute rivalité affective avec l'autre parent ; lorque la première fois que mon fils, que je venais de gronder, m'a sorti " j'aime beaucoup mieux papa et je suis beaucoup plus heureux chez lui ", je lui ai répondu en pleurant " avec tout ce que je fais pour vous, comment-tu peux me parler ainsi ". Réaction stupide qui ne peut qu'aboutir à une impasse et à une escalade dangereuse. J'y ai beaucoup réfléchi et la seconde fois que mon fils m'a fait une telle sortie, en le regardant calmement, je lui ai répondu " Je suis heureuse que tu aimes papa, d'entendre que c'est très bien chez lui car comme chez nous c'est vraiment pas mal, chez papa celà doit être vraiment extraordinaire " ; mon fils était étonné de mon calme et de mes mots et aucun de mes deux enfants n'a plus jamais fait de telle sortie.
 ce n'est pas facile pour certains tempéraments, mais je crois que l'on vive en couple ou séparé, aucun parent ne doit se sentir triste , rejeté de voir qu'à un moment de son évolution un enfant est plus proche de l'autre parent, " l'aime plus" , bien au contraire : c'est une belle confirmation du choix fait d'avoir un enfant avec cet homme ou cette femme.

Voici, un simple témoignage sur la garde alternée, la meilleure manière, quand elle est possible - selon moi pour les enfants et les parents de garder des contacts avec la vie réelle de chacun, source d'enrichissement mutuel et contribution importante au lien affectif.

Réponse le 27 juillet 2004, par Jean-Yves HAYEZ 

Nous avons publié sans hésiter votre témoignage qui est " vécu " , authentique et réaliste. Votre ex-mari et vous entriez dans cette catégorie de familles où l'application de la garde alternée ne va pas de soi, mais où elle peut être tentée à l'essai ... ici, l'essai a été réussi, probablement entre autres parce que le papa et vous avez su faire la part des choses entre vos tensions d'adultes et le fait de ne pas disqualifier l'autre parent face à l'enfant ... nous trouvons admirable, notamment, votre deuxième réponse à votre fils ( la première ne nous a pas paru stupide mais bien humaine ... tout en étant en effet provoquante pour qu'il en remette !) .Puissent de nombreux parents s'inspirer de votre deuxième réponse, digne d'un livre de thérapie familiale !

Faut-il demander leur avis préalable aux enfants ? Sur ce point, nous divergeons peut-être un peu ... Nous pensons que cela vaut la peine d'essayer, surtout avec les plus âgés, à partir de six, sept ans ... l'idée étant, non pas de savoir qui ils aiment le plus, mais s'ils souhaitent émettre un voeu sur leur séjour futur. ETANT BIEN ENTENDU QUE CE N EST PAS EUX QUI DECIDERONT. Etant bien entendu aussi qu'ils ont le droit d'être indécis ou de se taire ... avec ces préalables, si un souhait " fort " a l'air stable ... ou, encore plus, s'il surgit une aversion forte et stable, pourquoi ne pas en tenir compte dans la mesure du possible ?



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Situation 7 le 20 août 2004, par une maman. 

Je suis actuellement en attente de la décision du juge pour la garde alternée demandée par mon ex-mari. J'avoue ne pas être très chaude à cette idée car mes enfants n'était pas vraiement demandeur comme l'a dit leur père. Ils ont 5 - 10 et 12 ans ( 3 garçons ), ils ne sont pas toujours facile mais depuis son départ, leur père à tellement changé à tous points de vue que nous ne sommes plus du tout du même avis quant à l'éducation à leur donner, de plus il se laisse influencer par sa compagne et c'est elle qui gère nos enfants. Dans ces condition, je ne vois pas ce que mes petits hommes vont en retirer de cette garde car leur père ne sera pas plus disponnible pour eux, ce n'est pas lui qui aura la charge scolaire et les déplacements pour les activités sportives. Il y a également le fait qu'avec leur père ils doivent partager avec la petite fille de sa compagne habituée à être seule, elle estime que mes enfants sont des intrus. Après en avoir discuté avec mon fils ainé, celui m'a avoué être très triste de ne pas voir son père mais il ne sait pas choisir entre nous deux ( ce qu'on ne lui demande pas mais qu'il pense que l'on fait puisque le juge va les entendre en septembre puis prendra sa décision suite à l'entretien des 2 ainés ) mais il trouve que ma maison est SA maison, son père étant allé habité chez sa copine. De plus le climat entre mon ex et moi n'est pas au beau fixe même si lors des échanges nous faisons ( tous les deux je suppose ) des efforts pour être aimable. Les rancoeurs sont tjrs présentes. Financièrement également c'est un problème, je suis seule et je paie un loyer qui est plus de la moitié de mon salaire si on me retire les parts contributives et la moitié des allocations fam. je n'aurais plus rien à mettre dans l'assiette de mes enfants ! Que faire alors ? D'autant que chez papa en ce moment on dépense à tort et à travers afin d'amadouer les enfants ... Je ne sais plus faire confiance à mon ex-mari et ainsi je nous vois mal communiquer de manière honnête comme il faudrait que cela se fasse. J'attend la décision d'un juge qui à partir de là va mettre la vie sans dessus-dessous. Pensez-vous que dans ces conditions un garde alternée soit la meilleure solution pour mes 3 gamins ? 

Réponse le 23 août 2004 par Jean-Yves Hayez 

Votre témoignage illustre bien combien il est difficile d'avoir une position tranchée, péremptoire, qui dirait sans hésiter : " Ceci est certainement mieux ...". Votre fils aîné exprime un dilemme profond, présent chez beaucoup d'enfants dans son cas : d'une part, se sentir bien dans UNE maison, un chez soi, sa maison, son nid ... et d'autre part, ne vouloir être privé ni de son papa, ni de sa maman ... Le juge va s'efforcer de les écouter, vos deux plus grands ... mais sa décision sera quand-même de l'ordre d'un pari sur ce qui convient le moins mal à vos enfants ... espérons qu'il acceptera de la considérer comme une décision révisable, après un an par ex ... ou si un enfant montre qu'il ne s'y adapte pas ...
Vous faites allusion aussi, très honnêtement, à la gêne financière où risque de vous mettre une garde alternée, et ceci me semble bien injuste ...
Selon l'ODE, l'idéal, ici, aurait été que vous auriez pu vous entendre à l'amiable avec le papa des enfants pour permettre une circulation souple des enfants entre les deux domiciles, à l'amiable, avec d'éventuels séjours prolongés chez le papa ...



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Situation 8 le 11 octobre 2004 par Marie. 

Bonjour
C'est avec beaucoup d'attention que je viens de lire votre article Mon ex concubin et moi avons opté pour la garde alternée. Notre fille a aujourd'hui 3 ans 1/2 et depuis septembre 2003 elle vit une semaine chez l'un et une semaine chez l'autre. Son père et moi même vivons à 5mn à pied l'un de l'autre, nous avons gardés d'excellente relations malgré notre séparation . Julia, notre petite fille semble s'être parfaitement adaptée à sa nouvelle vie, elle sait que pendant une semaine elle habite chez maman et Juju, et une semaine chez papa et Juju. Nous avons tous les deux son père et moi, pratiquement le même niveau de vie ( pas du tout celui de gens aisés ).

Vous pouvez donc légitimement penser que tout semble se dérouler de la meilleur façon possible, cependant je me pose tout de même beaucoup de questions.

Je voudrais savoir s'il est possible que d'une façon ou d'une autre notre fille puisse subir un traumatisme quelconque qui résulterait de ce mode de vie particulier ?

C'est une enfant épanouie à tous les points de vue, mais serait-il possible que nous ne voyons pas certaines choses ? Je m'inquiète peut être trop et c'est d'ailleurs uniquement sur ce point que son père et moi ne sommes pas d'accord.

Merci de m'avoir lu, et j'espère que vous aurez la possibilité de me répondre.

Par avance, merci.

Marie

Réponse par Jean-Yves Hayez 

Je vous réponds bien tardivement ; je me réjouis, avec vous de l'excellent état affectif de Julia ... si vous relisez notre article sur la garde alternée, et notamment sa section consacrée aux tout petits, vous verrez que notre réserve, ce n'est pas qu'on les déplace beaucoup, mais que - presque par la force des choses - on les déplace sans qu'existe un sourire entre les parents ... comme ce sourire semble exister entre le papa et la maman de Julia, celle-ci a donc très bien supporté son double ancrage ... continuez à vous sourire, c'est-à-dire à distinguer votre vie d'adultes et votre coopération de parents ! Bien à vous



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Situation 9 le 21 décembre 2004, par Alexa et jean. 

Bonjour,
Mon mari et moi envisageons de nous séparer mais nous continuons à nous parler et surtout à nous respecter. La garde alternée est une évidence pour nous ; je ne veux pas priver mes enfants de leur père et vice versa. Notre cohabitation actuelle se passe bien et les enfants vont bien. Je crois que nous redoutons tous les deux le moment où la garde alternée se mettra en place car nous aimons nos enfants et nous voulons le meilleur pour eux. Mon inquiétude c'est qu'ils sont tout petits : 15 mois et 4 ans. Avez vous des conseils sur la durée la plus adaptée, la façon de leur expliquer, la façon de la mettre en place ( progressivement , directement ???) Avez-vous des exemples de cas où les enfants sont si petits. Comme le dit votre article je me rassure en me disant que notre respect et notre entente feront qu'ils pourront se développer dans un environnement suffisamment aimant et respectueux de l'autre.
En vous remerciant par avance de vos témoignages et réponses.
Alexa et jean

Réponse le 26 décembre 2004, par Jean-Yves HAYEZ 

Le plus important de votre texte, c'est bien sûr que le papa des enfants et vous, vous gardez des relations suffisamment positives ... s'il en est ainsi, vous serez rassurée et souriante au moment où vos enfants passeront de vos bras à ceux de leur père ( et vice-versa ) et c'est cela qui leur fera du bien. De même, vous leur parlerez positivement de leur papa quand ils seront en séjour chez vous, à l'occasion, informellement, et cela aussi contribuera à leur paix intérieure ( et vice-versa ). Enfin, au fur et à mesure qu'ils grandiront et qu'ils auront leurs petites obligations sociales, vous n'appliquerez pas la garde alternée de façon rigide, mais elle restera au service de la vie harmonieuse des enfants : dans de telles conditions, vive la garde alternée si les deux parents le désirent et aussi longtemps que les enfants s'en trouvent bien ( à revoir à l'adolescence ...) !

Vu l'âge des enfants, je vous recommande néanmoins d'y aller progressivement, et de commencer par des alternances courtes ( p.ex une demi-semaine ) avant l'âge de six ans pour l'aîné ... pas de vacances trop longues non plus avant les trois ans du petit.

Quant à ce qu'il y a à dire, vous me semblez à même de trouver un langage de vérité qui dissocie vos problèmes d'adultes et ne leur donne pas l'illusion que de si gentils parents vont se remettre ensemble ... et qui, d'autre part, rassure sur la permanence du lien affectif aux parents.

Bien à vous JYH



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Situation 10 le 31 décembre 2004, par Michel. 

J'ai deux enfants en garde alternée ( 5 et 9 ans ). Celle-ci est en place depuis juillet 2002. Je suis divorcé depuis bientôt un an. Je n'ai jamais empêché mon ex de contacter les enfants par téléphone lorsqu'ils sont avec moi. Lorsque j'appelle mes enfants chez leur mère, c'est toujours l'ami de mon ex qui filtre les appels. Comme je ne souhaite pas avoir de contact avec cette personne qui m'a déjà manqué de respect plusieurs fois, j'ai établi un code avec mon fils pour qu'il sache que c'est moi qui appelle et qu'il décroche. Malheureusement l'ami de mon ex ayant découvert cette combine interdit à mon fils de décrocher le téléphone. J'ai décidé d'emmener mon fils et ma fille chez une psychologue pour essayer de trouver une solution à ce problème. Je souhaiterais savoir quels sont les droits des enfants et ceux des parents séparés concernant les appels téléphoniques si aucune mention n'apparaît dans les accords du divorce. Ou me renseigner ? Existe-t-il un texte juridique auquel il est possible de se référer. Comment faire pour obtenir officiellement le droit de téléphoner aux enfants. Dois-je acheter un téléphone portable à mon fils ? Je ne pense pas qu'il sera autorisé par l'ami de mon ex à utiliser ce téléphone. Je pense être un bon père mais j'accepte difficilement les brimades qui me sont imposées par l'amie de mon ex qui n'a pas d'enfants et qui semble vouloir s'approprier les miens. Je laisse à tout hasard une adresse mail ( c'est un pseudo ) à laquelle j'aimerais recevoir des messages par des personnes confrontées au même problème que moi.  

