Articles qui décrivent des aspects normaux ou préoccupants  du "fonctionnement psychique" des enfants et des adolescents . Description de quelque situations familiales ou sociales difficiles pour eux. 

Résultat de recherche d'images pour "dessins d'enfants"

 

 

ARTICLES RECENTS

 

 Abus sexuels sur mineurs

Adoption: vivre au quotidien avec un enfant adopté 

 Ados contemporains: typologie faite maison

L'aliénation parentale

Allégation d'abus sexuel; à propos d'Outreau

Anxiétés, angoisses et peurs de l'enfant

La communication adulte-enfant, en éducation et en psychothérapie

.Le covid-19, les tout-petits et l’école maternelle 

Dépressions sévères à l'école primaire

Difficultés alimentaires :Recommandations aux parents des petits mangeurs

 Discernement chez le mineur d'âge 

 L'énurésie et sa prise en charge 

                                    - Exclusion d'un jeune hors d'une institution

Quand le "remède" est pire que le mal : jeunes exclus (de l'école, de la maison d'enfants) après une transgression grave...

  Fiabilité de la parole de l'enfant et de l'adolescent  

 Grands-parents : à quoi donc servent-ils?

 

Hébergement alterné et autorité parentale conjointe

Hébergement alterné, seul garant du bien de l'enfant?

HP: Enfants et adolescents surdoués

 Homosexualité: mise en place de l'orientaion sexuelle et du genre

 Hyperactivité : Les parents et leur enfant hyperactif (TDA/H)

Internet et les écrands: quand le jeune est scotché, simple gourmandise ou dépendance

Jeu du foulard

Mémoriaux du souvenir et accessibilité aux enfants

Missions de la pédopsychiatrie de liaison.

Pédopsychiatrie sociale ; enfants placés en institutions pour  « cas sociaux »

   Personnalité (Troubles de la personnalité chez l'enfant et l'adolescent

 

 

  Repli sur soi: l'enfant derrière le mur

Risques: Activités à risque chez les adolescents : description et raisons d’être (1)

 Risques: Activités à risque chez les adolescents : la prise en charge

Ruptures du lien parental après la séparation des parents

 Sanctions: Je  crois en la sanction, pas en la punition"

Secrets de famille, confidentialité et psychothérapies

La sexualité  des enfants et des adolescents: généralités

La sexualité  des enfants et des adolescents: son développement

La sexualité  des enfants qui vont bien

La sexualité   des adolescents

Soins dentaires et petits soins intrusifs chez l'enfant: aspects psychologiques

l'après-suicide : le vécu des survivants proches, entre autres les psy

Tout-petits et allégations d'abus sexuel

"Traumatisme psychique:prise en charge d'un mineur traumatisé"

Traumatisme psychique: quand le monde agresse l'enfant ( études de cas)

Urgences en pédopsychiatrie

 Vulnérabilité de l'enfant t


 547-07

 

ARTICLES PLUS ANCIENS

 

Ils faisaient partie de mon enseignement universitaire jusqu'en 2007-2008 ;leur aspect est parfois un peu vintage mais j'assume toujours l'essentiel des descriptions qui y sont faites: 

 Anorexie mentale de l'adolescent

Carence affective (ou trouble de l'attachement) / Causes et signes 

 Carence affective (ou trouble de l'attachement)/ Les soins; restaurer la confiance de base

 

Résultat de recherche d'images pour "crise d'adolescence"

 

Crise d'adolescence "normale"

  Enfant de 0 à 6 ans: développementy affectif

 Imagination de l'enfant

Névrose ou troubles névrotiques chez l'enfant et le préadolescent 

    Les anglo-saxons ont voulu faire disparaître le concept et le terme "Névrose", de la nomenclature..pourtant, des conflits intra-psychiques insolubles continuent à habiter l'enfant, avec leur cortège de refoulement, de mécanismes de défenses et de symptômes invalidants... 

 

 Psychoses de l' adolescent

Psychoses de l' enfant et du préadolescent 

 

 

 Ce texte est un témoignage clinique. Il a été publié dans la revue "Journal du droit des jeunes" (2019-385, pp 6-12). Il a éta également publié dans l'ouvrage collectif "L'hébergement de l'enfant, réflexions pluridisciplinaires", sous la dir. du Jeune Barreau de Mons,  éd. juridiques Anthémis, Wavre, 2019

Il fait la synthèse de mes lectures , échanges entre collègues et d'une expérience belge de 40 ans dans le champ de la lutte contre l'abus sexuel envers les enfants. Il est dédié aux tout-petits, les moins de 6 ans, dont j'ai écrit et je persiste à écrire que, dans ce domaine, ils sont les plus mal aidés du monde, balayés comme des petites feuilles mortes au vent des institutions.

  • I. L’enfant en âge préscolaire est-il susceptible d’être abusé ?

 Objet désirable pour les pervers susceptibles de s’en approcher doucereusement, sans lui faire peur (grand père, mari de la gardienne…) : perversion donc, de forme plus ou moins dégradante, depuis l’opportuniste qui attouche, jusqu’à quelques cas abominables de viols de bébés ou de rites sataniques.

Quelques ados timides découvrent l’autre sexe à travers le tout-petit, et n’ont d’ailleurs qu’un geste ou l’autre de voyeurisme ou de toucher « délicat », parfois même portant sur un enfant endormi (p.ex., quelques baby-sitters ados, filles ou garçons).

Après séparation du couple, il n’est pas tout à fait impossible que le père veuille prolonger quelque chose du passé, salir la mère, et vivre quelque chose de sexuel à travers le tout-petit. Nous nous limiterons cette application plus fréquente où c’est le père qui est concerné, mais, plus rarement ce peut être la mère.

  • II. Le tout-petit parle-t-il d’expériences sexuelles vécues ?

Commençons par nous placer dans un contexte où personne n’avait le moindre soupçon jusqu’alors et où l’enfant n’était donc soumis à aucune pression suggestionnante !

A. S‘il est traumatisé, effrayé, si son corps a eu mal : manifestations d’angoisse assez intenses (ciblées, par ex. lors du déshabillage, ou mal-être diffus…stresse aigu) et évitements très rapides : il ne veut plus s’approcher de ce qui évoque l’expérience négative, avec oppositions et émotions très vives…

B. A supposer qu’il n’ait pas été traumatisé, mais plutôt séduit et trompé par un adulte (ou un « grand ») qui a su s’y prendre sur un mode soft?

Il est quasi-inévitable que le tout-petit évoque spontanément ce qu’il a vécu, souvent de manière inattendue, indirecte et pourtant claire, et ceci, même s’il a reçu des consignes de silence. Ceci se passe souvent de façon différée dans le temps (quelques jours, 2,3 mois…)

Le tout-petit se remémore et a besoin d’évoquer des expérienes faites qui sortent de l’ordinaire, l’ont intrigué et ont mobilisé ses affects (peur ou plaisir) (1). Il le fait pour exorciser un peu d’angoisse, vérifier l’acceptabilité de ce qui s’est passé et pour dominer l’expérience vécue en sortant de la passivité…

  Face à un tiers proche et en qui il a confiance, il le fait alors spontanément, parce qu’un stimulus évocateur l’active : par exemple le fait d’être à moitié ou totalement  nu au moment du coucher « réveille » le souvenir ou/et le désir de touchers à la fois agréables et « hors du commun » qu’on lui a faits, et il en parle ou en redemande (  Dès deux ans et demi, trois ans, il peut même  nommer l’auteur sans se tromper, si c’est un familier  (E : « Tu mets aussi ton doigt dans ma  quiquine ? R. de la maman : Aa, qui fait ça avec toi ? E : Tonton Daniel, etc. … ») 

 Il évoque parfois une expérience faite dans ses jeux symboliques et figurés, là aussi parce qu’il veut mieux comprendre et avoir la maîtrise intellectuelle dessus. Par exemple, avec ses jouets favoris (poupées, personnages Playmobil ; petits animaux en plastic…) il rejoue spontanément un événement hors du commun, traumatique ou non, pour exorciser ses émotions et pour en maîtriser psychiquement les mystères (2) … et il se peut que sa maman, son papa ou un parent proche passe par hasard, l’entende, puis l’interroge. 

Son sexe ou son derrière – ou ceux des grands – peuvent encore constituer des constituants très « naturels » de la vie, et il en parle simplement, ainsi que de la miction et de la défécation, sans la pudeur typique des aînés : si ces zones ont été l’objet de manipulations « extraordinaires » mais qui ne l’ont pas terrorisé, il n’a pas difficile à le raconter  

Même lorsqu’ils sont pleins d’imagination, les enfants d ‘âge préscolaire gardent à distance les vrais adultes de la vie réelle, évitant de les incriminer spontanément de manœuvres spéciales sur leur corps dans le décours d’un récit qui serait alors une pure fabulation, Et donc, le simple fait qu’ils parlent spontanément d’une expérience sexuelle – étrange, hors du commun -, mais dont ils n’ont pas encore intégré la nature sacrilège, en l’attribuant à quelqu’un de précis, constitue un important indicateur de fiabilité .

C. Toutes les fois où le premier interlocuteur reste suffisamment maître de soi et accueille « gentiment » ce que le petit a commencé à dire, celui-ci s’exprime innocemment, sans honte ni angoisse, et il peut produire une évocation de qualité, déjà concrète et précise, mais dont il est fréquent qu’elle ne porte que sur l’action centrale ; sa capacité d’évoquer des détails, notamment de temps ou d’espaces inconnus[3], est beaucoup plus erratique si pas nulle. Dans une minorité de cas, il s’en suit une prise en charge efficace

D. Mais on assiste hélas bien plus souvent à un bouleversement émotionnel chez l’interlocuteur qui, très vite, fait naître une grande angoisse chez l’enfant, comme s’il venait de dire quelque chose de très mal et de très dangereux, dont il se sent coupable et menacé.

 Tout aussi souvent, ce bouleversement émotionnel s’accompagne de « consultations » diverses et, paradoxalement, rien de concret ne se passe…l’angoisse du tout-petit monte encore, le suggestionne (pour « rattraper la sauce », comment se conformer ?) et introduit de la confusion dans ses souvenirs et ses idées : alors, il se pétrifie et ne dit plus rien ou il transforme son propre discours et le calque sur ce qu’il croit que son interlocuteur du moment attend.

E. Des investigations judiciaires peuvent se mettre en route mais, en ce qui concerne l’audition de l’enfant jeune, le processus reste assez (parfois, sans vraie rationalité) trop lent, trop bureaucratique. Il en va de même d’ailleurs de nombre d’investigations psychosociales.

 Dans nombre de cas, le suspect d’abus, souvent soutenu par des proches, et bien sûr par ses avocats dans la suite du processus proteste avec véhémence : « Il est trop petit ; il fabule ; c’est avec un autre que ça s’est passé, c’est sa mère qui est aliénante ».

Si la personne suspecte n’avoue rien, et s’il ne persiste comme élément de preuve que la parole d’un petit de quatre ans, ou plutôt ce qu’il en reste trois mois après, le dossier est bien mince. Il suffit alors que l’avocat du suspect murmure « Outreau » au vent des prétoires pour que l’allégation soit définitivement enterrée. Il arrive même ensuite que, peut-être pour se convaincre et se donner bonne conscience, certains juges en remettent une couche et ordonnent une reprise de contact entre l’enfant et celui qui l’a agressé, dans les cas où existe une séparation du couple parental. 

Scénario catastrophe ? Demandez aux gens de terrain s’ils ne l’ont pas déjà rencontré N fois, pour une où la seule parole du tout-petit est prise au sérieux et où l’enfant est efficacement protégé par la coordination des institutions à l’œuvre.

  • III. Erreurs d’appréciation des tout- petits

  •   A. Ces tout-petits sont-ils susceptibles d’erreurs de bonne foi ?

Par exemple, peuvent-ils attribuer à un geste de nursing, d’hygiène une signification   indument érotisée par eux ? Pas tout à fait impossible chez les plus jeunes (2,3 ans), mais, quand on y réfléchit, bien peu probable : ils ne se plaignent pas chaque fois qu’on manipule leurs parties intimes pour les soigner ! Ils ont plus probablement eu l’intuition d’un doigt qui s’insinuait et s’attardait trop dans leur derrière….

 Autre erreur pas tout à fait impossible : « Il a vu mon pénis, mais par hasard à la toilette » (Mais la grande majorité des enfants ne fait aucun cas de la vue d’un pénis « normal », même occupé à uriner…la grande majorité des hommes le cache discrètement, sans faire d’histoires parce qu’il a été entrevu)

B. Sont-ils suggestion nables par un parent suspicieux qui « crée en quelque sorte l’événement ? Hélas oui ! (4) Les révélations des tout-petits non fiables n’ont pas la même qualité que celles des enfants fiables. Ils claironnent comme une leçon apprise toujours la même généralité. Appelés à parler en présence du parent accusateur, ils ne peuvent pas quitter des yeux l’approbation par celui-ci.

