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Bulletin d’Informations de l’Action Enfance Maltraitée
DIRem n°57
Septembre - Octobre 2003
Premières interventions dans les situations
d’abus sexuel commis par des adolescents.
Rôle d’une équipe SOS.
Coordination :
Service SOS Enfants de l’O.N.E.
Chaussée de Charleroi, 95
1060 Bruxelles
Tél. 32 (0)2 542.14.10
e-mail : sos-enfants@one.be
site Internet : http://www.one.be
D/2003/7480/14

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Éditorial -------------------------------------------------------------------------------------------------3
Dossier--------------------------------------------------------------------------------------------------4
Compte-rendu --------------------------------------------------------------------------------------21
Informations -----------------------------------------------------------------------------------------25
Formations-------------------------------------------------------------------------------------------27
Petite revue de la presse ------------------------------------------------------------------------31
Note de la rédaction : la responsabilité des articles incombe à leur auteur.

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Éditorial
Comme chaque année, l’O.N.E. publie un rapport d’activités relatif aux prises en charge, par
les équipes SOS-Enfants, des situations de maltraitance ou à risque de maltraitance.
Si les statistiques fournies par ces équipes s’avèrent globalement similaires à celles de l’an
dernier, on constate néanmoins que la catégorie d’auteur « ami de la victime, autre mineur »
est passé de 2, 2% en 2001 à 3,52 % en 2002, devenant de ce fait la première catégorie
d’auteur extra-familial.
Cette problématique préoccupante a donc suscité une large réflexion au sein des équipes
SOS-Enfants, dont le bulletin Direm se fait le porte-parole.
Dans le présent numéro, l’équipe SOS-Enfants de Montegnée nous présente ainsi l’analyse
qu’elle a mené sur 41 situations d’abus sexuels causés par des adolescents pris en charge
par ses services. Après avoir étudié les corrélations existant entre les différentes variables
observées sur cette population (ses caractéristiques, son contexte, etc.), l’équipe propose un
schéma d’intervention dans le cadre de telles situations.
Ce Direm se consacre également à la présentation d’une recherche action intitulée : « Vers
la bientraitance de l’enfant et des familles », qui constitue l’aboutissement de nombreuses
années de questionnement de la part de travailleurs médico-sociaux, de médecins, de
coordinatrices et de conseillers médicaux de l’O.N.E. à propos de leur travail quotidien,
particulièrement avec des familles et des enfants en grande difficulté.
Bonne lecture !
Le Service SOS Enfants

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Dossier
Premières interventions dans les situations d’abus sexuel commis par
des adolescents. Rôle d’une équipe SOS.
1
Hadelin Hainaut, Sophie Lachaussée, Geneviève Ruhwiedel
Introduction
Le travail présenté a été réalisé au sein d’une équipe SOS grâce à un subside du Ministère
de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé de la Communauté française de Belgique (Madame
Maréchal).
Dans ce contexte, au cours de ces dernières années, nous avons été de plus en plus
souvent confrontés à des demandes d’avis et d’aide concernant des enfants soumis à des
comportements sexuels inquiétants de la part d’autres enfants ou de la part d’adolescents.
Ces situations nous posaient divers types de questions :
1. Parmi les comportements sexuels inquiétants, quels comportements devaient-ils être
considérés comme intolérables et quels comportements pouvaient-ils être considérés
comme une simple variante de la norme.
2. La littérature relevait que 50% des délinquants sexuels adultes avaient débuté leurs
méfaits dès la prime adolescence. Les comportements sexuels inquiétants dont nous
avions connaissance étaient-ils les premiers d’une carrière d’abuseur ?
3. Comment répondre adéquatement aux nombreuses situations où le comportement
sexuel inquiétant existait dans le cercle familial ?
4. Dès lors, fallait-il s’occuper des seules personnes victimes d’abus ou ne devions-nous
pas nous pencher sur l’adolescent ou l’enfant auteur des comportements litigieux ?
1
Cet article est la synthèse de la recherche-action menée au sein de l’équipe SOS Familles de Montegnée, et
dont les acteurs principaux sont le Docteur Hainaut, pédiatre, Sophie Lachaussée et Geneviève Ruhwiedel,
psychologues (Équipe SOS Familles - Clinique de l’Espérance - Rue Saint Nicolas, 447 - 4420 Montegnée). Les
diverses phases du schéma d’intervention, une étude de droit comparé et une analyse détaillée de la littérature
sont présentées en détail dans le mémoire intitulé « Premières interventions dans les situations d’abus sexuel
commis par des adolescents – Rôle d’une équipe SOS ». Ce document peut être obtenu à l’adresse de l’équipe
SOS Familles.

