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 Contacts très problématiques, jusqu’à la rupture, entre un enfant et un parent, après séparation du couple parental

Jean-Yves Hayez

. Chapitre 1. Cadre de l’article et définitions

Ce texte constitue un témoignage clinique :il survole 50 ans de travail, dont une partie significative a porté sur les séparations parentales difficiles et les expertises. 

Dans ce texte, je décris et discute le champ des contacts difficiles entre l’enfant et un parent, après la séparation du couple parental 

J’emploie indifféremment les termes « enfant, jeune, mineur » pour désigner un mineur d’âge, si une spécification liée à l’âge n’est pas nécessaire. 

Les parents en question sont les parents biologiques ou/et officiels. Je ne parle donc pas des contacts et liens avec un tenant-lieu de ceux-ci, un beau-père par exemple, bien que le mineur soit susceptible de vivre avec lui un lien de type paternel ou maternel[1]. 

Il ne faut pas confondre les concepts et réalités des contacts (synonyme : rencontres)  d’une part, et celles des liens (synonyme : relations) de l’autre.

Le contact, comme son étymologie l’illustre joliment, est une expérience matérielle, liée à un temps et à un lieu, observable et même susceptible d’être imposée.

 Le lien est une réalité spirituelle, fondée le plus centralement sur l’amour quand il est positif, dont on devine l’existence à travers des signes et des paroles. Il ne saurait être imposé : il procède du désir et de la liberté personnels.

Certes, s’il existe un lien positif, des contacts le concrétisent souvent. Mais pas toujours : on peut rester en lien avec un parent décédé, en lien secret avec une personne interdite d’accès. Et l’inverse est tout aussi vrai : des contacts peuvent exister sans vrai lien.

 

Un lien parent-enfant de qualité n’est pas une sorte de donnée magique, bondissant automatiquement du chapeau de la vie, nécessaire et obligatoire. Ce lien se gagne et se mérite. Chaque parent adopte progressivement et acquiert la reconnaissance et l’amour de son enfant, via ses attitudes positives, et réciproquement !        

 

 Une expertise judiciaire ou une guidance sous mandat judiciaire ou social ne devraient jamais être ordonnées pour restaurer du lien, mais bien pour « évaluer l’opportunité d’une reprise de contacts avec un parent… » en ajoutant à la fin «… et y œuvrer si cela s’indique ». Si des contacts positifs se rétablissent, le lien se régénérera ou se confirmera probablement, mais ni le juge, ni l’expert n’ont vraiment d’ordres à donner à ce propos ! 

 

Si les parents se séparent, il est très important pour la croissance et l’équilibre psychique de l’enfant que les liens parent-enfant restent positifs, avec une bonne fréquence des contacts qui les concrétisent. C’est ce qui se passe dans la majorité des cas.

 On peut néanmoins se représenter alors une échelle qui évaluerait le degré de confort ou de difficulté à les maintenir :

 Au pôle favorable, tout baigne à nouveau : le couple d’adultes a largement enterré la hache de guerre ; il a recouru à un hébergement égalitaire, ici facilité par leur aisance financière et par la proximité géographique de leur domicile ; et les deux parents continuent à collaborer dans l’éducation.
Au pôle défavorable, les tensions restent lourde, pas au point d’interdire la circulation de l’enfant entre les deux parents, mais celui-ci doit se montrer prudent et éviter de parler en bien de l’un chez l’autre. Ou alors, c’est l’enfant qui éprouve du ressentiment à l’égard d’un parent qu’il rend responsable, à tort ou à raison, d’une séparation qui a amené avec elle gène et souffrance ; mais ce n’est pas au point de refuser tout contact avec ce parent.

Entre les deux, les tensions entre les adultes vont et viennent ; l’enfant en est le témoin mais, même si le parent A exprime parfois devant lui quelques revendications et disqualifications à l’égard du parent B, A laisse l’enfant fondamentalement libre d’aimer B (« Je sais bien que c’est ton père ! ») et, mis à part quelques inévitables grains de sable, il ne met pas d’entraves significatives aux contacts.

 

Dans une minorité de cas (autour de 15% dans mon expérience), la frontière floue du défavorable est dépassée et les contacts de l’enfant avec un de ses parents deviennent très problématiques : fort espacés, avec en prime des irrégularités, jusqu’à la rupture totale.

 J’appellerai ce parent le parent refusé (PR). Le plus souvent, ce parent est fortement critiqué par l’enfant, qui veut convaincre et se convaincre qu’il a raison. Il l’est aussi par le parent qui gère alors de facto l’hébergement (quasi-) exclusif de l’enfant : le parent hébergeant (PH).

Dans ce texte, faute de place, je n’exposerai en détails que les situations majoritaires où c’est la mère qui est le PH. Le PR, alors, est le père géniteur ou/et officiel. Les situations inverses, moins fréquentes, existent aussi et sont tout aussi ardues à gérer. Le raisonnement peut également être transposé aux familles homoparentales. 

C’est dans cette ambiance de refus que la qualification « parent aliénant » est rapidement collée au PH. La riposte est facile : le PR ne peut être qu’un « pervers narcissique » ; ces vocables vite fait bien fait empoisonnent tant les prétoires que les rapports écrits d’ « experts psy » en réalité peu expérimentés.

 

Pourtant, les responsabilités en cause, qui génèrent ces tristes situations, sont complexes et variées !

 A un extrême se trouvent celles dont le PR est le principal ou l’unique agent ; à l’autre celles qui sont dues au PH ; au centre se trouvent les situations les plus fréquentes, multifactorielles, où chacun y va de son bras de fer agressif voire haineux contre l’autre.

 Enfin, il existe une minorité de situations où c’est l’enfant personnellement qui se construit une représentation négative forte et stable du PR, sans que le PH ne lui souffle grand-chose à l’oreille. je me propose donc de détailler ces quatre pôles, mais sur le terrain, les situations intermédiaires sont nombreuses. 

Chapitre 2 : Le PR est responsable en ordre principal de la rupture de contacts 

Je vous propose une liste non-exhaustive d’applications :

 §I. Les violences conjugales répétées.

