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Sexualité des enfants

en âge

d'école primaire.

* biographie et receuil de publications scientifiques du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier." Jean Guéhenno.

Jean-Yves Hayez
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Sexualité des enfants en âge d'école primaire.


Paru dans : Perspectives Psy * volume 38 * N°4 * septembre-octobre 1999 * p. 282-299.

Jean-Yves Hayez (1).

Le terme " Normal " revêt au moins deux sens : ce qui s'applique à une majorité et représente une manière d'être habituelle au groupe dont on fait partie et aussi, plus qualitativement, ce qui est considéré comme sain, épanouissant, correspondant aux besoins et à la nature profonde de la personne dont il est question.

Peut-on se hasarder à décrire une évolution normale de la sexualité des enfants en âge d'école primaire?

Quatre constats autour du développement individuel.

Dans cette double perspective, quatre compo santes du développement individuel apparaissent " normaux " à l'âge de l'école primaire (2).

A.Les manifestations les plus directes et les plus intenses du complexe d'oedipe s'atténuent:

* les rivalités physiques avec le parent du même sexe et avec les aînés se transforment en compétitions intellectuelles ou sociales ou en identifications; l'agressivité sous sa forme la plus crue se déplace surtout dans le groupe des pairs;

* les flammes amoureuses corporelles pour le parent oedipien sont assez largement freinées par la pudeur et se transforment, elles aussi, en actes socialement acceptables et en sublimations ( le beau bulletin ou l'exploit au tennis remplacent souvent le câlin langoureux ); plus radicalement, une bonne partie de la pulsion sexuelle, directe ou sublimée, se dirige vers le monde social; c'est l'âge des amis et des copains.

B. Les pulsions sexuelles les plus opérantes sont de type génital, à la recherche de satisfactions auto-érotiques et d'objets externes: nous y reviendrons en détail en décrivant les activités sexuelles saines.

C. L'enfant est moins impulsif que pendant l'âge préscolaire. Il faut prendre " impulsif " dans l'acception la plus fondamentale du terme : envahi par des pulsions - sexuelles, oedipiennes, agressives - qui demandent une satisfaction immédiate.

Maintenant, cette effervescence est moins intense et moins anarchique. Beaucoup d'énergie psychique est investie pour mieux tenir compte des exigences externes ( principe de réalité ) et pour installer des sublimations ( activités sociales, cognitives, sportives, culturellement valorisées, qui permettent de remplir certains buts pulsionnels - aimer, être préféré, s'affirmer - de manière moins " charnelle - immédiate "). Les exigences pulsionnelles s'intègrent dans un ensemble, dans un programme de vie: l'enfant met son être en évidence bien plus qu'il n'exhibe impulsivement son bas- ventre ... sa curiosité strictement sexuelle s'élargit : plutôt que de toucher le pénis de son père ou les seins de sa mère, il trouve d'autres moyens d'entrer dans le monde de ceux-ci.

D. L'intelligence réaliste, scientifique, prend le pas sur l'imagination; les connaissances s'affirment et s'intègrent ( multiplication des observations et des comparaisons: référence au savoir des autres ). S'installent donc des quasi-certitudes (3) sur les grandes questions que sont : la différence des sexes et l'identité sexuelle (4) ; le pourquoi et le comment de la sexualité; la permanence de l'objet ( et donc, celle des organes sexuels ) ( avec, en miroir, la permanence des manques : une fille n'aura jamais vraiment un pénis; un garçon n'aura jamais un sexe féminin ).

Constats autour de la vie relationnelle.

L'évolution lente et mouvante des cultures, et des rites et règles sociaux qui s'en suivent, ont changé le regard et les représentations des êtres humains sur leur sexualité ( son sens et ses pratiques ).

A. En Occident au moins, il s'est installé une large désacralisation, une banalisation : la sexualité est moins chargée de mystère et d'angoisse; sa pratique, même en dehors des chemins convenus, est moins réglementée et chargée d'opprobre. Il y a une réappropriation par l'individu, à tous les âges de la vie.

Il existe également davantage de créativité et de revendication d'un droit à la différence : l'homosexualité entre majeurs et le transsexualisme passent dans les moeurs; l'âge admis pour les relations sexuelles s'abaisse; la pornographie est à tous les coins de rue ...

Cette liberté revendiquée pour la pratique et les satisfactions qu'elle procure rend plus difficile et plus incertaine la promotion de valeurs à travers la sexualité. Dans ce domaine au moins, le témoignage de vie des parents est chargé de davantage d'incertitudes : ils sont souvent plus consommateurs, plus matérialistes en même temps que plus absents de la vie des enfants : il se pourrait donc que, davantage que leurs aînés, ceux-ci se donnent le droit de jouir de leur sexualité - de la consommer en quelque sorte - via des activités diversifiées, où ils se sentent libres et seuls pour explorer à leur guise, sans employer autant d'énergie que les générations précédentes l'ont fait, à refouler ou/et sublimer leurs pulsions.

Une minorité des parents passe même la barrière de la retenue en laissant les enfants se baigner dans le bain de pornographie dans lequel eux-mêmes se laissent aller ( par exemple, on visionne des cassettes pornographiques " en famille " ).

Il s'agit plus d'une conduite de démission, de passivité ... d'incertitude des références ... que de volonté concertée d'initiation à la sexualité, voire de franc voyeurisme portant sur l'enfant ( ce qui constituerait un premier degré d'abus sexuel ). Pour peu que celui-ci soit vraiment consentant, l'effet principal est probablement du côté d'une non-construction d'un Idéal de vie et de valeurs : l'enfant reste lui-même " instinctif " comme il voit son parent l'être, et risque d'avoir une sexualité " facile ".

B. Il serait excessif néanmoins d'en déduire qu'a disparu la référence à des Lois fondamentales, et même à toutes les normes.

1. Quant aux lois, adultes et enfants continuent à savoir et à admettre que sont interdits l'inceste et la violence sexuelle; quand ils n'en tiennent pas compte, ils sont conscients qu'ils transgressent.

Dans ce domaine au moins, l'information sociale diffuse sur l'abus sexuel a eu un effet positif : les enfants veillent davantage à se faire respecter.

2. Et même à propos des normes, si les frontières sont plus floues qu'auparavant, les grands contenus, eux, restent perceptibles à chacun, et largement assumés : la sexualité humaine se déroule entre partenaires consentants; pour une bonne partie de ce qui s'en réalise, elle est liée à l'affection éprouvée pour le partenaire; elle est plutôt " récréative " que placée au centre du projet de vie et au centre des énergies investies par chacun. Au-delà c'est plus incertain.

Les déterminants d'une vie sexuelle saine.

Par vie sexuelle, nous entendons les développements de représentations psychiques et d'activités. Une vie sexuelle saine résulte de l'implication en nombre et en proportions chaque fois variables des dynamismes psychiques que voici :

La curiosité.

Désir de connaître la nature et le fonctionne ment du corps, jusqu'à ses domaines les plus intimes; expériences faites sur lui; comparaisons effectuées sur l'autre, identique ou complémentaire; désir de savoir ce que c'est que cette fameuse sexualité dont parlent tant les grands : appropriation progressive du concept, en partant des gros mots et des blagues obscènes, d'abord pas très bien compris, jusqu'aux exercices pratiques.

Les réponses que le terrain apporte à cette curiosité contribuent à un savoir, à des acquisitions stables : connaissance de la réalité, externe et de soi, et capacité de la manier; certitude de plus en plus définitive quant à la permanence de l'objet; installation ( " sentiment " ) d'une identité de plus en plus précise, qui va bien plus loin que l'identification et l'appropriation du corps : identité de l'être, identité sexuée ... [3].

Le désir et le processus d'identification aux grands et aux adultes.

A l'inverse des 150 années précédentes, les enfants sont des témoins usuels de la vie sexuelle de ceux-ci : pas essentiellement des ébats de papa et maman ( ou, pour faire moderne, d'un de ceux-ci avec son partenaire homo ou hétéro du moment ), qu'il faut toujours surprendre par le trou de la serrure, mais, de façon plus ouverte, de l'espèce adulte, qu'on voit forniquer à heures fixes à la télévision, ou dont les médias apprennent qu'elle a un drôle d'usage du cigare : si le Père fait l'amour sur a place publique, ses fils, pour grandir, vont jouer à l'avance les rôles qu'ils devront tenir un jour, puis comme dans toute identification, vont avoir envie de le faire pour de vrai.

Le défi face aux règles.

Même si les interdits sont moins cruels, le langage des adultes continue largement à situer la pratique de la sexualité comme leur domaine réservé : " Tu peux - si pas : tu dois - savoir ... la sexualité, c'est chouette ... mais tu es trop petit pour la pratiquer ( et si je t'y prends, je crie sur toi : ainsi fut puni Prométhée pour avoir voulu voler le feu des dieux; un vautour le castre pour l'éternité ) ". Eh bien, face à ce qui reste un interdit, beaucoup d'enfants ont envie de transgresser à l'occasion, précisément parce que c'est interdit (5).

L'affirmation d'une puissance ressentie en soi.

S'intéresser au sexe, c'est être grand, se le prouver à soi, et le montrer aux autres. Dans le cadre de cette affirmation de puissance, se situent les enfants dominants qui prennent l'initiative d'entraîner les autres à l'aventure, ici, sexuelle, tout en finissant par respecter leur éventuel refus. Ce ne sont donc pas des enfants abuseurs, même si, au moment de la découverte des faits, les autres ont tendance à ]es lâcher et à prétendre qu'ils ont été entraînés contre leur gré.

C'est aussi dans le contexte de l'identification aux adultes, de l'affirmation d'une puissance-compétence, ainsi que d'une camaraderie d'aînés vers des cadets ( dont nous parlerons plus loin ) qu'on trouve les enfants initiateurs, qui " mettent au parfum " du sexe des ignorants ou des naïfs, de leur âge ou un peu plus jeunes ( un ou deux ans de différence d'âge ) (6).

