Daniel SIBERTIN-BLANC (1)
,
Jean-Yves HAYEZ (2)
Pour préparer notre intervention à la journée
du 24 octobre 2004, nous avons échangé
quelques courriels et nous avons choisi de
rendre compte de leur teneur à travers un jeu
de questions et de réponses que voici ; une
manière de mettre en acte et en scène le
concept de liaison qui derrière une apparente
limpidité, recèle bien des ambiguïtés et des
sujets de débats.
|
Qu'évoque pour chacun le terme de liaison ?
|
Daniel Sibertin-Blanc :
Ce terme désigne un mécanisme
particulièrement actif dans la chaîne de
fabrication des associations et il se tient lui-
même au croisement de lignées associatives
les plus diverses ; de telle sorte qu'il égare
un peu. En s'arrêtant dans un dictionnaire au
mot « liaison », on se rend mieux compte de
l'étendue de ses domaines d'application, le
moins qu'on puisse dire très hétéroclites.
Citons au hasard la grammaire, la musique,
la cuisine, la mécanique, les transports, les
télécommunications, la marine, l'amour, la
psychanalyse ... Autant d'activités
humaines qui ont en commun d'exiger un
haut niveau d'élaboration mais aussi du
désir en réserve puisqu'il s'agit d'unir,
d'assembler, de joindre, de rapprocher,
d'associer, d'harmoniser, de communiquer,
de coopérer en vue de réaliser un projet
commun et d'apporter du nouveau, du
mouvement, du changement ; du moins en
font-elles la promesse. Il y a en effet de
bonnes mais aussi de mauvaises liaisons, qui
à l'usage se révèlent désastreuses, des
liaisons anti-liaisons en quelque sorte qui
désunissent, disjoignent, divisent.
Ce mot passe-partout est devenu précieux
dans un monde où le vivre-ensemble est une
valeur menacée et sans cesse à conquérir,
comme sont précieuses sinon vitales
certaines fonctions qu'il désigne : créer les
liens entre les hommes, leurs idées, leurs
actions, générer des solidarités et les inscrire
dans un projet commun participe en effet de
l'effort général pour combattre la tendance
spontanée au chaos, aux divisions, aux
rapports de force et au repli sur soi, pour
faire émerger des modes de vivre et de
penser meilleurs, pour passer d'une
dépendance aliénante à une interdépendance
qui augmente pour chacun ses chances de
développement.
C'est à la fin du XIXème siècle que ce mot
commence à prendre de l'importance, mais
c'est alors dans le langage des sciences et
des techniques en plein essor. Le téléphone,
la chimie, la physiologie, les transports
maritimes, etc. ne se conçoivent pas sans
liaison. C'est alors que Freud s'en saisit en
l'élevant au rang de concept pour désigner
une opération psychique centrale dans le
développement et l'organisation du
fonctionnement mental : celle qui « tend à
limiter le libre écoulement des excitations, à
relier les représentations entre elles, à
constituer et à maintenir des formes
relativement stables » ( Laplanche et
Pontalis, 1973 [7]
) ... Ensuite ce concept
deviendra la facette opérationnelle de la
pulsion de vie qui sous l'égide d'Eros
s'efforce d'imposer son contrôle à son
double négatif, Thanatos, la figure
inquiétante de la pulsion de mort. L'entrée
dans la pathologie survient quand l'équilibre
établi au sein de cette coexistence
conflictuelle est rompu, quand la pulsion de
mort l'emporte, défait les liaisons et impose
sa loi, vouée à la répétition. Dans cette
lecture métaphorique de la clinique, le
concept de déliaison s'est naturellement
imposé pour décrire ce retour du
fonctionnement mental à son état primitif
non organisé et non intégré. La liaison et la
déliaison vont du coup former un couple
inséparable, invitant à penser au potentiel de
réversibilité de tout mouvement régressif
pathologique mais aussi à se représenter la
genèse de la vie psychique non plus selon le
modèle d'une trajectoire ascendante et
régulière vers l'intégration, la croissance et
l'autonomie, mais selon un modèle plus
fragile : celui d'un parcours sinueux au
destin imprévisible entre progression et
régression. On peut cependant considérer
cette « fragilité » plutôt comme une chance
pour le développement, pour autant un
temps suffisant de dépendance qui est
nécessaire au sujet pour se construire lui est
octroyé.
Si on remonte encore le temps jusqu'au
moment où l'usage du mot liaison devient
une notion abstraite ( 1538 ) *, on découvre
qu'il a d'abord été appliqué à « ces petits
mots de conjonction qui unissent les parties
du discours, organisent dans un
enchaînement logique les idées et en
éclairent le sens » (3)
. C'était alors l'époque où
la stabilité de la langue faisait partie d'un
grand dessein politique : celui d'affirmer
l'autorité monarchique sur des peuples très
attachées à leurs traditions régionales en
particulier linguistiques et de construire une
nation qui au moins soit unie par la langue.
Ce dessein ne s'est pas accompli sans
résistances ; certaines durent encore.
Derrière toute liaison, se cachent en effet des
enjeux identitaires et de pouvoir et sa
fonction unifiante promise comme gain
narcissique passe par le pouvoir d'un autre
au risque de perdre le sien. N'est-ce pas
l'expérience que font les enfants quand ils
s'approprient l'usage de ces « petits mots »
et les insèrent là où il faut dans leurs phrases
jusque là décousues. C'est un grand
moment ! Ils renoncent au « langage bébé »
et se plient à jamais aux règles linguistiques
communes. Leurs discours deviennent alors
plus construits, leurs idées plus clairement
exprimées et ils découvrent le bonheur de se
faire mieux comprendre. Du même coup, les
limites de leur horizon s'en trouvent
repoussées mais au prix d'une confrontation
à la pensée des autres et donc à de
redoutables tensions et conflits. Pour les
résoudre les enfants inventent de
nombreuses solutions : entre autres
apprendre à l'école mais aussi mentir et dire
des « gros mots ».
Jean-Yves Hayez
Liaison m'évoque les travaux de woodcraft
des scouts : des pièces de bois y sont
fortement attachées entre elles par des
cordages. Et l'ensemble, composé
d'éléments également importants, prend à la
fois sens, esthétique et utilité. Je pense
particulièrement aux qualifications :
épaisseur, consistance, « être-là-cohérent » ;
et c'est par l'opération de ces liaisons que
s'acquiert une impression d'unité, artisanale,
non monolithique. Ce travail de liaison n'est
pas une aimable fantaisie ; il est obligatoire
pour que l'œuvre tienne ensemble ; si l'on
coupe l'un ou l'autre lien, ça s'écroule.
Je pense aussi à la liaison amoureuse qui
existe en dehors des liens officiels (« avoir
une liaison »). Il y a bien de cela : on sort
des livres doctrinaires des grandes écoles, et
on va faire des liens du côté de l'inattendu,
de la pragmatique avec des intervenants de
première ligne. Et on aime bien faire cela :
on y voit du sens, on en propose aux autres
et on espère qu'il s'en dégagera davantage
de bienveillance pour une situation qui
apparaîtra comme moins absurde.
