Le terme " Normal " revêt au moins deux sens :
ce qui s'applique à une majorité et représente
une manière d'être habituelle au groupe dont on
fait partie et aussi, plus qualitativement, ce
qui est considéré comme sain, épanouissant,
correspondant aux besoins et à la nature profonde
de la personne dont il est question.
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Peut-on se hasarder à décrire une évolution
normale de la sexualité des enfants en âge
d'école primaire?
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Quatre constats autour du développement individuel.
Dans cette double perspective, quatre compo
santes du développement individuel apparaissent
" normaux " à l'âge de l'école
primaire
(2).
A.Les manifestations les plus directes et les
plus intenses du complexe d'oedipe s'atténuent:
* les rivalités physiques avec le parent du
même sexe et avec les aînés se transforment en
compétitions intellectuelles ou sociales ou en
identifications; l'agressivité sous sa forme la
plus crue se déplace surtout dans le groupe des
pairs;
* les flammes amoureuses corporelles pour le
parent oedipien sont assez largement freinées
par la pudeur et se transforment, elles aussi,
en actes socialement acceptables et en
sublimations ( le beau bulletin ou l'exploit au
tennis remplacent souvent le câlin langoureux
); plus radicalement, une bonne partie de la
pulsion sexuelle, directe ou sublimée, se
dirige vers le monde social; c'est l'âge des
amis et des copains.
B. Les pulsions sexuelles les plus opérantes
sont de type génital, à la recherche de
satisfactions auto-érotiques et d'objets externes:
nous y reviendrons en détail en décrivant les
activités sexuelles saines.
C. L'enfant est moins impulsif que pendant
l'âge préscolaire. Il faut prendre " impulsif "
dans l'acception la plus fondamentale du terme
: envahi par des pulsions - sexuelles,
oedipiennes, agressives - qui demandent une
satisfaction immédiate.
Maintenant, cette effervescence est moins
intense et moins anarchique. Beaucoup d'énergie
psychique est investie pour mieux tenir compte
des exigences externes ( principe de réalité )
et pour installer des sublimations ( activités
sociales, cognitives, sportives, culturellement
valorisées, qui permettent de remplir certains
buts pulsionnels - aimer, être préféré,
s'affirmer - de manière moins " charnelle -
immédiate "). Les exigences pulsionnelles
s'intègrent dans un ensemble, dans un programme
de vie: l'enfant met son être en évidence bien
plus qu'il n'exhibe impulsivement son bas-
ventre ... sa curiosité strictement sexuelle
s'élargit : plutôt que de toucher le pénis de
son père ou les seins de sa mère, il trouve
d'autres moyens d'entrer dans le monde de ceux-ci.
D. L'intelligence réaliste, scientifique, prend
le pas sur l'imagination; les connaissances
s'affirment et s'intègrent ( multiplication des
observations et des comparaisons: référence au
savoir des autres ). S'installent donc des
quasi-certitudes
(3)
sur les grandes questions
que sont : la différence des sexes et
l'identité sexuelle
(4)
; le pourquoi et le
comment de la sexualité; la permanence de
l'objet ( et donc, celle des organes sexuels )
( avec, en miroir, la permanence des manques :
une fille n'aura jamais vraiment un pénis; un
garçon n'aura jamais un sexe féminin ).
Constats autour de la vie relationnelle.
L'évolution lente et mouvante des cultures, et
des rites et règles sociaux qui s'en suivent,
ont changé le regard et les représentations des
êtres humains sur leur sexualité ( son sens et
ses pratiques ).
A. En Occident au moins, il s'est installé une
large désacralisation, une banalisation : la
sexualité est moins chargée de mystère et
d'angoisse; sa pratique, même en dehors des
chemins convenus, est moins réglementée et
chargée d'opprobre. Il y a une réappropriation
par l'individu, à tous les âges de la vie.
Il existe également davantage de créativité et
de revendication d'un droit à la différence :
l'homosexualité entre majeurs et le
transsexualisme passent dans les moeurs; l'âge admis
pour les relations sexuelles s'abaisse; la
pornographie est à tous les coins de rue ...
Cette liberté revendiquée pour la pratique et
les satisfactions qu'elle procure rend plus
difficile et plus incertaine la promotion de
valeurs à travers la sexualité. Dans ce domaine
au moins, le témoignage de vie des parents est
chargé de davantage d'incertitudes : ils sont
souvent plus consommateurs, plus matérialistes
en même temps que plus absents de la vie des
enfants : il se pourrait donc que, davantage
que leurs aînés, ceux-ci se donnent le droit de
jouir de leur sexualité - de la consommer en
quelque sorte - via des activités diversifiées,
où ils se sentent libres et seuls pour explorer
à leur guise, sans employer autant d'énergie
que les générations précédentes
l'ont fait, à refouler ou/et sublimer leurs pulsions.
Une minorité des parents passe même la barrière
de la retenue en laissant les enfants se
baigner dans le bain de pornographie dans
lequel eux-mêmes se laissent aller ( par
exemple, on visionne des cassettes
pornographiques " en famille " ).
Il s'agit plus d'une conduite de démission, de
passivité ... d'incertitude des références ...
que de volonté concertée d'initiation à la
sexualité, voire de franc voyeurisme portant
sur l'enfant ( ce qui constituerait un premier
degré d'abus sexuel ). Pour peu que celui-ci
soit vraiment consentant, l'effet principal est
probablement du côté d'une non-construction
d'un Idéal de vie et de valeurs : l'enfant
reste lui-même " instinctif " comme il voit son
parent l'être, et risque d'avoir une sexualité
" facile ".
B. Il serait excessif néanmoins d'en déduire
qu'a disparu la référence à des Lois
fondamentales, et même à toutes les normes.
1. Quant aux lois, adultes et enfants
continuent à savoir et à admettre que sont interdits
l'inceste et la violence sexuelle; quand ils
n'en tiennent pas compte, ils sont conscients
qu'ils transgressent.
Dans ce domaine au moins, l'information sociale
diffuse sur l'abus sexuel a eu un effet positif
: les enfants veillent davantage à se faire
respecter.
2. Et même à propos des normes, si les
frontières sont plus floues qu'auparavant, les
grands contenus, eux, restent perceptibles à
chacun, et largement assumés : la sexualité
humaine se déroule entre partenaires
consentants; pour une bonne partie de ce qui s'en
réalise, elle est liée à l'affection
éprouvée
pour le partenaire; elle est plutôt "
récréative " que placée au centre du projet de
vie et au centre des énergies investies par
chacun. Au-delà c'est plus incertain.
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Les déterminants d'une vie sexuelle saine.
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Par vie sexuelle, nous entendons les développements
de représentations psychiques et
d'activités. Une vie sexuelle saine résulte de
l'implication en nombre et en proportions
chaque fois variables des dynamismes psychiques
que voici :
La curiosité.
Désir de connaître la nature et le fonctionne
ment du corps, jusqu'à ses domaines les plus
intimes; expériences faites sur lui;
comparaisons effectuées sur l'autre, identique ou
complémentaire; désir de savoir ce que c'est que
cette fameuse sexualité dont parlent tant les
grands : appropriation progressive du concept,
en partant des gros mots et des blagues
obscènes, d'abord pas très bien compris, jusqu'aux
exercices pratiques.
Les réponses que le terrain apporte à cette
curiosité contribuent à un savoir, à des
acquisitions stables : connaissance de la réalité,
externe et de soi, et capacité de la manier;
certitude de plus en plus définitive quant à la
permanence de l'objet; installation ( "
sentiment " ) d'une identité de plus en plus
précise, qui va bien plus loin que
l'identification et l'appropriation du corps :
identité de l'être, identité
sexuée ...
[3].
Le désir et le processus d'identification aux
grands et aux adultes.
A l'inverse des 150 années précédentes, les
enfants sont des témoins usuels de la vie
sexuelle de ceux-ci : pas essentiellement des
ébats de papa et maman ( ou, pour faire
moderne, d'un de ceux-ci avec son partenaire
homo ou hétéro du moment ), qu'il faut toujours
surprendre par le trou de la serrure, mais, de
façon plus ouverte, de l'espèce adulte, qu'on
voit forniquer à heures fixes à la
télévision,
ou dont les médias apprennent qu'elle a un
drôle d'usage du cigare : si le Père fait
l'amour sur a place publique, ses fils, pour
grandir, vont jouer à l'avance les rôles qu'ils
devront tenir un jour, puis comme dans toute
identification, vont avoir envie de le faire
pour de vrai.
Le défi face aux règles.
Même si les interdits sont moins cruels, le
langage des adultes continue largement à situer
la pratique de la sexualité comme leur domaine
réservé : " Tu peux - si pas : tu dois -
savoir ... la sexualité, c'est chouette ...
mais tu es trop petit pour la pratiquer ( et si
je t'y prends, je crie sur toi : ainsi fut puni
Prométhée pour avoir voulu voler le feu des
dieux; un vautour le castre pour l'éternité )
". Eh bien, face à ce qui reste un interdit,
beaucoup d'enfants ont envie de transgresser à
l'occasion, précisément parce que c'est
interdit
(5).
L'affirmation d'une puissance ressentie en soi.
S'intéresser au sexe, c'est être grand, se le
prouver à soi, et le montrer aux autres. Dans
le cadre de cette affirmation de puissance, se
situent les enfants dominants qui prennent
l'initiative d'entraîner les autres à
l'aventure, ici, sexuelle, tout en finissant
par respecter leur éventuel refus. Ce ne sont
donc pas des enfants abuseurs, même si, au
moment de la découverte des faits, les autres
ont tendance à ]es lâcher et à
prétendre qu'ils
ont été entraînés contre leur gré.
C'est aussi dans le contexte de
l'identification aux adultes, de l'affirmation
d'une puissance-compétence, ainsi que d'une
camaraderie d'aînés vers des cadets ( dont nous
parlerons plus loin ) qu'on trouve les enfants
initiateurs, qui " mettent au parfum " du sexe
des ignorants ou des naïfs, de leur âge ou un
peu plus jeunes ( un ou deux ans de différence
d'âge )
(6).
Angoisse et culpabilité.
Un enfant sain n'est pas exempt d'angoisses, ni
même de légers sentiments de culpabilité
irrationnelle. Ces sentiments pénibles font
partie de toute vie. Mais, paradoxalement, leur
existence n'inhibe pas systématiquement la
réalisation des désirs et des comportements
dont, pourtant, la mise en oeuvre les accroîtra
encore. On est dans un véritable cercle vicieux
: pour être quitte de son angoisse, l'enfant va
poser un acte, pour savoir, pour vérifier, pour
vaincre l'ennemi ... mais cet acte ne soulage
rien à long terme : au contraire, il amplifie
la crainte de l'agression en retour.
Autant pour la culpabilité: pour en savoir plus
sur les intentions punitives prêtées à l'adulte
et sur le pouvoir de discernement de celui-ci,
l'enfant va poser le comportement interdit, en
en laissant des traces qui mènent à lui. La
punition précise qui suivra est censée être pré
férable à un vécu diffus de culpabilité ...
mais l'acte réveille de nouvelles culpabilités.
Parmi les angoisses " normales " à l'âge de
l'école primaire, citons :