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L’étude de nos premiers dossiers et un premier survol de la littérature nous ont montré que :
a) Dans un grand nombre de cas, la caractérisation des comportements sexuels
inquiétants, soit en comportement abusif, soit en variante de la norme étaient réalisables.
b) Classer systématiquement les enfants ou adolescents à comportement abusif dans la
catégorie de futurs prédateurs sexuels d’enfants semblait injustifié.
c) Pour répondre de façon adéquate aux difficultés et souffrances des enfants victimes, il
fallait avoir une certaine connaissance de l’ado réputé abuseur.
d) De plus, dans de nombreuses situations intra familiales, le fait de s’intéresser activement
à l’adolescent possiblement abuseur aiderait les familles à avoir une position adéquate
vis-à-vis des victimes éventuelles.
Ces diverses considérations et observations nous ont amenés à nous pencher sur ces
enfants et adolescents auteurs d’activités sexuelles inquiétantes.
Nous vous présentons ici un protocole de première intervention dans les situations d’abus
sexuel commis par des adolescents.
Pour mettre en place ce schéma d’intervention, nous nous sommes appuyés sur une
analyse détaillée des situations qui nous étaient présentées, sur des contacts avec diverses
personnes ressources et une large étude de la littérature.
Ont été déterminantes pour nous les publications du Professeur J.Y. Hayez. C’est en
s’appuyant sur celles-ci que notre premier schéma d’intervention a été pensé. Après une
longue revue de la littérature, les enseignements et conseils du Professeur Hayez restent
pour nous une référence fondamentale.
Ne voulant pas reprendre ici cette étude de la littérature, étude portant sur plus de 120
articles ou ouvrages, nous voudrions cependant attirer l’attention sur certaines
considérations générales :
1. Notre revue de la littérature s’est orientée de façon préférentielle vers les publications en
langue française et anglaise.
2. En langue française, les publications belges et canadiennes sont les plus nombreuses.
3. Il faut analyser les documents avec précaution, car :
? ? les critères définissant un acte abusif ne sont pas univoques ;
? ? les études portent sur des populations recrutées de façon fort diverse ;
? ? les méthodes de recrutement des données sont variées.
4. Nous avons trouvé peu de renseignements sur les attitudes à développer lors de la
révélation des faits.
5. Les systèmes juridiques ou protecteurs varient suivant les nations et états, tant pour
caractériser les faits que pour la manière de les prendre en charge.
6. Visiblement, pour certains auteurs, les abus dans l’adolescence sont les prémices d’une
activité pédophile ; pour d’autres, l’abus est un véritable « accident de parcours » et cela
influence fortement les conclusions.

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Présentation de notre population
Sur les trois dernières années nous avons répertorié 41 situations où un adolescent, parfois
encore un enfant, a abusé sexuellement d’un autre enfant ou adolescent. Nous avons par
ailleurs traité d’autres situations où il s’agissait, après analyse, de jeux sexuels entre enfants.
Nous n’incluons pas ces cas dans les statistiques évoquées ci-après.
Cette liste n’est probablement pas exhaustive puisque nous n’avons pas de système de
classement qui nous permettrait de repérer rapidement les « adolescents ayant présenté un
comportement sexuel abusif ».
Il nous paraît important de présenter les caractéristiques de la population pour laquelle nous
appliquons le modèle de prise en charge présenté ci-après.
a) Age des adolescents
Moyenne d’âge : 13 ½ ans.
Nous remarquons que quasi 70% de notre population se situe entre 12 et 15 ans, période de
développement tout à fait caractéristique de l’installation de la puberté chez les garçons.
N.B. Nous avons une seule fille dans notre échantillon de population !
Les 3 enfants de 8 ans sont considérés comme tels et non pas comme des
adolescents.
b) Age des victimes (garçons et filles)
Moyenne d’âge : 7 ½ ans
La différence d’âge moyenne entre l’agresseur et sa victime est donc assez élevée : ± 6 ½
ans.
C’est d’ailleurs l’un des critères qui nous aident à différencier un abus d’un jeu sexuel.
Le plus petit écart entre l’adolescent ayant présenté un comportement sexuel abusif et sa
victime est de 2 ans.
Le plus grand écart est de 13 ans.
Répartition des adolescents en fonction de
leur âge
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
8
9
10
11
12
13
14
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16
17
18
Age des adolescents
Nbre

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c) Sexe de la victime : 76% de filles - 24% de garçons
d) Caractérisation des faits
Attouchements :
61%
Pénétration :
39%
Répartition des victimes en fonction de leur
âge
0
1
2
3
4
5
6
7
8
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
non précisé
Age des victimes
Nbre
Caractérisation des faits
Exhibition
0%
Attouchements
61%
Pénétration
39%
Sexe de la victime
Filles
76%
Garçons
24%

