Conférence de consensus du 22 et 23 novembre 2001.
Psychopathologie et traitements actuels
des auteurs d'agression sexuelle.
Perspective systémique et travail familial ou
de couple dans la prise en charge des auteurs
d'agression sexuelle.
|
Jean-Yves Hayez
(1)
, Emmanuel de Becker
(2)
Nous définirons d'abord les principaux termes
en usage dans ce rapport. Puis nous émettrons
quelques considérations indispensables à propos
du cadre. Ensuite, nous exposerons les
caractéristiques générales de la mise en place
de l'approche systémique et du travail
familial. Enfin, nous en détaillerons les
applications dans quelques situations-types.
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* Définitions des principaux termes en usage
dans ce rapport.
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Perspective ( ou point de vue, approche ) systémique.
Centration, à visée diagnostique et/ou
thérapeutique, sur les interactions verbales,
comportementales et fantasmatiques entre
l'auteur
(1)
et :

- sa société en général;

- les groupes informels ou institués où il vit,
ou qui peuvent influencer sa vie;

- plus particulièrement, sa famille nucléaire
actuelle ( si elle existe ), sa famille
d'origine et sa famille élargie.
Traitement ( ou prise en charge; programme
d'accompagnement ).
Terme équivalent au vocable anglais management
: il s'agit de la gestion globale d'un
programme ( d'interventions ) constitué, en
proportions variables, par des composantes
éducatives, sociales, thérapeutiques (
psychothérapeutiques ou/et médicamenteuses ) et
judiciaires.
Entretiens et psychothérapies.
Dans le traitement, on met en place des
rencontres de paroles instituées qui ont un
objectif essentiellement ou principalement
psychothérapeutique. Elles s'adressent à
l'auteur mais aussi à d'autres individus ( par
exemple, son conjoint ), à des sous-groupes de
la famille nucléaire, à l'ensemble de celle-ci,
etc.
Il faut en distinguer deux grandes catégories :
- Les entretiens ( individuels, de couple, de
famille, de groupe
(2)
: rencontres de paroles
demandées par les professionnels ( par exemple,
imposées par le magistrat ) dont l'exécution
est contrôlée par eux et auxquelles le
destinataire est prié de se
présenter
(3) .
Les entretiens ont des missions variées : aide
sociale, éducation, gestion du temps, information
mais aussi, et même souvent
principalement, intention psychothérapeutique.
En référence à quoi, nous appellerons
thérapeutes les professionnels qui les mènent :
à eux d'essayer de motiver les destinataires à
y être présents davantage que de corps ...
l'expérience montre qu'ils y réussissent
régulièrement ( Cirillo, 1997, p. 45 ; Cirillo,
1992, p. 31-62 ).
- Les (psycho)thérapies : rencontres de paroles
demandées par l'auteur lui-même ( ou sa famille
); elles se mettent en place d'emblée ou après
sensibilisation ( de Becker et al., 2000 ) dans
une perspective d'une rencontre de soi et d'un
meilleur fonctionnement
(4).
Lorsque ce que nous écrivons concerne
indifféremment les entretiens ou les thérapies,
nous parlons de travail ou de rencontres (
individuelles, de couple, etc. ).
Entretiens ( ou/et thérapies, rencontres,
travail ) familiaux ( ou de famille ).
Ce sont des rencontres de paroles dont la visée
thérapeutique porte en proportions variables sur :

- la famille ( nucléaire, élargie ...) ou des
sous-groupes de celle-ci en tant qu'ensembles (
par exemple, amélioration de la communication,
de l'ambiance de vie, meilleures répartitions
des places de chacun, etc. )

- chacun de ses membres, à partir de sa
réflexion personnelle stimulée par les autres,
et de nouvelles influences qui émaneront des
rencontres.
L'objectif thérapeutique familial n'a donc rien
à voir avec la composition concrète et mouvante
des groupes et sous-groupes présents aux
différentes séances ( Sabourin, 1992, p. 218 );
on peut parfaitement faire un travail familial
en ne recevant jamais que séparément les
différents membres d'une famille, et en
fonctionnant comme go-between.
Pour éviter les confusions, nous parlerons
d'
entretiens ( thérapies, rencontres ...)
individuels systémiques pour désigner ceux qui
sont réalisés avec un seul destinataire présent
mais dans le cadre d'un travail familial, ils ne
sont donc pas protégés par le secret profes
sionnel à l'égard des autres membres de la
famille et servent entre autres à préparer les
rencontres avec ceux-ci.
En revanche, nous parlerons d'
entretiens (
thérapies, rencontre ...) individuels
personnels pour désigner ceux réalisés avec un
seul destinataire également, mais dans le seul
intérêt thérapeutique de celui-ci ( par
exemple, dans le cadre d'un travail
psychanalytique, cognitivo-behavioriste, etc.).
Entretiens ( ou thérapies, rencontres, travaux
) de couple.
Il s'agit cette fois d'application au couple
des objectifs et des modalités que nous venons
d'esquisser à propos du travail familial. Donc,
concrètement, les personnes présentes en séance
peuvent être le couple ou chacun de ses membres
(5).
Dans notre rapport, ce qui sera décrit, sans
autre précision, sous le vocable " familial "
inclut aussi le travail avec le couple. Lorsque
des applications spécifiques existent, elles
seront signalées explicitement.
N.B. Ne sera pas abordée, dans le présent
rapport, la nature du fonctionnement psychique
de l'auteur d'agression sexuelle. Celle-ci est
toutefois une composante déterminante pour
l'implication de l'individu dans le travail thérapeutique.
|
* Le cadre du travail systémique et familial.
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1. Le traitement complet de l'auteur comporte
des dimensions sociales, psychothérapeutiques,
médicamenteuses ( rares actuellement ) et
judiciaires ( fréquemment ).
On ne devrait jamais y substituer l'une à
l'autre, c'est-à-dire attendre de l'une qu'elle
remplisse centralement les objectifs d'une autre!
Ces composantes doivent donc coexister, et dans
toute la mesure du possible, harmonieusement,
chaque intervenant ayant du respect pour les
autres : en se parlant et en tenant compte les
uns des autres, ils accroissent la fécondité du
traitement ( de Becker et al., 2000;
Ciavaldini, 2001, p. 29-30 ).
2. Une perspective systémique, avec les
rencontres familiales qu'elle inclut, constitue
une composante intéressante de la dimension
psychothérapeutique du programme. Il serait
néanmoins réducteur et dangereux qu'elle
constitue une référence exclusive; il ne s'agit
pas non plus de faire des hiérarchies dans les
références : la perspective systémique doit
donc coexister avec bien d'autres,
psychodynamique, somatique, etc. Nous
souhaitons qu'elles trouvent toutes des voies
de complémentarité et d'intégration (
Ciavaldini, 2001, p. 29 et 30 ).
3. Des rencontres familiales mises en places
précocement constituent un complément très
intéressant, parfois indispensable, des
rencontres individuelles personnelles.
Lorsque l'on parvient à mettre en place ces
dernières, on constate alors souvent qu'elles
exercent la fonction thérapeutique la plus
basale. Mais ce n'est pas toujours possible, et
on réussit alors parfois à mettre en place des
rencontres familiales qui fonctionnent seules.
4. Le traitement de l'auteur devrait quasiment
toujours comporter des
actes dans le réel. Ce
sont, par exemple, des dédommagements ( appelés
aussi réparations ) ( Van Gijseghem, 1996, p.
151-152 ), des mesures d'éloignement, des
interdictions de fréquentation, des
réaménagements de la vie quotidienne ou des
relations sociales ... Certains de ces " actes
" sont convenus à l'amiable et d'autres décidés
judiciairement; mais dans les deux cas, on doit
toujours contrôler de près leur exécution et
leur non-effritement dans la durée.
L'institution judiciaire dispose en outre de
sanctions spécifiques prévues par le Code pénal
( Tyrode et Bourcet, 2000 ).
Les rencontres familiales ne devraient jamais
prendre la place de l'un de ces actes
(6).
L'inverse n'est pas vrai : dans les rencontres
familiales, on devrait pouvoir parler de ces
actes et de leurs sens et chercher comment en
faciliter l'exécution, notamment via les
ressources de la famille.
5. Il est logique que la société civile et/ou
les autorités judiciaires cherchent
à exercer
un contrôle social sur le comportement
ultérieur de l'auteur.
Néanmoins, nous ne devrions jamais accepter
qu'un entretien et, a fortiori, une thérapie
soient mis en place dans cette perspective : si
l'on veut du contrôle social, que l'on mette en
place une surveillance sociale et une autre
catégorie d'entretiens spécifiques.
Il n'en est pas moins vrai que des rencontres
thérapeutiques bien investies par l'auteur ont
des chances d'augmenter sa sociabilité et donc
de diminuer le risque de récidives.
Le thérapeute, responsable de thérapies ou
d'entretiens familiaux, peut être informé de
récidive avérée ou de l'imminence de celle-ci.
Il le sera plus probablement que le thérapeute
individuel puisqu'il travaille avec plusieurs
membres de la famille, témoins partiels des
comportements de l'auteur.
Il ne peut pas traiter cette information comme
un seul fait de parole. Il lui revient de
travailler énergiquement à ce que cette
récidive soit empêchée ou s'arrête, d'abord en
restant dans le registre spécifique de dialogue
où il se trouve. Si ce n'est pas suffisant, il
doit en sortir et demander l'aide de ressources
sociales et/ou judiciaires compétentes.
6. Une dimension judiciaire est souvent incluse
dans le programme d'accompagnement de l'auteur.
Nous ne discuterons pas, dans ce rapport, de
son bien-fondé systématique ni des différences
d'appréciation et de pratique à leur propos
selon les pays. Nous nous limiterons à discuter
des situations où elle a été mise en place.
* Quand il y a travail multidisciplinaire, en
intégrant la notion de respect dont nous avons
parlé plus haut, il est essentiel que les
objectifs restent différenciés : le
thérapeutique pour les psy
(7)
, le sanctionnel
et le contrôle du respect des lois pour les
magistrats pénaux, ainsi que la protection de
l'enfant pour les juges pour mineurs. Hamon (
1992, p. 243 ) écrivait à ce propos : " Le
travail pluridisciplinaire qui est prôné sur un
mode presque incantatoire ... s'avère difficile
à mettre en place et implique une rigueur dans
le maniement des concepts et des champs
respectifs."
* Les thérapeutes n'en seront pourtant pas
quittes d'avoir à parler des lois humaines, des
lois de la cité, des sanctions et de leurs
sens, du seul fait de l'existence et des
missions officielles dévolues au magistrat.
Par ailleurs, ils ne devraient jamais proposer
à ceux-ci que les entretiens ou des thérapies
se substituent aux sanctions pénales ni aux
autres mesures - dans le réel -.
* Quant aux magistrats français, la loi du
17/06/1998 ( Tyrode et al., 2001; site web 1 )
leur donne la latitude d'imposer des soins :

