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§ I - EN GUISE D'INTRODUCTION.
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I - La complexité de la restructuration.
Nous n'aimons pas trop le terme " recomposé " qui nous
évoque " bricolage ... vase recollé après la
casse " et donc vulnérabilité
particulière et esthétique douteuse.
Nous préférons parler d'une organisation, d'un lieu
et d'un moment de structuration nouveaux dans la trajectoire de
vie de parents et d'enfants.
Nouveauté qui, alors, n'est pas simple à cerner, surtout quand
on pense à toutes les complications d'itinéraire et de composition
possibles et imaginables.
Nous nous limiterons donc à étudier ce qui est
proposé à des enfants identifiables,
issus d'un couple parental marié ou en compagnonnage
(2).
Ce couple n'existe plus comme
tel. Nous appellerons "famille restructurée" l'instance
où se ressourcent les enfants
de ce couple, pour leur intendance quotidienne, leur
éducation, leur
approvisionnement en affection et en valeurs, etc. ...
Cette famille restructurée constitue une
réalité complexe et aux frontières plus
insaisissables que la famille traditionnelle :

- Les fois, nombreuses, où les deux parents du couple
d'origine restent dans la course, où est le lieu de la
famille restructurée de l'enfant, alors qu'existent
toujours ses deux sources de sa vie à qui la loi belge
reconnaît une égalité de droits
éducatifs et de responsabilités ? Il est plus exact
de dire qu’existent
deux pôles principaux, deux
constellations de personnes entre lesquelles va se répartir
sa vie!

- Et chacune de ces constellations est susceptible d'avoir des
compositions variables et des frontières floues. Par exemple,
jusqu'à quel point les parents du nouveau compagnon de la
maman font-ils partie intégrante d'un de ces pôles ?
La réponse dépend davantage de l'engagement des
personnes et de leur investissement réciproque que de
statuts officiels ou de degrés administratifs de
parenté; elle est donc variable ! Inversement, on devrait
pouvoir admettre que tel (grand) adolescent profite d'une
restructuration familiale... pour ne pas y entrer et prendre son
autonomie plus précocement qu'attendu.

- Il y a aussi la mouvance possible dans le temps : si certaines
restructurations se pérennisent, dans d'autres cas,
l'itinéraire d'un, voire des deux parents, reste très
mouvant, avec les recompositions de groupe de vie quotidienne qu'il
entraîne dans sa course. Est-ce possible pour l'enfant, alors,
de vivre chacune de ces étapes comme des moments et des
lieux de famille successifs, ou se sent-il plutôt en famille
monoparentale, le lien avec son parent faisant foi, avec papa ou
maman qui amènent leurs invités du moment ?
Ici aussi la réponse est variable et dépend plus de
l'engagement des personnes que de la matérialité des faits : on peut
se sentir orphelin du départ d'un adulte avec qui on a habité moins
d'un an, mais avec qui un lien fort et réciproque s'est créé.
Nous sommes donc invités à prendre en considération une grande
variété de restructurations familiales. On peut les différencier
en référence à des critères comme :

- L'étape familiale qui a précédé et ce qui est à l'origine
de la restructuration : séparation des parents (voire des adultes)
en charge de l'étape précédente ; veuvage ; étape de parentalité
célibataire, etc...

- Le nombre de restructurations qui ont précédé ; le temps
qui a séparé chaque étape.

- La simplicité ou la complexité des éléments constitutifs.

- Des attributs relatifs au nouvel adulte entré dans la
famille : homo ou hétérosexué ? vivant en permanence ou
épisodiquement dans la famille ? se voulant proche ou loin de
l'enfant ?