Angoisse et culpabilité.

Un enfant sain n'est pas exempt d'angoisses, ni même de légers sentiments de culpabilité irrationnelle. Ces sentiments pénibles font partie de toute vie. Mais, paradoxalement, leur existence n'inhibe pas systématiquement la réalisation des désirs et des comportements dont, pourtant, la mise en oeuvre les accroîtra encore. On est dans un véritable cercle vicieux : pour être quitte de son angoisse, l'enfant va poser un acte, pour savoir, pour vérifier, pour vaincre l'ennemi ... mais cet acte ne soulage rien à long terme : au contraire, il amplifie la crainte de l'agression en retour.

Autant pour la culpabilité: pour en savoir plus sur les intentions punitives prêtées à l'adulte et sur le pouvoir de discernement de celui-ci, l'enfant va poser le comportement interdit, en en laissant des traces qui mènent à lui. La punition précise qui suivra est censée être pré férable à un vécu diffus de culpabilité ... mais l'acte réveille de nouvelles culpabilités.

Parmi les angoisses " normales " à l'âge de l'école primaire, citons :

- Surtout chez les plus jeunes, des angoisses liées au simple jeu de l'imagination qui pallie énormément les lacunes momentanées de l'intelligence et d'un bagage informatif correct [6] : pas encore de certitude tranquille quant à la permanence de l'objet, et partant, quant à l'inéluctabilité et à la stabilité des différences sexuelles, etc ... il existe donc des vérifications anxieuses - scientifiques de ce qu'il en est.

- Surtout chez les plus âgés, existence structurante d'une phase de névrose infantile ( " pas trop serrée " ) : ici, avant que l'enfant ne trouve ses solutions mentales rapidement et spontanément - via les identifications, les sublimations et la simple mise en veilleuse spontanée de son Sur-Moi le plus archaïque -, certains de ses désirs lui apparaissent momentanément conflictuels : désirs oedipiens, désirs masturbatoires ( c'est-à-dire, désirs de pratiquer déjà une sexualité, comme les grands ); leur simple existence et leurs velléités de réalisation déclenchent un rien d'angoisse et de culpabilité. Mais ces vécus pénibles n'arrêtent pas l'enfant. La poussée du désir est toujours là, d'une part. De l'autre, pour en avoir le coeur net, pour savoir si le sexe peut être puni pour avoir fonctionné, l'enfant est poussé à aller voir s'il fonctionne toujours bien, voire si, chez son petit ami ou sa petite amie, il existe des différences d'intégrité par rapport à lui.

Et même quand il n'existait pas d'angoisses préalables, les enfants, après avoir ouvert une porte à la sexualité en eux, devinent bien qu'ils ouvrent une porte au " non-logique ", non rationnel, souvent non parlé; ils ouvrent une porte à la violence de l'instinct, et ça fait spontanément peur, tout comme ils imaginent toujours quelque peu que la scène primitive des parents est un acte sadique.

La camaraderie ou l'amitié.

La camaraderie ou l'amitié, et les partages qu'elle inclut, " pour faire plaisir " au copain ou à la copine qu'on aime bien; on lui montre donc, le coeur un peu battant, l'image pornographique acquise de dure lutte, voir une partie intime du corps propre (7) , comme un secret précieux, qu'on portera ensuite ensemble ... on procède avec lui aux premières explorations et activités vraiment sexuelles, à la découverte des mystères et plaisirs qui y sont liés, etc ...

Le plaisir.

Et, en effet, le plaisir de la manipulation sexuelle, le plaisir de ( se ) toucher ou d'être touché, constitue également un déterminant partiel de l'activité sexuelle infantile. Et ceci, même s'il n'a encore que peu à voir avec l'intensité des plaisirs et orgasmes éprouvés autour de et après la puberté. S'ajoutent à ce plaisir strictement physique et local, d'autres plaisirs plus spirituels liés aux déterminants déjà évoqués : plaisir de savoir, d'expérimenter, de grandir, de défier, etc ...

La recherche du plaisir n'est cependant ici qu'un but parmi d'autres; il n'existe pas, comme dans la perversion, un culte raffiné et quasi-exclusif de l'érotisme (8).

Facteurs d'un autre ordre.

A côté de ces dynamismes psychiques principaux, et sans prétendre d'ailleurs en avoir dressé une liste exhaustive, il faut encore évoquer des facteurs d'un autre ordre, comme :

- le corps : son équipement n'est pas le même d'un enfant à l'autre : certains ont des besoins, une excitabilité et une sensibilité sexuelles plus fort que d'autres;

- la vitesse du développement général et pulsionnel, variable elle aussi. Elle est déterminée en partie, et en partie seulement, par les attitudes de l'environnement. Certains enfants quittent plus vite et plus radicalement que d'autres leurs investissements oraux, sphinctériens, génitaux solitaires, ... d'autres s'y attardent ou ne les abandonnent que partiellement.

Les formes d'une activité sexuelle saine.

Nous décrirons successivement la forme stricto sensu; l'ambiance affective générale qui accompagne l'activité; quelques critères caractéristiques du contexte et du déroulement; l'un ou l'autre critères liés à la présence éventuelle de partenaire(s).

Cet ordre descriptif sera utilisé également pour décrire les activités sexuelles plus pathologiques et pour les différencier entre elles, ainsi que de ce qui est sain.

La forme stricto sensu.

Il s'installe progressivement une primauté des désirs et activités génitales, en même temps que prennent corps les fantasmes organisateurs de la sexualité, pour la suite de la vie.

A. Corollairement, on assiste au déclin de la primauté des pulsions prégénitales, le plus souvent en quête d'objet partiel. Déclin veut dire que l'intérêt pour elles, et le plaisir qu'elles procurent s'amenuisent spontanément; elles deviennent largement inutilisées, plutôt que refoulées.

Déclin n'est pas disparition ; elles persistent comme centres d'intérêt occasionnels; par exemple,lorsque le hasard ramène des stimuli provocants, qu'il s'ennuie et/ou qu'il a peur, l'enfant se livre à nouveau à des jeux urinaires ... Quand il a été malmené, il peut passer par une brève phase de sadisme sur des petits animaux, etc ...

En outre, la vitesse du développement n'est pas la même selon les enfants, pas plus que ne l'est la radicalité avec laquelle il passe d'une étape à l'autre. Certains enfants, davantage fixés à l'âge nourrisson de leur vie, verront leur génitalité infiltrée d'un très grand désir de caresses, voire d'activités buccales. D'autres, plus fixés à l'âge tout- puissant ou sphinctérien, auront une sexualité plus brutale, parfois pas loin d'être sadique, ou/et garderont de grands intérêts scatologiques.

B. Quant à la primauté du génital, si elle progresse indubitablement, elle connaît elle- même un certain nombre de tâtonnements d'objet et de mode :

* Quant à l'objet, il y a des allers et retours entre des phases d'investissement auto-érotique : masturbations sans fantasmes ou avec fantasmes centrés sur soi, ou mettant vaguement en scène l'autre, comme faire-valoir de la jouissance ou de l'emprise de Soi;

* d'autres, où la masturbation est la seule conduite sexuelle réalistement accessible, mais où, fantasmatiquement, est intensément désirée une relation physique avec le parent oedipien ou/et avec ses déplacements les plus lisibles; il est beaucoup plus rare que ce soit avec un partenaire de la même génération d'âge; des jeux sexuels, homo ou hétérosexuels, avec un ( des ) partenaire(s) du même groupe d'âge.

Dans notre culture occidentale, assez introvertie, des réflexes de pudeur s'installent progressivement et conduisent à disqualifier le jeu sexuel, outre qu'il apparaît " pour bébés "; donc, au fur et à mesure du grandissement, on s'achemine davantage vers la sexualité solitaire.

Lors de la pré-adolescence, des activités sexuelles en groupe ( souvent homosexuel ) peuvent réapparaître. Leur finalité est davantage transgressive et érotique : à tout le moins s'agit-il de s'approprier le plaisir et de le maîtriser; ici, le groupe donne aussi à chacun le courage " d'y aller ".

* Bien plus rares sont les activités sexuelles qui s'accompagneraient d'un réel vécu amoureux (9).

2. Quant au mode, l'inspection, la manipulation et les caresses des zones et organes génitaux deviennent de plus en plus centrales; elles s'accompagnent éventuellement d'un rien de scénario, d'histoire racontée (" On disait que tu étais le papa ... "), mais vite, l'enfant sain va au but, et ne s'invente pas de scé narios très compliqués qui retarderaient longuement l'ultime plaisir.

Coexistent avec ces manipulations, inconstamment et à temps partiel :

* Des moments d'exhibitionnisme, mais où le plaisir de s'affirmer et de vérifier son pouvoir ( de séduire, d'effrayer, d'oser ) est au moins aussi grand que le plaisir érotique; la toute première étape sur la voie de cet exhibitionnisme, c'est le maniement de gros mots, de blagues salaces ou du folklore obscène des comptines.

* D'autres de voyeurisme, mais où, ici aussi, le plaisir de satisfaire sa curiosité, de faire comme les grands, est au moins aussi grand que la satisfaction érotique [10].

A l'heure actuelle, il faut penser aux satisfactions voyeuristes " banalisées " que permettent les médias ( TV ... ) et les télécommunications ( téléphones roses, Internet ). Voyeurisme éventuellement réalisé dans l'ambiance excitante d'un petit groupe ( rivalité ... abaissements des normes ). Petit groupe d'amis et parfois même groupe familial: nous l'avons déjà évoqué.