- On ne peut entendre par là que :
imposer des
entretiens ( de Becker et Dubois, 1999;
Cirillo, 1997 ) de plus, ils gagnent à le faire
après concertation avec des psy qui connaissent
la problématique en général et tel auteur
d'abus en particulier; ensemble, ils peuvent en
évaluer les modalités les plus adaptées (
Tyrode et al., 2001 ). A défaut, nous
recommandons qu'ils recourent à une ordonnance
très générale qui enjoint des entretiens -
individuels et/ou de couple et/ou de famille -.

- Ils doivent alors laisser aux thérapeutes de
terrain la responsabilité d'évaluer ce qu'il
est réaliste de mettre en place.
Ces derniers ont une obligation de moyens, mais
non de résultats. Ainsi peuvent-ils modifier la
composition des entretiens, voire les suspendre
ou les arrêter en tenant informé le magistrat,
pour faire face à des réalités comme le non-
investissement permanent, le pseudo-
investissement, ou l'utilisation perverse des
entretiens par l'auteur ( et/ou par des membres
de sa famille ).
Les magistrats peuvent éventuellement
encourager l'auteur à s'engager dans une
thérapie mais non l'imposer : une
psychothérapie demeure fondamentalement une
démarche décidée
librement
(8).
Dans les situations " judiciarisées ", les
entretiens constituent un élément de prise en
charge fondamental; ils expriment à la fois le
désir d'aide et la vigilance des institutions
impliquées. Le fait qu'un auteur ( et/ou sa
famille ) demande une thérapie, d'emblée ou
suite aux entretiens mis en place, ne devrait
pas supprimer ipso facto la continuation de
ceux-ci, quitte à en espacer le rythme.

- Enfin, les magistrats pas plus que les psy ne
devraient marchander entretiens ou psycho
thérapies contre quoi que ce soit : les
rencontres de paroles, redisons-le, ne peuvent
pas être des moyens utilisés pour alléger des
peines, ni même la durée d'une détention
préventive
(9).
7. Parmi les importantes questions liées à la
confidentialité, nous n'évoquerons que celle
posée par l'éventuelle retransmission
d'informations à des personnes externes au
travail familial ( entre autres les magistrats
); les principes et les règles à ce propos sont
les mêmes que pour les thérapies et entretiens
qui relèvent d'autres références.
Pour la majorité des personnes, une large
garantie d'intimité est une condition
nécessaire à l'engagement de soi.

- Un accord préalable sur la retransmission
doit être établi entre toutes les personnes
impliquées ( Perrone et Nannini, 1996 ); il
concerne aussi bien le contenu que les procé
dures; il inclut nécessairement la non-
obligation de confidentialité en cas de danger
repéré.

- S'il s'agit de thérapies, communiquer la
régularité de participation constitue souvent
le maximum acceptable; on peut aussi se
contenter de signaler quand il y a début ou
fin, voire ... rien du tout!

- S'il s'agit d'entretiens, on peut aller un
peu plus loin - sans y être contraint! - et au
moins retransmettre la régularité de la
participation; on peut même aller plus loin -
sans y être contraint - et faire savoir
quelques grandes lignes de ce qui s'y vit.
|
* Les caractéristiques générales.
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Mise en place de la perspective systémique.
Ce n'est pas tel ou tel intervenant spécifique
qui a la responsabilité officielle d'opération
naliser le point de vue systémique. Mieux
vaudrait que beaucoup s'en inspirent, en
coexistence avec d'autres points de vue, et
qu'il s'ensuive une imprégnation de terrain;
personne n'étant le " chef d'orchestre " de ce
mouvement, c'est chaque fois d'où ils sont et
sans pouvoir officiel sur les autres, que ceux
qui pensent " systémique " essaieront d'agir en
conséquence.
Nous nous limiterons à en proposer quatre
applications :
1. Se poser régulièrement des questions
clés et
en tirer des conséquences pratiques ( inter
peller, réaménager des groupes, modifier des
orientations prises ou un état d'esprit ).
Pratiquement :

- Le fonctionnement global de l'auteur peut-il
s'expliquer aussi, en partie, à partir
d'influences externes? Plus précisément, son
agression sexuelle y reçoit-elle sa part
d'explication? Et en allant du plus large au
plus particulier, on peut passer en revue ses
interactions avec la société, son milieu
professionnel, ses groupes de loisirs, sa
famille d'origine, élargie, sa famille
nucléaire, chacun de ses enfants, son conjoint
...