- Etc.
II- Les besoins de l'enfant.
Exposer ce que sont les besoins de l'enfant constitue également une
tâche complexe. Nous nous centrerons sur ses besoins psychiques, que
nous définirons comme "
Ce qui manque à l'enfant pour maintenir son
équilibre et sa croissance psychiques, c'est-à-dire cognitive,
émotionnelle et spirituelle ( valeurs )".
Prétendre que nous connaissons avec certitude ces besoins psychiques serait une
déclaration imprudente et orgueilleuse ! Bien que nous nous soyons
efforcé d'en faire un repérage scientifique, à travers l'observation
du devenir des enfants, nos propositions ne peuvent pas ne pas être
imprégnées par notre subjectivité, personnelle et culturelle. Nous
assumerons cette limite irréductible.
Il est également impossible de recenser ces besoins et de les
présenter en un système catégoriel qui s'imposerait absolument.
Nous n'aurons donc pas une volonté d'exhaustivité ni d'argumentation académique à ce propos. Nous nous contenterons
d'exposer quelques besoins importants auxquels nous sommes sensible, à la lumière
de notre expérience de terrain et de nos lectures.
III - Besoins des enfants et familles restructurées.
Restera alors à examiner dans quelle mesure et sous quelles
modalités une famille restructurée est susceptible de les satisfaire
ou non. La réponse n'est pas de type "tout ou rien", car les
applications liées à la famille restructurée sont parfois délicates
et nécessitent une créativité particulière.
Nous raisonnerons essentiellement en référence à une vignette
paradigmatique, en invitant le lecteur à trouver lui-même ce qui
s'adapterait mieux à des situations différentes :
Après une étape dite de "famille - ou foyer - monoparental(e)"
- elle-même consécutive à une séparation conjugale, la maman
d'un ou plusieurs enfants
(3).
qui vivent en semaine chez elle,
ouvre la porte de sa maison à un nouveau compagnon, avec qui
elle veut stabiliser une vie de couple déjà débutée.
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Ce " nouveau " a lui-même - ou n'a pas - d'enfants, en garde
quotidienne ou en visite. Il branche également les enfants de
sa compagne sur un nouveau réseau humain : sa propre famille
d'origine, ses amis, connaissances et réseaux sociaux. La
plupart du temps, sa venue ne supprime pas les liens qui
existent entre les enfants et leur branche paternelle ... de là
à prétendre qu'elle n'y provoque aucun remous, c'est une autre
histoire.
Enfin, indépendamment de ce qui se passe dans la branche
maternelle, le père peut lui-même garder le statu quo ou
procéder aux restructurations les plus diverses de sa vie
relationnelle.
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§ II - LE BESOIN D'ÊTRE RECONNU COMME INDIVIDU,
UNIQUE EN SON GENRE.
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I - Que peut y faire la famille ?
On dit de la famille contemporaine qu'elle est
individualiste et
relationnelle. Le droit à la quête de soi y est reconnu et sa
réalisation encouragée, comme étant une valeur. Marquet (2001)
estime fondamental le rôle de la famille dans la construction des
identités personnelles, par le travail quotidien qui s'y opère de
reconnaissance, de révélation et de consolidation des identités
de ses membres : elle aide chacun à se réaliser, dans une voie de
plus en plus autonome, et ce, entre autres, grâce à l'apport des
autres : le travail du réseau relationnel familial soutient
significativement la quête de soi.
Mais la vie relationnelle est, elle aussi, encouragée par et dans la
famille : celle-ci est fortement définie par l'intensité, la
proximité et la stabilité (ou plus précisément, l'indétermination
temporelle) des liens affectifs qui s'y nouent ; elle l'est par
l'entente, la connivence, la complicité entre ses partenaires. Elle
l'est davantage ainsi que via l'institutionnalisation, les règles,
les statuts... et que via la transmission de normes et de valeurs,
c'est-à-dire le patriarcat.
II - Et la famille restructurée ?
Cette promotion de l'individualité de chacun est-elle toujours
possible dans une famille restructurée, et notamment dans le
contexte d'insécurité, voire de crise et d'urgences à organiser qui
marque souvent ses premiers moments d'existence ?
A - Ce n'est pas toujours facile, mais mieux vaudrait néanmoins
qu'elle (re)prenne en compte, le plus rapidement et le mieux
possible, cet objectif majeur qu'est la reconnaissance individuelle