Enfin, l'abaissement diffus des normes, et la relation par les médias de tout ce que font les adultes incitent régulièrement certains enfants, vigoureux dans tous les sens du terme et pas trop scrupuleux, à pousser l'expérience dans des zones inattendues ou/et estimées trop précoces pour leur âge. A la différence d'en fants plus préoccupants, il s'agit bien d'expé riences qu'ils ne feront que l'une ou l'autre fois, et dont ils auront tous seuls l'intuition qu'elles ne leur sont pas ( déjà ) stablement destinées.

" Enculer " et " sucer " passant de plus en plus dans le vocabulaire quotidien, certains enfants voudront voir de plus près de quoi il s'agit, surtout s'ils ont des fixations anales ou orales; on n'est pas à l'époque où la vie rurale était vide de stimulations, à part l'arrière-train accueillant des ânes et des brebis ... mais en revanche, on a multiplié les enfants laissés à eux-mêmes, curieux, sans beaucoup de retenue Sur-Moïque, et qui, entre autres explorations, dans l'appartement où ils s'ennuient, peuvent se souvenir que le berger allemand femelle de la maison, après tout, pourrait être à usages multiples, etc.

C. Si un peu par hasard ou parce que le déve loppement est plus lent dans certains domaines, il existe parfois des satisfactions non- génitales, on peut parier qu'elles sont accessoires et que l'enfant ne s'y cramponnera pas : dans le film Padre Padrone, des frères Taviani, le pré-adolescent qui connaît bibliquement son âne ne restera très probablement pas fixé à ce mode de satisfaction, et ne s'y est adonné que faute de mieux.

L'ambiance affective.

L'ambiance affective qui entoure l'activité sexuelle est largement détendue, paisible, plaisante, sans qu'il s'agisse d'une centration exclusive et intense sur la seule jouissance physique. Il peut s'y mêler éventuellement un peu d'angoisse et de culpabilité : c'est parfois " le coeur battant " que les enfants explorent cet univers encore largement inconnu et réservé aux adultes (10).

Le cadre de l'activité sexuelle.

L'activité sexuelle est bien moins souvent l'aboutissement d'une planification contraignante et longuement concoctée à l'avance que déclenchée par le hasard (11) : ennui, insomnie, besoin de faire pipi à deux au même moment, stimulus externe imprévu et excitant, tension corporelle, etc ... Elle peut donc apparaître comme impulsive ou exécutée avec maîtrise et intelligence, mais dans les deux éventualités, l'enfant la reconnait comme sienne; du moins le reconnaît-il dans son for intérieur, pour lui-même (" C'était gai " entendez " C'est moi qui ai planifié quelque chose de gai "); néanmoins, si les adultes l'interpel lent et lui font des reproches, il se défendra souvent de l'avoir voulu vraiment, pour ne pas s'attirer des ennuis.

L'activité a également lieu discrètement, loin de la génération des parents : elle n'est jamais surprise par eux que par un malheureux hasard.

Si l'on examine les choses dans la durée, on constate aussi que :

- Elle ne se répète pas à haute fréquence: l'en fant ne passe pas sa vie à se masturber ..., dans un petit groupe de copains, les jeux sexuels constituent un hasard occasionnel : ils se réunissent surtout pour jouer, faire du sport ... et, à l'occasion, un peu de sexe.

- Il y a une progression dans la " technique et la compétence " en matière sexuelle, et aussi, une certaine diversification : l'enfant ne reproduit pas indéfiniment le même scénario.

Il s'agit bien d'un jeu.

Si des pairs sont engagés dans l'activité, ils sont respectés; les enfants se parlent: il s'agit bien d'un " jeu " qui engage le sexe et le dépasse à la fois: on y discute donc des sciences du corps et du sexe, on y joue des rôles sexués et sexuels.

Les pairs engagés sont plus ou moins du même âge; les plus grands ( 10 - 12 ans ) ignorent les petits ( par exemple, en dessous de 7 ans ), objets de dédain et non objets sexuels à initier.

Conflit avec l'ordre adulte.

Quant au conflit avec l'ordre adulte, il est fréquent. Pour l'adulte du XXe siècle, l'enfant est souvent assez grand pour savoir, et trop petit pour faire. Mais ce paradoxe n'arrête pas l'enfant, qui conquiert sa sexualité : dans Padre Padrone toujours, on voit que l'accès à la sexualité n'est pas rien. Elle dérange l'ordre adulte, qui a une certaine image de l'enfance - bons bergers bien utilisés, mais bien conformes aussi, sans distraction déviante -; il y a donc un châtiment ... mais celui-ci n'arrête pas un processus en marche : les images suivantes du film restent sexuelles et, cette fois, la sexualité surprise chez les enfants n'est pas l'objet d'un affrontement, mais plutôt d'une stimulation des adultes ... entre eux.

Sexualité pathologique.

Il existe une pathologie de la sexualité que l'on peut repérer dès l'âge de l'école primaire. Certains troubles sont transitoires ( par exemple, une partie de ceux qui sont liés à l'angoisse ); d'autres sont stables ou/et s'amplifient au fil du temps ( par exemple, des perversions incipiens ). D'autres encore ne seront étiquetées " Troubles " qu'à cause de l'âge de l'enfant ( par exemple, sexualité précoce et abondante ou " hypersexualité ") dans la suite de la vie, ces manifestations apparaîtraient davantage comme une variation de la normale.

Certains de ces troubles constituent une dévian ce quantitative d'un des dynamismes partiels que nous avons évoqués à propos de la sexualité saine. Pour d'autres, la distorsion de ceux-ci est plus qualitative; pour d'autres encore, c'est qualitatif et quantitatif. Nous décrirons ces différents troubles par ordre décroissant approximatif :

Lenteurs et retard du développement sexuel.

Il peut exister un retard dans la mise en place et l'évolution des phénomènes sains que nous avons décrits. Néanmoins, la génitalité finit souvent par s'installer à son rythme si on peut à la fois :

* Ne pas brusquer l'enfant, ne pas lui reprocher ce qui est le résultat d'une croissance psychosexuelle plus lente que celle de ses pairs.

* Comprendre pourquoi il en est ainsi : parfois, c'est tout simplement à cause de la nature de l'enfant, qui est plus lente ... parfois, il n'a pas reçu de bonnes informations ... ou encore, son immaturité lui amène trop de bénéfices secondaires. Entre " ne pas culpabiliser " et " encourager à rester bébé ", il y a une certaine marge de navigation, faite d'acceptation mais qui invite l'enfant à aller de l'avant.

Exemples :

- Enfants dont la progression cognitive est lente : à 7, 8 ans, ils n'ont pas encore pu intégrer le concept de permanence de l'objet (" Je resterai fille - ou garçon - toute ma vie, sans danger pour moi "). On les voit donc se livrer encore et toujours à des activités de réassurance sexuelle ( masturbations, exhibitions, vérifications sexuelles sur l'autre ) marquées par l'inquiétude ou/et l'inacceptation - transitoire? - de son Soi sexuel.

- Enfants qui semblent continuer à jouir principalement des pulsions dites partielles et archaïques ( par exemple autour de l'élimination et des jeux sphinctériens ).

Activités sexuelles engendrées par l'angoisse, et plus ou moins compulsives (" anxieuses-compulsives ").

En décrivant la sexualité saine, nous avions signalé la présence possible d'un zeste d'angoisse, susceptible de précipiter des actes sexuels à visée de maîtrise et de vérification. Les angoisses alors en jeu étaient de type soit cognitif ( lacunes ou erreur d'information ), soit liées à ce que les auteurs francophones appellent " la névrose infantile ", conflit névrotique inévitable, léger, et quasi indispensable à la résolution progressive du complexe d'Oedipe.

Angoisse pathologique à l'oeuvre.

Il arrive assez fréquemment que l'angoisse soit pathologique, c'est-à-dire intense, ou/et de longue durée, ou/et liée à d'autres mécanismes, eux-mêmes inconstants et pathologiques. Elle s'accompagne éventuellement d'un vécu de cul pabilité. Ce qui en résulte est paradoxal : mélange d'inhibitions et de retraits d'une part, et de l'autre d'activités assez compulsives destinées à anéantir les ennemis inclus dans l'angoisse ou à passer outre à celle-ci.

Les angoisses pathologiques sont principalement de deux types (12) :

1. Angoisses engendrées par l'introjection d'un traumatisme : un traumatisme externe qui a agressé l'enfant laisse le plus souvent des traces dans son psychisme. L'enfant reste porteur d'un complexe traumatique fait d'idées et d'images, mi-refoulées, mi-conscientes, qui reproduisent en partie et déforment en partie ce qui l'a agressé; il s'y ajoute des émotions variées : angoisse, culpabilité, rage, désespoir, etc ... Ce " complexe traumatique " est à l'origine de rêves, d'idées qui font irruption brutalement, de dessins et de jeux traumatiques, et aussi d'actes soit très impulsifs, soit " crevant " une tentative impuissante de les retenir ( actes compulsifs ). Les traumatismes externes à l'origine de ces complexes traumatiques sont le plus souvent :

- un ou des abus sexuels, surtout ceux qui se sont déroulés dans un contexte de menace et de violence, ou/et qui ont engendré tout de suite un grand sentiment d'insécurité ( autour de l'intégrité corporelle, de la maladie, de l'abandon ...);

- la confrontation à des scènes sexuelles non comprises et apparaissant effrayantes ( par exemple, actes sexuels entre adultes ou aînés; pornographie hard, violences sexuelles vues à la télévision ...).

2. Angoisses engendrées par le conflit intra- psychique central d'une névrose de l'enfant. A la différence de la " névrose infantile " physiologique, que l'enfant résout tout seul et rapidement par la sublimation et l'identification, la " névrose de l'enfant ", elle, est plus intense et non dépassable par les seules forces de celui-ci, ni par la qualité de son milieu de vie.