- Inversement, en passant en revue ces mêmes
interrogations, y trouve-t-on des éléments déjà
ou potentiellement favorables?

- La manière dont se sont succédé les séquences
de réactions professionnelles, depuis la
révélation des faits; est-elle juste,
objective, proportionnée à la gravité des faits
et à la nature de la personne ( et de sa
famille ), ou est-elle aussi influencée par des
phénomènes de groupe? Lesquels? Que peut-on y
mobiliser?

- Et autant pour les réactions sociales!
2. L'ensemble des intervenants impliqués dans
le traitement devrait faire tout son possible
pour constituer lui-même une " personne morale
sociable ".
L'inverse - si commun - est désastreux :
comment aider l'auteur, dont la personnalité
est si souvent altérée dans ses aptitudes
sociales, à redevenir sociable s'il a en face
de lui un système de prise en charge clivé, où
chacun " roule pour soi " en méprisant l'autre?
3. Le question des réaménagements concrets de
la vie quotidienne est à l'interface entre la
pensée systémique et la sociothérapie. Ils
constituent des compléments indispensables aux
rencontres de paroles. Ils sont eux-mêmes soit
exigés judiciairement, soit discutés et
convenus à l'amiable; ils gagnent à être
soutenus par un réseau ( Houtel et al., 2000,
p. 9 ).
Parfois, ce sont des restrictions : quitter la
maison familiale, ne plus fréquenter les
enfants, supprimer l'ordinateur du domicile ...
Parfois, ce sont des exigences potentiellement
enrichissantes : faire du sport, ouvrir sa
famille sur l'extérieur, prendre un nouveau
travail ...
4. On entend souvent parler de thérapie de (en)
réseau; nous venons d'en donner un premier
exemple, à propos de personnes interconnectées
et qui soutiendraient la réalisation dans la
durée d'actes dans le réel.
Les mêmes personnes, ou d'autres, peuvent
encore constituer un
groupe d'appui que l'on
devrait organiser au moment où l'on pressent
entrer dans la dernière étape des rencontres
familiales ( Hayez et de Becker, 2000 site web
2 Lamoureux, 1993 ; Hayez, 1992, p. 367-368 ).
Ce groupe d'appui est d'autant plus indiqué que
l'auteur vit de façon solitaire ou que sa
famille nucléaire est très coupée du monde. On
en choisit la composition avec l'auteur et/ou
sa famille. Il réunit souvent trois à cinq
personnes, professionnels de première ligne,
famille élargie ou membres proches de la
communauté sociale ( par exemple, deux
collègues ecclésiastiques, la médecin
généraliste, et le frère de tel prêtre
pédophile ...). Ses missions, discutées avec
l'auteur ( et sa famille ), sont :

- se poser en
témoin social proche qui
reconnait les faits, y réagit et accueille la
personne de l'auteur et sa famille,

- communiquer, stimuler ce qui est positif,
donner de l'appui, manifester de la solidarité,

- veiller sans naïveté, prévenir sans
concession du risque de récidive, ne jamais
éteindre sa vigilance,

- rester constant; ne pas s'effriter dans la
durée; n'accepter la fin d'un traitement
qu'après concertation soigneuse de tous!
Ce petit groupe fonctionne en partie
d'initiatives et en partie sur convocations du
thérapeute familial qui reste donc en place à
travers lui ( deux convocations par an pendant
des années ).
N.B. Cette durée est voisine de celle des
cercles de support québécois ( site web 4 ),
regroupant quelques ex-auteurs repentis et des
membres dits sains de la communauté, dans une
perspective de fonctionnement proche de celui
des " alcooliques anonymes ".
Mise en place des rencontres familiales.
Objectifs
La dimension thérapeutique de ces objectifs est
identique, qu'il s'agisse d'entretiens ou de
thérapies; la plupart d'entre eux bénéficient
aussi bien à l'auteur qu'aux membres de sa
famille qui s'associent au travail.
Adopter une perspective systémique implique non
seulement de sortir l'auteur des faits de sa
solitude, mais de prendre en compte le niveau
logique de l'intervention, c'est-à-dire la
force de la relation entre l'agresseur et sa
victime et entre chaque protagoniste et l'envi
ronnement socio-affectif ( Silvestre et al.,
1999 ). D'une manière générale, ces rencontres,
s'appuyant essentiellement sur une référence
systémique appelée - structurelle - ( Goldbeter-
Merinfeld, 1995 ), travaillent les questions de
liens ( loyautés ) ( de Becker et Dubois, 1999
), des frontières entre l'auteur et les
personnes de son entourage et/ou impliquées
dans les faits. Concrètement, certains aspects
sont abordés : nous les énumérons
successivement en respectant l'ordre
chronologique d'un processus en cours, tout en
sachant qu'il faut s'adapter avec souplesse aux
rythmes des uns et des autres. Voici les
principales composantes :

- Un préalable est constitué par une
reconnaissance des faits
(10)
chez les protagonistes potentiels des rencontres, et par
une acceptation du programme de prise en
charge.

- A partir de la prise en charge par chacun,
mieux comprendre le sens de l'agression
sexuelle commise et ses résonnances probables
avec le vécu de la famille : mieux saisir ce
qui s'était mis à dysfonctionner au fil du
temps, mais aussi les ressources familiales
potentielles ou déjà effectives.
Cet objectif est réalisé par l'approche des
phénomènes relationnels, surtout récurrents,
que la famille donne à voir et à entendre; mais
on écoute aussi, chez chacun, les fantasmes,
idées, questions, soit éveillés par les autres
de la famille, soit très personnels, mais dont
le partage avec les autres est souhaité. Pour
nombre de ces évocations, on encourage la per
sonne à chercher non seulement comment son
contexte de vie présent peut les influencer
mais aussi comment ils s'articulent avec son
histoire ( assez souvent marquée par la
carence, la souffrance ou l'emprise subie, au
moins pour l'auteur! ).

- Premier corollaire : par ces échanges verbaux
authentiques,
battre en brèche un dys
fonctionnement fréquent, du moins dans les
familles incestueuses, centré sur les emprises
plus ou moins déclarées et sur l'ambiance de
secret ( Suard, 1999, p. 261 ). P. Lebbe-
Berrier ( 1996, p. 274 ) écrit à ce propos : "
... dans les familles incestueuses, se limiter
uniquement à l'un des sous-systèmes ne permet
pas à l'ensemble de sortir de cette aliénation
particulière aux mille facettes que sont
l'emprise, les fidélités et les loyautés
invisibles dans l'inceste ".
- Mettre en place une " reconnaissance sociale
approchée " des faits ( Mugnier, 1998, p. 35-46
) réalisée par des personnes supposées
affectivement très proches; se présenter à
eux avec sa partie de misère ou de mal, sans
pourtant s'y réduire ( Liposki et al., 1998 ).
Face aux faits, la réaction sociale de la
famille, l'expression par elle de sa souffrance
ou/et de son indignation, peuvent constituer un
premier coup de boutoir dans le vécu de toute-
puissance et d'impunité de l'auteur.
Un pas plus loin et face à la personne de
l'auteur cette fois, la même famille peut, dans
les situations favorables, avoir une
reconnaissance plus nuancée. L'auteur a en lui
des dimensions mauvaises, à quoi sa liberté
intérieure n'avait pas dit non, mais il a aussi
des richesses humaines, et une part de
souffrance : il n'est pas rare, par exemple,
qu'il soit lui-même porteur d'un " enfant
intérieur blessé " et que la reconnaissance de
celui-ci par la famille contribue à réparer
l'auteur de l'intérieur ( Silvestre et al.,
1999 ).

