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Hayez Les racines et les ailes. Ressources, tâches et embûches de la famille. Giovanni Abignente.
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Les racines
et
les ailes.
* biographie et receuil de publications scientifiques du
professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Les racines et les ailes.
Résumé du livre.
Cet ouvrage, écrit dans une langue accessible à tous, offre une analyse de la
famille telle que nous la vivons aujourd'hui dans nos sociétés occidentales
contemporaines.
Lieu de milliers de dynamiques, la famille pose la question primordiale de la
recherche d'un équilibre entre deux forces contraires, l'identification aux proches
et la différenciation : être dedans et être dehors.
Lorsque le jeune adulte parvient à se réapproprier ses propres racines familiales
pour y puiser un ressourcement, il peut alors déployer ses ailes et fonder à son tour un
nouveau cycle familial, sans nier son passé ni en être le clone.
C'est ce mouvement de la vie, avec ses inéluctables tensions, qui est décrit et analysé
par l'auteur tout au long de son livre.
La dernière partie de l'ouvrage, consacrée aux transformations que connaissent les
familles de nos jours, aborde la problématique des familles séparées, recomposées
et adoptantes.
En interrogeant les situations qui nous sont les plus familières, le livre propose une
réflexion approfondie surtoutes les grandes questions relatives à la famille. Il offre
au lecteur une mise en perspective de sa propre expérience familiale.
Cet ouvrage est destiné aux professionnels de la santé mentale et de la famille
( thérapeutes, médiateurs, etc.) mais aussi à tous ceux, adultes et grands adolescents,
qui souhaitent mieux comprendre leur parcours familial il leur offre une mise en
perspective intelligente et sensible de
leur propre expérience familiale.
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dont je viens de partir.
Les racines et les ailes.
La couverture du livre.
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Les racines et les ailes.
le texte qui est au dos du livre.
Carrefour des psychothérapies
Les racines et les ailes
Préface et adaptation française de J.-Y. HAYEZ
Postface de P.-J. FONTAINE
Cet ouvrage, écrit dans une langue
accessible à tous,
offre une
analyse de la famille
telle
que nous la vivons
aujourd'hui dans nos sociétés occidentales
contemporaines.
Lieu de milliers de dynamiques, la famille pose la question
primordiale de la
recherche d'un équilibre
entre deux forces
contraires, l'
identification
aux proches et la
différenciation
être dedans et être dehors. Lorsque
le jeune adulte parvient à
se réapproprier ses propres
racines familiales
pour y puiser un
ressourcement, il peut alors déployer ses ailes et fonder à son
tour un
nouveau cycle
familial, sans nier son passé ni en être
le clone. C'est ce mouvement de la vie, avec ses inéluctables
tensions, qui est décrit et analysé par l'auteur tout au long de
son livre.
La dernière partie de l'ouvrage, consacrée aux
transformations
que connaissent les familles de nos jours,
aborde la problématique des familles
séparées, recomposées et adoptantes.
En interrogeant les situations qui nous sont les plus
familières, le livre propose une réflexion approfondie sur
toutes les grandes questions
relatives à la famille.
Il offre au lecteur une
mise en perspective de sa propre expérience
familiale.
Cet ouvrage est destiné aux professionnels de la santé
mentale et de la famille ( thérapeutes, médiateurs, etc.) mais
aussi à tous ceux, adultes et grands adolescents, qui
souhaitent mieux comprendre leur parcours familial; il leur
offre une mise en perspective intelligente et sensible de leur
propre expérience familiale.
Giovanni ABIGNENTE ( 1950-2003 )
psychologue et psychothérapeute italien de renom spécialisé
dans les questions liées à l'adolescence et la famille, inspiré
notamment par les modèles et méthodes systémiques, fut
enseignant et chercheur à l'Université de Salerne ( Italie ) et
à l'Université catholique de Louvain ( Belgique ).
Outre de nombreux articles et contributions à des ouvrages
collectifs, il a publié les livres Identikit del preadolescente
(1990) et Adolescenti e genitori Un dialogo (im)possibile ?
(1998)
Jean-Yves HAYEZ
est pédopsychiatre et professeur ordinaire à l'Université
catholique de Louvain. Il a publié récemment La sexualité
des enfants.
C'est en hommage à G. Abignente qu'il a préfacé et supervisé
la traduction et l'adaptation française de l'ouvrage " Les
racines et les ailes. "
ABRACAIL
ISBN 2-8041-4669-3
ISSN 1780-9517
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Les racines et les ailes.
le texte intégral de l'introduction du livre.
Introduction
Deux choses que les parents doivent offrir à leurs enfants les
racines et les ailes.
Proverbe du Québec
J'ai découvert ce proverbe canadien il y a quelques années.
Enonçant de façon synthétique l'engagement requis des mères
et des pères soucieux de bien réussir l'éducation de leurs
enfants, il m'est aussitôt apparu comme un véritable condensé
de sagesse populaire, un traité minimal sur l'amour parental.
Que faut-il de plus à un être humain, pour grandir et
s'affirmer dans la vie, qu'une base solide qui le nourrisse, au
point de vue aussi bien matériel qu'affectif, et de laquelle il
pourra partir pour explorer et habiter le monde, grâce aux
instruments qu'il a reçus et appris à utiliser ?
Mais donner racines sûres et ailes fiables pour aider à grandir,
ce n'est pas uniquement la tâche des parents. C'est également
la fonction qui peut être assignée à la famille tout au long de
son cycle vital, à l'égard de tous ses membres.
En effet, aux enfants et aux adolescents, la famille devrait
offrir l'assurance émotionnelle qui s'acquiert dans
l'expérience d'une appartenance chaleureuse au travers de
soins affectueux ; elle devrait en outre leur offrir la possibilité
de développer progressivement les compétences nécessaires
pour devenir autonomes, se séparer, prendre leur envol vers
le monde des relations sociales et de l'âge adulte.
Aux adultes, la famille devrait garantir la
sérénité et le bien-être propres à ceux qui se
perçoivent comme faisant partie
d'un système de relations affectives positives, protectrices ;
qu'ils y trouvent l'élan nécessaire pour accomplir à l'extérieur
les nombreuses fonctions, souvent difficiles et frustrantes,
liées à l'activité du travail et aux contacts avec la commu-
nauté sociale.
Aux personnes âgées, s'approchant de la fin de leur existence,
la famille devrait réserver la satisfaction apaisante qu'on
éprouve lorsque l'on est conscient d'avoir produit et offert de
bonnes choses pour les générations qui suivent. Cela permet
aux anciens, grâce au bilan positif des affects donnés et reçus
tout au long de leur vie, de se préparer plus paisiblement et de
se laisser aller en douceur vers le mystère de la mort.
Voilà entre autres pourquoi j'ai choisi de donner ce titre à un
livre qui présente une exploration du monde familial. Mais il
y a plus : les racines et les ailes évoquent des images
opposées : quoi de plus éloigné de la stabilité solide de
profondes racines, qui ancrent à la terre et nourrissent des
troncs puissants, que la légèreté, le dynamisme, la liberté,
l'ampleur des espaces évoqués par des ailes déployées ?
Comment peut-on avoir à la fois des racines et des ailes ?
Cette dialectique entre l'appartenance, l'assurance qu'on
éprouve à l'intérieur d'un monde familier et protecteur, et la
séparation qui nécessite des mouvements d'éloignement, avec
le renoncement à la sécurité du " dedans ", caractérise une
grande partie de toute expérience individuelle et familiale.
Cette dialectique se retrouve à plusieurs niveaux :
entre le besoin d'identification d'une part, qui
permet de reconnaître en soi-même avec
plaisir des caractéristiques personnelles - physiques,
affectives, comportementales, éthiques
- qui sont également le patrimoine de ses
parents, de ses frères et soeurs, et d'autre part
le besoin d'individuation, celui de se percevoir
comme un être différent, unique, original, non
reproductible;
entre l'envie de protéger les petits en les
gardant tout près de soi, et le devoir de les
pousser à s'en aller, en affrontant l'anxiété
produite, aussi bien chez les enfants que chez
les parents, par les risques inévitables que
l'éloignement entraîne;
entre des sentiments d'amour et de tendresse et
des sentiments opposés de colère, de refus, de
mise à distance voire de haine, susceptibles de
colorer toute relation interpersonnelle
significative;
entre des genres sexuels différents, puisque
toute famille naît de la rencontre d'un homme et
d'une femme, et grâce à la différence qui
les rend complémentaires;
entre des lignages distincts, puisque la
femme et l'homme qui s'unissent proviennent
de contextes d'appartenance et de cultures
familiales plus ou moins différentes;
entre générations - personnes âgées, adultes,
jeunes gens, enfants - unies par un invisible lien
de loyauté qui traverse le temps, mais ayant
également des exigences différentes, souvent
en conflit entre elles.
