1. DEFINITIONS ET QUALIFICATIONS
1.1. Définitions
L'étymologie du terme secret renvoie à la
racine latine cerno : tamiser les bonnes
graines et séparer les mauvaises, distinguer,
discerner un objet du reste, le vrai du faux.
Secernere revêt la signification de
séparation, mise à part, conservation
écartée du reste, cachée, tandis que
dis-cernere renvoie davantage à l'idée de voir,
distinguer, décider (dé-cret), et ex cernere
à l'idée de rejet, d'expulsion : le terme
excrément y trouve son origine ( Levy, 1976 ;
Mairesse, 1988 ; Epelbaum, 1995 )
A. Nous proposons donc comme définition :
«
Un secret
(2)
est un savoir individuel ou collectif, pouvant porter sur
n'importe quoi, savoir qui est caché à beaucoup, et
dont les détenteurs se sentent ou non le pouvoir de
disposer »
(3)
Définition dont nous assumons qu'elle n'est
pas parfaite :

- ainsi, s'il est vrai qu'un secret est un
savoir, il arrive que celui-ci ne soit pas conscient ( secret
refoulé ) tant sa représentation consciente serait
traumatisante. On dit alors parfois qu'il existe une lacune
laissée en soi, de par la présence ... et la
non-accessibilité du secret à la conscience ;

- en principe, le secret peut porter sur n'importe quoi : c'est le
savoir de la chose, et non la chose, qui le constitue.
Néanmoins le contenu est souvent
« investi » par son
détenteur : eu égard à son histoire et
à son contexte actuel, il constitue une
réalité importante à ses yeux ( Bok, 1983 )
Et il imagine que, pour les autres aussi, le contenu du secret a
de l'importance : par exemple, il peut les détruire ou leur
donner trop de pouvoir ...,

- lorsque l'individu croit avoir la libre disposition du secret
qu'il porte, l'idée de le communiquer est néanmoins
souvent source d'angoisse, voire de culpabilité. Dans
d'autres cas, l'individu ne se sent que le dépositaire et le
gardien d'un secret qui ne lui appartient pas : par exemple,
être le seul à savoir que son meilleur ami a le SIDA;
quoi qu'il en soit, on voit combien le secret, paradoxalement,
participe à la vie relationnelle ...
B.Parmi tous les secrets, il y a ceux que l'on appelle
secrets de famille :
nous entendrons par là des éléments
d'informations que se sont appropriés un ou quelques
membres de la famille, en excluant activement les autres de leur
connaissance
(4)
( Miermont, 1987 ; Benoît & al., 1988 )
L'information en question porte souvent sur des
éléments du passé, d'un parent, d'un
grand-parent ou d'un descendant lointain, voire
« de la famille »
comme telle. Il peut s'agir d'une transgression, d'une rupture
avec les normes familiales, mais aussi d'une maladie
vécue comme inavouable ( psychose, suicide, violence
pathologique ), ou même de l'échec douloureux d'une
entreprise ( faillite )... Le secret peut concerner aussi le
passé de l'enfant ( surtout sa filiation :
insémination artificielle ; père biologique autre,
etc. ) Mais il peut porter également sur le
présent ( relation extra-conjugale d'un parent ;
difficultés financières; maladie de l'enfant ou
d'un parent ; transgression actuelle de la loi ... )
( Selvini, 1997 )
Souvent l'expérience recouverte par le secret est source
de honte, de culpabilité, de modification négative
de l'image de soi ou/et de la famille. Même s'ils n'en ont
pas été les agents directs, elle donne l'impression
à ceux qui savent qu'eux ou/et leur famille sont
menacés, ont une tare ou/et une dette à payer
à l'humanité, à des victimes
identifiées, voire à leurs propres enfants ...
Ainsi défini, le secret de famille est susceptible de bien
des variantes et notamment :

- quant à son contenu, aux affects et
représentations mentales qu'il génère et
quant à la dynamique qu'il induit chez ses
détenteurs : utilisation à des fins de pouvoir et de
régulation des relations; autoprotection ou/et protection
des autres, etc.
Autoprotection ? Basalement elle va jusqu'à
« essayer d'oublier ... chasser au fond
de sa mémoire », s'interdire
d'évoquer jusqu'avec ceux qui savent aussi. Dans certains
cas, il y a même un véritable refoulement, avec
les issues ultérieures qu'on lui connaît : de la
réussite à l'échec en passant par le retour
travesti du refoulé ;

- quant à l'identité des détenteurs
eux-mêmes : certains secrets sont connus d'un individu
seul : l'épouse sait qu'elle a un amant ; le père a
découvert un drame honteux dans sa famille d'origine et le
garde pour lui, etc. D'autres sont connus des deux parents ou des
enfants
(5)
: par exemple, l'aîné se
drogue ; le grand
frère et sa jeune soeur ont des relations sexuelles.
Ailleurs, il existe une alliance entre un enfant et un parent
( l'enfant parentifié ... celui dont on abuse
sexuellement ... celui qui connaît les avatars sentimentaux
de sa mère ... ) Et il y a encore d'autres combinaisons,
qui incluent la famille élargie ( par exemple les
grands-parents ou des personnes étrangères ) ;