Une dernière manière de se représenter la
liaison, c'est de penser au Web, au réseau
entre personnes. Ici, on ne fait plus de liens
entre les parties d'un problème, mais on
assume qu'il existe un réseau de personnes,
mal défini dans ses frontières, qui s'occupe
de l'enfant et avec l'enfant. Dans ce réseau,
nous ne sommes qu'un parmi les autres ; il
faut en comprendre la logique, la dynamique
et les contenus.
|
Comment les termes « psychiatrie infanto-
juvénile et liaison », voguent-ils ensemble ?
|
Daniel Sibertin-Blanc :
La dynamique de liaison que l'on voudrait
toujours constructive s'applique assez bien
au travail du psychiatre d'enfant. On peut
même dire qu'elle est au coeur de sa
méthode et de son projet quand on le voit
face à chaque situation sans cesse à la tâche
pour le remanier, rechercher et rassembler
des données hétérogènes actuelles et
passées, faire un tri, décider lesquelles sont
les plus significatives pour élaborer des
hypothèses sur la nature des conflits en
cours et trouver la meilleure voie possible
pour aider ses patients à s'en libérer. C'est
un travail de liaison à l'œuvre grâce auquel
non seulement il peut construire un cadre
spécifique pensé pour la problématique de
chacun de ses patients, y être réceptif et leur
en restituer quelque chose sous une autre
forme novatrice, mais aussi mettre en
situation les parents et l'enfant de se parler
pour mieux se comprendre et avoir moins
peur les uns des autres. Dans le meilleur des
cas, chacun d'eux s'approprie peu à peu à
leur tour ce travail de liaison, cette faculté
transmise par le thérapeute d'élaborer les
conflits, et accepte de se laisser aller à vivre
les relations autrement que selon la voie
douloureuse et répétitive des symptômes.
Bien sûr, il faut aussi miser sur l'alliance
thérapeutique avec les parents et soutenir
leur désir parental de regarder autrement
leurs enfants, et même de regarder le monde
avec leurs yeux ; le plus dur étant de faire
accepter aux parents de lâcher prise et de
renoncer à avoir le dernier mot.
Ton image maritime m'invite cependant à
aller un peu plus loin. Il s'agit de voguer
... Ce qui peut être une représentation assez
juste de nos interventions sur des troubles
psychiques si on les compare dès lors à une
eau vive mais manquant vraiment de
transparence, sur laquelle nous aurions
comme étrange mission de voguer, d'abord
pour explorer et comprendre avant d'aider à
comprendre, sans être dupes du caractère
souvent impossible de cette mission tant ces
eaux sont « troubles », troublantes,
imprévisibles ; ni de la très grande
imprécision de nos instruments
d'observation pour voir, prévoir et
comprendre les forces qui les animent ; mais
sans ignorer un paradoxe concernant ce
métier : moins on sait, plus les rencontres
ont des chances d'être vraies, novatrices et
authentiquement thérapeutiques. L'évolution
de nos patients serait-elle en effet possible
en face d'un thérapeute qui n'accepterait pas
de se laisser surprendre et qui, fort de ses
certitudes, les empêcherait de prendre
confiance dans leurs propres capacités à
affronter les mystères qui les font souffrir et
s'en délivrer ; qui pour reprendre une idée
de W. Bion, manquerait de « capacité
négative ».
En continuant cette métaphore maritime, on
peut alors figurer la psychiatrie infanto-
juvénile comme un bâtiment très lourd
capable de flotter mais qui pour avancer sur
ces eaux changeantes nécessite un équipage
– ou une équipe soignante – particulièrement
véloce et entraînée à toutes les manœuvres
pour éviter d'être submergée ou d'avoir peur
de l'être – ce qui revient au même – ;
autrement dit qui dispose de bonnes liaisons
internes pour s'adapter et réagir rapidement
aux situations nouvelles, transmettre les
informations des uns aux autres et
communiquer en toute confiance
perceptions, ressentis, commentaires, sans a
priori, sans craindre les désaccords, en
faisant même de ces désaccords une source
utile de compréhension de la trame qui
organise l'intrigue des situations cliniques
les plus obscures. Mais une autre condition
s'impose à cette équipe soignante que l'on
pourrait appeler équipage : qu'elle dispose
de bonnes liaisons avec le monde extérieur,
c'est-à-dire avec l'environnement familial,
social, scolaire de l'enfant qui d'une
manière ou d'une autre est lui-même garant
de sa santé mentale, et bien sûr avec ses
propres références théoriques ; ceci
fonctionne alors comme un port d'attache
avec lequel des liaisons sont maintenues
pour connaître sa route et l'anticiper en
fonction de la météo. Ainsi l'équipe
soignante peut-elle prendre du recul,
augmenter sa capacité d'attention, son
pouvoir d'élaboration et de réflexion, ou au
moins ne pas se laisser déborder par la
violence, les mouvements psychiques des
patients, tenir bon sous leurs attaques ou leur
désespoir, sans les attaquer ni se sentir
désespérée.
Les deux termes psychiatrie infanto-
juvénile et liaison doivent ainsi voguer
ensemble, tel un impératif permettant à ses
praticiens de rester en contact avec la réalité
psychique des patients et de déjouer les
forces qui s'y opposent.
Le terme de psychiatrie de liaison doit-il
être réservé à l'exercice de la psychiatrie en
milieu hospitalier et somatique ? Peut-on
l'appliquer à d'autres modes d'exercice de la
psychiatrie impliquant fortement la mise en
œuvre de liens solides avec d'autres
institutions ou d'autres professionnels de
l'enfance ( école, justice, services sociaux
... )
Jean-Yves Hayez
Tu viens de montrer que l'on contribue à
une prise de sens en liant les pièces de
puzzle du discours de tous ceux qui sont
concernés par le mieux-être de l'enfant et de
sa famille, à commencer par les intéressés
eux-mêmes. Prise de sens qui, jusqu'à un
certain point, concerne l'intrapsychique et la
dynamique relationnelle de tout le monde.
A travers les cordages de la liaison, il se
communique prudemment, humblement,
non sans quelque aspect spéculatif, la
proposition de ce qui pourrait peut-être être
davantage de sens. Pourquoi on est là tous
ensemble ? Qu'est-ce qui motivent l'enfant
et sa famille ? Qu'est ce qui le fait souffrir,
lui, mais peut-être les autres aussi, etc.
Et un lien vivant avec d'autres
professionnels peuvent encore avoir bien
d'autres effets positifs :
-- constituer un contenant fort ; représenter
pour la famille une autorité morale de
référence qui soit crédible : même s'il y a
parfois des contradictions entre nous
qu'elles soient susceptibles d'être parlées
entre nous et avec la famille et qu'elles
n'amènent donc pas de passages à l'acte !
-- Démontrer à la famille qu'elle est
importante, qu'elle est vraiment investie par
une personne morale responsable et pas par
le travers de morceaux clivés et fugaces
d'investissements ( Compernolle, 1989 [2]
);
-- Montrer que l'on croit ensemble à un
programme d'aide cohérent dont les
différentes pièces sont également
importantes pour chacun ;
-- Et tout simplement, mieux répartir les
tâches en fonction des compétences et des
mandats.
Encore faut-il que ces liens entre
professionnels soient fonctionnels et
conviviaux, et non pas empoisonnés par les
rivalités ni par la langue de bois, où l'on
privilégie l'institutionnel officiel plutôt que
l'efficace. Nous y reviendrons dans une
question ultérieure ( Charlier et coll.,
1990 [1]
).