C'est précisément cette dialectique entre des élans, des
sentiments, des besoins opposés qui rend utopique l'idée que
la famille puisse constituer le lieu de l'harmonie constante et
de la pleine satisfaction pour tous ses membres. De façon
plus réaliste, la famille est le lieu où des personnes, en partie
unies par des liens de sang, en partie liées par des sentiments
intenses même s'ils sont contradictoires, en partie
rapprochées par des choix de vie partagés, essaient de croître
ensemble, en affrontant les défis et les risques que toute
croissance entraîne. Mais c'est aussi le lieu où des lacérations
dramatiques, des violences cachées, de subtiles
culpabilisations, des refus radicaux, d'amères déceptions, des
solitudes désespérantes, des manipulations réciproques, de
tumultueux courants de sentiments négatifs peuvent se
produire parmi les individus qui l'habitent.
Finalement, une dernière raison m'a fait voir l'image des
racines et des ailes comme une métaphore possible d'une
expérience familiale réussie. Une famille, même si n'y vivent
que deux générations - un couple de parents avec leurs
enfants - ne peut pas exister et ne peut pas être comprise à
fond si l'on fait abstraction des familles dans lesquelles les
deux parents ont trouvé leur origine et ont appris à vivre : les
familles des grands-parents. Le regard posé sur une famille
doit embrasser au moins trois générations. J'aime voir les
parents de la famille actuelle comme le tronc qui, dans le
présent, relie le passé, les racines de la
famille - les grands-parents - aux ailes qui
prennent l'envol vers l'avenir - les
enfants. Ce sont les parents qui assurent la continuité de
l'histoire familiale et en même temps en rendent possible la
croissance, en inscrivant les nouvelles générations, porteuses
d'évolution, dans le sillon de la tradition affective tracé par
les générations précédentes.
Dans les pages qui suivent, j'exposerai ce que j'ai appris grâce
à mes expériences familiales - dans ma famille d'origine et
dans ma famille actuelle - et grâce aux connaissances
acquises par l'étude et la recherche, par les rencontres que j'ai
eues au sein de mon activité de psychothérapeute, avec des
gens qui vivaient leur appartenance familiale de mille
manières différentes.
Mais je ne prétends pas que mon discours sur la famille soit
exhaustif, valable en absolu et applicable à toute réalité
familiale existante.
Toute observation et toute description d'une réalité - à plus
forte raison lorsqu'il s'agit d'une réalité formée par des
personnes et des relations entre des personnes - s'imprègnent
inévitablement de la subjectivité de celui qui observe et
décrit. Les sciences sociales nous expliquent que
l'intervention même de l'observateur, aussi discrète soit-elle,
modifie la réalité. Je suis donc conscient que ma lecture est
filtrée et influencée par mon affectivité, par mon histoire
personnelle, par mes expériences, par mon idéologie, par ma
propre manière d'interpréter la réalité que j'observe et dans
laquelle je vis.
Par ailleurs, parler de famille ( ou de personne, de groupe,
d'homme, de femme ...) implique une abstraction et une
réduction. Il n'existe pas un seul modèle de famille qui
contienne en soi toutes les caractéristiques de cette entité que
nous nommons « famille ». Il existe des centaines de millions
de familles, chacune d'entre elles ayant des aspects qui la
rendent semblable à beaucoup d'autres, mais aussi qui la
différencient et en font une réalité unique. S'il est nécessaire à
toutes les sciences qui étudient le comportement humain de
faire des généralisations, pour décrire des classes de
phénomènes et d'individus qui font l'objet de l'observation, il
est également fondamental de ne jamais oublier que la réalité
est toujours infiniment plus variée et complexe que la
description la plus minutieuse qu'on puisse en tracer.
Aussi, je souhaite que chaque lecteur considère ce texte non
pas comme un guide ni comme un manuel pour connaître la
réalité de la famille, mais plutôt comme un stimulus à la
réflexion et à la confrontation; s'il le désire, il peut l'utiliser
pour mieux comprendre son expérience familiale personnelle.
Giovanni Abignente
Mars 2002
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Les racines et les ailes.
Le dos du livre.
Pour retourner à l'endroit
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Les racines et les ailes.
Pour stimuler votre intérêt.
Je vous propose quelques pages du livre.
( pages 200 à 206 y/c. )
LA CRISE COMME SIGNE DE NORMALITÉ.
Les difficultés inévitables liées à l'adolescence seront
affrontées avec plus de sérénité et d'efficacité si les parents
réussissent à considérer les comportements peu agréables de
leurs adolescents pour ce qu'ils sont, à savoir les
manifestations presque toujours normales d'une phase de
croissance. S'ils se réfèrent à leur propre vécu d'adolescents -
aidés en cela peut-être par le témoignage de leurs parents - ils
réussiront mieux à voir dans la façon d'être de leurs ados les
signes d'une crise évolutive normale. En effet, derrière un
comportement de rupture à première vue étrange,
inexplicable, l'adolescent exprime presque toujours la
tentative de satisfaire un désir nouveau, né de sa maturation.
Ainsi, s'opposer aux parents en toutes choses, refuser
d'entendre leurs demandes, contester leurs décisions, remettre
en question leurs choix idéologiques ( politiques, moraux,
religieux ) jusqu'à les dénigrer et les ridiculiser, rechercher et
affirmer des convictions différentes, tout cela exprime le
besoin de se différencier et d'affirmer sa propre identité par
rapport à ceux qui, jusqu'alors, constituaient la référence, le
modèle à suivre.
Se lier aux amis avec une dévotion quasi absolue, sortir
souvent avec eux, leur téléphoner ou « chatter »
interminablement avec eux, attribuer une importance énorme
aux opinions du groupe des pairs, adhérer avec fidélité à ses
valeurs et à ses règles, suivre de façon exaltée les mythes
partagés par les jeunes ( courants musicaux, chanteurs,
acteurs, lieux de retrouvailles, rituels des loisirs, activités
sportives ... ), tous ces comportements signent l'exigence vécue de
l'intérieur de se distancer de la famille, en réservant son
intérêt, son temps et ses énergies à tout ce qui peut se
dérouler en dehors de celle-ci.
Le refus des conseils et des goûts parentaux quant à la façon
de s'habiller et au look, le refus de leurs préoccupations pour
la santé, l'hygiène, l'alimentation, la tentative d'échapper à
leur contrôle pour tout ce qui concerne les comportements
liés à la sexualité, sont autant d'attitudes par lesquelles
l'adolescent cherche à dégager son propre corps de la prise en
charge parentale - propre à l'enfance - afin d'en assumer la
responsabilité autonome.
Le fait de cacher soigneusement ses effets personnels, de
s'enfermer à clé, de revendiquer âprement le droit au désordre
de sa chambre, traduit l'exigence de protéger son territoire
propre, réel ou symbolique, l'adolescence familiale des
invasions extérieures même si elles sont le fait de personnes
chères.
De même refuser grossièrement l'aide, les conseils, la sagesse
des adultes, avec parfois la conscience de commettre des
erreurs manifestes, est une manière d'affirmer et d'éprouver
son autonomie de choix et d'action, une façon de dire son
désir de chercher des solutions originales et différentes aux
problèmes plutôt que de mettre ses pas dans ceux de la
génération précédente.
S'enfermer en soi-même, être introverti, se taire, ne pas
partager ses expériences personnelles petites ou grandes,
aussi futiles ou significatives soient-elles, taire ses
sentiments, tenter de masquer ses états d'âme sont autant de
façons plus ou moins conscientes d'affirmer et d'accroître sa
propre autonomie émotionnelle, c'est-à-dire sa capacité de
vivre ses émotions sans devoir nécessairement recourir au
soutien d'autrui.
Vues sous cet angle, la plupart des manifestations propres
aux adolescents perdent leur aspect préoccupant même si, à
certains moments, il peut s'avérer difficile pour les parents de
les affronter et de les gérer; elles prennent valeur de signes,
témoins de croissance et de maturation. Au fond, si on y
réfléchit, la construction d'une identité propre, l'autonomie,
l'aptitude à prendre soin de soi-même et à rechercher son
bien-être personnel, la protection de son intimité, le désir de
gérer personnellement ses émotions en dehors d'une
recherche constante d'étayage, le désir et le courage
d'expérimenter du neuf plutôt que de s'arrêter toujours,
automatiquement, à une situation déjà connue et par là
rassurante, toutes ces dimensions ne sont-elles pas celles de
la personnalité mature et riche qui devrait
caractériser l'adulte ?