- Surtout chez les plus jeunes, des angoisses
liées au simple jeu de l'imagination qui pallie
énormément les lacunes momentanées de
l'intelligence et d'un bagage informatif
correct
[6]
: pas encore de certitude tranquille quant à la
permanence de l'objet, et partant, quant à
l'inéluctabilité et à la stabilité des
différences sexuelles, etc ... il existe donc
des vérifications anxieuses - scientifiques de
ce qu'il en est.

- Surtout chez les plus âgés, existence
structurante d'une phase de névrose infantile ( "
pas trop serrée " ) : ici, avant que l'enfant
ne trouve ses solutions mentales rapidement et
spontanément - via les identifications, les
sublimations et la simple mise en veilleuse
spontanée de son Sur-Moi le plus archaïque -,
certains de ses désirs lui apparaissent
momentanément conflictuels : désirs oedipiens,
désirs masturbatoires ( c'est-à-dire, désirs de
pratiquer déjà une sexualité, comme les grands
); leur simple existence et leurs velléités de
réalisation déclenchent un rien d'angoisse et
de culpabilité. Mais ces vécus pénibles
n'arrêtent pas l'enfant. La poussée du désir
est toujours là, d'une part. De l'autre, pour
en avoir le coeur net, pour savoir si le sexe
peut être puni pour avoir fonctionné, l'enfant
est poussé à aller voir s'il fonctionne
toujours bien, voire si, chez son petit ami ou
sa petite amie, il existe des différences
d'intégrité par rapport à lui.
Et même quand il n'existait pas d'angoisses
préalables, les enfants, après avoir ouvert une
porte à la sexualité en eux, devinent bien
qu'ils ouvrent une porte au " non-logique ",
non rationnel, souvent non parlé; ils ouvrent
une porte à la violence de l'instinct, et ça
fait spontanément peur, tout comme ils
imaginent toujours quelque peu que la scène
primitive des parents est un acte sadique.
La camaraderie ou l'amitié.
La camaraderie ou l'amitié, et les partages
qu'elle inclut, " pour faire plaisir " au
copain ou à la copine qu'on aime bien; on lui
montre donc, le coeur un peu battant, l'image
pornographique acquise de dure lutte, voir une
partie intime du corps propre
(7)
, comme un
secret précieux, qu'on portera ensuite ensemble
... on procède avec lui aux premières
explorations et activités vraiment sexuelles, à
la découverte des mystères et plaisirs qui y
sont liés, etc ...
Le plaisir.
Et, en effet, le plaisir de la manipulation
sexuelle, le plaisir de ( se ) toucher ou
d'être touché, constitue également un
déterminant partiel de l'activité sexuelle
infantile. Et ceci, même s'il n'a encore que
peu à voir avec l'intensité des plaisirs et
orgasmes éprouvés autour de et après la
puberté. S'ajoutent à ce plaisir strictement
physique et local, d'autres plaisirs plus
spirituels liés aux déterminants
déjà évoqués :
plaisir de savoir, d'expérimenter, de grandir,
de défier, etc ...
La recherche du plaisir n'est cependant ici
qu'un but parmi d'autres; il n'existe pas,
comme dans la perversion, un culte raffiné et
quasi-exclusif de l'érotisme
(8).
Facteurs d'un autre ordre.
A côté de ces dynamismes psychiques principaux,
et sans prétendre d'ailleurs en avoir dressé
une liste exhaustive, il faut encore évoquer
des facteurs d'un autre ordre, comme :

- le corps : son équipement n'est pas le même
d'un enfant à l'autre : certains ont des
besoins, une excitabilité et une sensibilité
sexuelles plus fort que d'autres;

- la vitesse du développement général et
pulsionnel, variable elle aussi. Elle est
déterminée en partie, et en partie seulement,
par les attitudes de l'environnement. Certains
enfants quittent plus vite et plus radicalement
que d'autres leurs investissements oraux,
sphinctériens, génitaux solitaires, ...
d'autres s'y attardent ou ne les abandonnent
que partiellement.
|
Les formes d'une activité sexuelle saine.
|
Nous décrirons successivement la forme stricto
sensu; l'ambiance affective générale qui
accompagne l'activité; quelques critères
caractéristiques du contexte et du déroulement;
l'un ou l'autre critères liés à la
présence éventuelle de partenaire(s).
Cet ordre descriptif sera utilisé également
pour décrire les activités sexuelles plus
pathologiques et pour les différencier entre elles,
ainsi que de ce qui est sain.
La forme stricto sensu.
Il s'installe progressivement une primauté des
désirs et activités génitales, en même
temps que prennent corps les fantasmes organisateurs
de la sexualité, pour la suite de la vie.
A. Corollairement, on assiste au déclin de la
primauté des pulsions prégénitales, le plus
souvent en quête d'objet partiel. Déclin veut
dire que l'intérêt pour elles, et le plaisir
qu'elles procurent s'amenuisent spontanément;
elles deviennent largement inutilisées, plutôt
que refoulées.
Déclin n'est pas disparition ; elles persistent
comme centres d'intérêt occasionnels; par
exemple,lorsque le hasard ramène des stimuli
provocants, qu'il s'ennuie et/ou qu'il a peur,
l'enfant se livre à nouveau à des jeux
urinaires ... Quand il a été malmené, il peut
passer par une brève phase de sadisme sur des
petits animaux, etc ...
En outre, la vitesse du développement n'est pas
la même selon les enfants, pas plus que ne
l'est la radicalité avec laquelle il passe
d'une étape à l'autre. Certains enfants,
davantage fixés à l'âge nourrisson de leur vie,
verront leur génitalité infiltrée d'un très
grand désir de caresses, voire d'activités
buccales. D'autres, plus fixés à l'âge tout-
puissant ou sphinctérien, auront une sexualité
plus brutale, parfois pas loin d'être sadique,
ou/et garderont de grands intérêts scatologiques.
B. Quant à la primauté du génital, si elle
progresse indubitablement, elle connaît elle- même
un certain nombre de tâtonnements d'objet et de
mode :
* Quant à l'objet, il y a des allers et retours
entre des phases d'investissement auto-érotique
: masturbations sans fantasmes ou avec fantasmes
centrés sur soi, ou mettant vaguement en
scène l'autre, comme faire-valoir de la
jouissance ou de l'emprise de Soi;
* d'autres, où la masturbation est la seule
conduite sexuelle réalistement accessible, mais
où, fantasmatiquement, est intensément désirée
une relation physique avec le parent oedipien
ou/et avec ses déplacements les plus lisibles;
il est beaucoup plus rare que ce soit avec un
partenaire de la même génération d'âge;
des jeux sexuels, homo ou hétérosexuels, avec
un ( des ) partenaire(s) du même groupe d'âge.
Dans notre culture occidentale, assez introvertie,
des réflexes de pudeur s'installent
progressivement et conduisent à disqualifier le
jeu sexuel, outre qu'il apparaît " pour bébés
"; donc, au fur et à mesure du grandissement,
on s'achemine davantage vers la sexualité
solitaire.
Lors de la pré-adolescence, des activités
sexuelles en groupe ( souvent homosexuel )
peuvent réapparaître. Leur finalité est
davantage transgressive et érotique : à tout le
moins s'agit-il de s'approprier le plaisir et
de le maîtriser; ici, le groupe donne aussi à
chacun le courage " d'y aller ".
* Bien plus rares sont les activités sexuelles
qui s'accompagneraient d'un réel vécu amoureux
(9).
2. Quant au mode, l'inspection, la manipulation
et les caresses des zones et organes génitaux
deviennent de plus en plus centrales; elles
s'accompagnent éventuellement d'un rien de
scénario, d'histoire racontée (" On disait que
tu étais le papa ... "), mais vite, l'enfant
sain va au but, et ne s'invente pas de scé
narios très compliqués qui retarderaient
longuement l'ultime plaisir.
Coexistent avec ces manipulations, inconstamment
et à temps partiel :
* Des moments d'exhibitionnisme, mais où le
plaisir de s'affirmer et de vérifier son
pouvoir ( de séduire, d'effrayer, d'oser ) est
au moins aussi grand que le plaisir érotique;
la toute première étape sur la voie de cet
exhibitionnisme, c'est le maniement de gros
mots, de blagues salaces ou du folklore obscène
des comptines.
* D'autres de voyeurisme, mais où, ici aussi,
le plaisir de satisfaire sa curiosité, de faire
comme les grands, est au moins aussi grand que
la satisfaction érotique
[10].
A l'heure actuelle, il faut penser aux satisfactions
voyeuristes " banalisées " que permettent
les médias ( TV ... ) et les télécommunications
( téléphones roses, Internet ). Voyeurisme
éventuellement réalisé dans l'ambiance
excitante d'un petit groupe ( rivalité ...
abaissements des normes ). Petit groupe d'amis
et parfois même groupe familial: nous l'avons
déjà évoqué.
Enfin, l'abaissement diffus des normes, et la
relation par les médias de tout ce que font les
adultes incitent régulièrement certains
enfants, vigoureux dans tous les sens du terme
et pas trop scrupuleux, à pousser l'expérience
dans des zones inattendues ou/et estimées trop
précoces pour leur âge. A la différence d'en
fants plus préoccupants, il s'agit bien d'expé
riences qu'ils ne feront que l'une ou l'autre
fois, et dont ils auront tous seuls l'intuition
qu'elles ne leur sont pas ( déjà ) stablement
destinées.
" Enculer " et " sucer " passant de plus en
plus dans le vocabulaire quotidien, certains
enfants voudront voir de plus près de quoi il
s'agit, surtout s'ils ont des fixations anales
ou orales; on n'est pas à l'époque où la vie
rurale était vide de stimulations, à part
l'arrière-train accueillant des ânes et des
brebis ... mais en revanche, on a multiplié les
enfants laissés à eux-mêmes, curieux, sans
beaucoup de retenue Sur-Moïque, et qui, entre
autres explorations, dans l'appartement où ils
s'ennuient, peuvent se souvenir que le berger
allemand femelle de la maison, après tout,
pourrait être à usages multiples, etc.
C. Si un peu par hasard ou parce que le déve
loppement est plus lent dans certains domaines,
il existe parfois des satisfactions non-
génitales, on peut parier qu'elles sont
accessoires et que l'enfant ne s'y cramponnera
pas : dans le film
Padre Padrone, des frères
Taviani, le pré-adolescent qui connaît bibliquement
son âne ne restera très probablement
pas fixé à ce mode de satisfaction, et ne s'y
est adonné que faute de mieux.
L'ambiance affective.
L'ambiance affective qui entoure l'activité
sexuelle est largement détendue, paisible,
plaisante, sans qu'il s'agisse d'une centration
exclusive et intense sur la seule jouissance
physique. Il peut s'y mêler éventuellement un
peu d'angoisse et de culpabilité : c'est
parfois " le coeur battant " que les enfants
explorent cet univers encore largement inconnu
et réservé aux adultes
(10).
Le cadre de l'activité sexuelle.
L'activité sexuelle est bien moins souvent
l'aboutissement d'une planification contraignante
et longuement concoctée à l'avance que
déclenchée par le hasard
(11)
: ennui, insomnie, besoin de faire pipi à deux au même
moment, stimulus externe imprévu et excitant,
tension corporelle, etc ... Elle peut donc apparaître
comme impulsive ou exécutée avec
maîtrise et intelligence, mais dans les deux
éventualités, l'enfant la reconnait comme
sienne; du moins le reconnaît-il dans son for
intérieur, pour lui-même
("
C'était gai " entendez "
C'est moi qui ai planifié quelque chose
de gai "); néanmoins, si les adultes l'interpel
lent et lui font des reproches, il se défendra
souvent de l'avoir voulu vraiment, pour ne pas
s'attirer des ennuis.
L'activité a également lieu discrètement, loin
de la génération des parents : elle n'est
jamais surprise par eux que par un malheureux
hasard.
Si l'on examine les choses dans la durée, on
constate aussi que :