Le terme de liaison s'applique-t-il aussi au
travail de sensibilisation que nous faisons
avec chaque sujet qui nous consulte pris
individuellement, pour lui faire mieux
intégrer les jeux d'instances parfois
contradictoires, parfois complémentaires,
parfois juxtaposées sans plus, dans lesquels
chacun est « pris » et acteur à la fois ? Bref
pour le sensibiliser à ce bricolage qui nous
constitue chacun, et qui tient plus du
patchwork que de l'ordinateur bien
programmé ?
|
Daniel Sibertin-Blanc :
Ta question interroge encore mais autrement
les limites d'application du concept de
liaison. Elles ont évolué depuis Freud qui les
avait réservées au travail d'intégration à
l'œuvre au sein de l'appareil psychique mu
par une nécessité vitale : celle de « dompter
son énergie au bénéfice du moi et lui donner
ou redonner de la cohésion ». Puis, le succès
de ce terme aidant, son domaine
d'application s'est étendu à l'environnement
externe, en en saisissant l'importance
décisive pour le développement (« un bébé
seul, çà n'existe pas ») et en voyant aussi les
effets heureux du travail de concertation
entre institutions d'obédience différente
quand elles doivent se rassembler autour
d'un projet commun et lui donner de la
cohérence et de la continuité, ou tout au
moins en augmenter les chances. C'est
l'usage même qu'on retrouve dans la
formule « psychiatrie de liaison » qui
signifie une pratique de la psychiatrie dans
un contexte interdisciplinaire, qui peut être
en association ou non avec un service
hospitalier. Tu évoques, quant à toi, une
application du concept de liaison aux soins
en psychiatrie, et pour reprendre ton
expression particulièrement parlante « au
travail de sensibilisation destiné au bricolage
mental qui constitue chacun d'entre nous » ;
et j'ajouterai : en vue de donner ou redonner
au patient la faculté de bricoler, de
construire ou reconstruire des liens internes,
autrement dit de penser. L'application
initiale proposée par Freud au terme de
liaison interdit-elle son réemploi dans
d'autres contextes, avec d'autres définitions
et d'autres perspectives ? Si oui, existe-t-il
un terme meilleur pour rendre compte du
travail propre aux soins psychiques ? Faute
d'en avoir trouvé, il reste à plaider sa
légitimité dans le cadre de « ce travail de
sensibilisation ». Un argument me paraît
important : ce travail de sensibilisation
n'est-il pas destiné à créer les conditions
pour que le travail interne de liaison ait lieu
chez le patient ou sa dynamique relancée ?
On peut même ajouter que la reprise de ce
travail interne est étroitement tributaire du
travail de liaison qu'effectue le thérapeute à
l'intérieur de lui-même : faire un tri, traiter
et modéliser ses représentations à partir des
éléments transférés par les patients, ses
dires, ses symptômes, son histoire, et de ce
que tous ses éléments traumatiques ou
impensés ont éveillé en lui, les transformer
pour permettre au patient de les intégrer. Le
jeu tranfert-contre-transfert qui reste le
moteur et le support de cette relation
thérapeutique acquiert cette capacité
salvatrice à condition que le patient et son
thérapeute parviennent à former un espace
commun suffisamment sécure mais aussi
acceptent l'un et l'autre de travailler à son
propre effacement.
|
Quelles relations entre liaison et co-création
ou co-construction ?
|
Jean-Yves Hayez
J'ai déjà détaillé comment le travail de
liaison conduit à l'élaboration de davantage
de sens, ainsi qu'à la mise en place d'un
réseau plus consistant de personnes : au lieu
du chaos, du morcellement, de l'opacité des
bouts d'idées juxtaposées sans intégration,
voici qu'apparaissent davantage de lumière
sensible dans les idées et d'interactions
positives entre les gens. Néanmoins de la co-
création n'est possible que s'il se met en
place un état d'esprit positif, dans la genèse
duquel le pédopsychiatre (4)
joue souvent un
rôle important. Quels en sont les
constituants ?
Chacun, quel que soit son âge, quel que soit
son statut, se voit reconnu le droit à la
pensée : sa pensée originale est essentielle
pour bien comprendre ! (" Et vous, qu'en
pensez-vous ? Et toi, qu'est-ce qui te rend si
fâché sur ta sœur ? D'après toi, Renaud,
c'est comment qu'on attrape la maladie des
tics ? »).
Nul ne se voit donc obligé de dépendre
mentalement de ce que seraient les
certitudes des autres. Une égale importance
est accordée aux observations, aux
impressions et à la pensée de chacun. Ce qui
ne signifie pas n'y a plus jamais de vérités
objectives. Renaud peut imaginer que sa
maladie des tics, ce sont les piles de son
cerveau qui sont tombées à plat ; c'est une
pensée intéressante, riche en signification,
elle va être à la base d'un certain nombre de
ses comportements, néanmoins ce n'est pas
une vérité scientifique, et il faudra donc tôt
ou tard le confronter à d'autres idées.
De façon plus stimulante encore, le
pédopsychiatre fait souvent preuve d'une
curiosité active et bienveillante où, par son
intérêt et ses questions, il cherche à faire se
déployer ce qui jusqu'alors restait tapi ou
morcelé. Il le fait, humblement dans une
ambiance d'incertitude et
d'expérimentation : « La montée d'angoisse
de Renaud, qui exacerbe ses tics, pourrait-
elle avoir un lien avec l'accident de voiture
récent de son papa ? Pour le savoir
essayons d'abord de parler avec Renaud, lui
le premier ; et puis, qu'en pensent d'autres
témoins de son comportement inhabituel ?
Qu'ont-ils imaginé à propos de tout cela ? »
Le pédopsychiatre exerce aussi une fonction
de go between : il rapporte ici des éléments
d'idées qu'il a entendus là : à mettre
ensemble tout ce qu'il est possible de mettre
ensemble, des pistes plus cohérentes se
dégagent petit à petit ( Leigh, 1983 [8]
) ; Un
pont en woodcraft surgit du brouillard, mais
ce n'est peut-être pas le même pont que
celui qu'on s'était représenté à priori ( Ce
qui angoisse le plus Renaud, me fait-il
comprendre, ce n'est pas l'accident, mais
lui-même : il ne se reconnaît plus dans ce
garçon qui commence à faire des doigts
d'honneur aux autres et qui pour cela
commence à recevoir des punitions ) . (5)
|
Raconte une expérience de liaison que tu as trouvée positive ?
|
Daniel Sibertin-Blanc :
Elle se déroule dans le cadre de la
psychiatrie de liaison développée au sein du
service d'oncopédiatrie (*)
. Elle concerne
Pierre, alors âgé de quatre ans et demi, et
atteint d'une lymphangiomatose osseuse
disséminée ( maladie rare entraînant une
lyse osseuse diffuse ), révélée un an
auparavant par une fracture sous-
trochantérienne du fémur droit. Le
traitement médical et chirurgical associe un
antimitotique quasi expérimental et une
immobilisation totale exigée en raison de
son extrême fragilité osseuse en particulier
au niveau des vertèbres dorsales et
cervicales. Pour cette raison Pierre est admis
dans un Centre de rééducation spécialisé,
revenant chez lui chaque week-end. Six
mois plus tard, le résultat radiologique est
décevant et son évolution psychologique
préoccupe l'équipe soignante et éducative
du Centre. Pierre est en effet de plus en plus
opposant, il n'accepte qu'une alimentation
lactée ou liquide, parle de manière étrange
en racontant des histoires « sans queue ni
tête » dans un langage parfois quasi
jargonophasique et parfois en récitant des
phrases extraites de bandes dessinées
comme le Roi Lion qu'il connaît par cœur.
