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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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* biographie et receuil de publications scientifiques du
professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Jean-Yves HAYEZ
Dans le chapitre 4, nous avons proposé
une synthèse chronologique du déroulement
des programmes, en fonction de la gravité
des transgressions concernées. De nombreuses
attitudes et interventions y ont été évoquées
et nous allons les décrire en détail
dans ce chapitre et le suivant.
La décision de sanction active est l'inverse
de celle d'abstention dont nous parlerons plus
loin, et qui porte, elle, sur les transgressions
mineures et peut-être même sur les
majeures plus destructrices.
L'interdiction verbale.
Définition et discussion.
L'interdiction, ce sont les paroles
que l'adulte prononce ( et place entre
le jeune et ses actes ), pour exiger du
jeune qu'il respecte la convivialité.
Convivialité ne doit pas être pris dans
une acceptation légère (" être agréable
à fréquenter ") mais dans son sens le
plus étymologique : faire ce qu'il faut
pour que la vie ensemble soit possible,
à court et à long terme, certainement
entre humains, mais probablement aussi
entre êtres vivants ( pas d'agression
gratuite du vivant vers d'autres vivants ).
C'est pour faire respecter des règles
que nous interdisons certains comportements.
Pour certaines d'entre elles, que nous
avons appelées majeures, c'est simple,
car il est clair qu'elles concrétisent
de grandes lois. Pour les mineures, c'est
plus incertain, car elles défendent des
" valeurs " plus relatives : l'homéostasie
d'une culture, l'organisation actuelle
d'un groupe, etc. : quand c'est le cas,
au moins devrions-nous motiver authentiquement
notre interdiction, et ne pas laisser croire
au jeune qu'il porte atteinte à l'ordre
humain quand il ne fait que contester des pouvoirs de groupe.
Pourquoi l'interdiction verbale ?
L'interdiction verbale a d'abord une intention
informative: elle signale au jeune le cadre
de référence dans lequel il vit, la manière
dont ses transgressions ont touché la
communauté et les raisons d'être d'autres
sanctions et interventions éducatives.
On espère ensuite que le jeune intériorisera
le message qui lui est donné. Un premier niveau
d'intériorisation c'est d'avoir davantage
peur du gendarme à l'avenir et de se conduire
de façon plus prudente. Un niveau plus mûr,
c'est de faire vraiment sien le message,
de l'intégrer dans sa propre conscience
morale et de désirer se conduire de façon plus sociable.
Ces résultats s'acquièrent via une
réélaboration mentale, par le jeune,
de ses idées erronées sur son droit
à détruire. Cette réflexion se fait
de façon personnelle, mais se prépare
éventuellement lors de " discussions morales " avec l'adulte.
Si le moteur le plus important de cette
réélaboration ne peut être que le désir
( de se conduire autrement ), en revanche
et complémentairement, il est inéluctable
et souhaitable que le jeune vive quelques
affects et idées pénibles, qui le condamnent
de l'intérieur ; on parle alors parfois de
reintegrative shaming : si la communauté
parvient à provoquer chez le jeune un peu
de honte ( et de culpabilité ), et qu'elle
lui accorde ensuite son pardon, celui-ci
peut cicatriser sa blessure narcissique
et en faire surgir l'idée résiliente de
repartir autrement de l'avant. Il n'en
va malheureusement pas de même si la
communauté persiste à le stigmatiser
et à l'exclure: alors, il n'aura pas
envie de " revenir dans le lien social " ( Vaillant, 1994 ).
L'application de l'interdiction verbale.
Dans sa forme la plus complète, voici
comment elle peut se dérouler :
- L'adulte (re)demande la raison d'être
de la transgression: un peu au-delà de
l'écoute empathique, il demande des comptes
au jeune, sans reproches ni irritation
immédiats, mais avec fermeté: " Pourquoi
t'es-tu permis de nous bousculer ou de
nous agresser de la sorte, alors que
nous ne t'avions pas mis dans une
position de légitime défense ? ".
- Selon les cas, l'adulte réagit comme
personne directement lésée, ou comme
porte-parole de la communauté ( si pas
des êtres vivants ). Cette réaction peut -
et gagne à - être personnelle, vécue,
mettant en scène de la façon la plus
concrète possible la souffrance provoquée.
Elle doit néanmoins indiquer son au-delà,
qui est le droit de tous au respect.
A l'occasion, si l'adulte estime
qu'il y a eu intentionnalité agie
( discernement + liberté ) vers de
la destruction, et surtout s'il est
lui-même signifiant aux yeux du jeune,
il peut émettre en son âme et conscience
un jugement moral négatif et limité à
l'acte : " A mes yeux, c'est mal, ce que tu as fait là ".
- Une verbalisation explicite de l'interdiction,
brève et ferme, peut encore s'ensuivre si
c'est nécessaire, de même qu'une interdiction
de toute récidive : " Tu n'avais pas le droit et tu ne peux plus ".
Les qualifications de l'interdiction verbale.
L'interdiction verbale doit figurer
dans les commentaires clés décrits
au chapitre 4. Vu sa portée, elle est
cependant l'affaire de tous ; elle gagne
donc à se réénoncer et se rediscuter de
façon informelle au fil du temps, et à
se renouveler en cas de ( menaces de ) récidives.
On caricature parfois ce qu'elle est
en disant que l'adulte " dit la loi
( symbolique ) ", surtout s'il s'agit
du magistrat officiellement mandaté pour
veiller sur le respect des lois de la
cité : cela donne parfois l'image d'une
espèce de Zeus, foudroyant de façon
méprisante le jeune du haut de son Olympe.
La réalité nous semble cependant plus
incarnée que cette gestuelle : c'est
à toute la communauté à (re)dire au
jeune qu'elle entend que la convivialité
soit respectée et, pour ce faire, qu'il
tienne compte des lois et règles qui la garantissent.
L'interdiction verbale ne doit pas
constituer un double message. Si l'adulte
la trouve importante, il doit être ferme
quand il y procède et se donner les moyens
de la faire respecter Même s'il n'a pas
toujours le résultat espéré, qu'il ne
fasse pas comme si d'éventuelles récidives
étaient sans importance, mais qu'il se batte
à fond pour le respect de cette convivialité ( Flavigny, 1990 ).