- Elle ne se répète pas à haute fréquence: l'en
fant ne passe pas sa vie à se masturber ...,
dans un petit groupe de copains, les jeux
sexuels constituent un hasard occasionnel : ils
se réunissent surtout pour jouer, faire du
sport ... et, à l'occasion, un peu de sexe.

- Il y a une progression dans la " technique et
la compétence " en matière sexuelle, et aussi,
une certaine diversification : l'enfant ne
reproduit pas indéfiniment le même scénario.
Il s'agit bien d'un jeu.
Si des pairs sont engagés dans l'activité, ils
sont respectés; les enfants se parlent: il
s'agit bien d'un " jeu " qui engage le sexe et
le dépasse à la fois: on y discute donc des
sciences du corps et du sexe, on y joue des
rôles sexués et sexuels.
Les pairs engagés sont plus ou moins du même
âge; les plus grands ( 10 - 12 ans ) ignorent
les petits ( par exemple, en dessous de 7 ans
), objets de dédain et non objets sexuels à
initier.
Conflit avec l'ordre adulte.
Quant au conflit avec l'ordre adulte, il est
fréquent. Pour l'adulte du XXe siècle, l'enfant
est souvent assez grand pour savoir, et trop
petit pour faire. Mais ce paradoxe n'arrête pas
l'enfant, qui conquiert sa sexualité : dans
Padre Padrone toujours, on voit que l'accès à
la sexualité n'est pas rien. Elle dérange
l'ordre adulte, qui a une certaine image de
l'enfance - bons bergers bien utilisés, mais
bien conformes aussi, sans distraction déviante
-; il y a donc un châtiment ... mais celui-ci
n'arrête pas un processus en marche : les
images suivantes du film restent sexuelles et,
cette fois, la sexualité surprise chez les
enfants n'est pas l'objet d'un affrontement,
mais plutôt d'une stimulation des adultes ...
entre eux.
Il existe une pathologie de la sexualité que
l'on peut repérer dès l'âge de l'école
primaire. Certains troubles sont transitoires (
par exemple, une partie de ceux qui sont liés à
l'angoisse ); d'autres sont stables ou/et
s'amplifient au fil du temps ( par exemple, des
perversions incipiens ). D'autres encore ne
seront étiquetées " Troubles " qu'à cause de
l'âge de l'enfant ( par exemple, sexualité
précoce et abondante ou " hypersexualité ")
dans la suite de la vie, ces manifestations
apparaîtraient davantage comme une variation de
la normale.
Certains de ces troubles constituent une dévian
ce quantitative d'un des dynamismes partiels
que nous avons évoqués à propos de la sexualité
saine. Pour d'autres, la distorsion de ceux-ci
est plus qualitative; pour d'autres encore,
c'est qualitatif et quantitatif. Nous décrirons
ces différents troubles par ordre décroissant
approximatif :
Lenteurs et retard du développement sexuel.
Il peut exister un retard dans la mise en place
et l'évolution des phénomènes sains que nous
avons décrits. Néanmoins, la génitalité finit
souvent par s'installer à son rythme si on peut
à la fois :
* Ne pas brusquer l'enfant, ne pas lui
reprocher ce qui est le résultat d'une
croissance psychosexuelle plus lente que celle
de ses pairs.
* Comprendre pourquoi il en est ainsi :
parfois, c'est tout simplement à cause de la
nature de l'enfant, qui est plus lente ...
parfois, il n'a pas reçu de bonnes informations
... ou encore, son immaturité lui amène trop de
bénéfices secondaires. Entre " ne pas
culpabiliser " et " encourager à rester bébé ",
il y a une certaine marge de navigation, faite
d'acceptation mais qui invite l'enfant à aller
de l'avant.
Exemples :

- Enfants dont la progression cognitive est
lente : à 7, 8 ans, ils n'ont pas encore pu
intégrer le concept de permanence de l'objet ("
Je resterai fille - ou garçon - toute ma vie,
sans danger pour moi "). On les voit donc se
livrer encore et toujours à des activités de
réassurance sexuelle ( masturbations,
exhibitions, vérifications sexuelles sur
l'autre ) marquées par l'inquiétude ou/et
l'inacceptation - transitoire? - de son Soi
sexuel.

- Enfants qui semblent continuer à jouir
principalement des pulsions dites partielles et
archaïques ( par exemple autour de
l'élimination et des jeux sphinctériens ).
Activités sexuelles engendrées par l'angoisse,
et plus ou moins compulsives (" anxieuses-compulsives ").
En décrivant la sexualité saine, nous avions
signalé la présence possible d'un zeste
d'angoisse, susceptible de précipiter des actes
sexuels à visée de maîtrise et de vérification.
Les angoisses alors en jeu étaient de type soit
cognitif ( lacunes ou erreur d'information ),
soit liées à ce que les auteurs francophones
appellent " la névrose infantile ", conflit
névrotique inévitable, léger, et quasi
indispensable à la résolution progressive du
complexe d'Oedipe.
Angoisse pathologique à l'oeuvre.
Il arrive assez fréquemment que l'angoisse soit
pathologique, c'est-à-dire intense, ou/et de
longue durée, ou/et liée à d'autres mécanismes,
eux-mêmes inconstants et pathologiques. Elle
s'accompagne éventuellement d'un vécu de cul
pabilité. Ce qui en résulte est paradoxal :
mélange d'inhibitions et de retraits d'une
part, et de l'autre d'activités assez
compulsives destinées à anéantir les ennemis
inclus dans l'angoisse ou à passer outre à
celle-ci.
Les angoisses pathologiques sont principalement
de deux types
(12)
:
1. Angoisses engendrées par l'introjection d'un
traumatisme : un traumatisme externe qui a
agressé l'enfant laisse le plus souvent des
traces dans son psychisme. L'enfant reste
porteur d'un
complexe traumatique fait d'idées
et d'images, mi-refoulées, mi-conscientes, qui
reproduisent en partie et déforment en partie
ce qui l'a agressé; il s'y ajoute des émotions
variées : angoisse, culpabilité, rage,
désespoir, etc ... Ce " complexe traumatique "
est à l'origine de rêves, d'idées qui font
irruption brutalement, de dessins et de jeux
traumatiques, et aussi d'actes soit très
impulsifs, soit " crevant " une tentative
impuissante de les retenir ( actes
compulsifs ). Les traumatismes
externes à l'origine de ces complexes
traumatiques sont le plus souvent :

- un ou des abus sexuels, surtout ceux qui se
sont déroulés dans un contexte de menace et de
violence, ou/et qui ont engendré tout de suite
un grand sentiment d'insécurité ( autour de
l'intégrité corporelle, de la maladie, de
l'abandon ...);