De plus, il manifeste de surprenantes
phobies à l'égard de certaines figurines de
dinosaures qu'il collectionne. Joue-t-il ?
Délire t-il ? N'assiste-t-on pas à la
décompensation d'un état prémorbide
d'essence psychotique dont on retrouve çà et
là des signes annonciateurs ? Mais surtout,
ses troubles deviennent un objet de litige
entre l'équipe éducative du Centre et ses
parents. Plus ces derniers les banalisent en
invoquant la mauvaise qualité de la
nourriture, la séparation du milieu familial,
les contraintes de l'immobilisation, puis une
réaction à la naissance d'un petit frère ( en
faisant remarquer que Pierre le w-e à la
maison se comporte normalement ) plus
l'équipe en souligne la gravité en
soupçonnant les parents de négliger leur
enfant et de nier ses besoins. Les conflits
s'enveniment quand les parents apprennent
que Pierre a rencontré une psychologue du
Centre sans qu'ils en aient été avertis ...
Devant cette évolution inquiétante à tous
égards, une concertation a lieu entre le
chirurgien, le médecin oncologue et l'équipe
médicale du Centre de rééducation. Ils
proposent aux parents d'augmenter les doses
d'antimitotiques, de libérer Thomas de son
appareillage de contention au niveau des
M.I. tout en conservant son corset thoraco-
abdominal pour lui permettre de retrouver au
moins une autonomie de déplacement, enfin
de prendre rendez-vous avec le psychiatre.
Les parents acquiescent.
Ma première rencontre avec Pierre et ses
parents a lieu au Centre de rééducation.
Ceux-ci sont conscients de la gravité de
l'état de leur fils et évoquent avec lucidité et
angoisse son issue incertaine, d'autant plus
que depuis la levée de son immobilisation
plâtrée Pierre « ne s'arrête pas, s'agite en
tout sens et s'expose à tout moment à avoir
des fractures ». Ils me font part aussi de
leurs ressentiments à l'égard d'une équipe
soignante et éducative qui ne les écoute plus,
qui ne leur transmet rien sur l'évolution de
leur fils ni ne semble disposée à leur faire
confiance ; et ajoutent-t-ils : « en tant que
parents, ils se sentent injustement évincés au
moment où Pierre aurait le plus besoin d'eux
». Quant à celui-ci, comme saisi d'angoisse,
il se tient figé à côté de la porte, prêt à partir,
disant « qu'il n'a pas de joie à parler à un
docteur ! ». Après m'être expliqué sur mes
intentions, Pierre s'apaise rapidement, au
point de s'installer sur mes genoux pour
dessiner ou plutôt gribouiller joyeusement
des suites répétitives de dragons et de
dinosaures censés me manger…Ses parents
insistent sur le lien qu'il faut faire entre son
agitation et sa « libération » récente après
plus de six mois d'immobilisation forcée.
« Maintenant il revit… ». J'approuve leur
analyse et leur fait aussi observer la rapide
transformation de la relation de Pierre avec
moi montrant l'importance de son insécurité
interne, son besoin d'être contenu mais aussi
sa disponibilité pour accepter l'aide d'autrui,
une fois mis en confiance …En fin
d'entretien, sa mère, rassurée sur mon rôle,
me fait part alors de ses difficultés à
s'ajuster à ce premier enfant né prématuré,
difficile à nourrir, semblant toujours
insatisfait ...
Je propose alors :
1 – Un nouveau rendez-vous avec Pierre et
ses parents qui le souhaitaient, mais cette
fois dans le service d'oncologie pédiatrique
un mois et demi plus tard, en le faisant
coïncider avec le court séjour
d'hospitalisation prévu pour la prise
séquentielle du médicament antimitotique,
ce qui épargne au père une demi journée de
travail supplémentaire ...
2 – D'organiser une synthèse avec l'équipe
soignante et éducative du Centre de
rééducation pour essayer de réajuster leurs
perceptions qu'elle a de Pierre et de ses
parents, en espérant ainsi alléger les
méfiances mutuelles et faciliter les échanges
entre eux.
3 – D'écrire un courrier aux collègues
médecins et chirurgiens pour leur faire part
de mon avis sur le tableau clinique de Pierre
et les rassurer en commençant par démentir
le redoutable diagnostic d'état psychotique
avancé alors et en concluant par celui de
pathologie post-traumatique aggravée par un
problème sérieux de communication entre
les parents et l'équipe soignante nécessitant
dans l'immédiat un « traitement
institutionnel ».
Dans les jours suivants la synthèse, comme
par miracle, Pierre se met à manger sans
protester, accepte les mets plus diversifiés y
compris la viande tout en se montrant encore
méfiant à chaque met nouveau. Il s'adresse
« normalement », sans arrogance aux
éducateurs, participe plus activement aux
séances de kinésithérapie, d'orthophonie,
d'ergothérapie, abandonne « ses discours-
télé», joue plus volontiers avec les autres
enfants de son groupe, s'émerveille des
fleurs du parc avoisinant comme s'il les
découvrait ...
L'entretien suivant a lieu comme prévu à
l'hôpital. Mon arrivée inquiète Pierre qui est
sous perfusion, craignant que je ne lui
administre une piqûre ; puis, se rappelant de
moi, rassuré il me demande autoritairement
de regarder avec lui les images d'un livre sur
les dinosaures. Je m'exécute. Mais me
tournant vers ses parents qui tiennent à me
faire part des changements survenus dans
leurs relations avec l'équipe éducative et
soignante du Centre de rééducation,
j'entends Pierre pousser un cri vigoureux,
tout à fait mécontent que je ne m'adresse
plus à lui … Il est vrai que ses parents
éprouvaient aussi le besoin de me dire les
effets de ce changement sur eux-mêmes,
« étant ainsi plus à leur aise pour donner des
explications à Pierre sur son traitement et
répondre aux incessantes questions qu'il se
posait à son sujet ; d'autant que le retour au
Centre après chaque week-end à la maison
restait difficile et qu'il leur fallait se montrer
convaincants ... ».
Dans les semaines suivantes, une
amélioration discrète mais significative de
l'état osseux est accueillie par tous avec joie.
Elle permet même d'envisager la
réintégration à temps partiel de Pierre dans
l'école maternelle de son village pour la
rentrée scolaire suivante. Lors du rendez-
vous précédant cette rentrée, il m'accueille
fraîchement, poursuivant avec indifférence
son jeu avec les dinosaures ( sur lesquels il
possède une impressionnante culture ...).
J'évoque sa prochaine rentrée scolaire enfin
dans son école ainsi que les réunions que
nous aurons avec son institutrice ... Il paraît
indifférent. Après un temps de silence, il me
dit cérémonieusement : « J'ai entendu dire
qu'apprendre, c'était dangereux » ... Ses
parents sourient et son père me dit : « nous
avons retenu de toute cette expérience qu'il
ne fallait surtout pas que nous ayons peur de
ses peurs ! ».
Deux ans plus tard ... Pierre finit son C.P.
est admis à entrer en CE1 à temps plein dans
l'école de son village. Il est acquis qu'il
pourra encore bénéficier de la présence à
temps partiel d'une assistante à la vie
scolaire. Lors de cette réunion d'intégration
de fin d'année, son institutrice souligne ses
bonnes aptitudes scolaires, son plaisir
d'apprendre, sa grande curiosité pour le
langage, son respect des règles sans
revendiquer aucune faveur particulière.
Enfin il se montre très prudent dans ses jeux
sans s'exposer à des conduites à risque pour
lui ...