 Du temps où le couple vivait ensemble, le PR était l’auteur de violences répétées envers son conjoint. L’enfant en était le plus souvent au moins le témoin, et parfois la victime associée ; le fait qu’il ait été lui-même épargné per les insultes ou les coups n’y change pas grand-chose observer l’ambiance violente entre ses deux parents est le plus souvent [2* gravement traumatisant, car il a quasi-toujours peur que ça finisse par lui tomber dessus aussi, et il y voit une figure aimée maltraitée par l’autre, donc susceptible de mourir et de le laisser seul face au danger. Le vécu traumatique est souvent renforcé (mais pas créé !) par celui de la mère, qui ressent vraiment son ex comme un diable ou/et qui s’auto-suggestionne à ce propos, tant pour se convaincre que pour s’allier l’enfant.

Pendant la première partie de l’enfance, il est souvent impossible de soulager le traumatisme du petit, si plane la menace rapprochée d’un maintien ou d’une reprise de contacts ; l’on gagne donc à se résigner à une suspension des ceux-ci à durée indéterminée. Faire pression pour l’inverse, sans pouvoir entendre le refus anxieux de l’enfant, même en recourant à un centre officiel de soutien aux contacts (centre « Espace-rencontre »), c’est le plus souvent une lourde violence institutionnelle involontaire : l’enfant ne peut voir son père que comme un loup dangereux et de surcroît, il se sent menacé par une société soi-disant protectrice.

Plus tard, vers l’âge de neuf, dix ans, et à supposer que le père ait vraiment changé d’attitude, on peut tester prudemment une reprise de contact, sans viser un résultat à tout prix. Mieux vaudrait alors que la mère accepte de coopérer au projet, en s’ouvrant comme elle peut à l’idée d’ une  possible parentalité positive chez son ex. Toutefois, pour tout compliquer, l’enfant peut s’être attaché à une autre figure paternelle (par exemple le nouveau compagnon stable de sa mère) et n’a pas fondamentalement besoin de reconstituer un lien avec son "vrai" père (qui a démérité tout un temps) pour assurer son épanouissement.

 §II. Le PR, source d’angoisses importantes et répétées pour l’enfant 

 Le PR a pu être très anxiogène du temps où le couple parental n’était pas séparé , mais il l’est parfois devenu après coup, parce qu’il supportait mal cette séparation ou pour une raison indépendante.

 A. Exemples : il est fort alcoolique ;  il a répétitivement maltraité l’enfant ou un frère ou une sœur ; il a abusé sexuellement l’enfant ou un proche de celui-ci :que PR ait battu ou violé sa grande demi-sœur ou lui directement, plus l’enfant est jeune, plus l’impact traumatique est similaire en nature et en intensité : l’enfant a de la peine pour la victime directe, il s’identifie à elle et vit l’agresion « comme pour lui » : c’est la même personne dont il s’agit, encore vécue ici comme un homme-loup. Ici aussi, vers l’âge de neuf, dix ans, si PR a changé d’attitudes et demande sincèrement pardon, on peut procéder comme dans le premier alinéa. Mais la réassurance de l’enfant et son choix de pardonner ne sont jamais garantis, et, sur le plan éthique, c’est bien lui la victime dont les droits devraient être respectés en priorité. 

Exemple encore : détérioration de la santé mentale de PR après la séparation, dépression et menaces suicidaires. On doit bien sûr d’abord essayer d’améliorer cet état de fait mais, si l’on n’y réussit pas, cela peut faire très peur à l’enfant qui de surcroît n’a rien d’un médicament.

 B. Il y a aussi ces cas assez nombreux où il est très probable que PR a abusé de l’enfant, ici souvent bien jeune, sans preuves matérielles et sans aveux, et où la justice pénale innocente le très probable auteur, sous l’une ou l’autre forme. Si l’allégation d’abus a lieu après la séparation du couple, et qu’elle émane d’un jeune enfant ( moins de six, sept ans) une forte suspicion contre le P H est quasi la règle. Et même si l’abus a eu lieu avant et qu’il a entraîné la rupture du couple, ce geste social fort ne convainc pourtant pas ipso facto les autorités judiciaires.

 Ici pourtant, dans ces cas non sanctionnés, la probabilité des faits apparaissait forte, si pas très forte, tant en référence au contexte général qu’au travail d’experts psychologues - parfois plusieurs d’entre d’eux!- ,malgré que ceux-ci recourent à des grilles d’observation et d’analyse scientifiquement validées.

Les implications de ce hiatus douloureux peuvent être dramatiques pour l’enfant, surtout le très jeune, et pour PH injustement soupçonné de manipulation grave. Cette discussion dépasse néanmoins le cadre de cet exposé et je vous renvoie à l’article Tout-petits et allégations d'abus sexuel[3].
Disons en résumé qu’il me parait possible d’appliquer le principe de précaution : alors, un juge de la jeunesse, dans ses compétences protectionnelles, pourrait suspendre pour une durée indéterminée les contacts entre le probable abuseur et l’enfant, en référence au grave stress de celui-ci au danger probable qu’il s’aggrave si visite il y a. 

III. Autres expériences de vie et sentiments pénibles générés par le PR 

Je m’en tiendrai à trois applications qui ne sont pas rares :  

     
A. PR s’est remis en couple avec une partenaire, non seulement indifférente à l’enfant, mais qui ne l’aime pas, fondamentalement, ou se sent jalouse parce qu’elle veut posséder PR à elle toute seule. J’ai rencontré des cas où cette hostilité se manifestait très subtilement, lors des absences du foyer de PR, et où celui-ci croyait sincèrement que l’enfant mentait, sous l’influence de sa mère. Dans d’autres cas, c’est plus évident mais il n’est pas rare que PR sacrifie la vérité et l’enfant pour ne pas contrarier sa nouvelle compagne. L’enfant peut alors vouloir refuser carrément son statut de Poil de Carotte et rompre le contact avec PR. Plus habituellement, Il demande à n’être en contact avec son père qu’à basse fréquence, et même de préférence avec son père seul.