- quant à la manière dontle secret a
été connu : par hasard, en référence
à une curiosité elle-même secrète,
par transmission explicite, etc.
1.2 Secrets maturants ou destructeurs
Nous nous limiterons à décrire et discuter une
qualification du secret, à savoir son effet possible sur
la construction du psychisme humain.
A. La possession de certains secrets et la dynamique qui
s'enclenche autour d'eux peuvent s'avérer maturantes pour
la construction du psychisme individuel, et pour la santé
du fonctionnement familial.
1. Autour de quatre ans, l'enfant découvre qu'il lui est
possible de retenir une information, souvent à partir d'un
petit désir qu'il a comblé tout seul ou d'une petite
bêtise qu'il dissimule avec succès, même si
c'est au prix d'une certaine angoisse il réalise ainsi
intuitivement ce qu'est un secret et donc ce qu'est
« l'intimité », l'existence d'une
vie privée. C'est
une découverte d'une énorme importance : à
travers ses petits secrets non éventés, il mesure
sa capacité à penser tout seul et de façon
originale, et à mettre des barrières efficaces autour
de son Moi intime ...
Encore faut-il qu'il comprenne qu'il a le droit d'utiliser cette
capacité, c'est-à-dire qu'elle ne constitue pas, par
principe, une transgression à l'ordre normal de la vie
psychique. Les parents jouent un rôle important soit pour
maintenir une confusion angoissée à ce propos, soit
pour faciliter sa sérénité. Mais même de
bons parents ont leurs faiblesses, et il leur arrivera de
contester à l'occasion un droit à la dissimulation
quitte, à d'autres moments - où ils seront moins
concernés - à s'en féliciter. Il persiste
donc une part de conquête que l'enfant doit faire tout
seul : «
Je suis capable d'avoir des pensées
privées, secrètes ... et j'en ai le droit :
d'ailleurs, c'est bien comme cela que les grands fonctionnent et je
suis d'une même nature humaine qu'eux » Cette
revendication, cette conquête d'un territoire propre, fait
partie du grandissement. Winnicott parle de la
nécessité d'un self secret :
«
Au coeur de chaque
personne, il y a un élément de non-communication qui
est sacré et dont la sauvegarde est très
précieuse » ( Winnicott, 1970 ) Le
philosophe
Haarscher ajoute :
«
La revendication d'une sphère
" secrète ", privée, dans laquelle l'Etat ne peut
intervenir qu'exceptionnellement, est à la base des droits
de l'homme » ( Haarscher, 1999, p. 7 ) Sinon,
c'est le cauchemar décrit par G. Orwell dans
« 1984 »
2. Corollairement, le recours au mensonge est inéluctable
dans certaines circonstances : mensonge par omission
- « Je ne sais pas » -, voire
altération intentionnelle des faits
(6)
Sans aller jusqu'à proposer qu'on institue un
véritable
« droit au mensonge », admettons que l'enfant y
recoure à l'occasion, au moins pour se protéger ...
même si cette manière de s'adapter à l'autre
apparaît parfois douloureuse et culpabilisante à
celui-là même qui l'utilise.
Nous-mêmes, thérapeutes, pouvons y être
mêlés : pensons à ces cover stories dont nous
suggérons l'utilisation aux enfants, dans certaines
circonstances, pour protéger leur narcissisme. Ce sont par
exemple des situations d'enfants hospitalisés en
pédiatrie pour abus sexuel et qui doivent répondre
quelque chose à leur compagnon de chambre ... ou celles
d'enfants de retour à l'école après une longue
phobie scolaire, qui doivent s'en expliquer avec leurs pairs.
3. Posséder un secret confère souvent une impression
ou/et une réalité de pouvoir :

- ainsi, le petit enfant peut vérifier qu'il n'est pas
constamment sous l'omniprésence du
« petit doigt qui
connaît tout » puisque tel secret qu'il
s'est efforcé
de garder le coeur battant, tel mensonge inventé pour ne
pas le divulguer, n'ont pas été remarqués par
son entourage.
Plus tard, quand il sera davantage sûr des limites de la
perspicacité des autres, il n'en jouira pas moins de
disposer d'un trésor de connaissances qui est hors de leur
portée ; il s'amusera même éventuellement
à lever un coin du voile ... jeu parfois bien
compliqué, rarement avoué, peut-être même
pas conscient : pensons à ces adolescents qui laissent
traîner leur courrier intime, les traces d'un joint ...
actes manqués et culpabilité ou/et maîtrise
subtile sur le parent, avec les nerfs de qui ils jouent ?
Et puis, même quand il décide de confier son secret
à quelqu'un - sa maman, son meilleur ami -, c'est encore lui
qui en aura décidé ainsi et choisi son interlocuteur.
Toute cette joie à se sentir puissant n'empêche
pas la coexistence occasionnelle d'idées ou de sentiments
plus négatifs : l'enfant n'est pas toujours sûr de
la légitimité de son pouvoir et s'en sent
coupable ...;