- la confrontation à des scènes sexuelles non
comprises et apparaissant effrayantes ( par
exemple, actes sexuels entre adultes ou aînés;
pornographie hard, violences sexuelles vues à
la télévision ...).
2. Angoisses engendrées par le conflit intra-
psychique central d'une névrose de l'enfant. A
la différence de la " névrose infantile "
physiologique, que l'enfant résout tout seul et
rapidement par la sublimation et
l'identification, la " névrose de l'enfant ",
elle, est plus intense et non dépassable par
les seules forces de celui-ci, ni par la
qualité de son milieu de vie.
La modélisation la plus simple du conflit névro
tique, ici, c'est l'interdiction introjetée,
durable et sévère que l'enfant entend face à
certains types de ses désirs : s'intéresser à
la sexualité ou/et se masturber, et par cela,
s'identifier au monde des grands ... désirer
sexuellement un de ses parents ( ou un
substitut ) et éliminer l'autre pour avoir le
champ libre, etc.
Néanmoins, à schématiser de la sorte, voici une
présentation bien simplifiée de la névrose! Les
conflits vécus sont souvent plus subtils. Il
est des parents, par exemple, qui excitent
insidieusement la curiosité sexuelle et
l'érotisme de leurs enfants, puis, qui
punissent cruellement ceux-ci lorsqu'ils
veulent aller jusqu'au bout. Pas étonnant qu'il
en sorte des configurations plutôt hystériques,
où l'enfant refoule la représentation de ce
qu'il désire, ne peut pas s'empêcher néanmoins
de le montrer de façon plus ou moins travestie,
dans un feu d'artifice d'affects, et se sent
tout de suite anxieux et coupable de l'avoir
fait. Ailleurs, ce sont des conflits de désirs
que vit l'enfant. Tel ce garçon de 9 ans qui
voulait être homme comme son père et ses grands
frères, mais s'identifiait aussi beaucoup à une
mère proche de lui - déjà une manière de sortir
de son Oedipe! -; lorsque celle-ci accouche
d'un petit frère, il se paye deux mois
d'encoprésie, par dépression peut-être, mais
aussi pour avoir quelque chose dans son ventre
et l'en faire sortir comme elle l'a fait, tout
en se punissant - via la réprobation sociale -
d'avoir une telle prétention!
Conséquences sur le fonctionnement sexuel.
1. Une première conséquence possible sur les
représentations ou/et les comportements sexuels
peut être de l'ordre de la répression : alors,
les enfants concernés connaissent de grandes
inhibitions sexuelles, un effroi à aller
regarder de ce côté-là de leur corps, une
pudeur disproportionnée, beaucoup de culpa
bilité pour les quelques rares activités,
surtout masturbatoires, qu'ils ne peuvent
s'empêcher d'avoir. Modernité oblige, leur
culpabilité se déploie parfois dans des thèmes
nouveaux pour notre génération d'adultes, comme
la peur du Sida
[11].
2. Chez d'autres, il surgit une sexualité
compulsive, liée, en proportions variables :
* à la réalisation plus ou moins sauvage d'un
désir que l'enfant ressent comme interdit, mais
qui passe quand même ( surtout dans le cas de
la névrose );
* à l'angoisse, qui engendre ici un besoin de
rejouer le scénario traumatique, éventuellement
en inversant les rôles, pour mieux le
comprendre et le dominer, et en espérant en
être quitte en le projetant en dehors de soi.
Si la pression de l'angoisse est très forte,
l'éventuel partenaire risque bien de ne pas
être respecté, et donc, la sexualité
d'apparaître comme abusive.
Quelles sont les principales caractéristiques
cliniques de celle sexualité compulsive ?
* Forme externe : activité souvent génitale,
plus souvent infiltrée de composantes régres
sives que progrédientes; la dimension " toucher
pour vérifier; tirer dessus; enfoncer brutale
ment quelque chose dedans, pour voir ... " est
bien présente, et assez souvent " sauvage ",
exprimant à la fois le désir, l'angoisse et la
culpabilité. Cette dernière peut même amener
que de la souffrance soit infligée au corps
propre ou au corps de l'autre
(13).
* Ambiance affective : tension; lutte
intérieure contre l'irruption de l'acte; un peu
de plaisir à l'acmé de la réalisation de celui-
ci, mais ce plaisir est vécu comme maudit; il
est rapidement suivi d'angoisse ou/et de
culpabilité ("
On m'a vu ... je vais être puni
très fort "), ainsi que des images anxieuses
déformées liées à l'angoisse de castration,
dont les thèmes centraux sont plus inconscients
[7]
,
[12].
* Caractéristiques de déroulement : une partie
de ces comportements est programmée d'avance,
mais dans une ambiance tendue ( angoisse -
lutte intérieure contre l'idée ). Une autre est
beaucoup plus impulsive, au terme d'une brève
compulsion. En principe, l'enfant cherche un
endroit discret, mais, s'il s'agit de névrose,
un acte manqué n'est jamais impossible ( par
exemple, ne pas s'enfermer et ne pas entendre
le parent qui s'aproche ). La fréquence du
comportement problématique est variable, mais
sa répétition est inéluctable, malgré les
éventuelles promesses faites par l'enfant de
s'amender. Un soin spécialisé est souvent
nécessaire.
* Si des pairs sont engagés dans l'activité, le
respect de leur consentement est variable :
dans les formes les plus compulsives, ils
peuvent être franchement violentés. Quel que
soit le degré de consentement, il ne s'agit pas
de relations d'échange, de réciprocité : le
pair sert à vérifier quelque chose, ou à
rejouer un scénario traumatique. Si les âges
sont assez souvent relativement proches, il
arrive néanmoins que ce soit des beaucoup plus
jeunes sur qui les vérifications se font, ou
sur qui les scénarios se rejouent brutalement.
NB. Le diagnostic différentiel est parfois dif
ficile, entre ces enfants qui tentent en vain
de se libérer d'un traumatisme intérieur névro
tique et ceux qui en font autant, après un abus
sexuel isolé ou chronique - également inscrit
en eux comme un traumatisme psychique -.
Les comportements externes peuvent être
semblables : sexualité compulsive et sans vraie
joie. Finalement, seule l'écoute attentive du
sujet permet de faire la différence; s'il y a
névrose, il ne fait pas référence à des abus
dont il aurait été victime.
Les enfants hypersexualisés : sexualité estimée
trop abondante ou/et trop précoce.
Les adultes estiment parfois que certains
enfants sont anormalement portés sur le sexe et
ceci à partir de leurs commentaires, blagues,
dessins et agirs.
Cette estimation d'une " hypersexualité " peut
porter sur :

- l'abondance des centrations de l'enfant sur
la sexualité, avec des formes typiques de son
âge;

- la rapidité avec laquelle évoluent ses
connaissances et son désir de pratiquer une
sexualité de plus en plus proche de celle des
adultes ( enfants précoces );

- la combinaison de ces deux critères.
Une fois écartées les observations provenant
d'adultes eux-mêmes exagérément prudes, il
existe bien un sous-groupe d'enfants présentant
ces caractéristiques, sans pour autant que leur
grand investissement de la sexualité ne procède
des dynamismes anxieux-compulsifs que nous
venons d'évoquer. Peut-être leur équipement
organique est-il pour quelque chose dans leur
propension au sexe ( excès de testostérone?
[12]
). Plus souvent, on constate qu'ils
appartiennent eux-mêmes à des familles ou/et à
des environnements ( très ) laxistes : laxisme
diffus de l'environnement, ambiance très
épicurienne voire " partouzante ", ou grande
tolérance face à la sexualité de l'enfant,
voire fierté secrète à ce propos et invitation
implicite à ce qu'il s'y intéresse abondamment;
partie importante de la vie passée en rue,
surtout en milieu urbain, etc.
Ou encore, ils ont été initiés à la pratique
sexuelle, soit par des enfants aînés, soit par
des adultes abuseurs-manière douce : ces ini
tiateurs les ont davantage " allumés " qu'ef
frayés et, dans leur quête sexuelle, il s'agit
bien plus de se redonner les plaisirs appris
que de se libérer de traumas internes
effrayants. Les caractéristiques de leurs
activités sexuelles sont :

- Des formes principalement génitales, diversi
fiées, avec une progression dans la créativité
et dans la quête érotique qui les fait se
rapprocher de plus en plus de ce que font les
adultes.

- Une ambiance affective centrée sur l'exploit,
l'audace, le plaisir physique davantage que
l'amitié.

- Des pratiques soit impulsives, soit prévues
et bien programmées, et que l'enfant
reconnaîtra comme siennes ( en dehors, parfois,
d'un discours officiel de négation parce qu'il
y a peur de la punition ); des
vantardises publiques (
au moins face au groupe des pairs ) à propos
des connaissances voire des pratiques
sexuelles. Quant à ces dernières, si elle
restent souvent faites discrètement - par
prudence -, leur découverte éventuelle n'est
pas source d'angoisse, de honte, de culpabilité
importante, ni de remise en question spontanée
de soi.

- Une fréquence assez élevée des activités.
C'est de ces enfants qu'on dira qu'ils ont "
l'esprit mal tourné " ou/et " qu'ils ne pensent
qu'à ça " : en milieu non-menaçant, ils expri
meront facilement leur aptitude à transformer
un stimulus quelconque en une invitation
sexuelle. Ils " sexualiseront " les petits
faits et événements de la vie ... ils
laisseront donc deviner combien la sexualité
est investie par eux.