Réponse le 12 janvier 2005, par Jean-Yves HAYEZ 

Je ne crois pas qu'il existe des textes de loi qui vont jusqu'à codifier des détails de vie aussi précis que les appels téléphoniques et, de surcroît, leur quantité.

C'est le bon sens et la capacité d'aimer présente chez chaque parent qui devrait s'exercer ici. En référence à quoi, le parent chez qui réside l'enfant à un moment donné devrait comprendre que ça fait du bien à celui-ci de recevoir de temps en temps un petit bonjour de l'autre parent ... il devrait permettre aussi des coups de téléphone raisonnables qui aident à régler le séjour à venir chez cet autre parent. Réciproquement, le parent chez qui l'enfant ne réside pas pour le moment devrait pouvoir accepter cette séparation, laisser à l'enfant la paix de bien vivre là où il est, et ne pas avoir besoin de donner des coups de téléphone plus ou moins longs tous les jours pour démontrer qu'il est là et pour harceler son ex ...

Faire faire des choses secrètes à un enfant ( par ex, communications secrètes via portable ) est une décision très grave. Nous ne disons pas qu'elle ne se justifie jamais ; dans quelques cas, elle constitue le moindre mal, mais ... il faut très bien réfléchir aux conséquences psychologiques induites ainsi chez l'enfant, que l'on risque de culpabiliser ou de mettre en position de toute-puissance par rapport à la loi.
Bien à vous JYh



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Situation 11 le 22 janvier 2005. 

Bonjour, 
Ma demande est un peu particulière étant donné que c'est à propos du divorce de mon père et de ma belle mère que je vous écris. Je m'interroge et m'inquiète car mon père et ma belle-mère ont eu un garçon qui a maintenant 12 ans et il semble que mon père ait joué le rôle de figure parentale stable, au vu de l'état depressif chronique de ma belle- mère. Mon frère a grandi dans une atmosphère quasi permanente de conflit entre ses parents et il en est venu à évoquer lui même la séparation de ceux-ci. Enfin, pour finir ce tableau sombre, mon père a également joué un rôle important dans la séparation entre sa femme et son fils car celle-ci n'accepte pas de voir son enfant grandir qu'elle douchait jusqu'à l'âge de 11 ans et qu'elle supplie de temps à autre de venir lui savonner le dos ... Bref, mon frère s'est toujours saisi de la présence de mon père pour tenter de barrer l'intrusion de sa mère. Maintenant qu'ils divorcent il est bien sûr évident que pour elle, il est impensable de concevoir une garde alternée et mon père a effectivement peur de perturber son fils en bataillant pour l'obtenir. Pensez-vous que le climat de conflit autour de cette séparation et de la garde de mon frère lui soit plus préjudiciable que de vivre uniquement chez sa mère ?

Réponse le 24 janvier 2005, par Jean-Yves HAYEZ 

Un préadolescent de 12 ans devrait être soigneusement écouté, par des personnes sereines et neutres, quant à ses souhaits spontanés. Si c'est nécessaire, il pourrait même demander à être écouté par le magistrat qui sera responsable de la décision. Ses propositions éventuelles ne font pas la loi, mais sont quand-même un élément à ne pas négliger !

Au vu de ce que vous racontez, et à supposer que vous soyez bien objective, deux solutions pourraient être positives :

 que l'hébergement principal se passe chez votre père : votre frère ne serait pas le premier adolescent masculin, loin de là, à bénéficier de la sorte d'une occasion de grandir à distance du lien oedipien et de trouver un modèle d'identification proche chez son père.

 Déja moins favorable, un hébergement alterné, car il bénéficierait au moins à mi-temps de ce ressourcement masculin structurant.

Inconvénients : beaucoup d'ados n'aiment pas trop d'avoir leur vie matérielle et sociale scandée en deux ; la solution risque d'accroître les tensions entre parents, au moins au début, et votre frère vivra souvent sous un orage lourd. Enfin, les domiciles parentaux sont-ils assez proches pour le permettre ?



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Situation 12 le 29 janvier 2005 par Monsieur R. 

Bonjour

Bonjour. 
Je suis dans un des cas cité dans votre article que j'ai trouvé sur internet. J'ai une garde alternée depuis 4 ans de une semaine sur deux, mais la loi du travail fait que je dois quitter la région parisienne et me fixer à G. ( 500 km ). Après avoir évoquer mon changement de métier avec ma famille, mon fils ayant perçu les bribes de conversation et ayant compris, m'a surpris un soir en m'indiquant que si je partais il souhaitait faire une année sur deux, en me précisant que une semaine sur deux ne marcherait plus. Je lui ai indiqué que cela pouvait être une bonne idée si sa scolarité ne posait pas de problème. J'ai évoqué la question avec la maman qui n'est pas d'accord. Mon fils a 9 ans et nous avons une garde alternée depuis 4 ans qui se passe bien, avec un très bien quand les arrangements vont dans le sens de la maman.

Théo est un garçon plein d'idées et je pense un peu en avance

Je n'ai jamais poussé Théo à prendre une position, et ne lui ai répondu à ces questions, que ce projet n'était pas encore abouti et que l'on en reparlerait quand ce sera le moment. Donc il a fait son cheminement tout seul et j'ai été le premier surpris de sa réflexion, sur quoi je lui ai répondu que cela pouvait peut-être se concevoir mais qu'il fallait réfléchir, et se demander comment faire pour que cela se passe bien. Je pense que cette idée pour sa part est stable car il en parle depuis 2 mois aujourd'hui et se plaint que sa maman n'est pas d'accord.

Pour sa scolarité, c'est un bon élève, mais qui s'ennuie très vite en cours et est rêveur, donc fait en sorte d'obtenir la moyenne pour ne pas être embêté par les professeurs et ses parents. Je me suis permis quand même de lui dire que pour son idée de garde alterné annuelle, il fallait qu'il fasse des efforts à l'école, et il travaille plus assidûment depuis, donc je pense que son idée est stable.

Sur G. nous avons déjà des amis, et il est passionné d'écologie, je l'emmène souvent avec moi, pêcher à la mouche, parcourir les bois ou les marais à la découverte des oiseaux, et il est un des rares enfants que je voie à réclamer ces sorties, et à tenir une journée entière à traquer les truites ou à rester avec des jumelles à observer la nature pendant des heures. Et je pense qu'il est capable de faire des rencontres, car à chaque fois que nous sommes partie en vacance, il a toujours eu des copains autour de lui très rapidement. Pour le sport il fait un peu de gymnastique avec moi, mais actuellement, il fait de la batterie depuis 2 ans à sa demande, ( je suis musicien ) et semble assez doué.

Je souhaite savoir si il existe des cas ( jugement ou autre ) ayant ce style de garde et ce que vous pensez que cela peut apporter à l'enfant et si il y a des inconvénients.

Merci de votre réponse et je peux vous apporter des renseignements supplémentaires si besoin est.

Cordialement . Monsieur R.

Réponse par Jean-Yves Hayez. 

Monsieur R,
je vous remercie pour votre mail où apparaît toute votre sensibilité et votre gentillesse qui, à mon sens, est partagée par votre petit garçon. Je suis persuadé qu'il a eu l'idée tout seul. Je ne la rejette pas comme si elle était mauvaise, mais elle n'a pas ma préférence parce que : 

. Théo sous-estime les difficultés d'adaptation et de réadaptation scolaire que cela va lui demander. 

. Théo a besoin d'un " tissu social " stable pour grandir et prendre petit à petit son envol ( amis, sports, activités culturelles, ...)

Ma préférence à moi va pour la solution suivante : il fait savoir chez quel parent il veut vivre l'année scolaire et il va chez l'autre parent le congé de Toussaint et de Carnaval et les 2/3 des vacances de Pâques, de Noël et des grandes vacances. S'il est incapable ou non désireux de s'exprimer, vous choisissez à sa place, sa mère et vous : on pourrait imaginer, par exemple, qu'il soit l'année scolaire chez sa mère jusque la fin de sa sixième primaire, puis chez son père par la suite : ça peut être important, pour un jeune adolescent garçon, de vivre chez son père ! Théo acceptera d'autant mieux ces idées que ses parents les lui présenteront comme positives.
Merci de votre confiance, Monsieur.



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Situation 13 le 12 mars 2005, par Delalleau Gérard. 

1354 route de st jacques 06810 Auribeau sur siagne. 

Nous avons choisi la garde alternée de nos enfants âgés de 18 et 16 ans tous deux étudiants, au domicile familial non vendu, devenant un bien en indivision ( convention temporaire d'indivision ).Les enfants n'avaient qu'une seule adresse et donc conservaient leur univers, leurs amis, c'étaient les parents qui à tour de rôle venaient au domicile des enfants. Le juge aux affaires familiales a rejeté cette convention et donc le divorce, car à ses dires, elle n'est pas conforme à la loi, avec obligation de repasser devant le notaire pour rectifier l'acte qui engendrera encore des frais. La garde alternée doit se produire à deux adresses différentes, celle de la mère et celle du père ? 

Réponse le 13 mars 2005, par Jean-Yves HAYEZ 


Chaque situation familiale est bien sûr particulière. La solution que vous aviez trouvée convenait sans doute à votre famille, mais l'ODE attire l'attention des lecteurs sur le fait qu'elle ne peut pas constituer une recette ( même si Françoise Dolto l'avait préconisée un jour ... mais même Dolto n'est pas vérité d'Evangile !).

Pour des grands adolescents, ça peut convenir ... les plus jeunes, par contre , verraient se développer trop de sentiments de toute-puissance à se sentir, eux, les maîtres et les gardiens de la maison dont les invités seraient chaque parent à son tour.

Si cette solution vous convenait, nous sommes consternés d'apprendre que la loi ne le permet pas ; ou alors, que le juge aux affaires familiales n'a pas pu ou voulu chercher avec vos avocats et vous une application souple de la loi qui aurait permis qu'un souhait consensuel s'officialise ; les lois civiles devraient être au service des gens et pas l'inverse !


je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : 

Situation 13 le 12 mars 2005, par Delalleau Gérard. 

1354 route de st jacques 06810 Auribeau sur siagne. 

Nous avons choisi la garde alternée de nos enfants âgés de 18 et 16 ans tous deux étudiants, au domicile familial non vendu, devenant un bien en indivision ( convention temporaire d'indivision ).Les enfants n'avaient qu'une seule adresse et donc conservaient leur univers, leurs amis, c'étaient les parents qui à tour de rôle venaient au domicile des enfants. Le juge aux affaires familiales a rejeté cette convention et donc le divorce, car à ses dires, elle n'est pas conforme à la loi, avec obligation de repasser devant le notaire pour rectifier l'acte qui engendrera encore des frais. La garde alternée doit se produire à deux adresses différentes, celle de la mère et celle du père ? 

Réponse le 13 mars 2005, par Jean-Yves HAYEZ 


Chaque situation familiale est bien sûr particulière. La solution que vous aviez trouvée convenait sans doute à votre famille, mais l'ODE attire l'attention des lecteurs sur le fait qu'elle ne peut pas constituer une recette ( même si Françoise Dolto l'avait préconisée un jour ... mais même Dolto n'est pas vérité d'Evangile !).