- et encore : dans un groupe ( scolaire, tribu,
etc. ) le fait que
tel secret ne soit connu que par quelques initiés leur
confère une identité propre et un pouvoir
symbolique : le simple fait de connaître les mots de passe
et l'endroit où est caché le trésor du
groupe trace les frontières de celui-ci, et indique un champ
spécifique de connaissance, qui est comme l'envers des
normes et savoirs communs ... En outre, il existe parfois une
dimension bien réelle de pouvoir, qui installe le
détenteur du secret à un niveau
hiérarchique privilégié ( par exemple,
connaissance des secrets des plantes ..., connaissance du secret
de l'identité de Saint-Nicolas, partagé par les
parents et les enfants aînés, et non transmise aux
petits ... ou, en plus moderne, connaissance des sites et salons
porno d'Internet, où l'on imprime les photos osées
dont sont exclus les petits ... )
4. Le partage des secrets et leur défense en commun, entre
initiés, concourt à la régulation des liens
affectifs : dire un secret, c'est un cadeau que l'on tait à
« l'ami sûr » ; un secret commun
unit les amis et rassemble
une partie de leurs forces contre l'extérieur.
« Garder le
secret » constitue aussi une épreuve,
révélatrice de la qualité de l'attachement :
quand il n'en est pas capable, l'ami d'hier est rejeté ...
mais recevra peut-être une nouvelle chance demain.
secrets de soie
5. Notons enfin l'importance de conquérir des savoirs
nouveaux, comme
(7)
« arrachés » à ce qui est
vécu comme le
trésor secret de la connaissance aux mains d'autrui
( souvent l'autre génération, le
parent ) : pensons
par exemple aux ruses et à l'efficacité des jeunes
hackers sur le Net
(8)
; une fois conquis, ce savoir est lui-même
souvent
repositionné comme un savoir secret, tout au plus
partagé jubilatoirement avec un petit groupe de pairs ...
Tels sont les secrets sur les origines, la filiation, la
sexualité, la mort
(9)
...
6. Dans une autre perspective, entre parents et enfants cette fois,
il arrive aussi que le non-partage d'un secret soit structurant :
ainsi en va-t-il lorsqu'il ne concerne en rien l'enfant, mais bien
la vie privée des parents et notamment leur vie
sentimentale ; dans ces conditions, et si en outre l'existence du
secret n'empoisonne pas l'atmosphère commune, ne pas en
parler à l'entant, voire lui répondre
«
Ça
ne te regarde pas » peut constituer en un acte sain
d'établissement des limites
intergénérationnelles.
D'autres fois, le maintien du secret exerce un effet protecteur de
l'angoisse et de la dépression: c'est le cas lorsque les
parents parviennent à cacher un gros souci qui les concerne,
eux. Plus encore, qui pourrait jurer que l'ignorance par l'entant
de certaines réalités sombres qui le concernent, 1ui
(10)
, est toujours psychotoxique ? N'est-ce pas
un slogan abusif que
d'affirmer « Il sait toujours » ? Ne
vaut-il pas mieux s'aligner sur
son besoin d'être ou de ne pas être informé, qui
est variable et fluctuant, et que l'on devine par signes ?
( Hayez & al., 1995 )
B. Inversement, dans d'autres situations, le contenu du secret
est à l'origine d'influences négatives qui
pèsent sur les exclus et souvent sur les détenteurs.
1. C'est d'abord le cas pour certains secrets de famille tels que
nous les avons définis.
a)
Cette « pesanteur négative » est
souvent aspécifique.
Par exemple, les parents sont insécurisés par le
contenu et les enjeux du secret qui absorbent
mystérieusement une bonne partie de leur énergie ; ou
encore, ils en sont déprimés, culpabilisés, ou
vivent des sentiments d'infériorité.
Leur comportement général en porte les marques ils
doivent taire des démarches mystérieuses ; ils
imposent des interdictions de fréquentation - ou vivent de
la haine pour d'autres familles - sur un mode apparemment
incompréhensible ; ils s'isolent ; l'ambiance
à la
maison est pesante ; de larges silences s'installent : en tache
d'huile, on parle de moins en moins d'autres vécus ;
corollairement, on met en place des mensonges, des mythes
familiaux rigides qui imposent une image idéalisée de
la famille.
L'enfant exclu du secret subit cette ambiance : il assiste à
ces comportements mystérieux et se fait rabrouer quand il
interroge. Son angoisse peut s'en trouver accrue : il
échafaude alors des fantasmes à visée
explicative encore plus terribles que s'il savait. Il peut
participer aussi à la dépression de tous et vivre
vaguement que sa famille est tarée, sans bien savoir
pourquoi ; il peut vivre aussi la blessure narcissique et le
sentiment d'intériorité typiques de ceux qui se
devinent exclus d'un domaine important.
Sa curiosité intellectuelle peut subir les effets de
l'interdiction de la quête du savoir : dans les pires cas,
face à ses premières questions qui lui sont
renvoyées comme des transgressions, l'enfant censure son
désir de savoir ( Diatkine, 1984 ) D'autres devinent en
partie, parce que le secret a suinté ( Tisseron, 1996 ),
mais pensent que ce savoir est mauvais et ne peuvent ni le
posséder ni le partager ils s'inventent donc des malentendus
anxiogènes ou/et posent des comportements bizarres,
symboliques, qui sont la suite logique de ce qu'ils ont compris et
qui ont peut-être aussi une très timide fonction
d'appel. Les plus fragiles, probablement
prédisposés cérébralement, se
construisent des idées délirantes dans le cadre de
décompensations schizophréniques. Pour quelques-uns
enfin, une façon moins négative de vivre quand
même leur curiosité intellectuelle consiste à
développer une passion hautement symbolique
( archéologie, génétique, psychanalyse,
etc. )
b)
Mais l'effet négatif sur tel enfant en particulier
peut également être spécifique. En voici
quelques exemples :

- enfant « chargé » de honte et de
culpabilité parce
qu'issu d'une filiation illégitime ; enfant
inquiétant, qui pourrait en vouloir à ses parents et
les rejeter s'il savait un jour ( par exemple, qu'il a
été adopté dans des conditions commerciales
troubles, ou malgré l'interdiction des
grands-parents ) ;