L'interdiction agie.
Définition.
Ce sont les dispositions que l'adulte
prend pour ne pas laisser le jeune jouir
des fruits concrets de la transgression
que, par ailleurs, il désapprouve verbalement.
Il le fait aussi bien au nom de sa cohérence
éducative à l'égard du jeune qu'en vertu
d'une motivation plus personnelle, dans
le cadre d'un rapport correct à la Loi.
Ne pas y être attentifs constituerait un
double message aux yeux du jeune : s'il
était simplement désapprouvé, mais que,
sur le terrain, il pouvait quand même
tirer profit de sa transgression, il en
conclurait que l'adulte ne représente
aucune autorité, ou que, au-delà de ses
déclarations publiques, ce même adulte
est secrètement fasciné et complice.
Quelques applications.
Une application qui saute aux yeux porte
sur la présence, dans la chambre du jeune
ou sur lui-même, d'objets ( probablement )
volés. En pareil cas, l'adulte n'a évidemment
pas à se faire, par son silence, complice
d'un vol ou d'un recel. Mais il ne devrait
pas non plus se borner à proférer " Je ne
veux plus voir ça ici ! " : qu'il s'assure
donc qu'existe une certaine forme de
restitution - à laquelle il peut même
participer - dirigée directement vers
le préjudicié ou non, que celui-ci
soit identifié ou non.
Quand le jeune nie le vol, l'adulte doit
prendre garde à ne pas être le pigeon
de bobards ( l'objet trouvé, si commode )
et à ne pas se laisser neutraliser par des
histoires embrouillées d'échanges, de
prêts ... : qu'il exige à tout le moins
des clarifications suffisamment
satisfaisantes ( voir par exemple
Schouten, Hirsch et Blankstein, 1976, p. 245 ).
Si une institution résidentielle interdit
la consommation intra-muros d'alcool et
de drogues, sa position quant à l'observance
de la règle ne peut confiner ni à de
l'ingénuité ni à une vérification
paranoïaque. Qu'elle garde les yeux
ouverts, qu'elle fasse occasionnellement
une inspection dans certains lieux
( l'une ou l'autre chambre, par exemple )
qui lui paraissent particulièrement suspects,
qu'elle se souvienne que des jeunes qui
se réunissent le soir plus ou moins
secrètement ne jouent pas nécessairement
un remake du Cercle des poètes disparus.
Nous formulons des réserves plus radicales
encore à l'égard de nombre de règles qui
proclament " Pas de ça chez nous " sans
que personne n'ait l'air de se préoccuper
de ce qui se passe dehors ni d'en parler :
si l'on a décidé qu'il n'est pas bon de se
droguer et donc, qu'on ne peut pas le faire
dedans, on peut, sans se sentir personnellement
chargé d'une responsabilité directe de
surveillance sur des transgressions qui
se passent à l'extérieur, dénoncer quand
même celles dont on aurait connaissance.
" Pas de ça chez nous " ne peut pas
signifier : " Va donc le faire ailleurs ".
Quelle attitude adopter lorsqu'un jeune
rapporte, au cours d'entretiens psychologiques
ou de psychothérapies, qu'il récidive
dans des transgressions graves? L'adulte,
fût-il psychanalyste, ne devrait pas
accueillir passivement cette confidence,
comme un simple fait de parole. C'est
toute la communauté, lui inclus, qui
demande au jeune de se socialiser,
donc d'éviter des transgressions
destructrices. Nous ne demandons pas
que cet adulte se précipite, toutes
affaires cessantes, pour dénoncer
la récidive. Mais il peut, en peu
de mots, chercher à comprendre avec
le jeune le sens de celle-ci, en discuter,
lui enjoindre de s'en abstenir à l'avenir,
voire de dédommager la victime ( si c'est
possible ) et vérifier ce qu'il en advient.
S'il s'avère que le jeune ne fait pas
d'efforts significatifs pour s'améliorer,
il reste à l'adulte, soit à mettre fin
à la psychothérapie ( qui n'aurait en
pareil cas aucun impact sur la socialisation ),
soit à dénoncer les faits ( s'il y a
dangerosité significative ).
L'attitude inverse, dans le chef des adultes,
est ressentie par le jeune comme un alibi,
une caution de sa délinquance.
De façon générale, plus on travaille avec
un jeune dont le fonctionnement est arbitraire,
plus on doit veiller à ce que l'interaction
avec lui ( et avec son entourage ) respecte
bien les règles sociales majeures ... et même
les mineures, pour éviter des interprétations abusives.
Il ( et son entourage ) tend(ent) régulièrement
des pièges : " Puis-je fumer? Puis-je téléphoner
de votre bureau? Lui ferez-vous ce certificat?
( de complaisance, qui couvre une absence pour
maladie au moment de devoir exécuter une
prestation sociale ou scolaire pénible ) ? ".
Il est très important de pouvoir comprendre,
certes, mais aussi de dire non à toutes ces
tentatives de séduction ou de chantage. Sinon,
le jeune en déduit qu'on n'a aucune autorité
et/ou qu'on se moque de la Loi tout comme lui.
Le dédommagement.
Définition.
C'est un travail de reconstruction exigé
du jeune et effectué par lui, en réponse
aux dommages réels, physiques et/ou moraux
qu'ont occasionnés ses transgressions :
destructions matérielles et/ou corporelles,
stress et autres souffrances des victimes,
dépenses d'argent et d'énergie de la communauté
( temps et moyens investis à son profit
pour le resocialiser ).
Le dédommagement ne veut donc pas être un
désagrément, une peine pour celui qui
l'effectue, même si l'effort et la sueur
qu'il y engage ne sont pas souvent une partie
de plaisir. Il n'est pas de l'ordre du
symbolique, mais du réel ( Laplanche
[1983, p. 217] signale ce besoin du sujet
" que quelque chose se passe enfin dans le réel ").
En quoi consistent les dédommagements?
Le dédommagement type, c'est un travail
( dix, vingt, cent heures ...), souvent
manuel, et qui apparaît comme ayant un
lien logique avec la destruction causée :
tantôt, il la remplace à l'identique, tantôt
il s'agit de compensation, parce que la
destruction est irréversible ( mort ) ou
trop énorme ( incendie avec dégâts très lourds ).