- ( Surtout si la famille ou une partie de
celle-ci décide de rester vivre ensemble ),
travailler
à réduire les dysfonctionnements et
à améliorer les ressources positives ( Hayez,
1992, p. 371; Lebbe-Perrier et al., 1996 : "
Réveiller les forces autocuratives de la
famille "). Par exemple : aider l'auteur à
reprendre progressivement une place d'époux
et/ou de père reconnu positivement; créer de
nouveaux liens; engager davantage de solidarité
( Lamoureux, 1993, p. 215 ); dresser ensemble
des stratégies de meilleure vigilance et
protection ( Liposki et al., 1998, p. 734 ).
Si l'on décide
des séparations, veiller à ce
qu'elles soient propres et ne constituent pas
l'exclusion de bouc-émissaires : selon les cas,
c'est le couple qui se sépare définitivement ou
à l'essai, ou l'auteur qui s'éloigne ( au-delà
de son éventuel emprisonnement ), ou c'est un
(des) enfant(s) qui prend (prennent) distance (
en cas d'agression intra-familiale ) ( Neuberger, 2000 ).
Objectifs stratégiques

- En s'adressant à
la famille, obtenir son
alliance, c'est-à-dire qu'elle participe à
l'engagement de l'auteur dans son travail de
rencontre de soi ( Maestre, 1995, p. 215 ).

- ( Surtout dans les cas où l'auteur est
réticent à un engagement personnel ),
favoriser
l'intérêt de tous pour un travail de type
psychothérapeutique; il s'agit donc d'une
fonction " préparatoire " où l'on stimule
l'envie de l'auteur ( et peut-être d'autres ) à
s'engager plus personnellement.
Indications et contre-indications
* Les indications
1. Il y a tout à gagner à essayer d'inclure un
travail familial aux côtés de rencontres indi
viduelles personnelles avec l'auteur. On
devrait y songer d'emblée et systématiquement!
Le moment judicieux pour en parler est variable
de cas en cas : ce peut être dès qu'une
alliance thérapeutique s'est créée entre
l'auteur et son thérapeute individuel, mais
nous venons de dire que l'inverse se produit
aussi parfois : un travail familial
chronologiquement premier peut préparer à des
entretiens personnels individuels, sans pour
autant perdre sa valeur propre.
2. Sur la base de cet état d'esprit général,
voici néanmoins quelques indications préféren
tielles ( Hayez et de Becker, 1997, p. 45-47 ) :
* les auteurs qui vivent sans famille proche :
le groupe d'appui que nous avons décrit peut
faire fonction de " famille de référence ";
* ceux qui vivent dans une famille dépressive,
repliée sur elle-même, non-communicante; et
ceux qui vivent dans des familles enchevêtrées,
fusionnelles;
* les auteurs autoritaires, rigides, qui vivent
dans des familles qu'ils tyrannisent;
3. Quant aux auteurs qui relèvent d'une
structure perverse, ils risquent de mettre tout
à mal, y compris les rencontres familiales. On
n'a cependant rien à perdre à essayer de les
confronter à un groupe familial solide et
vigilant.
* Les contre-indications
Bien avant l'étape des rencontres familiales
incluses dans le traitement, certains
provoquent parfois des réunions du groupe
familial très précocement, dès la révélation et
la crise qu'elle génère. Leur objectif serait
au moins qu'elles contribuent au diagnostic, en
confrontant les paroles des uns aux autres;
d'aucuns prétendent même viser un effet
thérapeutique précoce, en permettant aux
émotions et aux vécus censés être très
authentiques de s'exprimer et de se confronter
in statu nascendi. Cette pratique nous semble
formellement contre-indiquée
(11)
, apte à en
terroriser et en traumatiser plus d'un, ou à
renforcer des défenses mensongères.
Certes, dans notre perspective systémique, il
est fondamental d'écouter tous les membres de
la famille dès que possible après la révélation
des faits, surtout si l'agression sexuelle est
intra-familiale. Mais on doit impérativement
commencer par des entretiens individuels
systémiques, où ils exprimeront, chacun
séparément, réactions et questions face au
thérapeute. Sur cette base, on pourra
prudemment entrer dans la logique de
complexification décrite ci-après.
Dans ces entretiens individuels, probablement
certains amèneront-ils, directement ou non, des
éléments informatifs contributifs au diagnostic
de ce qui s'est passé; mais il s'agit bien
d'une construction psychologique ... et les
intervenants psy n'ont pas à faire le travail
des policiers, c'est-à-dire " collecter des
éléments de preuve ".
N.B. Il existe d'autres risques et limites à
l'application des rencontres familiales mais
nous les décrirons plus loin, car, pour bien
les comprendre, il est souhaitable d'avoir lu
d'abord les questions d'organisation décrites à
l'alinéa ci-dessous.
Modalités de la mise en place des rencontres
familiales
* Quels thérapeutes?
Le thérapeute qui gère des rencontres
individuelles personnelles ne peut pas être
celui qui gère les rencontres familiales,
encombré qu'il serait au cas contraire par la
connaissance du vécu intime de l'auteur.
D'ailleurs, la mise en place des rencontres
familiales ne devrait pas mettre fin aux
rencontres individuelles personnelles dont
bénéficient l'auteur et peut-être certains
membres de sa famille de leur côté.
En référence à l'ampleur des tâches à gérer,
les thérapeutes familiaux gagnent souvent à
être deux. C'est quasi indispensable s'ils
s'occupent aussi de réaménagements concrets de
la vie, ou d'organiser et de superviser un
groupe d'appui. S'ils interviennent dans ces
réaménagements, c'est cependant pour y faire
réfléchir et pas dans une perspective de
contrôle social.
* Les étapes de complexification des rencontres
et l'état d'esprit qui y préside
1. Quand on met en place des rencontres
familiales, on espère " naturellement " pouvoir
interpeller le plus de membres possible d'une
famille, au moins sous sa forme nucléaire, et
les mettre ensemble tôt ou tard pour une
réflexion en commun. Néanmoins, il est sage de
préparer les terrains les plus difficiles et
donc de commencer par des rencontres simples,
celles que nous avons appelées individuelles
systémiques. On passe progressivement aux
étapes suivantes dès que les membres potentiels
des groupes qu'elles se proposent de réunir
sont estimés prêts
(12)
pour y accéder ( Hayez
et de Becker, 1997; Hayez et de Becker, 2000 ).
A titre d'exemple, voici comment on pourrait
procéder dans une famille traditionnelle dont
le père s'est rendu coupable d'inceste :

- 1ere étape : rencontres individuelles
systémiques avec l'auteur, le conjoint,
l'enfant victime
(13)
, les autres enfants (
éventuellement même, un à un ).

- 2e étape : on passe à des rencontres "
dyadiques " ( par exemple : la dyade parent non
auteur/enfant victime; le couple; la dyade
fonctionnelle parent non auteur/enfants non
victimes ).

- 3e étape : on passe à des rencontres encore
plus vastes : les sous-groupes parent non
auteur/tous les enfants; tous les enfants entre
eux ...

- 4e étape : si c'est possible, une rencontre
de l'auteur avec l'enfant victime, souvent
accompagné de l'autre parent et/ou d'une
personne de son choix; la rencontre n'a de sens
que si l'auteur est décidé à reconnaître
pleinement les faits, à s'en expliquer sans
faux-fuyants et à renégocier une place positive
auprès de l'enfant
(14).
Ce dernier doit donner
son accord sur le principe de l'entretien;
quand il le fait vraiment, il est rare que ce
soit sans angoisse.