La modélisation la plus simple du conflit névro tique, ici, c'est l'interdiction introjetée, durable et sévère que l'enfant entend face à certains types de ses désirs : s'intéresser à la sexualité ou/et se masturber, et par cela, s'identifier au monde des grands ... désirer sexuellement un de ses parents ( ou un substitut ) et éliminer l'autre pour avoir le champ libre, etc.

Néanmoins, à schématiser de la sorte, voici une présentation bien simplifiée de la névrose! Les conflits vécus sont souvent plus subtils. Il est des parents, par exemple, qui excitent insidieusement la curiosité sexuelle et l'érotisme de leurs enfants, puis, qui punissent cruellement ceux-ci lorsqu'ils veulent aller jusqu'au bout. Pas étonnant qu'il en sorte des configurations plutôt hystériques, où l'enfant refoule la représentation de ce qu'il désire, ne peut pas s'empêcher néanmoins de le montrer de façon plus ou moins travestie, dans un feu d'artifice d'affects, et se sent tout de suite anxieux et coupable de l'avoir fait. Ailleurs, ce sont des conflits de désirs que vit l'enfant. Tel ce garçon de 9 ans qui voulait être homme comme son père et ses grands frères, mais s'identifiait aussi beaucoup à une mère proche de lui - déjà une manière de sortir de son Oedipe! -; lorsque celle-ci accouche d'un petit frère, il se paye deux mois d'encoprésie, par dépression peut-être, mais aussi pour avoir quelque chose dans son ventre et l'en faire sortir comme elle l'a fait, tout en se punissant - via la réprobation sociale - d'avoir une telle prétention!

Conséquences sur le fonctionnement sexuel.

1. Une première conséquence possible sur les représentations ou/et les comportements sexuels peut être de l'ordre de la répression : alors, les enfants concernés connaissent de grandes inhibitions sexuelles, un effroi à aller regarder de ce côté-là de leur corps, une pudeur disproportionnée, beaucoup de culpa bilité pour les quelques rares activités, surtout masturbatoires, qu'ils ne peuvent s'empêcher d'avoir. Modernité oblige, leur culpabilité se déploie parfois dans des thèmes nouveaux pour notre génération d'adultes, comme la peur du Sida [11].

2. Chez d'autres, il surgit une sexualité compulsive, liée, en proportions variables :

* à la réalisation plus ou moins sauvage d'un désir que l'enfant ressent comme interdit, mais qui passe quand même ( surtout dans le cas de la névrose );

* à l'angoisse, qui engendre ici un besoin de rejouer le scénario traumatique, éventuellement en inversant les rôles, pour mieux le comprendre et le dominer, et en espérant en être quitte en le projetant en dehors de soi. Si la pression de l'angoisse est très forte, l'éventuel partenaire risque bien de ne pas être respecté, et donc, la sexualité d'apparaître comme abusive.

Quelles sont les principales caractéristiques cliniques de celle sexualité compulsive ?

* Forme externe : activité souvent génitale, plus souvent infiltrée de composantes régres sives que progrédientes; la dimension " toucher pour vérifier; tirer dessus; enfoncer brutale ment quelque chose dedans, pour voir ... " est bien présente, et assez souvent " sauvage ", exprimant à la fois le désir, l'angoisse et la culpabilité. Cette dernière peut même amener que de la souffrance soit infligée au corps propre ou au corps de l'autre (13).

* Ambiance affective : tension; lutte intérieure contre l'irruption de l'acte; un peu de plaisir à l'acmé de la réalisation de celui- ci, mais ce plaisir est vécu comme maudit; il est rapidement suivi d'angoisse ou/et de culpabilité (" On m'a vu ... je vais être puni très fort "), ainsi que des images anxieuses déformées liées à l'angoisse de castration, dont les thèmes centraux sont plus inconscients [7] , [12].

* Caractéristiques de déroulement : une partie de ces comportements est programmée d'avance, mais dans une ambiance tendue ( angoisse - lutte intérieure contre l'idée ). Une autre est beaucoup plus impulsive, au terme d'une brève compulsion. En principe, l'enfant cherche un endroit discret, mais, s'il s'agit de névrose, un acte manqué n'est jamais impossible ( par exemple, ne pas s'enfermer et ne pas entendre le parent qui s'aproche ). La fréquence du comportement problématique est variable, mais sa répétition est inéluctable, malgré les éventuelles promesses faites par l'enfant de s'amender. Un soin spécialisé est souvent nécessaire.

* Si des pairs sont engagés dans l'activité, le respect de leur consentement est variable : dans les formes les plus compulsives, ils peuvent être franchement violentés. Quel que soit le degré de consentement, il ne s'agit pas de relations d'échange, de réciprocité : le pair sert à vérifier quelque chose, ou à rejouer un scénario traumatique. Si les âges sont assez souvent relativement proches, il arrive néanmoins que ce soit des beaucoup plus jeunes sur qui les vérifications se font, ou sur qui les scénarios se rejouent brutalement.

NB. Le diagnostic différentiel est parfois dif ficile, entre ces enfants qui tentent en vain de se libérer d'un traumatisme intérieur névro tique et ceux qui en font autant, après un abus sexuel isolé ou chronique - également inscrit en eux comme un traumatisme psychique -.

Les comportements externes peuvent être semblables : sexualité compulsive et sans vraie joie. Finalement, seule l'écoute attentive du sujet permet de faire la différence; s'il y a névrose, il ne fait pas référence à des abus dont il aurait été victime.

Les enfants hypersexualisés : sexualité estimée trop abondante ou/et trop précoce.

Les adultes estiment parfois que certains enfants sont anormalement portés sur le sexe et ceci à partir de leurs commentaires, blagues, dessins et agirs.

Cette estimation d'une " hypersexualité " peut porter sur :

- l'abondance des centrations de l'enfant sur la sexualité, avec des formes typiques de son âge;

- la rapidité avec laquelle évoluent ses connaissances et son désir de pratiquer une sexualité de plus en plus proche de celle des adultes ( enfants précoces );

- la combinaison de ces deux critères.

Une fois écartées les observations provenant d'adultes eux-mêmes exagérément prudes, il existe bien un sous-groupe d'enfants présentant ces caractéristiques, sans pour autant que leur grand investissement de la sexualité ne procède des dynamismes anxieux-compulsifs que nous venons d'évoquer. Peut-être leur équipement organique est-il pour quelque chose dans leur propension au sexe ( excès de testostérone? [12] ). Plus souvent, on constate qu'ils appartiennent eux-mêmes à des familles ou/et à des environnements ( très ) laxistes : laxisme diffus de l'environnement, ambiance très épicurienne voire " partouzante ", ou grande tolérance face à la sexualité de l'enfant, voire fierté secrète à ce propos et invitation implicite à ce qu'il s'y intéresse abondamment; partie importante de la vie passée en rue, surtout en milieu urbain, etc.

Ou encore, ils ont été initiés à la pratique sexuelle, soit par des enfants aînés, soit par des adultes abuseurs-manière douce : ces ini tiateurs les ont davantage " allumés " qu'ef frayés et, dans leur quête sexuelle, il s'agit bien plus de se redonner les plaisirs appris que de se libérer de traumas internes effrayants. Les caractéristiques de leurs activités sexuelles sont :

- Des formes principalement génitales, diversi fiées, avec une progression dans la créativité et dans la quête érotique qui les fait se rapprocher de plus en plus de ce que font les adultes.

- Une ambiance affective centrée sur l'exploit, l'audace, le plaisir physique davantage que l'amitié.

- Des pratiques soit impulsives, soit prévues et bien programmées, et que l'enfant reconnaîtra comme siennes ( en dehors, parfois, d'un discours officiel de négation parce qu'il y a peur de la punition ); des vantardises publiques ( au moins face au groupe des pairs ) à propos des connaissances voire des pratiques sexuelles. Quant à ces dernières, si elle restent souvent faites discrètement - par prudence -, leur découverte éventuelle n'est pas source d'angoisse, de honte, de culpabilité importante, ni de remise en question spontanée de soi.

- Une fréquence assez élevée des activités. C'est de ces enfants qu'on dira qu'ils ont " l'esprit mal tourné " ou/et " qu'ils ne pensent qu'à ça " : en milieu non-menaçant, ils expri meront facilement leur aptitude à transformer un stimulus quelconque en une invitation sexuelle. Ils " sexualiseront " les petits faits et événements de la vie ... ils laisseront donc deviner combien la sexualité est investie par eux.

- Lorsque des pairs sont engagés dans des acti vités sexuelles avec eux, ils y sont invités avec séduction et enthousiasme plutôt que forcés (" C'est idiot de ne pas le faire ..."). L'enfant se tourne plutôt vers des gens de son âge ou plus âgés ( dont il veut partager les secrets sexuels ). En revanche, il a tendance à mépriser les enfants nettement plus jeunes ( mépriser et peut-être même respecter : il les voit comme trop bébés pour être vraiment des partenaires intéressants - de plus, on " f ... la paix " aux plus petits).

Les perversions.

A. L'organisation perverse de la sexualité, souvent seulement identifiée à l'âge adulte, prend le plus souvent racine dans l'enfance " Si tout enfant est pervers polymorphe (14) , il y a des enfants qui sont, je ne sais comment dire, pervers tout court, plus pervers que les autres, mettant en acte leurs potentialités perverses "[2].

Cette assertion se vérifie par le témoignage d'adultes lorsqu'ils acceptent de parler de la genèse et de l'évolution de leurs perversions, par exemple dans des psychothérapies ou/et dans la littérature.

Cette assertion se vérifie également, quoique plus rarement, lorsqu'on est confronté à une clinique de l'enfant qui montre la mise en place chez lui d'un comportement évocateur de la perversion, les commentaires qu'il en fait, et la chronicité de l'évolution.

Simplement le clinicien doit-il accepter de garder les yeux ouverts, sans minimisation de principe.