Lorsqu'elle est possible, la restitution d'un
bien volé fait nécessairement partie du
dédommagement, mais on la complète utilement par un travail.
De l'argent qui appartient au jeune peut-il
constituer un dédommagement? Si c'est
lui-même qui en fait la proposition,
l'idée doit être explorée avec prudence :
on ne pourrait en aucun cas accepter qu'il
s'acquitte au moindre coût de la nécessité
de reconstruire, par un geste insignifiant;
ni, à l'inverse, que se génère un vécu de
persécution, le jeune se sentant spolié
d'un bien très précieux. Ces risques font
que c'est très rarement l'adulte qui
proposera au jeune de se séparer, à titre
de dédommagement, d'une partie de son pécule!
Le dédommagement demandé au jeune n'a,
en principe, rien à voir avec les dommages
et intérêts souvent réclamés par les tiers
victimes à ses parents ou aux responsables
de son éducation (1).
Quelques qualifications de ces contenus (2).
Nous recommandons que les dédommagements demandés
aux jeunes soient :
soit informels, par exemple décidés en
famille, par l'éducateur de l'institution
résidentielle, par l'école, soit formalisés
et confiés à une institution spécifique
après décision judiciaire. On est alors
dans le cadre de médiations pénales
gérées par les parquets, ou de jugements
prononcés par les juges pour mineurs :
ces derniers délèguent alors à des équipes
spécialisées le soin d'exécuter des
prestations d'intérêt général ( France,
Québec ) ou des prestations éducatives
et philanthropiques ( Belgique );
systématiques: chaque fois que l'on a
décidé de sanctionner activement la
transgression, l'exigence d'un dédommagement
devrait constituer le coeur de la réaction
de l'adulte ; ceci vaut pour tous les jeunes
chez qui est reconnue une part de responsabilité;
proportionnels à la destruction entraînée
( au résultat ), à quelques nuances près.
- Il existe une limite supérieure à cette idée de proportionnalité: on ne peut pas faire payer sa vie durant quelqu'un qui aurait causé des dégâts d'une telle ampleur qu'une vie d'homme, manière de dire, n'y suffirait pas.
- Nous avons déjà dit que le critère " intentionnalité " ne devait pas beaucoup intervenir, mais quand même un peu ( idée d'une " barre à un niveau moyen ", haussée un peu face aux intentionnalités égocentriques les plus arbitraires, et abaissée un peu quand existent de fortes tensions psychiques contributives ) ( voir p. 55 et 56 ).
- il faut tenir compte aussi de la force
intérieure de la personnalité du jeune :
par exemple un grand immature, un dépressif,
un psychotique sont incapables de la même
efficacité dans l'exécution que des
personnalités fortes et structurées;
de nature telle qu'on y trouve le meilleur
lien logique possible avec les dommages provoqués;
exécutés au bénéfice exclusif de la victime
( victime principale et/ou autres personnes
touchées par la transgression ), de la communauté, ou des deux.
Le dédommagement direct de la victime n'est pas
toujours possible ni souhaitable, par exemple si :
- la victime refuse tout contact avec le jeune
( colère, angoisse ... ce contact n'est
cependant pas une condition impérative
du dédommagement ), ou, au contraire,
si elle risque fort de se montrer trop
indulgente ( renforçant positif des transgressions ultérieures !)
- la victime reste l'objet d'une haine profonde de la part du jeune;
- la victime apparaît comme lointaine,
anonyme, injustement nantie ( par exemple, un grand magasin ).
Les objectifs du dédommagement.
L'objectif principal, c'est de faire mieux
percevoir au jeune les conséquences
destructrices de ses actes, ainsi que
sa non-omnipotence ( Bazemore et Umbrait, 1995 ) :
le tissu social lésé réagit et demande
une restauration, au moins partielle.
Le dédommagement des résultats des
transgressions participe donc à une
intention de " conscientisation ",
de " responsabilisation " : on veut
montrer au jeune qu'il a engagé sa
responsabilité et que ses actes ont
eu un impact négatif sur autrui; en
expliquant le bien-fondé du dédommagement,
on lui fait rencontrer la souffrance de
l'autre ( même si, bien des fois, son
acte agressif avait été comme désincarné
et s'il n'avait pas voulu provoquer toute
cette souffrance ( Vaillant, 1994 )).
On espère qu'il mémorisera cet enchaînement
" action - effet de souffrance - réaction
sociale " : à l'avenir, il pourrait donc
engager sa responsabilité de façon plus
prudente et plus avisée.
On ne laisse pas le jeune vivre de
façon plus ou moins dépressive cette
certitude intérieure d'être un
terminator (3).
Sans nier sa
responsabilité, on l'aide à dépasser
sa culpabilité. On lui donne la possibilité
de ramener de la vie là où il a semé la mort,
sans néanmoins gommer vraiment ce
qu'il a fait : le miracle de l'annulation
rétroactive n'existe pas vraiment et
comme le dit J. Laplanche ( 1983, p. 221 )
" Entre la nostalgie de l'intégrité et
l'acceptation du désastre, c'est l'incitation
à une nouvelle création " : au terme du
travail du jeune, qui a recréé de la vie,
" l'autre " sera amélioré, plus positif
souvent ... même si ce ne sera pas
toujours le " produit haut de gamme "
dont le jeune rêvait : il reste " autre ",
avec sa liberté et, par exemple, une capacité
variable de pardon dont il reste juge ( Vaillant, 1994 ).
Dans les meilleurs cas, lorsque le jeune adhère bien de l'intérieur à l'idée de l'importance du dédommagement, celui-ci contribue à la " réparation de soi " dont nous parlerons dans l'alinéa suivant.
Indépendamment de l'éducation du jeune,
le dédommagement constitue une justice
rendue au groupe social qu'il a lésé.
C'est souvent une condition préalable
nécessaire à une restauration de la
paix sociale : le jeune constate souvent
un réengagement davantage positif de la
communauté à son égard, ce qui apaise
son hostilité envers elle ( Bazemore et
Umbrait, 1993, p. 14 et sq. ).
Les processus d'application.