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Les faits commis sur les petits garçons sont souvent plus graves que ceux commis sur des
fillettes (50% d’actes de pénétration).
Nous n’avons jamais été sollicités pour des faits d’exhibitionnisme, de voyeurisme ou tout
autre acte d’abus sans contact physique (Cf. les crimes qualifiés « hands off » aux U.S.A.).
e) Répétition des faits
Dans 26 cas (68%), l’adolescent a répété ses comportements sexuels abusifs sur l’enfant
victime.
Dans 12 cas (31%), il s’agit d’un fait unique.
Pour 9 situations (22%) nous savons que le jeune a commis des actes d’abus sur au moins 2
victimes différentes.
f) Contexte de vie de l’adolescent
1. Familial
51% de familles nucléaires
49% de familles où les parents se sont séparés à un moment ou l’autre de la vie du jeune.
2. Scolaire
Enseignement primaire :
9
22%
Enseignement secondaire général et technique :
17
41%
Enseignement professionnel et CEFA :
4
9%
Enseignement spécialisé :
7
17%
Inconnu :
4
9%
Nos jeunes sont issus de différents milieux socioculturels et fréquentent divers réseaux
scolaires.
g) Personnalité des adolescents
Sur l’ensemble de notre échantillon, un cas nous est apparu comme une pathologie
psychiatrique spécifique (troubles psychotiques).
Un second présentait une personnalité border-line avec des traits pervers.
La majorité montrait un profil névrotique ou une immaturité affective.
h) Contexte de l’abus
Abus intra familial : 76%, dont 54% d’abus intra familial nucléaire (22 situations)
Abus extra familial : 24% (10 situations)

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Une fois sur deux, nous traitons donc des situations d’abus intra familial nucléaire. Il s’agit
toujours d’un grand frère ou d’un demi-frère qui abuse d’une sœ ur plus jeune ou d’une demi-
sœ ur.
Nous n’avons qu’un cas où la victime est un garçon.
Dans les 22 « grands frères » qui ont commis les actes, 14 ont vécu une séparation de leurs
parents (64%). Ce pourcentage est plus élevé que celui de notre échantillon général et que
la moyenne de la population.
Contexte de l'abus intra familial
Abus intra
familial
nucléaire
71%
Abus intra
familial (élargi)
29%
Contexte de l'abus
Abus extra-familial
24%
Abus intra familial
nucléaire
54%
Abus intra familial
(élargi)
22%
Contexte de l'abus
Abus extra familial
24%
Abus intra familial
76%

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On peut raisonnablement faire l’hypothèse que la fracture familiale est une variable à
prendre en compte pour analyser et comprendre les comportements abuseurs du jeune dans
le contexte intra familial nucléaire.
De même, la structure chaotique de certaines familles (32%) est un autre élément
interpellant.
N.B. : Nous qualifions de chaotique les familles où les attitudes éducatives parentales sont
inadéquates et/ou incohérentes et où l’enfant n’a pas eu de repères clairs et stables.
Par exemple : Un jeune garçon de 13 ans qui tente d’avoir des rapports sexuels avec sa
petite sœ ur de 6 ans. Ses parents se sont séparés depuis un an : son père révèle son
homosexualité et s’installe avec un homme et sa mère emménage avec un ami de la famille,
lui-même ex-homosexuel et toxicomane. Cet adolescent qui est à un moment charnière
dans son identification sexuée, vit donc dans un contexte identificatoire particulièrement
confus.
En ce qui concerne les situations intra familiales (9 cas) où il n’y a pas de lien biologique ou
symbolique de fraternité entre les enfants, ceux-ci sont cousins/cousine ou oncle/neveu
(nièce).
Dans le contexte d’abus extra familial, l’enfant victime est toujours connu au préalable par
l’adolescent (voisin – copain d’école – fils ou fille d’amis des parents … )
i) Reconnaissance des faits
Nous évoquons ici une reconnaissance parfois minimaliste de l’adolescent par rapport à la
matérialité des faits : Le jeune reconnaît avoir eu des comportements sexuels inappropriés à
l’encontre de la victime, même s’il minimise la nature ou la fréquence des faits commis ; mais
il n’a pas toujours conscience de la gravité de ses comportements, de sa responsabilité et
des conséquences sur la victime.
Selon nous, l’attitude du jeune est fortement en relation avec celle de ses parents (Cf.
protocole prise en charge). C’est pourquoi nous présentons également, les chiffres
concernant l’attitude des parents lors des entretiens avec un membre de l’équipe.
Reconnaissance par l’adolescent :
27
66%
Déni :
14
34%
Reconnaissance par l'adolescent
Déni
34%
Reconnaissance
66%