- projections négatives faites sur l'enfant : par exemple,
il est le seul garçon de la famille, ou/et il est impulsif,
ou/et il a certains traits physiques qui évoquent
irrésistiblement le grand-père délinquant
dont il est interdit de parler ... A voir fonctionner
l'enfant, on revit pourtant des affects et des questions,
refoulés ou conscients, liés à ce
grand-père; on interpelle l'enfant comme s'il en
était le fantôme ; petit à petit, l'enfant a
une certaine prescience du secret :
«
Le mensonge qui est
constitué en secret se transmet grâce aux
règles qui empêchent sa révélation ...
parce qu'elles sont de plus en plus parlantes, de plus en plus
évocatrices » ( Ausloos, 1987,
p. 73 ) Par la suite,
surtout à l'adolescence, il pourrait être
tenté par un passage à l'acte, dont la signification
la plus radicale lui échappe, et échappe même
souvent à sa famille, quel que soit le symbolisme dont
l'acte est chargé ( Miermont, 1987 ) ;

- demande subtile faite à l'enfant pour qu'il
« répare le destin » : par
exemple, il doit fonctionner comme
on imagine que l'aurait fait le frère mort dont on ne peut
pas parler ( cfr. le concept de délégation de
Stierlin. S'il réussit sa délégation, la
famille est soulagée ... mais lui ? S'il la
rate : dette de
loyauté et troubles divers )
2. Les influences négatives peuvent encore émaner
d'autres types de secrets, qui se vivent aussi dans la famille,
sans répondre strictement à la définition du
secret de famille.
a)
Secrets troubles qu'un adulte veut partager avec un enfant.
Ce sont souvent les circonstances qui poussent à ce
« partage », parce que l'enfant a
été un
témoin encombrant : «
J'ai volé
notre voisin ; tu
le sais mais tais-toi » ;
«
Ne dis jamais à l'expert
des Assurances que c'est toi qui as provoqué
l'incendie« ;
«
Tu m'as vu avec cet homme ... ne le raconte pas
à ton père »
Il est plus rare qu'un adulte veuille initier gratuitement l'enfant
à une vision du monde faite de tricheries, voire en faire
un complice actif de ses exactions.
Les résultats de ces manoeuvres sur l'enfant sont
variables :

- les rares fois où elles sont intentionnelles et
répétées, il n'est pas exclu qu'il finisse
par s'identifier à l'adulte et par se pervertir
lui-même ;

- plus souvent l'invitation de l'adulte, unique, traumatise
l'enfant ; si le secret concerne nettement quelque chose que
l'enfant identifie comme « mal », il peut
se sentir aussi mauvais
que l'adulte, comme corrompu par le simple fait de savoir
( Tisseron, 1996 ) A tout le moins crée-t-on
chez lui un conflit intra-psychique ;

- on prête à l'enfant une puissance qui n'appartient
pas à sa génération, et dont l'exercice peut
lui apparaître et exaltant et angoissant-culpabilisant ;

- dans certains cas, on exacerbe son complexe d'Oedipe de
façon trouble ( être l'allié d'un parent contre
l'autre )
On devine alors le malaise, l'angoisse et la culpabilité
qui peuvent s'en suivre durablement ainsi que la perte de
confiance dans les adultes de référence. Certains
enfants s'y enlisent. D'autres s'en remettent, en se sentant
peut-être un peu plus seuls et un peu plus
désabusés : sans doute est-ce cela aussi grandir,
c'est-à-dire assumer la non-perfection des parents ...
D'autres encore finissent par refouler les scrupules de leur
conscience, et par se donner le droit de fonctionner
eux-mêmes à l'occasion - ou habituellement - hors
normes.
b)
Secrets gardés par les enfants sur certaines de leurs
exactions, qu'ils estiment très graves.
Certes, les enfants en bonne santé psychique se donnent
progressivement le droit de garder des secrets, même à
propos de leurs « bêtises » Mais,
quand le secret porte sur
une transgression autoévaluée comme (très)
grave, ils peuvent vivre beaucoup d'angoisse et de
culpabilité, non seulement autour de la transgression mais
aussi de leur silence. Mieux vaudrait dès lors qu'ils
trouvent le courage de s'en ouvrir à un confident ... en
espérant que s'en suivra, soit une remise en place de leurs
idées autour de la pseudo-gravité de leur acte, soit
un pardon et une possibilité de réparation. Sinon,
comme le dit Tisseron (1996) « Le secret devient un fait
pathologique lorsque nous cessons d'en être le gardien pour
devenir son prisonnier »
C)
Secrets imposés à l'enfant par un tiers
agresseur.
Les arguments auxquels l'agresseur recourt pour obtenir le silence
sont divers : menaces physiques, apitoiement ou/et menaces morales
( suicide de l'agresseur par ailleurs aimé ...
éclatement de la famille ... peine de la maman si elle
venait à savoir ), mais parfois aussi séduction, et
confusions créées dans les idées et les
valeurs.
Aux thérapeutes à « apprivoiser »
ces enfants qui,
souvent, montrent indirectement qu'ils portent un lourd fardeau :
il faudra travailler avec délicatesse sur les
résistances, l'ambivalence, l'angoisse de l'enfant à
parler, parfois en utilisant des supports imaginaires ( histoires
racontées ) ( Hayez et de Becker, 1997, p. 259 et
sq. )
C. Enfin, il nous arrive d'être incapables de
prédire que l'enfant se sentira mieux ou pire selon qu'il
est mis au parfum ou reste exclu d'un secret, qu'il soit ou non
concerné dans le contenu de celui-ci : par exemple, son
père biologique n'est pas le père qui
l'élève, mais l'entente des parents qui
l'élèvent est bonne et ils n'ont pas
spontanément envie d'en parler, etc.
En fin de compte, nous ne sommes sûrs de la nocivité
du silence que dans quelques situations extrêmes. Par
exemple :