Pour des grands adolescents, ça peut convenir ... les plus jeunes, par contre , verraient se développer trop de sentiments de toute-puissance à se sentir, eux, les maîtres et les gardiens de la maison dont les invités seraient chaque parent à son tour.

Si cette solution vous convenait, nous sommes consternés d'apprendre que la loi ne le permet pas ; ou alors, que le juge aux affaires familiales n'a pas pu ou voulu chercher avec vos avocats et vous une application souple de la loi qui aurait permis qu'un souhait consensuel s'officialise ; les lois civiles devraient être au service des gens et pas l'inverse !


 

 


Création le 26 mars 2005.
Dernière mise à jour le dimanche 11 avril 2010.

ds.ds



 

 


Fin du dossier





































Situation 3 le 9 avril 2004 par S.
Situation 4 le 2 juin 2004, par Didier.
Situation 5 le 10 juin 2004 par une maman.
Situation 6 le 23 juillet 2004.
Situation 7 le 20 août 2004, par une maman.
Situation 8 le 11 octobre 2004 par Marie.
Situation 9 le 21 décembre 2004, par Alexa et Jean.
Situation 10 le 31 décembre 2004, par Michel.
Situation 11 le 22 janvier 2005.
Situation 12 le 29 janvier 2005 par Monsieur R.
Situation 13 le 12 mars 2005, par  Gérard.

 
article publié dans Arch. Pédiatr. 2001; 8 : 1239-45.


QUELQUES ILLUSTRATIONS (1).



Partons d'un paradigme fréquent : Valérie, spectatrice ingrate du décès de sa mère.

Valérie, six ans et demi est très ambivalente vis-à-vis de sa maman ; à une dimension d'attachement, présente depuis toujours, coexiste un courant de rivalité et d'opposition, la maman s'avérant elle-même maladroite et autoritaire, et le papa assez lointain. La maman est frappée brutalement par un cancer qui exige de nombreux séjours hospitaliers, des soins lourds et qui la laisse très fatiguée et irritable. Le papa ne peut modifier que très peu l'organisation de sa vie, et guère ses attitudes. Valérie est donc souvent seule avec sa maman peu disponible. Les deux parents ne peuvent et ne veulent pas qu'on lui explique ce qui se passe. La version officielle c'est que « maman a été un peu malade, mais ça va aller mieux »

Valérie interprète mal le changement d'attitude de sa maman, et l'ambiance lourde qui s'abat sur la famille. Elle pense souvent que c'est à cause d'elle, comme une punition. A d'autres moments, elle a l'impression que sa mère est de mauvaise volonté, gratuitement, et elle lui en veut donc de ce qu'elle prend pour de l'indifférence nouvelle ... Voici donc Valérie plus tyrannique, plus opposante, plus encline aux bêtises que jamais ... Petit-à-petit, elle commence à se douter de la gravité de la situation, elle dessine des squelettes et des morts à l'école ... mais elle ne reçoit toujours pas de réponse de la part de ses pa rents eux-mêmes terrorisés ... Finalement, lors d'un dernier séjour en clinique, la maman meurt inopinément, sans que l'enfant y ait été officiellement préparée. La maman n'a pas pu lui dire que bien plus profond que l'irritation superficielle, un amour stable existait toujours dans son chef.

Par la suite, Valérie présente un sérieux état dépressif, centré sur la perte de l'être aimé, la culpabilité et la mauvaise image de soi. Toutes ses performances chutent, et elle se montre plus difficile que jamais, persuadée que c'est là son destin. Elle reste marquée au fer rouge par la réprobation de tous, à commencer par celle de son papa, qui ne peut s'empêcher de penser qu'elle a quelque peu précipité la mort de son épouse, et qui supporte donc de moins en moins bien la fillette.



Participations circonstancielles au décès d'un proche.



Emanant occasionnellement de l'entourage survivant, cette attribution d'une responsabilité à l'enfant à propos de la précipitation, voire de l'occurrence pure et simple d'une mort, ne constitue pas un problème simple. Quand elle existe, il est fréquent qu'elle vienne accroître chez l'enfant une culpabilité qu'il s'était déjà partiellement auto-créée. Or, cette attribution est loin d'être toujours objective !

 - a) L'exemple le plus simple est celui de l'enfant dont la naissance est à l'origine de la mort de sa mère. Il y a aussi l'enfant qui entraîne dans la mort le parent qui tentait de le sauver, surtout si le danger gravissime a été provoqué par son imprudence d'enfant. Dans ces contextes, il n'est pas rare que les adultes survivants éprouvent du ressentiment à son égard. Or l'enfant n'a jamais été que la cause involontaire d'un drame ; il n'a certainement pas la responsabilité active d'avoir voulu la perte de l'adulte.

 - b) Voici un exemple plus délicat : le comportement difficile d'un jeune adolescent exaspère tellement son père que, faute de vigilance, celui-ci commet une maladresse mortelle, comme de tomber d'une échelle ... ou encore, un infarctus mortel suit de près une altercation. Dans ces conditions, la culpabilité qui s'en suit spontanément, et que l'entourage arrose, risque d'être aussi énorme que déniée. On voit plutôt s'installer ou s'exacerber des troubles du comportement et des échecs par lesquels le jeune se confirme à lui-même et confirme aux autres qu'il ne peut être qu'un bandit, et par lesquels il s'étourdit comme il peut. Pourtant, au fond, il est très rare qu'il ait voulu « pour du vrai » la mort du parent. En outre, même s'il est parfois probable que les difficultés du moment, vécues et agies par l'enfant, ont joué un rôle dans l'occurrence de la mort, leur persistance impliquait bel et bien la responsabilité de toute la famille qui s'est avérée momentanément soit impuissante, soit non désireuse de faire tout le nécessaire pour améliorer l'ambiance relationnelle. Par la suite, il est donc bien injuste de prendre l'enfant comme bouc-émissaire du malheur arrivé.

 


Participations actives au décès d'un proche.



Il est des cas encore plus délicats, qui portent plus souvent sur la mort d'un frère ou d'une soeur que sur celle d'un parent et que nous illustrons par deux exemples.

 - a) Pierre ( huit ans ) s'est vu confier pour deux heures la garde de Damien ( trois ans ) Occupé par une émission de télévision, il « oublie » sa mission et Damien, explorant seul le garage, renverse une étagère qui l'écrase et le tue.
Comment comprendre l'oubli de Pierre ? Simple et vraie défaillance de mémoire chez un enfant distractible ? « Acte manqué » exprimant des idées plus ou moins inconscientes comme le refus d'être trop souvent interpellé comme l'aîné de corvée ..., le désir de s'opposer aux parents ..., jusqu'au désir de mort dirigé vers le petit frère « en trop » dans la vie de Pierre ?
Mais même dans cette dernière alternative, peut-on considérer comme faute ce processus où n'existait pas l'intention volontaire et consciente de tuer Damien ? N'y a-t-il pas une part de responsabilité des adultes, voire de la société occidentale toute entière, qui a recréé tant d'isolement des familles nucléaires ? Pierre n'a-t-il pas surtout besoin qu'on lui donne l'occasion de se comprendre lui-même, via une psychothérapie menée avec délicatesse ? N'a-t-il pas besoin aussi qu'on lui donne l'occasion de réparer, par des activités positives, le drame à l'origine duquel il a été ?


 - b) Quant à Noémie ( quatre ans et demi ), il est clair qu'elle déteste depuis toujours Mathieu ( quinze mois ) Un après-midi que les deux petits sont laissés seuls dans une grande chambre qui sert aussi de salle de jeux, maman retrouve Mathieu étouffé sous son berceau et ses couvertures renversées, et Noémie prostrée dans un coin, qui se balance en répétant plaintivement « pas bobo ... pas bobo » Surtout chez des enfants d'âge préscolaire, lorsque la jalousie est forte, le désir de mort peut parfois donner lieu à des actes intentionnellement éliminatoires du bébé haï. Le plus souvent, le hasard sauve l'enfant agressé de la mort, car les forces et l'habilité de l'agresseur ne sont pas bien grandes. Mais de loin en loin, le drame arrive. Difficile à accepter par l'adulte, parent et professionnel. Ce seront éventuellement de purs a priori, ou des dénégations de l'horreur et de la culpabilité, qui feront clamer à cet adulte que celui qui a tué ne savait pas  ... ou n'avait pas compris l'irréversibilité de la mort ... ou a été complètement débordé par ses impulsions. Il en va parfois ainsi, et parfois pas : il se peut qu'il y ait bel et bien eu une programmation, de durée brève certes, mais programmation quand même !
Ici aussi, il est essentiel d'aider avec délicatesse l'enfant agresseur à exprimer tout ce qu'il ressentait. On peut ²manifester de l'empathie pour son vécu, mais aussi lui parler du tabou du meurtre, de la faute qu'il a commise quand c'est le cas et de l'interdiction de récidive. On peut enfin et surtout, comme c'était le cas pour Pierre, lui donner l'occasion de réparer.

 

arbre mort



ORIGINES DE LA CULPABILITE AUTOUR DE LA MORT.



Lorsqu'un enfant se sent en tout ou en partie responsable et coupable de la maladie ou/et de la mort d'un proche, son vécu peut avoir des origines diverses, pas nécessairement exclusives l'une de l'autre, dont voici une liste non-exhaustive :

L'enfant se reproche l'existence de pensées, suivies de comportements auto-estimés négatifs pendant la phase de maladie qui précède souvent la mort. Il en va de même si la mort est brutale, mais pourrait avoir été provoquée ou précipitée par les tensions liées à ses comportements négatifs, eux-mêmes dirigés ou non contre celui qui va mourir. Même s'il ne s'agissait que de pensées hostiles nombre d'enfants, surtout les plus jeunes ; croient qu'elles ont eu une puissance réelle et ont provoqué le drame survenu (« pensée magique »)

D'autres, surtout les plus âgés chez qui la mémoire garde mieux les empreintes du passé, se reprochent de ne pas avoir été parfaits au moment de la maladie : pas assez serviables, affectueux, ou simplement présents auprès du malade. Certains adolescents se reprocheront d'avoir exprimé des demandes d'autonomie et voulu prendre distance de la famille et du malade, alors qu'ils n'avaient pas remarqué ou pas voulu tenir compte sur le moment de la situation qui se dégradait.


L'enfant peut également se faire ces reproches d'imperfection après la mort, s'il a l'impression de ne pas correspondre aux attentes trop rigides des adultes survivants : par exemple, attentes qu'il n'encombre pas, qu'il soit éternellement triste comme eux, ou qu'il soit un parfait consolateur.

Et il y a aussi les reproches que l'on peut se faire pour avoir éprouvé une part de soulagement parce que le malade est mort : tel jeune pense que la vie est plus confortable, voire même se sent revivre, alors que l'entourage, lui, est encore en plein deuil, et ce jeune peut s'en vouloir d'éprouver de telles horreurs.

La mort une fois advenue, certains, dans le décours de leur vécu oedipien, s'asseyent massivement et rapidement dans le fauteuil laissé libre par le disparu ; parfois ça ne leur pose aucun problème intérieur ; parfois, ils ne peuvent pas s'empêcher de le faire, mais ça les angoisse et ça les culpabilise.

Enfin, l'attitude de l'entourage survivant peut alimenter, sinon créer à elle seule, la culpabilité d'un enfant sensible ; nous y avons déjà fait allusion à propos des attributions de responsabilité. Ailleurs, la culpabilité surgit parce qu'un parent survivant reste noyé dans sa dépression et dans l'idéalisation du défunt : l'enfant en conclut qu'il est totalement in compétent pour réveiller son parent si triste, et se sent en faute d'être si minable. Et les choses se compliquent encore si, d'une façon ou d'une autre, ce parent en deuil pathologique fait comprendre à l'enfant qu'il est de trop, voire même qu'il aurait mieux fait de mourir, lui l'enfant, à la place de celui qui est parti.



MANIFESTATIONS CLINIQUES DE LA CULPABILITE.



Vécus intimes de culpabilité.