Enfant peu fiable

-Contexte relationnel entre adultes tendus depuis la séparation parentale

-discours très figé, répétitif…leçon apprise

-si la mère est présente, l’enfant est collé à son regard

-identité de termes mère-enfant

C. La dernière catégorie, celle de petits enfants devenus non-fiables ne devrait pas exister ! Ce sont ceux qui, au commencement, étaient tout à fait fiables, mais qu’on n’a pas aidés efficacement, qui ont été soumis à trop de tempêtes émotionnelles ou qui ont été sur-interrogés sans résultats tangibles. Nous venons de le dire :après quelques semaines, ils sont tout à fait bloqués ou ont perdu les pédales…et les défenseurs du suspect qui persiste à nier vont se servir de ce triste aboutissement pour tenter de tout invalider !

  • IV. Comment gérer les allégations spontanées et inattendues

    A. Là où l’allégation est spontanée chez un enfant « tout-venant » l’adulte qui reçoit la confidence devrait maîtriser ses émotions d’incrédulité, d’angoisse et de colère et se discipliner pour bien écouter… 

Cet adulte devrait encourager l’enfant à parler à « bien raconter…bien expliquer…Et y-a-t-il encore autre chose qui s’est passé ? et as-tu encore vu quelque chose ? Et tonton Daniel, est-ce qu’il t’a dit quelque chose ou rien ? Etc. »

Encourager, stimuler, en montrant un intérêt bienveillant…en ne posant pas de questions inductrices (comme p.ex. : Et il t’a montré son zizi, tonton Daniel ?) , en laissant venir ce qui vient spontanément, avec juste un peu d’encouragement à parler…en restant discret, sans envahir l’enfant de commentaires personnels…

B. Les premières déclarations de l’enfant, et les premières interactions avec lui, sont très importantes. Celui qui reçoit la confidence devrait les consigner par écrit, au mot à mot, en notant même les éventuels gestes spécifiques de l’enfant (document 1, rédigé par lui dans les 24h de l’allégation)

Par contre, les membres de la famille premiers confidents doivent strictement s’abstenir de faire répéter l’enfant, en l’enregistrant en audio ou en vidéo ; ce type d’enregistrement est toujours réalisé de façon maladroite, pleine d’émotions plus ou moins contenues, avec des questions-suggestions, et, dans la suite de la procédure, se produit l’effet inverse de l’effet escompté : le document se retourne contre l’enfant, suspect d’être suggestionné et donc fabulateur !!!

C. Si besoin est, il faut alors tout de suite protéger le tout-petit de tout contact avec l’adulte suspect, en trouvant un prétexte, donc sans confronter tout de suite cet adulte à ce qu’il a probablement fait.

D. Vu la fragilité de la mémoire du tout-petit, on va alors essayer d’obtenir rapidement un document plus officiel, réalisé par un professionnel indépendant, qui servira de référence importante, voire tout à fait légale dans la suite du processus (document 2, ici, si possible, audio ou vidéo)

Rapidement ? La mémoire d’un tout-petit (moins de 4 ans) risque bien de s’effriter ou de se bloquer endéans les 3-4 jours…à 5-6ans, c’est endéans les 10 jours

Où obtenir ce document quasi en urgence ?

-Si l’on décide de déposer plainte, on peut s’efforcer d’obtenir une garantie à ce propos auprès de la police…mais pas si sûr que l’on soit effectivement entendu, ni, tout simplement, que ce soit vraiment réalisable.

-L’on peut aussi s’adresser à des intervenants psycho-sociaux spécialisés (par exemple les équipes SOS-Enfants en Belgique francophone), mais pas sûr non plus qu’ils soient disponibles en urgence…

-Alors, si cela ne s’arrange pas avec ces partenaires privilégiés, pourquoi ne pas s’adresser en urgence à un professionnel de première ligne, indépendant mais plus proche, et en mesure de faire fonctionner discrètement son téléphone portable : le médecin généraliste, le pédiatre, un psychologue ou un travailleur social locaux…l’idée est neuve et probablement déconcertante, même pour eux, mais au fond, pourquoi pas ? Installé en sécurité sur les genoux de sa maman qui se tait, le tout-petit, invité délicatement à répéter ce qu’il a allégué une première fois, pourrait se livrer à l’exercice sans être pour autant suggestionné.

...........E. Dans les cas où une plainte a été déposée, il existe toujours une audition officielle vidéo-filmée de l’enfant, réalisée le plus souvent par des policiers spécialisés compétents. Ce document constitue pour le Parquet « la » référence officielle. Si l’on a pu obtenir une audition vidéo-filmée très rapide, c’est l’idéal : pas besoin d’un autre document 2 ! Malheureusement, ce n’est pas souvent le cas, et, quand ce document officiel (alors, le n°3) est enregistré des semaines après la première allégation, il y a bien des chances qu’il soit de qualité médiocre, pour les raisons déjà invoquées, et ceci, quel que soit l’art des interviewers. D’où l’intérêt du document 2, précoce, pas officiel, mais que le Parquet n’ignorera quand-même pas.

 F. Dans nombre de ces situations il ne devrait quasiment pas y avoir de doute : la fiabilité de l’allégation est forte ! Et pourtant, il se développe fréquemment une angoisse des professionnels à se référer à la parole d’un tout-petit en lui accordant de la puissance. Ils devraient pourtant se donner du courage ensemble et se convaincre à raison qu’il n’y a pas doute et agir.

         
F1. Parfois, en tout cas en Belgique, on prend la responsabilité d’agir « à l’amiable », càd avec les seuls intervenantS psycho-sociaux et la collaboration de la famille.

Dans le livre La pédophilie (5) ,nous en donnons deux illustrations, l’une à propos d’un grand-père autoritaire et rigide (p. 44 et sq.), et l’autre à propos d’une baby-sitter (p. 48 et sq.). Dans les deux cas, il y a eu protection de l’enfant et échange de paroles avec lui, aide donnée à sa famille et confrontation du (très) suspect à ses actes, ce dernier point avec des succès divers. Ce choix nous avait paru le moins mauvais !

F2. Agir encore en passant par un signalement judiciaire, pour peu que :

-le tout-petit soit bien protégé tout de suite. Agir signifie à tout le moins protéger l’enfant de contacts avec son agresser et donc, suspendre tout hébergement chez celui-ci pour une durée indéterminée si c’est un parent.

-L’aide psycho-sociale à lui et à sa famille se poursuive sans suspension pendant le travail de l’institution judiciaire.

  • V. Et lorsque le doute s’installe malgré tout

Nous traiterons de cette question :

-à partir d’une seule application, la plus difficile : l’adulte suspect est un parent. S’il y avait séparation parentale, celle-ci était non-conflictuelle et les séjours de l’enfant chez ce parent se passaient jusqu’alors sans histoires….

- en raisonnant pour tous les mineurs d’âge, et pas seulement pour les moins de six ans au cœur de ce texte !   

A. Lorsqu’arrive sur la scène socio-judiciaire l'allégation d'un enfant portant sur un ou des abus sexuels commis par un parent, on investigue la situation avec sérieux, bien sûr, mais pour peu qu’il n’y ait ni preuve matérielle ni aveu du suspect, il est relativement fréquent que l'on doute au terme d’une investigation raisonnable. Surtout lorsque l'allégation est liée à la parole fragile d'un petit enfant (moins de 6 ans).

Ce doute est parfois partagé par les magistrats et les intervenants psycho-sociaux. Dans d'autres cas ces derniers, se fondant sur leur expérience de la psychologie des enfants et sur des questionnaires spécialisés, estiment élevée la probabilité de l'abus ; mais les magistrats, eux, continuent à douter, davantage habités par le critère « Présomption d'innocence ". Peu importe cependant ici cette éventuelle dissociation : nous nous placerons du point de vue des magistrats et des décisions qu’ils doivent prendre tout en doutant. 

Une tentation commode, alors est de faire comme si les allégations n'avaient aucun poids, de classer le dossier ou d'acquitter purement et simplement un prévenu « C’est la parole de l’enfant contre celle de l’adulte »

B. Nous proposons une autre philosophie de travail et une autre méthodologie, en fonctionnant de la façon que voici : 

  1. Tous les professionnels impliqués dans l’évaluation et la gestion ultérieure de la problématique devraient acter clairement et officiellement, chacun pour soi et en le communiquant aux autres, qu’il s’agit d’une situation de doute, probablement à long terme ; ils devraient le déclarer à toutes les personnes concernées (l’enfant[1], sa famille, la personne que l’on dénonce … les institutions), en ajoutant que cela ne paralysera pas leur action ; 
  2. Si les autorités judiciaires sont en place, elles peuvent appliquer le principe de précaution :
  • Le Parquet peut garder ouvert le dossier du suspect, avec une surveillance effective …
  • Si l’on va jusqu’au jugement et que le magistrat ne se permet pas de condamner, il peut prononcer un acquittement au bénéfice du doute

        Au bénéfice du doute ? Eventualité désagréable ? Oui, très, et à bien y réfléchir, elle pèse sur toutes nos têtes et un peu plus sur la tête de ceux qui s’occupent d’enfants. Mais en termes de moindre mal, et en mesurant bien la signification des mots, elle est moins injuste qu’un acquittement pur et simple comme si l’enfant, source de l’incertitude, était insignifiant et ipso facto non fiable : penser cela, ne serait-ce pas une attitude « corporatiste » d’adultes qui se protègent mutuellement ? 

  • Le Parquet peut faire appel simultanément aux compétences protectionnelles d’ un juge de la jeunesse : elles le chargent de la protection des enfants en situation de danger avéré ou de risque significatif. Même s’il y a doute, beaucoup d’enfants sont stressés et traumatisés au moins par l’enlisement de la situation !
  1. Si une minorité d’enfants ne souffrent apparemment pas de ce stress lorsqu’il est en présence de la personne suspectée, leur situation est néanmoins à risque et il faut donc que ses contacts avec elle soient strictement supervisés. Et ceci, aussi longtemps que l’on n’est pas sûr que le suspect ne représente plus de danger, ou/et aussi longtemps que l’enfant n’est pas en mesure de bien se protéger tout seul. Capacité à l’autoprotection qui ne s’acquiert pas avant 9,10 ans chez un enfant « standard », normalement confiant en soi….

  Par exemple, si le couple parental est séparé, les contacts avec le parent suspect devraient être épisodiques et placés sous la surveillance effective d’un tiers fiable, comme un centre « Espace-Rencontres ». 

 4.par contre, aussi longtemps que l’enfant est traumatisé, et par ce qui s’est passé, et par l’idée de retomber dans les griffes d’un probable agresseur, il est éthique de suspendre les contacts avec le suspect pour une durée indéterminée . Donc, ne pas céder à la tentation d’une violence institutionnelle stérile qui exige une reprise de contatcts, comme si l’enfant était nécessairement un menteur et comme si le parent confident, porteur de ses préoccupations sur l’abus, était ipso facto un être tout-puissant, refusant le partage de la parentalité 

Pour une durée indéterminée ? oui, et parfois définitivement. Pour reprendre des contacts, il faudrait, soit que le probable abuseur avoue son méfait et demande pardon, soit que l’enfant, se sentant beaucoup plus fort ( ado, pratiquement) ait besoin de renouer contact avec  ce parent à qui il reconnaît quand-même des qualités importantes pour lui, le jeune

  1. Il nous revient encore de parler clairement de l’incertitude existante avec la personne suspecte : si elle n’a rien fait de mal, c’est involontairement injuste et désagréable pour elle, mais on veille d’abord au moindre mal de l’enfant. Si elle ment, elle le sait dans son for intérieur. 

On doit écouter son ressentiment, feint ou réel, mais il est très rare qu’elle puisse apporter de vrais éléments objectifs, susceptibles de lever l’état d’incertitude ; on lui demande aussi quelles dispositions elle pourrait prendre pour mieux rassurer son entourage et les professionnels quant à la qualité de ses relations avec l’enfant. On lui recommande enfin de se montrer particulièrement prudente, car, pendant tout un temps, elle fera l’objet d’une vigilance particulière. 

6 On peut encore parler clairement et dans les mêmes termes aux adultes responsables en ordre principal de l’éducation de l’enfant ; on les invitera à veiller particulièrement sur celui-ci et à installer ou confirmer un climat de vérité dans leurs relations avec lui. 