B. Schématiquement, chez l'enfant comme chez l'adulte, la mise en place d'une organisation perverse du vécu et des pratiques sexuel]es s'explique par trois voies différentes. La première existe à elle seule ou s'ajoute sans difficulté à la seconde et à la troisième. La seconde et la troisième sont davantage incompatibles l'une avec l'autre.

1. Un simple mécanisme d'apprentissage, qui pousse l'être humain à retrouver, moyennant le minimum d'efforts ou/et de risques, un plaisir éprouvé comme particulièrement intense : par exemple, beaucoup d'enfants qui se travestissent à l'occasion, pour jouer, dans une sorte de carnaval où tout paraît possible, ne deviennent pas pervers; néanmoins, tel d'entre eux a pu éprouver, par hasard, une violente érection à travers des sous-vêtements féminins un peu étroits. Par la suite, ce n'est plus se travestir qui l'intéressera, mais réex périmenter ce moment de jouissance exceptionnel pour y arriver, il peut se mettre à élaborer et à réaliser secrètement un scénario, strict dans la partie la plus centrale du script, et éventuellement de plus en plus compliqué dans ses détails : il passe du travestissement au transvestissement ( [3] , p. 27 et sq.) (15).

2. Le déni d'angoisses archaïques très intenses autour de la scène primitive, de la conformation sexuelle des corps ou/et de la rencontre intime de l'autre - c'est-à-dire le Parent prégénital ou oedipien du début de la vie -. Ici le refoulement des idées les plus anxiogènes est puissant et tenace, et la mise au point de comportements compensateurs- dénégateurs s'avère très fixée, égosyntonique, et source elle-même de plaisirs intéressants ( par exemple, sadisme qui dénie la représentation d'une image maternelle archaïque hostile; collection de petites culottes qui compense la peur de s'affronter à ce qu'est vraiment l'autre sexe, etc. [1].

3. Un désir de jongler avec les lois de la vie, subtilement suggéré par un des parents, au moins un et souvent la mère. Ce parent encou rage une manière d'être où l'on prend beaucoup de plaisir à se jouer de tout, jusqu'à et y compris le bonheur et la dignité de l'autre; donc, entre autres, on s'amuse à faire n'importe quoi avec la sexualité le partenaire n'y est pas pris en considération. Probablement le comportement déviant est-il ici plus affiché, plus créatif, plus diversifié que dans les alternatives précédentes. Probablement s'accompagne-t-il également d'une perversité plus diffuse dans la manière de considérer la vie et les relations humaines.

C. On peut admettre que ces mécanismes s'initient tôt dans la vie : des prédispositions existent donc depuis toujours, et des résultats cliniquement pervers apparaissent dès l'âge de l'école primaire. En revanche, face à telle manifestation clinique " bizarre " surprise à cet âge, il reste difficile de déterminer avec certitude si l'on a affaire à un simple tâtonnement de la sexualité - un acte de curiosité, de transgression ou de réassurance qui reste normal -, à une manifestation névrotique, ou à un début de perversion. Et ce n'est pas le vécu émotionnel immédiat de l'adulte-témoin qui en est un bon indicateur, pris qu'il est par les remous de sa propre histoire, sa culpabilité ... ou sa contredépendance par rapport aux normes introjetées et aux prescriptions de sa culture. Par ailleurs, par incapacité ou/et par prudence, l'enfant ne parle pas facilement de ce qui motive son acte et de ce qu'il vit à son propos; donc cette source de renseignements que pourrait constituer sa parole de sujet sur lui-même risque d'être ténue et peu fiable!

D. Si tant est que l'on puisse vraiment évaluer les paramètres que voici, nous plaiderons plutôt pour une perversion débutante en référen ce à :

1. La forme de l'activité repérée : celle-ci est souvent bizarre, " hors normes " et notamment " archaïque ", ayant peu à voir avec la génitalité mûre attendue pour l'âge de l'enfant; elle est répétitive, fixée. L'enfant n'a pas l'air d'évoluer et de s'intéresser progressivement à une sexualité typique de son âge.
Toutefois, l'inverse n'est pas probant; on peut avoir affaire à une organisation franchement perverse, parce que tous les critères qui vont suivre sont rencontrés, alors qu'apparemment, on réalise un acte génital seul ( voir les masturbations frénétiques de Portnoy dans le livre Portnoy et son complexe de P. Roth ), à deux ou en groupe ( voir le personnage de Telly, dans le film Kids de T. Larry, avec son besoin contraignant de " se faire " des jeunes vierges ).

2. L'intensité de la jouissance sexuelle recherchée et rencontrée (" Sexuel " doit parfois être pris au sens de " corporel diffus " comme, par exemple. dans la jouissance masochique à être battu ) [1] ; l'intensité souvent concomitante du plaisir à transgresser ( secrètement ) la loi; l'intensité du plaisir à faire le mal, à être " hors normes " dans ce qu'on croît être le Mal ( voir les écrits de Stoller ).

3. Quelques éléments du contexte comme :

* l'intensité de la contrainte intérieure avec laquelle l'enfant est poussé à commettre et à répéter son acte ( tout comme lors de la névro se ); il s'agit toutefois d'une contrainte qui porte davantage sur la réalisation et la fré quence que sur le principe : tel le toxicomane, l'enfant se sent alors " en manque ". Mais si l'acte est découvert, au fond, dans le secret de son coeur, l'enfant pervers est prêt à le légitimer. L'enfant névrosé, lui, est davantage victime d'une contrainte et d'un conflit autour du principe de l'acte;

* la répétition étroite du même acte, sans coexistence importante avec des actes plus " libres ", et qui, de surcroît, connoteraient une rencontre de l'autre; ceci n'empêche pas que, autour de la même recherche centrale, il n'y ait des fioritures périphériques de plus en plus compliquées;

* l'implication de l'intelligence pour élaborer un scénario ( attraction de l'autre dans un piège; lente préparation, puis capacité à faire durer le plaisir,...);

* la mise en place d'un grand secret autour de l'acte pervers : c'est bien plus " barricadé " que la recherche d'intimité désirée par l'en fant normal (16).

* une fréquence variable : une minorité des enfants s'adonne à la perversion à haute fréquence; pour d'autres, ça a l'air plus espacé, mais, dans leur for intérieur, c'est vécu comme une activité importante dans leur projet de vie ( là où l'enfant normal vit la réalisation de sa sexualité comme une récréation pas très importante ); et ça se répète, malgré les interdits éventuellement puissants et les promesses de " ne plus le faire ".

4. Quand partenaire il y a, négation foncière de ses besoins et désirs; on peut donc faire violence sur lui, ou nier les pressions faites pour qu'il dise soi-disant oui. On nie aussi les souffrances physiques ou morales qui lui sont infligées; s'il a l'air d'être consentant, il n'y a néanmoins pas de vraie réciprocité : chacun joue son scénario tout seul, tant mieux s'il y a apparente complémentarité ... l'autre n'est jamais qu'un faire valoir de la jouissance du pervers. Dans cette perspective, l'autre est susceptible d'avoir n'importe quel âge de la vie.

Activités sexuelles à déterminants rares.

Les activités sexuelles que nous allons décrire maintenant restent rares chez les enfants en âge d'école primaire. Il s'agit de :

Activités sexuelles essentiellement déterminés par la recherche du pouvoir sur l'autre.

Enfants qui abusent.

Cette catégorie d'enfants fait violence, le plus souvent physiquement, plus rarement par de l'argumentation verbale, sur un autre identifié comme plus faible. Il s'agira par exemple d'une soeur cadette, d'un plus jeune, d'un moins malin, d'un enfant réputé passif ou anxieux. Cette victime est obligée de satisfaire les caprices génitaux de son abuseur. Lorsque l'enfant vieillit, à partir de la préadolescence, l'âge de la victime peut même s'inverser, et un adulte peut être violé ( en petit groupe, souvent ).
Nous faisons donc référence, ici, à une violence sexuelle désirée et assumée par son auteur, comme source de satisfaction. Ce type de pratique sexuelle peut être rangée parmi les perversions qui viennent d'être invoquées lorsqu'il répond à tous les autres critères de celles-ci.
C'est parfois le cas. Ailleurs, en revanche, l'acte s'en différencie par des critères comme : sa durée transitoire, la non-recherche centrale d'un plaisir érotique, ni du plaisir d'être mauvais : l'enfant passe plutôt par une phase de sa vie où il a besoin d'expérimenter sa force envers et contre tout.
Souvenons-nous enfin que, de facto, il peut également être fait violence sur le partenaire à l'intérieur de la sexualité anxieuse-compulsi ve mais ici cette violence n'est pas " assumée " par celui qui l'engendre, comme étant libre ment inscrite dans son projet de vie : elle lui échappe plus ou moins intensément.
Souvenons-nous pour terminer qu'il faut se garder de généraliser et d'appeler " sexualité abusive " toute forme de sexualité émanant de mineurs d'âge.
Jusqu'à un certain point, il est assez fréquent qu'une relation de type " dominant-dominé " infiltre les activités sexuelles, dans l'espèce humaine comme dans bien des espèces animales : l'un des partenaires est davantage conquérant, malmène un peu l'autre, le persuade et l'amène à se soumettre. Mais, une fois l'acte d'obéissance consenti, les deux partenaires prennent bel et bien leur pied dans ce qui suit ... on n'est pas encore pour autant dans le monde de l'abus (17).
Il est assez habituel aussi que les jeunes s'in génient à transgresser les règles et, par exemple, cette règle habituelle aux institutions résidentielles qui prescrit " No sex ". Néanmoins, lorsqu'un grand enfant ou un adolescent est passé outre et s'en est pris, par exemple, à un partenaire plus jeune ou/et plus passif dont il a obtenu le consentement, il est bel et bien un transgresseur, mais pas ipso facto un abuseur : passer d'une dénomination à l'autre, c'est souvent l'expression du contre- transfert des adultes dépités et enragés.