A noter que dans certains cas inverses, la nouvelle compagne veut être tout pour l’enfant, et prend des initiatives intempestives en dehors de toute concertation avec la mère, comme par exemple faire changer la coiffure ’un enfant jeune. Elle accuse même celle-ci d’être incompétente ou mauvaise et cela ne fait pas davantage l’affaire de l’enfant.

B. Le père, plutôt « bon père » avant la séparation, a déserté de façon largement imprévue femme et enfants pour se jeter dans les bras d’une ou d’un nouveau partenaire, parfois bien plus jeune que la mère. C’est la « crise de la quarantaine » qui existe vraiment au-delà du langage populaire[4], avec parfois un nouveau bébé vite fait bien fait… couplé à une assez incroyable naïveté : nombre de ces pères transfuges voudraient que l’exercice de leur paternité se poursuive sans heurts, via hébergement égalitaire. avec ses enfants qui admirent tout de suite son choix.

Mais au début, nombre de grands enfants et d’adolescents ne peuvent pas   lui pardonner ce qu’ils vivent comme un abandon et un mépris de leur valeur à eux et une source de gêne matérielle et de souffrance morale dans la famille délaissée. Dans ces conditions, beaucoup d’enfants se parentifient et se posent en protecteurs de leur mère blessée.

 Le temps – et seulement lui – peut arranger lentement les choses. Le PR a tout intérêt à adopter d’abord un profil bas, en reconnaissant la souffrance et la colère qu’il a engendrées, et sans mendier pour autant, à se contenter d’abord de cartes d’anniversaires et d’invitations espacées au MacDo…Si du moins sa nouvelle compagne ne le tient pas par…l’une ou l’autre modalité.   

C. Enfin, il y a las cas où le père ne s’occupait guère de l’enfant avant la séparation et pourtant, tôt ou tard après, le voici qui demande un hébergement égalitaire. Ses motivations peuvent être variées, du plus acceptable (prendre enfin sa place[5]) au plus négatif (se venger de la mère, motivations financières), en passant par la seule revendication de ses sacro-saints droits d’adulte : ces motivations ne sont pas toujours simples à décoder pour les magistrats ou les services sociaux.

Et quelles qu’elles soient, initialement pour l’enfant, cette idée de cohabitation avec un demi-inconnu qui a peu ou prou blessé sa maman, c’ est  inquiétant et source d’une résistance hostile. On devrait donc commencer en misant sur un ré-apprivoisement tel que décrit par Antoine de Saint-Exupéry[6].  par des contacts espacés, et en les suspendant s’ils sont trop source d’angoisse ou de répulsion, ou en les accroissant progressivement si la relation évolue positivement. Il est important de vérifier l’évolution de près et notamment ce qu’il en est vraiment des motivations du père : une expertise collaborative ou une guidance sur ordonnance est ici toute indiquée, initiée par la formulation suggérée plus haut : « évaluer l’opportunité d’une reprise de contacts avec le père… » en ajoutant à la fin «… et y œuvrer si cela s’indique ». 

Chapitre 3 : Les conflits lourds et   durables

 §I. De quoi s’agit-il ? 

Dans la majorité des situations où un parent est refusé, de forts conflits existent depuis toujours ou ont fini par s’installer entre les parents. Ils expriment la frustration de leurs demandes amoureuses non-satisfaites, l’incompatibilité de leurs personnalités basiques ou encore la volonté de pouvoir de chacun sur l’autre ; leur affrontement continue lourdement, rigidement après la séparation, jusqu’à la haine et la volonté de destruction morale de l’autre.

Au sein de ces tempêtes et quoi que les parents prétendent, l’enfant n’est jamais identifié comme une personne porteuse de pensée et de sentiments propres, à respecter et à ménager : objet de litiges, objet que chacun veut posséder, objet de chantages, prié d’espionner et de rendre compte ou de prendre parti, il est manipulé par chaque parent, parfois à l’insu de sa volonté consciente, et parfois pas. Quand l’un bénéficie au quotidien de davantage d’hébergement de l’enfant, il se l’accapare et dénigre abondamment son ex. Celui-ci hurle, mais ferait exactement la même chose si l’enfant séjournait surtout chez lui. 

L’enfant se sent alors pris entre deux feux :

Certains semblent adopter ou adoptent vraiment le point de vue d’un parent et font des histoires pour aller chez l’autre : pseudo-conformisme, suggestibilité ou pensée personnelle conformiste, j’y reviendrai au chapitre 5. Les contacts se suspendent carrément ou deviennent plus rares, irréguliers et entachés de mauvaise humeur. Souvent, c’est sur le PH qu’ils s’alignent, parce qu’ils y ressentent davantage de bien-être, parfois pour le consoler et le protéger ou encore parce qu’ils ont peur de son pouvoir.

D’autres gardent des sentiments positifs pour leurs deux parents, et, dans le cadre de leur guerre sans merci, ils se pseudo conforment prudemment à leur hôte du moment; ils peuvent aller, en alternance, jusqu’ à trahir et « torpiller » le parent absent.

 

On invoque souvent à ce propos un conflit de loyauté chez l’enfant, mais ce concept est relativement flou, son objet est peu spécifique et on le brade parfois dans les prétoires, en le mettant au service des intérêts d’une des parties ! Prudence donc car dans une première acceptation du terme, l’enfant se sent plus proche d’un parent et comme obligé, par sa loyauté à l’égard de celui-ci, à « refouler » ce qu’il peut ressentir de positif à l’égard de l’autre. Mais dans l’acceptation opposée, l’enfant se sent continuer loyalement à aimer ses deux parents, même si c’est avec des nuances et préférences et donc souvent « mal dans sa peau et en conflit » où qu’il soit, comme s’il trahissait l’autre, le parent absent.

Refus de contact ou pas, beaucoup vivent donc un mal-être plus ou moins patent, et rarement identifié dans ses sources bilatérales profondes. Des troubles variés expriment celui-ci. A travers eux, l’enfant peut encore se sacrifier, comme patient désigné, en essayant d’attirer la foudre sur lui : transgressions, chute du rendement scolaire, troubles psychosomatiques, etc. Ils devraient constituer un sérieux signal d’alarme !