de chacun ; elle ne devrait pas permettre que les enfants,
notamment les plus petits "qui ont l'air de se laisser faire", se
retrouvent fondus dans la masse.
B - L'adulte devrait donc s'y donner le temps d'aller vers chaque
enfant, de s'enquérir de ce qu'il vit, comprend et pense, et de bien
l'écouter ; et ceci, sans a priori, sans projeter sur lui des
représentations toute faites
(4).
Si l'on accepte l'incertitude de la réponse de chaque enfant, on constatera alors que ce qu’il vit est
souvent évolutif.
Pour beaucoup d'entre eux, les premiers moments de la
restructuration connotent plus d'insécurité que
d'optimisme, parce
qu'ils se sentent menacés de pertes variées :
pensons, par exemple,
à la relation spéciale, de confidence et de
protection, que les
enfants aînés avaient élaborée avec
leur mère... ou à l'espace qu'il
faut partager autrement, etc.
Mais ce n'est pas vrai pour tous : pour certains, ce sera la joie
quasi-immédiate de voir leur mère moins
déprimée et moins irritable,
de se sentir mieux protégés, de pouvoir
s'identifier à un nouvel
adulte " enthousiasmant ", etc...
Remarquons en outre que ces " vécus " ne sont pas très spécifiques!
Ne sont-ils pas provoqués par tout nouvel arrivant, voire tout
nouvel événement qui dérange l'homéostasie d'un groupe, comme par exemple, la naissance d'un puîné
dans une famille nucléaire?
Et puis, au fil du temps, le sentiment de menace s'atténue souvent,
et les richesses potentielles du nouveau système de vie apparaissent
mieux.
C - Si l'on écoute les enfants, il ne faut donc pas faire la
politique de l'autruche par rapport à l'inconfort, transitoire ou
non, que certains éprouvent ; qu'on ne les oblige pas à dire que
tout est idyllique, parce que les adultes, eux, voudraient tant
réussir cette nouvelle étape et dénient donc, plus ou moins
bruyamment, plus ou moins anxieusement, les problèmes qu'elle est
susceptible d'amener.
Pensons, par exemple, à la coexistence souvent fluctuante d'enfants
et d'adolescents issus de lits différents et à quel mélange mouvant
de représentations mentales, de sentiments et de comportements elle
peut conduire : ici, ce sera la menace et l'hostilité... là, la
joie, la complicité, la libération de pouvoir parler de ses
problèmes …` une copine de son âge... il y aura des renforcements
momentanés de l'alliance contre les adultes, et pourtant, à d'autres
moments, une partie des soi-disant alliés aura besoin de vérifier
qu'elle a toujours un lien privilégié avec son parent contre le clan
des autres, etc.
Nous reviendrons par la suite sur le maniement pédagogique de ces
situations. Le pire de tout, c'est d'ignorer des apparents "petits"
problèmes relationnels, parce qu'ils émaneraient de petits enfants.
Le mieux, c'est de donner à chacun le droit de s'exprimer, de dire
ce qu'il ressent des autres, et d'accorder une réelle importance à
cette verbalisation. Après quoi l'on peut rassurer et restructurer
les territoires s'il le faut.
D - Une attitude sage, alors, est de ne pas forcer le temps et de
faire confiance à la capacité d'apprivoisement issue des adultes,
s'ils se sentent patients et bienveillants... et à celle de l'enfant
de se laisser apprivoiser.
Par exemple, mieux vaut ne pas imposer de gestes affectifs, ni de
mots qui désigneraient statutairement le nouvel arrivant ; mieux
vaut prévenir l'enfant qu'il n'est pas obligé de devenir le copain
des enfants de l'autre : qu'il fasse avec eux comme il le sent, sans
toutefois leur nuire ni les insulter. Mieux vaut accepter que, au
début, souvent, par conviction ou par protestation, son sentiment
d'appartenance à la nouvelle famille ne soit pas très important.
Et surtout, que l'on ne touche pas aux liens affectifs qu'il avait
avec l'autre branche familiale, et aux modalités concrètes avec
lesquelles il les gérait.
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§ III - LE BESOIN D'ÊTRE RECONNU COMME ÊTRE RELATIONNEL.
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I - Le besoin de vivre en relation.
On dit de l'être humain qu'il est biopsychosocial ; il faut entendre
cette expression dans son sens le plus radical : "Nous sommes aussi
nos relations" ; le contenu et les limites de notre être dépassent
celles de notre Moi-Individuel.
Notre vie relationnelle est réglée par des lois
(5),
dont voici quelques-unes :
A - Les vraies relations, vivantes et consistantes, sont celles
