Jean-Yves Hayez
(1).
I. Faut-il avoir peur de la sexualité de nos adolescents ?
Sont-ils de plus en plus dangereux, c'est-à-dire créent-ils
des destructions physiques et morales d'autrui ou d'eux-
mêmes quand ils vivent et qu'ils pratiquent leur sexualité ?
La réponse à cette question serait positive si on constatait
de façon avec une hausse significative, que nos
adolescents mettent à mal, par des pratiques douteuses, le
patrimoine génétique que nous leur avons prêté en les
procréant et qu'ils prêteront à leurs propres enfants.
Je ne pense pas que des phénomènes comme la parentalité
adolescente irresponsable soient en grande croissance.
Personnellement, j'ai de grands doutes sur la question de
savoir si, plus que par le passé, les jeunes s'enlisent, en
tout cas transitoirement, dans des sexualités perverses
assez dégradantes.
Quant au fait qu'il y aurait de plus en plus de brutalisation
de l'autre dans la pratique sexuelle des adolescents,
personnellement, je n'en crois rien. Je pense qu'il s'agit là
d'une rumeur que les adultes propagent pour toutes sortes
de raisons sur lesquelles on peut revenir. Selon moi, la
réponse à la première question portant sur une plus grande
dangerosité de la sexualité de nos adolescents est plutôt
négative.
Mais alors, si ce n'est pas du côté du danger, où sont les
différences entre la sexualité de nos adolescents et celle
des générations ou demi-générations précédentes ? Je me
demande si ces différences ne sont pas plus ténues qu'on
ne veut bien le dire.
Bien sûr, dès neuf, dix ou onze ans, on a des
connaissances théoriques précises sur le vocabulaire, sur
les pratiques de Bill Clinton et autres us et coutumes
relationnels en matière d'échanges sexuels des grands.
Bien sûr, l'exploration du corps sexuel se fait plus
facilement, comme une chose naturelle qui génère moins
de culpabilité, qu'il s'agisse de la masturbation, de l'accès
à la pornographie, de provocations mineures qui
foisonnent sur Internet où des adolescents s'amusent un
peu entre eux à pratiquer du Cyber Sex, ou encore
lorsqu'ils vont y provoquer des adultes – qui n'ont pas à
être sur des forums ados – et trouvent de cette façon une
occasion d'avoir une maîtrise sur le plaisir sexuel des
adultes. Des petites choses comme celles-ci existent. Je
pense par ailleurs qu'aujourd'hui, davantage d'adolescents
sont à même d'assumer qu'ils passent par des périodes où
ils questionnent leur orientation sexuelle, en s'ouvrant à
des conduites bi-sexuelles ou homosexuelles, et qu'ils
peuvent vivre quelques expériences tout en ne se sentant
pas fondamentalement différents des autres, moins
qu'avant en tout cas.
Mais finalement, ce qui reste typique de la sexualité des
adolescents, comme cela l'a d'ailleurs été pour notre
sexualité, c'est qu'ils vont hésiter, ne pas être sûrs, se
demander pendant un certain temps quelle est leur valeur
sexuée, leur valeur au masculin ou au féminin, en tant que
jeune homme ou en tant que jeune femme, ainsi que leur
valeur sexuelle ( la longueur de leur pénis, le volume de
leurs seins, etc.). Les adolescents s'interrogent sur la
valeur qu'ils ont sur le marché de la rencontre
sentimentale et progressivement sexuelle : est-ce qu'ils
sont des partenaires potentiellement acceptables ?