 

Dans ces contextes, des procédures judiciaires de longue durée existent souvent, émaillées d’ interjections d’une prévisibilité aussi consternante que stéréotypée : « parent aliénant » contre « pervers narcissique ». On gagnerait pourtant à s’en tenir à cette réalité qu’il existe de lourdes disqualifications réciproques, sans véritable pôle unilatéral d’aliénation (c’est-à-dire sans que soit fait unilatéralement un « forcing » pour obliger l’enfant, en le culpabilisant, à adhérer à du faux souvent caricatural).

 

 Dans ces ambiances très tendues, un nombre minoritaire de fois, la durée du séjour de l’enfant chez chaque parent n’est pas remise en question. J’ai même connu quelques cas où l’on a maintenu un hébergement égalitaire. Mais mille chamailleries viennent troubler l’organisation du quotidien ; la relation avec l’école est souvent difficile, tout comme le sont les moments où il faut prendre des décisions importantes. Et l’enfant est malmené par bien des sources de tension. Il y a donc beaucoup de pain sur la planche pour les psy, les travailleurs sociaux (par exemple, les SAJ appelés à la rescousse) et les avocats, qui peuvent tout aussi bien contribuer à envenimer les situations qu’à les apaiser, tout en restant au service de leur client, mais en fonctionnant aussi comme négociateurs réalistes.    

 Mais c’est souvent sur les durées de séjour que le conflit se cristallise : ici, par exemple, il existait théoriquement un hébergement égalitaire déjà bien égratigné, et mère et enfant font chorus pour ne plus en vouloir. Ailleurs, les contacts sont déjà largement ou totalement rompus avec PR et celui-ci proclame sa souffrance et revendique ses droits!

 §II. Prise en charge de ces situations 

 

Il n’existe hélas pas de méthode qui s’avérerait très payante ! Face à la rigidité des combattants, face à leur haine parfois et à leur mauvaise foi dramatisante quasi-toujours, nous sommes bien démunis. Et l’autorité officielle de la société, bien affaiblie en ce XXIe siècle,  n’ est pas vraiment d’ un appoint efficace !

A. Le plus souvent avec l’apport déterminant de procédures judiciaires civiles, voire protectionnelles et le soutien d’experts, l’ensemble des intervenants en place doit se coordonner et investir beaucoup d’énergie, entenant bon dans la durée, pour que des contacts concrets se rétablissent ou se continuent entre le PR et l’enfant.Au minimum, il faudra s’en tenir à des contacts[7] quantitativement réduits dans un centre « Espace-rencontre ». Parfois, on obtient un peu plus, par exemple un jour de visite tous les mois, quelques jours ensemble aux vacances. Il est encore plus rare que se réinstallent, dans une ambiance de neutralité froide,  des durées de séjour plus étendues (comme les deux week-ends mensuels, décision si fréquente il y a vingt ans).

 B. A l’inverse, il est utopique de croire que maintenir un hébergement égalitaire déjà bien malade, voire en imposer un sur le papier d’un jugement, cela puisse constituer une solution épanouissante pour l’enfant et, in fine, apaisante pour le conflit. Même si le PR le demande à corps et à cri comme une manière de lui rendre justice.

Dans l’hébergement égalitaire, l’alternance  soumet l’enfant à haute fréquence à de lourds orages, exacerbés par ses allers et retours.

 A l’imposer, le sentiment de menace vécu par la mère s’exacerberait, donc son agressivité et sa haine . L’enfant serait utilisé à l’instar d’un médicament tranquillisant, ce qu’il n’est pas; plus souvent que jamais , la mère chercherait son alliance et le prendrait à témoin de l’horreur qu’est le père.

 C. Jusqu’à quel point insister pour obtenir l’obéissance de l’enfant quant à ses contacts avec le PR, lorsque le PH et l’enfant continuent à ne pas appliquer les jugements des Tribunaux, même modérés ?

 Je n’ai pas de réponse certaine à cette question, qui est de l’ordre de la responsabilité sociale. 

Sur le terrain, de facto, les efforts des magistrats et des autres intervenants psychosociaux s’effritent assez souvent et rien ou quasi rien ne change .

Par contre, dans une minorité en croissance de situations, l’affrontement avec les institutions devient progressivement plus musclé. Mais est-ce toujours dans l’intérêt de l’enfant ? 

- ---Recourir à la justice pénale contre PH pour non-présentation d’enfant, est-ce vraiment intelligent ? On accroît le plus souvent le traumatisme psychique chez l’enfant, son insécurité et sa crainte de l’abandon. Sa haine personnelle contre PR s’installe ou augmente, puisqu’il l’associe inévitablement à une décision aussi barbare. 

- ---Alors, faut-il envisager une astreinte financière proportionnelle aux revenus du PH ? Je n’ai pas beaucoup d’expérience de situations traitées de la sorte. Superficiellement, elles pourraient sembler très efficaces, mais n’induisent-elles pas les mêmes effets négatifs chez l’enfant, avec en plus l’impression que même le PH, finissant par céder, le trahit ? 

- --- Enfin, dans quelques cas, la Justice protectionnelle, souvent sur suggestion du SAJ, a ordonné le placement de l’enfant en institution résidentielle spécialisée. C’est là une mesure très grave, qui éloigne l’enfant de sa famille et commence toujours par fort le traumatiser. Dans l’un ou l’autre cas, il s’en est trouvé du coup protégé d’influence parentales bilatérales fort toxiques et la mesure a finalement été bénéfique. Mais plus souvent, la mesure apparait comme une sorte de vengeance institutionnelle pour punir l’enfant de sa résistance active contre le père. Je me souviens d’une jeune adolescente « placée » à 13 ans parce que, depuis des années, elle refusait d’ouvrir la bouche face à son père, très probable abuseur sexuel de sa grande sœur ; le traumatisme qui s’en est suivi a été considérable et c’est même l’institution d’accueil qui a fait de pieds et des mains pour qu’elle en sorte. A mon sens, cette mesure grave doit rester rare, bien évaluée comme étant le moindre mal du moment par une petite équipe de magistrats, de travailleurs sociaux et d’experts psy compétents. Elle vise alors à protéger l’enfant contre des influences toxiques rigidement persistantes et bilatérales[8].