Enfants qui se prêtent à des adultes ( ou à des plus âgés ) ou qui se prostituent, en vivant de l'intérieur que c'est eux qui maîtrisent la jouissance de leur partenaire ( de leur client ).
Ces enfants sont rares mais existent. Ils tirent de la situation qu'ils ont parfois ( largement ) provoquée des profits matériels et psychologiques ( se sentir le maître de l'autre ). En référence à d'autres écrits, nous les situons dans un fonctionnement du moment qui est entre la psychopathie et la délinquance pure.

Activités sexuelles essentiellement déterminées par la quête affective.

Certains enfants carencés affectifs, en mal d'amour et de reconnaissance, recherchent la fusion des corps, avec un ou plusieurs parte naires de leur âge ou plus âgés. C'est cette nirvana indifférenciée qui les intéresse centralement, comme retour à l'expérience d'amour la plus primitive. L'activité et le plaisir génitaux locaux qui s'y adjoignent souvent ne constituent qu'un accessoire. Poussés par ce désir fusionnel, ils peuvent s'adresser à :

- un partenaire de leur âge ( voir le syndrome d'Hansel et Gretel décrit par T. Furniss [4];

- un adulte, porteur du même mal d'amour, dont ils deviennent un partenaire stable;

- un adulte, via la prostitution : ici, bien sûr, l'offre et la demande risquent d'être en hiatus; l'enfant reçoit à répétition le message qu'il ne vaut rien du tout, puisqu'il est rejeté après le moment de jouissance de l'adulte. Son besoin d'une impossible fusion n'en est que plus exacerbé.



Tableau 1.

L'accompagnement éducatif ou/et thérapeutique.

Ce que pourrait être un accompagnement idéal.

Supposons que nous - parents, éducateurs, thérapeutes - soyons en mesure de réagir immédiatement " en connaissance de cause ", c'est-à-dire en ayant correctement appréhendé la signification saine ou pathologique de la question, de la préoccupation ou/et de l'activité sexuelle à laquelle nous sommes confrontés. Supposons par ailleurs que nous soyons sereins.
Alors, dans ses grandes lignes, voici comment accompagner au mieux :

Une évolution et des activités sexuelles saines.

1. S'il nous arrive de " tomber par hasard " sur une activité sexuelle saine ou d'en être informés, une des attitudes les plus structurantes, c'est notre discrétion, qui renvoie l'enfant à sa génération d'âge : nous avons surpris quelque chose qui ne nous regardait pas, et nous sommes invités à tourner les talons, plutôt sans commentaires, en miroir de ce qui est demandé à l'enfant lorsqu'il surprend la scène primitive de ses parents.
Dans une large mesure, le meilleur accompa gnement de la sexualité saine d'un enfant d'âge scolaire consiste à lui laisser largement la paix, sans beaucoup nous mêler de ses tâtonnements, le plus souvent discrets.
Réfléchissons plutôt à notre témoignage d'adultes investis par lui, autour de l'identité sexuée et sexuelle et de la sexualité : c'est lui surtout qui sera à l'origine des identifications les plus stables de l'enfant, et de la mise en place progressive de ses pulsions, avec la part qu'il réserve à l'amour, au plaisir et aux sublimations.

2. Pour peu que nous soyons investis d'une mission d'éducation, cette sobriété peut nous paraître quelque peu frustrante ( nous avons parfois besoin de nous rassurer ) ou angoissan te pour l'enfant. Faut-il y rajouter en com mentaires? Oui, peut-être, mais de préférence pas sur le coup du réflexe émotionnel immé diatement engendré par la scène surprise ou apprise. Par après, à tête reposée, ce qu'on a vu ou appris peut être l'occasion d'un petit échange verbal sur la sexualité, son sens, la place que nous lui donnons dans notre vie et celle que nous proposons à l'enfant. Éventuel lement, c'est l'occasion de lui (ré)énoncer deux lois ( qui nous semblent transcender le relatif culturel ), de les lui expliquer et de vérifier s'il a suffisamment veillé à les observer A-t-il veillé à exercer son activité sexuelle discrètement, hors du regard de ceux qui n'y étaient pas invités ? Et, s'il y avait un ou des partenaires, celui-ci ( ceux-ci ) était-il ( étaient-ils ) consentant(s)? En particulier, si la différence d'âge était assez importante ( par exemple, implication d'un petit d'âge préscolaire ), on doit lui rappeler combien les tout petits sont suggestibles : leur consentement est donc souvent des plus fragiles et on fait mieux de les laisser dehors.
En outre, chaque famille, chaque système éducatif, chaque culture a un point de vue propre sur l'équilibre qui doit exister, chez chacun de ses membres, entre ce que l'on pourrait appeler un droit à des réalisations pulsionnelles directes, et une attente que cette " énergie pulsionnelle " soit transformée en valeurs et en sublimations. Pour beaucoup, par exemple, le droit au plaisir - y inclus sexuel - est reconnu, mais à condition qu'il ne soit pas cultivé de façon trop envahissante.
L'adulte éducateur se donne donc naturellement le droit d'inviter l'enfant à se conformer à cette attente familiale et culturelle ( par exemple, " Avec ton copain X [ avec qui il y a eu le jeu sexuel ], j'espère que vous passez beaucoup de temps à vous amuser autrement, et à faire d'autres choses. Qu'est-ce qui vous intéresse ? "). Mais, redisons-le, c'est surtout le témoignage de vie des adultes qui est susceptible d'avoir l'effet éducatif le plus radical.

3. Si nous sommes interpellés comme psycho thérapeutes à ce propos, nous pouvons discuter avec les parents dans les termes décrits ci- dessus; il nous revient également de les aider à comprendre le retentissement en eux de cette sexualité perçue chez leur enfant, et l'inscrip tion de ce retentissement dans leur histoire.



Tableau II. Sexualité pathologique : grandes intentions de la prise en charge.

Après quoi, ils feront mieux la part des choses entre ce qui est vraiment au service de son épanouissement et ce qui est pur remous de leurs réminiscences subjectives.

Une évolution et des activités sexuelles momentanément pathologiques.

Nous nous centrerons sur les quatre pathologies les plus fréquentes que nous avons déjà décrites : une sexualité anxieuse-compulsive ( névrotique ou post-traumatique ), une sexualité excessive ou/et précoce (" hypersexualité "), une sexualité liée à l'abus de pouvoir, et une sexualité perverse. Les grandes lignes de la prise en charge de chacune procèdent de grandes catégories d'intention identiques, avec chaque fois des applications particulières, telles qu'elles sont résumées dans le Tableau II.

" Travailler " nos émotions

Il est rare que nous demeurions suffisamment sereins face aux manifestations sexuelles des enfants, surtout quand elles sont porteuses de caractéristiques pathologiques, à même de nous déstabiliser. Les réactions émotionnelles les plus habituelles conduisent à la dramatisation (" C'est un futur Dutroux "), ou, à l'inverse, à la banalisation-minimisation, qui n'est souvent qu'une dénégation de l'angoisse que nous éprouvons (" Ils jouent tous à touche-pipi " ... ou, en plus distingué, " Les enfants sont des pervers polymorphes "). Et il y a encore la fascination voyeuriste, qui conduit elle aussi à la banalisation ou à une répression excitée, ce qui ne vaut guère mieux. Et donc, la toute première étape du travail consiste à regarder en soi-même, et à chercher pourquoi " ça " retentit de telle ou telle manière : des données de notre histoire, nos connaissances, notre rapport de dépendance ou de contre- dépendance à la culture et aux règles .. risquent de venir interférer de façon domma geable avec la signification que l'acte a revêtu pour l'enfant, et avec le besoin qu'il a d'entendre un certain type de messages éducatifs pour intégrer sa sexualité dans son projet de vie et pour se socialiser.

Avoir de la sollicitude pour l'ensemble de la personne de l'enfant

Schématiquement, cette intention se décompose on trois chapitres :

1. Il a existé un (des) fait(s) sexuel(s) problématique(s). Il faut pouvoir on parler avec l'enfant délicatement et clairement, en insistant au besoin : il est donc souhaitable qu'il puisse le(s) décrire, en le(s) plaçant dans leur contexte; il devrait également pouvoir donner ses idées à lui sur leurs causes : comment s'explique-t-il qu'il a fait cela ?; il devrait également évoquer la " place ", le " sens " qu'il attribue à sa jeune sexualité dans sa vie actuelle et future.

2. A travers l'écoute de l'enfant, à travers ce qu'il dit de lui de façon plus générale, à travers l'observation de son comportement et l'écoute de son entourage, l'adulte devrait, lui aussi, se faire une idée, souvent plus large, sur " les causes " : quels sont les facteurs individuels, familiaux, sociaux, probablement à l'origine de la pathologie sexuelle. Reste alors à y remédier ( guidance parentale, psychothérapie, changement de fré quentations, etc.).

3. L'enfant n'est évidemment pas réductible à sa sexualité : s'intéresser à d'autres dimensions de son être, estimées positives, et amplifier ses ressources, peut l'amener à désinvestir " naturellement " une sexualité déviante devenue inutile. Il en va de même si on s'intéresse à d'autres dimensions de son mal- être et si on les soigne. Pensons par exemple ici à la valorisation des projets et à la mise en confiance en soi des enfants névrosés. Pensons aussi aux issues " sublimées " que l'on peut proposer aux enfants en recherche de pouvoir.

Notre témoignage de vie, en matière d'identité sexuée, de rapport à l'autre, de sexualité.

A nous de nous rappeler qu'il s'agit là d'un axe éducatif de toute première importance, et d'y réfléchir à l'occasion.