Ces préoccupations et ces doutes ne vont pas
complètement disparaître à l'âge adulte mais vont se
poser avec plus d'acuité à l'adolescent, en particulier au
moment où il va vivre sa première rencontre intime avec
un autre, au moment où il se risquera à partager son
intimité, ses sentiments et son art sexuel débutant. Lors de
cet engagement qui vise à être total, bien des jeunes vont
se poser des questions intemporelles et fondamentales
comme : « Qui est cet autre différent de moi ? Est-ce qu'il
ne va pas m'engloutir ou me blesser avec son corps si
différent ? Est-ce qu'il va m'accepter ? Est-ce que je ne
vais pas ramasser un râteau si je m'approche de lui ? Est-
ce que je ne vais pas être rejeté ? Que va-t-il vraiment
penser de moi, ? comment puis-je vraiment lui plaire, lui
donner de l'amour et du plaisir ? Etc. »
Lorsqu'on considère des statistiques sérieuses, on
s'aperçoit que le fameux abaissement de l'âge des
premières relations sexuelles n'est pas aussi considérable
qu'on le dit parfois : elles situent l'âge des premières
relations sexuelles aux environs de quinze ans et demi,
seize ans ( et non à l'âge de onze ou douze ans comme on
pourrait le penser ). Ainsi, de ce point de vue, la situation
ne me semble pas aussi préoccupante que peuvent le faire
penser certaines représentations relatives à la sexualité de
nos adolescents.
II.
Néanmoins, étant bien entendu cette ambiance de fond
plutôt rassurante,
je vais vous énumérer quelques sources
de préoccupations qui existent quand-même chez moi.
En voici d'abord la liste, puis je les discuterai en détails.
La première de mes préoccupations porte sur une situation
qui vous étonnera peut-être car on n'en parle pas
beaucoup. Il s'agit du nombre accru de jeunes adolescents
qui plongent, pour un moment, dans des pensées et dans la
pratique d'une sexualité bizarre, comme par exemple la
pratique de commerce sexuel avec l'animal de compagnie
de la maison. Pour certains, vivre de telles pratiques
sexuelles se limite à une phase dans le développement de
leur sexualité, mais d'autres jeunes peuvent s'y enliser.
Certains prêtres du
« You like it, just do it » soutiendront
qu'il faut considérer l'installation dans de telles pratiques
non pas comme une perversion mais comme le
développement d'une nature, d'un potentiel génétique et
que, finalement, chacun a le droit d'être comme il est
même s'il s'agit de limiter sa sexualité à la pratique de la
sodomie ou à la collection d'images ou d'histoires sado-
masochistes. Une telle prise de position est évidemment
inacceptable.
Ce qui me préoccupe également – même si ça vous paraît
un peu désuet –, c'est la consommation abondante,
banalisée de la pornographie. On estime en effet qu'à l'âge
de dix ou onze ans, 30 % des enfants savent déjà très bien ce
qu'est la pornographie et ont accès de temps en temps et
sans grandes difficultés à du matériel pornographique.
Je signalerai encore deux autres sources de préoccupations
qui existent sans constituer des phénomènes en
augmentation alarmante. Il s'agit d'abord de ces jeunes
ados qui vont offrir leur corps sexuel pour mendier de
l'amour et de la reconnaissance. Ensuite, et je terminerai
par cette question qui agite beaucoup la société, celle de
l'adolescent auteur d'abus sexuel. Évidemment, ce type de
situations est inquiétant, inacceptable, mais ce qui me
préoccupe également concerne tout autant le tapage et le
commerce faits autour de ces situations.
III. Les enlisements dans une sexualité bizarre ?
Ils
nous tendent les bras sur Internet via les chat, les forums et
autres sex-shops virtuels et clubs spécialisés. L'illustration
qui va suivre en constitue un exemple parmi des centaines
de milliers. Il s'agit ici d'un jeune Américain ( quatorze
ans ) qui explique sur un forum d'ados de bonne tenue,
consacré à leur vie sexuelle, le problème auquel il est
confronté et qu'il vit avec ambivalence : il est pris dedans
et y trouve son plaisir tout en n'étant pas si heureux de son
choix qu'il trouve bizarre ; son problème est qu'il « kiffe »
– pour reprendre le vocabulaire des adolescents – il
« kiffe » fortement les pieds des garçons. Il n'y a
pratiquement que ça qui lui procure de l'excitation
sexuelle. En parlant de cette situation, le jeune conclut par
la fameuse question qu'on trouve sur tant de forums « Is it
normal ? ».