Ce qui perturbe passablement les parents confrontés aux
nouveaux comportements de leurs adolescents est la façon
exagérée dont ils les expriment.
Pères et mères s'interrogent souvent : pourquoi doit-il crier si
fort pour dire non, barrer l'accès à sa chambre et à ses
affaires, s'enfermer dans un mutisme aussi obstiné, passer
tant de temps devant l'ordinateur, penser toujours le contraire
de ce que je pense moi, rentrer aussi tard à la maison le
samedi soir, écouter sa musique à un tel volume, se maquiller
de façon aussi voyante, en faire toujours à sa tête et ainsi de
suite.
Le caractère excessif des comportements et des attitudes des
adolescents peut parfois être signe d'un malaise ou d'une
difficulté particulière. Cependant, dans la majeure partie des
cas, il s'explique par l'état d'ambivalence et de conflit
intérieur que ceux-ci ont à vivre en cette phase de leur
développement. Devenir grands est ressenti comme une
conquête de taille, mais le fait de devoir devenir grands peut
susciter en eux des angoisses face au futur; ils craindront
peut-être de ne pas y parvenir, ils auront l'impression de ne
pas disposer de suffisamment d'énergie et de compétences
pour affronter les responsabilités de la vie adulte. Ils peuvent
vivre qu'ils ne sont pas prêts à faire le pas. Face à ces
angoisses, la tentation peut être de regarder en arrière pour se
réfugier dans un passé plus rassurant fait de protection et de
prise en charge familiales, d'absence de responsabilité, de
routine tranquille à l'intérieur de la maison; en un mot, se
réfugier dans l'enfance. Le conflit intérieur naît du fait que
chacune de ces perspectives - devenir grand/rester petit -
présente des avantages et des inconvénients. Rester petit
signifie éviter les angoisses et les préoccupations de la vie
adulte, mais comporte aussi le renoncement à tous ses
privilèges et à ses possibilités excitantes. Grandir signifie
avoir accès à ce monde enthousiasmant, mais aussi perdre la
chaude sécurité de la dépendance. C'est de ce dilemme que
naissent souvent les exagérations des adolescents. La nature
veut que, bon gré mal gré, on aille de l'avant. La croissance
est un processus irréversible. Alors, pour réussir à avancer au
moment où la tentation de revenir en arrière se fait plus forte,
ces derniers doivent se donner un coup de fouet, c'est-à-dire
accélérer ou amplifier des façons d'être qui permettent de se
détacher et de se séparer du passé.
Une image métaphorique rend bien l'idée de cette poussée
que l'adolescent doit se donner pour pouvoir grandir si l'on
doit rejoindre un point déterminé dans l'espace, on emploiera
une quantité déterminée d'énergie physique pour se mettre en
mouvement et marcher vers le but à atteindre. Cependant, si
l'on est retenu par un grand élastique, atteindre l'objectif
réclamera une plus grande quantité d'énergie puisqu'il faudra
vaincre la force opposée par la traction du ressort. Les
séductions de la dépendance infantile représentent chez un
certain nombre d'ados le grand élastique qui retient. Les
comportements excessifs, l'emphase qu'ils mettent à affirmer
leur différence, à se dire autonomes, le parti qu'ils prennent
de jouer les durs, parfois jusqu'à la parodie,
représentent l'énergie supplémentaire
nécessaire pour atteindre cet objectif
qu'est l'âge adulte (4)
.
Ces expériences de l'adolescence offrent une matière
inépuisable à l'inspiration des écrivains, poètes, musiciens,
metteurs en scène et artistes divers. J'ai plaisir à rapporter ici
quelques vers d'une chanson récente
de E. Guccini (5)
. Sous la
forme d'un message adressé par un père à sa fille, ce texte
saisit et décrit avec délicatesse et profondeur le dépaysement
personnel et relationnel d'une jeune fille aux prises avec le
devoir de devenir grande et celui de ses parents.
« ... Et un jour tu vas par le chemin et tout à coup tu comprends
Que tu n'es pas la même que celle qui s'en allait le
matin à l'école,
Que le monde, là-dehors, t'attend et toi, tu t'y
abandonnes presque
Comprenant que battement après battement c'est l'âge qui s'envole.
Et ton père te semble plus vieux
Et chaque jour se fait plus lointain,
Ne te raconte plus de
conte et désormais ne te prend plus par la main.
Il semble qu'il ne comprenne pas tes songes
Toujours tendus entre espoir et réalité
Et suspendus entre des désirs alternés de partir et de rester.
...
Et ta mère lointaine et présente
Sur tes songes a à faire et à dire
Mais il se peut qu'elle n'arrive pas à savoir quels songes gèrer.
...
Puis un jour, dans un livre ou dans un bar, tout
deviendra clair,
Tu comprendras que d'autres se sont fait les
mêmes questions,
Qu'il n'est pas que la douceur qui t'attende, mais
beaucoup d'amour
Et que devenir grande se paie d'un prix salé.
Tes disques, tes posters seront pour toujours oubliés
Tu laisseras, en souriant, s'éteindre des mythes heureux
Comme des jouets de petite fille, lointains et
poussiéreux,
Tu trouveras de nouveaux chemins, d'autres buts
et tu te feras de nouveaux amis. »
LES RESSOURCES.
Le futur et le passé comme ressource
La tendance naturelle des ados à se tourner vers le futur,
même si elle est conflictuelle, est une des principales
ressources sur laquelle la famille peut s'appuyer dans cette
phase de sa croissance. En se projetant dans l'avenir, les
adolescents doivent pouvoir utiliser leur créativité, leur
besoin d'originalité, celui de se démarquer du passé ; ils
doivent pouvoir faire usage d'une énergie constructive,
surgissant de leur besoin de remettre en question ce qui est
donné pour acquis, absolu et immuable par la génération qui
les a précédés (6)
. Les propositions de nouveauté qu'apportent
les adolescents, même s'ils le font souvent
de façon incohérente, confuse, velléitaire ou
explosive, peuvent constituer un
excellent stimulus; ils empêchent la famille de se fixer dans
des positions de statu quo, commodes et rassurantes certes,
mais rigides et étouffantes au point d'entraver l'évolution de
ses membres.
Le futur et le nouveau comme ressource donc. Toutefois et de
façon complémentaire, le passé familial peut, lui aussi, se
révéler un excellent soutien à la transformation et à la
croissance. Le vécu positif d'appartenance à un groupe lié par
une histoire commune et par un tissu de relations positives, la
confiance en soi créée et alimentée par cette appartenance, le
fait d'avoir pu éprouver la disponibilité et la loyauté de
personnes chères toujours fiables, tout cela offre une base de
sécurité au moment où l'accélération des changements
propres à l'adolescence est susceptible de générer un stress et
des tensions inconnues jusque là.
Les parents qui ont à affronter les diverses manifestations de
la crise d'adolescence puiseront une ressource supplémentaire
dans un retour à leur propre adolescence pour y retrouver les
sensations, les états d'âme et les souvenirs qui y sont accolés.
Ce saut dans le passé peut contribuer à susciter leur empathie
pour le vécu émotionnel de leurs enfants; il peut rendre plus
compréhensibles et moins irritants certains de leurs
comportements ; il peut les ouvrir à un dialogue fondé sur le
partage plutôt que de s'obstiner dans des heurts basés sur la
critique réciproque.
Puissent donc les parents se souvenir du sentiment de solitude
éprouvé lorsque leurs propres parents jugeaient sans
comprendre ; du bouleversement lié au deuil d'un rêve
d'amour impossible; des tâtonnements, expériences et
inquiétudes liées à leur sexualité ; du découragement face à
un échec scolaire répété ; du tumulte physique et émotif
causé par un premier béguin ; de l'excitation au moment de la
première rencontre avec l'amie ou l'ami de coeur; du véritable
désespoir, auquel père et mère réagissaient peut-être avec
sarcasme et irritation, devant le retour des vilains boutons la
veille d'une fête avec des amis. Puissent-ils se souvenir de
l'inexplicable euphorie qui les prenait à certains moments, de
la peur face à un devoir ou une interrogation; du désir
irrépressible de faire une chose déterminée, jugée comme
absolument indispensable ; de l'impression d'avoir subi un
tort considérable sans que personne ne s'en soit rendu
compte; du sentiment d'ennui et d'inutilité dont certains jours
sont pleins; de la rage bouillante éprouvée devant un interdit
injustifié ... sans pour autant superposer indûment le vécu et
les désirs des adolescents d'hier et d'aujourd'hui.