Ecrire le résumé d'une telle prise en charge,
est autant que la prise en charge elle-même
un exercice qui met à l'épreuve ma capacité
à établir des liens entre des pratiques
soignantes différentes et les points de vue
divergents, voire les clivages, qu'elles ont
inévitablement tendance à organiser. Ce
résumé permet au moins d'illustrer les effets
cliniques très concrets que peut avoir un
travail de liaison entre de multiples
intervenants sur les représentations des
troubles de l'enfant : une fois les clivages et
les projections réduites, les mouvements
identificatoires à son égard deviennent
possibles, Pierre respire, joue, devient
cohérent et compréhensible. Il s'agit
d'ailleurs non pas tant d'un travail de liaison
qu'un travail portant sur les déliaisons à
l'œuvre en essayant de les identifier et de les
traiter. Qu'il s'agisse de possessivité et
d'emprise mais aussi de clivage, de rejet et
d'exclusion, sans doute, sont-elles favorisées
par un contexte de pathologie somatique
grave face à laquelle chacun ressent
douloureusement son impuissance à agir et
qui installe les intervenants dans une attente
particulièrement insécurisante. Un processus
circulaire auto-entretenu semble alors s'être
enclenché : tandis que l'enfant malade
s'angoisse et développe des comportements
défensifs qui le rendent de moins en moins
compréhensible, tout autour de lui gravitent
des intervenants qui ne parviennent pas ou
mal à établir des liens de coopération entre
eux.
La scène d'intervention du psychiatre de
liaison ne peut-être à l'évidence le seul
monde interne de l'enfant mais aussi son
environnement qui recèle autant de facteurs
de désorganisation que de ressources
constructives ; le problème étant de parvenir
à faire triompher celles-ci sans aggraver les
clivages ou en constituer de nouveaux.
|
A ton tour de raconter une expérience de
liaison, même si tu ne l'as pas trouvée
positive ?
|
Jean-Yves Hayez
Si les êtres humains sont vraiment
biopsychosociaux, nous sommes donc
sociaux. « Sociaux » est employé ici dans un
sens beaucoup plus radical que l'aimable
qualification « sociable ». Il renvoie à
l'essence de ce que nous sommes : constitués
aussi par nos liens, enrichis dans notre
essence humaine quand ils sont
suffisamment bons, étiolés et empoisonnés
quand ils sont mauvais ( Hayez, 1991 [4]
).
Donc, contribuer à ce qu'existent de bons
liens sociaux, c'est travailler au coeur de
l'être individuel. A partir de quelques
exemples, je vais illustrer la contribution
que je pense donner occasionnellement au
maintien ou à la promotion de bons liens
sociaux.
Il m'arrive d'envoyer des remerciements
écrits à des personnes que je ne connais pas
et qui ne m'ont rien demandé. Il s'agit de
membres de la communauté qui
interagissent positivement avec de jeunes
clients que je trouve solitaires, dans le
besoin social : je pense aux dirigeants d'une
troupe scoute pour handicapés qui font des
merveilles avec Samuel, un autiste sévère de
treize ans. Je pense à un voisin, jeune adulte
quelque peu marginal, qui accueille
régulièrement Andy ( quinze ans ; syndrome
de Gilles de la Tourette invalidant ), même
s'il doit bien s'échanger l'un ou l'autre joint
dans la douceur de leurs soirées. Je pensai à
Icham ( douze ans ), le grand frère attentif
de Nader ( neuf ans, autiste sévère ), qui
s'arrête d'étudier pour jouer avec lui et qui
le remet à sa place aussi à l'occasion, etc.
Il y a également mon engagement avec les
directions d'écoles, les instituteurs et les
psychologues scolaires.
Florence
( neuf ans ) présente un mutisme
électif tenace détecté vers l'âge de quatre
ans. En collaboration avec ses parents, puis
avec l'école, nous réussissons à la maintenir
en enseignement primaire ordinaire. Entre
autres parce que, dès la rentrée de la
première primaire, je rends visite à la salle
des profs, puis, je reste disponible par
téléphone à son institutrice pour :
- Expliquer cette pathologie, mélange
d'évitement, d'opposition et de mise en
évidence de soi, ainsi que le combiné
d'infinie patience et d'espérance à long terme
qu'elle requiert.
- Puis, pour aider à résoudre différents
problèmes de vie tels : Comment
communiquer avec elle ? Faut-il être
indifférent ou l'inviter à s'exprimer d'une
manière ou d'une autre lors des réunions
d'enfants ? Comment lui faire passer ses
tests de lecture ? Comment présenter son
problème à ses amis ? Etc.
Je renouvelle l'opération à chaque début
d'année scolaire. Aujourd'hui, après tous ces
efforts socio-scolaires, un travail avec les
parents et trois ans de thérapie individuelle
que Florence m'avait explicitement
demandée ... par la voix de sa maman,
l'enfant, qui ne m'a jamais dit un mot , (6)
,
s'ouvre lentement verbalement à ses amis et
à sa quatrième institutrice. Le travail de
liaison, ici, a fait régner la patience et
accepter le mystère de la liberté souffrante
de l'enfant. Mais il m'a fallu payer de ma
personne !
Thomas
( onze ans ), présente un syndrome
d'Asperger sévère : solitaire, rigide, très
intolérant à la frustration et à l'inattendu, il
ne demande qu'à s'extraire du groupe et à se
plonger dans la lecture de dizaines de contes
de fées dont il peut proclamer des bribes,
textuellement exactes et apparemment hors
de propos. La liaison, ici, se fait avec le
directeur et les instituteurs successifs de
l'école spécialisée en troubles de
l'apprentissage où il a fini par trouver une
place. Trois à quatre fois par an, une table
ronde réunit les parents, l'école et moi.
Sur ma recommandation, les parents
dégagent explicitement l'école de
l'obligation de résultats, ce qui constitue un
grand soulagement pour l'instituteur qui, du
coup, ne se sent plus jugé. Plutôt que de
brusquer Thomas, nous nous mettons
d'accord sur l'idée d'un investissement
patient et fidèle de sa personne, alternant
des moments où l'on accepte son besoin
d'être seul, et d'autres, où l'on communique
avec lui et où on l'invite à des tâches
proportionnées à ses forces et à ses intérêts.
Ensuite, nous nous mettons d'accord sur le
respect d'un minimum de règles sociales :
Thomas, pas plus que quiconque n'a le droit
de frapper les autres, ni celui de perturber le
travail du groupe par ses cris. Si l'adulte, de
son côté, veille a à ne pas effaroucher
Thomas, l'enfant, lui, doit veiller à
l'existence paisible des autres : s'il lui arrive
de transgresser cette règle, on l'isolera dans
le bureau d'un adulte occupé à autre chose,
voire on téléphonera à ses parents pour qu'ils
le reprennent un demi-jour à la maison en
manifestant leur mécontentement. J'insiste
d'ailleurs sur le fait que Thomas n'est pas
une poupée de porcelaine, et donc qu'on ne
va pas le casser si on lui demande ce respect
minimal. Enfin, nous réfléchissons aussi à la
manière dont on peut arriver à ce que les
autres le respectent « suffisamment bien ».
A la fin de chaque table ronde, nous
recevons toujours l'enfant quelques minutes
pour échanger nos idées du jour avec lui.
Tous ces échanges d'idées et de sentiments
nous lient entre nous et à cet enfant étrange,
qui en devient plus précieux à nos yeux
d'adultes qui lui consacrent tant de temps.