De telles situations d'enlisement dans une sexualité
archaïque sont en rapport avec l'augmentation diffuse de
l'hédonisme et des conduites de consommation parfois
proches de l'addiction dans notre société. Le
développement de telles formes de sexualité a à voir avec
ce slogan que certains établissent en valeur et dont je
parlais plus haut :
« You like it, just do it. » Ces
enlisements sont aussi liés à l'émoussement des normes
socio-familiales, à la dilution des attentes précises des
familles. Par de tels enlisements, on se donne le droit de
délirer, de se représenter à peu près n'importe quoi, en
tous cas virtuellement, par image, par histoire, et parfois
même un peu plus que virtuellement.
Ces enlisements sont beaucoup plus nombreux et
diversifiés qu'on ne veut bien se le représenter, comme on
le remarque par exemple en tapant les mots
infantilisme ou
cannibalisme dans un moteur de recherche sur Internet.
Vous découvrirez ainsi que nombre de personnes juste
après leur journée de travail voire d'école ...), se mettent
des couches dans lesquelles ils font pipi et caca, boivent
des biberons et puis essayent de rencontrer des partenaires
qui en font autant. Et il y a aussi des psychologues qui
expliquent à ces personnes qu'il s'agit de conduites
naturelles et qu'ils ont le droit d'être eux-mêmes. Des
psychologues eux-mêmes infantilistes. Parmi ces dizaines
de milliers de personnes qui font de l'infantilisme, il y a
environ 6 ou 7 % de mineurs.
Concernant le cannibalisme, je n'ai pas fait de recherches
sur Internet mais j'ai simplement lu le journal ce matin. En
effet, on juge en Allemagne un homme accusé de
cannibalisme : cet homme en avait invité un autre chez lui,
partenaire qui avait accepté de se faire manger. Ils ont
donc commencé par manger ensemble le pénis de l'invité.
Ensuite, l'hôte a tué son invité, toujours avec le
consentement de ce dernier. Il l'a tué, il l'a mis au frigo et
il l'a mangé pendant quelques semaines. Et c'est de
nouveau à partir de forums, de sites que ces deux hommes
s'étaient rencontrés. Je suis persuadé qu'il y a des mineurs
qui sont des adeptes de ces sites de cannibalisme : ils
s'adonnent à leur lecture, si pas à de la pratique, à la
recherche de sensations très fortes et de l'impression de
déviance extraordinaire que cela procure.
Pour certains, l'enlisement dans de telles pratiques peut
s'avérer transitoire : moment de curiosité, d'exploration de
tous les possibles, de défi à l'ordre et à la culture ... puis
l'adolescent se reprend tout seul. Pour d'autres, ces
pratiques vont se chroniciser, occuper de plus en plus de
leur énergie, générale et sexuelle et les couper de la
rencontre progressive, intime avec autrui. Ils vont se caler
soit dans la solitude, soit dans l'artifice généré par la
fréquentation accrue au fur et à mesure de leur
développement de jeunes adultes, de quelques clubs de
rencontres sulfureux. Ces pratiques sexuelles pourront
faire dire à certains qu'elles sont sans conséquences,
qu'elles n'engagent que la personne qui les consent. Au
risque de paraître un peu ringard, j'ai quand même envie
d'employer le terme de « pratiques dégradantes ».
Lorsqu'un ado s'administre à répétition des décharges
électriques basse tension dans les testicules ou qu'une
autre se fait lécher le clitoris par le petit toutou de
l'appartement à la suite de recommandations vues sur
Internet, j'ai des difficultés à voir dans ces comportements
l'expression de quelque chose de magnifiquement humain.
