Une maman m'écrit 

Bonjour docteur,
J'ai vraiment beaucoup aimé lire votre document. Je connais davantage le côté négatif de l'adoption et jamais avant ces derniers temps je n'avais songé à adopter un enfant. Mon frère travaillant en pédopsychiatrie m'a parlé des jeunes avec qui il travaillait et c'est environ 50 % des enfants adoptés.
Voici notre situation familiale :
Nous avons deux enfants, une fille de trois ans et un garçon de cinq que nous avons eu très facilement. Mais nous voulions avoir une grande famille et là, après plus d'un an d'essai je tombe enceinte. Hélas, sans résultat, et je finis par devoir subir une hystérectomie. Pour nous, le rêve de fonder une grande famille s'effondre.
Rapidement (trop peut-être) je pense à agrandir la famille tout de même. Mais je pense au vécu que vivent les jeunes que mon frère rencontre : des enfants déracinés, des enfants qui ne réussissent pas à combler les attentes de leurs parents adoptifs, des enfants qui ont des troubles psychiques importants, … Mon mari quant à lui est confiant (il l'est toujours)
Je ne sais pas si j'ai des attentes envers cet enfant, mais je ne le crois pas… En fait comment savoir ?
Voilà, rapidement mes questions et mes doutes.
Est-il préférable pour les enfants de ne pas être déracinés ? Dans mon cas, l'adoption n'est-elle pas un acte égoïste ?
Oh, là la ... je crois qu'il nous faut encore du temps. Qu'en pensez-vous ?
Meilleures salutations,

je lui réponds:

Bonjour Madame,

Votre message me semble provenir d'une personne sensible et généreuse.
Si vous étiez belge, et non française, une grosse difficulté serait d'ordre administratif : on a verrouillé, à mon sens excessivement, les procédures de l'adoption ; les délais d'attente sont très longs, et les familles déjà avec enfants naturels, guère favorisées. Je ne pense même pas que l'on prendrait en compte du malheur somatique qui s'est abattu sur vous. Et je ne sais pas bien comment cela fonctionne en France.
Le point de vue de votre frère me parait « dramatisant » Etes-vous sûre qu'il est émotionnellement tout à fait serein vis-à-vis de vous, et qu'il ne se cache pas là-derrière un petit zeste de rivalité fraternelle ?
Mon expérience quant au devenir des enfants adoptés est plus positive. S'ils sont accueillis avec respect, avec des attentes raisonnables, qui les prennent comme ils sont, beaucoup cicatrisent les malheurs de leur vie.
Ce qui est important, c'est que vous soyez bien d'accord, votre mari et vous, et que vous soyez « raisonnablement » sûrs de l'avenir positif de votre couple : inutile de leur ajouter un jour le drame de la séparation parentale.
Le déracinement est alors, pour le grand nombre, un moindre mal : j'hésiterais cependant davantage face à des grands enfants (plus de trois, quatre ans) déjà enracinés chez eux.
Tout acte d'amour et de générosité comporte sa part d'égo-centration, c'est-à-dire qu'on y cherche aussi quelque chose pour soi (reconnaissance ; combler un rêve originaire, etc.). L'important est d'être conscient de cette seconde dimension, et que ce ne soit pas elle la principale.

Bien à vous



Mots clé 
Adoption ; candidats à l'adoption ; parents adoptifs projet d’adoption ; doutes sur l’adoption ; difficultés de l’adoption ; déracinement de l’enfant ; attachement de l’enfant adopté

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