Par la suite, une thérapie du développement
et à l'administration de Risperdone
contribueront encore à améliorer l'ambiance,
mais je tiendrai à dire à Thomas et à ses
parents ce que je dis à tous les enfants que je
médicamente et au fond, ma parole est une
autre forme de liaison, entre les instances de
l'être cette fois-ci : « Tu vas mieux, Thomas
parce que le médicament t'a aidé à être
moins anxieux, et parce que toi, Thomas, tu
as décidé d'en profiter pour aller plus vers
les autres ». C'est le « tu as décidé »,
référence à l'ultime part de la liberté
intérieure, qui est essentiel ici.
Il y a aussi la présence ou l'absence du
collègue de travail en moi, dans mon for
intérieur. Appliquons-le au pédiatre : ma
liaison avec ses représentations mentales sur
l'enfant et sur son mal-être, ma liaison avec
la part de travail qu'il effectue, ce processus
se réalise lors de moments de
communication directe, avec les échanges
de points de vue et les répartitions de tâches
qu'ils connotent. Mais elle se fait au moins
autant via un processus psychique plus
personnel : la place faite à l'autre, à ce
collègue dans mon monde intérieur, dans les
représentations que je me fais du problème
et de ses voies de solution.
Si je lui laisse une place en moi, je penserai
spontanément à commenter à Andy,
souffrant de sa maladie de Gilles de la
Tourette bien invalidante : « Je viens de
rencontrer ton neuropédiatre. Nous avons
parlé de toi et de ta vie. Il va continuer à te
parler de ce que tu trouves important et à
s'occuper des médicaments qui peuvent
t'aider. Moi, je vais continuer à chercher
avec toi et tes parents comment faire pour
que l'ambiance de vie autour de toi soit bien
cool. Ensemble, les deux docteurs, toi et tes
parents, nous pouvons gagner bien des
points sur ta maladie ».
Même lorsque je travaille seul avec le jeune
ou avec sa famille, il m'arrive d'évoquer ce
collègue à l'occasion, de déclarer que son
point de vue est important aussi, même si
nous ne pensons pas toujours exactement la
même chose. D'ailleurs, dans le même ordre
d'idées, je ne manque jamais de signaler
aussi à l'enfant et à sa famille leurs droits à
conserver une opinion personnelle par
rapport à nos intimes convictions de
professionnels.
|
Ne peut-on pas nous faire le reproche d'être
angéliques ? N'existe-t-il pas également des
risques inhérents à la pratique de la
psychiatrie de liaison ?
|
Daniel Sibertin-Blanc :
Tes exemples montrent que la clinique nous
appelle à consacrer du temps et de
l'attention à ceux qui à des titres divers
constituent l'environnement de ces enfants
et sont de fait des acteurs potentiels de leur
santé mentale. De l'angélisme ? Sans doute
pour ceux qui, faisant une lecture étroite de
leur pathologie, excluent leur réalité
d'enfants et oublient qu'ils attendent malgré
tout encore beaucoup de leurs proches :
parents, fratries, famille, voisins, école, etc.,
même si tout dans leur comportement
semble le démentir. La fonction du
psychiatre n'est-elle pas justement d'aider
par des gestes symboliques à cette
reconnaissance et de maintenir vivants les
liens avec leurs proches en évitant que ceux-
ci ne s'essoufflent, ne se désespèrent, se
sentent inutiles ou coupables et du coup
découragent en retour ces enfants dans leur
« décision » de progresser et ne les incitent à
abandonner tout espoir et à prendre
prématurément l'ornière de l'exclusion et de
la marginalisation. Sans doute, faut-il au
psychiatre dit de liaison une bonne dose
d'angélisme pour accomplir ces gestes
symboliques mais autant de lucidité pour ne
pas s'en contenter et en méconnaître les
risques.
Le principal d'entre eux tient à la difficulté
même d'identifier ces risques et d'en
prendre conscience dans des contextes
cliniques souvent très lourds où interagissent
des facteurs intriqués - somato-psycho-
sociaux - un terreau favorable pour les
conflits de pouvoirs rendant aléatoire le
circuit des demandes adressées au psychiatre
de liaison. Il lui appartient d'être à cet égard
vigilant pour ne pas être instrumentalisé par
des demandes institutionnelles qui risquent
de faire sur le patient le contraire de l'effet
recherché ; par exemple :
- D'alourdir les représentations que chacun
se fait de ses troubles en cautionnant un
diagnostic psychiatrique qui sous le prétexte
de mieux le soigner, entérinerait son
exclusion d'un protocole de soin somatique
particulièrement complexe ou coûteux.
- De se prêter trop facilement aux demandes
urgentes que lui font les équipes soignantes
pour se débarrasser en fait sur lui des tâches
dures, ingrates et psychologiquement très
perturbantes ; par exemple l'annonce aux
parents du décès de leur enfant ou de
l'existence d'un handicap ; une
psychiatrisation de ces situations graves de
l'existence au prix d'un appauvrissement
des relations soignants-soignés.
- De répondre selon le modèle médical en
systématisant les réponses spécifiques
devant les moindres expressions de
souffrance psychique, en court-circuitant la
demande ou en la devançant au nom du
principe de précaution ou du vœu récurrent
de faire œuvre de prévention, ou au contraire
en cherchant à s'en distinguer radicalement,
par exemple en plaquant dans un cadre
hospitalier et médical le cadre
psychanalytique strict qui n'accepte que des
patients en état de faire une démarche
personnelle et impose à ceux-là une écoute
silencieuse.
- De participer à une pluridisciplinarité
souhaitée, revendiquée mais de manière
formelle comme faire valoir ou pour obéir à
des conventions ou à une procédure
d'accréditation, sans en tirer les
conséquences au niveau des soins ou de
l'implication des soignants.
Jean-Yves Hayez
Je pense tout de suite au faux réseau, à la
fausse complémentarité : ici, chacun
continue à travailler dans son coin,
prescrivant les actes et les démarches qu'il
conçoit tout seul, prononçant les paroles
qu'il désire, sans chercher à se concerter
avec les autres. Néanmoins,
administrativement, un réseau a été
constitué ; il s'est réuni au moins une fois et
des rapports écrits sont envoyés, parfois
même à temps et à heure. Mais, à y regarder
de plus près il s'agit d'une juxtaposition de
gens et d'idées bien clivées. Personne ne
cherche à savoir ce que pensent ni ce que
disent les autres : personne ne cherche à
comprendre comment jouent les influences
ainsi provoquées ni si la famille n'est pas
soumise à des contradictions ingérables.
Inversement, il existe le risque de
quadrillage par le réseau des intervenants :
ici, au lieu de constituer le lieu de brassage
d'une pensée commune, vivante, incertaine,
en construction lente, le Web des
professionnels se transforme en un lourd lieu
d'emprise. L'enfant et sa famille n'y ont
vraiment plus droit à la parole, sauf pour
demander quelques explications et dire
merci. Ils doivent se soumettre à un discours
de maîtrise et exécuter ce qu'on leur
demande. Dans ce contexte, les intervenants
et les institutions cachent bien leurs failles,
leurs rivalités et leur bureaucratie, et mettent
tout dysfonctionnement sur le dos du patient
et de son entourage.
Dans un ordre d'idées proche de ce second
risque, l'on peut citer l'illusion de la grande
harmonie. Risque surtout présent quand les
professionnels de disciplines
complémentaires s'apprécient et ont une
longue habitude de travailler en commun.