- 5e étape : on aboutit à des séances avec
toute la famille nucléaire, aux mêmes
conditions.
Certains auteurs ( par exemple Perrone, 1996,
p. 120-122 ) accordent beaucoup d'importance à
la demande de pardon énoncée par l'auteur en
fin de processus, pour peu qu'elle soit
sincère. Nous sommes plus prudents à ce sujet :
oui, peut-être, si l'on est sûr qu'il est
sincère, et que ses vis-à-vis ont été préparés
et à l'entendre et
à se donner le droit de leur
réponse la plus personnelle à cette
sollicitation.
Etapes annexes : sur ces rencontres avec la
famille nucléaire, il peut encore se greffer au
besoin une ou des rencontres avec tel ou tel
membre de la famille élargie ou de l'entourage
non familial. On invite même parfois l'un ou
l'autre membre de la famille d'origine de
l'auteur : à ces séances, et dans les bons cas,
des vécus transgénérationnels peuvent se dire,
des secrets se lever, de vieux contentieux
enfin se régler!
Cet exemple schématique peut donner lieu à bien
des variations souples et/ou ne pas être suivi
dans son entièreté, en fonction des
circonstances et des motivations propres à
chaque cas.
Nous ne faisons donc aucune recommandation
rigide de chronologie, l'idée la plus fonda
mentale, c'est de ne passer à une étape
suivante que s'il y a un accord au moins
raisonnable sur son principe de tous ceux qui
en seront les protagonistes. Il faut aussi
qu'on les sente vraiment " prêts ", à le faire
(
cfr. supra ) : on n'y procède donc pas s'il y
a trop d'angoisse chez l'un ou l'autre ( qui
empêche un vrai consentement ) ou encore si
l'un des protagonistes ( souvent l'auteur )
reste installé dans la minimisation ou le
mensonge.
Rappelons encore qu'il y a parfaitement moyen
de faire du travail familial en se limitant à
des entretiens individuels systémiques; le
thérapeute fonctionne alors comme go-between.
2. La mise en place d'une étape plus complexe
dans la composition du groupe ne supprime pas
ipso facto l'intérêt de poursuivre les
précédentes. En particulier, les rencontres
individuelles systémiques constituent un point
de rappel basal vers lequel on est invité à
revenir régulièrement.
3. La mise en place d'une nouvelle étape
constitue toujours une expérimentation. On ne
la maintient que si son fruit est estimé
positif, immédiatement ou dans un avenir
rapproché. On la suspend ( quitte à y revenir )
si, contre l'attente des thérapeutes, elle
s'avère renforcer des affrontements stériles,
des minimisations ou des dénégations, ou la
mise de quelqu'un en position de bouc-
émissaire. On la suspend aussi si certains de
ses protagonistes ne l'investissent pas.
Risques et limites de l'application des
rencontres familiales
* Les risques existent d'autant plus que les
thérapeutes n'ont pas pu ou voulu repérer que
les individus n'étaient pas prêts à passer à
des étapes de réunion plus complexes; ils
existent aussi s'ils s'obstinent à ne pas
observer que les rencontres ne sont pas
investies, ou s'ils attendent d'elles une
omnipotence sur le traitement qu'elles ne
sauraient avoir. En voici quelques
illustrations :
1. Le risque le plus grave existe quand on met
en présence, en séance de groupe et sans
préparation, des personnes chargées d'une
grande hostilité ou d'une grande angoisse par
rapport à d'autres, ou bien décidées à
mentir en s'affrontant aux autres. Alors, la séance
peut être source de pure décharge d'agressivité
verbale, d'un vécu traumatique, ou encore de
confusions dans les idées ou d'un désespoir de
ne jamais se faire entendre. On pense tout de
suite ici au désespoir de l'enfant-victime de
l'inceste, qui se coltinerait avec l'emprise
subtilement perdurante de l'auteur ..., mais
l'inverse peut être vrai aussi, et certains
auteurs peuvent se trouver désespérés de ne pas
pouvoir être reçus dans leur part de misère!
2. Autre scénario de séance de groupe mal
préparée, bien toxique lui aussi, ce sont les
manifestations rapides et bruyantes, émanant de
l'auteur, de repentir et de demande de pitié et
d'amour adressées à sa famille. Attitude bien
culpabilisante, qui remet ceux-ci dans une
obligation de pardon, immédiat par rapport à
lui. Il s'ensuit rapidement un désin
vestissement de la thérapie, déclarée inutile.
3. Et il y a aussi le drame des enfants-
victimes ambivalents, indécis, tout prêts à se
laisser reprendre sous l'emprise d'un auteur
habile ( Mugnier, 1998, p. 97-8 ), par
soumission, par besoin d'affection ... et
parfois même de sexe. Ici aussi, la thérapie
peut déraper très vite vers une pseudo-adhésion
très superficielle aux demandes sociales,
suivie d'un désinvestissement rapide ...
* Dans un autre registre d'idées, certains
thérapeutes vivent parfois des confusions
regrettables quant aux objectifs des
rencontres, et à leur place précise dans
l'ensemble du traitement :
1. Par exemple, ils pensent que des rencontres
familiales réussies gardent finalement le
couple ou la famille nucléaire unie, ou
restaurent à tout prix des contacts entre
l'enfant-victime et l'auteur d'abus. Or, un
but essentiel de ces rencontres, c'est de
permettre à chacun de retrouver un projet de
vie digne et sociable et de l'affiner en se
confrontant aux autres. Si, parce que les
participants le demandent, il en ressort
davantage de communication positive et d'union,
c'est bien! Si certains continuent de demander
d'être mis à distance d'autres, qui les ont
agressés et qu'ils ne peuvent plus supporter,
c'est bien aussi!
2. Et l'on fait encore fausse route quand on
attend des rencontres familiales une dimension
de contrôle social et de garantie de non-