  1. On doit enfin parler clairement avec l’enfant s’il est suffisamment âgé ; écouter son ressentiment parce qu’on ne lui fait pas totalement confiance ; lui expliquer comment on compte néanmoins le protéger effectivement ; réfléchir avec lui aux moyens de s’auto-protéger de possibles agressions à venir et l’entraîner à le faire ; continuer à attirer son attention sur sa part de responsabilité dans le compte-rendu d’expériences faites, sur l’importance de la vérité et de la sociabilité. Même des bien jeunes peuvent bénéficier de ce type de dialogue, avec des simplifications et des mots adaptés à leur âge. 
  2. Reste à procéder à des réévaluations régulières de la situation. Par exemple, de six en six mois au début.

 

 

VI. Au pôle opposé : gestion des allégations énoncées dans un contexte social suspect

-Ne pas avoir d’a priori et investiguer soigneusement. Il n’est quand-même pas impossible qu’un vrai abus ait eu lieu, même dans ce contexte de grandes tensions conjugales…

-Si les suggestions qui pèsent sur l’enfant apparaissent très probablement mensongères, agir en conséquence en évaluant soigneusement où se trouve le moindre mal (problème posé par l’attachement de l’enfant au parent aliénant)

-Si cela semble plus confus et que le doute s’installe vraiment, face à cette seule   parole d’un tout-petit comme élément de preuve, le moindre mal, ici aussi, et de procéder comme ci-dessus (§ V)

 Aujourd’hui, ce n’est pas toujours ce qui se passe : on renvoie trop souvent ces touts petits purement et simplement d’où ils viennent ou pire, on oblige des reprises de contact, parfois même non protégées, avec les personnes qu’ils accusent. 

Notes 

1.  Ex. d’un autre ordre, début 2019, enfants de quatre, cinq qui jouent en cour de récréation aux « gilets jaunes » ou en parlent beaucoup, mi-inquiets, mi excités de par ce qu’ils ont vu.

2. Autre exemple banal : le tout-petit qui fait des piqûres à son nounours après la visite pour vaccins chez le docteur, ou qui le met au coin après que lui-même ai été puni…

3. Tout au plus « la maison de Tonton Daniel, ou chez Tonton Daniel, mais déjà là il peut se tromper entre extérieur et intérieur ; ensuite, dire où précisément dans la maison et combien de fois, c’est quasi-impossible : c’est l’acte qui le marque, et pas le contexte….

4. NB A à l’inverse, indicateur ++ de fiabilité : le confident « tombe des nues » lors de la première révélation spontanée, alors que jusqu’alors les contacts avec le suspect se déroulaient sans histoires…

5. , La pédophilie, E. de Becker et J.-Y. Hayez, éditions jésuites, 2018

6.  A partir de 6,7 ans, il faut associer l’enfant au vécu de doute partagé. S’il est plus jeune, inutile de lui faire peur à nouveau et de le culpabiliser en évoquant trop explicitement devant lui le doute des intervenants ; Il suffit qu’il sache que, si l’adulte accusé a fait ce que lui, l’enfant a raconté, cet adulte « n’avait pas le doit, c’était mal de sa part », on va le gronder et le protéger, lui, l’enfant.

7. Appellation en Belgique du juge pour mineurs dans beaucoup d’autres pays

  

Bibliographie

Berger M., Voulons-nous des enfants barbares ? Paris, Dunod, 2008. 

CLEREBAUT N., PONCELET V., VAN CUTSEM V. Handicap et maltraitance, Temps d’arrêt, Ministère de la communauté française édition, 2004. 

CYRULNIK B. Ces enfants qui tiennent le coup, Ed. Hommes et perspectives, 1998. 

Frémy D., Existe-t-il des caractéristiques cliniques et psychopathologiques des agresseurs sexuels enfants et adolescents ? Psychopathologie et traitement actuels des auteurs d’agression sexuelle, conférence de consensus de l’AFP, John Libbey Eurotext, 2001, 193-202. 

GABEL M. Définir la maltraitance : limites des études épidémiologiques, 

 GAVARINI L. Entretien, Diversité : ville, école, intégration, 2005, 141, 7-12. 

Hadjiski E., Le traumatisme du silence, Revue de Pédiatrie, 1987, 23-7, 306-310. 

Haesevoets Y.- H., Evaluation clinique et traitement des adolescents abuseurs sexuels : de la transgression sexuelle à la stigmatisation abusive, La psychiatrie de l’enfant,  2001, 44-2, 117-158. 

Haesevoets Y.-H., les allégations d’abus sexuel chez l’enfant, entre le doute et la conviction absolue, Evolution psychiatrique, 1999, 64-2, 337-348. 

Hayez J.-Y., La sexualité des enfants, Paris, Odile Jacob, 2004. 

Hayez J.-Y., la fiabilité de la parole de l’enfant, Enfances psy, 2007, 36, 61-80. 

Hayez J.-Y., La destructivité chez l’enfant et chez l’adolescent, Paris, Dunod, 2007.

Hayez J.-Y., Pratiques et intérêts sexuels des jeunes sur Internet, Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, 2009.

HAYEZ J.-Y. DE BECKER E. L’enfant victime d’abus sexuel et sa famille : évaluation et traitement, Paris, PUF, 1997. 

HAYEZ J.-Y., DE BECKER E. L’abus sexuel sur mineurs d’âge, Encyclopédie médico-chirurgicale, Paris, Elsevier, 1999, 37-204-H10. 

HAYEZ J.-Y., DE BECKER E. Entretiens de couple et familiaux dans la prise en charge des agresseurs sexuels, Conférence de consensus : pathologie et traitement actuels des auteurs d’agression sexuelle, FFP, 2002, 131-145.  

HAYEZ J.-Y. DE BECKER E. La pédophilie coll. Que penser de ?  Paris : Ed. Jésuites, 2018 

Lamb S., Coakley M., " Normal " childhood sexual play and games : differentiating play from abuse, Child a

LEBOVICI S., DIATKINE R., SOULÉ M., Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, 2ème éd. 1999, Paris, Quadrige, PUF, 2389-2397. 

Lemitre S., Coutenceau R., Trouble des conduites sexuelles à l'adolescence. Clinique, théorie et dispositif psychothérapique, Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, 54-3, 2006, 183-188.  

STRAUSS P., MANCIAUX M., DESCAMPS J.P. L’enfant maltraité, Paris, Fleurus, 1982. 

TOMKIEWICZ S. Les violences institutionnelles, handicaps et inadaptations, Les cahiers du CTNERHI, 1994, 61, 57-61. 

YUILLE J.C. L’entrevue de l’enfant dans un contexte d’investigation et l’évaluation systématique de sa déclaration – traduit et révisé par VAN GIJSEGHEM H., Revue canadienne de psychologie, 1988, 1-20.

Vizard E., Monck E., Misch P., Child and adolescent sex abuse perpetrators : A review of the research literature, Journal of Child Psychology and Psychiatry, 2006, 36-5, 731 – 756

 

 



 En décembre 2019, deux suicides ont endeuillé la communauté pédopsychiatrique des cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. D’ abord une jeune psychiatre, quelques mois à peine après sa certification. Puis Noah, un jeune de 16 ans résident en hôpital d’adolescents, et apprécié de ses pairs pour son côté « thérapeute ». Dans les 2 cas, le suicide était tout à fait inattendu et avait pris une forme brutale.                           
Début janvier 2020, j’ai donc souhaité écrire les quelques mots qui suivent, dans le cadre d’un débriefing collectif avec mes collègues. 

La mort inopinée d’un jeune.

I. La plupart d’entre nous ressentent la mort d’un enfant, d’un adolescent ou d’un jeune adulte comme une agression du destin, plus scandaleuse, plus incongrue, plus blessante que celle d’un ancêtre. Elle déconcerte et angoisse, car elle n’était pas dans l’ordre prévisible des choses.

 C’est encore plus traumatisant quand elle est brutale, non- attendue, « inopinée » (1) Et c’est encore plus choquant si elle ne se présente pas comme inéluctable : mort de Jo Van Holsbeeck ou des bébés de la crèche de Termonde, suicide, mort par accident, surtout s’il est consécutif à une prise de risque inconsidérée (alcool...).
Dans la représentation sociale, ce premier temps du cycle de la vie, surtout à partir de l’adolescence, se dessine comme celui de l’ efflorescence de la pulsion de vie et d’amour,  celui de la force, de la fête et des transgressions joyeuses, celui des folles espérances dans le lendemain et de la créativité originale. Représentation sociale réductrice, certes, qui fait l’impasse sur la possible souffrance morale des jeunes, mais non sans quelque valeur statistique : elle convient « suffisamment bien » (2) à plus de la moitié des jeunes plus de cinquante pour-cent de leur temps de vie. Et quand le grand dragon noir de la mort plonge sur le groupe pour emporter un membre dans ses serres, ça brise toute la représentation, et pas seulement sa dimension excessive illusoire/Epinal.

 Pourtant, cognitivement, nous savons bien que « Nous ne connaissons ni le jour ni l’heure ». Mais beaucoup, qui se croient en bonne santé, ne se sentent guère concernés par la question de leur mortalité ou n’y pensent que fugacement, par exemple quand décède un proche âgé.

II. En résulte -t-il du traumatisme psychique durable ou, au contraire, une leçon de vie positive à long terme ? 
Pour beaucoup d’entre nous, ni l’un, ni l’a u tr e !      Pendant quelques semaines, nous avons quasi tous vécu « Je suis Charlie » et puis, passé le temps de la tristesse, de l’angoisse ou de l’indignation, les habitudes et les croyances anciennes sont venues nous réhabiter : impression d’être suffisamment en sécurité, d’être suffisamment efficaces pour vivre bien et longtemps : la force de vie a fait ses cicatriser le trou créé dans le tissu social par la plongée du dragon.

Peut-être quelques -uns en conservent-ils plus durablement un ’’enseignement positif « suffisamment bon » : gérer sa propre vie plus prudemment...mieux contrôler ses consommations…communiquer... ne pas garder pour soi son propre mal-être... se montrer plus attentif et plus solidaire des autres...

Quelques-uns seulement sont plus longuement marqués : ils se font des reproches personnels plus ou moins fondés et j’y reviendrai dans l’alinéa consacré au suicide, « un acte qui fâche et qui culpabilise ». Même dans d’autres types de mort brutale, ce vécu pénible et durable peut envahir tel ou tel proche (ex, parent qui se reproche sa démission face aux sorties « arrosées » de son ado mort sur la route).
 Ceux-là et quelques autres encore ne feront jamais - ou jamais vraiment - le deuil du jeune disparu. Je me souviens de cette maman d’un ado suicidé qui avait demandé une thérapie pour comprendre et qui me répétait si souvent « Et ne croyez surtout pas que vous allez me guérir de ma peine ». Je lui répondais « Je ne veux pas vous guérir. Je souhaite vous écouter, être présent, pour que vous soyez moins seule avec votre peine. Votre peine, c’est aussi l’alliance que vous perpétuez avec votre fils ».  

Le suicide, un acte libre ?  

I. Veillons d’abord à ce que cette idée ne constitue pas un moyen de nous en tirer à bon compte (3)!

Certes, dans un vrai suicide, il n’y a pas de contrainte externe directe. La personne a vraiment décidé de poser l’acte autodestructeur qui lui paraissait la chose la plus importante à faire, avec des motivations très variées.
Pas toujours sans hésitation ni ambivalence : mais finalement les forces « pour » l’ont emporté sur les forces « contre » avec suffisamment de répétitivité et de stabilité que pour se donner le courage des derniers pas (4) 
Donc, la décision, la personne la prend librement...

II. Mais qu’en est-il de sa lucidité ??
Le plus souvent, les idées du suicidant ne sont plus objectives, c’est à dire ne sont plus totalement en phase avec la réalité matérielle, familiale et sociale qui l’entoure et elles n’anticipent pas correctement ce que pourrait être son propre futur (5). Ce brouillard est parfois (largement) provoqué par un déséquilibre organique : bipolarité, psychose à l’origine d’un flash délirant anxieux ou paranoïaque…. Il est, plus souvent encore, (largement) psycho-social : dépression, certitude de ne rien valoir, vécu de solitude totale, d’être au bout du rouleau, angoisse d’être ce que l’on est (homosexuel par exemple), angoisse de s’opposer au projet des parents, désespoir d’une rupture sentimentale, d’une trahison, etc...


Et nous sommes alors en droit de penser « S’il -elle-s’était laissé-e approcher et connaître mieux, nous aurions peut-être pu contribuer à lui redonner le goût de vivre, par notre solidarité, notre présence, nos paroles, nos médicaments... ». Hélas, nous savons aussi que bien des candidats au suicide ont l’art de se renfermer sur eux-mêmes, de fuir la famille ou le groupe et, pire encore, de dissimuler soigneusement leur désespoir et leur projet!



