Nadine Trintignant a donc pris la plume. Trempée
d’une douleur qui devait rester silencieuse pour ne pas
devenir trop médiatique, trop volatile, trop acharnée. Un
éditeur a publié, vite vite, objet de consommation immédiat à
répandre sur des larmes non séchées. D’autres charognards, ni
pires ni meilleurs, se sont empressés de le faire avec Noir
Désir, avec Bertrand Cantat, ou vont le faire... À tous encore
une fois : pitié !
Élections. D’aucuns pensent qu’on peut fouler
aux pieds l’éthique des affaires sans renoncer à l’éthique
tout court, surtout en politique. Et pourtant. Le 7 octobre,
pas moins de 15 millions d’électeurs californiens décideront
du sort de leur grande région (6e puissance économique du
monde) et il n’est pas certain que le dilemme ainsi posé
bouscule leurs habitudes. Réélu l’an dernier pour quatre ans,
mais menacé par un référendum orchestré par l’équipe Bush,
l’actuel gouverneur de l’État, le démocrate Gray Davis, est
très menacé. Pour dire la vérité, l’avenir politique de ce
brave homme nous importe peu : sa gestion est aussi
démocratique et sociale que celle de Raffarin... De même, ne
nous attardons pas sur cette Californie qui se révèle, si l’on
en croit des juristes imminents, presque incapable de mettre à
la disposition de tous des " instruments de vote " assez
fiables pour ne pas réitérer l’épisode grand-guignolesque du
duel Bush-Gore. Passons. Non, ce sont les CV des candidats qui
retiennent notre attention, car ils devraient être plus de 130
à proposer leurs bobines à leurs concitoyens ! En haut de
l’affiche, bien sûr, l’acteur républicain ami de Bush Arnold
Schwarzenegger, grand favori des derniers sondages et vedette
body-buildée d’un show médiatique où les clowns se bousculent.
Que dire par exemple d’Angelyne, " actrice " dont la poitrine
avantageuse et ultrasiliconée (et le reste) s’étale dans les
magazines X et sur des affiches promotionnelles payées par un
admirateur fortuné et assurément comblé. Ou encore du très
fameux Larry Flynt, qui se déclare " démocrate " et qui n’a
rien à envier, côté pornographie et moyens financiers, à
ladite Angelyne. Sans oublier Todd Richard Lewis, bien connu
des pauvres et surnommé " The Bumhunter " (" le chasseur de
clodos "). Ni l’ex-star de la série télé Arnold et Willy,
exilée d’Hollywood et depuis sur la paille. Ni Mary Carey,
star du porno. Ni Léonard Padilla, " chasseur de primes " à
ses heures (si, si). Et tous les autres... On pourrait écrire
brutalement : dans un pays où la culture est devenue
d’abord physique et télévisuelle, la candidature d’un acteur
ou d’un magnat du porno devrait aller de soi. On pourrait
aussi rappeler à ceux qui l’auraient oublié : c’est en
Californie qu’un certain Ronald Reagan, ancien cow-boy de
séries B et supporter de McCarthy au sein du syndicat des
acteurs, avait été élu gouverneur en 1967, première étape de
son accession à la Maison-Blanche. Nous préférons rappeler
ceci : que les pères fondateurs doivent une nouvelle fois
se retourner dans leurs tombes et que Thomas Jefferson, auteur
de la déclaration d’indépendance, écrivait : "
L’arrangement le plus bancal vaut mieux que la meilleure des
guerres. " Qu’en pense Bush ?
