La Cédille - Numéro 15
Centre Hospitalier - Rouffach - Mars 1999
Le magazine des agents et des retraités

Psy...
La violence des enfants et des adolescents


Pr Jean-Yves HAYEZ

Professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
Institut catholique de Louvain (Belgique)

Dr Domique PROVOST
d.provost@ch-rouffach.fr

Psychiatre, chef de service Centre Hospitalier Rouffach
Service de Psychiatrie Infanto-Juvénile

Les journaux témoignent d'une accélération d'actes violents, "incivilités", délinquance. Mais nous constatons que les termes de "violent", "dangereux" sont également utilisés pour des enfants scolarisés, déjà en maternelle.

Désarmée par ces manifestations, la société se rappelle que le psychiatre-aliéniste a été historiquement garant de l'ordre social, parce qu'il enfermait les indésirables. Cette démarche était à l'origine de la construction de notre hôpital, il y a 90 ans. Les progrès de la psychiatrie et l'évolution des mentalités ont permis que les soins soient aujourd'hui prodigués majoritairement à des adultes consentants. C'est maintenant aux pédopsychiatres de montrer que leur place dans le travail des phénomènes de violence par la société ne se limite pas à l'enfermement des enfants et des adolescents concernés.

Afin de tracer quelques voies nouvelles, le Centre hospitalier de Rouffach a choisi d'inviter dans le cadre de la semaine de santé mentale, le Professeur Jean-Yves Hayez qui, à l'issue d'une journée de formation interne dans le service de psychiatrie infanto-juvénile de Rouffach fera, dans une conférence, le point sur cette question. En préparation à cette intervention, il nous propose l'argument suivant : «La violence des enfants et des adolescents».

Responsable de la pédopsychiatrie à la faculté de médecine, de l'Université Catholique de Louvain en Belgique, Jean-Yves Hayez est également coordinateur de l'équipe "S.O.S. Enfants-Familles" des cliniques universitaires Saint-Luc.

«La violence des enfants et des adolescents nous interpelle tous. Nous avons même l'impression - mais est-elle réellement fondée ? - qu'elle va en croissant, tant en qualité qu'en quantité. Avant d'y faire face, il nous faut en comprendre les grands mobiles : elle s'enracine parfois dans des prédispositions du corps. Elle est influencée par un "état du moment", de la famille et de la société, chargé de messages provocants pour le jeune. Ces influences - sans être vraiment déterminées - pèsent sur une organisation intrapsychique qui a aussi sa part d'auto-création mystérieuse : ivresse de puissance, angoisse et insécurité, souffrance de ne se sentir ni aimé, ni utile, impression d'infantilisation, révolte face à l'arbitraire des adultes... Voici des éléments psychiques bien disparates qui peuvent générer bien des violences. Sans oublier jamais cette existence quasi-systématique d'une part de discernerment et de libre-arbitre qui reste à l'œuvre.

L'accompagnement de la violence devrait être surtout préventif : donner aux jeunes l'envie d'être sociables, en leur faisant une offre de vie sociale et familiale de qualité. En sommes-nous encore capables ?

Si nous n'y réussissons pas et que la violence s'installe et se répète quand même, il nous faut, pour dissuader le jeune de la reproduire et pour renforcer son désir d'être sociable :
- Répondre à l'acte lui-même, sans trop nous préoccuper de sa signification. Cette réponse inclut toujours une réénonciation de la Loi et une exigence de dédommagement. Elle inclut inconstamment d'autres mesures comme les séparations, les punitions et les récompenses.
- Répondre à la personne qui a posé l'acte, en référence aux besoins généraux que l'on attribue aux jeunes, et aux besoins plus particuliers saisis chez chacun.
Ici encore, c'est la mise en place d'une éducation quotidienne de qualité qui facilitera une bonne partie de la maturation sociale du jeune. S'y ajouteront quasi-nécessairement des entretiens, des "rencontres de parole", demandées par l'adulte qui s'y efforcera de mobiliser le jeune vers la rencontre de soi, et l'intégration de nouvelles informations et aptitudes.
S'y ajouteront plus inconstamment des psychothérapies plus spécialisées, si le jeune en fait la demande, et une médication.»




Pr Jean-Yves HAYEZ

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