- Lorsque des pairs sont engagés dans des acti
vités sexuelles avec eux, ils y sont invités
avec séduction et enthousiasme plutôt que
forcés ("
C'est idiot de ne pas le faire ...").
L'enfant se tourne plutôt vers des gens de son
âge ou plus âgés ( dont il veut partager les
secrets sexuels ). En revanche, il a tendance à
mépriser les enfants nettement plus jeunes (
mépriser et peut-être même respecter : il les
voit comme trop bébés pour être vraiment des
partenaires intéressants - de plus, on "
f ...
la paix " aux plus petits).
Les perversions.
A. L'organisation perverse de la sexualité,
souvent seulement identifiée à l'âge adulte,
prend le plus souvent racine dans l'enfance "
Si tout enfant est pervers
polymorphe (14)
, il y a des enfants qui sont, je ne sais comment
dire, pervers tout court, plus pervers que les
autres, mettant en acte leurs potentialités
perverses "
[2].
Cette assertion se vérifie par le témoignage
d'adultes lorsqu'ils acceptent de parler de la
genèse et de l'évolution de leurs perversions,
par exemple dans des psychothérapies ou/et dans
la littérature.
Cette assertion se vérifie également, quoique
plus rarement, lorsqu'on est confronté à une
clinique de l'enfant qui montre la mise en
place chez lui d'un comportement évocateur de
la perversion, les commentaires qu'il en fait,
et la chronicité de l'évolution.
Simplement le clinicien doit-il accepter de
garder les yeux ouverts, sans minimisation de
principe.
B. Schématiquement, chez l'enfant comme chez
l'adulte, la mise en place d'une organisation
perverse du vécu et des pratiques sexuel]es
s'explique par trois voies différentes. La
première existe à elle seule ou s'ajoute sans
difficulté à la seconde et à la troisième. La
seconde et la troisième sont davantage
incompatibles l'une avec l'autre.
1. Un simple mécanisme d'apprentissage, qui
pousse l'être humain à retrouver, moyennant le
minimum d'efforts ou/et de risques, un plaisir
éprouvé comme particulièrement intense : par
exemple, beaucoup d'enfants qui se
travestissent à l'occasion, pour jouer, dans
une sorte de carnaval où tout paraît possible,
ne deviennent pas pervers; néanmoins, tel
d'entre eux a pu éprouver, par hasard, une
violente érection à travers des sous-vêtements
féminins un peu étroits. Par la suite, ce n'est
plus se travestir qui l'intéressera, mais réex
périmenter ce moment de jouissance exceptionnel
pour y arriver, il peut se mettre à élaborer et
à réaliser secrètement un scénario, strict dans
la partie la plus centrale du script, et
éventuellement de plus en plus compliqué dans
ses détails : il passe du travestissement au
transvestissement (
[3]
, p. 27 et sq.)
(15).
2. Le déni d'angoisses archaïques très intenses
autour de la scène primitive, de la
conformation sexuelle des corps ou/et de la
rencontre intime de l'autre - c'est-à-dire le
Parent prégénital ou oedipien du début de la
vie -. Ici le refoulement des idées les plus
anxiogènes est puissant et tenace, et la mise
au point de comportements compensateurs-
dénégateurs s'avère très fixée, égosyntonique,
et source elle-même de plaisirs intéressants (
par exemple, sadisme qui dénie la
représentation d'une image maternelle archaïque
hostile; collection de petites culottes qui
compense la peur de s'affronter à ce qu'est
vraiment l'autre sexe, etc.
[1].
3. Un désir de jongler avec les lois de la vie,
subtilement suggéré par un des parents, au
moins un et souvent la mère. Ce parent encou
rage une manière d'être où l'on prend beaucoup
de plaisir à se jouer de tout, jusqu'à et y
compris le bonheur et la dignité de l'autre;
donc, entre autres, on s'amuse à faire
n'importe quoi avec la sexualité le partenaire n'y
est pas pris en considération. Probablement le
comportement déviant est-il ici plus affiché,
plus créatif, plus diversifié que dans les
alternatives précédentes. Probablement
s'accompagne-t-il également d'une perversité plus
diffuse dans la manière de considérer la vie et
les relations humaines.
C. On peut admettre que ces mécanismes
s'initient tôt dans la vie : des
prédispositions existent donc depuis toujours,
et des résultats cliniquement pervers
apparaissent dès l'âge de l'école primaire.
En revanche, face à telle manifestation
clinique " bizarre " surprise à cet âge, il reste
difficile de déterminer avec certitude si l'on
a affaire à un simple tâtonnement de
la sexualité - un acte de curiosité, de transgression ou
de réassurance qui reste normal -, à une
manifestation névrotique, ou à un début de
perversion.
Et ce n'est pas le vécu émotionnel immédiat de
l'adulte-témoin qui en est un bon indicateur,
pris qu'il est par les remous de sa propre
histoire, sa culpabilité ... ou sa
contredépendance par rapport aux normes introjetées et aux
prescriptions de sa culture.
Par ailleurs, par incapacité ou/et par
prudence, l'enfant ne parle pas facilement de
ce qui motive son acte et de ce qu'il vit à son
propos; donc cette source de renseignements que
pourrait constituer sa parole de sujet sur
lui-même risque d'être ténue et peu fiable!
D. Si tant est que l'on puisse vraiment évaluer
les paramètres que voici, nous plaiderons
plutôt pour une perversion débutante en référen
ce à :
1. La forme de l'activité repérée : celle-ci
est souvent bizarre, " hors normes " et
notamment " archaïque ", ayant peu à voir avec
la génitalité mûre attendue pour l'âge de
l'enfant; elle est répétitive, fixée. L'enfant
n'a pas l'air d'évoluer et de s'intéresser
progressivement à une sexualité typique de son
âge.
Toutefois, l'inverse n'est pas probant; on peut
avoir affaire à une organisation franchement
perverse, parce que tous les critères qui vont
suivre sont rencontrés, alors qu'apparemment,
on réalise un acte génital seul ( voir les
masturbations frénétiques de Portnoy dans le livre
Portnoy et son complexe de P. Roth ), à deux ou
en groupe ( voir le personnage de Telly, dans
le film Kids de T. Larry, avec son besoin
contraignant de " se faire " des jeunes
vierges ).
2. L'intensité de la jouissance sexuelle
recherchée et rencontrée (" Sexuel " doit
parfois être pris au sens de " corporel diffus
" comme, par exemple. dans la jouissance
masochique à être battu )
[1]
; l'intensité souvent concomitante du
plaisir à transgresser (
secrètement ) la loi; l'intensité du plaisir à
faire le mal, à être " hors normes " dans ce
qu'on croît être le Mal ( voir les écrits de
Stoller ).
3. Quelques éléments du contexte comme :
* l'intensité de la contrainte intérieure avec
laquelle l'enfant est poussé à commettre et à
répéter son acte ( tout comme lors de la névro
se ); il s'agit toutefois d'une contrainte qui
porte davantage sur la réalisation et la fré
quence que sur le principe : tel le toxicomane,
l'enfant se sent alors " en manque ". Mais si
l'acte est découvert, au fond, dans le secret
de son coeur, l'enfant pervers est prêt à le
légitimer. L'enfant névrosé, lui, est davantage
victime d'une contrainte et d'un conflit autour
du principe de l'acte;
* la répétition étroite du même acte, sans
coexistence importante avec des actes plus "
libres ", et qui, de surcroît, connoteraient
une rencontre de l'autre; ceci n'empêche pas
que, autour de la même recherche centrale, il
n'y ait des fioritures périphériques de plus en
plus compliquées;
* l'implication de l'intelligence pour élaborer
un scénario ( attraction de l'autre dans un
piège; lente préparation, puis capacité à faire
durer le plaisir,...);
* la mise en place d'un grand secret autour de
l'acte pervers : c'est bien plus " barricadé "
que la recherche d'intimité désirée par l'en
fant normal
(16).
* une fréquence variable : une minorité des
enfants s'adonne à la perversion à haute
fréquence; pour d'autres, ça a l'air plus
espacé, mais, dans leur for intérieur, c'est
vécu comme une activité importante dans leur
projet de vie ( là où l'enfant normal vit la
réalisation de sa sexualité comme une
récréation pas très importante ); et ça se
répète, malgré les interdits éventuellement
puissants et les promesses de " ne plus le
faire ".
4. Quand partenaire il y a, négation foncière
de ses besoins et désirs; on peut donc faire
violence sur lui, ou nier les pressions faites
pour qu'il dise soi-disant oui. On nie aussi
les souffrances physiques ou morales qui lui
sont infligées; s'il a l'air d'être consentant,
il n'y a néanmoins pas de vraie réciprocité :
chacun
joue son scénario tout seul, tant mieux s'il y
a apparente complémentarité ... l'autre n'est
jamais qu'un faire valoir de la jouissance du
pervers. Dans cette perspective, l'autre est
susceptible d'avoir n'importe quel âge de la
vie.
Activités sexuelles à déterminants rares.
Les activités sexuelles que nous allons décrire
maintenant restent rares chez les enfants en
âge d'école primaire. Il s'agit de :
Activités sexuelles essentiellement déterminés
par la recherche du pouvoir sur l'autre.
Enfants qui abusent.
Cette catégorie d'enfants fait violence, le
plus souvent physiquement, plus rarement par de
l'argumentation verbale, sur un autre identifié
comme plus faible. Il s'agira par exemple d'une
soeur cadette, d'un plus jeune, d'un moins
malin, d'un enfant réputé passif ou anxieux.
Cette victime est obligée de satisfaire les
caprices génitaux de son abuseur. Lorsque
l'enfant vieillit, à partir de la préadolescence,
l'âge de la victime peut même s'inverser,
et un adulte peut être violé ( en petit
groupe, souvent ).
Nous faisons donc référence, ici, à une
violence sexuelle désirée et assumée par son
auteur, comme source de satisfaction. Ce type
de pratique sexuelle peut être rangée parmi les
perversions qui viennent d'être invoquées
lorsqu'il répond à tous les autres critères de
celles-ci.
C'est parfois le cas. Ailleurs, en revanche,
l'acte s'en différencie par des critères comme
: sa durée transitoire, la non-recherche
centrale d'un plaisir érotique, ni du plaisir
d'être mauvais : l'enfant passe plutôt par une
phase de sa vie où il a besoin d'expérimenter
sa force envers et contre tout.
Souvenons-nous enfin que,
de facto, il peut
également être fait violence sur le partenaire
à l'intérieur de la sexualité anxieuse-compulsi
ve mais ici cette violence n'est pas " assumée
" par celui qui l'engendre, comme étant libre
ment inscrite dans son projet de vie : elle lui
échappe plus ou moins intensément.
Souvenons-nous pour terminer qu'il faut se
garder de généraliser et d'appeler " sexualité
abusive " toute forme de sexualité émanant de
mineurs d'âge.
Jusqu'à un certain point, il est assez fréquent
qu'une relation de type " dominant-dominé "
infiltre les activités sexuelles, dans l'espèce
humaine comme dans bien des espèces animales :
l'un des partenaires est davantage conquérant,
malmène un peu l'autre, le persuade et l'amène
à se soumettre. Mais, une fois l'acte
d'obéissance consenti, les deux partenaires
prennent bel et bien leur pied dans ce qui suit
... on n'est pas encore pour autant dans le
monde de l'abus
(17).
Il est assez habituel aussi que les jeunes s'in
génient à transgresser les règles et, par
exemple, cette règle habituelle aux
institutions résidentielles qui prescrit "
No
sex ". Néanmoins, lorsqu'un grand enfant ou un
adolescent est passé outre et s'en est pris,
par exemple, à un partenaire plus jeune ou/et
plus passif dont il a obtenu le consentement,
il est bel et bien un transgresseur, mais pas
ipso facto un abuseur : passer d'une
dénomination à l'autre, c'est souvent
l'expression du contre- transfert des adultes
dépités et enragés.
Enfants qui se prêtent à des adultes ( ou à des
plus âgés ) ou qui se prostituent, en vivant de
l'intérieur que c'est eux qui maîtrisent la
jouissance de leur partenaire ( de leur client
).
Ces enfants sont rares mais existent. Ils
tirent de la situation qu'ils ont parfois (
largement ) provoquée des profits matériels et
psychologiques ( se sentir le maître de l'autre
). En référence à d'autres écrits, nous les
situons dans un fonctionnement du moment qui
est entre la psychopathie et la délinquance
pure.
Activités sexuelles essentiellement déterminées
par la quête affective.
Certains enfants carencés affectifs, en mal
d'amour et de reconnaissance, recherchent la
fusion des corps, avec un ou plusieurs parte
naires de leur âge ou plus âgés. C'est cette
nirvana indifférenciée qui les intéresse
centralement, comme retour à l'expérience
d'amour la plus primitive. L'activité et le
plaisir génitaux locaux qui s'y adjoignent
souvent ne constituent qu'un accessoire.
Poussés par ce désir fusionnel, ils peuvent
s'adresser à :