D. Pourquoi ne pas faire preuve d’humilité en décidant que les tentatives pour créer ou intensifier les contacts seront suspendus, après un laps de temps d’efforts, ici stériles, que les intervenants se sont fixé dans leur for intérieur ? Cette suspension couvrira alors une durée précise (12 à 18 mois, p. ex.), suivie d’une réévaluation. Reste à chercher comment les Tribunaux peuvent s’associer à cette philosophie de travail, sans se désavouer par des jugements/injonctions qui n’auront pas été suivis

Pendant ce temps de latence institué,  le retrait des intervenants peut être total. Ou alors, le PR continue à être soutenu en guidance, pour qu’il reste patient, voire pour qu’il envoie discrètement, délicatement, de loin en loin, un petit signe de vie à l’enfant. Dans d’autres cas encore, une guidance familiale peut continuer à exister officiellement, mais, lors de ce temps de suspension,   pas pour œuvrer à l’amplification des contacts : on va recevoir chaque partenaire, éventuellement séparément, pour s’informer et être passeur de nouvelles : raconter à l’un comment vont les autres. 

Chapitre 4 : Le PH provoque en ordre principal le refus de contacts avec le PR 

La mère (PH dans ce texte) qui dysfonctionne principalement et durablement, relève alors à juste titre de l’appellation parent aliénant : elle détourne l’enfant des contacts et même si possible du lien avec le père, en le dénigrant intensément, d’une manière totalement ou très largement non-fondée. Ici, ce père ne comprend pas l’ampleur des attaques dont il est l’objet, se défend vaille que vaille et en tout cas ne monte pas au créneau pour contrattaquer symétriquement comme les pères évoqués lors des disqualifications réciproques ; les investigations qui portent sur lui font état d’une personnalité à tout le moins non-toxique pour l’enfant, et qui s’était engagée dans sa fonction paternelle (probablement avec de nombreux bâtons dans les roues).

 

Les indicateurs principaux de la vraie aliénation parentale sont bien connus. On observe souvent une dimension disproportionnée, parfois passionnelle, des accusations portées contre le père, couplée souvent à un côté répétitif, sans grande capacité de donner des détails précis ;  l’immédiateté de sérieuses difficultés dans les contacts des enfants avec leur père ; une sorte de « robotisation » du discours des enfants : ils reprennent rigidement les quelques accusations serinées par leur mère, parfois avec les mêmes mots qu’elle : ce sont parfois les 2,3 mêmes événements, largement anciens, qui reviennent indéfiniment sur le tapis. 

 §I. Pourquoi cette attitude aliénante chez la mère ? 

A la source,  on trouve souvent une forte angoisse, très largement imaginaire, portant sur les dangers que véhicule l’homme en général et PR en particulier. C’est notamment le fait de mères qui, enfants, ont elles-mêmes enduré des pratiques incestueuses ou d’autres violences familiales. Cette angoisse insensée porte parfois sur une méconduite sexuelle du père, accusé d’avoir abusé de l’enfant, souvent un tout petit, ici suggestionné à l’extrême.    

Plus rarement, la frontière de la psychose est franchie, et la mère souffre d’un délire paranoïaque où elle accuse avec la plus grande conviction le père d’actes antisociaux graves, de complot, de volonté d’enlever l’enfant, etc.

 

Dans d’autres cas, la mère présente une possessivité énorme, toute- puissante. Si d’aventure quelques contacts chez le père persistent, elle ne lâche pas l’enfant, via téléphones portables, de jour et de nuit.

Assez souvent, elle dispose d’alliés dans sa famille d’origine. Il n’est pas rare que l’on ait à alors à faire à une possessivité « systémique », quinclut également les grands-parents maternels,  montant au créneau et envenimant les choses.

 

Il est plus rare que ce soit la seule haine contre son ex-conjoint qui fasse perdre le contrôle à la mère C’est parfois parce qu’elle se sent trahie par le nouveau choix amoureux du père. D’autres ont le désir d’effacer leur ex parce qu’il signe un choix immature de leur passé, des années où elles ont été trop soumises, et le désir de le remplacer par leur nouveau compagnon. Il arrive alors qu’elles appellent le père le géniteur, pour bien signifier qu’il n’a plus de place aujourd’hui.

§II. Prise en charge de ces situations

Il faut y mettre autant d’énergie et de moyens que dans les situations étudiées au chapitre précédent. Tant mieux si un peu de contacts srétablissent et se stabilisent.  Plus souvent cependant, la situation se détériore encore. Alors, en se donnant une deadline raisonnable (deux, trois… six mois), on gagne à procéder en s’inspirant de Gardner :

A. Pour peu que le père soit disponible, bon éducateur et plus modéré, une décision judiciaire devrait lui confier l’enfant[9] en hébergement exclusif pour commencer, avec les soutiens psychologiques et sociaux nécessaires pour assurer la transition. Quant à la mère[10], aussi longtemps que sa conviction et son attitude ne changent pas, elle doit voir les contacts avec l’enfant suspendus ou réduits et accompagnés, via centre « Espace-rencontre », si elle parvient à ne pas s’y montrer négative. Les contacts informels doivent être interdits (lettres, téléphone, réseaux sociaux, contacts surprises à la sortie de l’école ...) Ce parent, très frustré et malheureux de la décision prise, gagne à ne pas être diabolisé pour autant et soutenu psychologiquement dans toute la mesure du possible.

B. Si le père n’est pas disponible, on peut envisager de placer l’enfant dans un milieu tiers pour le protéger. On peut penser d’abord à un milieu familial d’accueil, si le cotrôle sur le parent aliénant y est aussi effectif qu’indiqué ci-dessus. 

Chapitre 5. Le jeune est responsable en ordre principal de la rupture de contacts 

  1. §I. Une pensée personnelle chez le jeune ?

Lorsqu’un jeune émet une opinion sur sa vie familiale et par exemple qu’il formule un souhait quant à ses séjours chez chaque parent, s’exprime- t-il en son nom propre ou est-il le porte-parole plus ou moins robotisé d’un de ceux-ci?