récidive qui n'est pas dans leurs moyens; ou
quand on considère qu'elles sont à même de
remplacer " des actes dans le réel " comme les
éloignements, les dédommagements, ou d'autres
sanctions.
* Quant aux limites des rencontres familiales,
elles ne sont pas de l'ordre d'une quelconque
contre-indication spécifique, mais elles
touchent plutôt au mystère de la liberté
humaine : certains investissent ces séances
familiales, et d'autres pas ou alors ils les "
investissent " au profit de leur perversité ou
de leur destructivité; il faut donc
régulièrement évaluer l'apport positif ou
négatif des séances et s'adapter en
conséquence.
En revanche, adopter une
perspective systémique
permet toujours une compréhension plus riche
des faits; des personnes impliquées, de eur
psychologie et de la logique de mise en place
du programme d'accompagnement.
* Applications de la perspective systémique et des
rencontres familiales à quelques situations-type.
|
Trois figures de l'inceste.
Inceste commis par un parent (15)
dans une famille nucléaire traditionnelle
1. Plus que jamais, il nous faut être attentifs
aux forces systémiques en jeu; certaines,
négatives, ont pu précipiter le passage à
l'acte incestueux, le stress, le désemploi, la
précarité socio-économique, l'isolement de la
famille, la disqualification d'elle par
l'entourage, le dysfonctionnement du couple ..,
et donc, y remédier peut avoir un effet
facilitateur sur une meilleure sociabilité à
l'avenir ...
2. Les premiers temps de la révélation
entraînent des crises émotionnelles majeures,
comme, par exemple, l'angoisse " mortelle " de
la victime de rester confrontée à celui qui a
abusé d'elle. Il faudrait donc mettre en place
des éloignements provisoires protecteurs,
décidés judiciairement ou non, de l'auteur et
souvent de a victime, pour que chacun puisse
reprendre ses esprits.
3. La progressivité dans la convocation des
membres de la famille aux séances familiales
s'inspire au plus près de ce qui a été décrit
dans le texte relatif aux caractéristiques
générales.
4. Le groupe d'appui déjà décrit est le plus
souvent utile, même si la famille a l'air
d'exister et de fonctionner. Il est surtout
indiqué avec les familles dépressives, isolées,
peu sûres d'elles, ainsi qu'avec les familles
autoritaires, mais ci, il gagne à être
constitué de professionnels confiants en eux ...
Inceste commis par un parent vivant séparé de
la famille où vit l'enfant-victime
Nous supposerons que les allégations d'abus ont
été vérifiées
(16)
, et que l'on est dans la
phase d'accompagnement ultérieure.
1. La perspective systémique nous apprendra
souvent que le bloc familial où vit l'enfant-
victime a besoin de vivre - et de faire vivre à
celui-ci - que l'auteur de l'abus est " un
monstre " encore plus effrayant qu'il ne l'est
en réalité.
2. Les séances familiales qui regrouperaient
progressivement le parent non abuseur et ses
enfants n'ont de sens positif que si elles ne
constituent pas principalement un lieu d'accusation
et de démolition de l'auteur absent.
3. Beaucoup d'enfants ne veulent plus jamais
revoir l'auteur, non seulement parce qu'ils
sont suggestionnés, mais aussi au nom
d'angoisses et de dégoûts personnels plus
radicaux; cette position reste assez souvent
d'application, même et surtout, par exemple,
après que l'auteur a " purgé sa peine ". Nous
sommes très hostiles à l'idée d'imposer à ces
enfants des contacts, fût-ce en milieu protégé,
avec celui qu'ils persistent à ressentir comme
un grave danger. Des entretiens ( ou thérapies
) individuels, personnels ou systémiques,
peuvent aider ces enfants à mobiliser leur
position, si tant est que l'auteur, lui, ait
bien changé de son côté. S'ils n'y arrivent
pas, tant pis, et
ce n'est pas un échec
thérapeutique : après tout, un homme qui aurait
tué ne pourrait pas ressusciter sa victime même
si, par la suite, il devenait un saint ...
Qu'on l'aide alors à se pardonner et à en faire
le deuil!
4. Surtout si, après coup, l'auteur se trouve
en position de célibataire, l'aide du groupe
d'appui est plus précieuse que jamais!
Inceste ( ou son équivalent ) commis par un
membre de la famille élargie (17)
qui ne vit
pas sous le même toit (18)
que la victime
1. La perspective systémique montrera parfois
qu'il existe des alliances familiales élargies,
fortes et irrationnelles, exacerbées par la
révélation et ses conséquences, et que des
camps peuvent surgir ou se confirmer, l'un pour
défendre farouchement l'auteur, et l'autre
l'enfant-victime.
2. Un travail familial se fera donc
certainement dans la famille nucléaire de
l'enfant-victime. Dans les entretiens
individuels systémiques, chronologiquement
premiers, on sera particulièrement attentif,
par exemple, à écouter celui des parents de
l'enfant qui est le plus proche de l'auteur
affectivement ( par exemple, la mère de
l'enfant, dont le propre père a abusé ) : on
écoutera sa souffrance, son histoire de vie
éventuellement identique, son vécu actuel, peut-
être ambivalent, et on l'aidera à prendre ou à
maintenir des positions de vérité et de
protection du plus faible.
3. Au-delà de ces rencontres familiales avec la
famille de la victime, un autre thérapeute peut
s'occuper de progresser dans un travail
familial analogue avec la famille de l'auteur,
si tant est qu'elle existe. Dans ces deux axes
de rencontres familiales, il est inutile de
poursuivre s'il constitue essentiellement un
lieu d'accusations de l'autre clan.
4. Parfois, il est possible de faire quelques
pas de plus dans l'ambiance bien préparée
décrite plus haut dans le texte :