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Reconnaissance par les parents de l’adolescent : 27
66%
Déni :
11
27%
Attitude non connue :
2
5%
Attitude parentale incohérente :
1
2%
Sur les 14 situations où les adolescents nient les faits, on note :
? ? 11 situations où les parents nient également
? ? 2 situations où les parents reconnaissent
? ? 1 situation où les attitudes parentales diffèrent (parents séparés.)
Sur les 14 situations de déni, il s’agit dans 6 cas de faits graves de pénétration (43%) et
dans 8 cas de faits d’attouchements (57%).
La proportion entre les deux types de faits reste la même que dans l’échantillon général.
Il n’y a donc pas de corrélation entre la gravité des faits et le déni de ceux-ci par l’adolescent.
j) Antécédents éventuels de maltraitance chez l’adolescent
Oui :
17
42,5%
Non :
14
32,5%
Inconnu :
10
25,0%
Les 42,5% se répartissent en 20,0% d’antécédents d’abus sexuel
17,5% de négligence
5,0% de maltraitance psychologique.
Près de la moitié des adolescents qui ont présenté un comportement sexuel abuseur ont
eux-mêmes subi de la maltraitance. Ce pourcentage nous paraît assez élevé par rapport à
la moyenne générale de la population infantile.
Remarque : Dans deux situations, le jeune a répété avec le même scénario des abus qu’il
avait lui-même subis au même âge que l’enfant victime actuel.
Reconnaissance par les parents
Reconnaissance
66%
Déni
27%
Attitude non connue
5%
Attitude incohérente
2%

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k) Contexte d’intervention
Dans 17 cas, soit 41% des situations, le Parquet a été informé du comportement transgressif
du jeune.
? ? Dans 13 situations, il s’agit d’un contexte d’abus intra familial.
? ? Dans 4 situations, il s’agit d’un contexte d’abus extra familial.
Donc, sur l’ensemble des situations intra familiales, une plainte est déposée dans 42% des
cas, pour 40% dans les contextes extra familiaux.
Cette constatation peut nous étonner car on imagine que les familles tendent davantage à
cacher à la justice ces faits gênants et à régler le problème « en interne. »
Il faut affiner l’analyse et relativiser les chiffres.
Sur 13 plaintes dans le contexte intra familial :
? ? 5 ont été portées par l’équipe SOS qui l’a estimé nécessaire lors du bilan
d’évaluation.
? ? 4 ont été portées par la famille de la victime dans des cas où il n’y a pas de lien
biologique entre le jeune adolescent et l’enfant victime.
? ? 3 autres situations reflétaient un contexte de conflit important dans le cadre d’une
séparation parentale.
Dès lors, l’hypothèse que les familles plus ou moins structurées et solidaires ne font pas
appel à la justice quand elles vivent un problème d’abus intra familial avec comme auteur un
adolescent, nous semble peut-être à retenir.
Sur les 4 plaintes en contexte extra familial, 3 ont été déposées par la famille des victimes et
1 par l’équipe SOS.
Pour les 6 autres situations (15%) le SPJ ou le SAJ sont intervenus à un moment ou l’autre
du bilan d’évaluation.
Donc dans 23 cas (56%), l’équipe SOS travaille en concertation avec l’un ou l’autre
organisme (Parquet – SAJ – SPJ).
Dans 18 autres (44%), le bilan du jeune se fait uniquement dans le cadre privé de l’équipe.
Contexte d'intervention
Dossier SAJ-SPJ
15%
Information au parquet
41%
Pas de signalement
44%

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l) Propositions faites au jeune et à la famille au terme ou au cours du
bilan
Plusieurs possibilités à visée thérapeutique sont, selon nous, envisageables et proposées au
cas par cas.
Il nous est difficile de ranger les situations dans des catégories précises car, la plupart du
temps, c’est une combinaison de plusieurs propositions que nous faisons à la famille.
Soit :
? ? Un suivi psychologique individuel pour le jeune (28 cas)
? ? Un suivi en thérapie familiale (6 cas)
? ? Un placement du jeune en institution, I.M.P. ou internat (5 cas)
? ? Un ou plusieurs entretiens entre le jeune et la victime, au cours duquel il reconnaît sa
responsabilité et présente ses excuses à la victime (6 cas)
? ? Une information au Parquet pour un rappel de la loi (6 cas)
Réflexions sur les corrélations existant entre différentes variables
étudiées sur notre population
A. Corrélation entre la gravité des faits et l’âge de l’adolescent.
Corrélation entre l'âge des adolescents et la gravité des
faits (Pénétration)
0
1
2
3
4
5
6
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
Age des adolescents
Nbre de pénétration
Pénétration
Corrélation entre l'âge des adolescents et la gravité des
faits (Attouchement)
0
1
2
3
4
5
6
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12
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17
18
Age des adolescents
Nbre d'attouchement
Attouchement