 Question complexe, à examiner au cas par cas ! Il n’est d’ailleurs pas sûr que la réponse puisse se réduire strictement à un de ces deux pôles :
Attention aux généralisations péremptoires ! Un exemple ? Dans le tableau des symptômes de l’aliénation parentale, l’école de Gardner relève que l’enfant se présente avec force comme un penseur indépendant, affirmant explicitement que la décision de  rejeter un parent lui appartient à lui (l'enfant) seul …et les gardnériens en déduisent que justement non, cet enfant prouve qu’il n’a pas de pensée personnelle en insistant à outrance sur son indépendance…. Voire ! Il n’est jamais simple et parfois tout bonnement impossible de différencier objectivement le résultat d’une suggestion d’une pensée personnelle conformiste ![11]

Cette question d’une pensée de l’enfant, personnelle ou non, se pose dans l’ensemble des chapitres décrits dans cet article ; l’on peut en résumer la discussion comme suit[12] :      
Chez l’enfant, la liberté de penser et de s’exprimer, ainsi que la richesse et la lucidité de la pensée s’accroissent en référence à son âge, son intelligence, sa santé mentale, la sérénité de son contexte familial et social et l’absence de pressions faites sur lui pour diriger ses idées.

Par ailleurs, il ne faut pas confondre une pensée personnelle, assumée comme telle, et une pensée qui aurait été générée dans la plus grande indépendance /solitude : même quand ils ne procèdent pas via pressions explicites, les autres, surtout ceux qui sont proches de nous ou que nous admirons, nous influencent toujours quelque peu, volontairement ou non, par leur manière d’être et les opinions qu’ils émettent devant nous ou à notre intention. Une partie au moins de nos pensées est conformiste, c’est-à-d a épousé la forme de la pensée de l’autre, tout en restant bien la nôtre.[13]


Et donc, pour situer le statut de la pensée des enfants qui nous parlent, elle se satellise autour de quatre pôles. Plus précisément, on peut se représenter un quadrilatère avec quatre sommets, et le statut du moment de la pensée auprès d’un des pôles (sommets)  ou dans l’aire du quadrilatère, avec en outre une possibilité de se mobiliser dans la durée ou selon les contextes. Comme je le disais plus haut, c’est parfois très complexe et il n’y a pas de honte à assumer publiquement que l’on doute, même en étant un professionnel chevronné !

- ---Premier pôle : Assez rarement (10% des situations de refus ?), nous avons à faire à des enfants sans pensée personnelle, qui se sont laissé suggestionner sans faire fonctionner un outil mental critique pour bien comprendre ce qui était en jeu : certains, ici, ont peur de l’affrontement, déjà dans le champ des idées….ou alors leur capacité de penser est pauvre, balbutiante, encore très immature : ils prennent donc pour argent comptant ce qu’on leur suggère : enfants jeunes, pauvres en esprit ou/et affectivement vulnérables sous forte pression. On les rencontre notamment dans le contexte de la vraie aliénation parentale. Ou alors, ce sont des tout-petits suggestionnés pour faire de fausses allégations sexuelles[14]. 

Ce qui est constant, c’est que, quand on interviewe ces enfants, ils sont incapables d’expliquer, d’argumenter, de donner des détails vécus, de parler d’expériences personnelles fortes, répétées qui pourraient illustrer les titres de leurs énoncés. Ils peuvent même se limiter à répéter, parfois presqu’au mot à mot, quelques exemples forts que la mère apporte de son côté

 Et leur conviction est superficielle. Chez les plus âgés en tout cas, des moments de doute peuvent refaire surface. Chez tous, des idées différentes sont comme bousculées, comprimées, retenues par les suggestions… mais si le parent suggestionnant est suffisamment à distance, elles peuvent parfois se libérer. A condition que l’interviewer fasse preuve de délicatesse subtile, et pas d’une violence où il leur reprocherait l’existence de la suggestion.

- ---Dans les trois autres pôles, les enfants ont la capacité d’avoir une pensées personnelle.

Deuxième pôle :Mais pas nécessairement de l’exprimer comme telle !!! En effet, ils ont aussi la capacité de mentir (5-6% des situations de refus ??), càd d’affirmer le contraire de ce qu’ils pensent intimement, en se montrant donc pseudo- conformes au souhait d’un parent, souvent le PH

-Une bonne partie d’entre eux vivent eux aussi dans des contextes lourds (chapitre 3 et 4), et sont l’objet de chantages ou/et de pressions plus ou moins subtils et angoissants. Alors, sans se laisser intimement suggestionner, ils font semblant d’être d’accord . Mais leur affirmations s’énoncent sans conviction ni émotion, sont imprécises ou irréalistes ( exagérations cumulées), ne tenant pas la route ; elles s’accompagnant peu d’actes conjoints de refus, et on les retrouve souriants, comme s’ils n’avaient jamais rien calomnié, quand ils séjournent chez le PR. 

-Chez quelques autres par contre , les accusations mensongères contre le PR peuvent s’avérer tenaces et vraiment destructrices : maltraitance ou abus sexuel, alcoolisme, ambiance partouzante, etc. On constate alors souvent de la perversité subtile ou claire et nette dans leur milieu de vie (transgressions ;matérialisme délinquant ; tricheries ;inexistence d’une Loi de sociabilité/authenticité). Au pire, cette perversité est plus personnelle et leur fait rechercher leur confort à n’importe quel prix…si, par la suite, ils doivent bien avouer qu’ils ont menti, ça leur est égal : ils auront essayé, sans scrupules moraux et avec un sentiment d’impunité que l’organisation de notre société confirme hélas trop souvent !

 - ---Troisième pôle : Viennent alors les jeunes qui expriment sincèrement leur opinion personnelle, qui est ici la même que celle de PH (70 à 80% des situations de refus).On a tendance alors à les étiqueter « conformes ou conformistes »,avec un zeste de méfiance et de péjoration dans la qualification.