Je sais bien que les basses pulsions, les instincts,
l'archaïsme sont en nous mais je ne vois pas l'intérêt, en
termes d'évolution de l'humanité, qu'il y a à vouloir
arrêter de réprimer ces conduites.
Pour d'autres, la situation est encore bien pire puisque
dans la satisfaction de leur sexualité perverse, déviante, ils
vont commencer à ne plus respecter autrui, qu'ils
consomment pour leur bon plaisir. Par exemple, chaque
fois que la police arrête des communautés de pédophiles
qui vont sur le Net, il y a toujours trois ou quatre pour cent
de mineurs. Il s'agit d'adolescents qui, peut-être pas
nécessairement par perversion, peut-être parfois en lien
avec leur insécurité existentielle ou par peur de rencontrer
des partenaires de leur âge, ont trouvé du matériel sexuel
sur Internet. Certains d'entre eux sont passés du virtuel au
réel et commettent des actes pédophiles.
Je vais brièvement vous parler de Nicolas, un adolescent
venu me voir pour des problèmes d'endormissement et qui
entre bien dans cette première catégorie de jeunes que je
viens d'évoquer, celle des jeunes qui vont faire des
expériences de moyenne durée dans des Dark Side, des
zones sombres. La thérapie avec Nicolas a été longue (
deux ans et demi ) et il m'a beaucoup parlé de ses
préoccupations sexuelles. Il était comme divisé de
l'intérieur : une partie de lui était mûre il me disait alors
qu'il avait vraiment envie de rencontrer une fille ( … et de
pouvoir « assurer » avec elle, pour la première fois,
pendant les 26 minutes du morceau « Echoes » des Pink
Floyd ... plutôt sympa et confiant, ce fantasme ...) Mais,
d'autre part, Nicolas était pris dans la culture du sadisme,
déjà depuis l'âge de neuf, dix ans. Il avait connu, par
hasard, ses premiers plaisirs sexuels mêlés de douleurs à la
gymnastique. Ces expériences lui avaient énormément plu.
Il avait de plus en plus collectionné de la documentation
sadique. Par exemple, il m'a expliqué qu'au cours d'une
de ses expériences sexuelles, il avait voulu imiter un
prisonnier uruguayen torturé et qu'il s'était mis nu sur un
balai et s'était masturbé. Il m'expliquait avoir ressenti à
cette occasion l'éjaculation la plus intense qu'il ait jamais
ressentie. Il n'avait pas osé aborder cette expérience face à
face mais m'avait envoyé un mail pour m'en parler. Nous
en avons évidemment reparlé par la suite à l'occasion d'un
entretien. Cette expérience et l'excitation ressentie
renforçaient son ambivalence. Je crois que ce qu'il aurait
idéalement attendu de moi, c'est que je l'aide à rencontrer
des filles sans pour autant le détourner de ses plaisirs
sadiques. Ce n'est pas ce que j'ai fait évidemment. Sans le
condamner, sans le culpabiliser ou le rejeter et en essayant
d'accepter le sens que ces pratiques pouvaient avoir dans
sa vie et le plaisir qu'elles lui procuraient, je lui ai quand
même fait comprendre que ce n'était probablement pas
vraiment ça que la communauté attendait de lui, ni la
communauté en général, ni moi-même, comme membre de
cette communauté. Je l'ai également amené à penser que
ces plaisirs-là n'étaient pas les plus à même de lui apporter
du bonheur dans sa vie. Des plaisirs immédiats, peut-être,
mais le bonheur est autre chose. Finalement, Nicolas a un
peu modéré ses penchants sadiques.