Lorsque le parent utilise de la sorte sa capacité de
remémoration et d'empathie avec le vécu de l'adolescent, ils
pourront peut-être mieux, ensemble, se dégager d'impasses
relationnelles et trouver de nouvelles voies pour affronter un
problème actuel. Cette démarche présente un autre bénéfice :
celui d'aider le parent à dénouer un noeud de son propre
passé lointain. Revivre dans un souvenir, suscité par un vécu
analogue de l'adolescent, une émotion ou une tension
éprouvée jadis, mais le revivre avec les outils de
compréhension de la maturité, peut avoir un effet libératoire.
notes.
(4). Naturellement, il se peut aussi que des comportements
excessifs débordent le champ des manifestations normales de
la croissance et constituent des signes d'un trouble important.
Par la rapidité de ses changements spécifiques, tant
personnels que relationnels, l'adolescence est certainement
l'âge de la vie où le repérage de la frontière entre le normal et
le pathologique s'avère le plus délicat à apprécier, parfois
pour des professionnels chevronnés eux-mêmes. Ainsi, pour
ce qui concerne le point qui nous occupe - les comportements
adolescents excessifs - il faut tenir compte de leur intensité
relative ( dans quelle mesure ils sont plus marqués que ceux
que l'on observe chez d'autres adolescents ), de leur
consistance dans le temps ( combien de temps durent-ils,
quelle est leur fréquence ), de leur aspect invasif ( combien
de fois se répètent-ils dans diverses situations et conditions
données ) et, par-dessus tout, de leur qualité ( en quoi sont-ils
destructeurs et auto-destructeurs ). Ainsi, par exemple, le fait
de ne pas respecter l'heure de rentrée à la maison ou de
dissimuler un échec scolaire peut constituer une transgression
banale liée à la satisfaction et au besoin de s'opposer et de se
différencier des parents; poser un acte criminel ou s'adonner à
l'alcool ou à l'héroïne sont, sans conteste, des transgressions
qui, de par leur portée destructrice, ne peuvent plus être
considérées comme de simples manifestations d'une
évolution normale. Ou encore si, contre l'avis de ses parents,
une jeune fille décide de suivre un régime amaigrissant, elle
peut vouloir affirmer son droit de s'occuper elle-même de son
corps ; par contre, si elle réduit drastiquement son
alimentation au point de devenir anorexique, il s'agit là d'un
comportement excessif qui ne peut pas ne pas alerter sa
famille. Par ailleurs, la plupart des comportements
adolescents ouvertement pathologiques et destructeurs
traduisent certes une difficulté à affronter le changement,
mais cette difficulté peut n'être pas seulement celle de
l'adolescent, mais aussi celle de son système familial.
(5). « E un giorno », tiré de l'album « Stagioni », paroles et
musique de Francesco Guccini, 1999.
(6). De nos jours, la créativité et l'originalité des adolescents et
des jeunes sont passablement attaquées par la pression
martelante du conformisme consumériste propagé par les
mass media : en effet, la nature des adolescents comporte une
tendance à adhérer de façon conformiste aux propositions du
groupe des pairs mais hélas, les modèles proposés à ce
groupe sont puissamment imposés par les adultes,
conformément aux exigences de la production et du marché.
Il en résulte une massification des comportements et des
attitudes qui finissent par être assimilés à ceux des adultes,
entraînant la destruction de toute originalité juvénile. Que
l'on pense simplement, à titre d'exemple, aux propositions
incessantes de vêtements et d'accessoires griffés ou à la
diffusion des téléphones cellulaires dès le plus jeune âge.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Les racines et les ailes.
Une dédicace du livre.
Le 31 mai 2005, j'offre au docteur De Saedeleer, mon
webmaster bénévole, fourmi persévérante
et créative le livre sur lequel il a bien
travaillé et j'écris la dédicace suivante :
Les racines et les ailes.
Sommaire.
Préface
Introduction
Première partie. La famille aujourd'hui
Chapitre 1. Transformations : les changements de la famille
Chapitre 2. A quoi ça sert ? : les fonctions de la famille
Chapitre 3. La géographie familiale : distances, territoires, frontières
Chapitre 4. L'organisation familiale : les règles et les rôles
Chapitre 5. La communication familiale : paroles et silences
Deuxième partie. Le cycle de vie de la famille
Chapitre 6. La croissance de la famille : les phases du développement
Chapitre 7. Rencontre et passion amoureuse : la naissance du couple
Chapitre 8. Vivre à deux : la naissance de la famille
Chapitre 9. Les enfants : la famille avec enfants
Chapitre 10. Passage : l'adolescence familiale
Chapitre 11. Entre partir et rester : la famille avec de jeunes adultes
Chapitre 12. Grands-parents : le couple âgé
Troisième partie. Autres parcours de la famille
Chapitre 13. Après le divorce : la famille séparée
Chapitre 14. Refaire une famille : la famille reconstituée
Chapitre 15. L'enfant venu du dehors : la famille adoptive
Postface. Allers et retours entre les racines et les ailes
Bibliographie
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
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Les racines et les ailes.
la table des matières du livre.
Préface
Sommaire
Introduction
Première partie. La famille aujourd'hui
Chapitre 1. Transformations : les changements de la famille
La famille qui tient bon
La famille qui change
Unis pour acheter: la famille, unité de consommation
Ensemble, mais peu nombreux : la famille nucléaire
De moins en moins unis, de plus en plus en dispute,
de plus en plus fréquents :
séparation, divorce, nouvelles familles
Ensemble, mais libres : le couple et la famille de fait
Ensemble mais différents : la famille multiethnique
Un parent seul, un seul parent
Mères-épouses-travailleuses
Les nouveaux pères
Le monde rentre à la maison: la famille ouverte à l'extérieur
Tous ensemble pour longtemps : la famille durable
Deux générations très (trop ?) rapprochées
La séduction de l'adolescence et l'angoisse de la maturité
Chapitre 2. A quoi ça sert ? : les fonctions de la famille
La continuation de l'espèce : les soins et l'éducation
Ce à quoi l'institution ne parvient pas : remplir des carences
Le bien-être psychologique
Etre comme les autres, être différent des autres : appartenance et
individuation
Prévenir le préjugé et l'intolérance
Le dedans et le dehors: la famille à deux faces
Et pour les adultes ?