Alors, ils peuvent se mettre à imaginer
qu'une bonne équipe de liaison devrait finir
par tout bien comprendre et tout bien gérer.
Or nous savons qu'il restera toujours dans
l'être humain individuel, familial …et
professionnel du chaos, de l'imprévisible, du
mystère. Nous non plus, les professionnels,
nous ne sommes pas toujours au top : nous
avons des jours avec et des jours sans. Nous
avons des contre-transferts par définition
irrationnels et liés à l'histoire de nos vies ;
nous faisons des erreurs cognitives et, en
référence à notre narcissisme, nous pouvons
parfois nous obstiner à les maintenir, etc.
Dans le cadre de cette recherche de
perfection scientifique et relationnelle, on
assiste parfois à l'utilisation du travail de
liaison dans une perspective mi-consciente,
mi-inconsciente de domination intellectuelle
sur la maladie et sur ses mystères (
Dell'acqua et coll. 1989 [3]
). S'y mêle la
perspective d'une gestion complètement
efficace et hygiénique des problèmes
rebelles et peu compréhensibles qui nous
tombent dessus, le collègue de l'autre
discipline étant chargé de débarrasser son
collègue de ce que, au fond, celui-ci ne
comprend pas. L'exemple le plus banal, c'est
la transformation en un mal psychique de ce
que la vieille médecine traditionnelle
appelait un mal essentiel. Est-il toujours si
certain que des douleurs abdominales
récurrentes sont ipso facto psychogènes du
seul fait qu' « on ne trouve rien » par le canal
des examens organiques ... et que, par
contre, le gamin est un peu stressé et vit
dans une famille pas complètement
harmonieuse ? Son accompagnement ne
serait-il pas parfois plus fécond si l'on
maintenait davantage d'incertitude et si l'on
continuait à explorer et à expérimenter
simultanément plusieurs pistes, en référence
au vieux concept médical de trouble
essentiel ?
Certaines familles s'accrochent
farouchement à une représentation
strictement organique de ce qui arrive à leur
enfant : « Si elle fait ces chutes à répétition,
ce ne peut être qu'en raison d'un problème
cérébral qu'on n'a pas encore diagnostiqué
». De notre côté, parfois au moins, nous
sommes pourtant raisonnablement sûrs qu'il
s'agit d'un problème global, biopsychosocial,
et que des facteurs psychiques, plus ou
moins précisément cernables, contribuent au
mal-être de l'enfant. Mais alors, face à ces
familles qui ne veulent pas en entendre
parler, faut-il vendre à toute force notre
marchandise ? Ce n'est pas certain ! C'est
parfois en raison d'une volonté de
domination intellectuelle mal placée que
nous insistons pour leur faire admettre qu'il
y a du psychogène à l'œuvre !
Nous pourrions pourtant faire du travail
utile, par exemple en commençant par parler
d'éducation à la santé, et puis, mine de rien
en leur demandant comment va leur famille,
si nous ne voulions pas obstinément les
acculer à reconnaître qu'ils vont mal
psychiquement : ces familles que nous
appelons « résistantes », à l'inverse de
monsieur Jourdain, accepteraient bien de
faire de la prose, à condition qu'on ne leur
force pas à dire que c'en est !
|
Quelques mots pour conclure :
|
Jean-Yves Hayez
Nous avons évoqué la liaison dans son sens
usuel : créer des liens de travail fonctionnels
avec l'enfant, sa famille, et tous les
professionnels qui s'en occupent. Dans ce
réseau, il ne s'agit pas que de se répartir
efficacement les tâches. Plus
essentiellement, il s'agit de faire penser
ensemble les personnes concernées, en ce
inclus l'enfant et sa famille. Il s'agit de les
faire se parler, de les faire se représenter leur
situation de façon plus harmonieuse. Dans
cette représentation commune, la dynamique
qui opère entre famille et institution est aussi
importante à mettre en place que les autres
éléments.
Et finalement il s'agit de mieux sensibiliser
l'enfant à lui-même, de l'aider à faire des
liens sur ce qui se passe en lui et autour de
lui, de rester un acteur de sa propre vie.
Stimulé par le réseau, invité à penser et à se
prononcer sur son avenir, il n'acceptera pas
de s'enliser dans une dynamique de
dépendance, même s'il est porteur d'une
lourde maladie qui l'invalide partiellement.
Daniel Sibertin-Blanc :
Parmi les nombreux métiers que les enfants
rassemblent autour d'eux, le psychiatre est
sans doute celui qui est le plus confronté à la
nécessité de concevoir ses projets en veillant
à leur intégration au plus près sinon au sein
de l'environnement des enfants qu'il soigne.
Il doit aussi faire la plus large place aux
adultes qui exercent des responsabilités à
leur égard. Pour rendre viable et créatif cet
espace à la fois intime et en même temps
largement ouvert sur leur monde privé et
public, il doit, bien sûr après s'être fait
accepter par ces enfants, établir une solide
alliance avec leurs parents et délimiter le
champ spécifique qui est le sien dans le
respect d'une exigence éthique de
confidentialité sans laquelle aucun travail
psychothérapeutique n'est possible. Le
concept de liaison s'impose dès lors à lui
comme un mot-clef pour construire un
dispositif censé tout mettre en oeuvre pour
leur autonomie autrement dit pour sa propre
fin, pour le faire admettre sans malentendus
à ceux qui comptent dans l'environnement
de ces enfants, pour favoriser les
coopérations pluridisciplinaires et les
conditions d'un dialogue vivant autour
d'eux tout en essayant de les aider à
comprendre le sens des obstacles qu'ils y
mettent. Ainsi leur offre-t-il son temps, sa
présence et sa pensée en sachant qu'ils s'en
saisiront à leur guise et en feront ce qu'ils
veulent, et que cette relation qui œuvre pour
leur autonomie,
Charlier D., Serrano J.A., Verougstraete
C., Que réanime la réanimation d'un
enfant ? In Agressologie, 1990, 31, 9,
18-22.
Compernolle T., Eco-psychosomatique :
influence de la famille sur l'enfant
malade et vice versa, in Thérapie
familiale, 181, II, 3, 117-133.
Dell'acqua U., Paulhus E., Serrano J.A.,
Face à l'enfant qui souffre, Paris,
Fleurus, coll. « Pédagogie psychosociale », 1989.
Hayez J.-Y. (dir),
Le psychiatre à l'hôpital d'enfants,
Le fil rouge, PUF, 1991.
Hayez J.-Y., Godding V., Sylvie (12 ans)
et son asthme, in Rev. Méd.
Psychosom., 1989, 19, 95-108.
Huyse F. and coll., Interventions in
consultation-liaison psychiatry: the
development of a schema and a
checklist for operationalized
interventions, in Gen. Hosp. Psychiatry,
1988, 10, 88-101.
Laplanche J., Pontalis J.-B., Vocabulaire
de la psychanalyse, P.U.F., 1973.
Leigh A. et Reiser K., Liaison psychiatry,
in Adv. Psychosom. Med., 1983, 11, 12-15.
(1). Professeur de psychiatre de l'enfant et de
l'adolescent, Faculté de médecine de Nancy, responsable du
2ème secteur de psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent, Centre Psychothérapeutique de Nancy-Laxou,
C.M.P., 1 avenue Voltaire, 54300 Lunéville,
daniel.sibertin-blanc@cpn-laxou.com
(2). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de
Louvain ( Belgique ) et responsable de
l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques
universitaires Saint-Luc (
Bruxelles ).