Le suicide, un acte qui fâche et qui culpabilise

I. Voilà bien un apparent paradoxe ! Souvent, les proches de la personne qui s’est suicidée se sentent confusément ou clairement fâchés : elle les a bien laisser tomber ; elle n’a peut-être pas voulu de leur main tendue ; elle leur a soigneusement dissimulé son projet, etc...

Et il n’est pas rare que cette colère même les culpabilise, comme s’ils n’avaient aucun droit d’agresser un mort !      
Peut-être, pour s’apaiser, peuvent-ils se souvenir du manque de lucidité si fréquent qui a présidé au geste fatal. Par contre, s’ils sont convaincus que, par sa mort, la personne suicidée a voulu - entre autres- les agresser, il est bien possible qu’ils voient juste ; une dimension agressive dans le suicide n’est pas si rare ! La colère alors ressentie est en partie légitime, mais ne devrait pas empêcher les survivants de se mettre en question, de balayer devant leur porte et d’assumer la part possible de responsabilité qu’ils ont eu dans les manques ressentis par le mort. Je vais parler tout de suite de la gestion de la culpabilité « objective » qui pourrait en résulter.

II. La culpabilité concomitante quasi- réflexe ressentie par tant et tant de proches n’est pas toujours liée à cette possible colère : tel jeune ado a maudit cent fois son père et le découvre pendu à la poutre du garage. Une adolescente harcelée à l’école finit par se supprimer. Un membre d’un groupe, solitaire et difficile à vivre, est plus ou moins laissé à l’écart, là où il a l’air de se complaire, mais finit par s’ouvrir les veines…

Et donc, si la culpabilité surgit, commençons par écouter ce qu’elle nous raconte !

A un pôle, il est possible qu’elle ait des composantes tout à fait irrationnelles, et que nous n’ayons objectivement rien (6) à nous reprocher : nous avions bien remarqué le mal-être d’un proche, nous avions essayé de lui parler, avec un peu d’insistance amicale, et il n’avait pas voulu de nous ! Notre culpabilité alors, n’est pas davantage rationnelle que la « faute » du messager de mauvaises nouvelles, que l’on mettait à mort dans les civilisations antiques.
Espérons donc que nous assumerons de ne pas être tout-puissants, et que ce vécu pénible s’éteindra tout seul.

Au pôle opposé, il se peut aussi que nous nous reprochions plus objectivement certaines attitudes : indifférence, rejet, mépris, manquement plus grave encore… Il est stérile alors, de nous voiler les yeux comme le proposent naïvement les nord-américains (« Tu n’es responsable de rien... »). Assumons plutôt que l’un de nos actes ou omissions ou de nos propos a pu contribuer au suicide, en résonance négative avec la sensibilité et les soucis personnels de celui qui est passé à l’acte.

Quand je me suis trouvé face à une situation analogue - celle d’avoir blessé quelqu’un injustement, irréversiblement, et en perdant le contact avec lui- l’important pour moi a toujours été de l’assumer, de me pardonner, et de réparer le dégât occasionné par une manière d’être plus attentive et plus sociable.

Le plus dur, me semble-t-il, c’est lorsqu’on a provoqué l’irréversible du suicide sans le vouloir. Je pense notamment à ceux et celles qui ont initié une rupture amoureuse que l’ex- n’a pas pu supporter, jusqu’à se suicider. Théoriquement, on ne devrait éprouver ici que la culpabilité irrationnelle du premier pôle. Mais le survivant concerné se souvient alors de bien d’autres manquements dont il a été responsable : il gagnerait à les assumer et les gérer comme la culpabilité du second pôle. 

Efficacité et limites de l’éducation et des soins. 



I. Le suicide d’un patient est très souvent ressenti comme un échec douloureux par l’équipe de professionnels qui l’accompagnait. L’équipe se sent brutalement triste, fâchée et coupable, comme décrit plus haut : elle se reproche de ne pas avoir mis en place une vigilance et une protection efficaces, d’avoir manqué de lucidité pour repérer des signes avant-coureurs…Et au moins autant, de ne pas avoir trouvé les bonnes paroles ou attitudes qui auraient pu persuader le patient de rester en vie... tout en respectant sa liberté d’être.

Il lui faut assumer ces vécus pénibles et en parler, entre soi ou ailleurs. La soi-disant sérénité immédiate, revendiquée par certains thérapeutes face au suicide d’un de leurs patients, du déni, m’a toujours semblé constituer en bonne partie l’autosuggestion et du bluff : si attachement il y a, même dans le cadre de la neutralité bienveillante, c’est affaire de la pulsion de vie, pas de celle de mort, et cette séparation brutale et non annoncée est douloureuse, angoissante, culpabilisante dans la grande majorité des situations (7)  : pour ma part, je n’ai jamais si mal dormi que les quelques nuits où je savais l’un de mes jeunes patients dans une passe suicidaire non- théâtrale, avec refus de toute hospitalisation. Je faisais alors le choix de lui parler souvent, avec même la liberté de m’appeler sur portable jour et nuit, en sachant combien sont illusoires les murs des collectivités censées protéger.      Le drame que vient de vivre le service résidentiel qui accueillait Noah, et qu’à déjà vécu tout hôpital psychiatrique, en est bien l’illustration.      

II. Et au fur et à mesure que l’on assume, de quoi gagne-t-on à se souvenir ?


A. Pour ma part, je trouve important de ne pas confondre les notions d’échec et de limites.  

 
1. L’échec, c’est quand nous sommes responsables d’un drame ou d’une stagnation (dans le domaine des études, par exemple) alors que cela aurait pu être évité : nous avons manqué de courage, de générosité, d’investissement positif et sincère de l’autre ; nous ne nous sommes pas formés, alors que nous l’aurions pu ; nous avons fait semblant d’être très compétents, alors que nous savions bien que nous ne l’étions pas, etc. Dans une telle ambiance bureaucratique, où nous étions loin de donner le meilleur de nous-mêmes, des drames peuvent se produire, tel le suicide.

 Et puis ? Je vous renvoie encore à ce que j’ai écrit plus haut sur la culpabilité : même si, ici, elle est objective,  il est toujours possible de l’assumer, puis de se pardonner en s’améliorant significativement. 

2. Bien plus souvent, dans une équipe qui travaille correctement, ce n’est pas à l’échec que le suicide confronte, mais bien à la limite : l’efficacité des éducateurs et des soignants, toute réelle qu’elle soit, ne sera jamais toute-puissante. Nous n’aurons jamais un contrôle total sur les pensées et les motivations des autres, et c’est très bien ainsi. Même dans les dictatures extrêmes, seule l’apparence des peuples est faite de pseudo-conformisme !  
Plus haut, j’ai regretté que la liberté de la majorité des suicidants n’était plus éclairée par une lucidité « suffisamment bonne ». Et j’ai ajouté qu’il était de notre devoir de parler, de parler sincèrement et intimement, en allant au bout de nos convictions, pour modifier l’analyse que fait le futur suicidant des données de sa vie. Mais nous savons bien que nombre de patients, notamment des ados, refusent ces rencontres de paroles, même quand elles sont parfois un peu dissimulées dans des ateliers et autres activités de groupe. Et nous savons aussi que nous ne convaincrons pas tous ceux avec qui nous parlons. Et donc, que d’autres suicides continueront à se penser et à se préparer dans le secret des chambres ou dans les divagations d’Internet. Surveiller et tenter de protéger davantage, pour qu’une mauvaise passe s’éloigne ? Sans doute, mais même alors... Alors, si le suicidant réussit son coup, paix à son âme mais que la nôtre la retrouve aussi, la paix, une fois passé et digéré le choc douloureux !                                        

B. Et je terminerai par une note d’espérance, à laquelle je crois profondément :

S’il nous faut assumer avec humilité nos limites, nous pouvons nous réjouir aussi de ces nombreuses fois où nous avons vraiment aidé nos patients à mieux vivre. Partie de hasard favorable, peut-être, parce que nous nous étions présents pour leur tendre la main au pire d’une mauvaise passe. Mais pas seulement cela ! Notre respect, notre investissement de la personne qui souffre, notre patience qui tient bon, l’utilisation judicieuse de nos compétences, issues en partie de l’entretien de nos connaissances, tout cela et bien d’autres facteurs encore portent souvent des fruits, des petits ou des suffisamment bons. Sans vouloir nous mettre de la pommade pour nous rassurer, cette part d’évaluation positive devrait nous inviter à persévérer, à continuer à croire dans nos merveilleux métiers ! 

 

. Le psychiatre, plus fou que ses malades ? 


Nous n’empêcherons pas de ricaner celles et ceux qui ne nous aiment pas ! Qu’importe !

Pratiquer la psychiatrie, pour moi, c’est consacrer une partie de ce que je suis au service de mes patients : mes idées, mes questions, le fruit de mon histoire de vie, mes sentiments, mes valeurs... Il n’y a rien dans cet ensemble qui ne soit authentique. Ce n’est pas un rôle que je joue ! Serais-je pour autant une sorte de « Moi hors d’atteinte » épargné par les doutes, les souffrances, les failles, les possibles déséquilibres organiques cérébraux de mes « frères et sœurs humains ». Nullement ! Un jour, comme nous tous, j’ai été recruté et considéré comme apte à entrer dans la profession, parce qu’il semblait aux décideurs que l’ensemble de ma santé mentale était « suffisamment bonne » et que j’avais quelques dispositions spécifiques. Mais j’aurais parfaitement pu dissimuler mon mal-être, ou ne pas être conscient que ses germes grandissaient lentement en moi. Et puis, les hasards de la vie et de l’évolution individuelle ultérieure apportent leur lot de bonheurs, de souffrances et de points de déséquilibre. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle : après le traumatisme psychique d’un attentat, que je n’avais pas voulu regarder en face, j’ai payé pendant quelques années un lourd tribut à la souffrance du corps et de l’esprit, et la solidarité de mes collègues m’a permis de mettre entre parenthèses mes fonctions le temps qu’il fallait.

Et alors ? Alors, n’ayez pas peur de ce que vous êtes ! Assumez vos richesses, qui vous permettent d’exercer votre métier, mais aussi vos failles qui sont et resteront dans le chemin. Faites pour vous-même ce que vous encouragez vos patients à faire : que vos failles et vos souffrances ne constituent pas de pénibles secrets ! Faites attention les uns aux autres ! Communiquez ! Dites votre disponibilité à vos collègues et amis. Insistez un peu si vous les sentez à la dérive. Demandez de l’aide : vous trouverez bien un « frère ou une sœur » psychiatre ou psychothérapeute capable de confidentialité et mieux à même de vous écouter à ce moment-là de sa vie. 



Que le chant et la poésie servent de conclusion.

                                        
Je vous propose, pour terminer, un lien vers deux magnifiques chansons, peut-être un peu trop pessimistes, mais bon... :
         Félix Leclerc évoque la douleur de la séparation dans :

« Le petit bonheur » https://www.youtube.com/watch?v=IOmZ_pF_XFI


         Georges Brassens a mis en musique un superbe poème de Louis Aragon :

 « Il n’y a pas d’amour heureux »         https://www.youtube.com/watch?v=SccKLmENjpk                                                   

 

 

 Très amicalement          

Pr. Jean-Yves hayez

 

 

(1) Étymologiquement : on ne l’avait pas « pensé », on n’avait pas pu se faire une opinion anticipative quant à sa probabilité.

(2) Celles et ceux qui me connaissent savent que j’apprécie beaucoup cette locution de Winnicott, que je trouve adaptée à mille phénomènes humains. Il disait que la vraie bonne mère n’est jamais que celle qui est « suffisamment bonne ». Donc, la perfection n’est pas de ce monde et des failles se mélangent toujours à nos richesses.( D.W. Winnicott, De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, 1974).

(3) Et pour se consoler, en déniant  leurs doutes, certains psy ajoutent: « Et moi, fondamentalement, je dois respecter la liberté de l’autre ».           

(4) Comme on ne peut jamais généraliser, il existe bien quelques adolescents - en grande majorité eux - très impulsifs, agités, parfois désinhibés par un médicament, qui peuvent passer à l’acte de façon quasi-irréfléchie, poussés par une émotion momentanée très pénible.

(5) Ici aussi, il existe quelques exceptions : immolation par le feu pour des raisons politiques ; évasion par la mort d’un camp de concentration ; Montherlant qui se tire une balle dans la tête pour ne pas vivre sa propre déchéance cérébrale….

(6) Rien ou quasi-rien : on peut toujours regretter de ne pas avoir été parfait….Mais let’s remember Winnicott….