Tous ces enfants regrettent secrètement d'avoir agi comme ils ont agi, éprouvé ce qu'ils ont éprouvé, pensé ce qu'ils ont pensé ... si pas, plus radicalement, de rester en vie. Ces vécus intimes de culpabilité se situent à un endroit variable, et mouvant dans la durée, sur une échelle dont un des pôles est caractérisé par un refoulement inconscient massif et l'autre, par une représentation consciente claire et douloureuse, jusqu'à en être rongé. Même quand l'enfant se sent consciemment coupable, il n'est pas fréquent qu'il ose l'exprimer, tant il a honte et tant il a peur d'être cruellement puni.

 

Mary Tyler Moore et Timothy Hutton la mère et le fils, dans le superbe film Ordinary People (1980, Robert Redford.)

On en trouve une superbe illustration dans le film Ordinary people de R. Redford (1980) ; Conrad ( dix-sept ans ) sent bien que sa mère lui en veut d'avoir survécu à Bud, son aîné, mort noyé lors d'une sortie en mer des deux garçons. Il s'en suit une mauvaise image de soi et une longue dépression jusqu'à la tentative de suicide.

 

Dépression et régression.



Que la culpabilité soit refoulée ou non, maints comportements sont susceptibles d'en exprimer la présence. Chez certains, il apparaît un tableau d'ensemble d'allure dépressive : tristesse, perte d'intérêt pour les projets de vie ; incapacité de trouver du plaisir autour de soi ; manque de tonus, laisser-aller et chutes de toutes les performances, etc. D'autres régressent plus ou moins intensément vers une manière « bébé » de se comporter. De la sorte, ils demandent encore amour et pitié, en abandonnant les dimensions les plus mûres et les plus autonomes de leur développement, parce qu'ils les jugent mauvaises ou qu'elles ne les rapprochent pas des survivants.

Ces deux dimensions, si elles révèlent parfois l'existence de la culpabilité, expriment aussi la présence de la tristesse liée à la perte, soit normale, soit pathologique par l'intensité et la durée qu'elle revêt. Il n'est donc pas toujours facile de deviner que l'enfant se sent également coupable, autrement que par une écoute attentive.



Autopunition.



Parfois, l'enfant se sent tellement mauvais qu'il désire se punir activement et répétitivement : il y oeuvre via des comportements dont il n'est pas toujours facile de déterminer s'ils sont volontairement programmés ou non. En tout cas, leur répétition devrait finir pas inquiéter : blessures accidentelles ou auto-mutilations, démolition de biens personnels, ruptures de liens, échecs de projets, etc. Il y a aussi les comportements d'anesthésie et d'autodestruction comme le « substance abuse » des Nord-Américains ... il y a enfin, beaucoup plus rarement, des tentatives de suicides ou des suicides.



Comportement négativiste.



Ailleurs, comme l'enfant se sent très mauvais et désespéré à l'idée de ne jamais pouvoir changer, il extériorise un comportement négativiste : il se coupe des autres, s'ingénie à les blesser et à les agresser, et en reçoit des insultes et punitions méritées à ses yeux, mais face auxquelles il joue l'indifférence. Il joue car en fait, on entre dans un cercle vicieux infernal, où l'enfant se sent encore plus coupable de se montrer si méchant et de perturber la vie des autres .


AGRESSIVITE DE L'ENFANT AUTOUR DE LA MORT D'UN PROCHE.



Une agressivité vécue et le plus souvent extériorisée par l'enfant éclate soit dès l'étape de la maladie terminale ( quand elle existe ), soit après la mort. Elle est notamment le fait d'enfants d'âge préscolaire, qui avaient jusqu'alors une relation affective intense et une dépendance matérielle marquée vis-à-vis de celui qui part. Ces enfants sont ingénus, imaginatifs, n'analysent pas bien les enjeux objectifs de la situation, et se sentent donc injustement abandonnés. Mais d'autres catégories d'âge sont également hyper-vulnérables, comme la pré-adolescence et le début de l'adolescence, âges marqués par de nouvelles insécurités, par le réveil des pulsions et par l'exacerbation de la rivalité oedipienne.
Cette agressivité peut avoir plusieurs origines, non exclusives l'une de l'autre.



L'insécurité.



Le jeune enfant peut avoir peur de ce qui rode dans la maison. Avant la mort du malade, il voit la détérioration physique de celui-ci, il voit des appareils mystérieux, il entend prononcer des mots dont l'écho est redoutable dans son imaginaire. Et si des monstres allaient venir chambouler la maison ? Et s'il allait être malade et mourir, lui aussi ? Surtout qu'il n'est pas toujours très sage ... alors, ses petites turpitudes ne pourraient-elles pas lui valoir une condamnation à mort comme sa maman dont on dit peut-être à mi-mot que « après tout ça ne serait pas arrivé si elle n'avait pas tant fumé ... »

Cette insécurité peut s'intensifier encore si l'enfant vivait en famille monoparentale avec un parent occupé à mourir et si la maladie de celui-ci amène beaucoup de ballottages relationnels. Il en va de même lorsque les relations étaient très distantes ou négatives avec l'autre parent en bonne santé : après la mort du parent-support, l'enfant peut redouter du même coup sa solitude, la négligence de cet autre parent, sa non-protection.



Le sentiment d'être abandonné affectivement.



Au moment de la maladie, l'enfant peut ne pas comprendre pourquoi le malade habituellement si gentil n'est plus disponible pour lui. Et après la mort, qu'est-ce que c'est donc ce paradis où il est parti sans sa petite Amélie qu'il disait tant aimer ? Certains enfants peuvent donc se sentir très fâchés parce qu'ils ont l'impression de ne plus être investis. Les voici ostensiblement désobéissants, tapageurs, destructeurs, colériques. S'ils sont plus grands, d'autres conduites plus négatives peuvent apparaître : décrochage scolaire, fréquentation de mauvais amis, actes délinquants, « substance abuse » Ils expriment ainsi tant leur désespoir que leur rage secrète et leur inacceptation de la réalité ; et puis, ne veulent-ils pas aussi attirer l'attention du mort et le faire revenir, tant ils sont malheureux sans lui ? Le parent survivant peut être la cible privilégiée de cette agressivité parce qu'il est taxé d'incompétence radicale, secrètement ou ostensiblement : il a fait cette faute majeure de ne pas avoir pu garder le mort en vie !

 


La culpabilité.



Nous l'avons évoquée dans le paragraphe précédent : parce qu'ils se sentent mauvais, certains enfants se conduisent eux aussi de façon négativiste et agressive.



Un attachement intense et éventuellement secret au défunt.



Certains enfants, surtout les plus âgés et des adolescents, gardent en eux le souvenir du mort comme on garde un trésor douloureux. Ils maintiennent avec lui une relation morte-vivante des plus nostalgiques, comme figée. Ils se montrent alors très farouches si l'on essaie de faire mûrir le processus du deuil familial, par exemple en parlant du mort. Ils mettent aussi agressivement à distance ceux qui tentent de s'approcher d'eux pour les faire revivre. C'est eux enfin qui nourrissent une véritable haine, parfois de longue durée, à l'égard du nouveau compagnon ou de la nouvelle compagne de vie choisi(e) plus tard par le parent survivant, et qu'ils ressentent comme usurpateur intolérable.



Des changements objectifs et frustrants après la mort.



Dans certains cas, la vie quotidienne ultérieure devient plus frustrante, plus stressante, comme on le voit dans un certain nombre de familles monoparentales. Ailleurs, l'enfant a vraiment perdu le parent qui le protégeait ou le chérissait le plus. Et puis, le deuil qu'est occupé à faire le parent survivant diminue parfois largement sa disponibilité  : l'enfant peut vivre tous ces changements à la baisse avec résilience, mais parfois aussi avec dépression et/ou irritabilité.



COMMENT PREVENIR OU ATTENUER CES DEUX COMPLICATIONS DU DEUIL ?

 

la mort Saint-Innocent, auteur anonyme, IIIe siècle P.C.

la mort Saint-Innocent, auteur anonyme, IIIe siècle P.C.

²

Prévention générale.



Une dimension de prévention générale résulte de la qualité basale de l'éducation de l'enfant, en dehors de tout contexte de maladie et de mort.

Spontanément, bien des parents font de leurs enfants des êtres forts, confiants et prêts à affronter l'adversité parce qu'ils pensent à les écouter et leur donner des informations authentiques, à encourager leur autonomie, tout en leur donnant suffisamment d'affection, à leur montrer que la disponibilité des parents a des limites et qu'il faut aussi se débrouiller tout seul, à leur inculquer un sens vrai et nuancé de la faute, que l'on ne devrait évoquer que lorsqu'il y a intention destructive égoïste, à admettre l'ambivalence des sentiments et la présence d'agressivité au coeur des relations humaines, etc.



Ecouter, partager, tolérer, ne pas exiger la perfection.



Lorsque la mort est précédée d'une maladie dont l'issue fatale est prévisible, l'enfant connaît souvent bien des remous affectifs. Pour l'aider à les gérer, il revient aux adultes, à ceux qui sont en bonne santé et au malade dans la mesure de ses forces, de veiller à :

 - écouter les questions et les commentaires de l'enfant,

 - voire en provoquer l'issue ainsi que celle de ses sentiments ; signaler patiemment l'existence d'une disponibilité à l'enfant réticent à s'exprimer ou/et le mettre en contact avec un tiers qui pourrait faciliter son expression .

Quand l'enfant parle, on devrait l'aider d'abord à déployer avec ses mots détaillés à lui ce que lui croit savoir ou, à défaut ce qu'il imagine spontanément ainsi que les questions qu'il se pose. Par exemple, s'il demande « Est-ce que maman va mourir ? » on devrait l'encourager à dire d'abord « Qu'est-ce que tu en crois, toi ? Qu'est-ce que c'est la mort ? Ca te fait quoi ( et pourquoi ) de penser ça ? »


Si l'enfant s'exprime, on devrait accepter d'entendre ce qu'il y a de triste en lui - par exemple, la crainte de ne plus être aimé - sans vouloir tout de suite le rassurer en minimisant. Peut-être même dira-t-il quelque chose de son agressivité -  par exemple il est fâché que sa maman ne joue plus avec lui ! -. Tant mieux alors si l'on peut rejoindre son monde intérieur et si l'on ne lui enjoint pas tout de suite de se montrer « politiquement correct »



Partager des idées, des questions et des sentiments vécus, répondre en toute vérité aux questions de l'enfant.



Pensons d'abord à l'impact positif que revêt souvent la « simple » expression de soi par l'adulte, en présence de l'enfant mais sans pourtant qu'elle soit directement destinée à lui . Cette expression, dont l'enfant est témoin, enrichit ses connaissances, l'apaise et l'incite à en faire autant, du moins toutes les fois où ce vécu d'adulte n'est pas lui-même figé dans la pathologie.

Vient corollairement le champ de l'information destinée à l'enfant : information sur la nature de la maladie, les réaménagements concrets qu'elle exige de la famille et les remaniements idéo-émotionnels qu'elle entraîne : le chagrin et l'irritabilité de papa qui voit maman malade ... la colère des enfants lorsqu'ils se sentent moins aimés ... l'impression injuste qu'ils ont alors d'être « méchants », etc.

Un point d'information délicat et redouté par beaucoup d'adultes porte sur la mort annoncée. A ce sujet, s'il est cruel d'effrayer ou d'attrister longtemps à l'avance des enfants ingénus, inversement, cela nuit de faire la politique de l'autruche lorsque d'autres enfants sont eux-mêmes préoccupés, qu'ils en laissent voir quelque chose mais qu'on les renvoie à leur solitude.

Plus radicalement, lorsque le malade entre très probablement dans ses quelques derniers jours de vie, ne pas préparer à cette mort imminente l'enfant, même jeune et ingénu, n'est jamais confortable qu'à très court terme : la trace traumatique laissée par une mort, qui n'était imprévue que de lui, risque d'être bien plus grande que s'il y avait été préparé!