qui sont librement choisies de part et d'autres ; ce choix,
réciproque, pas nécessairement de même intensité ni guidé par
les mêmes attentes, garde, in fine, un ultime déterminant
plutôt imprévisible qui est l'exercice de la liberté intérieure
de chacun.
Certes, ce dernier mouvement de la liberté peut se
préparer, se
faciliter, via l'opération de facteurs de
prédisposition
raisonnablement repérables : ainsi est-il plus probable
que l'enfant
s'attachera à la personne qui, de son côté,
a de l'attention
positive pour lui, qui l'aime, qui a du temps concret à lui
consacrer, etc.
Néanmoins, le dernier pas fait par l'enfant transcende le
jeu de ces
prédispositions raisonnables : qu'on lui reconnaisse donc non
seulement le pouvoir de fait, mais aussi le droit à cette
ultime décision.
B - On ne crée donc pas une relation sur injonction ; inversement,
on ne peut pas imposer non plus à l'enfant qu'il y mette fin dans
ce qu'elle a de plus insaisissable et de plus essentiel :
c'est-à-dire sa dimension spirituelle ! Même lorsqu'un parent
s'oppose légalement ou de facto aux contacts avec l'autre, même
lorsqu'il suggestionne subtilement l'enfant pour que ce soit
celui-ci qui ait l'air d'y renoncer, jamais personne n'aura emprise
sur ce que l'enfant pense le plus personnellement ni sur ce qu'il
vit . On peut obtenir de l'enfant de l'obéissance, on peut même
obtenir qu'il disqualifie verbalement lui aussi celui dont on veut
le couper... mais ce qu'il pense dans le secret de son coeur, c'est
hors d'atteinte !
C - Quand on coupe la matérialité d'une relation importante pour
l'enfant, on court un grand risque de traumatiser celui-ci ; on ne
devrait donc le faire que pour des raisons graves - la destructivité
attribuée à cette relation - et confirmées par des observateurs
sereins et indépendants.
Même si l'enfant continue à faire vivre, comme il l'entend, la
dimension spirituelle d'une relation, on ne peut pas en déduire que
la matérialité, elle, n'avait aucune importance. Un enfant a besoin
de rencontres concrètes, qui lui prouvent qu'il est aimé, qu'il est
important... il a besoin de recevoir des petits plaisirs...
d'enrichir ses identifications au contact de la manière d'être de
l'autre, d'enrichir ses informations au fil de petits dialogues
vécus avec celui-ci, etc. ...
Si on le prive de ces aspects concrets qu'il estimait positifs, on
crée tristesse, sentiment de vide, colère !
Si en plus on le suggestionne pour qu'il dise qu'il est d'accord,
il a une mauvaise image de lui, il se sent traître et lâche, vécus
qu'il refoule et dénie parfois en se montrant le plus accusateur de
tous... mais à quel prix intérieur !
D - Il est important que l'une ou l'autre relation, les plus
fondamentales, soient stables, surtout lorsque l'enfant est petit,
et qu'il puisse se ressourcer en elles, sans risques aucuns, pour
construire son identité, sa sécurité, son sentiment d'être aimé et
important...
Mais il a droit, en outre, à vivre des relations
diversifiées ;
personne, - pas même un parent - n'a le droit de se poser
en " Grand
Tout " qui aurait emprise totale sur lui. Sa liberté d'aimer au
pluriel, de s'intéresser aux gens, de se socialiser, doit
être
reconnue pour qu'il se sente libre de vivre et de choisir, et pour
les bienfaits multiples qu'il peut tirer de ces contacts
diversifiés.
Dans cette perspective, C. Van Cutsem ( 1998, p. 160 ) propose que le
" nouveau venu " non seulement veille délicatement à ce que s'installe
une " bonne " distance entre l'enfant et sa mère, mais aussi qu'il
s'ingénie lui, personnellement, à se rapprocher de l'enfant.
II - La famille restructurée est-elle susceptible de promouvoir
l'être relationnel de l'enfant ?
A - Nous n'y voyons pas d'obstacle de principe ! A chaque adulte,
au moins lui, d'y être attentif et d'y oeuvrer. En récompense de son
travail, il verra souvent sa nouvelle famille se constituer plus ou
moins vite en un "ensemble relationnel", un espace de vie
suffisamment bien délimité, à l'intérieur duquel une "intimité
ensemble" peut se développer, et où la dimension affective des
relations prend de plus en plus d'importance (Marquet, 2001). Cet
espace délimité n'en sera pas pour autant barricadé : il sera pourvu
de portes de sortie identifiables, qui encouragent également
l'existence de relations au-dehors.
B - Il existe néanmoins quelques risques spécifiques :

