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Les journaux témoignent d'une
accélération d'actes
violents, "incivilités",
délinquance. Mais nous constatons
que les termes de "violent", "dangereux"
sont également utilisés pour
des enfants scolarisés,
déjà en maternelle.
Désarmée par ces
manifestations, la société
se rappelle que le
psychiatre-aliéniste a
été historiquement garant de
l'ordre social, parce qu'il enfermait les
indésirables. Cette démarche
était à l'origine de la
construction de notre hôpital, il y
a 90 ans. Les progrès de la
psychiatrie et l'évolution des
mentalités ont permis que les soins
soient aujourd'hui prodigués
majoritairement à des adultes
consentants. C'est maintenant aux
pédopsychiatres de montrer que leur
place dans le travail des
phénomènes de violence par
la société ne se limite pas
à l'enfermement des enfants et des
adolescents concernés.
Afin de tracer quelques voies nouvelles,
le Centre hospitalier de Rouffach a choisi
d'inviter dans le cadre de la semaine de
santé mentale, le Professeur
Jean-Yves Hayez qui, à l'issue
d'une journée de formation interne
dans le service de psychiatrie
infanto-juvénile de Rouffach fera,
dans une conférence, le point sur
cette question. En préparation
à cette intervention, il nous
propose l'argument suivant : «La
violence des enfants et des
adolescents».
Responsable de la pédopsychiatrie
à la faculté de
médecine, de l'Université
Catholique de Louvain en Belgique,
Jean-Yves Hayez est également
coordinateur de l'équipe "S.O.S.
Enfants-Familles" des cliniques
universitaires Saint-Luc.
«La violence des enfants et des
adolescents nous interpelle tous. Nous
avons même l'impression - mais
est-elle réellement fondée ?
- qu'elle va en croissant, tant en
qualité qu'en quantité.
Avant d'y faire face, il nous faut en
comprendre les grands mobiles : elle
s'enracine parfois dans des
prédispositions du corps. Elle est
influencée par un "état du
moment", de la famille et de la
société, chargé de
messages provocants pour le jeune. Ces
influences - sans être vraiment
déterminées - pèsent
sur une organisation intrapsychique qui a
aussi sa part d'auto-création
mystérieuse : ivresse de puissance,
angoisse et insécurité,
souffrance de ne se sentir ni aimé,
ni utile, impression d'infantilisation,
révolte face à l'arbitraire
des adultes... Voici des
éléments psychiques bien
disparates qui peuvent
générer bien des violences.
Sans oublier jamais cette existence
quasi-systématique d'une part de
discernerment et de libre-arbitre qui
reste à l'uvre.
L'accompagnement de la violence devrait
être surtout préventif :
donner aux jeunes l'envie d'être
sociables, en leur faisant une offre de
vie sociale et familiale de
qualité. En sommes-nous encore
capables ?
Si nous n'y réussissons pas et que
la violence s'installe et se
répète quand même, il
nous faut, pour dissuader le jeune de la
reproduire et pour renforcer son
désir d'être sociable :
- Répondre à l'acte
lui-même, sans trop nous
préoccuper de sa signification.
Cette réponse inclut toujours une
réénonciation de la Loi et
une exigence de dédommagement. Elle
inclut inconstamment d'autres mesures
comme les séparations, les
punitions et les récompenses.
- Répondre à la personne qui
a posé l'acte, en
référence aux besoins
généraux que l'on attribue
aux jeunes, et aux besoins plus
particuliers saisis chez chacun.
Ici encore, c'est la mise en place d'une
éducation quotidienne de
qualité qui facilitera une bonne
partie de la maturation sociale du jeune.
S'y ajouteront quasi-nécessairement
des entretiens, des "rencontres de
parole", demandées par l'adulte qui
s'y efforcera de mobiliser le jeune vers
la rencontre de soi, et
l'intégration de nouvelles
informations et aptitudes.
S'y ajouteront plus inconstamment des
psychothérapies plus
spécialisées, si le jeune en
fait la demande, et une
médication.»
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