Pour ces adolescents, je pense que c'est particulièrement
en termes préventifs que nous devons réfléchir,
notamment par le témoignage de vie que nous pouvons
leur donner, en tant qu'adultes, d'une sexualité et d'un
rapport aux autres de qualité. Nous avons à réfléchir à
l'attractivité que nous mettons dans leur quotidien, au sens
que nous donnons à leur vie quotidienne. Nos maisons
doivent être des maisons ouvertes : ouvertes à la
sociabilité, au contact des autres. La communication
quotidienne doit y être de qualité, avec la possibilité de
pouvoir parler de choses profondes. La prévention pose
aussi la question de la présence des parents et des
éducateurs du quotidien, leur présence spirituelle
certainement, mais aussi celle des encouragements à
réaliser des choses positives, et aussi, bien entendu, un peu
de présence matérielle. Ces adolescents qui ont l'air de ne
rien faire, qui ont l'air de ne pas mobiliser et développer
leurs ressources, qui sont à longueur d'heures perdus
devant leur ordinateur, rien ne nous empêche d'aller voir
parfois ce qu'ils y font, de s'y intéresser et d'en parler
avec eux. Une telle démarche ne m'apparaît pas comme un
crime de toute puissance.
La thérapie de Nicolas s'était déroulée dans le cadre d'une
consultation privée. Vu son âge et compte tenu qu'il était
venu me voir comme thérapeute privé, j'avais choisi de ne
pas parler, directement, de ces questions-là avec ses
parents mais plutôt de parler avec eux de la façon dont il
occupait sa vie. Si je ne leur ai jamais parlé de ses
égarements sexuels c'est aussi parce que je ne suis pas sûr
que mettre intégralement les choses sur la place publique,
via la judiciarisation par exemple, va nécessairement
produire un effet favorable à la reconstruction, à
l'amélioration de soi. Bien souvent, cela peut plutôt
pousser les gens à se crisper, à protester, à se fermer.
Toutefois, je suis convaincu que dans des situations
caractérisées par des conduites préjudiciables qui ne
respectent plus l'autre, le dialogue, la surveillance, la
vigilance à quelques-uns peut aider ces adolescents à
progresser, mais sans nécessairement mettre en action les
institutions les plus officielles.
IV.
Revenons à la liste de mes préoccupations. Concernant
le rapport très commun de nos jeunes et le nôtre à la
pornographie,
je ne vais pas faire de dolorisme. Je ne
pense pas que la consommation banalisée de pornographie
amène beaucoup de psychopathologies inquiétantes chez
beaucoup de jeunes. Parfois un peu, mais il s'agit d'une
minorité.
Par contre, cette consommation banalisée participe
indiscutablement à l'émoussement généralisé des normes.
Elle participe à un changement de regard sur l'être
humain, par lequel il n'est plus tout à fait quelqu'un de
précieux. Une telle consommation substitue à l'idée selon
laquelle chacun d'entre nous a en lui un trésor, un petit
prince et une petite princesse destinés à être entourés de
beaucoup de respect, l'idée d'un être humain comme
marchandise achetable et ce même dans ses
caractéristiques les plus intimes, les plus corporelles … De
plus, lorsque nous laissons nos jeunes consommer du
matériel pornographique, nous les laissons participer,
comme lorsque nous le faisons nous-mêmes, à
l'exploitation de l'homme par l'homme. En effet, aux
côtés de Rocco Siffredi et de quelques grandes stars
hystériques de la pornographie, un certain nombre des
personnes embarquées dans cette industrie pornographique
y sont exploitées, et le sont en référence à de la misère
qu'elles vivent.
V.
Une autre de mes préoccupations porte sur ces grands
enfants et adolescents qui se sentent tellement seuls,
tellement peu importants et contenus par tellement peu de
normes sociales
qu'ils n'hésitent pas à se donner sexuellement,
à se proposer sexuellement à des
adolescents et à des adultes pour capter un peu l'attention
et, ils l'espèrent, l'amour d'autrui. Et nous savons tous que
ces quêtes tournent rarement bien. De très loin en très loin,
il y a la rencontre d'un enfant en mal d'amour avec un
pédophile lui-même en mal d'amour. Il arrive que de cette
rencontre naisse un certain type de relation à laquelle je ne
suis pas toujours sûr qu'il faille toucher si on n'a rien
d'autre de plus sociable à proposer.