 J’ai expliqué plus haut pourquoi une dimension de conformisme est universelle dans nos pensées, et donc que cette péjoration n’est pas de mise. Même si, un certain nombre de fois, c’est bien l’opinion de la mère sur le père qui a été à l’origine d’une réflexion chez l’enfant, celui-ci a fini par ajouter, en lui, ses graines d’idées à celles semées par sa mère, pour en faire un fruit intérieur qu’il reconnaît comme sien.       
En outre, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur la possibilité de la simultanéité : ce n’est pas parce que des personnes pensent la même chose en même temps que, ipso facto, l’une d’elle -par exemple la plus âgée, la plus mûre - a influencé l’autre, qui s’y conforme : face à la même réalité expérientielle, par exemple, la conduite habituelle du père, les témoins - mère et enfant - pensent faire la même analyse individuellement. Après bien sûr, il y a énoncé en commun des opinions et éventuellement renforcement réciproque…ou nuances !        

- ---Quatrième pôle : Enfin, dans une minorité des, ce que pense sincèrement le jeune et ce qu’il exprime est indépendant de ce que pense la mère (5 à 15% des situations de refus).    
Dans la suite de ce chapitre, je vais me centrer sur ces enfants indépendants d’esprit et sincères.      
Réalité d’une auto-gestion que bien des intervenants ont du mal à accepter. Le PH préfèrerait, du moins consciemment, que ce refus n’existe pas, car il lui complique la vie. Le PR, lui, a beaucoup de mal à croire que c’est l’enfant qui est aux commandes et accuse le PH, qui essaie plus ou moins énergiquement de faire évoluer plus positivement l’opinion de l’enfant, mais souvent en vain. 


  1. §II. Quelles sont les origines de ces refus ?

 - ---Surtout chez les plus jeunes, l’on peut invoquer la simple angoisse à anticiper la rencontre avec le PR, devenu lointain et étranger ; l’angoisse que ce PR découvre les désirs œdipiens de l’enfant et ne le punisse pour cela (« Papa ne peut pas savoir que je me sens le petit homme de maman »). Il peut s’y ajouter une banale angoisse d’être réprimandé parce qu’on a été irrégulier ou de mauvaise humeur lors des séjours précédents (faille qui risque de se creuser de plus en plus).

 Ces vécus anxieux sont sans doute les plus faciles à mobiliser, en veillant à ce que les contacts reprennent progressivement, et en aidant le PR(par exemple, via une guidance parentale)  à se montrer rassurant, agréable à vivre, non-critique.


- ---Il peut exister aussi une différence entre les deux milieux de vie, ressentie par l’enfant- ici la plupart du temps un grand enfant ou un adolescent- comme trop importante et frustrante. Elle l’oblige à faire le grand écart chaque fois qu’il change de maison.

Ecart par exemple au niveau éducatif, un parent étant significativement plus sévère et contraignant que l’autre[15] ; écart au niveau des valeurs ou des croyances et religions ; écart au niveau de l’investissement par le parent, l’un étant présent à toutes les sorties d’école et jouant avec les enfants, l’autre travaillant tard, usant et abusant de l’ordinateur ou, plus généralement étant peu disponible et peu empathique….ou, plus banalement, écart au niveau du confort matériel et financier : beaucoup de nos têtes blondes sont plutôt matérialistes ou intéressés par le laxisme[16].

 - ---Le refus peut encore résulter du conflit de loyauté que l’enfant éprouve tout seul après la séparation, surtout si celle-ci reste litigieuse ; une manière de s’en sortir est de forcer le trait et se représenter qu’il y a un bon et un mauvais parent et d’agir en conséquence.

Même si PH n’en remet pas et essaie de se montrer « neutre », la position de l’enfant lui convient plutôt, au moins dans son for intérieur. Et tel enfant, narcissique ou anxieux, peut rigidifier son opinion, pour ne pas vivre la honte de changer d’avis ou la crainte d’être mis en présence du parent dénigré.

 
- ---C’est parfois encore plus mystérieux, en référence à des critères de confort ou de vécu subjectif inattendus. 

Illustration : Marie (treize ans) et Noah (douze ans) ne prétendent plus rencontrer leur père qu’au compte-gouttes (quatre ou cinq fois par an, de préférence sans nuitée) et encore, parce que leur mère insiste fort pour qu’ils le fassent. Il n’existe pas de tensions significatives entre les parents séparés. La mère a refait sa vie avec un beau-père et le séjour chez elle est très agréable. Le père vit seul ; chez lui, c’est plus morose, il n’a pas vraiment l’art d’amuser les enfants. En plus, il y a trois et deux ans, il a fait deux graves épisodes dépressifs, chaque fois de quelques mois avec hospitalisation, pendant lesquels il était incapable de contacts avec ses enfants. Aujourd’hui, il est en rémission. Via l’expertise, on peut entendre bien des motivations chez Marie et Noah, telles que le confort et le plaisir vécus chez maman (Marie dira « Les parents ne nous demandent pas la permission pour se séparer, je ne vois pas pourquoi nous, les enfants, on devrait en payer les conséquences[17] ») ; la peur d’être de nouveau confrontés à une dépression soudaine et celle, alors, de ne plus être protégés et une vague peur que ce soit contagieux ; des souffrances et des revendications plus précises, quoique bien auréolées de subjectivité : « u n’étais pas là à la proclamation de mon CEB[18] », « Tu n’as pas fait tout ce qu’il fallait pour guérir et nous revoir. »  

 §III. Prise en charge de ces situations 

Supposons un jeune sincère, conformiste ou indépendant qui souhaite en son nom propre réduire ou supprimer les contacts avec son père.  

On peut lui imposer  quelques rencontres avec un psy formé à la psychothérapie[19], espérer que ce psy l’ « apprivoise »  je et qu’il cherche délicatement à mobiliser son vécu négatif et/ou ses choix. Dans le même état d’esprit, on peut organiser quelques séances de guidance père-jeune.

 

Mais il n’y a jamais obligation de résultat[20] et si le jeune campe sur ses positions, il faut s’aligner largement sur la philosophie de travail et les types d’intervention proposées au chapitre 3. : mettre beaucoup d’énergie, en interdisciplinaire, pour que quelques contacts reprennent ou se maintiennent.