- Rencontre de l'auteur ( parfois de lui et de
son conjoint ) avec les parents de la victime (
ou avec le parent affectivement ou
statutairement le plus proche de l'auteur ).

- Rencontre ponctuelle de l'enfant-victime (
accompagné d'un parent, des deux, et/ou de la
personne de son choix ) et de l'auteur, dans
une perspective de reconnaissance des faits,
sans faux-fuyants, et de partage des vécus.
5. Le groupe d'appui est intéressant à
concevoir, ici aussi, surtout si l'auteur est
en position de célibataire.
Les activités sexuelles entre mineurs d'une
même fratrie.
N.B. Nombre de considérations émises ici
pourront être extrapolées, moyennant légères
adaptations, aux activités sexuelles entre
mineurs en général.
Un certain nombre de ces activités sexuelles
constituent des jeux ou des " moments d'éclate
" sexuels entre partenaires consentants; ces
partenaires ne se sont pas cherchés parce que
frère et soeur, mais parce qu'ils constituent
de facto les objets de consommation les plus
accessibles; même si cet accès direct à la
sexualité est assez mal vécu par les parents,
il ne faut néanmoins pas brader les termes "
abus ", ni " inceste "!
La régulation de cette sexualité relève de
l'éducation et des valeurs parentales; éventuel
lement, ils se font aider par des psy et ceux-
ci proposeront parfois des thérapies
familiales; alors, l'idée de progressivité
décrite ci-dessus est toujours en vigueur, pour
préparer des dialogues constructifs et éviter
l'expression sauvage d'émotions négatives ou
l'inhibition pure et simple. Dans leurs
consignes éducatives ultérieures, les parents
demanderont, entre autres, de vivre la
sexualité ailleurs que dans la fratrie.
* D'autres de ces activités sexuelles sont des
abus clairs et nets, mais sans attachement
affectif intense entre partenaires. Ils ont ce
statut d'emblée ou le prennent après une pre
mière étape de consentement mutuel, parce que
le mineur dominant n'a pas pu entendre que
l'autre n'en voulait plus.
1. Idéalement, il faudrait mettre en place une
séparation matérielle du mineur auteur et du
reste de sa famille, décidée judiciairement ou
non. La durée de celle-ci doit être assez
longue pour " marquer le coup " ( par exemple
vivre un an dans la famille eacute;largie ). Le
retour ne peut avoir lieu que si la victime
l'accepte, au moins raisonnablement
(19).
2. Que la situation inclue ou non des autorités
judiciaires, l'auteur doit également réaliser
un dédommagement matériel significatif, à la
mesure de ses dégâts : c'est un " acte dans le
réel ", bien plus constructif que la seule et
traditionnelle punition.
3. A côté de rencontres individuelles
personnelles destinées au moins à l'auteur et à
la victime, on peut réaliser un travail
familial selon ce qui en est dit dans le texte
consacré aux caractéristiques générales. Les
professionnels de terrain constatent néanmoins,
et de façon inattendue, que l'implication des
familles est tout sauf facile.
4. Pour les plus chaotiques, les moins soutenus
familialement de ces jeunes, on peut penser
procéder également à des thérapies de réseau ou
multisystémiques; leur existence n'exclut pas
que ces jeunes soient placés provisoirement en
institution résidentielle, mais prépare une
intégration sociale future ( Lebbe-Berrier,
1996 ).
* Dans une petite minorité des activités
sexuelles non abusives ou abusives que nous
venons d'évoquer, il existe aussi une forte
passion amoureuse, possessive, exclusive
émanant d'un ou des deux partenaires de
l'activité. Pour notre part, c'est à cette
catégorie que nous réservons le terme
d'inceste.
1. Dans ces cas, une séparation longue est la
condition nécessaire, basale, à toute
éventuelle maturation ultérieure de la vie
affective.
Si l'on veut bien se souvenir qu'il ne s'agit
pas que d'installer une distance kilométrique
mais aussi de contrôler le courrier, le
téléphone, les SMS, Internet, etc., elle est
tout sauf facile à réaliser! Elle exige donc
dialogue et contrôle social, ce qui n'est pas
le fait des thérapeutes.
2. Dans le cadre de cette séparation, on peut
procéder à un travail familial avec la famille
nucléaire de départ et le jeune qui n'aurait
pas été déplacé; corollairement, on peut le
faire aussi avec les seuls parents et le jeune
déplacé
(20).
On peut également mettre en route
des rencontres familiales de l'autre avec ses
parents. On peut peut-être même programmer quel
ques rencontres familiales avec la famille qui
héberge maintenant le jeune déplacé ( ou avec
un groupe d'appui constitué à son intention ).
La progressivité signalée ci-dessus reste de
mise.
Il y a néanmoins une limite stricte à la
conception de ce travail familial : ne pas
remettre en présence les partenaires de
l'inceste ( du moins pas avant que l'on soit
persuadé que leur deuil est tout-à-fait
effectif ).
L'auteur vit dans une famille nucléaire mais a
commis son agression sexuelle en dehors de celle-ci.
La nature de l'agression sexuelle est variable
: pédophilie, viol, etc. Il y a de fortes
chances que la situation soit judiciarisée.
* Quoi qu'il en soit, mieux vaut que 'auteur
de l'agression se mette un certain temps à
distance de sa famille nucléaire.
* Le travail familial progressif décrit ci-
dessus est particulièrement important à mettre
en place, notamment les entretiens individuels
systémiques.
Le travail de couple en constitue un élément
clé : quelles étaient les richesses du couple
et qu'est-ce qui ( probablement ) y
dysfonctionnait? Y a-t-il encore un avenir
commun envisageable? Si oui, que faut-il
améliorer? Si non, comment organiser une
séparation " propre "? Quelle que soit
l'alternative, le couple doit aussi discuter la
possibilité de restauration d'une fonction
parentale pour l'auteur ainsi que ses
modalités.
D'autres modules comme des séances parent non
auteur/enfants, et enfants entre eux, peuvent
également avoir leur utilité pour partager des
vécus.
Enfin si c'est possible, des séances avec toute
la famille peuvent contribuer à ce que l'auteur
s'explique, qu'on partage des vécus, et qu'il
reprenne une fonction parentale positive.
* Si l'auteur sort de sa famille nucléaire et
se retrouve en position de célibataire, le
groupe d'appui déjà décrit est plus que jamais
important à mettre en place.
L'auteur d'agressions sexuelles ne vit pas dans
une famille nucléaire.
Il est célibataire, isolé ou membre d'une
communauté ( religieuse, militaire, etc. ).
1. Se limiter à des entretiens ou thérapies
individuelles personnels est un réflexe très
naturel, puisqu'apparemment il n'existe pas de
famille.
2. Mais justement, une partie du problème
provenait peut-être de cette solitude, ou, en
tout cas, de cette absence de lien affectif
avec des proches, qui ont, entre autres, une
dimension contenante et soutenante de la
sociabilité.
Il est donc essentiel d'ajouter aux démarches
thérapeutiques individuelles, la reconstruction
d'une " sorte de famille " autour de lui. C'est
l'idée du groupe d'appui déjà évoqué mais
poussé ici à son extrême : on veillera donc à
le constituer et à le soutenir avec beaucoup de
soins. Par exemple, on repérera avec l'aide de
l'auteur, ses amis les plus proches ( pour peu
qu'ils soient sains ...), des membres de sa
famille élargie qu'il estime, des collègues de
travail ...; on travaillera les éventuelles
réticentes de l'auteur, dictées par la honte
..., on demandera à ce petit groupe d'exercer
les fonctions déjà décrites ci-dessus, mais
avec une intensité particulière; on le
supervisera également de plus près.
3. Il n'est pas non plus impossible qu'une
partie de la problématique de ces auteurs
trouve son origine dans des relations et
transmissions transgénérationnelles pénibles.
Le cas échéant, on peut donc convoquer l'un ou
l'autre membre de la famille d'origine ( parent
ou fratrie ) et viser à ce qu'ils s'en expliquent.
|
PROPOSITIONS CLES DE NOTRE RAPPORT.
|
N.B. Ces propositions ne peuvent se lire sans
malentendu que si le lecteur se réfère
strictement au vocabulaire défini dans le
premier chapitre.
I. Une perspective systémique gagne toujours à
imprégner le traitement de l'auteur ( et de sa
famille ), aux côtés d'autres.
II. Une de ses applications les plus
indispensables est que les professionnels impli
qués dans le traitement parviennent à
s'organiser et à se parler en " personne morale
sociable "!
III. Une autre application souvent importante
est la mise en place d'un petit groupe d'appui,
chargé de soutien et de vigilance, durable,
supervisé par un thérapeute systémicien. Cela
est particulièrement indiqué quand l'auteur vit
sans famille proche.
IV. Des rencontres familiales sont
systématiquement indiquées, plus ou moins
fortement, précocement, aux côtés d'autres
actes thérapeutiques si possible, à elles
seules sinon. Il est souhaitable que le(s)
thérapeute(s) de ces rencontres ne soit
(soient) pas celui (ceux) des rencontres
individuelles personnelles.
V. Lorsque la prise en charge se déroule sans
intervention judiciaire, les rencontres