- l'inhibition douloureuse de tous, issue de l'existence d'une
réalité permanente pesante, de l'ordre du non-dit
pour les détenteurs, et du secret menaçant pour les
exclus ;

- les projections négatives ou les demandes de
réparation du destin qui portent intensément sur
l'enfant ;

- la culpabilisation active de l'enfant qui cherche à
savoir ; le mensonge actif et répété par
rapport à sa quête de vérité
persistante.
Mais souvent, c'est beaucoup plus incertain ...
2. LE MANIEMENT DES SECRETS CONFIES AUX THERAPEUTES
(11)
Nous nous contenterons d'exposer schématiquement quelques
principes, en étant bien conscient que sur le terrain ...
c'est moins simple !
I. Il existe deux catégories de situations
thérapeutiques où il est essentiel que soit
très largement garantie la confidentialité entre le
thérapeute et son vis-à-vis : ce sont les
psychothérapies individuelles d'adultes et celles
d'adolescents, qui ont été dénommées
et convenues bilatéralement comme telles.
Ici, la garantie de confidentialité, souvent explicitement
évoquée en début de traitement et attendue par
le client, est une condition importante pour qu'il se sente
« chez soi » face au thérapeute et
pour qu'il s'engage avec
confiance. Notamment pour beaucoup d'adolescents jeunes, constater
que le thérapeute donne et tient sa parole à ce
propos peut les interpeller positivement, et les encourager
à se donner le droit de se mettre des limites.
Garantir très largement la confidentialité ne
signifie néanmoins pas s'emprisonner dans le silence. Nous
reviendrons par la suite à cette exception rare mais
préoccupante que constitue la question du danger grave.
II. En dehors de cabinets spécialisés en
psychothérapie, la majorité de nos activités
n'est cependant pas constituée par les deux modules
précités : nous opérons bien plus souvent dans
des consultations à visée diagnostique, des guidances
parentales, des entretiens thérapeutiques relativement peu
formalisés avec des enfants ou des adolescents, des couples
ou des familles. Nous menons également des thérapies
familiales strictement identifiées comme telles, et des
thérapies individuelles bien formalisées avec des
enfants jeunes, jusqu'à l'entrée dans l'adolescence.
Dans tous ces contextes, il nous paraît plus sage
d'élargir les frontières de la confidentialité
et de prévoir une large circulation d'informations dans la
famille nucléaire, c'est-à-dire entre tous ceux
qui sont liés par des liens affectifs naturels et puissants
et qui doivent vivre intensément au quotidien les uns avec
les autres.
En effet, il nous semble souvent enrichissant qu'au sein de la
famille nucléaire, chacun connaisse les grandes lignes de ce
que vivent les autres à son propos : il peut alors
s'expliquer, s'adapter, négocier ou changer en connaissance
de cause. Il en va de même à propos de ce que vit
l'autre « en général », de
sorte que chacun
identifie bien qui sont ses partenaires de vie et ce qui les meut.
Néanmoins, chaque membre de la famille peut s'opposer au
principe de cette retransmission s'il le trouve important ( cfr.
IV ), et le thérapeute garde un pouvoir
d'appréciation quant à l'intérêt et au
contenu de chaque retransmission.
En outre, l'idée maîtresse, c'est que
soient
retransmises les grandes lignes de ce que chacun vit et pense
et non le détail des idées, des
expériences ou des fantasmes dont il parle au
thérapeute ni le contenu précis de ses dessins et de
ses jeux en séance ( si c'est un enfant )
III. Dans la perspective de cette retransmission familiale
des vécus les plus importants, nous invitons les membres de
la famille à l'aventure de la parole sans trop gloser autour
de la confidentialité. En cours de route, nous les
encourageons à se transmettre les uns aux autres ce
« plus important » ou/et nous organisons
des entretiens familiaux de
« transmission facilitée », moments
où ce sera eux
- de préférence - ou
nous - s'il le faut - qui
procéderont à la retransmission.
IV. Néanmoins, la liberté humaine
étant ce qu'elle est, tout ne se passe pas toujours
ainsi : en cours de route, chacun, quel que soit
son âge, peut
demander explicitement que restent secrètes certaines choses
qu'il vient de dire, et ceci pour des motifs très
variés ( se protéger; protéger l'autre; faire
alliance avec le thérapeute, etc. )
De toutes ces raisons d'être possibles du secret, mieux vaut
nous imprégner d'abord, les goûter en quelque sorte,
sans a priori, avec une bienveillance flottante, en leur donnant
leur chance de nous convaincre ou non.
V. A. Si nous nous rallions au point de vue du demandeur,
tout devient simple. Autant si c'est lui qui se rallie
sincèrement au nôtre : tout au plus faudra-t-il
parfois l'aider un peu pour bien passer le cap de la
révélation.
B. Dans d'autres cas, nous vivons une profonde incertitude quant
à l'intérêt du maintien ou de la levée
du secret. Continuer à réfléchir avec les
demandeurs de celui-ci - sans faire de cette centration un
thème obsédant -, observer et écouter les
exclus sans rien brusquer, discuter avec des collègues ...
peut nous aider à faire le moins mauvais pari.
Philippe ( treize ans ) est dysthymique de longue
date, avec, tous
les dix-huit mois environ, un épisode dépressif
majeur. Sa
relation avec sa mère est tendue ; l'on sent dans le chef
de celle-ci une certaine ambivalence à l'égard de son
fils, auquel elle semble préférer sa soeur cadette.
La maman est à nouveau enceinte
« par surprise » ; elle
hésite, réfléchit avec nous, décide de
garder le bébé ... puis il y aura une fausse couche,
dont elle mettra des mois à nous dire que c'était un
avortement et à exprimer sa honte et sa culpabilité
à ce propos ... Mais
« C'était au-dessus de mes
forces ... et puis, on a déjà tellement de
difficultés avec Philippe ! Si le bébé allait
être comme lui ! »
Philippe ne sait rien de l'avortement ... Officiellement, sa
mère a été très affectée par la
fausse couche. Quelques mois après, en séance de
thérapie, il dessine une maman-bateau qui attaque son petit
bateau qu'elle n'aime pas, et l'envoie au fond de la mer ... De
quel petit bateau s'agit-il ? Et que faire ?
C. Restent alors les fois, majoritaires, où les
détenteurs du secret veulent maintenir celui-ci contre notre
avis.