C'est le plus tôt possible après la
survenance des faits que le dédommagement
devrait être demandé au jeune, puis exécuté
par lui : le temps du processus doit être
réel pour lui, c'est-à-dire se dérouler
à un moment où il " vit " toujours l'expérience
de destruction qu'il a générée (4).
On a certainement intérêt à faire appel aux idées du jeune (" Comment pourrais-tu dédommager? "), sans se laisser aveugler par elles.
Nous l'avons dit, l'exigence d'un dédommagement est un élément fondamental face aux transgressions importantes. Ceci ne signifie pas qu'il faille y recourir de façon tyrannique et toute-puissante, pour le plaisir de mater le jeune ! Au contraire, il convient de lui en expliquer courtoisement la raison d'être, de discuter avec lui le sens de ses éventuelles résistances, de négocier éventuellement le contenu, puis de décider. Dans un tel contexte, et dans l'ambiance d'une détermination tranquille, une majorité des jeunes adhèrent au bien-fondé de la demande, au moins partiellement.
Nous pensons néanmoins qu'il faut l'imposer aux rares récalcitrants, en suivre chez tous l'exécution avec vigilance, et sanctionner les sabotages les plus manifestes. La sanction la plus naturelle, ici, ce sont des actes qui montrent au jeune qu'il n'est plus intégrable momentanément dans son groupe de vie habituel, parce qu'il s'obstinerait à ignorer les besoins d'intégrité de celui-ci. Des mises à l'écart pourraient s'en suivre.
Le jeune doit être soutenu dans l'accomplissement de son dédommagement : la vigilance des adultes n'exclut pas qu'ils soient compréhensifs, c'est-à-dire qu'ils tiennent compte des caractéristiques de sa personnalité. De façon générale, le dédommagement se passe mieux si le jeune est inclus dans un travail en groupe. Dans la troisième partie de l'ouvrage, nous évoquerons d'autres adaptations liées aux personnalités des jeunes.
L'adhésion au dédommagement ne doit pas être obtenue au terme d'un marchandage, où le jeune s'entendrait promettre qu'il n'y aura pas d'autres sanctions de ses actes : l'autorité de référence doit pouvoir continuer à apprécier l'opportunité d'autres mesures.
Reconnaître la réparation spontanée de soi
et/ou y inviter le jeune (5).
Définition.
Il s'agit de la reconnaissance, par l'adulte,
d'actes ou de paroles que le jeune pose
spontanément après le temps de la
transgression, et qui sont estimés positifs
( de valeur, sociables ...) et par le
jeune et par l'adulte. Si ces manifestations
ne surviennent pas spontanément, il s'agit
aussi de leur encouragement dans le chef de l'adulte.
En quoi consistent les réparations?
Des actes et des paroles très divers peuvent
servir à la réparation de soi.
Ils portent parfois sur les dommages provoqués par la transgression, que le jeune cherche sincèrement à supprimer ou atténuer: donc, s'il y a adhésion intérieure, un dédommagement peut aussi avoir valeur de réparation de soi.
Parfois, le lien avec le dommage causé est plus ténu, mais toujours conscient : le jeune cherche activement à montrer qu'il peut fonctionner positivement aussi, via un acte quelconque mais sociable.
Parfois encore, le lien est plus inconscient: simplement le jeune a-t-il envie de vivre et de montrer sa valeur positive, dans le décours temporel d'une transgression, mais sans plus penser à celle-ci.
Les actes de réparation posés sont donc parfois de nature symbolique ( par exemple, envoyer une lettre d'excuses à la victime ). Ailleurs, ils auront un poids plus significatif de (re)construction positive du réel ( par exemple, rendre un service ). Tel acte sera pénible à poser ; à d'autres, le jeune prendra peut-être plaisir.
Quand un jeune adhère sincèrement à
l'idée de soins qui lui permettront
de mieux fonctionner ( passage de la
catégorie " entretiens " à la catégorie
" psychothérapies "), cette décision,
et ce qui s'en suivra, peut également
contribuer à la réparation de soi.
Les objectifs de la reconnaissance
ou de la stimulation de la réparation de soi.
Ils sont évidents : on cherche à ce que le
jeune perçoive et apprécie des forces
positives en lui. Par " positives " nous
entendons ici reconnues valables par lui
et par au moins une partie significative
de la communauté. L'image positive de soi,
la confiance en un soi positif et la
réalisation d'un potentiel positif
s'en trouveront améliorées.
Après leurs actes destructifs, beaucoup de
jeunes passent par une phase dépressive
( image négative de soi; impression de ne
plus être aimés, d'être menacés de mort, etc.).
Certains la vivent pleinement, et il peut
s'en suivre des comportements désespérés-négativistes.
D'autres refoulent leurs idées les plus négatives
et arrivent à les transmuter en valorisation
de soi (" Il est glorieux d'être le destructeur
que je suis "). Mais le résultat sur le
terrain est le même : c'est la récurrence
des actes de destruction. Ici, l'accueil
d'actes positifs, même balbutiants, ou la
stimulation de ceux-ci, veut lutter contre
cette représentation dépressive de soi et
du monde, et rendre l'espérance en une
capacité de créer de la vie.
Les qualifications et processus.
Les actes et les paroles de réparation ne peuvent pas être imposés au jeune : il est essentiel qu'il leur trouve du sens, spontanément ou après qu'on a recréé de l'espérance en lui ( de façon non verbale, simplement en lui demandant un service, ou au terme d'une discussion ).
On doit se méfier de pseudo-adhésions à un projet de réparation émanant notamment de jeunes délinquants essentiels ou pervers.
Et il y a aussi des incapacités : certains jeunes, très malmenés, n'ont pas encore acquis le sens de l'oblation : ce n'est que s'ils se hasardent à accepter des liens où ils sont respectés que, à la longue, ils pourront vraiment accepter de recevoir puis donner et, du coup, se réparer.
Plutôt que d'imposer, il s'agit donc de guetter, d'être attentifs : si, d'aventure, le jeune produit spontanément du positif dans le décours de ses transgressions, il faut savoir le mettre en évidence, quel que soit le lien direct avec la destruction provoquée. Pour des jeunes particulièrement écorchés, ou méfiants à l'égard de l'emprise possible de l'adulte sur eux, on pourra se limiter à les remercier sobrement pour l'acte posé.