- un partenaire de leur âge ( voir le syndrome
d'Hansel et Gretel décrit par T.
Furniss
[4];

- un adulte, porteur du même mal d'amour, dont
ils deviennent un partenaire stable;

- un adulte,
via la prostitution : ici, bien
sûr, l'offre et la demande risquent d'être en
hiatus; l'enfant reçoit à
répétition le message
qu'il ne vaut rien du tout, puisqu'il est
rejeté après le moment de jouissance de
l'adulte. Son besoin d'une impossible fusion
n'en est que plus exacerbé.
Tableau 1.
|
L'accompagnement éducatif ou/et thérapeutique.
|
Ce que pourrait être un accompagnement idéal.
Supposons que nous - parents, éducateurs,
thérapeutes - soyons en mesure de réagir
immédiatement " en connaissance de cause ",
c'est-à-dire en ayant correctement appréhendé
la signification saine ou pathologique de la
question, de la préoccupation ou/et de
l'activité sexuelle à laquelle nous sommes
confrontés. Supposons par ailleurs que nous
soyons sereins.
Alors, dans ses grandes lignes, voici comment
accompagner au mieux :
Une évolution et des activités sexuelles saines.
1. S'il nous arrive de " tomber par hasard "
sur une activité sexuelle saine ou d'en être
informés, une des attitudes les plus
structurantes, c'est notre discrétion, qui
renvoie l'enfant à sa génération d'âge : nous
avons surpris quelque chose qui ne nous
regardait pas, et nous sommes invités à tourner
les talons, plutôt sans commentaires, en miroir
de ce qui est demandé à l'enfant lorsqu'il
surprend la scène primitive de ses parents.
Dans une large mesure, le meilleur accompa
gnement de la sexualité saine d'un enfant d'âge
scolaire consiste à lui laisser largement la
paix, sans beaucoup nous mêler de ses
tâtonnements, le plus souvent discrets.
Réfléchissons plutôt à notre témoignage
d'adultes investis par lui, autour de
l'identité sexuée et sexuelle et de la
sexualité : c'est lui surtout qui sera à
l'origine des identifications les plus stables
de l'enfant, et de la mise en place progressive
de ses pulsions, avec la part qu'il réserve à
l'amour, au plaisir et aux sublimations.
2. Pour peu que nous soyons investis d'une
mission d'éducation, cette sobriété peut nous
paraître quelque peu frustrante ( nous avons
parfois besoin de nous rassurer ) ou angoissan
te pour l'enfant. Faut-il y rajouter en com
mentaires? Oui, peut-être, mais de préférence
pas sur le coup du réflexe émotionnel immé
diatement engendré par la scène surprise ou
apprise. Par après, à tête reposée, ce qu'on a
vu ou appris peut être l'occasion d'un petit
échange verbal sur la sexualité, son sens, la
place que nous lui donnons dans notre vie et
celle que nous proposons à l'enfant. Éventuel
lement, c'est l'occasion de lui (ré)énoncer
deux lois ( qui nous semblent transcender le
relatif culturel ), de les lui expliquer et de
vérifier s'il a suffisamment veillé à les
observer A-t-il veillé à exercer son activité
sexuelle discrètement, hors du regard de ceux
qui n'y étaient pas invités ? Et, s'il y avait
un ou des partenaires, celui-ci ( ceux-ci )
était-il ( étaient-ils ) consentant(s)? En
particulier, si la différence d'âge était assez
importante ( par exemple, implication d'un
petit d'âge préscolaire ), on doit lui rappeler
combien les tout petits sont suggestibles :
leur consentement est donc souvent des plus
fragiles et on fait mieux de les laisser
dehors.
En outre, chaque famille, chaque système
éducatif, chaque culture a un point de vue
propre sur l'équilibre qui doit exister, chez
chacun de ses membres, entre ce que l'on
pourrait appeler un droit à des réalisations
pulsionnelles directes, et une attente que
cette
" énergie pulsionnelle " soit transformée en
valeurs et en sublimations. Pour beaucoup, par
exemple, le droit au plaisir - y inclus sexuel
- est reconnu, mais à condition qu'il ne soit
pas cultivé de façon trop envahissante.
L'adulte éducateur se donne donc naturellement
le droit d'inviter l'enfant à se conformer à
cette attente familiale et culturelle ( par
exemple, "
Avec ton copain X [ avec qui il y a
eu le jeu sexuel ],
j'espère que vous passez
beaucoup de temps à vous amuser autrement, et à
faire d'autres choses. Qu'est-ce qui vous
intéresse ? "). Mais, redisons-le, c'est
surtout le témoignage de vie des adultes qui
est susceptible d'avoir l'effet éducatif le
plus radical.
3. Si nous sommes interpellés comme psycho
thérapeutes à ce propos, nous pouvons discuter
avec les parents dans les termes décrits ci-
dessus; il nous revient également de les aider
à comprendre le retentissement en eux de cette
sexualité perçue chez leur enfant, et l'inscrip
tion de ce retentissement dans leur histoire.
Tableau II. Sexualité pathologique : grandes
intentions de la prise en charge.
Après quoi, ils feront mieux la part des choses
entre ce qui est vraiment au service de son
épanouissement et ce qui est pur remous de
leurs réminiscences subjectives.
Une évolution et des activités sexuelles
momentanément pathologiques.
Nous nous centrerons sur les quatre pathologies
les plus fréquentes que nous avons déjà
décrites : une sexualité anxieuse-compulsive (
névrotique ou post-traumatique ), une sexualité
excessive ou/et précoce (" hypersexualité "),
une sexualité liée à l'abus de pouvoir, et une
sexualité perverse. Les grandes lignes de la
prise en charge de chacune procèdent de grandes
catégories d'intention identiques, avec chaque
fois des applications particulières, telles
qu'elles sont résumées dans le Tableau II.
" Travailler " nos émotions
Il est rare que nous demeurions suffisamment
sereins face aux manifestations sexuelles des
enfants, surtout quand elles sont porteuses de
caractéristiques pathologiques, à même de nous
déstabiliser. Les réactions émotionnelles les
plus habituelles conduisent à la dramatisation
("
C'est un futur Dutroux "), ou, à l'inverse,
à la banalisation-minimisation, qui n'est
souvent qu'une dénégation de l'angoisse que
nous éprouvons ("
Ils jouent tous à touche-pipi
" ... ou, en plus distingué, "
Les enfants sont
des pervers polymorphes "). Et il y a encore la
fascination voyeuriste, qui conduit elle aussi
à la banalisation ou à une répression excitée,
ce qui ne vaut guère mieux. Et donc, la toute
première étape du travail consiste à regarder
en soi-même, et à chercher pourquoi " ça "
retentit de telle ou telle manière : des
données de notre histoire, nos connaissances,
notre rapport de dépendance ou de contre-
dépendance à la culture et aux règles ..
risquent de venir interférer de façon domma
geable avec la signification que l'acte a
revêtu pour l'enfant, et avec le besoin qu'il a
d'entendre un certain type de messages
éducatifs pour intégrer sa sexualité dans son
projet de vie et pour se socialiser.
Avoir de la sollicitude pour l'ensemble de la
personne de l'enfant
Schématiquement, cette intention se décompose
on trois chapitres :
1. Il a existé un (des) fait(s) sexuel(s)
problématique(s). Il faut pouvoir on parler
avec l'enfant délicatement et clairement, en
insistant au besoin : il est donc souhaitable
qu'il puisse le(s) décrire, en le(s) plaçant
dans leur contexte; il devrait également
pouvoir donner ses idées à lui sur leurs causes
: comment s'explique-t-il qu'il a fait cela ?;
il devrait également évoquer la " place ", le "
sens " qu'il attribue à sa jeune sexualité dans
sa vie actuelle et future.
2. A travers l'écoute de l'enfant, à travers ce
qu'il dit de lui de façon plus générale, à
travers l'observation de son comportement et
l'écoute de son entourage, l'adulte devrait,
lui aussi, se faire une idée, souvent plus
large, sur " les causes " : quels sont les
facteurs individuels, familiaux, sociaux,
probablement à l'origine de la pathologie
sexuelle. Reste alors à y remédier ( guidance
parentale, psychothérapie, changement de fré
quentations, etc.).
3. L'enfant n'est évidemment pas réductible à
sa sexualité : s'intéresser à d'autres
dimensions de son être, estimées positives, et
amplifier ses ressources, peut l'amener à
désinvestir " naturellement " une sexualité
déviante devenue inutile. Il en va de même si
on s'intéresse à d'autres dimensions de son mal-
être et si on les soigne. Pensons par exemple
ici à la valorisation des projets et à la mise
en confiance en soi des enfants névrosés.
Pensons aussi aux issues " sublimées " que l'on
peut proposer aux enfants en recherche de
pouvoir.
Notre témoignage de vie, en matière d'identité
sexuée, de rapport à l'autre, de sexualité.
A nous de nous rappeler qu'il s'agit là d'un
axe éducatif de toute première importance, et
d'y réfléchir à l'occasion.
Nos commentaires explicites autour de la
sexualité
Pour peu que ces commentaires ne soient pas en
contradiction avec notre témoignage spontané,
et pour peu que nous soyons " signifiants " aux
yeux de l'enfant, il peut être important que
nous discutions explicitement avec lui de ce
que peut représenter la sexualité dans une vie,
à ses yeux et aux nôtres. A nous alors de
veiller à ne pas être écrasants ( mieux vaut
l'écoute et le partage des idées ), ni
moralisateurs, type discours d'ancien
combattant. Cet échange verbal comporte
éventuellement des éléments informatifs (
fonctionnement; finalités biologiques;
comportements sexuels habituels ...); il comporte
surtout un partage d'idées sur les valeurs (
place de l'autre, du plaisir, de l'affection,
etc); il évoque enfin l'inscription de la
sexualité dans les Lois humaines et les normes
culturelles et sociales. L'échange sur les
valeurs est particulièrement important avec les
enfants hypersexualisés, abusifs et pervers,
qui, précisément, remettent en question " le
sens ".
A propos des lois et des normes culturelles
1. Certains actes sexuels pathologiques consti
tuent aussi des transgressions intentionnelles
de grandes lois humaines essentiellement " via
la violence faite sur le partenaire ou/et le
non-respect des statuts générationnels ( des
activités sexuelles avec des tout petits
constituent plus une violence - même
d'apparence douce - qu'une activité
transgénérationnelle ).
* Certaines violences exercées sur le consente
ment du partenaire sont très délibérées : c'est
toujours le cas, par définition, quand l'enfant
recherche essentiellement la jouissance de son
pouvoir via sa sexualité (" abus de pouvoir
sexuel "). Par ailleurs, plus
occasionnellement, les enfants hypersexualisés
ou pervers peuvent, eux aussi, ne pas respecter
le consentement de leurs partenaires. Dans la
sexualité anxieuse-compulsive, il peut
également exister une violence faite au
partenaire, mais elle est en partie
involontaire ( ... et souvent, en partie non-
inéluctable : la responsabilité est atténuée,
mais pas nulle ).
* Dans certains actes sexuels
transgénérationnels ( pédophilie ou inceste ),
il peut également exister une demande active
émanant de l'enfant ( le plus souvent
hypersexualisé ou pervers ). Même si l'adulte
qui dit " oui " reste le principal responsable
de ce qui suit ( il n'a pas assuré sa mission
d'éducateur ), l'enfant ici incriminé a
également des comptes à rendre sur sa part de
responsabilité.
Nous avons décrit dans d'autres textes ce qu'il
en était de la réponse éducative à
ces actes
transgressifs ou pseudo-transgressifs. Limitons-
nous à rappeler que :