- Dans la majorité de ces cas, nous gagnons à
décider de mettre notre avis en suspens et d'accepter leur
choix sans céder à l'impatience, ni au passage
à l'acte ( Epelbaum, 1995 )

- Il existe une seule exception impérative à ce choix
d'alignement : il est impensable de maintenir un secret dont
l'existence entraîne un danger grave pour autrui et dont on
estime que la révélation l'atténuerait ou le
supprimerait. « Danger grave » est le plus
souvent pris dans le
sens restrictif de danger physique.
Une seconde exception, plus rare et moins contraignante, est
constituée par l'application du devoir de bientraitance aux
enfants jeunes : leurs parents ont souvent besoin d'être bien
informés pour être efficaces, et l'exigence de silence
voulue par le petit enfant peut être dictée surtout
par une motivation phobique irrationnelle. Il ne va pas de soi
qu'il faille toujours lui obéir, bien qu'entrouvrir la porte
de cette possibilité est hasardeux.
Une dernière exception, rare elle aussi et plus discutable,
est constituée par les secrets dont on a la conviction que
le maintien conduit le processus thérapeutique à une
impasse totale. On peut alors mettre fin à celui-ci en
invoquant un prétexte secondaire, sans trahir le secret.
Lorsque le secret est maintenu, le thérapeute qui se trouve
face à l'exclu du secret est dans une position analogue
à celui-ci ; l'exclu doit se construire face à un
mystère qui lui fait de l'ombre, mais qu'il lui est
interdit d'explorer clairement ; le thérapeute sait, mais ne
peut rien dire de ce qu'il sait.
Comment réagir alors si le thérapeute a l'impression
que l'exclu « tourne autour du secret » dont
la connaissance lui
est officiellement interdite ? Il doit garder le silence, s'il s'y
est engagé, mais de façon non pesante, avec un
léger clin d'oeil bienveillant qui signifie :
«
Ton
idée ( ou ta question ) n'est ni stupide, ni
mauvaise ...
mais je ne puis rien te dire en réponse »
Si, sur cette base, l'exclu se hasarde à des
hypothèses concrètes sur ce qui a pu se passer, on
peut, sans prendre parti, échanger avec lui des
idées générales sur les
phénomènes humains qu'il met en jeu
( «
Ça
peut arriver que des adultes se suicident, etc. Quelles en sont les
raisons et les conséquences possibles pour eux et pour leur
famille ? ») Néanmoins, c'est plus
souvent dans des
productions imaginaires et symboliques que l'autre montre qu'il
progresse dans son questionnement, et ceci, d'autant plus qu'il est
plus jeune. Et on peut parfaitement l'y rejoindre aussi !
3. LA COMMUNICATION DE CONFIDENCES OU/ET D'UN SAVOIR SUR UN
ENFANT OU/ET SA FAMILLE, DANS LE RESEAU DES PROFESSIONNELS
Ici également, nous nous limiterons à exposer
schématiquement quelques principes.
3.1. Une mauvaise pratique en voie d'extension :
le signalement
Beaucoup d'intervenants de première ligne se sentent de plus
en plus pressés de dénoncer à des
autorités administratives ou judiciaires le comportement
insatisfaisant de membres des familles qu'ils accompagnent. C'est
notamment le cas s'il y a maltraitance physique ou sexuelle
avérée ou simplement suspectée.
L'expérience montre néanmoins que beaucoup de
signalements précipités ou intempestifs n'aboutissent
pas, ou font pis que bien. Ils sont générés
par d'incroyables pressions, véritablement terrorisantes,
que les hiérarchies administratives ou les procureurs font
régner sur leurs bases, pour démontrer leur force.
Mais ils ne sont pas vraiment au service de l'aide aux personnes.
Le risque zéro est une illusion ; il faut pouvoir
gérer sur place des situations à risque chaque fois
que l'alliance créée, et l'accompagnement
pédagogique et thérapeutique mis en route, sont
supposés constituer la moins mauvaise solution.
L'unique consigne éthique et légale
impérative, c'est d'assister la personne en danger. A ce
propos T. Marchandise, procureur du roi à Charleroi,
rappelle que la seule chose que l'on peut sanctionner, c'est
l'égoïsme, la non-sollicitude pour autrui, les yeux
volontairement fermés sur son malheur ... et non le fait
d'avoir signalé ou non signalé
( Marchandise, 1999 )
3.2. Partage de confidences ou/et d'un savoir entre un
thérapeute et les professionnels
non thérapeutes en place
pour gérer la même situation
Il s'agit ici de la collaboration du thérapeute avec les
enseignants, les travailleurs sociaux, voire les médecins
traitants.
A. Ici, le thérapeute est partagé entre un devoir de
discrétion et de protection de l'intimité de ses
clients
(12)
, et le souci que ceux-ci soient bien compris
et pris en charge
dans le réseau qui les accompagne; ce souci peut parfois lui
donner envie de parler d'eux, comme il croit les percevoir.
D'autant plus que si ses collègues non thérapeutes
se réfèrent trop strictement à une
« modélisation institutionnelle »,
la créativité de tout risque d'en prendre un coup :
enfants et familles trop étiquetés et
accompagnés de façon mécanique et immuable.
B. Il est donc souvent utile d'encourager le client
(13)
à s'exprimer lui-même par ses propres forces dans le
réseau, quitte à organiser des tables rondes qui
facilitent ces moments d'expression.
C. Complémentairement, si le thérapeute se sent
lui-même invité de l'intérieur à
« dire
quelque chose » du client aux autres intervenants, il peut
s'aligner alors sur l'idée des
« grandes lignes » et sur
les procédures exposées dans le paragraphe II.
Néanmoins, ici, il est essentiel d'en discuter
préalablement et explicitement avec ledit client, quel que
soit son âge. Il donne son accord ou non, et l'on peut
raisonner alors comme dans le paragraphe II ; en cas d'accord,
notamment, il faut vraiment s'en tenir aux
« grandes lignes » On
veillera également à parler avec humilité, en
évoquant des hypothèses que l'on échafaude, la
possibilité de faire erreur ... plutôt qu'en amenant
triomphalement des certitudes !
D. Si règne cette ambiance de discrétion, il convient
de prévenir l'installation de sentiments d'exclusion ou
d'infériorité chez l'intervenant qui ne serait pas
mis dans ( la totalité de ) la confidence.
C'est souvent un « état d'esprit
d'équipe » qui
maintient la confiance des individus : reconnaissance de la place
de chacun et de la compétence de ses fonctions ; existence de
moments de rencontre et d'échanges en cours de travail,
où chaque parole est prise au sérieux et sert
à toute la communauté, etc.
3.3. Partage du savoir entre co-thérapeutes
La majorité des auteurs plaide pour qu'existe un
« secret partagé » qui permet une
meilleure connaissance du malade
et de son entourage, et donc des soins plus judicieux et plus
coordonnés ( Olivarès, 1992 )
A. On n'est pas pour autant obligatoirement dans le monde du tout
par rapport au rien. En voici l'un ou l'autre exemple :