Pour d'autres, plus confiants et/ou en besoin plus fort de reconnaissance, on évoquera plus ou moins explicitement la dimension réparatrice de l'acte (" Tu es capable de faire des conneries ... mais tu es capable aussi de faire de bien bonnes choses ( éventuellement : qui reconstruisent ce que tu as démoli !). "
D'autres fois, il s'agit d'inviter tel jeune très immature, pris par le plaisir, ou qui n'y croirait plus. Ici aussi, le lien avec la destruction commise peut être variable, tout comme le fait d'attirer son attention ou non sur la dimension réparatrice de l'invitation : à un extrême, on peut se contenter de lui demander un service; à l'autre, on peut lui proposer de chercher, lui, comment il pourrait retrouver l'estime de soi.
En France, les écrits de M. Vaillant ( 1994, 1995, 1999 ) décrivent très bien les réparations soit purement symboliques, soit ayant le double objectif de dédommagement et de réparation de soi.
Les récompenses matérielles.
Définition.
Ce sont les moyens matériels, au sens large du terme, par
lesquels les adultes donnent un surcroît de plaisir au jeune,
en reconnaissance de ses efforts pour une meilleure socialisation.
On parle parfois aussi de récompenses morales :
paroles par lesquelles l'adulte reconnaît et
apprécie les efforts du jeune ou changements
positifs introduits dans son statut en réponse
aux mêmes efforts de socialisation. Elles sont
au moins aussi importantes que les récompenses
matérielles, mais nous les traitons sous
d'autres rubriques ( reconnaissance de
la réparation de soi; valorisation ).
En quoi consistent-elles ?
D'aucunes sont des gratifications matérielles isolées,
dont l'octroi est prévisible en fonction d'un comportement
attendu, ou qui sont données à l'improviste, comme de
bonnes surprises.
D'autres sont plus systématisées : c'est le cas, par
exemple, dans les maisons d'éducation qui s'inspirent du
behaviorisme. Ici, la sommation de " bonnes notes " sanctionnant des
progrès comportementaux précis, ouvre l'accès
à des privilèges matériels plus ou moins
importants : distractions; suppléments de liberté;
changements de groupes; retours progressifs en week-ends, etc. J.
Guindon en parlait déjà très bien en 1976, en
décrivant l'expérience de rééducation de
Boscoville au Québec. Aujourd'hui encore, un système
d'appréciations positives est un des moteurs de la
pédagogie dans certains IPPJ belges ( maisons de
rééducation spécifique des mineurs
délinquants ) ( Verlinden, 1999, p. 85 et sq. ).
Pourquoi y recourir?
On espère à tout le moins une amplification puis un
maintien du comportement attendu, en rétroaction au
renforçant positif que constitue la récompense.
Toutefois, il faut espérer que ces changements soient
davantage le fait d'une motivation nouvelle et réfléchie
que de purs réflexes : plus la récompense, qui donne
du plaisir, témoigne aussi du plaisir authentique de l'adulte
à vivre avec le jeune en progrès, plus ce dernier peut
avoir envie de faire ce qu'il faut pour rester dans ce monde plus
agréable!
Les qualifications des récompenses et les processus d'attribution.
Même si c'est le bon résultat qu'on est
spontanément tenté de récompenser, l'adulte
gagnerait plutôt à être centralement sensible aux
efforts du jeune, efforts dont le coût en énergie peut
différer beaucoup d'une personnalité à l'autre.
Bien sûr, il n'est pas question de fermer les yeux sur un bon
résultat final, même acquis sans grande peine, mais
l'effort mérite davantage d'attention et de gratification.
La suspension des efforts, voire la
rechute dans la transgression, n'exige
pas toujours une rétorsion punitive ;
elle n'autorise jamais que l'on retire
une récompense proméritée (6).
Mieux vaut
se demander s'il n'est pas préférable de
réagir d'abord par de l'indifférence
( abstention ), voire de parler explicitement
et patiemment d'espérance (" Ne nous
décourageons pas trop ... [ A certaines
conditions ], tu peux repartir du bon pied ").
Les récompenses ne peuvent pas davantage se distribuer comme
l'output mécanique et programmé d'un ordinateur; mieux
vaut qu'elles s'inscrivent dans des relations humaines où des
personnes investies par le jeune, signifiantes à ses yeux,
soient authentiquement heureuses de constater et de soutenir les
efforts de celui-ci : alors, de surcroît, elles peuvent lui
faire la surprise d'un plaisir supplémentaire, voire même
appliquer le système de gratifications prévu par
l'institution, mais en engageant leur personne et en exprimant le
sens profond des récompenses : c'est-à-dire la joie
de constater une meilleure sociabilité.
Les gratifications matérielles ne peuvent pas se limiter aux
seules récompenses : plus un jeune est délabré,
carencé, plus il a besoin aussi de gratifications
inconditionnelles ( il faut y croire, même quand il passe par
une période noire, négativiste, destructive ; un niveau
de base de signes positifs doit rester immuable, même et surtout
alors : petites gratifications matérielles ; petits signes
d'attention; reconnaissance de ce qui reste quand même
acceptable dans son comportement ). Les récompenses ne sont
jamais qu'un surcroît !
Les punitions.
Définition.
Ce sont les moyens matériels au sens large, par lesquels
l'adulte prive le jeune d'un plaisir, en réaction à
des transgressions que celui-ci a commises. On parle parfois aussi
de punitions morales : paroles par lesquelles l'adulte
désapprouve de tels actes. Elles peuvent être
importantes, elles aussi, mais nous les avons traitées
sous la rubrique " l'énonciation de l'interdiction ".
Les punitions ne devraient jamais entraîner la souffrance
physique, pas plus que l'angoisse d'être agressé
( comme quand on met un petit enfant à la cave ). Elles ont
un but éducatif et n'ont donc que très peu à voir
avec les peines infligées aux adultes par les tribunaux
pénaux et avec les fonctions attribuées à
celles-ci.
Le dédommagement, dont nous avons déjà
parlé, ne devrait procéder d'aucune intention punitive
chez l'adulte. Mais comme le jeune, lui, y voit parfois d'office une
punition, il vaut la peine de vérifier la chose et, si c'est
le cas, d'en discuter avec lui.