- Pour tous ces enfants, quelle que soit leur
intentionnalité, l'interdiction de transgresser
la loi doit être redite et, s'il y a eu
destruction d'autrui, des dédommagements
doivent être demandés.

- Plus il y a eu intentionnalité, plus on peut
signifier à l'enfant que ce qu'il a fait était
mal, et plus on peut envisager des punitions.

- Tous peuvent être invités à se réparer de
l'intérieur, et voir leurs efforts de meilleure
socialisation récompensés.
2. En deçà des lois, il y a les normes
culturelles et sociales qui disent quelles formes
peut prendre la sexualité en général, et celle
des enfants en particulier, pour respecter les
attentes d'un groupe social déterminé. Aux
éducateurs donc de réfléchir jusqu'à quel point
ils veulent représenter la norme culturelle en
cette matière.
En ce qui nous concerne, face à certaines
formes perverses de la sexualité, ou face à une
sexualité vraiment excessive, il ne nous
choquerait pas d'entendre les adultes rappeler
sobrement à l'enfant la norme culturelle, sans
l'insulter ni le culpabiliser : "
Chez nous, on
ne pratique pas ce genre de sexualité-là ... ce
n'est pas comme ça qu'on a l'habitude de se
faire plaisir ... vivre sa sexualité avec
autrui ".
Après, on lui interdit de recommencer.
Autres composantes importantes des attitudes
quotidiennes
* Plaisirs et réalisations de soi en remplacement
Surtout face aux enfants hypersexualisés et
soupçonnés de perversion : on peut veiller à
leur proposer une ambiance et un programme de
vie gais, attractifs, bien remplis. On définira
avec eux des activités qui leur plaisent, où
ils se sentent utiles, où ils ont l'impression
de se réaliser, et on les encouragera à s'y
investir. On essaiera particulièrement de
mettre en place celles de ces activités qui
connotent de vraies relations à autrui.
Cette invitation à vivre autrement ne sera pas
faite grossièrement. Il ne s'agit donc pas de
lui dire: "
Fais du football pour ne plus penser
à telle manière de pratiquer ta sexualité
".
Le message à ce propos doit être dissocié :

- d'une part, le rappel de la norme culturelle
ou de la loi : ta sexualité peut s'exercer dans
tel créneau et pas dans tel autre;

- d'autre part, et d'autres moments, des
invitations à " bien remplir sa vie ".
* Présence de l'adulte dans le vie de l'enfant.
La sexualité déviante naît assez souvent en
partie du vide : vide de présence matérielle,
et vide d'un investissement relationnel de
qualité. A nous d'en tirer les leçons et de
redevenir davantage présents dans la vie de nos
enfants, avec vigilance mais sans paranoïa,
avec amitié, en les entraînant vers un monde
social.
L'accompagnement tel qu'il fonctionne concrètement.
A. Il est rare que l'adulte fasse preuve tout-
de-suite de la sérénité et de la lucidité qui
permettraient totalement un accompagnement tel
que nous venons de l'esquisser.
Pour beaucoup, il demeure une gêne à dialoguer
clairement autour de la sexualité; c'est un
héritage de l'ambiance répressive dans laquelle
a baigné l'éducation sexuelle et l'accès à la
sexualité de beaucoup d'adultes; c'est lié
aussi au flou contemporain des normes; enfin,
la culture prescrit que la sexualité doit être
privée, intime et monogénérationnelle : cette
valeur d'intimité pèse déjà sur la fluidité du
dialogue.
Au-delà de cette gêne de base, des émotions
excessives peuvent surgir, tant du côté de la
dramatisation et de la poussée à culpabiliser
l'enfant, que du côté inverse de " l'excitation
érotique à ses côtés " et du clin d'oeil de
principe. Sous l'emprise de ces émotions,
l'adulte peut se taire trop ... ou parler
inconsidérément.
Mais une première réaction peut ne pas être la
réaction définitive! L'adulte peut, s'il le
veut, réfléchir à l'opportunité de ce qu'il a
commencé par dire ou faire; il peut se faire
conseiller quelque peu; il peut " revenir ",
avec l'enfant, sur ce qu'aurait été une
première réaction maladroite et s'expliquer à
ce propos, tranquillement : un nouveau
commentaire et, aussi, quelques mots échangés
sur la raison d'être du premier, peuvent
s'avérer bien apaisants.
B. La signification saine ou pathologique de
certains comportements sexuels n'apparaît pas
toujours en une fois : tel acte sadique, est-ce
un tâtonnement accidentel, ou un plaisir plus
structural? Il faut se méfier, ici, de la
tendance à faire de l'enfant un ange, de la
difficulté que l'on peut ressentir à admettre
que quelque chose ne va pas chez lui, surtout
dans le domaine sexuel ... une volonté de le "
normaliser "
(18)
envers et contre tout a déjà
conduit à des désastres, c'est-à-dire à le
priver de l'aide dont il aurait besoin! Si un
enfant a fait quelque chose qui apparaît comme
préoccupant dans le champ sexuel, il faut le
rencontrer, essayer d'en parler avec lui et de
savoir si ce n'est pas déjà une habitude qui
s'installe. Il faut également être plus
attentifs autour de lui, surveiller discrètement,
sans prédiction négative grossière,
mais sans naïveté non plus : une maman qui
inspecte une fois ou l'autre une chambre en
l'absence de son enfant n'est pas
ipso facto
une maman intrusive, possessive et " voyeuse "
: elle va peut-être le sauver de
l'emprise d'un principe du plaisir occupé à
" déraper ", en lui montrant qu'elle veille ...
C. Pour terminer, rappelons une idée difficile
déjà émise dans cet article : nous ne sommes
pas choqués par l'existence d'une dynamique de
conquête de la sexualité par l'enfant, face à
des aînés et des adultes qui ne lui lâchent pas
tout d'un coup. Nous n'avons jamais été
partisans de l'hyper-information sexuelle, ni
des parents qui font des clins-d'oeil réjouis à
leurs enfants qui se masturbent ou
collectionnent de la pornographie jusque sous
leurs yeux. La pratique sexuelle ça doit
vraiment rester du privé-monogénérationnel. Et
même, plus radicalement, l'idée "
Tu feras ça
plus tard ... Tu es trop petit pour t'occuper
de ça ... ", en situant le " plus tard " dans
un flou mystérieux ou précis ("
Je ne veux pas
que vous ayez des relations sexuelles avant X
âge "), peut être structurante pour l'enfant à
la double condition que :

- l'adulte ne joue pas avec lui et pense
vraiment ce qu'il dit;