- souvent, la règle est : «
Nous sommes
susceptibles de tout nous dire entre
thérapeutes », mais,
de facto
, c'est le temps dont on dispose et le jeu des associations
libres, qui modulent la quantité des retransmissions. Quand
on a adopté cette règle du secret partagé, il
est hors de question d'accepter en cours de route une demande de
confidence dont serait exclu le collègue ... pas plus qu'une
sorte de passage à l'acte à ce propos ( secret
exigé après coup ) Si ces demandes se
présentent, il s'agit de les entendre, d'en chercher le
sens, et de dire sereinement pourquoi elles sont inacceptables,
quitte à annoncer que la persistance dans l'exigence
contraire entraînerait la fin de la prise en charge ;
Françoise Dolto : que pensent nos grands maîtres
de la légèreté avec laquelle, parfois, nous
sortons de la confidentialité ?

- néanmoins, le fait que deux thérapeutes se
communiquent tout, alors qu'ils travaillent tantôt en
entretiens scindés, tantôt en entretiens conjoints, ne
signifie pas qu'ils vont ipso facto tout rapporter en entretien
commun. Ils ne le font que s'ils le trouvent judicieux, en tout ou
en partie.
B. Une attitude inverse et convenue à l'avance peut parfois
s'avérer structurante : c'est surtout le cas dans des
thérapies d'adolescents et de leurs familles, où les
thérapeutes des uns et des autres sont différents et
où se succèdent des moments scindés et des
moments de mise en commun : alors on peut concevoir que les
thérapeutes respectifs choisissent de ne rien se dire en
l'absence de leurs clients - hormis situation de danger. S'il en
est ainsi, les moments de mise en commun sont vraiment des moments
de construction d'un savoir commun, pour toutes les personnes
présentes, à partir du dialogue
« hic et nunc »
BIBLIOGRAPHIE
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Tintin et les secrets de famille: secrets
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non-communication, ( 1963 ), 151-169, in
Processus de maturation de l'enfant, Coll. science de l'homme,
Paris, Payot.
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Mots clés - Keywords
Mot clés
Secrets de famille, Confidentialité, Confidences.
Sleutelwoorden
Familiegeheimen, Vertrouwelijkheid, Vertrouwelijkheden.
Keywords
Secrets of family, Confidentiality, Confidences.
Palabras claves
Secretos de familia, Confidencialidad, Confianzas.
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NOTES
(1) J.-Y. Hayez, pédopsychiatre, docteur en
psychologie, responsable de l'Unité de
pédopsychiatrie, Cliniques Universitaires St-
Luc, 10 avenue Hippocrate à 1200 Bruxelles,
Belgique.
(2) On pourrait d'ailleurs distinguer les vrais secrets des
« savoirs discrets » ( par exemple :
«
J'ai été à
selle ce matin ... je ne le chante pas sur tous les
toits ») et
des « non-dits » ( informations
connues par tous, mais dont on ne
parle jamais, souvent parce qu'on redoute la destructivité
qui s'en suivrait ) Les « secrets de
Polichinelle », eux, ne sont
considérés comme secret que par l'un ou l'autre de
ceux qui en détiennent le contenu. Ainsi le veut leur
naïveté ou leur narcissisme tout le monde connaît
l'information, mais on ne leur en parle pas.
(3) Dans sa définition, G. Ausloos insiste davantage sur la
volonté de dissimulation, qui s'exerce tant par le silence
des mots que par la non-apparence des signes indirects :
«
Elément d'information non transmis, que
l'on s'efforce
consciemment, volontairement de cacher à autrui, en
évitant d'en communiquer le contenu, que ce soit sur le mode
digital ou analogique » ( Ausloos, 1987,
p. 64 )
(4) Nous n'incluerons pas dans notre définition les
non-dits que tout le monde connaît dans la famille mais sans
communiquer à leur propos, et dont on ne parle pas à
l'extérieur ( par exemple, l'alcoolisme du
père )
(5) L'ensemble des enfants ou un sous-groupe
précisément concerné.
(6) Piaget, par exemple, signale qu'il en est fait un usage
« normal »
et fréquent à partir de quatre ans et demi pour
protéger son self et être quitte des parents
(«
Ce n'est pas moi, c'est mon frère
qui l'a fait »)
(7) Comme ? c'est parfois une impression purement subjective ...
et néanmoins structurante. C'est parfois une
réalité.
(8) Certains parents empêchent cette quête du savoir
par l'enfant, comme s'ils voulaient en rester les seuls
détenteurs ou/et dispensateurs. Cette attitude
« conservatrice » conduit parfois à
de la surinformation ( par exemple en matière
sexuelle ), ce qui, loin de
libérer l'enfant l'infantilise ... Mieux vaut souvent que ce