Encore faut-il dialoguer positivement autour de cette mort annoncée! Positivement, en écoutant certainement ce que l'enfant en sait, en imagine ou en interroge et en réfléchissant avec lui à des thèmes comme la frustration et la tristesse liées à la séparation matérielle, la persistance d'une relation spirituelle, le rôle de la maladie qui achemine vers la mort, et la non-responsabilité de l'enfant dans ce domaine, le fait que la vie de l'enfant, elle, n'est pas spécialement menacée.

On gagne également à tolérer l'expression comportementale des remous affectifs de l'enfant, se limiter à demeurer ferme autour de quelques règles essentielles de convivialité, faire preuve de patience et maintenir l'espérance autour d'autres dysfonctionnements comme, par exemple, de mauvais résultats scolaires, refléter à l'enfant ce qui se passe probablement en lui et qui explique son chahut du moment.



Ne pas exiger la perfection chez l'enfant.



Justement il demeure un enfant, qui ne saurait pas penser tout le temps à se ménager pour le malade : accepter que parfois il se conduise comme un poulain fatiguant, l'aérer, veiller à ce qu'on lui fournisse toujours des sources de distraction. Inversement, l'encourager à être de temps en temps utile au malade, ne fût-ce qu'en lui apportant un verre de jus d'orange ou un beau dessin ...



Contre la mort inopinée.



Même les fois où la mort a été inopinée, un certain nombre de recommandations faites ci-dessus restent d'application dans son décours immédiat. Il en va de même à plus long terme, dans les semaines ou les mois qui la suivent. En outre, dans le champ de l'écoute et du partage d'idées, on sera plus particulièrement attentifs aux thèmes supplémentaires que voici :



Evoquer l'inéluctabilité et l'irréversibilité de la mort

 

Sans cependant faire violence à l'enfant jeune qui soutiendrait mordicus que le disparu va revenir (« C'est ce que tu penses et c'est ça qui te fait du bien pour le moment »)

Redire que l'on peut rester en relation spirituelle avec le défunt, en pensant beaucoup à lui, en continuant à faire les bonnes choses qu'il demandait, parler de l'héritage spirituel que chacun porte en soi jusqu'à un certain point ...



Parler avec l'enfant de ce que va être son avenir.



Le plus souvent, après avoir écouté son éventuelle insécurité et ses questions, on peut lui garantir qu'il continuera à être l'objet d'un amour et d'une protection de qualité, mais le confort de sa vie matérielle diminue parfois. Quoiqu'il en soit, mieux vaut ne pas tricher quand on évoque tous ces domaines : c'est le prix à payer pour garder sa confiance et éveiller sa résilience !



Etre attentifs aux paroles ou aux signes de culpabilité que l'enfant exprimerait.



Dans la mesure où il donnerait l'impression de se sentir responsable de la mort survenue, en discuter avec lui. Il est rare, mais pas tout-à-fait impossible, que son comportement difficile ait peut-être précipité l'évolution d'une maladie. Il est rare aussi qu'il ait été à l'origine d'un accident de santé ou d'un accident mortel. Dans tous ces cas, il faut essayer d'en parler ouvertement avec lui et situer sa faute là où elle a vraiment existé : s'il désire parfois la mort de l'autre, il est très rare qu'il ait fait ce qu'il fallait pour la provoquer vraiment ! En outre, toute sa famille aurait pu avoir davantage de sollicitude pour le comprendre au moment où il se montrait difficile. Ensuite, s'il existe une part de responsabilité et de faute, on peut l'aider à faire des actes réparateurs et à se pardonner.



Dans le champ de la tolérance.



Il faut faire preuve de patience et d'espérance face aux comportements difficiles, comme nous l'avons déjà évoqué. Mais on doit se rappeler aussi que chacun vit son deuil avec ses particularités propres, et que cette originalité de la souffrance morale et de son apaisement progressif gagne le plus souvent à être acceptée sous les formes qu'elle revêt.



CONCLUSION.

 


On peut se demander qui est le plus adéquat pour faire avec l'enfant cette partie du cheminement centrée sur le dialogue. « Sans nécessairement demander tout de go aux plus accablés d'assurer un dialogue fluide, mais en jouant sur les ressources de la famille élargie et d'autres familiers   ; il nous semble préférable que les témoignages et les réponses à l'enfant émanent, pour le principal, des compagnons de sa vie quotidienne ... Le rôle des psychothérapeutes est donc d'abord de faciliter la communication dans la famille ... Si par la suite l'enfant reste prisonnier de ses conflits ou de ses affects les plus pénibles, une psychothérapie lui sera également et personnellement proposée ... Mais il n'est pas nécessaire d'exiger tout de suite qu'il y vienne seul. Beaucoup ont besoin, temporairement, de la présence d'un familier à leurs côtés, qui les protégera et les rassurera ... » [5] Des ateliers d'animation et d'expression pour enfants dont un proche est gravement malade ont également une fonction libératrice de la parole et des sentiments, qui se situe au niveau des préventions primaire et secondaire. Il en va de même d'ateliers d'expression après la mort d'un être cher dont les effets peuvent se situer, d'un enfant à l'autre, entre la prévention et la thérapie de groupe.

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Bibliographie


Lecavelier-Des-Etangs N., Lauras B., Sibertin-Blanc D.,
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bizarrerie sexuelle

 

31 Mai 2018 

 



Cet article a été publié dans la revue Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'Adolescence en 2003, 51-8, 224-232. Je vous en souhaite une bonne lecture. Vous pouvez aussi aller consulter, à la page échanges interactifs de courriel la rubrique Perversion ; j'y réponds à des préoccupations d'internautes à propos de pratiques sexuelles déviantes.

 

N'oubliez cependant pas que, si la vraie perversion existe, beucoup d'explorations bizarres, déviantes à laquelle se livrent enfants et adolescents ne sont que des phénomènes transitoires ... ils peuvent cependant engendrer tardivement une énorme culpabilité ... lisez à ce propos, à titre d'exemple, l'échange de courriel Culpabilité énorme chez un jeune adulte après quelques expériences zoophiles 

J.-Y. HAYEZ (1) 

Pourquoi cet essai ? Au fil de ma carrière professionnelle, j'ai rencontré quelques enfants et adolescents porteurs d'une solide perversion sexuelle, en étant confronté aux aléas de leur éducation et des soins à leur apporter. Quelques-uns, une quinzaine en trente ans.

Sommet d'un iceberg ou grande rareté d'une telle structure, du moins sous sa forme chronicisée ? Un des buts de cet essai est d'y réfléchir en ne tranchant d'ailleurs ni par l'angélisme, ni par la dramatisation.

Sur les forums et dans les chats d'Internet, au moins là, les langues des jeunes se délient ; même sans être assez naïfs pour croire que tous ceux qui y annoncent leurs 12 ans les ont vraiment, ni que tout ce qui s'y dit est de l'ordre du réel concret, on ne peut pas non plus faire la politique de l'autruche il y fourmille des milliers de témoignages d'un rapport - breugelhien? impertinent? inquiétant? - que les mineurs d'âges entretiennent avec une sexualité qui est tout sauf politically correct. Mors, comment la gérer quand on en découvre les signes ? Faut-il essayer d'en prévenir quelque chose ? Et si oui, comment?

Beaucoup plus souvent, j'ai été confronté au profond désarroi des parents face à des indices ou à des expériences tout à fait inattendues : que dire à ce jeune de il ans surpris dans un superbe transvestissement? Et à cet autre, dont ils découvrent - par hasard? - qu'un gros dossier de son ordinateur contient des dizaines d'images consacrées au sado-masochisme, à la zoophilie ou aux plaisirs urinaires ? C'est de toutes ces petites et grandes bizarreries dont je voudrais parler ainsi que des conduites à recommander aux parents et aux soignants, sans sourire ni diaboliser!

§ I : LE CADRE DE SEXUALITÉ DANS LEQUEL S'INSCRIT UN FONCTIONNEMENT PERVERS.


Je me centrerai sur les enfants entre 6 et 13 ans, d'intelligence normale ou avec un léger retard mental, non autistes, non psychotiques.

Lorsqu'ils sont en bonne santé mentale, ils ont des activités sexuelles d'abord assez espacées ( sexualité " récréative ") ; leur intensité augmente au fur et à mesure que s'approche la puberté, en même temps que leur forme rejoint progressivement ce que font les grands adolescents et adultes.

Plus ils grandissent, plus ils s'avèrent capables de mener leur sexualité avec une discrétion efficace, loin du regard des non- partenaires, tant par prudence que parce qu'ils adhèrent vraiment à des normes sociales et à des prescrits culturels qui le demandent.

Une seule catégorie d'activités sexuelles échappe à certains moments à cette recherche de " privé ", ce sont celles qui sont générées par l'angoisse, résultant ici d'un traumatisme introjeté, d'un vagabondage de l'imagination ou d'une organisation névrotique : alors, une certaine contrainte intérieure à faire des vérifications sexuelles ou à s'identifier à l'agresseur conduit régulièrement l'enfant à pratiquer à ciel ouvert dans un climat de tension, voire de violence.

Par contre, les activités sexuelles discrètes, menées solitairement ou en compagnie, constituent majoritairement l'expression d'un développement sexuel sain et répondent aux critères cliniques du tableau I.



Plus rarement, ce sont des activités sexuelles préoccupantes (2) je viens d'évoquer celles qui sont générées par l'angoisse, parfois menées sous le regard d'autrui, mais parfois aussi en cachette.

Par ordre de fréquence décroissante, il y a ensuite des enfants sans retenue, précocement hyper érotisés hyperreactive children, Cavanagh Jonhson, 1999 )

Viennent alors, déjà beaucoup moins fréquents, les abus sexuels, dictés par la recherche du pouvoir, puis les quêtes affectives sexualisées ( Hayez, 1999; Hayez 2004 )

Viennent enfin les activités perverses, transitoires ou destinées à se chroniciser, qui feront l'objet de la suite de l'article.

§ II : MÉCANISMES DE MISE EN PLACE.



Il en existe trois principaux. Je les décrirai d'abord séparément puis j'évoquerai leurs combinaisons possibles et les pronostics d'évolution qui en résultent. Je terminerai par la description détaillée d'un cas.

I - Description de chaque mécanisme. 

A. L'enfant découvre par hasard qu'une activité sexuelle précise lui procure un très grand plaisir ; plaisir physique local, réminiscence de plaisirs archaïques, joie de vivre qu'il fait une expérience exceptionnelle, qu'il défie les règles, etc. Il ne s'y attendait pas, mais il va très vite apprendre à reproduire celle inondation de plaisir jusqu'à parfois en devenir dépendant ( conduite addictive! ).

Par exemple, beaucoup d'enfants qui se travestissent à l'occasion, pour jouer, dans une sorte de carnaval où tout paraît possible, s'en tiennent là et n'y vivent aucune composante sexuelle ; néanmoins, tel garçon a pu éprouver une violente érection à travers des sous- vêtements féminins un peu étroits : par la suite, ce n'est plus se travestir qui l'intéressera, mais ré expérimenter ce moment de jouissance intense pour y arriver, il peut se mettre à élaborer et à réaliser secrètement un scénario, toujours quasi- identique : il passe du travestissement au transvestissement ( Chiland, 1999 )


A l'origine de l'expérience princeps, il peut exister un pur hasard l'ennui, une opportunité externe, l'entraînement par un autre ...

Il peut également exister une motivation affective plus précise, mais qui visait un effet non pervertisseur. Je l'illustrerai bientôt avec l'étude détaillée des comportements de mibaut et en voici déjà l'un ou l'autre exemple :

 - Pour abréagir ses tensions psychiques en " s'identifiant à l'agresseur ", tel enfant fille ou garçon, lui-même objet de violences, se met à molester des plus petits, physiquement et sexuellement ou à exercer des cruautés sur un animal, et un malheureux hasard veut qu'il y trouve un plaisir intense qu'il se met à cultiver.