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Les actes de pénétration sont le plus souvent commis par les adolescents de 13 à 15 ans, ce
qui correspond à l’installation de la puberté chez le jeune garçon qui vit ses premiers émois
sexuels.
Les faits d’attouchements sont davantage répartis sur l’ensemble des âges des adolescents.
B. Corrélation entre la gravité des faits et la situation intra ou extra
familiale
La proportion de faits graves de pénétration est plus élevée dans la situation d’abus extra
familial : 50% contre 35% en intra familial. Mais c’est à mettre également en relation avec
l’âge des abuseurs extra familiaux qui se retrouvent prioritairement dans la tranche d’âge de
12 à 14 ans.
Dans l’abus intra familial nucléaire, la proportion dans la caractérisation des faits reste quasi
la même que dans l’échantillon général (62% d’attouchements et 32% de pénétration). Il n’y
a donc pas de faits d’abus plus graves au sein des familles comme c’est parfois signalé dans
la littérature.
Corrélation entre l'âge des adolescents et
l'abus extra familial
0
1
2
3
4
5
8
9
10
11
12
13
14
15
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17
18
Age des adolescents
Nbre de cas
extra familial
Corrélation entre la gravité des faits et
l'abus intra ou extra familial
0
5
10
15
20
25
Attouchement
Exhibition
Pénétration
Nbre de cas
Intra familial
Extra familial

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De même, la répétition des actes sexuels inappropriés n’est pas plus fréquente quand il
s’agit d’un contexte intra familial nucléaire.
C. Corrélation entre l’âge des abusés et l’abus intra ou extra familial
On retrouve une multitude d’âges différents dans la situation d’abus intra familial.
Par contre, en situation d’abus extra familial, les victimes se situent principalement entre 6 et
8 ans.
Globalement, l’analyse de notre population révèle que :
? ? Dans les situations intra familiales nous avons une multitude de cas cliniques possibles si
nous considérons les variables : âge de l’adolescent – âge de l’enfant abusé – gravité
des faits.
? ? Par contre, dans les situations d’abus extra familial on dégage un profil de situation qui
revient plus fréquemment : un jeune entre 12 et 15 ans qui commet des actes graves de
pénétration sur des victimes âgées de 6 à 8 ans et qui sont le plus souvent (7 fois/10)
des garçons.
Corrélation entre l'âge des abusés et
l'abus extra familial
0
1
2
3
4
2
3
4
5
6
7
8
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13
14 N.P.
Age des abusés
Nbre de cas
extra familial
Corrélation entre l'âge des abusés et
l'abus intra familial
0
1
2
3
4
5
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6
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13
14 N.P.
Age des abusés
Nbre de cas
intra familial

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Schéma d’intervention
Notre schéma d’intervention s’est largement inspiré de la méthode de prise en charge mise
au point par le Professeur J.Y. Hayez (Hayez, 1990) que nous avons nuancée et modifiée à
l’épreuve de nos lectures, de notre pratique clinique et de nos réflexions.
Il se fonde sur 3 postulats qui sont les fils conducteurs de notre intervention :
1. Le refus de diaboliser l’adolescent ayant présenté un comportement abuseur en
éliminant le terme d’adolescent abuseur, sans pour autant banaliser l’acte posé.
Nous utilisons le terme « adolescent ayant présenté un comportement abuseur ». Nous
pensons que jamais un individu, et à fortiori un adolescent au psychisme en formation,
ne peut être réduit à un seul comportement, fut-il totalement répréhensible.
En outre, la stigmatisation abusive à un âge où l’image de soi est en construction et donc
fragile peut avoir des effets ravageurs. L’adolescent risque d’acquérir l’idée peut -être
erronée qu’il est irrémédiablement un être pervers.
2. La conviction que les premiers jours qui suivent la révélation des faits incriminés sont
cruciaux.
Les attitudes et prises de position des intervenants sociaux et familiaux vont influer très
fortement l’évolution ultérieure de l’adolescent en cause.
L’adolescence est une période de mutation, de grande mobilité psychique. Le temps
d’un adolescent n’est pas le même que celui d’un adulte.
L’adolescence est aussi une période de la vie qui met à l’épreuve la cohérence, la
solidité des règles et des cadres de référence éthique du monde adulte.
Par ailleurs, la révélation de tels faits suscite le plus souvent une réaction émotionnelle
vive de l’entourage, allant du déni de la réalité au rejet massif de l’adolescent en passant
par diverses attitudes souvent incohérentes.
L’adolescent a besoin d’une réponse structurante, adaptée et rapide à l’acte grave qu’il a
posé.
Un laps de temps trop long entre la révélation des faits et une réponse des adultes peut
faire perdre beaucoup d’impact à cette réponse.
Notre schéma se fonde sur la conviction qu’une intervention rapide et soutenue au
moment de la crise du dévoilement permet à un grand nombre de situations d’évoluer
favorablement en évitant la stigmatisation des adolescents et la lourdeur des schémas de
traitement prolongé.
3. L’importance du travail avec les parents.
Nous estimons que si nous parvenons à mobiliser suffisamment les parents, les
possibilités évolutives de l’adolescent sont meilleures.
Une première étape consiste à aider les parents à accepter l’idée que leur enfant a pu
avoir un comportement abuseur et qu’ils vont pouvoir jouer un rôle essentiel pour son
évolution.
Nous sommes convaincus que si face à leur enfant qui a commis une transgression
grave, le père, les parents ou leur substitut peuvent se faire le porte-parole des lois et de
leur sens, cela aura un impact fondamental. S’ils peuvent prendre une sanction
structurée et adaptée tout en pointant chez leur enfant ses ressources et ses capacités
évolutives, une grande partie du chemin sera parcourue.
L’intervention judiciaire sera un recours ultime lorsque la loi n’est pas intégrée au sein de
la famille et/ou du psychisme de l’enfant.