- Bousculer le système relationnel déjà à l'oeuvre chez
l'enfant sans y faire attention, parfois tout simplement parce
qu'il y a beaucoup de problèmes "importants" à résoudre.
Par exemple, considérer comme insignifiantes les " amitiés d'école
ou de rue " que le déménagement peut casser
sans même qu'on en parle.

- Disqualifier " l'ex- " ou sa famille, sans faire attention à
l'enfant qui écoute ; imposer à celui-ci des ruptures qu'il ne
demande pas, en assimilant son vécu expérientiel à celui de l'adulte
accusateur qui, lui, a bel et bien des raisons de se plaindre.

- Imposer trop vite que se mettent en place des liens
positifs ; ne pas signifier à l'enfant " Tu l'aimeras si tu le veux
un jour " ; ne pas respecter un temps d'apprivoisement...
C'est le cas, par exemple, quand on fait pression pour qu'existent
des liens positifs rapides entre les enfants, ceux de la mère et
ceux du " nouveau ". Or un esprit fraternel ne se recrée que
petit-à-petit, s'il y a accord implicite mais pas pressant des adultes à
ce sujet, et s'il existe suffisamment de temps de cohabitation
concrète ( C. Van Cutsem, 1998, p. 131 ).

- Ne pas tenir compte du besoin d'un repérage stable,
présent surtout chez l'enfant jeune, et le laisser baigner dans trop
de chaos mouvant, sans expliquer, rassurer, prendre le temps de lui
montrer que beaucoup de ses références sont toujours là.

- Confondre " droit à nouer des liens affectifs " et "
droit à la toute-puissance ".
Certains enfants, intuitionnant la liberté excessive qu'on leur
laisse ou/et le peu d'assertivité des parents, abusent de leur droit
pour aller et venir de l'un à l'autre comme et quand ils le
veulent, en prenant le plus facile chez chacun. Ce n'est guère
acceptable dans la perspective de l'éducation de leur socialisation.
Les enfants gardent au minimum des devoirs de politesse et, plus
fondamentalement, de reconnaissance filiale face à ceux qui les ont
installés dans la vie et déjà éduqués
(6).
C - Finalement, la patience est souvent payante. Au fil du temps,
soit de nouveaux apprivoisements réciproques se font à la
satisfaction de tous, soit les tensions deviennent moins vives et,
sans s'aimer beaucoup, des sous-systèmes apprennent au moins à se
respecter.
Ce n'est malheureusement pas toujours le cas ; quand rien ne va
plus, il faudrait avoir le courage de l'évaluer et ne pas s'obstiner
à vouloir que chacun coexiste à tout prix avec tous les autres.
Certes, la constatation de cet impossible n'est pas facile pour les
adultes du couple, entre lesquels l'enjeu narcissique et affectif
de la réussite est énorme. Mais ils devraient pourtant pouvoir faire
ce bilan, de loin en loin, avec et pour un ou plusieurs enfants, et
les autoriser à vivre ailleurs, chez l'autre parent par exemple ou
chez des grands-parents ou en internat, définitivement ou l'espace
d'un temps.
C'est seulement au prix de ce courage que les personnes concernées
retrouvent parfois, paradoxalement, l'impression d'être libres, de
compter et de réussir leur vie.
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§ IV - DEUX BESOINS DÉRIVÉS DES DEUX PREMIERS, LES PLUS FONDAMENTAUX.
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I - L'enfant demande à être reconnu comme
porté par une histoire personnelle.
A - Son histoire de vie propre, telle qu'elle s'est déroulée
jusqu'aujourd'hui, avec l'originalité des expériences, des
souffrances et des joies qui la constituent... avec le déploiement
progressif de son équipement... il s'agit de la
reconnaître,
c'est-à-dire :