 - Pour comprendre et dominer son propre traumatisme sexuel, tel préadolescent se met à cyberdraguer de louches internautes sur des salons de chat du genre " Maître cherche lope " ... et il éprouve beaucoup de plaisir à jouer la lope, au point de passer du monde médiaté de l'écran à celui des rencontres incarnées.

Lorsque cette recherche d'un plaisir fort s'amplifie, au moins deux mécanismes de régulation contraires peuvent intervenir :

 - Des Instances Intérieures essaient parfois de s'y opposer avec une intensité variable ( système de valeurs; Idéal du Moi et Image de Soi; Sur-Moi plus archaïque; intelligence et refus d'une dangereuse anormalité, etc. ) : personne n'entre dans la perversion comme dans un tout ou rien! Si l'on a la chance et la disponibilité intérieure de bien écouter l'enfant, on constate souvent que, préoccupé, il se pose et pose la question : " Suis- je normal? Vers où vais je ? ".

 - Des voix extérieures peuvent par contre encourager le même enfant à être lui-même (« You want it? Just do it ! »), jusqu'à la déviance et sans se soucier de l'effet produit sur autrui. C'est ce qui se passe, par exemple, dans bien des cyberforums et chats entre jeunes - lieux arrosés, il est vrai, par quelques adultes zélateurs - : les petites perversions, celles qui ne mettent pas en question les Lois Naturelles, sont banalisées et encouragées.

Ainsi, Mike ( 14 ans ) qui y écrit : " I sometimes think that I am a freak because for some reason I am very attracted to boys' feet. If there is a barefoot boy somewhere, I have to look at his feet and toes. Or even if they are wearing sandals, I have to look. I think boys feet are so cute but don't know why I have this kind of attraction for their feet. Is this normal? " ... reçoit ensuite de plusieurs correspondants de tous les âges des réponses dont la synthèse est : " Ce que tu décris, Mike, c'est le fétichisme des pieds ... et pourquoi pas ? Des tas de jeunes le vivent. Sois toi-même ".

B. Il existe également des applications précoces de l'hypothèse freudienne classique centrée sur l'angoisse d'une rencontre intime, le refoulement puissant et le déni. On s'en convainc très raisonnablement en écoutant des adultes parler en psychothérapie, mais il est plus difficile d'en étayer cliniquement l'existence lorsque l'interlocuteur est un enfant.

Ici, lors de la petite enfance, à l'époque de phases d'investissement primitif puis oedipien des parents, il surgit des angoisses très fortes autour de la rencontre interpersonnelle de l'autre, affective et corporelle : le corps des parents, surtout de la mère, pourtant désiré, est aussi vécu comme effrayant; la scène primitive également. L'enfant refoule radicalement et ce qu'il s'en représente et ses désirs d'une rencontre intime avec cet autre si étrange.

Ce refoulement est intense, stable et le protège de l'angoisse à l'avenir. Et l'enfant met au point des fantasmes et des comportements dénégateurs-compensateurs où s'exercent surtout des pulsions partielles; malheureusement en référence aux conséquences sociales, ils sont source de plaisirs forts.

ILL 1. Voici la question qu'une maman posait dans un journal pour parents. Il n'est pas exclu, justement, que son petit garçon vive une grande envie et une terreur à l'idée - inconsciente - d'une rencontre infinie avec elle; peut-être cette maman a-t-elle induit trop de culpabilité autour de la sensualité oedipienne, en référence à son éducation ...

" Un jour, dans la salle de bain, je surpris mon fils de 6 ans ayant ligoté sa soeur, âgée de 3 ans, à une chaise avec une ceinture. Très excité, il sautait de tous côtés, nu comme un ver, le sexe en érection. Je fus, je l'avoue, assez surprise par cette scène inusitée. Je ne l'ai pas grondé mais je lui enjoignis de ne plus jamais attacher sa soeur de la sorte. A cela, il me répondit: " Mais elle aime ça! ".

Le lendemain, étonnée par un calme inhabituel, celle maman alla jeter un coup d'oeil dans la chambre de son fils. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver l'enfant dans le même état que la veille, mais cette fois, face à toutes ses peluches ligotées les unes aux autres.

Poursuivant, la mère dit: " Je n'ai pas pu m'empêcher d'être très saisie par la scène. Dans mon éducation, tout ce qui touchait à la sexualité était tabou ". Sans doute mon fils a-t-il perçu mon trouble car, prestement, il cacha ses peluches dans son sac à jeux situé sous le lit. D'un air faussement banal, il me dit: " Laisse-moi maman, je jouais un peu! ".

ILL 2. Et que dire de ce jeune adulte solitaire, très timide avec les filles, et qui décrit sa relation avec sa mère comme " glacée ".

Il est très malheureux de ce qu'il appelle la stagnation de sa sexualité. Elle n'est que masturbatoire, et une bonne partie du temps, consacrée à la masturbation anale avec des objets. " J'ai commencé à 9 ans ", dit-il. " J'avais trouvé une revue porno où une femme se masturbait le vagin à plusieurs doigts. Peut-être que j'ai voulu l'imiter, mais le lendemain, je m'entrais le goulot d'une bouteille (3) dans le derrière. Et j'ai toujours continué " .

C. Autre mécanisme souvent évoqué, surtout par la psychanalyse lacanienne, c'est le désir de bafouer les lois, depuis les simples règles sociales et prescrits culturels jusqu'aux Lois naturelles.

 - Dans sa forme la plus radicale, ce désir de bafouer, souvent subtilement exprimé, est sans limites; il inclut donc la destruction morale et parfois même physique de l'autre. Souvent, l'on constate qu'au moins un parent, plus fréquemment la mère, encourage cette manière d'être où la volupté suprême, c'est d'être anarchique.

Bien que l'illustration en soit un peu sommaire, on se souviendra de la mère et de la soeur aînée de Malagnac, le mettant en contact avec Roger Peyrefitte à l'âge de 12 ans, pour qu'il fasse la connaissance d'un monsieur qui écrivait si bien sur les jeunes adolescents. Trois heures après, il conversait nu au lit avec l'alerte pédéraste, après une sieste dominicale agitée ...

 - D'autres parents, porteurs de conflits psychiques mal liquidés, peuvent avoir comme une envie inconsciente de vivre telle ou telle pulsion partielle par la procuration de leurs enfants. Face à une activité déviante, ils envoient donc un double message, voire ne la répriment pas du tout.

 - Parfois, c'est plus ciblé et indépendant des encouragements des parents lors d'une mauvaise passe, lors d'un moment de haine particulièrement fort contre les adultes, lors d'un moment de solitude mal supporté (4) , tout enfant peut avoir le désir de s'étourdir, de se venger, et peut-être de s'auto- détruire, en faisant l'expérience de ce qu'il sait être le Mal.

 - Mais il y a peut-être plus " banal ", qui a à voir avec l'augmentation de l'hédonisme ( Lazartigues, 2002 ) et des conduites addictives dans l'ensemble de la population (5) , le recul et l'émoussement des normes sociales et familiales, couplé à des incitations omniprésentes à la consommation, font que beaucoup ne se sentent plus contenus par un Père social fort; pour consommer du plaisir, ils se donnent donc le droit de faire n'importe quoi; si l'on retenait les leçons de l'Histoire, on se souviendrait que c'est ainsi qu'ont commencé la décadence puis la mort de bien des civilisations!

Si vous faites entrer le mot-clé « infantilisme » sur un bon moteur de recherche du web, vous verrez que des milliers de personnes vivent une partie de leur temps déguisées en bébés, s'oubliant dans leurs langes, se donnant ou se faisant donner des biberons, avec ou sans tripotages sexuels associés ... ils échangent des considérations sur leur histoire et leurs manies dans des forums spécialisés, constituent des couples symétriques ou complémentaires, hétéro ou homo ... un psychologue infantiliste intellectuellement bien doué leur explique qu'il ne s'agit pas d'une perversion, mais d'un épanouissement génétique et leurs témoignages écrits révèlent que pour une partie des personnes concernées, les premiers vols et poses secrètes de langes ont commencé à partir de 7,8 ans.

II - Combinaison de ces facteurs et évolution de l'organisation perverse. 

      Le facteur A existe souvent à lui tout seul; c'est probablement alors que le risque de maintien de l'activité perverse est le plus faible. L'enfant est davantage libre intérieurement et sa créativité lui trouve d'autres sources de plaisir.

      Lorsque le facteur B existe, le facteur A souvent s'y ajoute souvent secondairement. Le risque de chronification est grand, surtout si des attitudes externes de l'entourage persistent à montrer que la rencontre intime avec l'autre est dangereuse.

      Lorsque le facteur C existe, le facteur A vient également souvent le compléter. Le risque de chronification est surtout lié à la complicité subtile de l'entourage ou à la solitude perdurant et discrètement mal supportée par l'enfant.

      Donc, ce dernier risque existe bel et bien. Toutefois, même alors, l'envahissement par le projet pervers est variable.

      A la limite inférieure, et sans doute principalement en référence au mécanisme A, on peut dire qu'il y a des composantes perverses mineures qui se préparent dès l'enfance et demeurent observables dans le discours et le comportement sexuel de chacun ( Bokanowski, 1995, p. 1416 )

      A l'autre extrême, le plus touché, le besoin de réaliser l'activité perverse est contraignant; toute autre forme de sexualité est exclue et la vie quotidienne est invalidée par la tyrannie de la perversion.

      On ne devrait se référer à la dénomination " perversion sexuelle ( effective )" chez l'enfant que lorsque existe une certaine chronification et un envahissement important de son énergie psychique par la déviance. Sinon, même s'il s'agit structurellement d'un fonctionnement pervers momentané ou limité, on protège l'enfant socialement en restant vague dans l'étiquette que l'on attribue à celui-ci.

III - Une illustration détaillée. 

      Thibaut relève très probablement d'une combinaison des mécanismes A et C. Sur l'insistance de ses parents, il finit par accepter de me rencontrer à 13 ans 1/2 à cause de difficultés d'endormissement tenaces ( elles le tiennent souvent éveillé jusqu'aux alentours d'une heure du matin ) et qui retentissent sur la qualité de sa vie diurne. Un bilan organique n'a rien mis en évidence.

      Petit à petit patiemment nous parviendrons à nous apprivoiser mutuellement lui et moi. il se mettra alors à parler très personnellement, comme moi face à lui. Et entre autres, il me confiera le mélange de préoccupations, de surinvestissement et d'excitation que lui cause sa vie sexuelle. Parfois, quand c'est trop difficile, il demandera a s'expliquer par e-mail; je marquerai mon accord sous réserve qu'on en reparle de vive voix à une séance suivante.

      Il a maintenant presque 16 ans. Souvent il parle avec beaucoup d'intelligence sensible de lui, de sa famille et des autres. Sur le plan affectif et sexuel, il me dit que le grand rêve de sa vie c'est de rencontrer une fille juste un peu plus âgée que lui qu'il ne se ramasse pas un râteau, qu'ils s'aiment et qu'il lui fasse l'amour la première fois en " assurant " la durée d'un morceau des Pink Floyds sur fond duquel " ça " se passerait ( superbe, ce fantasme ... le morceau dure 26' ! ). Il me dit qu'il est un brave type, bon mais timide, et que d'ailleurs son problème avec les filles, c'est qu'il n'ose pas bien les aborder. Il m'ajoute que, même s'il se fait des délires dégueu dans sa tête, jamais, pour du vrai, il ne ferait du mal à une mouche ...

      Et pourtant une bonne partie de sa vie sexuelle, il la passe, tel un petit Méphisto, à jongler avec le plaisir et la douleur, à composer et recomposer fantasmes et sensations sadiques pour finalement en demeurer le maître. Voici comment il en parle :

- ( Vers 14 ans ) « Ma première sensation, j'avais 7 ans; on devait descendre d'une corde à la gym; ça me faisait mal quand ça frottait ... euh, où tu sais; et en même temps, je crois que ça me faisait déjà triquer (6) et jouir " ; je crois qu'après, j'ai toujours voulu mélanger les deux : avoir mal et m'exciter ... euh, qu'est-ce que t'en penses, toi? ".