(7)  L’une ou l’autre fois dans ma carrière, il m’est néanmoins arrivé de penser, face à des patients adultes irréductiblement isolés socialement, indéfiniment très malheureux, impuissants à se remettre debout, qu’il eût été préférable pour eux qu’ils se suicident. Sans jamais émettre la moindre suggestion dans cette direction, bien sûr ! Et ceux-là ne l’ont pas fait.         

 

Résultat de recherche d'images pour "crise d'adolescence"

 Les Instances à l'oeuvre 

 

A - L'adolescent prend distance de ses parents, ses premiers objets d'amour, parfois sans qu'il lui en coûte beaucoup, et parfois en se faisant fortement violence. De la sorte, il fuit comme il peut ses désirs incestueux ou ceux de rester un bébé dépendant 

. En même temps, une autre catégorie de pulsions et de désirs en lui, son agressivité, sa toute-puissance, le pousse à s'opposer plus que jamais à eux ... et s'en écarter peut également constituer, paradoxalement, et une manière de s'opposer, et une manière de soulager la culpabilité que fait monter en lui l'exercice de sa violence.

On devine sans peine l'ambivalence qui sous-tend cette distanciation, et les allers et retours qui la concrétisent ...

Par ailleurs, s'il s'active bien à partir du nid familial, il ne trouve pas tout de suite des objets de remplacement satisfaisants, ni dans le monde de ses pairs, ni dans la société où il tente d'abord de dénicher d'autres figures parentales, mais cette fois choisies par lui.

Donc, moments de « vide » d'objets, amenant dépression et angoisse... et culpabilité aussi, car il n'est pas toujours fier de ses pulsions ni de ses actes et on lui fait bien sentir qu'il est mauvais pour un oui pour un non en confondant ses défis et de vrais actes antisociaux.  

B - Son corps change ... sa mentalité aussi ... il est traversé par des sentiments nouveaux, des idées qu'il reconnaît à peine, des émois sexuels ... parfois, il peut diriger vers ce « Soi-changeant » un amour et une estime positifs et même, par moments, intenses ( moments d'exaltation narcissique ) ... mais parfois, il s'évalue lui-même comme un minable, un con ou  un monstre ( de laideur ou/et de malignité ) ; cette mauvaise image de soi est à l'origine d'angoisse, de dépression ou/et d'auto-agression. Cette dernière prend parfois la forme détournée de provocations négativistes  spectaculaires. 

C - Son intelligence devient plus introspective, mais cette introspection doit travailler sur un « Soi nouveau et inconnu ... », en même temps aussi qu'il se méfie d'autres sources de référence, ou qu'il ne les déniche pas tout de suite : donc crise plus ou moins profonde du sentiment d'identité ; vide ou bouleversements mouvants dans l'Idéal du Moi : tout un temps, il a de la peine à repérer et nommer qui il est, et ce qui est important, idéal pour lui. 

D - Peut-être aussi l'adolescence est-elle traversée par des phénomènes cérébraux qui constituent des complications autonomes supplémentaires.

On pense tout de suite, à ce propos, aux mécanismes diencéphaliquo-hypophysaires à l'origine de la production des hormones sexuelles. Celles-ci ont un effet, non seulement sur les changements sexués du corps et sur l'activation sexuelle, mais aussi sur les comportements en général.

Mais il existe peut-être d'autres phénomènes cérébraux. Par exemple, régulation diencéphalique fluctuante de l'humeur, même, chez l'adolescent normal, cycliquement prédisposé à la dépression ou à l'excitation hypomaniaque dérégulation dopaminergique qui explique en partie les alternances activation  excessive - passivité.

 

 .Expression clinique de la crise d'adolescence 

 

A - Chez beaucoup

 

 en réponse à ces remaniements somatiques et intrapsychiques, on devine bien quels seront les signes de la crise, mouvants et polymorphes : se chercher par rapport à ses parents, à d'autres substituts parentaux de référence, à ses pairs et à soi-même, avec beaucoup d'aller-retour, de tumulte et de versatilité ... fluctuer dans ce que l'on aime ou que l'on hait, ce que l'on trouve important ou dérisoire et dans les signes qu'on donne pour l'exprimer ... passer par des cycles de dépression ou de surestimation de soi, d'angoisse, d'hyperactivité ou de passivité, d'agressivité ou de débordements affectueux, etc. 

 

Chez certains, cette crise d'adolescence peut prendre des allures encore plus spectaculaires. 

 

En voici quelques exemples : 

- Déprime d'installation brutale, souvent très démonstrative, en même temps qu'il claque les portes et ne se laisse pas approcher. 

- Accès de mauvaise humeur bruyante, tous azimuts (contestation impertinente ou haineuse gratuite... emportements envers la fratrie... crises de nerfs : néanmoins, franchit rarement le seuil de la violence physique dangereuse) 

- Bouffées d'angoisse (jusqu’à la crise de panique ..., la nosophobie intense) 

- Dysmorphophobie obsédante (DSM-: peur d'une dysmorphie corporelle) 

- Adhésion à des croyances qui changent une partie de son identité et s'expriment très ostensiblement (par exemple envahit sa chambre, et parfois même la maison, avec ses références et insignes liés à telle mouvance culturelle adolescente ... voire à l'extrême- droite, au satanisme ou au mysticisme religieux ; n'admet aucune discussion à ce Sujet …) 

- En outre, rarement, l'adolescent peut faire part d'expériences vécues qui évoquent encore plus directement la folie, sous forme d'une dépersonnalisation mineure. Par exemple, il raconte que parfois, il ne se reconnaît plus ... ou qu'il sent ses pensées s'échapper, ou qu'il voit ses mots se matérialiser et s'écraser contre un mur ... ou alors, que- dans sa tête, sa pensée se complique et s'enchevêtre ..., ou encore qu'il a des impressions de télépathie, de télé portage, etc. ... 

C - Le plus souvent, ces phénomènes excessifs et inquiétants rentrent dans l'ordre au fur et à mesure que le sentiment d'identité s'affermit et que la mouvance des investissements de personnes se stabilise à nouveau. 

 

Évolution et pronostic 

 

En règle générale, la « crise d'adolescence » se résout en quelques mois à deux, trois ans : l'adolescent reconquiert un « sentiment d'identité » et des investissements objectaux plus stables ; il se redonne un projet de vie qui le satisfait personnellement (cfr. l'adage : « un temps pour comprendre ... un temps pour expérimenter ... un temps pour conclure ») Il en va souvent ainsi, même si l'expression de la crise avait été bruyante et inquiétante. 

Souvent mais pas toujours.

Il est déjà arrivé que ce que l'on voulait considérer comme une crise d'adolescence « appuyée » ait constitué les prémisses d'une vraie psychose que l'on ne voulait pas regarder en face. Face aux crises les plus dérangeantes, les plus inquiétantes, voici quelques indicateurs de bon pronostic : 

- Activités sociales non compromises : à certains moments, il est comme fou mais, plus souvent il fréquente ses amis, continue son sport favori... Pour la fréquentation de l'école, c'est un peu moins certain mais quand il dit ne pas pouvoir y aller, on a une impression de manipulation. 

- Les « messages » de son comportement restent logiquement décodables pour l'entourage. 

- Sa fonction autocritique reste présente comme toile de fond même si elle est débordée dans de rares occasions. La majorité du temps, il sait bien qu'il ne devient pas fou, et il peut l'affirmer tranquillement. 

 

 Accompagnement de la crise d'adolescence

 

Résultat de recherche d'images pour "crise d'adolescence"

 

A- La « présence à l'adolescence » à laquelle sont invités les parents d'abord, d'autres adultes ensuite (enseignants ...) comporte beaucoup de composantes non-spécifiques. 

Nous nous limiterons à insister sur la fonction structurante de : 

- La patience, la tolérance face aux tâtonnements et manières de s'exprimer d'un être qui se cherche.

Tolérance n'est cependant pas démission : on ne peut pas lui reconnaître le droit, ni de « pomper l'air » des autres exagérément, ni de se mettre vraiment en danger, ni de se livrer à des actes vraiment antisociaux. 

- Le respect : rien de plus humiliant que de sourire de lui, de lui dire qu'il « faut qu'il fasse sa crise » 

- L'encouragement : lui parler positivement de son avenir, réinstaller discrètement la confiance dans ce qu'il vaut et l'espérance qu'il  pourra se réaliser. 

- La disponibilité au dialogue, sans imposer jamais celui-ci : être prêt à parler avec lui de la vie, de ses et de nos questions existentielles, de nos valeurs et de nos incertitudes ... 

Dans ce cadre, la vie continue, les tempêtes finissent par se stabiliser, et un projet par se redéfinir ... tout seul. 

B - S'il est invité à donner son avis,  à arbitrer, ou à rendre à nouveau sage l'adolescent déchaîné, le psy consulté peut dialoguer avec les parents pour qu'ils oeuvrent comme l'indique A. ; si l'adolescent est demandeur de rencontres avec lui, il peut y appliquer directement les grands principes que nous venons d'esquisser.

Les rares fois où il doute (c’est-à-dire là où il pense que la crise d'adolescence pourrait se transformer en pathologie plus grave), il lui revient d'être vigilant dans la « solitude », par exemple en intensifiant les rencontres, mais sans tout de suite alarmer les parents ou/et le jeune sur ses doutes.

 

 

 Ce texte reprend un exposé fait le 09/11/09 aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, à Namur, lors de la journée d’études organisée par l’association des professeurs émérites, pour célébrer le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin.
Il a ét publié en 201O dans le revue d’études scientifiques des FUNDP. 

 

Pour cet enfant de la rue, sniffer de la colle dans la plus parfaite indifférence, une autre manière d’être derrière le mur 

 

Lorsque l’enfant va bien 

 

L’enfant en bonne santé mentale est clairement « social »

 

Il est même bio-psycho-social. « L’autre » fait régulièrement partie de sa vie, plus ou moins intensément, via de multiples types d’interactions. L’autre s’introduit  même dans son psychisme, sous forme de paroles ou d’images expérientielles qui ne sont parfois que de bons ou de mauvais souvenirs, mais parfois aussi de profondes sources d’influence pour orienter sa vie d’enfant. En bonne partie d’ailleurs, ces sources d’influence intériorisées ne restent pas en lui comme des « corps étrangers parasites » … elles se transforment en lui, elles deviennent une partie de son identité : ainsi s’opère la transmission psychique intergénérationnelle, au moins aussi puissante que la génétique.

Extrait de la guerre des boutons, (Y. Robert, 1961) Comme c’est gai d‘attaquer en bande, euh dépouillée de tout artifice, ceux du village d’en face !

Inversement, l’enfant en bonne santé mentale peut également se passer de la présence des autres externes une partie de temps de sa vie, et ceci d’autant plus qu’il grandit. 

Il sait et aime faire des retours sur soi, tout seul pour penser, méditer, rêver, imaginer. Il sait s’occuper sans aide pour jouer, se distraire, se faire plaisir, voire même, de plus en plus, pour effectuer un travail scolaire. Il apprécie souvent de se débrouiller tout seul et – petit retour vers l’autre – beaucoup aiment que cela se sache et se respecte. Le grand pédiatre et psychanalyste anglais Winnicott faisait même de cette dimension de l’aloneness (2) un indicateur important du bon développement affectif de l’enfant. 

Ainsi dans la vie réussie de celui-ci comme dans les nôtres, existe-t-il des allers-retours, une dialectique entre le désir d’être en société et celui de jouir de son intimité. Les autres externes sont régulièrement recherchés, comme source d’affection, de savoir, d’aide, de sécurisation, de plaisir partagé. En même temps, l’enfant qui va bien est de moins en moins naïf : il sait que le monde extérieur n’est pas entièrement bon, et qu’il y a des autres dont il faut se méfier, voire qu’il faut combattre. Vivent la force et la prudence ! Et à d’autres moments, il a envie d’être seul, évoluant dans un jardin secret ou en tout cas discret dont lui seul possède la clé : le petit doigt de sa maman ne sait donc plus tout … 

 Une première catégorie d’enfants préoccupants

Ce sont ceux qui, sur des durées significativement longues, ne peuvent pas se passer de la présence externe des autres.  C’est le cas, par exemple, des enfants :

- Perpétuellement anxieux, ne supportant pas les petites séparations de la vie ( par exemple lors de l’endormissement ) ou imaginant des agressions ou des abandons partout. 

- Possessifs, exigeant d’être « tout », souvent pour un parent de leur choix, ne supportant pas qu’un tiers vienne partager la relation. Jalousie féroce et durable tant envers les enfants cadets, que – s’il est un garçon – envers son père ou le nouveau compagnon de sa mère. 

 

- Passifs à l’extrême : ils ne prennent jamais d’initiative, ni pour leurs loisirs, ni pour leur scolarité. « Il faut » s’asseoir de longues heures à leurs côtés, vivre à leur place, être élève à leur place. 