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Notre schéma d’intervention demande beaucoup de rigueur et la mobilisation de plusieurs
personnes.
Ce schéma compte 7 phases et 3 intervenants.
3 intervenants principaux joueront un rôle dans la prise en charge de ces situations :
- le psychologue A rencontrera l’enfant victime d’un ASPP et sa famille
- le psychologue B rencontrera l’adolescent ayant commis un abus sexuel
- le psychologue C rencontrera les parents ou les responsables de l’adolescent.
Nous estimons qu’il est important de différencier les rôles de chacun afin d’éviter la
confusion des rôles, tant dans la tête des consultants que des intervenants.
La différenciation entre le psychologue B et le psychologue C a pour but de donner un
espace propre à l’adolescent avec une garantie de confidentialité.
Le psychologue C doit permettre de fournir aux parents de l’adolescent écoute et aide.
Entre chaque phase de travail avec nos patients, des réunions d’équipe permettent une
réflexion constante sur le diagnostic, nos possibilités de prise en charge, l’opportunité
d’informer les autorités judiciaires.
PHASE 1
Rencontre de l’enfant ayant subi un ASPP, diagnostic et orientation gén érale de sa prise en
charge.
Nous ne détaillerons pas ici l’aide et l’encadrement fournis à l’enfant victime. Ceci n’est pas
le propos de notre recherche-action.
PHASE 2
Réunion d’équipe
Fausse allégation
Diagnostic différentiel
Jeu sexuel ou passion amoureuse
Abus sexuel
Si l’abus sexuel est confirmé, la poursuite du travail doit-elle se faire
- au sein de SOS ?
- avec signalement ?
Critères de signalement au Parquet à ce stade :
- Faits très graves accompagnés de violence.
- Description par la victime et sa famille d’un comportement pédophile mettant en
danger d’autres enfants
Critères de signalement au SAJ :
- Impossibilité de prendre contact avec l’adolescent ou refus de collaborer

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PHASE 3
S’il est décidé de ne pas signaler précocement aux autorités judiciaires, les psychologues B
et C
- Rencontrent l’adolescent et ses parents ou leur substitut
- Précisent le cadre de notre intervention
?? Position de la communauté adulte par rapport aux actes sexuels
répréhensibles
?? Confidentialité mais information au Parquet possible selon différents critères
?? Aide à l’adolescent proposée :
Le psychologue B réalisera le bilan psychologique de l’adolescent
Le psychologue C réalisera des rencontres avec les parents
Si l’adolescent et sa famille acceptent le cadre, nous officialisons soit au SAJ, soit au sein de
l’équipe.
Au terme du bilan (2 mois max.) nous ferons des propositions thérapeutiques à l’adolescent
et sa famille.
PHASE 4
1. Évaluation clinique fine et rigoureuse de l’adolescent par le psychologue B, centrée sur
la transgression commise
sur la personnalité
sur le fonctionnement familial et social de l’adolescent
2. Le psychologue C effectue un travail avec les parents avec le but de les aider à jouer leur
rôle parental de sanction mais aussi de soutien et d’encadrement.
Ces entrevues vont aussi nous aider à cerner le fonctionnement familial, son éventuelle
perversion, son rapport à la loi et donc la nécessité ou non d’une intervention judiciaire.
PHASE 5
Réunion d’équipe en l’absence du psychologue A pour garantir la confidentialité.
Évaluation :
- Fonctionnement, mobilisation possible ou non de l’adolescent et de sa famille.
- Recherche de personnes pouvant encadrer l’adolescent.
- Modalités d’aide et d’encadrement.
- Opportunité d’intervention judiciaire.
Réunion d’équipe avec le psychologue A
- Opportunité d’une séance d’excuse et si cela peut être porteur d’évolution pour la
victime et pour l’auteur des faits.