Ce que j'en pense, je ne vous le dirai pas. Il est probable que Thibaut abhorre et chérit à la fois ses souvenirs, fantasmes et expériences actuelles perverses. Il est probable aussi qu'il est ambivalent quand il m'en parle en thérapie : Souhaite-t-il que je l'aide à s'en débarrasser ou que je jouisse avec lui? Je crois qu'il ne le sait pas lui-même, d'un savoir certain! Ce qui lui conviendrait le plus, c'est que je lui dise qu'il est normal, que je lui donne des trucs pour réussir avec les filles, mais que je ne condamne quand même pas définitivement tous ses petits plaisirs raffinés ...

 - Un peu plus tard, il me dit: " Chez une vieille, j'avais lu, je devais avoir 10 ou 11 ans, toute une analyse de la Passion ( N.D.A. : du Christ ): on expliquait que les romains avaient des fouets avec des billes de plomb pour faire plus mal; la souffrance sur la croix était détaillée ( etc. ) ... c'est juste après que j'ai vraiment commencé à me branler ...". "Je me souviens aussi d'une grenouille de bénitier qui nous faisait les cours et prenait un malin plaisir à nous décrire les supplices des martyrs ...".

 - A 14 ans et 10 mois, il demande à m'écrire sur e- mail un acte commis à 14 ans 1/2 et dont l'évocation le rend particulièrement honteux : Alors qu'il est seul à la maison, Thibaut feuillette la documentation " Amnesty International " de sa mère, qui y milite (7) , à la recherche des secrets de celle-ci et d'un peu d'excitation... Mais ce qu'il trouve le stimule particulièrement : " Tu connais certainement cette photo ... je l'avais vue sur un bouquin de ma mère et j'avais été vraiment impressionné ... d'abord parce que c'est un contact brutal avec la torture : quelqu'un de nu, un sac sur la tête, des sacs de sable sur le dos, sur un chevalet ... simple, donc pourquoi pas essayer ...". ( Il le fait en se mettant nu, à cheval sur un balai horizontal ) " ... Je me suis branlé et l'éjac. a été la plus forte que j'ai jamais connue ...

Or, ce qu'il me déclare le tracasser passablement, c'est que depuis lors son intérêt pour les images et histoires sadiques du web a " explosé " et elles deviennent le stimulant nécessaire de ses masturbations. Et il a peur de ne plus être normal et encore plus de passer à l'acte.

 - Vers 15 ans, il frôle ce passage à l'acte : il a chatté avec un adulte proche de son domicile ( un infirmier! ), adepte du SM et qui l'invite chez lui à une petite " partie de plaisir " jouée à deux. A la dernière minute, la prudence rattrape Thibaut et il ne va pas au rendez-vous fixé. En outre, ajoute-t-il : " Y avait autre chose; j'ai pas envie de pas être normal; mes délires, ça doit être seulement dans ma tête ".

 - Nous discutons longuement de la place et du sens de la sexualité dans la vie; je lui demande d'encore bien réfléchir à ce que lui apportent ses vécus sadiques, et à une possible prise de distance par rapport à eux; nous travaillons autour de la dimension " addiction " et ses dangers; j'attire son attention sur l'importance " d'entraîner " ses fantaisies sexuelles vers plus d'orthodoxie s'il veut réaliser son grand rêve ( souvenez-vous, envoyer une fille au septième ciel dans les volutes musicales des Pink Floyds ... ).

En alternance avec ces séances parlées, il m'envoie plusieurs e-mail dont voici l'un ou l'autre extrait significatif : " Et ça c'est MA conception du SM : un voyage aux frontières floues du plaisir et de la douleur MAIS on reste dans le plaisir ! ... Comment atteindre 7 frontière? " "On peut remarquer aussi que dans le langage populaire, jouir est synonyme de douleur ... qq. qui a eu très mal, dira : j'ai bien joui ... chez le dentiste, par exemple ... je pense aussi que l'orgasme est une association de douleur et de plaisir ...".

 - Alors, " complètement pervers ", Thibaut ? Bien accro, en tout cas; ennuyé quand même à l'idée de ne pas être normal; compartimentant encore sa vie et menant parallèlement des activités scolaires et sportives satisfaisantes ( mais des sports solitaires, type natation et ski ); résistant de toutes ses forces à la tentation de passer à l'acte et pas sans morale quand il s'agit de penser la place de l'autre. C'est donc sur un morceau de discours social que je vais vous laisser, même s'il est exprimé en langage rude. Il achèvera de vous plonger dans l'incertitude à propos de ces formes modernes de perversion où une certaine solitude, Internet, l'émoussement général des normes et le droit que l'on stimule chez chacun pour qu'il se réalise urbi et orbi jouent un rôle aussi important que les mécanismes psychopathologiques classiques déjà décrits.

A 15 ans et 6 mois, il me dit : " J'ai un petit cousin qui a 12 ans; à cet âge-là normalement on commence à se branler ... eh eh ( petit rire entendu ); eh bien je vais pas lui dire qu'il peut faire mumuse comme moi je fais (8) ; C'est ce qui doit me distinguer d'un pédophile : chacun est libre de faire ce qu'il veut et à l'âge où il le sent ! Mais même si on a un intérêt pour le sexe, on n'a pas forcément envie de faire l'instit du sexe pour les gamins ... ".
... CQFD!

§ III : COMPORTEMENTS INDICATIFS DE L'ACTIVITE PERVERSE.



      Pour spéculer prudemment quant à l'existence d'un fonctionnement pervers, il est important que les indicateurs que je vais énumérer soient majoritairement présents. Sinon, il est probable que l'on a à faire à une phase du développement où l'enfant se livre à quelques bizarreries sexuelles de signification plus banale. Voici ces indicateurs :

I - La forme de l'activité sexuelle est souvent bizarre, 

éventuellement archaïque. Elle est " hors attente culturelle ", " hors normalité statistique " de ce que sont le développement et les intérêts sexuels d'un enfant de l'âge concerné et même d'un enfant précoce. Elle choque l'adulte témoin par son étrangeté.

En voici l'un ou l'autre exemple, loin d'être exhaustifs :

 - Garçons ou filles qui font du sexe avec des animaux, notamment leur chien ou leur chat;

 - certains transvestissements très élaborés, avec port permanent de sous-vêtements de l'autre sexe, strip-tease masturbatoire, etc.

 - les fétichismes ( avec des objets; portant sur des parties du corps, etc. ); la collection d'images porno très spécialisées accessibles sur le Net;

 - l'infantilisme dont il a déjà été fait mention

 - le sadisme ( envers les animaux, les plus jeunes ) ou le plaisir de se faire mal ou celui de jouer avec la combinaison plaisir- souffrance, par exemple dans la zone génitale;

 - l'entraînement de beaucoup plus jeunes dans des activités sexuelles.

      Néanmoins, il existe des faux positifs sur lesquels je reviendrai plus loin : un certain nombre d'activités bizarres sont générées par des mécanismes banaux comme la curiosité, la réassurance, le besoin d'avoir de la compagnie ( même celle très intime de son chien ), le désir de défier les normes, etc ...

      Il existe aussi des faux négatifs : des activités sexuelles de forme génitale peuvent résulter des mécanismes d'installation tout juste décrits et répondre aux autres critères cliniques que nous allons passer en revue. Alors, elles sont perverses!

Par exemple, certaines masturbations à haute fréquence ne signent pas une compulsion anxieuse, mais s'avèrent plutôt des conduites addictives, centrées sur le culte de l'organe génital.
Dans le film Kids ( L. Clarck, 1995 ), le " besoin " du jeune Telly de " tomber " des jeunes vierges les unes après les autres est tout à fait pervers.

II - Intense est l'ensemble du plaisir vécu 

lors de la préparation de l'activité, de sa réalisation et via les fantasmes qui raccompagnent et la suivent. C'est principalement un plaisir érotique, à son acmé dans les zones concernées par l'activité et diffusant dans tout le corps (9)S'y adjoignent des joies plus " spirituelles ", comme celle de défier et de transgresser, de faire quelque chose d'exceptionnel ou même parfois celle de se vautrer dans la boue ( Stoller 1985 )

      Inversement, l'enfant ne vit aucune angoisse profonde à propos de son acte ... peut-être, inconstamment, un peu de peur raisonnable d'être attrapé par le gendarme. Il ne ressent non plus aucune culpabilité. Néanmoins, il peut se sentir humilié et honteux s'il est pris.

III - L'acte pervers est vécu comme important 

par l'enfant, partie significative de son projet sexuel du moment. Il n'est même pas impossible qu'il le positionne au fil du temps comme son constituant le plus important. Il en découle la mise en place d'indicateurs comme :

 - Une contrainte intérieure plus ou moins forte, épisodique ou permanente, à répéter l'acte. Ce sentiment de contrainte est proche de l'état de manque vécu par le toxicomane; ça n'a rien à voir avec le débat intérieur que vit le névrosé à l'idée de commettre un acte que son Sur-Moi interdit. Freud parle à ce sujet de « la tyrannie bien organisée d'une pulsion partielle : une des tendances partielles de la sexualité a pris de dessus et se manifeste soit seule, à l'exclusion des autres, soit après avoir subordonné les autres à ses propres intentions ».

 - Une collaboration active de l'intelligence pour asseoir le projet pervers, et par exemple :

 - Peaufiner le scénario; le sophistiquer de plus en plus autour de son noyau central immuable (10);

 - tromper les parents et l'entourage ; installer un secret bien barricadé; mentir sur la volonté de changer ...

IV - Quand un ou des autres sont impliqués, 

ils ne comptent pas fondamentalement comme êtres humains, mais comme sources de jouissance pour l'initiateur. Ces " partenaires " sont susceptibles d'avoir tous les âges de la vie.

      Eventuellement, l'initiateur fait violence physique sur eux ou les trompe pour les attirer dans ses filets. Il ignore leur éventuelle souffrance physique ou morale, voire ... il en jouit encore un peu plus!

      Lorsqu'il y a consentement, il n'y a néanmoins pas vraie réciprocité. Pas de partage attentionné du plaisir ! Chacun joue son scénario et recherche son plaisir pour son propre compte, mais a besoin de l'apport complémentaire instrumental de l'autre, sans considération pour ce que celui-ci vit.

      Le tableau I compare les caractéristiques cliniques des activités sexuelles normo-développementales et de celles générées par un fonctionnement pervers. ( voir doc. II joint).
Note du webmaster: ce document manque ... je le cherche.

§ IV : QUESTIONS DE DIAGNOSTIC ET DE DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL.



I - Il reste malaisé de découvrir les faits et de recueillir des éléments d'information. 

      L'enfant réalise le plus souvent sa bizarrerie ou sa perversion en grand secret. Le reste de sa vie, il donne le change par un comportement qui n'a rien de spécifique. Une fois découvert, il jure que c'était la première fois, qu'un autre l'a entraîné et qu'il ne recommencera pas, et la majorité des parents a tendance à gérer son malaise vécu en le croyant sur parole, en minimisant la signification de ce qui s'est passé et en déniant la possibilité de récidive. Donc, les parents n'adoptent pas facilement la position de vigilance que je recommanderai par la suite.

      Lorsqu'il s'agit de décrire ce qu'il a fait et vécu, l'enfant commence donc souvent pas se bloquer ou par mentir. Cette attitude s'explique par sa prudence, sa honte du moment, les limites réelles de sa capacité à s'introspecter mais aussi, pour les plus accros, par l'intuition immédiate qu'il faut gérer la situation de manière telle que les adultes en sachent le moins possible et que la récidive soit possible.

      Or un discours authentique du sujet est un élément-clé pour un diagnostic précis!

II - Nous sommes et demeurons souvent bien incertains! 