-
d'en connaître quelque chose et de considérer que c'est
significatif ; d'écouter ce qu'il en dit et de respecter ce dont
elle est tissée ; de l'aider à la connaître, parce qu'elle imprègne
tout ce qu'il pense et fait ;

-
mais il s'agit aussi d'en tirer des conséquences pratiques,
c'est-à-dire d'interagir avec lui en fonction, notamment, de cette
histoire qui contribue tant à forger ses désirs, valeurs et projets.
B - En voici quelques exemples plus spécifiquement appliqués à la
famille restructurée :

- Aider l'enfant, surtout jeune, à se retrouver dans la
complexité et parfois l'embrouillamini des personnes qui l'entourent.

- Accepter l'existence de liens issus du passé, et externes
à la réalité contemporaine de la famille restructurée (ou au moins
d'un de ses pôles) : en parler avec l'enfant, en reconnaître
l'importance pour lui, permettre, voire encourager que quelque
chose de matériel s'en perpétue si l'enfant l'estime positif :
reconstruire une famille, ce n'est pas demander à chacun de ses
membres de faire table rase du passé !
C. Van Cutsem ( 1998 ) propose de choisir des photos concrètes
significatives du passé, de décider à qui elles vont désormais
appartenir, d'en décrire et discuter le contenu ...

- Même si la famille restructurée met beaucoup d'énergie pour
se constituer comme un ensemble vivant et se donner une identité
cohérente, avec des liens et des projets investis par chacun, elle
gagne aussi à accepter de se "défusionner" à l'occasion ; elle
gagne à reconnaître et à concrétiser l'existence de sous-systèmes
issus du passé.
Par exemple, on peut autoriser chaque enfant qui le souhaiterait à
garder des moments de contact privilégiés avec son parent ; ceci
peut même se marquer, à l'occasion, par un signe matériel, comme
une sortie au cinéma, une excursion pour " rien qu'eux deux "...

- Il n'est pas rare que, avant l'étape actuelle de la
restructuration familiale, tel enfant avait reçu un statut
particulier, naturellement ou suite à des négociations
interactionnelles réussies.
Par exemple : il était l'aîné, ou le plus
brillant par telle ou telle
aptitude... il avait conquis beaucoup d'autonomie pendant
l'étape
monoparentale de la famille, au point que la relation avec le
parent présent était devenue comme symétrique
( Lazartigues, 2001 ) ...
ou encore, il avait beaucoup aidé son parent seul et
s'était montré
très efficace ; parfois même, il s'était
parentifié, parce que son
parent présent était dépressif...

- Le réaménagement de la famille ne permet pas toujours qu'il
conserve ce statut. Au moins, est-on suffisamment sensible à ce que
celui-ci a représenté pour lui? S'efforce-t-on d'en parler avec
lui ? D'atténuer les effets de la perte ? De chercher des formules
compensatoires, aptes à le consoler et à lui donner de nouveau
le signe qu'il a toujours de la valeur ?