Chute. Comme si la fin pouvait réécrire une
partie du temps écoulé, le mystère devrait durer. L’autre
jour, les falaises d’Étretat, en ce théâtre naturel connu et
vénéré par les Normands, ont connu l’un de ces drames qui
laissent à l’imagination une place trop probable. Une mère
parisienne d’un quarantaine d’années et son fils de moins de
dix ans ont été retrouvés morts au pied de la falaise d’Amont,
côté Fécamp. Prisonniers de leur voiture fracassée après une
dégringolade d’une soixantaine de mètres, ils emportent avec
eux l’un de ces secrets lourds que les hommes de la compagnie
de gendarmerie locale voudraient bien résoudre. Selon les
relevés officiels (une photo d’un passant en témoigne), il
était 7 h 45. La marée venait d’atteindre son niveau le plus
bas et les célèbres rochers blanchâtres offraient à la vue
leurs têtes scintillantes. Voulaient-ils se garer sur le
parking situé en aplomb de la paroi, pourtant protégée par des
barrières ? Étaient-ils candidats au suicide, comme
l’invite souvent le site (pas trop en voiture) ? Les y
a-t-on précipités ? Pour l’instant, un seul indice :
l’un et l’autre avaient conservé leurs ceintures. Deux vies
pour quelques secondes.
Toile. Réunis en colloque cette semaine, des
psychiatres disent avoir assez de recul, désormais, pour
affirmer qu’Internet peut être " la meilleure et la pire des
choses " pour les adolescents. Le scénario n’a rien de
surprenant, soit nos progénitures profitent de cet "
extraordinaire moyen de se rencontrer ", soit ils se
retrouvent prisonniers de l’écran jusqu’à... 70 heures par
semaine. Selon le professeur Jean-Yves Hayez, responsable de
l’unité de pédopsychiatrie des cliniques universitaires
Saint-Luc à Bruxelles, il est même difficile de différencier
les " gourmands " du Net des drogués du Web, qui, eux, mettent
en danger une partie de leur équilibre mental et physique.
Signalons que la " ciberdépendance " reste un phénomène plutôt
masculin, d’où l’utilisation du mot " fils " dans le langage
officiel de ces psys, qui préconisent donc aux parents de
fixer une limite de durée. Rassurons-nous néanmoins. Le jeu
vidéo permettrait " d’avancer par un processus
d’essais-erreurs, sans véritables conséquences néfastes " dans
un " monde situé entre le réel et l’imaginaire ", une " sorte
d’objet transitionnel " pour l’adolescent comme l’est le "
doudou " pour le bébé. Au nombre des bienfaits potentiels, les
spécialistes citent aussi la possibilité pour les jeunes de
décharger " un trop plein d’agressivité ", d’expérimenter leur
sexualité hors du contrôle des parents, voire d’utiliser
Internet comme un " puissant instrument d’autothérapie ".
Ah ! et pas un peu de " désinvestissement " du monde
immédiat ?
Vatican. Le pape va très mal et comme rien ne
laisse croire qu’il ira bientôt mieux, son déclin physique
étant jugé " inexorable ", le processus de succession
s’engage, sans même attendre les célébrations du
vingt-cinquième anniversaire du pontificat (11-14 octobre). En
tout, 31 nouveaux cardinaux viennent d’être nommés, dont trois
Français (Mgrs Panafieu, Barbarin et Tauran), ce qui porte le
collège électoral à 135 membres. Un record. Alors, qui ?
" Celui qui me succédera n’est pas encore cardinal ", avait
dit un jour Jean-Paul II en raillant quelques observateurs
avides de macabres perspectives. Ce n’est plus le cas
aujourd’hui. Trois favoris : Dionigi Tettamanzi (Milan,
soixante-neuf ans), Angelo Scola (Venise, soixante et un ans)
et Oscar Rodriguez Maradiaga (Honduras, soixante et un ans).
Les deux derniers cités ne brillent pas par leur ouverture. Le
premier passe lui pour un " modérateur ", à défaut d’être un "
modéré ". Mais la mondialisation de l’Église catholique a
atteint un niveau tel que jamais succession à sa tête n’aura
paru aussi ouverte à la diversité des 59 pays représentés. Et
pourquoi pas un pape noir ou asiatique ? Un
progressiste ? Un rêve passe...