En quoi consistent-elles ?
Il peut s'agir de privations de plaisirs, de mouvement et/ou de
permissions plus ou moins importantes, jusqu'à la privation
de liberté, partielle ou totale, dans les placements
fermés; corollairement, il y a le non-accès aux
récompenses dont d'autres bénéficient eu
égard à leurs efforts ...
L'on sera attentif à éviter les punitions qui privent
les jeunes de ressourcement affectif ( contacts avec la famille )
ainsi que celles qui les privent d'un investissement social positif
( par exemple, privation de fréquentation d'un club sportif ).
On peut penser aussi à imposer une tâche fastidieuse,
mais elles ne sont pas légion : il faut éviter celles
qui risquent de dégoûter de l'école ( lignes
à copier ); par ailleurs, la vie sociale implique des
corvées ( faire la vaisselle, ramasser les papiers dans
la cour ...) : les imposer comme punitions plutôt que les
faire partager par tous comporte également un risque : tout
au plus pourrait-on jouer sur les proportionnalités de
participation
Pourquoi y recourir?
Pour qu'une punition soit efficace, il faut que le jeune la relie
mentalement à sa transgression, condamnée par l'adulte :
il devrait assumer à la fois qu'il en est responsable ( donc,
il pourrait l'éviter à l'avenir ), qu'elle est
dangereuse ( elle amène l'inconfort intrinsèque,
via la réaction des adultes ) et qu'elle est mauvaise ( comme
le lui dit l'adulte et peut-être aussi sa propre conscience ) ;
alors I'agressivité éveillée par la punition
peut être intériorisée et dirigée vers
la " partie mauvaise de soi ".
Réagissent plus ou moins de la sorte les jeunes au
fonctionnement momentanément normal, ou
légèrement ou modérément
névrotique, qui feront des efforts par la suite pour mieux
maîtriser " la partie mauvaise en eux ".
En revanche, beaucoup de jeunes immatures et/ou carencés affectifs ne programment pas longuement leurs actes et ne comprennent pas qu'on puisse leur reprocher quelque chose qui leur a apporté tant de résultats gratifiants et dont ils prétendent - vrai ou faux - qu'elle leur a complètement échappé; ils retournent donc vers l'extérieur l'agressivité réveillée par la punition : leur sentiment de persécution et leur volonté de vengeance s'en trouvent souvent accrus.
Beaucoup de jeunes en phase psychopathique, délinquante essentielle ou perverse voient dans l'adulte qui s'affronte à eux pour les punir un nouvel ennemi à défier, à combattre. Mais l'absence de sanction négative leur apparaîtrait, chez ce même adulte, comme un signe de faiblesse à exploiter : face à cette alternative, une punition mesurée sera souvent un moindre mal!
Les jeunes au fonctionnement très névrotique sont écrasés de l'intérieur par des sentiments de culpabilité énormes. Ne pas en tenir compte peut être très dangereux, et les amener au suicide ou à de nouvelles transgressions " appelant " la punition : chez ceux-ci, une punition sobre et proportionnée à l'acte commis peut soulager la culpabilité, en remettant le pouvoir punitif aux mains d'un père externe.
Les qualifications et les processus de mise en place.
Des éventuelles punitions ne devraient jamais constituer qu'une des composantes du programme global ; les autres catégories de sanctions actives figureront à leur côté. Même si le dédommagement, en soi, n'est en rien une punition, sa mise en oeuvre entraîne souvent une certaine pénibilité : il ne faudrait pas que la somme des pénibilités " dédommagement + punitions " devienne excessive.
Tous les jeunes réagiraient négativement
à une ambiance quotidienne menaçante,
pesante, faite de reproches et de
punitions, où s'accumuleraient les notes
à payer pour chaque échec et transgression.
Les punitions doivent donc rester clairsemées,
en réaction à quelques transgressions graves;
mais alors, elles doivent être prévisibles
et systématiques.
Si l'application d'une punition doit être
raisonnablement prévisible pour le jeune -
et elle l'est de facto : il ne manque pas
d'intelligence à ce point ! - il est inutile
de céder au réflexe habituel qui est d'en
menacer répétitivement le jeune avant
qu'elle ne tombe. Si la transgression
a été commise, la punition peut suivre
sans autre avertissement.
La punition aura d'autant plus de chance de passer qu'elle aura été imposée sobrement ( inutile de crier et d'humilier en plus ), qu'on peut en quelques mots en expliquer le sens et qu'existe une ambiance de " justice ", de non-discrimination, de mesure, et exempte de tout sadisme; l'adulte qui inflige la punition gagne à être investi par le jeune, fort, prêt à payer de sa personne pour venir en aide ( Bandura [ 1977 ] : le " modèle " que véhicule l'homme qui punit, passe bien au-delà de la sanction ...) : la punition a entre autres de l'effet parce qu'elle rappelle que veille une fonction paternelle consistante ...
Écarter le jeune de son milieu de vie habituel.
On pense tout de suite ici à l'installation du jeune en dehors de sa famille pour sa vie quotidienne : dans la famille élargie, en famille d'accueil, en internat scolaire, en institution résidentielle plus ou moins spécifique, en chambre ou appartement plus ou moins supervisé, voire en maison d'arrêt.
Mais il y a aussi les changements d'école ; et encore, l'obligation qui est faite au jeune de fréquenter tel groupe, estimé positit ou de ne plus fréquenter tel autre ( habituellement, ses pairs ...), jugé délictogène.
Nous renvoyons le lecteur à ce qui a été dit de ces éloignements dans les chapitres 4 et 5 et notamment au tableau 1., p. 79 ; nous en reparlerons également p. 121 et sq.
Définition et discussion.
L'abstention, c'est le choix que fait l'adulte de ne pas dramatiser la signification de certaines catégories de transgressions et de ne pas y réagir, totalement ou partiellement.
Ce choix peut-être payant, c'est-à-dire contribuer à la maturation du jeune, si l'abstention est une vraie abstention, c'est-à-dire une décision de ne pas tout traquer, ou de ne pas intervenir ( ou de limiter son intervention ) malgré que l'on a vu et que l'on a été incommodé par la transgression. Le cas échéant, cet inconfort peut être déclaré au jeune, et pourtant ne pas entraîner de rétorsion.