soient comme des frottements accidentels, des
événements de la vie ( le silence gêné
d'un parent, son incongruité émotionnelle, une
allusion ) qui déclenchent chez l'enfant une démarche
de conquête.
(9) Une jolie illustration en est donnée, au cinéma,
dans le film de fiction
Stand by me
( B.Reiner, 1987 ) :
initiation de préadolescents à la connaissance de la
mort, mais aussi à ce que sont les turpitudes d'adultes
apparemment fiables ( l'institutrice ) ... et
donc, mort de la
naïveté de l'enfance. Dans le même ordre
d'idées, dans le dessin animé Le roi Lion, Simba et
Nalla partent à la découverte interdite du territoire
noir.
(10) Par exemple : un mauvais état de santé
physique des
origines de vie particulièrement dures chez un enfant
adopté peu curieux, etc.
(11) Nous emploierons le terme générique
« (psycho) thérapeute » pour
désigner le professionnel, souvent
(pédo) psychiatre ou psychologue, responsable de
consultations à visée principalement diagnostique,
ou de psychothérapies à visée
d'amélioration de la santé mentale, dans une
acception très large de ce terme guidances parentales,
thérapies ou entretiens familiaux, thérapies
individuelles, etc.
(12) Clients individuels ou familles nucléaires cfr.
§ II.
(13) Client individuel enfant ou/et sa famille, etc.
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RESUMES
Résumé en français
Résumé
Posséder un savoir secret peut s'avérer maturant ou
de faire confidence à un soignant est signe de confiance,
mais qui peut mettre celui-ci dans une position embarrassante.
Comment gérer les confidences de l'enfant, réelles ou
imaginaires comme telles par celui qui les reçoit, en
entretien individuel ? Comment faire un choix entre des valeurs
telles : la reconnaissance du droit à
l'intimité, le
devoir d'éducation, qui connote souvent que les parents
soient bien informés, le devoir de protection ... ?
L'article propose une manière de raisonner qui
intègre la prise en compte de ces différents
paramètres.
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Résumé en néerlandais : Samenvatting
Geheimen en hoe ermee werken in een psychotherapie ?
Een geheim hebben kan groeihevorderend of vernietigend
zijn, voor zichzelf alsook voor de omgeving met wie men hem niet
deelt. Hem delen met een hulpverlener is een teken van vertrouwen,
maar kan deze daardoor in een moeilijke positie zetten. Hoe kan
men wat in vertrouwen door het kind is meegedeeld, dat het reële
of imaginaire feiten betreft, binnen het kader van een individueel
gesprek behandelen ? Hoe maakt men keuzes tussen verschillende
waarden nl de erkenning van het recht op privacy, de opvoeding
- wat inhoudt dat de ouders goed ingelicht worden -, de plicht
het kind te beschermen ? Dit artikel stelt een denkwijze voor
die deze verschillende parameters integreert.
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Résumé en anglais : Summary
The secrets and their utilisation in psychotherapy
To possess a secret knowledge, can turn out maturant or destroyer
for himself and for the circle of acquaintances to whom one does
not communicate it. To do confidence of it to a professional is
reliable sign, but can put this one in an awkward position.
How to manage the confidences of the child, real or imaginary
as some by the one that receives them, in individual interview ?
How to choose between values some: the recognition of the right
for the intimacy ; the educational duty, which often connotes
that the parents are informed ; the duty of protection ? The
article suggests a way which integrates the consideration of
these various parameters.
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Résumé en espagnol : Resumen
Los secretos y su manipulation en psicoterapia
Poseer un conocimiento secreto, puede resultar
maturante o destructor para quien lo posee y para el circulo de
conocidos a quien el no lo comunica. Confiarlo a un
profesional de la salud mental - un psicoterapeuta - es
signo de
alianza y de confianza, pero puede poner éste en una posicion
torpe. Como manejar las confianzas del nino, verdaderas o
imaginariass por el que que los recibe, en la entrevista
individual ? Como escoger entre valores como : el reconocimiento
del derecho a la intimidad ; el deber educativo, que a menudo
connota de compartir informaciones con los padres ; el deber de
proteccion ? El artîculo sugiere un camino de discutir que
integra la consideracion de estos varios parametros.
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