Chapitre 3. La géographie familiale : distances, territoires,
frontières
Une famille qui fonctionne bien
Etre bien ensemble : la cohésion familiale
Trop proches, trop distants : enchevêtrement et désengagement
La distance adéquate : les frontières familiales
Les frontières se modifient avec le temps
Chapitre 4. L'organisation familiale : les règles et
les rôles
Les règles
La clarté des règles
La signification des règles
Le respect des règles et la cohérence
La souplesse et la disponibilité au changement
Les rôles
Les rôles au sein de la famille
Les rôles joués pour la famille
Les rôles joués en société
Les rôles et le bon fonctionnement familial
L'accord sur la façon de concevoir les différents rôles
L'habileté à jouer divers rôles
La complémentarité des rôles
La clarté des rôles
Chapitre 5. La communication familiale : paroles et silences
Deux axiomes de la communication
En famille
Savoir communiquer
Le double niveau
Assumer la responsabilité de la communication
Deuxième partie. Le cycle de vie de la famille
Chapitre 6. La croissance de la famille : les phases du
développement
La famille qui grandit
D'autres expériences
Ressources, tâches et embûches de la famille
Chapitre 7. Rencontre et passion amoureuse : la naissance du couple
Un début important
Les ressources
L'énergie de la jeunesse
L'héritage du passé
Les tâches
Maturité et autonomie personnelles
La valise à préparer
De la passion à l'amour
Apprendre à communiquer
Les embûches
La difficulté de partir
Le couple comme fuite
Chapitre 8. Vivre à deux : la naissance de la famille
Un lien stable
La participation des familles
Un rituel significatif
Les ressources
Une condition nouvelle
Le bagage d'expériences
Les tâches
L'équilibre entre la protection et l'ouverture
La découverte de l'autre
Individualité et diversité
Apprendre à négocier
Partager les sentiments
La division des rôles
La divergence et le conflit
Les embûches
La dépendance non résolue
Les frontières
Des conflits dangereux
La passivité et l'habitude
Chapitre 9. Les enfants : la famille avec enfants
Une présence nouvelle
Les ressources
La solidité du couple
Le désir d'enfant
Les modèles de parentalité appris
Le soutien familial et social
Les tâches
L'élargissement des espaces
Apprendre à prendre soin
De nouveaux canaux de communication
La construction de la sécurité de base
Lorsque la famille s'agrandit
Pas seulement parents
La naissance des grands-parents
Le changement continu
Les enfants ne sont pas seuls à grandir
Les embûches
L'enfant sauveteur
L'enfant geôlier
L'enfant miroir magique
L'enfant clone
Les parents parfaits
Trop ou trop peu parents
L'enfant otage dans le conflit
Ne pas voir le changement
L'invasion des familles
Chapitre 10. Passage : l'adolescence familiale
Une période de calme plat
Menace de bourrasque
La crise comme signe de normalité
Les ressources
Le futur et le passé comme ressource
Pas seulement dans la famille
Les tâches
Accepter l'ambivalence
La famille pont
La modification des frontières
Rôle et responsabilités
Un modèle encore important
Il n'y a pas que les parents
Les devoirs des grands-parents
Les embûches
La peur du changement
L'angoisse de la séparation
L'annulation des distances
Autres temps, autres personnes
La triangulation
L'adolescent super-parent
Chapitre 11. Entre partir et rester : la famille
avec de jeunes adultes
Une adolescence prolongée
Une phase longue
Les ressources
La confiance en soi
Expérimenter l'état adulte
Autonomie des parents et modèles positifs
Intimité et distance : le modèle familial
Les tâches
Croissance et détachement
Nouveaux rôles, autres frontières
Nouveaux investissements
Détachement et perte
Les embûches
Incapacité ou refus de l'élaboration de la perte
Crises du couple
Le manque de confiance en soi des jeunes
Départ précoce
Chapitre 12. Grands-parents : le couple âgé
Une nouvelle condition
Le troisième âge ou les jeunes anciens
Le quatrième âge ou les très âgés
Le retour des enfants
Les ressources
La qualité des liens
Bilans, projets, liberté
Les tâches
Un nouvel équilibre
Une nouvelle façon d'être parents
Vivre la vieillesse
Vivre la mort
Les embûches
Une séparation incomplète
Involution/Évolution
Refus de la réalité
Troisième partie. Autres parcours de la famille
Chapitre 13. Après le divorce : la famille
séparée
La séparation : un long processus
Les enfants
Conjoints et parents : deux rôles distincts
L'enfant comme soutien
Différentes façons d'être des parents séparés
Séparation et familles d'origine
Chapitre 14. Refaire une famille : la famille reconstituée
Sentiments
Histoires et modèles familiaux
Territoires et frontières
Râles
Règles
Communication
Un projet absorbant
Chapitre 15. L'enfant venu du dehors : la famille adoptive
L'impossibilité de procréer
Le double manque
Appartenance et individuation
Fantasmes
La crise de l'adolescence
Autres embûches
Par-delà la famille
Postface. Allers et retours entre les racines et les ailes
L'espace
Le temps
Famille saine et formation
Bibliographie
Table des matières
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Les racines et les ailes.
Bibliographie du livre.
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Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
le texte intégral de la préface du livre par J.-Y. Hayez.
Voici un beau livre, dans lequel beaucoup se reconnaîtront.
C'est un hymne à la vie qui fait son chemin et à l'espérance.
C'est aussi une sorte d'hommage à la majorité silencieuse des
familles, à celles qui ne sont caractérisées ni par la violence
ni par l'inceste, pas plus que par les fugues incessantes de la
fille aînée, l'alcoolisme de la mère ou l'homosexualité du
père.
Existent-elles encore, ces familles sans problèmes affectifs
majeurs, où l'on peut goûter le bonheur de se sentir bien
ensemble tout en reconnaissant la liberté d'être de chacun ?
Oui, bien davantage que ne le met en scène l'univers
dramatisant des médias, et le livre Les racines et les ailes
l'illustre joliment.
Ces familles sont là, bien présentes et fortes en ce début de
XXIe siècle : les descriptions et discussions de Giovanni
Abignente n'ont rien de désuet. Il part de la constatation que:
« malgré des crises récurrentes, malgré les attaques dont elle
a été l'objet, malgré ses limites soulignées sans pitié, la
famille " tient bon " ... » étant bien entendu que: « comme tout
organisme vivant, la famille change pour survivre en
s'adaptant aux transformations du milieu culturel pour
pouvoir continuer à en faire partie ...
Et d'intégrer alors, dans la description de ces familles qui
restent majoritaires à aller
suffisamment bien (1)
des
composantes contemporaines comme : l'union libre, les
disputes et séparations des adultes la monoparentalité ou la
reconstitution familiale, le statut toujours plus complexe des
femmes ( épouses, mères, travailleuses à l'extérieur ... et au
foyer ), la grande longévité de la famille, le départ tardif des
jeunes adultes vers leur vie autonome, etc.
Toutes passées au goût du jour qu'elles soient, les familles
vivantes au coeur de ce texte ont et se reconnaissent des
racines spirituelles et amènent chacun de leurs membres à
déployer ses ailes. Chacun, et notamment la jeune génération:
lorsque la famille fonctionne bien, celle-la s'en trouve invitée
de l'intérieur à aller les déployer dans de nouveaux lieux de
vie qu'elle conquiert, ces ailes à la fois personnelles et
colorées de façon indélébile par les racines qui les ont
nourries.
La démarche de Giovanni Abignente est constamment
double : il décrit et il invite.
Il décrit ce qui se passe dans les familles, tout au long du
cycle de vie, en distinguant quelques grands moments dans
les étapes de leur développement. Il le fait avec des mots
simples, les mots de tous les jours auxquels recourent
naturellement les plus grands auteurs, ceux qui savent avouer
leur ignorance à l'occasion, et n'ont pas besoin de jeter un
brouillard de théorisations abstraites entre les lecteurs et leur
propre narcissisme. Il raconte, partageant tranquillement son
expérience de vie et son savoir, et il raconte très bien. On voit
s'animer sous nos yeux, avec la saveur du vécu, la douceur
des moments passés avec les enfants jeunes, l'impertinence
des adolescents, les allers-retours des jeunes adultes quand il
faut partir pour de bon, la tristesse des anciens qui se sentent
inutiles, etc.
L'auteur prend son temps pour illustrer et nous faire goûter
ces mille expériences jamais anodines dont est tissé le
quotidien. Il est dans son livre comme je l'ai connu dans la
vie : « suçant toute la moelle secrète » de celle-ci, un des
thèmes fondamentaux du film Le cercle des poètes disparus (
P. Weir, 1992 ) sans doute « pour ne pas s'éveiller au seuil de
sa vieillesse et découvrir qu'on n'avait pas vécu ». Giovanni
Abignente aimait vivre et regardait avec une curiosité futée et
bienveillante les événements humains dont il était témoin; il
aimait parler pour le plaisir de la communication, autour d'un
espresso bien tassé comme il se doit, avec sa famille, ses
amis, ses collègues ; il n'était pas fait pour les US entreprises
obsédées par le rendement quantitatif maximal, coach à
l'appui. Cette ambiance est très perceptible dans son livre.
Que de fois ne nous sentons-nous pas conviés à nous
imprégner d'un tableau impressionniste ?
les trésors expérientiels des anciens et vivre la piété filiale -
pour les plus jeunes -; accepter la différence de ceux qui nous
succèdent, accepter de leur laisser la place et de décroître soi-
même - pour les aînés -; communiquer, communiquer
beaucoup et clairement, négocier, se faire des concessions,
renoncer au rêve de l'Autre idéal; faire preuve d'une saine
autorité quand il le faut - pour les aînés - et, lorsque le
dialogue ne suffit pas, imposer des règles qui garantissent une
convivialité suffisamment bonne ; ne pas refuser non plus de
jouer les rôles que le cours naturel du développement assigne
aux différents âges de la vie: rôle parental, conjugal,
fraternel, rôle de l'enfant, tous rôles souples et
complémentaires qui évitent les extrêmes dommageables de
la parentification rigide de l'enfant ou de la confusion
incestuelle.