- Et l’on rencontre aussi des ados qui ont besoin de s’étourdir en permanence avec des copains et des amis plus ou moins stables, parce qu’ils ne supportent pas la solitude, l’incertitude de vivre, les moments de tristesse inhérents au déroulement du temps. Bah, faire la fête en permanence avec les autres, c’est déjà mieux que se noyer tout seul dans l’alcool ou les drogues, même si, bien sûr, vodka et joints circulent régulièrement dans ces joyeuses bandes festives.

 

Dans la majorité de ces situations où l’appel fait à l’autre est excessif, ce dernier non plus n’a pas su et ne sait parfois toujours pas jouer un rôle de renforcement de l’individualité créatrice de l’enfant : il s’est laissé trop faire par celui-ci plutôt que de le renvoyer à lui-même. Parce que lui-même anxieux, parce que lui-même en manque affectif et en recherche de consolation, parce que lui-même trop sûr de lui ou autoritariste l’adulte, ici, s’est imposé comme une nécessité dans la vie de l’enfant. 

Et une fois que trop de symbiose s’est créée, pas facile qu’un tiers - un professionnel de l’enfance par exemple - invite à remettre de la distance sans faire peur ni donc sans créer une solide résistance bilatérale au changement. 

 La catégorie inverse : les enfants derrière le mur

 

Comme pour la catégorie précédente, je ne parlerai ici que des enfants qui s’y replient pour de longues durées.

En tant que comportement transitoire, c’est beaucoup plus commun. Tout parent intuitif sait que « quand quelque chose ne va pas » nombre d’enfants se réfugient quelques jours … une semaine ou deux … derrière un mur : ils s’isolent, deviennent plus taiseux, moins créatifs et sont souvent de mauvaise humeur. Signal d’alarme quasi infaillible que les adultes attentifs et disponibles décodent bien. 

Certains problèmes somatiques peuvent-ils entraîner des retraits significatifs et longs ?

 

 A. Les enfants gravement malades, éventuellement en phase terminale, n’ont plus toujours assez d’énergie ou/et souffrent parfois trop pour bien communiquer. Si nous voulons bien les accompagner, avec la délicatesse que requiert leur état, il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance des facteurs psychologiques qui emmurent, comme le, la colère rentrée contre l’injustice du sort et l’impuissance des adultes, l’impression ou la peur d’être abandonné, une contrainte intérieure – ou un désir – vers le non-dit, en miroir des non-dits des adultes ( on ne parle pas de la mort ! ), le désir de rester en soi-même, de penser et de rêver pour soi, dans ce qui reste d’un jardin personnel inaccessible aux adultes.

 B. Les jeunes souffrant d’un retard mental important ont des instruments de perception et d’expression de soi très déficients. Leurs familiers savent néanmoins bien qu’ils restent sensibles aux expériences vécues et désireux et aptes à communiquer, mais avec leurs pauvres moyens ( un sourire … un gémissement … un relâchement ou une crispation corporelle à bon escient )

 C. Les enfants et adolescents souffrant d’autisme ou d’un trouble approchant, dits du spectre autistique, ont des relations sociales presque nulles, incomplètes ou erratiques. Dans les formes les plus avérées, de graves dysfonctions neuropsychologiques les empêchent de comprendre, en un tout synthétique, tous les éléments d’information que leurs organes sensoriels perçoivent. Donc, pas de représentation mentale de synthèse et à fortiori pas d’intelligence sociale, c’est-à-dire pas d’idée de ce qui se passe dans le psychisme de l’autre, de ses intentions non-dites et de ses sentiments. Pas ou peu de capacité d’exprimer de façon globale ce qu’il pense, ce qu’il demande, ce qu’il éprouve : ça sort erratiquement, sans cohérence ; un certain nombre n’a d’ailleurs même pas accès au langage.  

A partir de cette grande difficulté de communication, on déduit un peu vite que le jeune autiste « vit dans son monde » et n’a aucun intérêt pour l’autre. Voire ! C’est bien plus d’une incapacité douloureuse qu’il s’agit. Celles et ceux qui vivent au quotidien avec eux savent combien ils peuvent être sensibles à quelques personnages familiers et à quelques rites relationnels bien répétitifs. 

 

 

Dans le film What’s eating Gibert Grape ? (L. Hallström, 1993) Leonardo de Caprio joue admirablement le rôle d’un autiste adolescent de haut niveau. Apparemment capable de se débrouiller seul pour les petits gestes de la vie quotidienne. Mais voilà, son grand frère avait pris l’habitude de l’essuyer et de le sécher après le bain du soir. Un soir, le grand frère a un rendez-vous amoureux et fait promettre au petit de se mettre en pyjama. Las, quand il rentre, quelques heures après, le jeune autiste, tout recroquevillé, est occupé à claquer des dents dans la baignoire dont l’eau est glacée : il attendait son frère.

 D. Lors d’une autre redoutable maladie mentale, la schizophrénie, un large repli angoissé sur soi est de règle ; les contacts avec autrui se raréfient et deviennent étranges et erratiques. La schizophrénie est très rare avant quatorze-quinze ans ; elle apparaît plutôt lors de la seconde adolescence, sous forme insidieuse et moins fréquemment, via une crise princeps tout de suite impressionnante. Très probablement sous le jeu de déséquilibres neurochimiques, le système de pensée du jeune s’effrite significativement et vole même parfois en éclats : confusion mentale ( perte des repères, de l’identité, de la généalogie ), jusqu’au franc délire et aux hallucinations.

Dans ce contexte, la rencontre avec l’autre devient très difficile. Le délire ou le pré-délire fait que celui-ci n’est plus « reçu » pour ce qu’il est vraiment. Hormis quelques cas marqués par l’érotomanie, l’autre est souvent perçu de façon négative, comme un persécuteur potentiel, et le jeune l’évite et se barricade dans ses angoisses psychotiques. Il s’y barricade : c’est l’issue de loin la plus fréquente. L’issue inverse où il attaque, jusqu’à tuer les ennemis concoctés par son délire, est beaucoup plus rare, même si la Belgique en a très vraisemblablement connu une illustration particulièrement horrible en 2009 dans une crèche à Termonde. 

Quant aux parents et autres familiers, ce que vit le jeune schizophrène à leur égard est imprévisible. Il lui arrive de les mettre purement et simplement au rang des personnages hostiles. Dans d’autres cas, il peut rester attaché à certaines personnes et le montrer maladroitement.

Djibah (seize ans) vit en institution résidentielle. Diagnostiqué schizophrène, fantasque, solitaire, passant sa vie à d'invraisemblables bricolages à la Bettelheim, ayant le rendement intellectuel d'une première année primaire, il ne pose cependant pas de problèmes majeurs pour gérer son quotidien et se montre plutôt affectueux avec les éducatrices. Arrive dans le groupe Raymond ( douze ans ) qui attire vite l'attention sur lui. L'humeur de Djibah s'assombrit ; si Raymond est sur son chemin, il le bouscule sans ménagements. Une nuit, l'éducateur de veille est attiré par des cris perçants : Djibah a marqué le ventre de Raymond par trois longues estafilades au cutter, qui restent heureusement superficielles. Écarté provisoirement du groupe, il y reprendra sa place et l'on s'y montrera davantage attentif à son « message ».   

Les souffrances bio-psycho-sociales 

       

 Bien plus souvent que ces atteintes surtout organiques, ce sont des conjonctions défavorables de forces opérant dans les dimensions organique, intrapsychique et sociale constitutives de l’être de l’enfant, qui l’amènent à vivre derrière un mur. Il peut le faire de façon globale, diffuse ou aller s’y abriter à certains moments et lors de certaines thématiques de sa vie. En voici quelques exemples :

 A. Les grands enfants et les adolescents peuvent vivre des dépressions claires et nettes, à l’instar des adultes. Peut-être des composantes endogènes, des prédispositions génétiques y sont elles à l’œuvre. Mais on découvre souvent aussi chez eux la peur de grandir et d’entrer dans l’adolescence, l’impression que la vie sociale et l’avenir sont absurdes. D’autres encore vivent très mal des échecs répétés, notamment sentimentaux. Les parents n’ont pas toujours commis de lourdes fautes éducatives, loin de là, mais ils ont à faire à des enfants hypersensibles.

La perte d’énergie, la perte de pétillance et de créativité, les idées noires, jusqu’aux idées suicidaires, l’isolement social, l’angoisse et l’irritabilité sont quasi toujours au rendez-vous. Lisez à ce sujet l'article : La lourde dépression de Jonathan  

 

L’image finale du film les 400 coups (F. Truffaut, 1959) Antoine a fugué et se retrouve seul, face à la mer … ce jeune, rejeté par sa famille, trahi par sa mère, ne se laisse pas vraiment aller à la dépression.

B. D’autres enfants doutent en permanence de leur valeur: « Manque de confiance en soi … mauvaise image de soi … sentiments perpétuels d’infériorité » : voilà comment les adultes qui les observent les (dis)qualifient. Parfois la source principale du problème réside en eux-mêmes : ce sont des enfants prédisposés au pessimisme et à la culpabilisation de soi, qui ont erronément interprété des signes de leur entourage ou des expériences nouvelles : « Ne plus être le préféré de l’instituteur comme l’année passée, c’est bien la preuve que je suis un con »

Parfois, il n’y a pas de fumée sans feu ; l’on constate alors que des membres importants de leur entourage manquent d’amour à leur égard ou les disqualifient plus ou moins subtilement. Et puis, ces enfants s’introspectent et évaluent comme négatifs les comportements inadaptés qui expriment pourtant d’abord et avant tout leur mal-être : un cercle vieux rigide s’enclenche alors ! 

Sur le terrain de la vie quotidienne, voici donc des enfants moroses, peu créatifs, grincheux, vite mécontents. Quand ils essaient quand même de réaliser une performance, ils la ratent souvent par maladresse ou découragement. Ils se plaignent beaucoup, de tout et de rien, et ont avec les autres des relations difficiles sur fond de revendications et de mauvaise humeur ; ils indisposent tout le monde, le perçoivent bien et finissent par se retirer sur une île déserte, parfois dans une inaction entrecoupée de velléités, parfois avec un hobby qui les sauve vaille que vaille du désespoir de ne rien valoir.

 C. D’autres enfants vivent une honte intérieure tenace. Elle est éventuellement couplée à la culpabilité ( s’ils ont l’impression que c’est eux qui ont commis une faute ) et à la peur : peur d’être jugés, agressés ou exclus.

La honte, c’est la crainte d’être exposé, nu et ridicule et d’être montré du doigt par les autres qui se moquent ou se proclament déçus. 

 

 

C’est un « vécu » en recrudescence, aujourd’hui où l’image est reine, où l’on n’arrête pas d’être vu – souvent sans le savoir – et susceptible d’être exposé au jugement des autres, à leur admiration … ou à leur risée ! 

Honte pour la famille : honte d’être pauvre et sans les mêmes fringues que les autres, honte d’avoir une mère alcoolique, un père en prison, un frère très retardé mental …

Honte pour soi : avoir fait des choses vraiment mauvaises (l’abus sexuel d’un petit par exemple), mais aussi avoir les oreilles décollées…ou la maladie des tics ; être trop intello ou trop bête pour la moyenne du groupe des autres : tout peut être source de honte, en ce siècle de peoplisation où l’on demande de plus en plus à l’enfant de briller et d’avoir un rendement maximal. 

Il est évident que la honte coupe de la joie d’aller vers les autres (à l’école, au sport …) et amène l’enfant à trouver mille prétextes pour ne pas les fréquenter. A l’adolescence, cette coupure peut s’accompagner d’anesthésies compensatoires ( dépendance à l’ordi, alcool, rogues …) 

Malheureusement, un certain nombre de ces jeunes porteurs de « la honte » sont particulièrement maladroits dans leurs rapports avec les autres, qui remarquent d’autant plus vite des différences soi-disant à la baisse qu’ils n’auraient peut-être pas aperçus autrement. Alors, les premiers deviennent vite les boucs-émissaires des seconds. Ce phénomène de bouc-émissairage entre jeunes semble en recrudescence, notamment dans les écoles secondaires. Il n’est pas bon d’y être un « rej » (rejeté) Alors, brimades, vexations et même harcèlement à domicile (merci la technologie) s’abattent sur la victime. Peut-être d’ailleurs les bourreaux sont-ils eux-mêmes mal dans leur peau, plus rejetés par un monde hostile qu’ils n’en ont l’air, mais allez le leur faire comprendre ! Et les victimes, honteuses et terrorisées, mettent souvent des éternités avant d’oser parler !