La vraie abstention n'a donc rien à voir avec :
- le déni de l'adulte (" Ca ne me fait rien ...
tu peux transgresser tant que tu veux, tu ne
m'atteindras pas "); déni dont l'effet est
souvent extraordinairement provocant!
- un signe d'une ambiance d'infantilisation
du jeune (" Ce n'est pas grave ce qu'il a
fait, c'est sa crise ... "). Il faut savoir
reconnaître la puissance du jeune, le bien
et le mal en lui. Certains d'entre eux
toujours " excusés et récupérés " deviennent
très dangereux : provocations de plus en
plus à risque, longues fugues, violences
intenses jusqu'au parricide ou au matricide ...
- la démission, la passivité, l'angoisse
d'affronter le jeune, l'effritement de la
motivation à éduquer ... Ainsi, l'abstention
délibérée de sanctionner l'acte d'un jeune
( par exemple, être sorti du groupe sans
permission ; avoir été ivre ...) ne devrait
pas couvrir d'injustes bénéfices matériels
liés volontairement ou non à l'acte, comme
d'échapper à un devoir ou à une corvée
collective. On peut s'abstenir de sanctionner
l'acte, mais demander que le travail mis
en suspens soit exécuté;
- la complicité plus ou moins voyeuriste, plus
ou moins affichée, à la limite de la provocation
( par exemple certaines nuances des prédictions
négatives, où l'on devine la jouissance du
prédicteur à l'idée que sa prédiction pourrait
se réaliser ou certaines institutions qui
" ferment les yeux ", perpétuellement,
sur les relations sexuelles, consommations
de drogues mineures et autres trafics d'objets
volés qui ont lieu dans leurs murs ).
La vraie abstention, si on la trouve indiquée,
consiste plutôt à vivre et éventuellement
signifier: " Ca se passe comme cela
maintenant, je ne veux pas intervenir,
mais je préférerais que ça change ...
que ça redevienne agréable, sociable pour nous tous ".
Quand et pourquoi vaut-il mieux s'abstenir?
Un certain nombre de transgressions, souvent mineures, " signent " le grandissement " normal " de l'être humain. Elles sont souvent secrètes, ou alors, constituent des affrontements ostensibles à l'autorité, dont le but, précisément, est de montrer que l'autorité de la génération du dessus n'est pas toute-puissante.
Vouloir traquer et maîtriser toutes ces
transgressions aura chez beaucoup un
effet de provocation et d'exacerbation
d'un bras de fer entre l'adulte et le
jeune. Il faut donc savoir ne pas voir
parfois, ne pas intervenir, et même,
" perdre " de temps en temps (7)
pour
que le jeune garde confiance en soi et,
paradoxalement, pour que ne s'exacerbe
pas son désir de défier tout le temps.
Une manière de reconnaître vraiment le
grandissement, c'est de ne pas trop se
mêler de ce qui s'y passe, en sachant
pertinemment bien que le jeune ne se
conduit pas toujours comme un ange ...
Le choix n'est cependant pas simple : il existe d'autres jeunes,
toujours normaux mais déjà moins confiants en eux,
plus anxieux, et dont les transgressions constituent, consciemment
ou non, des " appels au père ", c'est-à-dire au retour
d'une fonction paternelle externe, qui interdise et sanctionne. Si
l'on y répond trop systématiquement, on les
infantilise ... l'on ignore cette dimension, on les provoque
à en remettre. L'abstention, ici, pourrait être
abstention de sanction, mais aussi bel et bien dialogue autour
du droit à s'affirmer, et du devoir à se socialiser
" par choix intérieur ".
De même, certains jeunes commencent à ne plus être
très sûrs de mériter autant d'importance et
d'amour que les autres : si l'on peut s'abstenir parfois de
sanctionner leurs transgressions mineures, au moins doit-on leur
montrer que l'on a capté le signal et s'intéresser
davantage à leur personne. En outre, il faudra leur faire
comprendre que la tolérance face à leurs transgressions
n'est pas éternelle, et qu'on préférerait
à l'avenir des signaux verbaux plus directs.
Même chez les jeunes dont des transgressions, mineures et/ou
peu destructrices, auraient une signification pathologique,
l'affrontement systématique à celles-ci peut conduire,
lui aussi, à des exacerbations de la problématique :
leur désir de toute-puissance est stimulé, ou alors
la réponse de l'adulte " au quart de tour " constitue un
renforçant positif et leur indique un moyen royal d'attirer
son attention.
Quelques applications.
On peut penser d'abord à laisser des mailles raisonnablement
larges dans le filet de la vigilance sociale. Plus le jeune donne des
signes de socialisation basale satisfaisants et de réalisation
de son potentiel créatif, plus on peut " le laisser en
paix ", à l'intérieur d'une vie bien encadrée
macroscopiquement. Pendant ses temps vraiment libres, il ne se
conduira pas toujours comme un saint, mais on ne le traquera pas
pour savoir en quoi consistent ses moments d'égarement. Moins
un jeune manifeste cette capacité à réaliser son
potentiel positif plus il a besoin de bénéficier de la
présence de l'adulte ( voir p. 101 et 102. ).
On peut aussi tomber par hasard et à l'insu du jeune sur le
résultat de certaines transgressions, et s'abstenir de
réagir, et même de le lui faire savoir.
Inversement, l'adulte peut faire savoir au jeune qu'il a
été informé de sa transgression ; ou alors, il
ne peut pas ne pas acter une transgression ostensible, mais,
après en avoir évoqué légèrement
la signification, il peut décider de ne pas la sanctionner
malgré l'inconfort ressenti, et le faire savoir au jeune ;
moins il y a de respect de la convivialité dans la
transgression du jeune, plus il invitera néanmoins celui-ci
à moins égratigner les autres à l'avenir.
Dans ce contexte, il se peut même parfois que l'adulte aille
jusqu'à qualifier positivement l'audace que le jeune a eue
à transgresser, et qui s'inscrivait dans le cadre de son
grandissement ( voir par exemple F. Redl et D. Wineman [1973,
p. 159-160 et 197-200] : " Quelle bonne idée tu as eu
là de faire l'acrobate ... d'explorer mon tiroir ... ").