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PHASE 6
Remise des conclusions et propositions thérapeutiques à l’adolescent et à sa famille
- Séance d’excuses si possible et utile.
- Mesures réparatrices exécutées au bénéfice direct ou indirect de la victime ou de la
famille.
- Orientation vers une thérapie individuelle et/ou familiale, selon les cas.
En cas d’opposition majeure, de persistance dans le déni, d’un diagnostic de fonctionnement
pervers de l’adolescent ou d’attitudes totalement inadaptées des parents,
Signalement aux autorités judiciaires avec propositions thérapeutiques éventuelles
et ce après avoir informé l’adolescent et sa famille des raisons de notre démarche.
Accord sur le programme de prise en charge et évaluation 6 mois plus tard.
PHASE 7
- Évaluation de la situation par B et C
?? Prise de contact avec le thérapeute
?? Rencontre avec l’adolescent et sa famille
- Réunion d’équipe évaluant la nécessité de la poursuite d’un encadrement ou si nous
pouvons clore le dossier et refaire confiance au jeune.
Il existe une petite minorité de jeunes (± 5%) avec lesquels le programme semble n’avoir
amené aucune évolution.
Pour ces adolescents, une intervention judiciaire et un encadrement solide ou au niveau
thérapeutique et éducatif qui donnerait des garanties en terme de contrôle social nous
paraissent indispensable.
Conclusions
1. Le diagnostic différentiel entre comportement abusif et jeux sexuels ou comportement
amoureux n’est pas toujours aisé. Il nous manque des études récentes et d’origine
locale concernant les comportements habituels des adolescents.
2. La population des adolescents à comportement abusif est très hétérogène. Certaines
études, sans le signaler, analysent ces situations armées d’un objectif zoom alors que
d’autres sont réalisées avec un objectif grand angulaire.
3. Le rôle des parents est fondamental. Il est donc important de consacrer de l’énergie à
détecter le parent le plus apte à jouer ce rôle à la fois protecteur et encourageant mais
aussi porteur de la loi.

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4. Le recours judiciaire envisagé dans notre protocole à chaque étape du travail ne doit pas
être systématique, mais il peut se révéler indispensable et bénéfique, parfois dans une
optique sécuritaire, mais aussi lorsqu’il devient indispensable de suppléer au rôle
parental défaillant.
5. Le protocole proposé est exigeant. Il exige une grande disponibilité de l’équipe : plusieurs
personnes qualifiées doivent pouvoir intervenir activement dans un bref délai. Elles
doivent pouvoir consacrer un temps important à la situation brusquement révélée.
Ces interventions intensives réalisées en urgence posent de sérieux problèmes dans des
équipes surchargées. Il n’est pas simple pour des intervenants pris chacun dans un
mouvement d’empathie vis-à-vis de leur patient de prendre des orientations en
concertation. Il faut à tout moment réfléchir sur la confidentialité des entretiens, sur le
secret professionnel vis-à-vis des instances externes et sur les limites de ce secret.
Mais au-delà de ces difficultés et contraintes, nous pensons que ce protocole ouvre une
voie de travail utile et praticable.
L’avenir seul pourra nous démontrer l’efficacité de cette méthode.

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Compte-rendu
Recherche-action « Vers la bientraitance de l’enfant et des familles »
2
Brigitte Delforge
3
, B. Deroitte
4
, Marie-Christine Mauroy
5
Cette recherche-action est l’aboutissement de nombreuses années de questionnement de la
part de Travailleurs Médico-Sociaux (TMS), de Médecins, de Coordinatrices et Conseillers
Médicaux de l’O.N.E. (Hainaut) concernant leur travail de tous les jours particulièrement
avec des familles et des enfants en grande difficulté.
Dans un esprit de « promotion de la bientraitance », nous avons décidé de nous
centrer sur l’enfant, et de nous focaliser en premier chef sur ce qui semble positif
dans son comportement et dans tout ce qui est mis en place dans son environnement
et par ses proches.
Ce choix de s’intéresser prioritairement à ce qui va bien avant d’envisager ce qui va mal
(même si une analyse doit toujours envisager tous les aspects de la situation) s’est révélé
mobilisateur. Il permet de tenir compte dès le départ des potentialités de la famille et des
ressources de l’environnement plutôt que de se buter d’emblée sur les défaillances et les
manques.
Nous avons rapidement fait le constat à priori évident mais souvent inconscient que les
intervenants et les familles ont chacun leur propre compréhension du bien-être de l’enfant.
Alors que finalement, l’objectif que chacun poursuit est le même : le bien-être et le bon
développement de l’enfant.
Il est relativement rare en effet qu’une famille veuille sciemment le mal d’un enfant; nous
visons donc la même chose mais manifestement, c’est au niveau de la concrétisation et des
pratiques que l’inquiétude, l’incompréhension apparaissent.
Nous considérons qu’une relation entre une famille et un TMS représente une rencontre
entre deux cultures différentes, au sens large et dépassant le cadre p récis de la culture
ethnique.
2
La recherche-action « Familles et intervenants : une alliance vers la bientraitance. Pistes méthodologiques »
paraîtra dans la revue « Travailler le social » n° 34-35 « Regards méthodologiques » (III) – Cardijn Publication –
rue Taravisée 2 – 5031 Gembloux – tél. 081/64.03.22.
Les coordinatrices et les TMS de l’O.N.E., ainsi que les équipes SOS Enfants, recevront de l’O.N.E. un
exemplaire de cette revue.
3
Coordinatrice Accueil O.N.E., province du Hainaut.
4
Professeur de Méthodologie et de Pratique professionnelle en travail social, Institut Cardijn.
5
Médecin-coordinateur, service Général Accompagnement de l’O.N.E.