 D. Enfin, l’existence d’angoisses de longue durée conduit souvent aussi au silence et à un certain isolement. Plus les enfants vieillissent, plus ils savent taire ce qu’ils vivent.

Que peut-il se passer en effet lorsque, d’aventure, ils sont maltraités ou agressés sexuellement, une fois ou à répétition, et lorsque, spontanément ou sous suggestion, ils se mettent à penser que, s’ils parlaient, leurs agresseurs pourraient se venger ou leurs familles vivre des catastrophes ?

Et autant s’ils sont rackettés … Ou encore s’ils se sont mis eux-mêmes dans des embrouilles favorisées par les temps modernes (dettes ; images sulfureuses sur Internet ; mauvais coup collectif …) 

Il y a de grandes chances pour qu’ils se taisent, longuement ou définitivement. Et pour qu’ils essaient de donner le change et de mener une double vie, mais où manquent la pétillance, la joie, la spontanéité, le contact facile et détendu avec les autres.

Ils s’y réfugieront d’autant plus facilement que leur famille est elle-même en cause ou ne leur donne pas de bons modèles de communication authentique ni de protection, surtout dans les moments difficiles. 

 Jeter des ponts : notre responsabilité d’adultes

 

Impossible de passer en revue tout ce que nous pourrions dire et faire pour bien accompagner et l’enfant en souffrance derrière son mur et souvent, sa famille. Je m’en tiendrai à énoncer quelques principes :

 Pour et en nous-mêmes, accepter de nous représenter l’existence possible d’une souffrance morale chez l’enfant.

 

Ne pas nous en tenir à une angélique imagerie d’Epinal, qui n’a jamais correspondu à la réalité : celle de l’enfant insouciant, toujours heureux de vivre et reconnaissant envers ses parents, innocent, ingénu, échappant aux soucis du monde.

Aucun enfant n’y correspond, pas plus les enfants étiquetés comme défavorisés que  nos propres  enfants et petits-enfants au sourire si désarçonnant.

L’enfant est très sensible aux remous émotionnels et à l’adversité qu’il rencontre. Il pense sa vie, pas toujours avec réalisme, plus souvent avec angoisse, fruit de son imagination du moment, qu’avec des lunettes roses innocent. En secret, il n’est pas rare qu’il se persuade qu’on ne l’aime plus, que ses parents vont l’abandonner ou qu’il va aller en prison pour une peccadille. 

Sachons donc l’écouter sans a priori, sans vouloir le reprendre ou le consoler trop vite parce que nous ne pouvons pas supporter la partie noire de son monde intérieur. A la question « Que penses-tu de … ? » « Que ressens-tu quand … ? », il devrait avoir le droit de répondre ce qui est vraiment en lui, quelle qu’en soit la tonalité. 

S'arrêter près de lui

 L’enfant qui souffre moralement le donne souvent à voir. Pour qui sait s’arrêter et le prendre en considération sans a priori, les signes sont nombreux, si pas toujours spécifiques : changements « à la baisse » dans son style de vie, fléchissement scolaire, ainsi que de la qualité de ses activités préférées ; sentiments nouveaux d’angoisse, de tristesse ; colères nouvelles et inattendues ou irritabilité diffuse ; appauvrissement des                              relations sociales, fuite des adultes, isolement, etc …

 

Dans le film Pelle le conquérant (B. August, 1988) Pelle et son papa, misérables exilés économiques au Danemark, se soutiennent mutuellement comme ils peuvent. Pourtant, à douze ans, Pelle quittera son père, après avoir gravement serré sa main pour aller faire sa vie en Amérique.

 Sachons donc aller vers lui avec délicatesse et lui faire savoir que nous sommes toujours là, désireux qu’il se sente bien, prêts à l’écouter s’il souhaite parler de quelque chose de difficile.

Et s’il parle, soyons ouverts à ce qu’il va dire : le centre de sa souffrance n’est pas nécessairement ce que nous imaginons !                                                     

 

 S’il accepte un tant soit peu notre présence, la patience constitue une vertu essentielle : aller à son rythme ; commencer à parler de choses et d’autres qui l’intéressent ; l’apprivoiser ; suggérer doucement telle ou telle source possible de soucis, que nous croyons deviner et dont il ne parle pas spontanément ; ne pas lui faire violence s’il se tait (3). 

Tout cela, je le redis encore, sans jamais blesser sa manière spontanée de parler ni le contenu de ses dires ! Si un enfant se sent coupable d’avoir subi passivement une agression sexuelle, écoutons-le d’abord humblement parler de sa culpabilité ; aidons-le à en déployer les tenants et les aboutissants ; ajoutons « C’est comme cela pour toi, c’est comme cela que tu le vis » Plus tard, il sera toujours temps de nous différencier respectueusement : « Tu sais, moi, je vois les choses autrement » C’est tout autre chose que de lui asséner : « Tu ne dois pas te sentir coupable » presqu’avant qu’il ait ouvert la bouche.

Si tel enfant est dépressif, à l’instar de Jonathan, il a besoin d’une présence soutenue, discrète et effective, à travers laquelle il constate que nous ne le laisserons jamais tomber. Ici aussi, il faut écouter : écouter son silence parfois très aride, ses idées noires, voire ses idées suicidaires ; l’aider à les déployer et à les exprimer, de sorte qu’il ne se sente pas seul à les porter, avec la honte et l’angoisse de les vivre dans le silence.

Et puis, pour lui comme pour l’enfant qui se sent coupable, nous avons le droit et le devoir de nous différencier,  mais délicatement, en évoquant nos idées sur le sens de la vie, sur les capacités que nous lui reconnaissons mais auxquelles il n’est plus sensible maintenant, ou encore sur le fait que toutes les dépressions se terminent tôt ou tard et que du ciel bleu finit par revenir.

Pas de promesses faciles

 

 Quand nous tentons de soulager la souffrance morale d’un enfant, soyons attentifs à ne pas lui faire de promesses faciles, de celles que nous ne pourrons pas tenir. Il n’est pas toujours possible de lui enlever la source de ses soucis : ses parents continuent à se chamailler, son instituteur reste anormalement dur avec lui, sa maladie de Gilles de la Tourette ne s’améliore pas beaucoup.

Certes, il est souhaitable que nous mettions d’abord de l’énergie à améliorer ces sources mais sans lui dorer la pilule, comme par exemple quand nous lui proposons des stratégies d’adaptation qui n’en sont pas.

L’enfant a d’abord et avant tout besoin de présence et de vérité, davantage que de fausses solutions qui n’anesthésient que notre mal-être d’adultes !

La délicatesse

 

Tous les enfants ne donnent cependant pas tous leurs soucis à voir. Plus ils vieillissent, plus ils sont capables de mener une double vie où ils gardent de lourds secrets pour eux, parfois même définitivement.

Les fois où, longtemps après, le secret est éventuellement éventé et l’abcès crevé, ayons au moins la décence de ne pas leur faire reproche du long délai qu’ils ont mis à parler.

Il s’agit plutôt d’écouter les bonnes raisons subjectives qui les ont poussé à se taire comme ils l’ont fait. Et donc,  de nous mettre en question : les aurions-nous vraiment aidé s’ils nous avaient fait la confiance de parler plus tôt ? Est-il  exceptionnel que nous nous réfugions une de ces bonnes hypocrisies d’adultes où, finalement, son problème reste entier et où nous nous donnons la bonne conscience d’avoir aidé ( des tranquillisants pour l’enfant plutôt que de nous affronter vraiment à tel enseignant imbuvable … ) ? Toutes les sources d’agression externe sont-elles vraiment réductibles ?

Enfants séducteurs et enfants ternes

 

 Lorsque nous sommes responsables de l’éducation de groupes d’enfants (à commencer par les fratries) soyons attentifs au pouvoir d’attraction, d’accaparement mental si pas de séduction qu’exerce le sous-groupe d’enfants à la fois sociables et extravertis.

Au détriment des autres, qui indisposent par leur comportement perturbé et n’attirent que de l’attention négative sur eux, mais aussi et encore davantage au détriment des introvertis, des taiseux, des moroses, ceux qui n’ont pas tout de suite des qualités pétillantes, tous les enfants derrière le mur dont j’ai parlé dans cet exposé. Ils se font oublier. 

Le temps étant une denrée à durée déterminée, les autres en mangent une bonne partie et il n’en reste plus pour ces enfants « rase-les-murs » ou derrière le mur. Et alors, le cercle vicieux s’aggrave. L’inattention des adultes nuit à leur stimulation mentale et les persuade encore un peu plus qu’ils sont sans valeur. 

Ce qui ne signifie pas que notre mission éducative soit de transformer tous les enfants que nous accompagnons en un peuple d’extravertis. Dans la diversité du monde, chacun a sa place : vivent donc aussi les introvertis, les méditatifs, les rêveurs, ceux qui gèrent volontiers l’aloneness … pour peu que nous ayons pris nos dispositions pour qu’ils se sentent bien dans leur état, en leur montrant toute la valeur qu’ils ont à nos yeux. En gardant intact l’investissement de leur personne et la relation avec eux. 

 

En guise de conclusion

 

Favoriser la sociabilité de nos enfants, ce n’est pas les inciter à s’investir dans une grande quantité de relations superficielles, comme pour les « amis » que l’on se fait sur Facebook.

C’est plutôt les inciter à vivre une confiance suffisamment bonne et réaliste dans ce qu’ils peuvent attendre de leurs proches et du monde.

C’est aussi les encourager à être bons, à avoir le cœur ouvert, rempli de sollicitude pour autrui.

C’est encore les encourager à utiliser une bonne partie de leurs ressources pour construire davantage d’humanité. 

Et tous ces objectifs, ce n’est pas par des moralisations ni par des règles que nous les atteignons. C’est bien davantage par notre témoignage de vie, assorti à l’occasion de dialogues et de commentaires authentiques. 

Notes 

  1. Aloneness et non loneliness.
  2. Toutes ces composantes de la communication sont détaillées dans l‘ouvrag:
  3.   La parole de l'enfant en souffrance  J.-Y. Hayez, E. de Becker,  Dunod, 2010. 

 

 

 

 

 

 Albert Einstein, un vrai cancre à l'école

 

Définitions et descriptions

 C’est HP qu’il faut dire aujourd’hui et non plus « surdoués » et encore moins « d’intelligence précoce » Va savoir pourquoi !

Première remarque à ce propos : dans certains milieux économiquement favorisés, l’appellation « facile » HP constitue une nouvelle coquetterie à la mode : les  mères [2]murmurent volontiers d’un air entendu à leurs amies, belles-sœurs et médecins « Je crois bien qu’il est HP » ( en sous-entendant « Eh oui, et c’est moi c’est moi qui ai fabriqué cette merveille » L’enfant concerné n’est pas censé écouter, mais est pourtant à portée de voix. Ce faisant, si celui-ci est abusivement positionné comme tel, elles procèdent à une surévaluation dont ces effets désastreux.

 Et qu’en est-il alors des autres, les vraiment surdoués, celles et ceux dont nous avons le devoir de reconnaître que, parmi toutes leurs qualités humaines, ils ontune intelligence au fonctionnement original et nettement supérieure à la moyenne ( par exemple, et bien que ce ne soit pas le seul critère, un QI supérieur à 130-135 ) 

Pas de racisme à l’envers à leur égard, en ignorant leurs besoins et aspirations spécifiques ! De mon expérience clinique avec eux, j’ai retenu six groupes de phénomènes :

 A. Certains enfants et jeunes très reconnus et vantés par un ou leurs deux parents pour leur brillance intellectuelle se conforment à ces attentes et font eux aussi de leur rendement intellectuel ou des grands objectifs de leur vie. Souvent alors, - mais pas nécessairement - au prix d’un certain dessèchement social et d’un faible intérêt pour tout ce qui est plaisir.

 B. Plus souvent cependant, les jeunes HP trop pressés, harcelés, priés de briller, vantés par leur famille devant des tiers n’aiment pas trop ce rôle de la poupée savante, où ils se sentent comme possédés, privés d’un projet personnel … On les voit alors protester, désinvestir leurs études et s’adonner à des alternatives plus ou moins transgressives où se révèle toute leur intelligence !

 C. Sans aller jusqu’à exprimer leur narcissisme de façon éclatante et insupportable pour l’enfant, certains parents lui proposent de facto une vie intellectuelle trop sérieuse, trop absorbante, sans beaucoup de plaisirs ( autre que celui d’étudier ) Et alors, l’enfant peut « saturer «  Il peut trouver parfaitement injuste de lire la déception dans les yeux  de ses parents parce qu’il ramène une fois 88 % sur son bulletin au lieu de 95 %. Ici aussi, ne se sentant pas reconnu dans sa réelle bonne volonté mais qui a des limites, l’enfant peut stresser, se décourager avec une mauvaise image de soi ou/et saboter d’une manière ou d’une autre son parcours scolaire.