Attitude que le jeune peut parfois ressentir comme reconnaissante
de lui, mais qui peut aussi être vécue comme
infantilisante (" Fais ce que tu veux, petit, tu ne me
déstabiliseras pas "), séductrice ou complice.
Dans d'autres cas, une sanction sobre de l'acte sera inéluctable, par exemple parce qu'un règlement intérieur le prévoit explicitement, mais l'adulte peut y procéder parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement et sans dramatiser la signification de ce qui s'est passé ni dans son for intérieur ni face au jeune ou à la communauté.
Face à certains jeunes moralement forts, l'abstention de sanction pourrait se coupler à une abstention d'intervention protectrice. Si d'aucuns, directement lésés par l'acte du jeune, veulent y réagir, qu'on les laisse faire : cette " politique du vide " peut constituer une forme de respect pour les forces du jeune déjà là, et une épreuve de réalité pour lui.
Par exemple, un père ne devrait pas toujours faire dare-dare mille cinq cents kilomètres, toutes affaires cessantes, pour récupérer sa fille fugueuse, en revendication d'indépendance, et qui serait en attente dans un commissariat à l'étranger, ayant fini par appeler au secours. Pour parents bourgeois : laisser le jeune s'expliquer avec la police, le procureur; le laisser aller en centre d'observation ... sans vouloir tout de suite tout arranger ( au nom, pas toujours avoué, de la sauvegarde de la respectabilité de la famille ).
Mais il existe toujours des effets
pervers possibles. La politique du vide
ne doit pas devenir sadisme, vengeance;
elle doit rester proportionnée aux forces
du jeune, et ne pas déclencher chez lui
des sentiments d'abandon et/ou de persécution trop envahissants.
- Notes. -
(1). Dans quelque cas, il peut s'avérer
constructif que le jeune participe à la
réparation civile exigée de ses parents,
via l'argent d'un travail fait pour la
circonstance ou via une partie de ses économies :
s'il adhère de l'intérieur à l'idée, sans
s'en sentir spolié ni persécuté, on peut
concevoir qu'il s'agisse de son dédommagement à lui.
(2). On peut relire à ce propos, Hayez,
Reithmuller, Verougstraete et Weger, 1986, p. 236 et sq.
(3). C'est pour cette raison que l'on gagne
souvent à proposer du dédommagement, sans
l'imposer, lors des pseudo-transgressions
dont le résultat a été très destructeur :
même si le jeune n'y a pas engagé sa
responsabilité, il peut se sentir triste
et coupable de l'effet obtenu. Le dédommagement
l'aide à reprendre confiance en soi.
(4). On est d'emblée confronté à une grande
difficulté, qui est l'hiatus entre le temps
judiciaire et le temps vécu par le jeune :
un jugement qui impose un dédommagement a
souvent lieu des mois après les faits. Néanmoins,
si l'autorité de référence et le programme
sont fonctionnels, on peut souvent faire en
sorte qu'un dédommagement informel commence
bien plus tôt, comme mesure éducative,
en dehors d'un acte judiciaire officiel.
Par la suite, le jugement du tribunal
pourrait tenir compte de ce qui a été
réalisé précédemment, quitte à y ajouter quelque chose.
(5). Pour plus de détails, voir Hayez,
Reithmuller, Verougstraete et Weger, 1986, p. 240 et sq.
(6). Récompense déjà méritée pour d'autres faits positifs.
(7). Dans le beau film Et au milieu
coule une rivière de R. Redford (1991),
le père du petit Paul ( sept ans ) le
comprend très bien une heure après avoir
laissé son fils devant l'assiette de
porridge pleine qu'il est prié de
terminer, et face à l'obstination
silencieuse de Paul, il finit par
libérer son fils, sans faire la moindre histoire ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 10 octobre 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 02 mars 2008.
Issu d'un texte remis par le professeur Jean-Yves Hayez.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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Les sanctions de l'acte.
LES SANCTIONS ACTIVES.
DÉCIDER L'ABSTENTION.
Définition et discussion.
Quand et pourquoi vaut-il mieux s'abstenir?
Quelques applications.
Notes.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
- Notes automatiques. -
.
.
Note 1.
(1). Dans quelque cas, il peut s'avérer
constructif que le jeune participe à la
réparation civile exigée de ses parents,
via l'argent d'un travail fait pour la
circonstance ou via une partie de ses économies :
s'il adhère de l'intérieur à l'idée, sans
s'en sentir spolié ni persécuté, on peut
concevoir qu'il s'agisse de son dédommagement à lui.
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dont je viens de partir.
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.
Note 2.
(2).On peut relire à ce propos, Hayez,
Reithmuller, Verougstraete et Weger, 1986, p. 236 et sq.
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.
Note 3.
(3).C'est pour cette raison que l'on gagne
souvent à proposer du dédommagement, sans
l'imposer, lors des pseudo-transgressions
dont le résultat a été très destructeur :
même si le jeune n'y a pas engagé sa
responsabilité, il peut se sentir triste
et coupable de l'effet obtenu. Le dédommagement
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Note 4.
(4). On est d'emblée confronté à une grande
difficulté, qui est l'hiatus entre le temps
judiciaire et le temps vécu par le jeune :
un jugement qui impose un dédommagement a
souvent lieu des mois après les faits. Néanmoins,
si l'autorité de référence et le programme
sont fonctionnels, on peut souvent faire en
sorte qu'un dédommagement informel commence
bien plus tôt, comme mesure éducative,
en dehors d'un acte judiciaire officiel.
Par la suite, le jugement du tribunal
pourrait tenir compte de ce qui a été
réalisé précédemment, quitte à y ajouter quelque chose.
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Note 5.
(5). Pour plus de détails, voir Hayez,
Reithmuller, Verougstraete et Weger, 1986, p. 240 et sq.
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dont je viens de partir.
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Note 6.
(6). Récompense déjà méritée pour d'autres faits positifs.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 7.
(7). Dans le beau film Et au milieu
coule une rivière de R. Redford (1991),
le père du petit Paul ( sept ans ) le
comprend très bien une heure après avoir
laissé son fils devant l'assiette de
porridge pleine qu'il est prié de
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