Je vous l'avoue, ça m'a fait du bien de lire un de ces textes où
l'auteur ose encore poser des repères. Notre société
occidentale s'est trop laissé aller à la facilité; elle prône trop
comme valeur ultime la réalisation du désir personnel, dont
l'objet est souvent matériel, de l'ordre de la consommation. «
You like it ? Just do it », dit-on si souvent autour de nous. Et
s'éclater, ou en tout cas agir chacun pour son propre compte
comme il l'entend, c'est censé conduire ... mais au fond,
conduire à quoi ?
En contrepoint, voici un texte où l'on affirme, gentiment mais
clairement, que tout et son contraire ne sont pas équivalents,
que certaines attitudes conduisent davantage que d'autres à la
joie de se sentir pleinement humain et à la capacité pour
chacun de réaliser un optimum du potentiel original dont il
est porte un
Présenter le coeur du livre de la sorte, c'est dire que Giovanni
Abignente recommande en douce certaines attitudes
familiales parce qu'elles sont au service de valeurs précieuses
à ses yeux.
Valeurs ? Le terme, plus complexe qu'il ne paraît, peut
désigner une sorte de consigne intérieure à laquelle on adhère
profondément ( à la différence d'une règle, à laquelle il est
prudent d'obéir, mais en quoi on ne croit pas nécessairement )
: à la suivre, on atteint ce que l'on croit être une qualité d'être
supérieure. En même temps, on a l'intuition que cet état
meilleur a une dimension idéale et donc qu'il ne sera jamais
vécu pleinement que transitoirement, pour être plus ou moins
vite perdu, puis cherché à nouveau ... « Etre juste a de la
valeur à mes yeux » : je vais donc m'astreindre, sans
rechigner, à des comportements parfois coûteux en énergie,
en conflit avec d'autres tendances en moi, qui concourent à ce
que j'exprime mon désir de justice. Et quand je le ferai, je me
sentirai heureux, congruent avec mes aspirations profondes,
je me sentirai un type bien, sans que personne ne m'ait soufflé
à l'oreille en quoi ça devrait consister. Mais hélas, je sais
aussi que je ne demeurerai pas éternellement « au top de la
justice » : je suis divisé de l'intérieur et d'autres voix en mot
m'attireront paffois ailleurs; il me faudra donc me battre avec
moi-même pour correspondre à mes valeurs.
Ainsi définies, quelles sont les valeurs qui sous-tendent le
livre ? Giovanni Abignente n'en fait pas une recension
synthétique et théorique. Il ne se pose probablement même
pas la question de l'intérêt d'une telle recension. Il faut
vagabonder dans son livre, se laisser aller et scruter à la fois
et finalement les découvrir par petits bouquets, comme des
fleurs des bois bien cachées parmi ses descriptions concrètes.
En voici quelques-unes que j'ai cru repérer, sans prétendre
être exhaustif :
apprécier ce que la vie apporte, tant les petits plaisirs du
quotidien que les joies liées aux relations affectives;
pour chacun, avoir confiance en ce qu'il est unique; se
donner le droit de se différencier, de trouver sa rime originale
et de la réaliser ( pour faire une autre allusion au Cercle des
poètes disparus ).
Ce n'est pourtant pas la même ambiance que le « You like it ?
Just do it » déjà évoqué. Les ailes qui se déploient dans le
livre ne sont pas principalement matérialistes ni
égocentriques. Elles sont fondamentalement marquées du
sceau de la convivialité;
avoir confiance dans l'aventure de la vie, dans l'évolution,
dans le changement qui surprend jusqu'à la mort : rien n'est
jamais définitivement terminé; la scène familiale bouge sans
cesse, il ne saurait y avoir un modèle unique de référence, et
ce n'est évidemment pas un hasard si l'auteur s'attarde avec
tendresse et amusement sur l'adolescence, moment inégalable
de crise de création;
investir la sociabilité et la convivialité, la famille élargie
constituant le lieu par excellence où elles peuvent s'exercent.
Mais il ne s'agit pas d'une sociabilité mièvre : le conflit,
affirmé et négocié, est d'une grande importance positive. La
famille, rappelle l'auteur, c'est le lieu où des gens essaient de
croître ensemble en affrontant les défis que toute croissance
entraîne ; c'est un lieu d'affrontements, d'expériences et de
sentiments négatifs dont il faut faire quelque chose de viable.
Au lecteur de découvrir bien d'autres valeurs proposées, en
conservant néanmoins la liberté d'être lui-même. Il la goûtera,
car il devinera bien que, pour témoigner de ce qui est
important pour lui, Giovanni Abignente n'est néanmoins pas
directif. Il propose une colonne vertébrale intéressante pour le
développement de la famille, mais ne va pas au-delà : il ne dit
pas avec quelle chair chacun et chaque famille peuvent
l'habiller.
Il ne prétend pas qu'il sait; il ne se prend ni pour Dieu, ni
pour l'incarnation de la Raison et se limite à témoigner
paisiblement de son expérience. Ce n'est donc pas dans son
texte que l'on trouvera de sévères prédictions
psychopathologisantes qui enverraient à l'enfer du
déséquilibre mental tous ceux qui s'écarteraient de ses vues.
En lisant Les racines et les ailes, je me suis senti apaisé et
conforté dans ma confiance en la vie. En plus, ce n'est pas un
livre ardu ni ennuyeux à lire : les valeurs de l'auteur
imprègnent également son écriture et le désir de bien
communiquer avec ses lecteurs est omniprésent. Le texte est
clair, accessible, sans jargon : un désir d'être bien compris,
fondamental chez l'auteur et opérant en miroir de son désir de
bien comprendre les autres, l'amène à reprendre ses idées,
avec des mots un peu différents ; j'ai déjà fait référence à ce
propos à la musicalité du Boléro de Ravel. C'est un livre qu'il
faut siroter et savourer et ne pas vouloir expédier comme du
fast food. Alors, Si l'on prend le temps, on sera sensible à
l'humour qui s'en dégage, à la tendresse pour l'être humain,
lecteurs inclus, à l'amour pour la vie qui se distille à travers
mille petits détails judicieusement perçus.
Le livre Les racines et les ailes intéressera donc les
thérapeutes familiaux et tous les professionnels de la santé
mentale, parce qu'il raconte très bien mais aussi et surtout
parce qu'il évoque subtilement ce qui est souhaitable pour
que l'on se sente bien en famille. Pas assez technique pour les
thérapeutes chevronnés qui le consulteraient ? En effet, on ne
trouvera pas une seule recette dans le livre. Ainsi était
Giovanni Abignente dans sa vie : il ne donnait pas de conseils
et ne dirigeait pas la pensée de ses vis-à-vis. Il écoutait,
simplement, et pourtant il émanait de lui une référence. En
repensant à l'intérêt et au plaisir que j'ai eu à le lire et au
sentiment de paix qu'il m'a procuré, je ne dirais pas que le
livre est trop simple, mais qu'il va au fondamental. C'est autre
chose.
Mais Les racines et les ailes s'adresse aux familles elles-
mêmes. Lu directement par les grands adolescents et les
adultes, lu, commenté et discuté en couple ou entre
générations, lu par passages à l'intention des plus jeunes lors
de réunions du groupe familial.
Voici quelques utilisations possibles de l'ouvrage. Redisons-
le, il rassure; pas à bon compte, pas avec des pseudo-
consolations qui n'en sont pas : il dit ce que nous sommes et
comment nous évoluons et suggère des pistes pour que ça se
passe bien, sans nier la part des manques ni celle des conflits,
et sans apporter de réponses faciles. S'efforcer d'adhérer aux
valeurs que l'auteur vit et procéder aux mouvements
relationnels qu'il recommande peuvent apporter beaucoup de
joie à chacun et l'inviter à déployer ses ailes avec confiance.
Jean-Yves HAYEZ
Notes.
(1). Suffisamment bien ? Le grand pédiatre et psychanalyste
anglais D.W. Winnicott avait dit, dans une déclaration restée
célèbre, que la vraie bonne mère, celle que ses enfants et sa
famille étaient en droit d'attendre, ne pouvait jamais être
qu'une mère suffisamment bonne. La perfection n'est pas de
ce monde trop la rêver ou trop la viser conduit régulièrement
au désastre. On peut transposer cette qualification à de
nombreuses réalités humaines, pour définir leur état le plus
souhaitable. On doit même ajouter qu'il est impossible d'être
suffisamment bien en permanence ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Postface
Allers et retours entre les racines et les ailes.
Pierre Fontaine (1)
Le livre que nous venons de lire traite de l'équilibre mobile entre
deux pâles entre les racines et les ailes dans le fonctionnement et
dans le cycle de vie d'une famille. Je voudrais discuter ces
éléments.