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Ces deux cadres de référence différents amènent à concevoir et à pratiquer le bien -être de
façon différente.
Dans cette relation interagissent deux pôles qui possèdent leurs propres représentations du
bien-être de l’enfant fondées sur leur histoire, leurs valeurs, leur vécu, leur passé. De plus, le
pôle professionnel y ajoute un savoir scientifique concernant le bien-être de l’enfant et
incarne, de par son mandat, les normes sociales attendues.
Cette relation est singulière parce qu’elle peut se définir à chaque fois dans un cadre et un
contexte particuliers, elle prend sens dans un rapport de force ou de pouvoir à chaque fois
différent.
Il était donc important de mettre en place des bases méthodologiques nous permettant de
prendre conscience de nos représentations et systèmes de référence personnels (dépendant
de notre propre vécu) et professionnels (connaissances scientifiques et mandat
institutionnel) mais aussi de faire émerger et de comprendre ceux des familles.
La confrontation de ces représentations se joue dans la relation
En tant que professionnel de la petite enfance, nous occupons une place différente de celle
des familles. Et il dépend de nous d’établir le type de relation que nous souhaitons
développer.
Nous avons, en tant que professionnels, un certain savoir, un certain pouvoir et nous
sommes face à des familles qui ont leur propre savoir concernant leurs enfants, leur propre
conception du bien-être et de l’éducation.
Longtemps s’est maintenue une relation qui opposait un intervenant censé détenir savoir et
pouvoir à une famille démunie de tout savoir et de tout pouvoir.
Cette relation qui oppose était peu porteuse de changement constructif, elle conduisait
souvent soit à une rigidification de chacune des parties dans sa position soit à une
soumission d’une des parties à l’autre.
Nous avons donc pris l’option de mettre en place une relation qui positionne les deux pôles
non plus face à face mais côte à côte par rapport à un objectif commun aux deux parties.
Bien que pouvant être compris de façon différente.
Tout l’enjeu est alors de se comprendre et de se rejoindre dans des pratiques acceptées par
chacun dans sa position d’intervenant ou d’usager.
Il s’agit donc de passer d’un rapport de maîtrise qui positionne face à face un intervenant
détenant savoir et pouvoir et une famille sans savoir ni pouvoir, à une relation d’alliance où,
côte à côte, en respectant ses propres positions avec son savoir propre, son pouvoir propre,
son histoire; intervenant et famille vont essayer de se retrouver autour d’un objectif commun
de promotion du bien être de l’enfant, et surtout, dans la manière d’y arriver et donc, de
produire un changement.
Il est clair que cette relation d’alliance est loin d’être une fusion où l’intervenant se nie lui-
même en considérant que seule la famille détient la vérité.
La relation d’alliance, c’est la reconnaissance d’une interdépendance; c’est reconnaître
l’autre comme un interlocuteur valable. C’est entendre ce que l’autre veut dire, ce n’est pas
nécessairement l’accepter.

Page 23
C’est une confrontation mais c’est aussi une négociation par rapport à un objectif commun
et il est nécessaire de se mettre d’accord, chacun dans sa position sur la manière d’atteindre
cet objectif.
S’est alors posée la question de la limite dans la tolérance vis-à-vis de manières
de faire si différentes
Jusqu’où peut-on admettre certaines pratiques, qui ne paraissent pas adéquates ?
Au sein du groupe de travail, il a été admis que le seuil de tolérance restait l’état de
l’enfant.
Prenons l’exemple de la propreté. Rien n’est plus personnel que cela. Chacun a ses propres
repères. Jusqu’où tolérer un état de saleté ou de manque d’hygiène qui correspond à une
façon de vivre d’une famille qui n’a aucune demande, et semble aimer son enfant.
Si l’on considère que le seuil de tolérance est l’état de l’enfant, on peut dire que l’élément
déterminant sera sa façon de réagir à l’environnement qui lui est donné.
Si l’enfant se porte bien, qu’il ne présente pas de problème de santé, si so n développement
est bon; il n’est peut être pas utile de braquer les parents sur une notion de propreté qui
manifestement n’est pas la leur. En tout cas, on peut se permettre de prendre le temps et
d’éventuellement réfléchir avec les parents aux difficultés de socialisation et d’intégration
scolaire qui risquent d’apparaître à long terme.
A l’inverse, si l’enfant souffre de cette situation, il est urgent d’établir un dialogue avec les
parents concernant son état de bien-être.