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
site :
http://www.jeanyveshayez.net/
(3). * Le Robert, dictionnaire historique de la langue française.
(4). Si du moins il vit de l'intérieur
les vertus d'accueil et de tolérance
qu'on lui attribue souvent, ainsi que par la
reconnaissance profonde d'un droit pour
chacun à avoir un projet de vie personnel.
(5). Les plus psychanalystes des lecteurs
vont peut-être faire des spéculations entre
les angoisses vécues par Renaud
face à l'agressivité qui grandit en lui
et une manière très inconsciente dont
il pourrait se représenter une
responsabilité imaginaire dans l'accident
de son père, gardien de la loi ... mais
ce lien, Renaud ne le fait pas du tout
... et c'est comme pour le Web : à ouvrir
indéfiniment de nouvelles pages
en fonction de la séduction des liens
hypertexte, finalement, on pourrait ne plus savoir où l'on est.
(*). * service dirigé alors par Mme le Prof. Danièle SOMMELET
(6). Vive les dessins, l'écrit ... et le Word
qui m'ont permis de communiquer !
Résumé en français.
Les auteurs, porteurs chacun de plus de
vingt ans de pratique en pédopsychiatrie de
liaison, rendent compte dans cet article des
significations les plus fondamentales pour
eux de cette dimension de leur travail. Il
s'agit bien de créer un « penser-
ensemble », dont la mise en place procède
davantage d'un état d'esprit que de
calendriers de réunions.
Il s'agit aussi d'aider l'autre - enfant,
famille, soignants – à faire davantage de
liens dans son monde intérieur. En
référence à quoi, il deviendra davantage
agent de sa propre vie que soumis, soit à
un chaos intérieur, soit aux directives des
autres.
L'article décrit également quelques risques
inhérents à la pratique de la
pédopsychiatrie de liaison.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais : Summary.
The authors, each of them practising child
consultation-liaison psychiatry since more
than twenty years, tell us with this
paperwork what are, for them, the most
fundamental meanings of this dimension of
their work. Their goal is to create a
" thinking-together", which setting up
proceeds more from a state of mind than
from a planning of meetings.
It is also a matter of helping the other –
child, family, nursing staff - to build more
links with their inner world. With reference
to what they will become more actors of
their own life than submissive, either to an
inner chaos, or to other people's orders.
The article also describes some inherent
risks to the practise of child consultation-
liaison psychiatry.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en espagnol : Resumen.
La psiquiatria de enlace, un concepto en el
centro de la psiquiatría infanto juvenil.
Los autores, en carga cada uno de más de
veinte años de práctica en psyquiatria de
enlace, expresan en este artículo los
significados más fundamentales de esta
dimensión de su trabajo. Se
trata esencialmente de crear el " pensar -
conjunto ", cuya instauración procede aún
más de un estado de espíritu que de
calendarios de reuniones.
Se trata también de ayudar al otro - niño,
familia, profesional - de hacer aún más
vínculos en su mundo interior. En
referencia a que, se volverá agente de su
propia vida que sometido , o a un caos
interior, o a las directivas de los otros.
El artículo describe también algunos
riesgos inherentes a la práctica de la
psiquiatria de enlace.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
psychiatrie de liaison,
relation de soin, cadre thérapeutique,
soins pluridisciplinaires, réseau de santé.
Child consultation-liaison psychiatry - care
relation – therapeutically environment –
multidisciplinary care – health network.
Psiquiatría de conexión, relación de
cuidado, corresponde terapeútico,
cuidados pluridisciplinares, red de salud.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 6 octobre 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 02 mars 2008.
Issu d'un document en traitement de texte
envoyé par courriel par le professeur Jean-Yves Hayez.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Plan.
ici
Résumé - Abstract - Resumen.
ici
Mots clés.
ici
Bibliographie.
ici
Notes.
ici
Télécharger.
ici
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en néerlandais : Samenvatting.
ici
Résumé en espagnol : resumen.
ici
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
La liaison, un concept au coeur
de la
psychiatrie infanto-juvénile.
.
.
.
.
CONCLUSIONS.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
- Notes automatiques. -
.
.
Note *.
(*).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note **.
(**).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note ***.
(***).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 1.
(1). Professeur de psychiatre de l'enfant et de
l'adolescent, Faculté de médecine de Nancy, responsable du
2ème secteur de psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent, Centre Psychothérapeutique de Nancy-Laxou,
C.M.P., 1, avenue Voltaire, 54300 Lunéville,
daniel.sibertin-blanc@cpn-laxou.com
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 2.
(2). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de
Louvain ( Belgique ) et responsable de
l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques
universitaires Saint-Luc (
Bruxelles ).
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
site :
http://www.jeanyveshayez.net/
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 3.
(3). * Le Robert, dictionnaire historique
de la langue française.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 4.
(4). Si du moins il vit de l'intérieur
les vertus d'accueil et de tolérance
qu'on lui attribue souvent, ainsi que par la
reconnaissance profonde d'un droit pour
chacun à avoir un projet de vie personnel.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 5.
(5). Les plus psychanalystes des lecteurs
vont peut-être faire des spéculations entre
les angoisses vécues par Renaud
face à l'agressivité qui grandit en lui
et une manière très inconsciente dont
il pourrait se représenter une
responsabilité imaginaire dans l'accident
de son père, gardien de la loi ... mais
ce lien, Renaud ne le fait pas du tout
... et c'est comme pour le Web : à ouvrir
indéfiniment de nouvelles pages
en fonction de la séduction des liens
hypertexte, finalement, on pourrait ne plus savoir où l'on est.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 6.
(6). Vive les dessins, l'écrit ... et le Word
qui m'ont permis de communiquer !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note *.
(*). * service dirigé alors par Mme le Prof. Danièle SOMMELET
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
|
- Bibliographie automatique. -
|
.
.
Bibliographie numéro 1.
1. Charlier D., Serrano J.A., Verougstraete
C., Que réanime la réanimation d'un
enfant ? In Agressologie, 1990, 31, 9,
18-22.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 2.
2. Compernolle T., Eco-psychosomatique :
influence de la famille sur l'enfant
malade et vice versa, in Thérapie
familiale, 181, II, 3, 117-133.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 3.
3. Dell'acqua U., Paulhus E., Serrano J.A.,
Face à l'enfant qui souffre, Paris,
Fleurus, coll. « Pédagogie psychosociale », 1989.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 4.
4. Hayez J.-Y. (dir),
Le psychiatre à l'hôpital d'enfants,
Le fil rouge, PUF, 1991.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 5.
5. Hayez J.-Y., Godding V., Sylvie (12 ans)
et son asthme, in Rev. Méd. Psychosom., 1989, 19, 95-108.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 6.
6. Huyse F. and coll., Interventions in
consultation-liaison psychiatry: the
development of a schema and a
checklist for operationalized
interventions, in Gen. Hosp. Psychiatry,
1988, 10, 88-101.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 7.
7. Laplanche J., Pontalis J.-B., Vocabulaire
de la psychanalyse, P.U.F., 1973.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 8.
8. Leigh A. et Reiser K., Liaison psychiatry,
in Adv. Psychosom. Med., 1983, 11, 12-15.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Pour télécharger ce site ...
|
La liaison, un concept au coeur
de la
psychiatrie infanto-juvénile.
|
... en format
traitement de texte, vous avez les choix suivants :
Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 09.10.2005 ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.