- Au nom de son passé, et notamment de la souffrance qui a
souvent marqué les derniers moments de vie de sa famille d'origine,
on devrait admettre que plus d'un enfant se montrera très vigilant
pour observer la solidité du lien entre les nouveaux partenaires ;
parfois même, il mettra ce lien à l'épreuve, tout comme il testera
le lien de chacun avec lui ; les petites disputes du couple
l'angoisseront ou le mettront en colère avec une intensité anormale,
etc...
II - Le besoin d'un territoire propre et d'une intimité.
A - Voici un besoin fondamental qui se manifeste précocement dans
la vie et auquel, en temps ordinaire, les adultes prêtent une
attention variable. Surtout quand l'enfant est petit, il est
fréquent qu’ils n’en tiennent guère compte : on dispose de ses
choses, on exige qu'il partage avec ses frères, on raconte à tous
vents ses confidences et ses bons mots, etc. ... Petit-à-petit,
dans de nombreuses familles, on est néanmoins de plus en plus
sensible à cette question de l'intimité, jusqu'à reconnaître le
droit à un jardin secret de pensées et d'opinions.
Parfois même,
cette reconnaissance est poussée jusqu'à
l'absurde : p.ex., on ne
se donne plus le droit d'entrer dans la chambre de l'adolescent
qui s'enferme...
Pourtant, concrétisée de façon raisonnable,
elle contribue
puissamment à donner à l'enfant un sentiment de
sécurité, de paix,
une confiance basale dans la bienveillance des autres; à
travers la
reconnaissance de son territoire, il vit une
sérénité intérieure
pour penser et programmer sa vie, pour développer des
opinions personnelles et une créativité...
B - A certaines étapes des reconstructions familiales,
où tout
bouge autour de l'enfant, il peut être
particulièrement
malaisé de respecter son besoin d'intimité.
Néanmoins, au
fur et à mesure que les crises s'apaisent, on devrait
songer à :
1) Protéger, pour chaque enfant, l'existence et la persistance
d'un territoire matériel propre, un espace personnel à
l'intérieur duquel ses biens et son intimité soient garanties.
Même quand une famille n'est pas très riche et habite un espace
restreint, même si alors, il faut bien faire quelques concessions
importantes, par exemple au niveau du partage des chambres
(7),
les adultes doivent montrer qu'ils restent les garants d'un droit de
l'enfant à la propriété : qu'ils protègent donc à l'occasion, contre
l'invasion des autres, le fait que l'enfant conserve "sa" place à
table ( ou devant la T.V. ), l'endroit où il range ses souliers,
sans qu'on puisse lui faire de blagues à leur sujet ou, plus
simplement encore, qu'il est parfois bon qu'on lui " fiche la paix ".
2) Accepter que l'enfant garde " pour lui " s'il le désire les
expériences qu'il fait et ce qu'il vit quand il est en séjour dans
l'autre pôle et, plus fondamentalement, ce qu'il pense de cet
" autre pôle ".
Ce n'est pas toujours facile : il arrive assez souvent que des
intrusions dans le psychisme de l'enfant soient provoquées par
l'hostilité réciproque ou unilatérale des adultes des deux pôles :
tel père, jaloux, se fait raconter les comportements éducatifs du
" nouveau " et le critique à tour de bras aux oreilles de l'enfant,
jusqu'à téléphoner des injures à son ex-épouse.
L'inverse se produit également : il n'est pas rare que la nouvelle
compagne d'un père gardien veuille détourner les enfants de
l'affection qu'ils ont pour leur mère.
Les conséquences de ces tensions ne sont que trop souvent la
dilution des visites et de l'intensité de la participation
éducative de " l'autre branche ", dans un contexte d'agressivité,
de disqualification réciproque et de dépression.
3) Voici une autre application, plus originale et pourtant
souvent de mise : il s'agit de ne pas troubler l'enfant par
les signes de passion du nouveau couple.
Les enfants sont les témoins du fonctionnement de ce nouveau couple,
avec ses dimensions sentimentales, en partie publiques, et ses
dimensions sexuelles plus discrètes, il faut l'espérer, mais
connues ou/et objet de fantasmes.
Ce n'est pas toujours facile à assumer par eux : les plus grands
peuvent être troublés par ce vécu de nouvelle jeunesse, qui les
renvoie directement à la leur, et à leurs propres tâtonnements et
parfois déboires sentimentaux. Les plus petits peuvent avoir besoin
de vérifier qu'ils comptent toujours, par exemple en se créant
des problèmes...
Ce n'est pas toujours facile non plus pour le nouveau couple qui,
au moins pour un de ses partenaires, ne se crée pas de rien ; non
seulement il doit évoluer sous le regard de témoins attentifs que
sont les enfants déjà-là, et qui perturbent son intimité, mais il y