 

Dans le même ordre d’idées, il arrive que l’on fasse sauter une ou deux années scolaires à un enfant qui fondamentalement n’en veut pas, mais qui finit par céder à la pression. Ses raisons se fondaient sur sa peine à quitter ses amis ou/et aussi  sa peine à quitter le monde davantage de plaisir constitutif des années antérieures.

Ce qui se passe ensuite est variable. Certains finissent par se soumettre et se conformer. 

Mais d’autres continuent à en vouloir à leurs parents, le leur expriment éventuellement verbalement : ( « Vous avez volé une année de ma vie. » ) sabotent leur vie scolaire en tout ou en partie, se conduisent de façon impertinente ou transgressive et « se débrouillent » souvent pour doubler une année scolaire, donc annuler la mesure à laquelle ils avaient pseudo-consenti.

 

ILL. Mathias ( treize ans ) surdoué et encore fort « jouette » souffre passablement en seconde secondaire. Il ne parvient pas à s’adapter aux exigences de méthode de ses profs, mais surtout, il n’aime pas trop l’idée de déjà travailler « sérieusement » Et donc, il oublie son matériel, manque de soins, donne des réponses approximatives, etc … Comme, en thérapie, il me dit croire en la réincarnation, et que – évidemment - je lui demande en qui il aimerait se réincarner, si jamais ça existe, il me fait successivement trois réponses étonnantes, aux antipodes de la gloire par le travail ou le pouvoir. D’abord, il aimerait être un éphémère ( je pense qu’il a eu l’intuition du signifiant mais à l’avant-plan c’est bien de ces libellules papillonnant brièvement au printemps qu’il parle … ) puis il voudrait être Rocco Cifredi ( sa puberté étant occupée à le démanger ) et enfin Bob Marley. Célébration face à moi du principe du plaisir alors que, me dit-il « je suis comme un coureur sur lequel on a parié un milliard ; je travaillerais mieux si on n’avait parié qu’un euro ! »

 

 D. A l’inverse, j’ai connu aussi l’un ou l’autre enfant HP qui ne faisaient l’objet d’aucune attention particulière, ni à l’école, ni à la maison. Soit parce que ses potentialités n’avaient pas été reconnues, soit par négligence, soit par position idéologique ( surtout de l’école :« Ils doivent être traités exactement comme les autres. C’est ça la justice sociale. » ) Pire encore parfois, leurs schémas de pensée, leurs méthodes originales peuvent non seulement ne pas être reconnues, mais même activement contrecarrés, parce que constituant une affirmation de soi vécue comme insupportable par l’adulte ou, plus banalement, parce qu’elles ne correspondent pas aux méthodes officiellement prônées en classe. C’est alors que ces enfants et ces jeunes se ferment, s’évadent dans leurs rêveries, se mettent à détester activement l’école, voire passent à des actes anti-sociaux ; Pas tous des Mesrine à venir, mais quelques-uns, quand-même …

 E. Dans un ordre d’idées cousin, il y a celles et ceux qu’on reconnaît comme brillants, mais dont on accepte que, à la maison, ils aient fini leurs devoirs et leçons en cinq minutes … et puis c’est le jeu. Ils n’acquièrent donc aucune stratégie, même personnelle, pour étudier, aucun sens de l’effort et du travail. En première et deuxième secondaire, ça passe encore, sur leur lancée. Et puis, en troisième, c’est la catastrophe, car la matière devient plus abondante et plus difficile, et ils n’ont aucune patience pour rester  assis à leur table de travail le temps qu’il faut et aucune méthode pour l’assimiler. Evolution malheureusement assez fréquente!

 F. J’ai rencontré aussi quelques cas, dont deux très graves, de ce que l’on appelle aujourd’hui « la dépression existentielle des surdoués » C’est un tout autre problème, que je cite pour mémoire, car il ne me semble pas centralement lié à des attentes dysfonctionnelles des parents ( ou de l’école ) sur le rendement académique. Ici, le fonctionnement psychique du jeune devient auto-persécuteur en début d’adolescence, en ne pouvant pas s’empêcher de poser des questions existentielles fondamentales auxquelles le jeune ne trouve passivement pas de réponses satisfaisantes :  Quel est le sens de ma vie ? Quelle est ma place sur la terre ? Que m’arrivera-t-il une fois mes parents morts ? Etc. 

Cette dépression touche davantage des jeunes très intelligents, investissant beaucoup leurs fonctions intellectuelles, introvertis, socialement réservés, sensibles et peut-être un peu trop protégés pat leurs familles, les parents ayant donné l’impression qu’ils seraient toujours là en cas de coup dur ( mais voilà, ils vont mourir un jour, n’est-ce pas ! ) L’invalidation scolaire qui s’en suit peut être de longue durée. Je vous suggère à ce propos de lire  l’article-étude de cas « la lourde dépression de Jonathan »

Dans mon livre Psychothérapies d'enfants et d'adolescents, publié en 2014, je reviens beaucoup plus en détails sur l’évolution de Jonathan (chapitre 3) et sur celle de Camille 11 ans (chapitre 2)

 

 Quelles attitudes me semblent-elles fonctionner positivement [3]face à l’enfant surdoué ?

 

 

 A.Reconnaître verbalement l’existence de son intelligence hors norme, réalité quantitative et connotant le plus souvent des particularités qualitatives » ( ce qui inclut, au moins une fois, la réalisation d’un testing de qualité ) Le reconnaître face à lui et en parler avec lui. Répéter cette reconnaissance « de temps en temps, à bon escient, quand c’est adapté au contexte, quand c’est questionné socialement ou scolairement. Pas comme une obsession quotidienne, qui ferait de cette intelligence le centre du monde.

 B. Positionner cette intelligence comme une qualité intéressante parmi d’autres :

L’ensemble est réparti inégalement et aléatoirement entre les êtres humains. Parler des autres compétences et qualités, et aussi des manques de l’enfant, en référence auxquels il a particulièrement besoin des autres.

 C. S’enquérir auprès de l’enfant de la manière dont il vit cette particularité de sa vie : provoque-t-elle des pensées et des sentiments en lui ? Comment souhaite-t-il la gérer ? Attend-il quelque chose des autres dans ce domaine ? Comprend-il que ce statut de son intelligence ne l’aide pas nécessairement à s’adapter aux exigences de l’enseignement en classe ?

 

 

Extrait de Ordinary people, R. Redford, 1980 : Quand l’intelligence sensible et lucide conduit au bord du suicide !

 D. Mettre au clair les attentes des parents et, si indiqué et possible, les faire évoluer : l’idéal serait qu’ils demandent à l’enfant de faire de son mieux, et surtout de trouver ses motivations à lui face à la vie, et de viser à être heureux. Se concerter avec l’école pour comparer les attentes et si possible élaborer un projet commun.

 E. Alimenter suffisamment bien les capacités cognitives de l’enfant, dans toute la mesure du possible en concertation avec lui, et sans vouloir faire de sa vie un interminable goulag centré sur travail intellectuel. Cette alimentation peut se réaliser à partir de nombreuses sources : 

◊ - En concertation avec l’école, lui proposer des tâches supplémentaires à résoudre pendant les heures de classe, présentées comme des challenges, des défis ( c’est mieux que de savoir qu’il s’ennuie et mijote peut-être Dieu sait quelles horreurs en tête ; c’est mieux aussi que de l’entendre tout le temps répondre le premier, coupant ainsi la confiance de ses condisciples en soi ) 

◊ - S’il est preneur, lui en proposer aussi quelques-uns à la maison ( par exemple l’apprentissage d’une langue, éventuellement avec un prof ; encourager sa curiosité scientifique en le mettant en contact avec des livres appropriés ; l’encourager à fréquenter une partie de son temps libre des clubs ludiques et « intellos » à la fois : clubs de jeux d’échec and co ; clubs de scientifiques juniors … ) 

◊ - Eventuellement et si l’idée ne le heurte pas, lui faire sauter une ou deux années d’école : je préfère cette formule, qui sauvegarde une certaine mixité sociale, à celle de la création d’écoles spécialisées où les surdoués se retrouveraient entre eux [4]. 

  1. Quoiqu’il en soit de ces « compléments alimentaires cognitifs », l’école et la famille sont en droit d’exiger de l’enfant HP des attitudes ainsi qu’un temps de travail au moins identique à celui de la moyenne des autres élèves de sa classe.

J’ai dénoncé plus haut les risques liés à l’absence d’exigence. Et donc « Comme tous les autres enfants de cinquième primaire, tu es prié de travailler ( 45 minutes ? ) chaque jour à la maison … Tu as déjà fini tes devoirs. OK ( et pas : OK, bravo, quel incroyable génie ! ), que vas-tu faire d’autre, les 40 minutes qui restent, pour t’occuper l’esprit ? »

 FOn peut également encourager l’enfant à conserver une part de vie sociale et récréative significative. Donc, qu’il ne se réduise pas à fonctionner comme « un cerveau sur pattes » Tout en tenant compte de ses aspirations et traits de caractères : il ne se sent peut-être pas sportif, ni enclin au scoutisme ou au louvetisme. Soit ! Ces récréations pour beaucoup ne doivent pas devenir d’horribles corvées pour lui. Mais la vie sociale, ce peut être autre chose : avoir un seul bon ami et lui consacrer du temps ; chatter sur Internet et s’amuser à des jeux vidéos ; aider un plus jeune à faire ses devoirs ; participer à un club ludique ou scientifique/amusant intergénérationnel, etc.

 G. Il est également important que des adultes proches de l’enfant soient disponibles précocement dans sa vie pour parler avec lui et se situer personnellement par rapport à ses opinions et interrogations.

L’enfant en général et lui en particulier apprécie beaucoup ces moments de partage d’idées. Il est néanmoins des plus toxiques de les assortir lourdement de commentaires du type : « Mais c’est incroyable comme il pense déjà à son âge à des choses que même la plupart des adultes n’imagineraient pas. » Répété dix fois, à l’intention de tante Ursule en visite, ce commentaire est ressenti comme une récupération exaspérante-infantilisante par l’enfant et coupe son désir de communiquer ce qu’il pense par la suite. Il ne veut pas passer pour un animal savant. 

J’ai évoqué plus haut les ravages que pouvait provoquer la « dépression existentielle » des surdoués. Nous pouvons peut-être les prévenir ou les contenir en leur indiquant qu’il est possible de vivre sans désespoir en se posant des questions dont toutes seront loin d’être résolues, mais en se construisant ci de là un sens personnel à sa vie, même marquée d’incertitudes et de finitude.

H.Enfin, on peut également parler valeurs avec lui et avec son entourage, je veux dire valeurs liées à l’existence de son intelligence. En ce qui me concerne, j’ai déjà partagé avec eux  les convictions que voici : 

◊ - L’existence d’une intelligence supérieure ne légitime nullement que l’on puisse mépriser les autres - les moins doués -, ni chercher à les dominer ou à les rouler à longueur de temps par le jeu subtil de ce pouvoir intellectuel. Au contraire, l’intelligence peut être utilisée dans une perspective de respect et de justice, et pour aider les autres à s’élever. 

◊ - Cadeau de la vie, l’intelligence devrait se mettre au service de la communauté, au moins à temps partiel  pour y introduire davantage de savoir,  compétence et d’humanité.

 

 NOTES

2.Freud avait découvert que l’enfant ( surtout le garçon pensait-il à l’époque ) pouvait constituer pour sa mère comme un prolongement phallique de la mère. Cet orgueil toujours illusoire dans sa démesure, en voici une belle illustration de la part de celles qui voient des HP partout dans leur descendance ! 

[3]  Fonctionner positivement ? Donc, dans mon travail de terrain, j’essaie que s’installe le plus complètement possible la check-list que j’énumère ici en en parlant avec les parents, l’école, et le jeune directement. Les actions et attitudes qui y sont décrites ne sont certes pas toutes sous la responsabilité directe ou unique du psy. 

[4]  En Belgique, une école secondaire réputée les accueillir préférentiellement les garde néanmoins mélangés à d’autres élèves, et le même programme scolaire – plutôt exigent – est proposé à tous. L’un ou l’autre adulte est plus particulièrement chargé de dialogues spécifiques avec ceux de ces jeunes HP qui le souhaitent. Aux grandes récréations ; il existe une salle « club » où ces élèves peuvent se rendre pour lire, faire des jeux de société « cérébraux », se retrouver entre eux … quoique chacun puisse toujours y amener l’un ou l’autre invité non HP. Cette formule me semble tout à fait digne  d’intérêt : des moments « HP » mais pas une permanence !