Mais, la plupart du temps, ce n'est pas comme ça que ces
situations tournent. Ce type d'enfant ou d'adolescent est
pressé comme un citron par des instables, des pervers ; il
est embarqué plus vite qu'il ne le pense dans les circuits
commerciaux du sexe ; il doute de plus en plus de sa
valeur à être aimé et il développe de plus en plus de
comportements à risque, contracte des maladies
sexuellement transmissibles ou fréquente des milieux
dangereux dans lesquels ça peut se terminer très mal pour
lui.
VI. Je terminerai avec la question des mineurs auteurs
ou mineurs abuseurs.
Vous savez, ces petites filles de six
ans qui baissent brutalement la culotte d'un petit garçon
dans les cabinets des écoles et qui mettent en bouche son
zizi , alors que le propriétaire se demande parfois ce qui
lui arrive. Pour cette petite fille, il s'agit d'ailleurs
rarement de la pratique d'une fellation érotique mais plus
d'une expérimentation cognitive en référence à de
l'information qu'elle a entendue, reçue et qu'elle essaye
de vérifier.
Il y a des tas de mineurs que l'on va désigner sous le terme
d'« auteurs ». Un certain nombre des désignations rangées
sous ce terme sont erronées. Un certain nombre d'activités
sexuelles entre mineurs n'ont pas toujours nécessairement
les conséquences dramatiques que nous voulons bien
proclamer. Alors, nous faisons injustice à ceux qui s'y
livrent et ce, pour de nombreuses raisons : nous nous
sentons menacés et nous avons envie de nous venger de la
sexualité un peu triomphante et activiste de ces
adolescents ; nous les désignons, les mettons à l'avant-
plan en oubliant toutes les composantes de leur situation
et, entre autres, notre part de responsabilité liée à nos
absences, à nos incitations à la consommation ; etc.
N'oublions pas que parfois aussi les sociétés ont besoin de
boucs-émissaires et procèdent à de fausses désignations.
Lorsqu'on passe en revue ce phénomène des abus
possibles entre jeunes, il faut aussi se rappeler les aspects
suivants. Premièrement, il arrive que de jeunes enfants
délurés en plein âge d'école primaire essayent de
déstabiliser les grands qui les entourent. Ils ne
s'attaqueront peut-être pas aux adultes directement – parce
que s'ils ne sont pas idiots et qu'ils ont intégré en eux la
loi de l'interdit de l'inceste –, mais ils peuvent essayer de
déstabiliser des grands frères, des grands cousins, des
grandes cousines de quatorze ou quinze ans et, si ceux-ci
ne sont pas très bien dans leur peau ou s'ils sont, comme
on le dit familièrement, démangés par leurs pulsions, on
voit survenir quelque chose d'ordre sexuel entre ces
mineurs. Ces situations m'amènent aussi à remettre en
cause la pertinence de considérer que la responsabilité
appartient nécessairement au plus âgé de ces jeunes,
comme on a tendance à le dire lorsqu'il s'agit de
comportements sexuels impliquant des adultes.
Réciproquement, s'il est vrai que l'apparition pubertaire
de la sexualité est, chez un certain nombre d'adolescents,
un phénomène brutal caractérisé par des besoins de
vérification, de consommation, des plaisirs solitaires ou
partagés, et que cette sexualité va apparaître difficilement
contrôlable et mêlée à de l'agressivité, cela peut se passer
de la même façon pour monsieur et madame tout-le-
monde. Surgit irrégulièrement, chez l'adolescent, le besoin
irraisonné de faire quelque chose d'extraordinaire, de faire
un truc fort, mauvais et ainsi de s'approcher du mal
pendant un court moment : imaginons cette fille de
quatorze ans qui, il y a cinq minutes, ne savait peut-être
pas qu'elle allait le faire et qui se retrouve, après avoir
baissé le pantalon de son frère de onze ans, en train de lui
sucer le sexe. Une fois ce geste posé, cette jeune fille ne va
pas se reconnaître dans ce qu'elle vient de faire, elle va
avoir envie de s'enfuir d'elle-même et elle ne
recommencera probablement jamais.