Nos commentaires explicites autour de la sexualité

Pour peu que ces commentaires ne soient pas en contradiction avec notre témoignage spontané, et pour peu que nous soyons " signifiants " aux yeux de l'enfant, il peut être important que nous discutions explicitement avec lui de ce que peut représenter la sexualité dans une vie, à ses yeux et aux nôtres. A nous alors de veiller à ne pas être écrasants ( mieux vaut l'écoute et le partage des idées ), ni moralisateurs, type discours d'ancien combattant. Cet échange verbal comporte éventuellement des éléments informatifs ( fonctionnement; finalités biologiques; comportements sexuels habituels ...); il comporte surtout un partage d'idées sur les valeurs ( place de l'autre, du plaisir, de l'affection, etc); il évoque enfin l'inscription de la sexualité dans les Lois humaines et les normes culturelles et sociales. L'échange sur les valeurs est particulièrement important avec les enfants hypersexualisés, abusifs et pervers, qui, précisément, remettent en question " le sens ".

A propos des lois et des normes culturelles

1. Certains actes sexuels pathologiques consti tuent aussi des transgressions intentionnelles de grandes lois humaines essentiellement " via la violence faite sur le partenaire ou/et le non-respect des statuts générationnels ( des activités sexuelles avec des tout petits constituent plus une violence - même d'apparence douce - qu'une activité transgénérationnelle ).

* Certaines violences exercées sur le consente ment du partenaire sont très délibérées : c'est toujours le cas, par définition, quand l'enfant recherche essentiellement la jouissance de son pouvoir via sa sexualité (" abus de pouvoir sexuel "). Par ailleurs, plus occasionnellement, les enfants hypersexualisés ou pervers peuvent, eux aussi, ne pas respecter le consentement de leurs partenaires. Dans la sexualité anxieuse-compulsive, il peut également exister une violence faite au partenaire, mais elle est en partie involontaire ( ... et souvent, en partie non- inéluctable : la responsabilité est atténuée, mais pas nulle ).

* Dans certains actes sexuels transgénérationnels ( pédophilie ou inceste ), il peut également exister une demande active émanant de l'enfant ( le plus souvent hypersexualisé ou pervers ). Même si l'adulte qui dit " oui " reste le principal responsable de ce qui suit ( il n'a pas assuré sa mission d'éducateur ), l'enfant ici incriminé a également des comptes à rendre sur sa part de responsabilité.

Nous avons décrit dans d'autres textes ce qu'il en était de la réponse éducative à ces actes transgressifs ou pseudo-transgressifs. Limitons- nous à rappeler que :

- Pour tous ces enfants, quelle que soit leur intentionnalité, l'interdiction de transgresser la loi doit être redite et, s'il y a eu destruction d'autrui, des dédommagements doivent être demandés.

- Plus il y a eu intentionnalité, plus on peut signifier à l'enfant que ce qu'il a fait était mal, et plus on peut envisager des punitions.

- Tous peuvent être invités à se réparer de l'intérieur, et voir leurs efforts de meilleure socialisation récompensés.

2. En deçà des lois, il y a les normes culturelles et sociales qui disent quelles formes peut prendre la sexualité en général, et celle des enfants en particulier, pour respecter les attentes d'un groupe social déterminé. Aux éducateurs donc de réfléchir jusqu'à quel point ils veulent représenter la norme culturelle en cette matière.
En ce qui nous concerne, face à certaines formes perverses de la sexualité, ou face à une sexualité vraiment excessive, il ne nous choquerait pas d'entendre les adultes rappeler sobrement à l'enfant la norme culturelle, sans l'insulter ni le culpabiliser : " Chez nous, on ne pratique pas ce genre de sexualité-là ... ce n'est pas comme ça qu'on a l'habitude de se faire plaisir ... vivre sa sexualité avec autrui ".

Après, on lui interdit de recommencer.

Autres composantes importantes des attitudes quotidiennes

* Plaisirs et réalisations de soi en remplacement

Surtout face aux enfants hypersexualisés et soupçonnés de perversion : on peut veiller à leur proposer une ambiance et un programme de vie gais, attractifs, bien remplis. On définira avec eux des activités qui leur plaisent, où ils se sentent utiles, où ils ont l'impression de se réaliser, et on les encouragera à s'y investir. On essaiera particulièrement de mettre en place celles de ces activités qui connotent de vraies relations à autrui.
Cette invitation à vivre autrement ne sera pas faite grossièrement. Il ne s'agit donc pas de lui dire: " Fais du football pour ne plus penser à telle manière de pratiquer ta sexualité ".

Le message à ce propos doit être dissocié :

- d'une part, le rappel de la norme culturelle ou de la loi : ta sexualité peut s'exercer dans tel créneau et pas dans tel autre;

- d'autre part, et d'autres moments, des invitations à " bien remplir sa vie ".

* Présence de l'adulte dans le vie de l'enfant.

La sexualité déviante naît assez souvent en partie du vide : vide de présence matérielle, et vide d'un investissement relationnel de qualité. A nous d'en tirer les leçons et de redevenir davantage présents dans la vie de nos enfants, avec vigilance mais sans paranoïa, avec amitié, en les entraînant vers un monde social.

L'accompagnement tel qu'il fonctionne concrètement.

A. Il est rare que l'adulte fasse preuve tout- de-suite de la sérénité et de la lucidité qui permettraient totalement un accompagnement tel que nous venons de l'esquisser.
Pour beaucoup, il demeure une gêne à dialoguer clairement autour de la sexualité; c'est un héritage de l'ambiance répressive dans laquelle a baigné l'éducation sexuelle et l'accès à la sexualité de beaucoup d'adultes; c'est lié aussi au flou contemporain des normes; enfin, la culture prescrit que la sexualité doit être privée, intime et monogénérationnelle : cette valeur d'intimité pèse déjà sur la fluidité du dialogue.
Au-delà de cette gêne de base, des émotions excessives peuvent surgir, tant du côté de la dramatisation et de la poussée à culpabiliser l'enfant, que du côté inverse de " l'excitation érotique à ses côtés " et du clin d'oeil de principe. Sous l'emprise de ces émotions, l'adulte peut se taire trop ... ou parler inconsidérément.

Mais une première réaction peut ne pas être la réaction définitive! L'adulte peut, s'il le veut, réfléchir à l'opportunité de ce qu'il a commencé par dire ou faire; il peut se faire conseiller quelque peu; il peut " revenir ", avec l'enfant, sur ce qu'aurait été une première réaction maladroite et s'expliquer à ce propos, tranquillement : un nouveau commentaire et, aussi, quelques mots échangés sur la raison d'être du premier, peuvent s'avérer bien apaisants.

B. La signification saine ou pathologique de certains comportements sexuels n'apparaît pas toujours en une fois : tel acte sadique, est-ce un tâtonnement accidentel, ou un plaisir plus structural? Il faut se méfier, ici, de la tendance à faire de l'enfant un ange, de la difficulté que l'on peut ressentir à admettre que quelque chose ne va pas chez lui, surtout dans le domaine sexuel ... une volonté de le " normaliser " (18) envers et contre tout a déjà conduit à des désastres, c'est-à-dire à le priver de l'aide dont il aurait besoin! Si un enfant a fait quelque chose qui apparaît comme préoccupant dans le champ sexuel, il faut le rencontrer, essayer d'en parler avec lui et de savoir si ce n'est pas déjà une habitude qui s'installe. Il faut également être plus attentifs autour de lui, surveiller discrètement, sans prédiction négative grossière, mais sans naïveté non plus : une maman qui inspecte une fois ou l'autre une chambre en l'absence de son enfant n'est pas ipso facto une maman intrusive, possessive et " voyeuse " : elle va peut-être le sauver de l'emprise d'un principe du plaisir occupé à " déraper ", en lui montrant qu'elle veille ...

C. Pour terminer, rappelons une idée difficile déjà émise dans cet article : nous ne sommes pas choqués par l'existence d'une dynamique de conquête de la sexualité par l'enfant, face à des aînés et des adultes qui ne lui lâchent pas tout d'un coup. Nous n'avons jamais été partisans de l'hyper-information sexuelle, ni des parents qui font des clins-d'oeil réjouis à leurs enfants qui se masturbent ou collectionnent de la pornographie jusque sous leurs yeux. La pratique sexuelle ça doit vraiment rester du privé-monogénérationnel. Et même, plus radicalement, l'idée " Tu feras ça plus tard ... Tu es trop petit pour t'occuper de ça ... ", en situant le " plus tard " dans un flou mystérieux ou précis (" Je ne veux pas que vous ayez des relations sexuelles avant X âge "), peut être structurante pour l'enfant à la double condition que :

- l'adulte ne joue pas avec lui et pense vraiment ce qu'il dit;

- l'adulte ne cherche pas vraiment à débusquer si l'enfant a transgressé; s'il tombe par hasard sur une transgression, qu'il cherche à en comprendre la signification; si celle-ci est " saine " ( simple défi, l'enfant qui conquiert son grandissement ), l'adulte devrait pouvoir accepter que l'enfant est occupé à gagner sa place tout seul, dans le monde des grands.


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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES.

1. Bokanowski T.
Les déviations sexuelles et la question des perversions sexuelles. In Lebovici S, Diatkine R, Soulé M eds. Traité de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.Paris: PUF, 1985: 267-289.

2. Chiland C.
Des difficultés du concept de per version. Perspectives Psychiatriques 1989; 16-1: 7-11.

3. Chiland C.
Changer de sexe. Paris: Odile Jacob, 1997.

4. Furniss T.
The multiprofessional handbook of child sexual abuse. London: Routledge, 1993.

5. Gavschon A.
The analysis of a latency boy. The developmental impact of separation, divorce and remariage. Psychanal Study Child 1990; 45:217-223.

6. Hayez J.-Y.
Peurs, anxiétés et angoisses de l'enfant. Modélisation et traitement. Ann. Medico- Psychol. 1999; 197(5): 308-319.