Par contre, peser lourdement sur la mère, avec menaces, pour qu’elle fasse pression, constitue une parfaite injustice, de même que placer l’enfant en institution pour le punir de résister aux injonctions sociales. Comme indiqué plus haut, un placement en milieu tiers peut s’indiquer de (très) loin en (très) loin pour protéger l’enfant d’influences toxiques graves et durables, mais pas pour obliger aux contacts.

 

On sera donc amené à se résigner parfois à ce que les contacts restent irréguliers, rars, voire suspendus pour des périodes indéterminées, réévaluables de loin en loin (via agences sociales d’Etat ou expertises continuées).

 

REMERCIEMENTS : Je remercie chaleureusement l’équipe de l’ ASBL « L’atelier du lien » à Ottignies, équipe psychosociale spécialisée dans l’expertise et les prises en charge psychologiques et juridiques des séparations parentales difficiles. Nous avons travaillé ensemble plusieurs années et leur réflexion a beaucoup enrichi le présent article.   

 

Notes 

[1] L’existence de ce tenant-lieu ne pose parfois aucun problème, par exemple après un veuvage (le lien avec le parent décédé peut d’ailleurs y coexister). Par exemple aussi, lorsqu’un géniteur toujours en vie a vraiment déserté son ex-conjoint et l’enfant. Dans quelques cas, on voit même qu’un parent accepte que l’enfant ait un deuxième lien, de type quasi-parental, avec le nouveau compagnon (la nouvelle compagne) de son ex. Mais c’est parfois beaucoup plus problématique, lorsque le parent absent est jaloux à tort ou à raison.

Le raisonnement propre à ce texte présente sur le plan psychologique et relationnel des analogies avec ces situations fréquentes de recomposition familiale. Sur la plan juridique, càd celui des droits et devoirs, c’est autre chose !

[2] Le plus souvent ? J’ai cependant connu deux cas où un père, mari violent, était fort attaché à ses enfants qui le lui rendaient bien. Dans un des cas, le père avait fait de la prison pour sa violence et dès sa sortie-le couple étant séparé-, il demanda à reprendre contact avec les enfants qui, ici, ne demandaient pas mieux, n’étant pas loin de faire de la mère la responsable des drames familiaux…Comme quoi, nous ne pouvons jamais généraliser…

[3] J.-Y. Hayez, « Tout-petits et allégations d’abus sexuel », Journal du droit des jeunes, 2019-385, p. 6-12. 

[4] « Pourquoi mon papa y sort avec une fille de vingt-cinq ans ? » chanson « joyeux Noël » de Max Boublil, 2011.

[5] Certains pères ne sont pas fondamentalement intéressés par les bébés et n’investissent sincèrement l’enfant que quand celui-ci grandit ; alors, ils peuvent vivre un vrai désir paternel, mais l’enfant n’est pas une chose dont on dispose à sa guise !

[6] Dans le livre de A. de Saint-Exupéry, Le petit prince, Reynal & HitchcockGallimard, 1943. Comment apprivoiser un jeune renard farouche qui a une blessure à la patte ?

[7] Lors des contacts qui subsistent, il est important que PR ne se montre ni doloriste, ni culpabilisant les enfants, ni agressif envers son ex : qu’il vise surtout à prendre du plaisir dans l’ être- ensemble du moment, un bon tremplin pour espérer une reprise de contact plus étendue.

[8] Ce que j’incrimine ici, c’est le placement sous contrainte, comme pour punir l’enfant, dans une institution de l’aide à la jeunesse. Ce n’est pas, systématiquement, toute décision de mise en internat. Dans certains cas, et pour peu qu’il finisse par y avoir un accord entre père et mère, un séjour de semaine en internat scolaire, avec retour le week-end chez chaque parent en alternance, peut être bénéfique à l’enfant.

[9] Je n’ai néanmoins pas d’expérience ni de connaissances sur la faisabilité de cette mesure lorsqu’elle vise des adolescents, à partir de treize, quatorze ans…

[10] Les mesures concernent aussi ses éventuels alliés, aussi inobjectifs qu’elle.

[11] On peut relire ce que j’ai écrit sur la gestion de certains doutes irréductibles dans l’article   o-Ados auteurs d'abus ou de pseudo abus» , à partir du &III, III

[12] Une discussion approfondie dépasse le cadre de cet article.  Vous trouverez plus de détails dans l’article :

 Discernement chez le mineur d'âge, Ethica clinica, 2021, 101. Dans le livre La parole de l’enfant en souffrance, écrit avec E de Becker (Dunod, 2010) nous avons analysé les concepts de : authenticité, mensonge, conformisme, pseudo-conformisme, (auto-)suggestion, etc.

[13] L’anticonformisme n’est que la variable opposée, qui se discute de la même manière : c’est l’influence sur nous de ceux que nous détestons.

[14]  On peut relire l’article précité (nbp 3) Tout-petits et allégations d'abus sexuel .  

[15] Ici, on n’est pas très loin du chapitre 2. : le PR provoque (involontairement) le refus par sa rigidité.

[16] Sans néanmoins aller jusqu’à la perversité dénoncée plus haut.

[17] A méditer longuement par tous les inconditionnels de l’hébergement égalitaire, en référence aux droits égalitaires des adultes…

[18] En Belgique, le CEB est un examen organisé par l’Etat pour la fin des études primaires. La diplomation s’accompagne de cérémonies dans les écoles.

[19] Ces rencontres sont néanmoins plus proches de l’aide sous contrainte que de la véritable psychothérapie, vu le caractère obligé de la mise en contact et vu les garanties beaucoup moins fortes quant au secret professionnel !

[20] Cette évidence n’est pas inutile à rappeler !!! On peut attendre du psy qu’il cherche à remplir correctement la mission qu’il a acceptée, et qu’il travaille avec générosité, mais pas qu’il atteigne obligatoirement un résultat Il ne devrait jamais accepter une mission au libellé impossible, comme je l’ai expliqué au chapitre 1.

 

 

 

 

 

   
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