A ces situations, peut s'ajouter le besoin de vengeance
contre ce qui a été terrifiant dans leur propre vie et qui
peut continuer à travailler un certain nombre d'ados.
Lorsqu'on met tous ces éléments ensemble, on comprend
que des abus soient tout à fait possibles, certains couplés à
la mise en œuvre d'une attitude exagérément insistante,
d'autres à des mécanismes d'emprise effrayante.
Il faut également se rappeler que la psychologie de celui
qui est sollicité est variable. Assez souvent, il est
ambivalent, ou, s'il n'est pas du tout d'accord, il n'osera
toutefois pas l'affirmer et restera dans une sorte de
résignation passive, dépressive, telle que celui qui le
sollicite aura peut-être du mal à y reconnaître le refus.
L'exploration de ces éléments montre à quel point il est
erroné de tout mettre dans le même sac et de considérer,
une fois pour toutes, que ces situations concernent
strictement une relation dyadique entre un aîné-auteur, qui
serait le plus souvent un garçon, et un cadet effrayé.
Au sujet de ces relations, nous pensons aussi un peu trop
facilement que lorsqu'un abus a eu lieu, il va se poursuivre
pendant des mois et des mois, que l'abus va devenir
chronique et que si on ne fait rien, l'abuseur va continuer à
s'en prendre sexuellement à des mineurs lorsqu'il sera
adulte. Lorsqu'on passe en revue les nombreux cas de
figure, notamment en prenant comme variables la
fréquence et le degré de consentement, on s'aperçoit que
beaucoup de choses sont possibles lorsqu'il s'agit
d'activités sexuelles entre mineurs. Par exemple, même
dans les cas de figure totalement inacceptables comme les
tournantes ( viols collectifs en petits groupes souvent avec
des ados jeunes ), il n'est pas impossible du tout que se
trouve impliqué, par hasard mais non sans responsabilité,
un jeune homme normal qui aurait été influencé par les
autres, qui a voulu pour une fois faire un coup
exceptionnel et mauvais, qui ne s'est d'ailleurs peut-être
pas complètement rendu compte de la gravité de ce qu'il
faisait et qui ne le recommencera jamais. Je ne parle pas
comme ça par laxisme ou pour laisser penser qu'il ne faut
rien faire mais pour rappeler l'importance de rester nuancé
quant aux prévisions formulées sur la durée, la
responsabilité, le degré de consentement des uns et des
autres. Autre exemple, il arrive régulièrement que des
relations sexuelles soient consenties entre adolescents,
même jeunes ( treize-quatorze ans ). Lorsque ces relations
sont connues par l'extérieur, il arrive souvent que celui qui
est a priori identifié par les adultes comme le plus faible
ait tendance à se défiler et à laisser accuser l'autre.
A mi-chemin, on trouve aussi des relations qui voient, au
fil du temps, un changement quant aux motivations des
partenaires. Un frère et une sœur commencent à avoir
ensemble des relations sexuelles à douze, treize ou
quatorze ans. Au début, la sœur peut être consentante puis,
après un an, ne plus être d'accord de poursuivre ces
relations, pour toutes sortes de raisons. Son frère qui est
devenu accro ne peut entendre et accepter son refus. A
certains moments, il est vrai qu'il peu devenir un auteur-
abuseur mais il ne peut être assimilé aux cas plus graves
des abus les plus chroniques, les plus répétitifs, les plus
préoccupants.