Giovanni Abignente et moi, nous avions commencé à travailler ces
thèmes ensemble, il y trente ans, quand il était jeune psychologue,
boursier étranger à l'Université Catholique de Louvain. Nous avons
chacun évolué séparément mais, lors d'échanges au sujet de ce
livre, nous nous sommes retrouvés proches. Nous avions
l'intention de nous rencontrer plus longuement pour en parler.
Cette postface constitue en quelque sorte cette discussion
posthume. Mais elle est publiée, donc elle est adressée en même
temps aux lecteurs engagés et intéressés par la vie de leurs
familles et à des professionnels qui les accompagnent. Je voudrais
alors les rendre sensibles au travail de recherche et de réflexion
universitaire, qui constitue l'armature de cet ouvrage contacts
avec d'autres auteurs et d'autres théories, contacts et recherches
avec des familles sur le terrain.
L'ouvrage (2)
comprend deux grandes parties, qui décrivent les
familles dans deux de leurs dimensions-clés. Une première partie (
chap. 2-5 ) dépeint les familles dans l'espace avec les notions de
proximité et distance, territoires et râles, frontières et règles,
moyens de communication. Une seconde partie ( chap. 6-12 ) les
suit dans le temps, dans le déroulement de leur cycle de vie, de la
naissance du couple au couple âgé. Dans ces deux dimensions,
espace et temps, l'équilibre dynamique entre les pâles racines et
ailes jouera indéfiniment. Examinons donc ce jeu spatio-temporel;
nous le ferons successivement, tout en sachant que cette division
est didactique et que, dans la vie, tout fonctionne ensemble.
L'ESPACE
Une des fonctions de la famille est d'être articulation et système
tampon entre l'individu et la société. La famille assure la
socialisation de l'individu (" Dis bonjour à Monsieur ") ç'est-à-dire
son ouverture et son intégration sociales ; elle exerce donc une
fonction d'ouverture. D'autre part la famille assure son
individuation, son unicité qu'elle protège contre la société (" Tu as
eu peu de points à l'examen, mais tu as été malade et tu as bien
travaillé, je le sais ... ") : c'est sa fonction de fermeture.
Pour chaque membre de la famille, s'individuer, c'est " être soi "
; se socialiser, c'est " être avec les autres ".
" Etre soi ", l'auteur l'appelle " identité positive ", c'est " se dire et
affirmer aux autres: "Moi, c'est moi; j'ai le droit d'être moi; il y a en
moi des choses originales dont je suis fier" " ( v. p. 56 ) C'est voler
de ses propres ailes.
" Etre avec les autres ", l'auteur l'appelle " l'appartenance à un
groupe et le partage de ce qu'il vit, pense et fait " ( v. p. 58 ). C'est
s'enraciner.
Si ces deux aspirations de l'être sont poussées
à l'extrême, l'individuation devient isolement
et l'appartenance devient fusion (3)
. Ce
peuvent être des réactions saines et transitoires à des situations
très anormales, mais Si elles perdurent, elles s'accompagnent
alors souvent de souffrance morale et de troubles des
comportements.

Pour le groupe familial dans son ensemble, ces deux aspirations
existent également et se décrivent par des termes partiellement
différents : la famille est vue comme individuée ou cohésive, ou
aux extrêmes, comme désengagée ou enchevêtrée ( v. p. 67 ). "
Une famille équilibrée occupe donc une aire moyenne entre ces
deux pâles extrêmes " ( v. p. 70 ).

L'auteur emploie des termes variés pour décrire ces pâles
d'aspiration. Ainsi pour le pâle " Individuation ", il parle
d'individualisation, identité, différentiation, sauvegarde de la
diversité, autonomie, éloignement, goût de l'espace, etc. Et à
l'extrême du pâle, l'on trouve les termes: isolement, solitude,
marginalisation, refus, abandon, etc. Ainsi le pâle apparaît moins
pur, mais plus riche.
Relations entre les pôles " être soi " et " être avec ".
L'auteur
parle d'une dialectique, d'équilibre, d'un point d'équilibre qui se
déplace continuellement, d'oscillation entre deux expériences
opposées, d'alternance, d'inter-jeu entre des mouvements
complémentaires, d'allers-retours. Il y a des oscillations à très
courte échéance comme au cours d'une conversation, où chacun
peut être présent ou absent à son interlocuteur Certains auteurs y
ont appelé ces oscillations, en général synchrones, une
chorégraphie. Il y a aussi des alternances suivant le rythme de la
journée. Dans certaines familles, le matin, les membres sont plus
distants, chacun dans sa bulle, déjà à ses propres affaires,
soucieux d'arriver à temps sur son lieu d'occupation; le soir par
contre, il y a plus de chaleur, d'échange et de cohésion.
Synergie.
L'auteur se demande: " Comment peut-on avoir à la fois
des racines et des ailes ? " ( v. p. 18 ). En effet l'équilibre qu'il
invoque ne veut pas dire que la famille idéale à ses yeux oscille
autour de 50 % d'individuation, d'être soi et 50 % d'être ensemble.
Ces deux aspirations de l'être ne s'excluent pas ; elles peuvent
être en synergie, c'est-à-dire travailler de pair: ainsi on pourrait
être, disons à 85 % soi et à 85 % avec les autres. L'on peut être
formidablement soi-même, bien dans sa peau, développer son
identité, se reconnaître et être reconnu, à l'intérieur d'une relation
amicale ou amoureuse. S'affirmer soi et s'ouvrir à l'autre permet un
ressourcement meilleur personnel et réciproque. Les racines et les
ailes de chacun peuvent se renforcer et l'on peut voler en équipe.
Illusion ? Oui, parfois, mais cela peut aussi être très vrai et l'on
connaît alors un bonheur sain.
Extrêmes.
Un dicton populaire dit que les extrêmes se touchent.
On le cite quand, par exemple, " amour " et " haine " s'intriquent
dans un amour jaloux. En famille, il arrive que des parents ou des
éducateurs en détresse alternent des positions autoritaires et
d'autres de laisser-faire, surtout s'ils suivent des conseils de
sévérité plus stricte qu'on leur donne et puis s'effraient de leur
propre sévérité.
LE TEMPS
L'image les racines et les ailes, invite aussi à se représenter un
déroulement dans le temps, un passage des racines aux ailes. " À
chaque étape, l'enfant est poussé dehors, mais principalement par
lui-même " ( v. p. 62 ).
Une deuxième fonction de la famille se situe dans le temps: la
famille assure continuité et changement, conservation et
transformation. " Le développement (de la famille) n'est possible
que grâce à deux forces opposées et complémentaires : d'un côté,
la conservation, c'est-à-dire le maintien... et de l'autre, la
transformation, c'est-à-dire les nouvelles conduites. " ( v. p. 128 ).

Synergie.
Les forces de maintien et de changement de niveau
modéré, que nous avons appelé Stabilité et Flexibilité peuvent-
elles aussi travailler ensemble, être en
synergie (4)
. Il n'y a pas de
maintien qui soit possible au niveau de la personne ou au niveau
de la famille, sans changement, sans transformation. Et les
changements ne sont possibles que grâce à un certain maintien. "
Comme tout organisme vivant, la famille change pour survivre " (
v. p. 25 ). Elle change sous la pression du milieu de vie et de la
société, elle change aussi et encore plus radicalement sous la
pression interne du développement de ses membres.
Extrêmes.
Ici aussi, la rigidité et le chaos peuvent être bien
proches, et de brusques changements y immerger la famille.
Transitoires et liés à de dures circonstances externes, ce peuvent
encore être des réactions de santé : ainsi par exemple, des
familles pauvres (5)
, après avoir subi les cahots des évènements
et l'effondrement de réalisations, peuvent passer par des périodes
de rigidité léthargique et de réclusion: les volets sont baissés et
personne ne répond quand des amis frappent et appellent et ce
pendant des jours. Les mères racontent plus tard, que quand rien
ne va plus, elles se mettent au lit avec un minimum de nourriture et
tâchent de dormir. Je l'interprète comme une hibernation, dans des
situations rudes : quand on ne peut plus rien faire, se retirer,
économiser ses forces, faire le mort pour tâcher de survivre, cela
peut être une réaction saine.
Niveaux.
La famille assure conservation et transformation à
différents niveaux : (1) dans le va-et-vient des rythmes de vie
journaliers, hebdomadaires, annuels et des incidents (2) dans les
phases de sa propre évolution (3) dans les passages
transgénérationnels d'une famille d'origine dans laquelle on naît
vers une famille de procréation, qu'on crée avec son conjoint et
ses enfants.