A. A supposer que nous soyons tombés de façon indubitable 

sur une activité sexuelle bizarre et que l'enfant fasse même quelques commentaires plausibles à son sujet, il n'en reste pas moins que ces bizarreries se répartissent en trois catégories, en référence à la dynamique intra- psychique en jeu et à leur déroulement dans la durée :

 - Comportements souvent transitoires, résultant de dynamiques variées mais non-perverses

Par exemple et même si cela parait choquant, un petit animal de compagnie peut être utilisé à des fins de tendresse et de contact sexuel, en préfiguration de ce que sera la rencontre de l'autre ...

Telle fille pense progressivement à faire l'amour avec un garçon, mais, faute d'occasion, emprunte les boxers d'un grand frère qui servent d'accessoires à ses masturbations.

 - Les comportements relevant d'une organisation perverse, mais transitoire : le comportement meurt de sa belle mort après une seule fois ou une " mauvaise passe " de brève durée ( 2-3 mois ). Plutôt que d'organisation, il aurait peut-être mieux valu parler de " conjoncture bio-psycho-sociale défavorable " où des éléments intra-psychiques et relationnels se sont renforcés les uns les autres pour aboutir à des résultats momentanément pervers.

 - Les comportements répétitif et durables relevant d'une organisation perverse qui se perfectionne, se ridigifie et se chronicise.

B. Ce n'est pas à partir de leur forme externe 

que l'on différencie les bizarreries sexuelles " simples " de celles qui sont perverses. C'est surtout :

 - En référence à l'absence ou à la présence des autres critères cliniques qui ont été évoqués.

On sera notamment attentifs à la stratégie avec laquelle l'acte était préparé et construit, qui peut évoquer ou non la recherche intelligente d'un plaisir raffiné; et il y a aussi la récidive et la persistance, malgré promesse faite par l'enfant de ne plus recommencer dans le cadre d'un dialogue serein; l'ancienneté de l'installation; l'intelligence avec laquelle il trompe la vigilance des adultes pour y revenir.

 - En référence à une écoute soigneuse et sans a priori de l'enfant et de sa famille, qui permet parfois d'avancer des hypothèses plus précises sur les mécanismes à l'oeuvre.

 - Complémentairement, l'apparition de formes plus mûres d'activités et de relations sexuelles, peut prudemment rassurer.

§ V : ÉDUQUER ET SOIGNER S'IL LE FAUT.



Voici cinq catégories d'attitudes susceptibles de favoriser la maturation sexuelle de cet enfant préoccupant. Elles concernent les parents (P), d'autres membres adultes de la communauté, en position informelle d'éducation ou d'enseignement (A), ainsi que les psy dans leur fonction de diagnostic (D) ou de psychothérapie (T).

Elles concernent ces personnes en ordre principal (+++), au même titre d'autres (++) ou accessoirement, en surcroît d'autres fonctions plus centrales (+).

I. Observer le comportement de l'enfant, avec vigilance et discrétion, sans dramatisation, sans paranoïa, mais également sans ingénuité ni effritement (P+++ ; A+ ; D et T ++) (11).

II. Faire retour sur soi en tant qu'adulte ; chercher à comprendre le sens de la sexualité pour soi et la nature de certains messages que l'on envoie à l'enfant; essayer de les modifier au besoin (P+++, avec l'aide de T; D et T++, lors de supervisions ). Il faut vérifier, entre autres, si l'on n'a pas véhiculé une image trop angoissante de la rencontre sexuée, si l'on ne pousse pas l'enfant au défi des lois ou si l'on n'est pas trop ambivalent dans la régulation de ses comportements sexuels.

III. Dialoguer avec l'enfant, à propos de son comportement problématique et de la sexualité en général; dialoguer aussi à propos de lui, de ses richesses, questions et problèmes (P+++ ; A+ ; D+++ ; s'il s'ensuit une psychothérapie, T+++ ).

A. Encourager la parole de l'enfant et commencer par accueillir sans critiques ce qu'il dira éventuellement (12) . On n'y arrive pas sans art de l'apprivoisement et rarement en une fois ... mais on n'a pas le choix et l'on doit donc viser à ce qu'il parle de :

 - son activité sexuelle problématique : Peut-il la raconter brièvement? Comment l'idée lui en est-elle venue ( rôle éventuel d'autres, d'Internet, etc. )? L'a-t-il déjà fait auparavant? Si un ou des autres y étai(en)t impliqué(s), quelles interactions y a-t-il eu avec lui ( eux )? Qu'y trouve-t-il de bon pour lui ? Qu'en pense-t-il ? Etc.

 - d'autres dimensions éventuelles de sa vie sexuelle, à faire préciser dans le même état d'esprit;

 - d'autres dimensions de sa personne, ses richesses, problèmes, joies, soucis, intérêts, etc ...

B. Lui donner du répondant; témoigner verbalement, donner des informations, nous aussi, à propos de la sexualité; en général, la nôtre et la sienne. Parler du sens que nous y voyons, de la place du plaisir, de celle de l'autre, du territoire qu'elle est susceptible d'occuper dans toutes les activités de la vie, etc.

Sur ces terres parfois bien torturées des vécus sexuels de l'enfant et de l'adolescent l'engagement verbal du thérapeute, à la fois précis, sincère et délicat n'est ni facile ni impossible ... il aura d'autant plus de répondant qu'il s'y montre porteur d'idées personnelles, ni « coincé » ni agent d'un prosélytisme ni d'un voyeurisme troubles, et capable de porter des confidences entre son jeune client et lui, sans tout de suite avoir mal au ventre parce que les parents ou le proc. ne sont pas informés!

Alors, souvent l'enfant ou l'ado commencera par des coups de sonde et finira par partager ses vraies préoccupations sexuelles, qui le rongent parfois intensément ...

Et sans le brusquer, on connaîtra alors la joie de le faire réfléchir et de l'amener à décider par lui-même de formes bien sociables de sa vie sexuelle.

      En parlant passablement beaucoup de sexe avec moi, Julien ( 17 ans ) a fini par se convaincre de ne plus agrémenter ses masturbations grâce à des plaisirs « électriques-basse tension » inspirés par des dizaines de sites web pervers ... un jour, entre deux entretiens, j'ai la joie de recevoir l'e-mail suivant : « Savez-vous que j'ai failli craquer et reprendre mes exp. électro ? Après une journée chiante à la boîte ( NB. son école ) j'avais besoin de sensations fortes ( il explique les déboires et l'ennui de sa journée ) ... et j'ai eu envie d'un petit montage hard ... que je me suis interdit, donc j'ai été me défouler en soulevant de la fonte ... j'ai été à la muscul ! »

Quelle joie pour un thérapeute, ce mail! Julien s'interdit tout seul de s'auto-dégrader; il vise à cultiver positivement son corps plutôt que de mettre ses spermatogonies en péril … et il a trouvé tout seul l'idée de s'épuiser dans la musculation là où certains manuels de sexologie béhavioristes se limitent à proposer une masturbation à toute allure et sans fantasmes pour oublier une envie perverse ...

C. S'efforcer de convenir avec l'enfant d'engagements concrets à propos de ses pratiques sexuelles à venir ( et parfois, d'autres dimensions de sa vie ).

D. Si l'on constate une souffrance sexuelle ou une souffrance morale plus générale, on peut lui proposer de continuer ces entretiens par une psychothérapie : à l'intérieur de celle-ci, on veillera à questionner de temps en temps son évolution sexuelle, sans pourtant le réduire à sa sexualité et donc en s'intéressant à lui en général.

S'il n'y a pas souffrance ou que l'enfant ne souhaite pas de psychothérapie, on lui demandera de se présenter à des entretiens d'évaluation espacés ( par exemple tous les deux mois ), un certain temps ( par exemple deux ans ).

IV - Interdire clairement et sereinement toute récidive de la pratique sexuelle préoccupante.

C'est essentiellement l'affaire des parents ( P+++ et A+ ) si la pratique ne portait que sur une transgression des normes socio-familiales ou de prescrits culturels : " Chez nous, on ne réalise pas sa sexualité de cette manière-là; si tu veux faire du sexe, tu peux ...".

Si, en plus, il y a eu transgression des Lois Naturelles ( par exemple, violence sur autrui; entraînement d'un tout petit ), l'interdiction doit émaner de tous, et se formuler de façon plus radicale (" Un être humain ne fait pas ce que tu as fait là "); elle gagne même à s'accompagner d'une exigence de réparation concrète ou d'autres sanctions si elle s'est accompagnée de la destruction morale d'autrui.

V - (P+++ ; A++) Il reste à veiller à ce que :

 - la présence concrète et spirituelle des adultes soit plus " forte " dans la vie de l'enfant;

 - l'attractivité de son quotidien soit bien réelle : Présence de sources variées de plaisir et de possibilités de réalisation de soi qui intéressent l'enfant ; soutien de leur réalisation.

 


je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : 



- Notes. -



(1). J.-Y. HAYEZ, pédopsychiatre, docteur en psychologie, premier chef de l'unité de pédopsychiatrie et coordonnateur de l'équipe SOS Enfants-Famille, Cliniques universitaires Saint- Luc,10 avenue Hippocrate, B-1200 Bruxelles - E-mail :

(2). Préoccupantes en référence à l'évaluation faite non par une personne isolée, mais par la majorité des adultes sereins qui auraient à les connaître. Alors, elles seraient soit simplement pathologiques, soit pathologiques et mauvaises lorsqu'elles violent les Lois naturelles.

(3). Vous connaissez, n'est-ce pas, ce soda d'importation à la couleur noirâtre, vendu dans des petites bouteilles qui ont la forme stylisée d'un corps féminin?

(4). Eh oui, ces enfants soit-disant mûrs, qu'on laisse trop seuls parce que papa et maman ne sont pas disponibles, qui ne peuvent pas se permettre de protester et qui se vivent vaguement désinvestis ... ils peuvent vivre pas mal d'amertume secrète et de désir de se venger! Et les voici qui occupent salement leur mercredi après-midi, entre se faire lécher par le chien de la maison, tripoter la petite soeur dont ils ont la garde ou collectionner les " pics les plus crades " ( = les images pornographiques les plus dégradantes ) qu'ils trouvent à la pelle sur les sex-shops du web.

(5). par exemple : cyberdépendanoe, tabagisme, substance abuse, etc ...

(6). Un des nombreux termes populaires qui désigne l'érection.

(7). Apparemment, les parents de Thibaut sont sans histoires et à mille lieux de se douter des préoccupations sexuelles de leur fils; on ne peut néanmoins pas ne pas s'interroger sur le choix de sa mère de s'occuper d'A.I.! Quelque chose, en elle, incite-t-il subtilement la composante sadique existant chez son fils ( mécanisme C )? Par ailleurs, Thibaut est très attaché à sa mère; en jouant le rôle des prisonniers chéris par celle-ci, a-t-il voulu, inconsciemment, rivaliser avec eux et capter son regard admiratif? Va savoir! Mais si c'est le cas, on est bien dans le cadre du mécanisme A - ici la réalisation d'un désir oedipien - qui provoque un plaisir énorme et qu'il cherche à reproduire.

(8). Référence à ses " délires " sadiques.

(9). Les zones traditionnellement érogènes sont donc souvent engagées, mais des plaisirs corporels plus diffus peuvent exister, comme cet étrange plaisir masochique, possible mais rare chez l'enfant. Quand on y est confronté, on a l'impression qu'il existe deux variantes du masochisme :

 - chez certains, c'est une recherche active et précise d'un dosage optimal plaisir-douleur dans l'activité sexuelle : à 13 ans, tel préado a trouvé sur Google comment s'envoyer de l'électricité basse tension dans le sexe et y goûter un plaisir " raffiné " ;

 - chez d'autres, le masochisme vient s'ajouter à ce qui était d'abord souffrance morale ou physique dans la relation; l'enfant, ici, provoque ses bourreaux pour qu'ils le laissent à nouveau souffrir-jouir.

(10). N'est-ce pas parce qu'il existe une sorte d'accoutumance?

(11). Ceci pose de délicates questions à propos de la confidentialité; décisions à prendre au cas par cas ...

(12). C'est le moment de se souvenir de la vénérable distinction faite par K. Rogers entre l'acceptation et l'approbation.