- l'adulte ne cherche pas vraiment à débusquer
si l'enfant a transgressé; s'il tombe par
hasard sur une transgression, qu'il cherche à
en comprendre la signification; si celle-ci est
" saine " ( simple défi, l'enfant qui conquiert
son grandissement ), l'adulte devrait pouvoir
accepter que l'enfant est occupé à gagner sa
place tout seul, dans le monde des grands.
|
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES.
|
1. Bokanowski T.
Les déviations sexuelles et la
question des perversions sexuelles.
In Lebovici S, Diatkine R, Soulé M eds.
Traité de psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent.Paris: PUF, 1985: 267-289.
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Des difficultés du concept de per
version.
Perspectives Psychiatriques 1989; 16-1: 7-11.
3. Chiland C.
Changer de sexe. Paris: Odile
Jacob, 1997.
4. Furniss T.
The multiprofessional handbook of
child sexual abuse. London: Routledge, 1993.
5. Gavschon A.
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The developmental impact of separation, divorce
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Psychanal Study Child 1990; 45:217-223.
6. Hayez J.-Y.
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Modélisation et traitement. Ann. Medico-
Psychol. 1999; 197(5): 308-319.
7. Healy N, Fitzpatrick C, Fitzgerald E.
Childhood neurotic disorders with a sexual
content need not imply child sexual abuse.
J Child Psychol Psychiatry 1991; 32(5): 857-
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9. Pelsser R.
Les figures du père et de la mère dans les
conduites perverses. Information Psychiatrique
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10. Sotterfietd S.
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adolescents.
Pediatr Clin North Am 1975; 33-3: 643-652.
11. Wagner KD, Sullivan MA.
Fear of Aids related to development of
obsessive-compulsive disorder in a child.
J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 1991; 30-5:
740-742.
12. Yates A.
Differentiating hypererotic states
in the evaluation of sexual abuse.
J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 199l; 30-5:
791-795.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
MOTS CLES:
sexualité normale, jeux sexuels, perversion
sexuelle, enfant abuseur, éducation sexuelle.
KEYWORDS :
children's healthy sexuality, sex play,
perversion, sexual abuse by children, sexual
education.
Palabras clave :
sexualidad normal, juegos sexuales, perversión
sexual, niño abusador, educación sexual.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français.
Résumé
Cet article expose ce que sont les
manifestations saines ou pathologiques de la
sexualité des enfants en âge d'école primaire,
en y intégrant l'influence des changements
relationnels et sociétaux des dernières
décennies. L'article expose aussi quelques
considérations sur l'éducation et la
psychothérapie de la sexualité des enfants de
cette tranche d'âge.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais.
Abstract
The article describes what are normal and
pathological manifestations of sexuality in
primary schoolchildren. It integrates the
influence of recent changes in cultural and
social values. The article then proposes some
considerations about education on healthy
sexuality and psychotherapy of the pathological
one.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en espagnol : Resumen.
N.B.
(
N.B.)
Sexualidad de los niños en edad de escuela
primaria (s14)
Este artículo expone que son las manifestaciones
sanas o patológicas de la sexualidad de los niños en
edad de escuela primaria, integrando la influencia de
los cambios sociales en las últimas décadas. El
artículo expone también algunas consideraciones
sobre la educación y la psicoterapia de la sexualidad
de los niños de este grupo de edad.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
(1). Pédopsychiatre,
docteur en psychologie, responsable de l'unité
de
pédopsychiatrie,
coordinateur de
l'équipe SOS Enfants-Familles,
Cliniques Universitaires
Saint-Luc, 10, avenue
Hippocrate,
B-1200 Bruxelles,
Belgique.
(2). Grosso modo, il s'agit des enfants entre 6
ans ( début de l'école primaire et 12-13 ans (
puberté ). Nous nous centrerons surtout sur les
enfants avant la préadolescence ( entre 6 et 11
ans).
(3). NB : " Quasi certitudes? " dans certaines
circonstances ( excitation, angoisse,
culpabilité ... ) l'imagination reprend le
dessus et peut ramener les croyances magiques
propres à l'âge préscolaire! ( par exemple cas
tration ... ou " poussée du pénis "); ces
flashes de convictions magiques peuvent être
conscientes ou inconscientes.
(4). Nous adhérons au distinguo de vocabulaire
que propos C. Chiland : identité sexuelle
renvoie à la connaissance du corps et des
organes sexuels ... ce qui est " sexuel "
renvoie à l'utilisation de ceux-ci. Identité
sexuée renvoie à la manière d'être que l'on
manifeste parce que l'on est ( petit ) homme ou
(petite) femme : comportements, rôles liés à la
sexuation, en vertu, en partie, d'une adhésion
profonde personnelle et en partie d'un prescrit
culturel
[3].
(5). Ce désir de transgresser présent chez le
petit humain, pour se sentir vivre et être
fort, connaît néanmoins des limites spontanées,
même des petits enfants sont " retenus de
l'intérieur " quand la transgression est
repérée par eux comme ayant un effet trop
destructeur. En revanche, ils s'en prennent
régulièrement aux symboles, rites et insignes
des adultes. Une belle illustration, qui porte
cette fois sur la connaissance de la mort, en
est donnée dans le dessin animé " Le roi Lion
": Simba et Nala s'en vont joyeusement explorer
le territoire interdit par le Père, le
territoire noir, à l'ombre ...
(6).- Une trop grande différence d'âge ( 4-5
ans et au-delà ) est plus préoccupante et
renvoie assez souvent à davantage de perversité
ou de perversion sexuelle, à un comportement
post-traumatique, ou à une carence affective
[4].
(7). Il arrive que une fois découverte la
nudité de celui ( celle ) qu'on aime bien, on
ne sache pas très bien qu'en faire ... et qu'il
s'installe une gêne un peu triste, puis que
l'on n'y revienne plus. C'est très joliment
décrit dans le roman " Ben est amoureux d'Anna
". Et si par ailleurs, le petit Spirou désire
ardemment connaître les dessous de Suzette, ce
n'est pas par hasard qu'il n'y arrive jamais :
la fête serait peut-être finie du même coup.
(8). Lamb
[8]
, dans une vaste recherche
rétrospective, note que la recherche
rétrospective érotique n'est citée que 14 fois
sur 100, parmi les grandes catégories de buts
recherchés. Les autres grands buts fréquemment
invoqués sont : l'imitation de la manière
d'être des adultes ( 30% ), puis la
satisfaction de la curiosité et la maîtrise de
l'angoisse, via les " jeux de docteur " ( 16% ).
(9). Un peu moins rare est le vécu amoureux
réciproque mais sans activité sexuelle; s'il se
développe intensément et durablement entre
frères et soeurs, avec on sans activité
sexuelle, ce pourrait être bien préoccupant.
(10). Ainsi marchent Simba et Nala, dans " Le roi
Lion ", vers la zone d'ombres interdite.
Apparemment détachés et excités ... déniant
leur angoisse ... après avoir fait taire leur
Sur-Moi représenté par le perroquet, oeil du
Père ...
(11). Lamb
[8]
, " Incidental outcomes of other
play activities ... ".
(12). En décrivant les lenteurs et retards du
développement, nous avons dit que des angoisses
strictement cognitives pouvaient perdurer
anormalement. Nous n'y reviendrons plus ici.
(13). S'il est fondé sur la seule description de
ce qui s'est passé, le diagnostic différentiel,
alors, n'est pas toujours facile avec les actes
masochistes ou sadiques des perversions. C'est
plutôt les commentaires autour des motivations
qui permettent de mieux comprendre la culpabi
lité de l'enfant névrosé, le besoin de
répétition de l'enfant qui a été violenté, ou
la seule jouissance du pervers.
(14). Néanmoins, n'est-ce pas déjà excessif de
prétendre que tout enfant est pervers
polymorphe? Pour mémoire, rappelons que Freud
n'a jamais prononcé ce slogan passe-partout. Il
e écrit que : " Il est intéressant de constater
que l'enfant par suite d'une séduction, peut
manifester une perversité polymorphe et être
amené à toutes sortes de transgressions " (S.
Freud. Trois essais sur la théorie de la
sexualité, traduction française, Gallimard ).
(15). Quant à l'adoption par un enfant des
vêtements de l'autre sexe, on peut distinguer
trois grandes catégories :
- le travestissement purement ludique : jouer à
croire que l'on peut être ce que l'on n'est pas
: ici, en l'occurrence, quelqu'un de l'autre
sexe, voire de l'autre génération ( une maman
quand on est un petit garçon ) : rêve de
plénitude!
- Un travestissement plus grinçant,plus tendu
... mis en place à l'occasion par ceux qui se
sentent mal dans leur identité sexuée
spécifique; travestissement mi public mi-secret
s'accompagnant éventuellement de comportements
naturellement ou culturellement typiques de
l'autre sexe ... On le voit dans le film " Ma
vie en rose " et chez les enfants souffrant
d'un trouble de l'identité sexuée.
- Un travestissement, plus pervers, qui a pour
but une jouissance sexuelle précise, et qui
pourra être, plus tard, le fait des " travestis ".
(16). A une exception près, mais plus typique de
l'adulte que de l'enfant : lorsque la
perversion est surtout enracinée dans la toute-
puissance, le pervers peut s'afficher davantage
: ce n'est pas G. Madzneff ni R. Peyrefitte qui
nous démentiront.
(17). C'est néanmoins dans ce contexte que, si
le jeu sexuel est surpris, l'ex-dominé, pour se
défendre, prétend qu'il ne voulait pas et que
c'est l'autre qui l'a obligé. Lorsque les
adultes, adhèrent à cette version, ils
définissent un " abuseur " et une " victime "
et ne rendent service ni à l'un, ni à l'autre!
Lamb [ 8 ] fait également remarquer qu'il y a
comme un continuum entre ce qui serait une
position de domination encore acceptable - elle
a sa propre limite, qui est l'accord du dominé
- et une autre, tout-à-fait abusive - où l'on
se contente tout au plus d'un pseudo-accord -.
(18). C'est la même volonté de " normaliser "
envers et contre tout, qui prive probablement
pour le moment la société belge tout entière de
l'occasion de se libérer de sombres chancres
maffieux,et de protéger plus efficacement les
enfants contre les réseaux pédophiliques.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 29 juillet 2003.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un document prêté par le
professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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