7. Healy N, Fitzpatrick C, Fitzgerald E.
Childhood neurotic disorders with a sexual content need not imply child sexual abuse. J Child Psychol Psychiatry 1991; 32(5): 857- 863.

8. Lamb S, Coakley M.
" Normal " childhood sexual play and games, differentiating pIay from abuse. Child Abuse Neglect 1993; 17(4): 515-526.

9. Pelsser R.
Les figures du père et de la mère dans les conduites perverses. Information Psychiatrique 1994; 9: 770-777.

10. Sotterfietd S.
Common sexual problems of children and adolescents. Pediatr Clin North Am 1975; 33-3: 643-652.

11. Wagner KD, Sullivan MA.
Fear of Aids related to development of obsessive-compulsive disorder in a child. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 1991; 30-5: 740-742.

12. Yates A.
Differentiating hypererotic states in the evaluation of sexual abuse. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 199l; 30-5: 791-795.

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Mots clés - Keywords.

MOTS CLES:
sexualité normale, jeux sexuels, perversion sexuelle, enfant abuseur, éducation sexuelle.

KEYWORDS :

children's healthy sexuality, sex play, perversion, sexual abuse by children, sexual education.

Palabras clave :

sexualidad normal, juegos sexuales, perversión sexual, niño abusador, educación sexual.

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Résumé - Abstract.


Résumé en français.

Résumé

Cet article expose ce que sont les manifestations saines ou pathologiques de la sexualité des enfants en âge d'école primaire, en y intégrant l'influence des changements relationnels et sociétaux des dernières décennies. L'article expose aussi quelques considérations sur l'éducation et la psychothérapie de la sexualité des enfants de cette tranche d'âge.

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Résumé en anglais.

Abstract

The article describes what are normal and pathological manifestations of sexuality in primary schoolchildren. It integrates the influence of recent changes in cultural and social values. The article then proposes some considerations about education on healthy sexuality and psychotherapy of the pathological one.

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Résumé en espagnol : Resumen.

N.B.  (N.B.)

Sexualidad de los niños en edad de escuela primaria (s14)

Este artículo expone que son las manifestaciones sanas o patológicas de la sexualidad de los niños en edad de escuela primaria, integrando la influencia de los cambios sociales en las últimas décadas. El artículo expone también algunas consideraciones sobre la educación y la psicoterapia de la sexualidad de los niños de este grupo de edad.

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- Notes. -

(1). Pédopsychiatre, docteur en psychologie, responsable de l'unité de pédopsychiatrie, coordinateur de l'équipe SOS Enfants-Familles, Cliniques Universitaires Saint-Luc, 10, avenue Hippocrate, B-1200 Bruxelles, Belgique.

(2). Grosso modo, il s'agit des enfants entre 6 ans ( début de l'école primaire et 12-13 ans ( puberté ). Nous nous centrerons surtout sur les enfants avant la préadolescence ( entre 6 et 11 ans).

(3). NB : " Quasi certitudes? " dans certaines circonstances ( excitation, angoisse, culpabilité ... ) l'imagination reprend le dessus et peut ramener les croyances magiques propres à l'âge préscolaire! ( par exemple cas tration ... ou " poussée du pénis "); ces flashes de convictions magiques peuvent être conscientes ou inconscientes.

(4). Nous adhérons au distinguo de vocabulaire que propos C. Chiland : identité sexuelle renvoie à la connaissance du corps et des organes sexuels ... ce qui est " sexuel " renvoie à l'utilisation de ceux-ci. Identité sexuée renvoie à la manière d'être que l'on manifeste parce que l'on est ( petit ) homme ou (petite) femme : comportements, rôles liés à la sexuation, en vertu, en partie, d'une adhésion profonde personnelle et en partie d'un prescrit culturel[3].

(5). Ce désir de transgresser présent chez le petit humain, pour se sentir vivre et être fort, connaît néanmoins des limites spontanées, même des petits enfants sont " retenus de l'intérieur " quand la transgression est repérée par eux comme ayant un effet trop destructeur. En revanche, ils s'en prennent régulièrement aux symboles, rites et insignes des adultes. Une belle illustration, qui porte cette fois sur la connaissance de la mort, en est donnée dans le dessin animé " Le roi Lion ": Simba et Nala s'en vont joyeusement explorer le territoire interdit par le Père, le territoire noir, à l'ombre ...

(6).- Une trop grande différence d'âge ( 4-5 ans et au-delà ) est plus préoccupante et renvoie assez souvent à davantage de perversité ou de perversion sexuelle, à un comportement post-traumatique, ou à une carence affective [4].

(7). Il arrive que une fois découverte la nudité de celui ( celle ) qu'on aime bien, on ne sache pas très bien qu'en faire ... et qu'il s'installe une gêne un peu triste, puis que l'on n'y revienne plus. C'est très joliment décrit dans le roman " Ben est amoureux d'Anna ". Et si par ailleurs, le petit Spirou désire ardemment connaître les dessous de Suzette, ce n'est pas par hasard qu'il n'y arrive jamais : la fête serait peut-être finie du même coup.

(8). Lamb [8] , dans une vaste recherche rétrospective, note que la recherche rétrospective érotique n'est citée que 14 fois sur 100, parmi les grandes catégories de buts recherchés. Les autres grands buts fréquemment invoqués sont : l'imitation de la manière d'être des adultes ( 30% ), puis la satisfaction de la curiosité et la maîtrise de l'angoisse, via les " jeux de docteur " ( 16% ).

(9). Un peu moins rare est le vécu amoureux réciproque mais sans activité sexuelle; s'il se développe intensément et durablement entre frères et soeurs, avec on sans activité sexuelle, ce pourrait être bien préoccupant.

(10). Ainsi marchent Simba et Nala, dans " Le roi Lion ", vers la zone d'ombres interdite. Apparemment détachés et excités ... déniant leur angoisse ... après avoir fait taire leur Sur-Moi représenté par le perroquet, oeil du Père ...

(11). Lamb [8] , " Incidental outcomes of other play activities ... ".

(12). En décrivant les lenteurs et retards du développement, nous avons dit que des angoisses strictement cognitives pouvaient perdurer anormalement. Nous n'y reviendrons plus ici.

(13). S'il est fondé sur la seule description de ce qui s'est passé, le diagnostic différentiel, alors, n'est pas toujours facile avec les actes masochistes ou sadiques des perversions. C'est plutôt les commentaires autour des motivations qui permettent de mieux comprendre la culpabi lité de l'enfant névrosé, le besoin de répétition de l'enfant qui a été violenté, ou la seule jouissance du pervers.

(14). Néanmoins, n'est-ce pas déjà excessif de prétendre que tout enfant est pervers polymorphe? Pour mémoire, rappelons que Freud n'a jamais prononcé ce slogan passe-partout. Il e écrit que : " Il est intéressant de constater que l'enfant par suite d'une séduction, peut manifester une perversité polymorphe et être amené à toutes sortes de transgressions " (S. Freud. Trois essais sur la théorie de la sexualité, traduction française, Gallimard ).

(15). Quant à l'adoption par un enfant des vêtements de l'autre sexe, on peut distinguer trois grandes catégories :

- le travestissement purement ludique : jouer à croire que l'on peut être ce que l'on n'est pas : ici, en l'occurrence, quelqu'un de l'autre sexe, voire de l'autre génération ( une maman quand on est un petit garçon ) : rêve de plénitude!

- Un travestissement plus grinçant,plus tendu ... mis en place à l'occasion par ceux qui se sentent mal dans leur identité sexuée spécifique; travestissement mi public mi-secret s'accompagnant éventuellement de comportements naturellement ou culturellement typiques de l'autre sexe ... On le voit dans le film " Ma vie en rose " et chez les enfants souffrant d'un trouble de l'identité sexuée.

- Un travestissement, plus pervers, qui a pour but une jouissance sexuelle précise, et qui pourra être, plus tard, le fait des " travestis ".

(16). A une exception près, mais plus typique de l'adulte que de l'enfant : lorsque la perversion est surtout enracinée dans la toute- puissance, le pervers peut s'afficher davantage : ce n'est pas G. Madzneff ni R. Peyrefitte qui nous démentiront.

(17). C'est néanmoins dans ce contexte que, si le jeu sexuel est surpris, l'ex-dominé, pour se défendre, prétend qu'il ne voulait pas et que c'est l'autre qui l'a obligé. Lorsque les adultes, adhèrent à cette version, ils définissent un " abuseur " et une " victime " et ne rendent service ni à l'un, ni à l'autre! Lamb [ 8 ] fait également remarquer qu'il y a comme un continuum entre ce qui serait une position de domination encore acceptable - elle a sa propre limite, qui est l'accord du dominé - et une autre, tout-à-fait abusive - où l'on se contente tout au plus d'un pseudo-accord -.

(18). C'est la même volonté de " normaliser " envers et contre tout, qui prive probablement pour le moment la société belge tout entière de l'occasion de se libérer de sombres chancres maffieux,et de protéger plus efficacement les enfants contre les réseaux pédophiliques.

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Création le 29 juillet 2003.
Dernière mise à jour le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un document prêté par le professeur Jean-Yves Hayez.

DS.ds


 


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... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 

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Bravo de m'avoir trouvé

Félicitations

Ce site a été composé par un bénévole sans aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié du professeur Hayez.

C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.

L'hébergement du site est situé sur lycos depuis le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir pratiqué cette action bénévolement également avec beaucoup de professionnalisme.

Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a été supprimé par Lycos le 15 octobre 2006 pour une raison non expliquée. Nous le regrettons vivement et ceci altère fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.



... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a été retirée par souci de simplicité.







Vérification d'accessibilité

Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et Netscape ( quelques instructions ignorées )

Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP

La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.


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RESUMES.

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Résumé en anglais : Summary.     ici

Résumé en espagnol : Resumen.<