Dans ce va-et-vient journalier de la vie une règle, par
exemple l'heure du coucher d'un enfant, peut changer parce que
tante Mimi vient passer la soirée, parce que ce sont les vacances
ou que l'enfant devient plus grand et entre à l'école primaire. Ces
changements sont des changements simples, en plus ou en moins
(6)
.
Les différentes phases d'évolution de la famille sont
caractérisées par des changements dans la nature des relations
entre ses membres. Quand une femme accouche de son premier
enfant et devient mère, tant elle que sa famille changent dans
leur façon d'être, dans leur structure. Quand un adolescent peut
s'affirmer comme tel, parents et adolescent se regardent
autrement. C'est une autre relation, pas un changement en plus
ou moins, mais un changement discontinu, une marche qui est
franchie (7)
. Quand une écolière s'affiche un jour avec un petit
foulard bien noué autour du cou, le père qui n'avait pas remarqué
ou qui avait réagi négativement à d'autres signes de
changement, peut en une fois voir sa fille en future adulte et en
femme, et plus en enfant. Alors, il peut mettre en oeuvre une
réaction positive (8)
face au changement de comportement de la
jeune-fille, induisant une transformation des relations.
Abignente décrit ce changement qui peut être discontinu par les
paroles d'une belle chanson de Guccini : " Et un jour tu vas par le
chemin et tout à coup tu comprends que tu n'es pas la même que
celle qui s'en allait le matin à l'école. " Il évoque aussi, à plusieurs
reprises " cette poussée que l'adolescent doit se donner pour
pouvoir grandir ".
Ainsi, lors des transitions entre les phases de développement, les
relations peuvent être fortement dans
l'impasse. Un exemple ? (9)
Peter, treize ans, n'aime pas d'aller en classe. Mère et fils se
disputent chaque matin quand il doit se lever: " Tu devrais aller à
l'école, non parce que je te le dis, mais parce que tu es maintenant
grand assez pour comprendre l'importance de l'école et te sentir
responsable de ton avenir ". Le garçon ne sait pas comment
réagir: on le veut grand et il veut l'être; en même temps, s'il va en
classe sans faire d'histoires, il obéit simplement à sa mère et se
comporte comme un enfant. C'est un message du genre " Sois
donc spontané! ", ou encore " Tu es mon enfant, mais plus un
gosse, quoi ! ", messages inévitables dans ces moments de
transition. La situation coincée se résout par un saut spontané
d'évolution. Ici le garçon va s'intéresser à une jeune fille du
voisinage. Celle-ci prend un bus plus tôt pour aller en classe. Il va
se lever plus tôt, se débrouiller pour son déjeuner et être à temps
en classe. Il s'affirme grand d'une autre façon, qui est acceptée.
Parmi les phases de développement de la famille, le déclen-
chement de certaines est davantage déterminé par la nature, par
exemple, par la puberté au début de l'adolescence. D'autres
phases sont plus influencées par des facteurs culturels et sociaux:
ainsi en est-il de tous les stades entre la puberté et la naissance
d'un premier enfant ( chap. 10 et 11 de même que 7 et 8 ).
Différences culturelles.
En parlant des transformations que la
famille a connues ces dernières décennies, Abignente cite " la
famille durable " ( v.p. 40 ). Tout un temps, les auteurs ont parlé
d'adolescence prolongée, puis décrit un nouveau phénomène,
celui du " jeune adulte sans liens " ( unattached ), assez
indépendant de ses parents sur les plans domestique et financier,
mais pas engagé de façon stable dans la création d'une famille. "
La famille durable ", c'est un autre modèle dominant dans le sud
de l'Europe, surtout en Grèce et Italie. Il est décrit au chap. il : c'est
le jeune adulte, continuant à vivre avec ses parents, mais d'une
autre façon. Ce mode de vie n'est présent que chez environ 4 %
des jeunes danois, 20 % des Belges mais est dominant en Italie.
L'on remarque une tendance à l'augmentation dans nos pays de
sorte qu'il est intéressant de la connaître.
D'autre part il y a des différences sociales. Retarder la venue des
enfants est une tendance nette dans la classe socio-économique
dominante. Pour des familles vivant
la pauvreté (10)
, les risques
de grossesse involontaire sont moins bien contrôlés, mais surtout
l'enfant constitue une valeur sûre pour une jeune fille; il lui donne
une appartenance, un statut respectable de mère, une identité et
un sens à sa vie, là où les résultats de ses études et les
perspectives professionnelles qui l'attendent sont tellement
décevants et ne peuvent la valoriser. Par contre, des couples de
jeunes sortis de l'université, désireux de construire chacun une
carrière, retardent la venue de leur premier enfant, car la carrière
joue une fonction importante dans leur statut et identité sociale,
dans la satisfaction qu'ils espèrent de la vie. On peut avoir un
premier bébé à 17 ans ou à 34 ans et ces phases de la vie
familiale peuvent être télescopées ou étirées, mais ce sera la
jeune femme pauvre, en décalage avec le modèle dominant dans
notre société qui sera accusée d'avoir 2 enfants à 20 ans et pas de
quoi les élever. La société demande aux psychologues d'établir
des normes. Peut-on établir des normes qui respectent vraiment
l'essence du projet de vie de chacun ?
FAMILLE SAINE ET FORMATION
Famille équilibrée.
Cette question des normes soulève celle des
familles normales, non pathologiques, sans symptômes, saines,
fonctionnant bien, suffisamment bonnes, ordinaires, etc. Tous ces
termes ont été critiqués car normatifs et statiques, négatifs et
médicaux, hygiéniques ou fonctionnalistes, définitions de bonne
femme, etc. Alors, tant qu'à faire, autant se limiter à un terme et
tâcher de te faire comprendre. Ainsi j'ai choisi, fin des années
septante, le terme " sain " dans son acceptation courante, non
médicale, comme on dit " des idées saines ", " une fille saine ".
Dans la suite, je l'ai abandonné, je parlais plutôt de santé dans
toute famille et du fonctionnement de toutes sortes de familles,
dont les familles pauvres, et j'étais frappé par la lutte positive de
beaucoup de celles-ci pour bien vivre, par leurs forces, leur
résilience. Abignente ne parle pas de familles saines, il parle " des
familles ", parle peu de pathologies et entre donc peu dans cette
polarisation. Il titre un bref chapitre " Une famille qui fonctionne
bien " ( v. p. 65 ) mais parle beaucoup d'équilibre et parfois d'"
une famille équilibrée ". Il dit " une " famille, pas " la " famille, car
" il n'existe pas un seul modèle de famille ... Il existe des centaines
de millions de familles ... " ( v. p. 20 ).
Comment se présentent des familles fonctionnant bien ? L'équilibre
y est important et dynamique: c'est un perpétuel mouvement entre
des pâles opposés et complémentaires, synergiques. Pôles qui
correspondent à un vaste répertoire de comportements. C'est tout
le contraire de l'être rigide, fixé à un pôle avec un répertoire
d'idées, de sentiments et de comportements qui s'appauvrit
chaque jour.
Formation.
Pour bien vivre le métier de parent, Les racines et les
ailes est un livre important. Il structure, il analyse les éléments dont
il donne une manne de petits exemples concrets. L'auteur l'a voulu
comme " un stimulus à la réflexion et à la confrontation. S'il ( le
lecteur ) le désire, il peut l'utiliser pour mieux comprendre son
expérience familiale personnelle " ( v. p. 20 ). Jean-Yves Hayez
qui a aussi une expérience de président d'école de parents en
propose la discussion en couple ou entre générations. G.
Abignente a entre autres puisé ( et donné ) son savoir dans des
groupes de rencontre de parents d'adolescents. Pour des adoles-
cents, il est important d'avoir un groupe d'amis ( v. p. 207 ) de
pouvoir parler à des pairs, de les entendre parler de leur famille et
de voir des familles différentes de la leur. Pour des parents
d'adolescents, de même, il est important de rencontrer d'autres
parents, d'entendre leur vécu et par moments de s'imaginer vivre
encore - quelques instants ... - à la place des adolescents.
À l'intérieur de la formation de professionnels qui se destinent à
accompagner des familles, il est souhaitable qu'ils connaissent les
fonctionnements adéquats dans leur diversité avant d'étudier les
dysfonctionnements. Minuchin, thérapeute de familles, avait
régulièrement de