Parmi cette dernière catégorie des abuseurs chroniques, on
trouve principalement trois types de jeunes : d'abord les
ex-violentés, ces jeunes qui ont vécu dans la terreur et qui
deviennent eux-mêmes violents. ensuite les pervers,
comme ce garçon de seize ans qui, dans le film Kids de
Tim Larry, a pour perversion de déflorer des jeunes filles
vierges. Ce garçon montre une jouissance extrême à
déflorer ces jeunes filles de dix ou onze ans, à les prendre,
à les salir et à en prendre possession. Ensuite, il y a
quelques ados qui commencent à être pédophiles mais
davantage à la poursuite immature d'un besoin d'amour
que sur un mode pervers.
Dans les situations dans lesquelles il y a déjà eu des abus
sexuels, il est important de mettre l'accent sur la
prévention par rapport à la récidive. ; encourager les
partenaires potentiels, les enfants qui pourraient être à
nouveau sollicités, à se faire respecter, à dire « non » de
façon verbale mais aussi parfois musculaire. Il faut
apprendre à ces enfants et à ces jeunes qu'ils ont le droit
de ressentir de l'ambivalence et que ce n'est pas parce
qu'ils ont dit « oui » une fois qu'ils sont condamnés à être
d'accord pour toujours. Ils ont le droit de se positionner
comme sujet.
L'évaluation de ces situations doit être soignée et inclure
l'écoute de tous, en donnant à chacun la chance de
s'expliquer tout en tenant compte du fait que dans ces
situations, il y a place pour beaucoup de blocages de la
part des auteurs et pour beaucoup de mensonges de la part
de ceux qui ont été consentants et qui ne peuvent
l'admettre.
Un certain nombre d'évaluations n'aboutissent qu'à des
incertitudes. Dès lors, il est essentiel de pouvoir travailler
s'il le faut en n'énonçant que des suppositions. Par
exemple, on peut dire à un présumé auteur : « Si jamais tu
avais forcé ton partenaire, voilà ce que je pense et voilà
pourquoi je te prierais de ne jamais refaire une chose
comme celle-là dans ta vie. » De la même manière, on
peut dire à un jeune dont on suppose qu'il a pu être
consentant bien qu'il ne puisse pas le reconnaître : « Si
jamais tu avais été consentant et que tu ne le dis pas, il y a
aussi quelque chose qui ne va pas, et tu dois peut-être
avoir le courage de prendre tes responsabilités. » Après ça,
il y a évidemment le temps de l'échange sur le sens de la
sexualité et le temps de la sanction sur ce qui a été
vraiment abusif. Je crois, par exemple, que l'on ne doit pas
sanctionner un jeune adolescent parce qu'il a eu des
relations sexuelles mais parce qu'il n'a pas tenu compte du
non-consentement de l'autre dans ses relations sexuelles.
Dans l'accompagnement de ces jeunes, il y a aussi à
développer une vigilance pour réduire les risques de
récidive. Par ailleurs, nous avons aussi une responsabilité
à pouvoir rencontrer les besoins plus profonds de ces
jeunes qui abusent, leurs éventuelles souffrances
existentielles. En particulier, concernant la catégorie
évoquée plus haut des jeunes les plus préoccupants, ceux
qui ont été violentés dans le passé, il faut évidemment être
attentif à ce que notre intervention se révèle pertinente
pour soigner leurs traumatismes psychiques.
Notes
(1). Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur
en psychologie, professeur ordinaire à
l'Université catholique de Louvain ( Belgique )
et chef du service de psychiatrie infanto-juvénile aux
cliniques universitaires Saint-Luc ( Bruxelles ).
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
site :
http://www.jeanyveshayez.net/
je serais très heureux de dialoguer
avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Création le 12 octobre 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 02 mars 2008.
Issu d'un document en traitement de texte reçu
par mail du professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
- Notes automatiques. -