familiales y ont nécessairement le statut de
thérapies; on les met en place parce que
demandées par l'auteur et par sa famille,
spontanément ou après sensibilisation. On ne
devrait jamais les mettre en place pour se
substituer à une action judiciaire qui serait
indiquée, ni à des " actes dans le réel ".
VI. Lorsqu'il y a ntervention judiciaire,
l'intérêt du traitement veut le plus souvent
que le magistrat enjoigne des entretiens, comme
dimension basale de la thérapeutique; par
prudence, il pourrait ordonner " des entretiens
individuels et/ou familiaux et/ou de couple "
et laisser aux thérapeutes la responsabilité
d'apprécier ce qui peut s'ensuivre dans la
réalité.
VII. Dans ces contextes judiciarisés, si l'on
peut ajouter des thérapies aux entretiens, il
faut toutefois être très prudents avant
d'accepter qu'elles s'y substituent. En outre,
thérapies et entretiens ne devraient pas
réduire significativement les peines, ni se
substituer aux " actes dans le réel ", ni
exercer de contrôle social.
VIII. Les rencontres familiales doivent se
préparer soigneusement; entre autres,
l'amplification des personnes présentes aux
séances se fait le plus souvent pro
gressivement; on ne met les participants en
présence que s'ils sont d'accord pour le faire
et que si on les estime prêts à s'y montrer
suffisamment positifs.
IX. La mise en place et la complexification des
séances familiales ont une dimension
expérimentale; le thérapeute ne persiste que si
les fruits sont positifs. Sinon, il revient en
arrière, sans que cela soit un échec thérapeutique.
X. Un des challenges des thérapeutes, c'est de
ne pas laisser s'effriter les choses dans la
durée, face soit à l'inertie et aux résistances
du groupe familial, soit à sa séduction et à
ses proclamations, ou au temps qui passe sans
incident apparent, tout simplement.
XI. La fin de la prise en charge s'appuie sur
une concertation large réunissant les avis de
l'auteur, ceux des personnes de son entourage,
et notamment du groupe d'appui et de la famille
nucléaire restant impliqués dans le traitement,
et ceux des différents intervenants psy et/ou
judiciaires impliqués dans le traitement.
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Paris: Elsevier, Psychiatrie, 37-901 A 60, 2001: 5 p.
Van Gijseghem H.
Les abus sexuels. Du secret au dévoilement et
du dévoilement à la réparation.
In :
Traiter la
maltraitance : une remise en question. Cahier
critique de thérapie familiale et de pratique
de réseaux.
Bruxelles : De Boeck Université, 1996: 47-153.
SITES WEB CONSULTES
1. www.justice.gouv.fr/chancell/cc45deli.htm (
législation française du 17/6/1998 ).
note du webmaster : site inatteignable le 18 février 2005.
2. www.hc-sc.jg.ca/hppb/violence-
familiale/htlm/1state-f.htm.
Le point sur la prévention des mauvais
traitements à l'égard des enfants, Andy
Watchel, Unité de prévention de la violence
familiale, santé Canada, 1997.
note du webmaster : site inatteignable le 18 février 2005.
3. www.lfcc.on.ca/mstupdate.2000.html :
clinical trials of multisystemic therapy with
high risk young
offenders 1997 to 2001, Leschied A., Cuningham,
2000.
Vous avez la possibilité de voir une sauvegarde brute
de cet article.
ici
4. www.csc.scc.gc/text/pblct/interactive/ia1296e.h
tlm
" Interactives corrections ". Community cor
rectional service, Correctional service of
Canada ( 613-992-8417 ), 1999.
note du webmaster : site inatteignable le 18 février 2005.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
- Notes. -
(1). Pédopsychiatre, coordonnateur de l'équipe
Sos Enfants-Famille et responsable de l'Unité
de pédopsychiatrie, Cliniques universitaires
Saint-Luc, Bruxelles, Belgique.
(2). Pédopsychiatre, thérapeute familial, équipe
spécialisée dans la mise en charge des auteurs
d'agressions sexuelles, Service de santé
mentale de l'UCL, Chapelle-aux-Champs, Bruxelles, Belgique.
(1). Pour simplifier, nous appellerons auteur
l'agent direct de l'abus, de l'agression ou du
délit sexuel ( termes eux-mêmes
interchangeables dans le présent rapport ).
(2). Certains auteurs les désignent comme
thérapies sur injonction; mais ce terme nous
semble induire de la confusion. D'autres
parlent
d'expertises ( familiales ) ( Maestre,
1995 ), mais donnent trop à penser que l'on se
situe indéfiniment dans une première phase
d'évaluation diagnostique.
(3). Lorsque l'injonction émane d'un tribunal
pénal, elle ne peut jamais obliger que le seul
auteur; si d'autres, de sa famille par exemple,
l'y rejoignent, c'est librement! Néanmoins,
nous nous référerons au statut de l'auteur et
nous dirons que l'on est toujours bien dans un
contexte d'entretiens. En revanche, dans sa
fonction protectionnelle centrée sur l'enfant,
le Tribunal pour mineurs, lui, peut obliger
l'ensemble de sa famille nucléaire.
(4). Cette subdivision est évidemment
schématique, mais nous ne pouvons pas exposer
toutes les nuances et situations bâtardes dans
le cadre restreint de ce rapport.
(5). On en trouve une excellente synthèse sous
la plume de B. Lamoureux dans le livre de J.
Aubut
Les agresseurs sexuels ( 1993, p. 214-220 ).
(6). Par exemple, on ne devrait jamais accepter
: " Je suivrai régulièrement ma thérapie mais,
par pitié, laisse-moi diriger mon club sportif
junior; c'est si important pour moi! " On ne
devrait jamais mettre en place les entretiens à
la place d'une sanction pénale; ils ne
devraient même pas apparaître comme " le "
moyen d'échapper ou de mettre fin à la
détention préventive.
(7). Nous utiliserons l'appellation familière "
psy " pour désigner psychiatres, psychologues
... voire autres psychothérapeutes dans leurs
fonctions générales ( diagnostic,
psychothérapies, etc. ).
(8). Nous excluons donc de notre vocabulaire
les termes
prescrire une thérapie et celui
d'
injonction thérapeutique ( Silvestre, 1997,
p. 270 ). Nous préférons entendre le magistrat
exiger ( ordonner, enjoindre ) des entretiens,
et non les prescrire, ce qui sonne trop "
médical " à nos yeux.
(9). Une petite exception cependant : si au
moment où se discute une libération
conditionnelle, après qu'un détenu ait purgé
une bonne partie de sa peine, il s'avère qu'il
a multiplié les actes positifs, et notamment
une participation sincère à des rencontres de
paroles, ce dernier point peut quand même jouer
en sa faveur!
(10). Reconnaissance ou/et acceptation souvent
partielles, mais qui doivent être estimées "
suffisantes " par les thérapeutes. Laissons à
ce terme un peu d'appréciation personnelle.
Winnicot ne disait-il pas que la mère doit être
" suffisamment, bonne ..."
(11). Une petite exception à cette règle :
lorsque le conjoint de l'auteur est très sûr
que les faits ont eu lieu, qu'il est déterminé,
et qu'il accepte de rencontrer l'auteur occupé
à nier, cette rencontre de couple peut faire
parfois " basculer " le système de défense de
l'auteur, et rétablit une communication dans le
couple.
(12). " Prêts " signifie ici : " d'accord pour
se parler et pour essayer de s'écouter, sans
investir durablement la majeure partie de leur
énergie mentale à mentir, à se justifier
soi ou à agresser l'autre ".
(13). Nous emploierons toujours le terme " (
enfant ) victime " au singulier; c'est un terme
générique.
14. Liposki, par exemple, dit : " It is
essential that direct communication with the
child not occur until such time as the offender
aknowledges ... the full extent of the abuse. "
( Liposki et al., 1998, p. 732 ).
15. Nous y assimilons l'abus sexuel commis par
le compagnon ( la compagne ) du parent, le beau-
père ( la belle-mère ) qui vivrait de façon
stable sous le même toit et exercerait une
partie de la fonction parentale.
(16). Pour les vérifier, rappelons que nous
sommes des plus réservés face à tout ce qui
ressemblerait, de près ou de loin, à des
confrontations directes, de sous-groupes
familiaux, notamment celles qui incluent la
supposée victime. Qu'elles se passent dans le
circuit judiciaire ou chez le psy, ces
confrontations sont source de terreur pour la
victime (... et de façon non déclarée, par
l'auteur ) et, obligent bien plus celui-ci à
mentir qu'à devenir authentique : que chacun
s'exprime plutôt individuellement à ce sujet.
(17). L'auteur est donc, par exemple, un grand-
parent, un oncle ou une tante, tel cousin
célibataire, jeune adulte vivant encore chez ses parents!
(18). Vivre sous le même toit impose une
réflexion supplémentaire au sujet des
séparations, provisoires ou définitives.
(19). Pas de retour de l'auteur si le refus de
la victime est motivé par l'angoisse, les
sentiments pénibles ... Si c'est une manière de
se venger dans la toute-puissance, c'est autre
chose : on peut, soit ne pas en tenir compte,
soit lui proposer à lui, l'ex-victime, en
alternance, de séjourner ailleurs.
(20). Le jeune déplacé, c'est l'auteur en cas
d'inceste abusif; s'il y a consentement mutuel,
ce pourrait être le jeune le plus âgé, ou
identifié comme le plus fort. Il ne s'agit
évidemment pas de le couper de tout contact
avec ses parents, mais bien d'avec son ex-partenaire.