a aussi, dans l'imaginaire des adultes, les souvenirs du passé, et
notamment ceux du premier couple raté, source de nostalgie et de
comparaisons. C'est-à-dire que souvent le nouveau couple se sent
particulièrement obligé de réussir et de se démontrer la passion de
l'un pour l'autre.
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§ V - LE BESOIN D'ÊTRE ÉDUQUÉ.
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Dans la famille contemporaine, l'enfant se trouve vite en position
de "prestataire affectif", partenaire d'un réseau
d'échange où il a
à donner et à recevoir. Mais ce statut est plus
partiel que celui
des adultes : l'enfant , dont les forces vives sont en
croissance,
déjà à l'oeuvre et au devenir encore fragile,
a fondamentalement
besoin d'adultes qui s'engagent à ses côtés pour l'éduquer.
L'éduquer ! Que d'applications et de nuances possibles pour ce
verbe ; Eduquer : aimer, avoir de l'amitié pour... être
présent... parler, partager son expérience, informer, dire ce qui
est vrai, écouter... valoriser... contenir, poser des règles,
sanctionner... aider... etc. ...
Parmi tous ces possibles, je n'en retiendrai que l'un ou l'autre,
particulièrement intéressants dans le contexte de la famille qui se
restructure.
I - Commençons par situer le statut paradoxal de l'adulte
nouvel arrivant :
A – Comme n’importe quel adulte qui passerait un temps significatif
ou permanent dans la maison de l'enfant, le nouveau compagnon de la
mère doit offrir à ce dernier de l’affection
positive - au moins une camaraderie courtoise - et contribuer
à son éducation. Pour ce faire,
il doit parfois conquérir sa place, pendant que l'autre parent,
lui, doit se battre avec soi-même pour la lui ouvrir, surtout quand
il y a eu une longue phase de monoparentalité.
B - Néanmoins, le même adulte gagne à faire preuve d'humilité et de
discrétion ; il doit admettre les sentiments naturels, spontanés,
momentanément plus forts de l'enfant
(8)
pour sa mère, et souvent aussi
pour son père, même lorsque les visites à ce dernier sont
épisodiques.
II - La famille gagne à se constituer petit-à-petit une identité
propre et cohérente, qui soit un repère pour l'enfant.
Qu'elle sorte donc le plus vite possible du chaos de la crise pour
élaborer une organisation, des rites, une culture, pour se
rassembler autour de quelques valeurs propres... pour que les
relations ne soient pas balkanisées , sans rôles ni statuts,
Nous avons souligné tantôt l'importance que fonctionnent
occasionnellement des sous-systèmes ; ils signifient la
reconnaissance du passé et des différences spécifiques actuelles
dans le corps moral de la nouvelle famille. Mais ce corps moral
existe lui aussi, et il s'agit d'en consacrer l'existence en lui
définissant des rites et des aspirations propres.
Les enfants peuvent participer à cette nouvelle création : si
toutes les familles ne peuvent pas déménager et se réinventer un
nouveau lieu de vie, on peut cependant procéder à des recompositions
plus partielles de l'espace de la maison, de l'organisation du
temps et de certaines habitudes de fonctionnement, qui marquent
positivement l'existence d'une réalité nouvelle.
La construction de cette nouvelle cohérence n'est pas toujours
simple. Nous avons déjà dit que l'on ne pouvait pas faire table
rase du passé. En outre, il existe deux grands pôles différenciés
dans la restructuration familiale, qui gravitent autour de chaque
parent d'origine.
Enfin, tant qu'il n'y a pas remariage, on ne peut guère s'appuyer
sur des solutions légales instituées
(9),
ni pour régler les petits problèmes du quotidien,
ni pour indiquer les grands rites et valeurs nouveaux.
Pensons à ce "petit" problème qui est la manière de désigner par un
statut et un nom simple les enfants nouveaux arrivants.
Plus fondamentalement, les enfants de la première union
peuvent résister longuement aux nouvelles lignes directrices
instituées dans la famille, et on a constaté que c'était un
motif fréquent des "nouvelles séparations" d'adultes.
III - La fonction d'information est une autre composante
importante de l'éducation.
Trop d'enfants se sentent trop dans l'inconnu face à
l'état actuel de leur famille : Où sont passés ceux qui
ne sont plus là ? Pourquoi sont-ils partis ? Quel est le
statut exact de ce gentil monsieur qui vient si souvent
visiter maman ? Quel va être leur avenir à eux, les enfants ? Etc.
Le défi de l'information devrait donc être relevé :
informations sobres, claires, adaptées au langage de
l'enfant, sans tabous. Ce qui ne signifie pas que
l'adulte n'a pas droit à une vie privée. Mais au moins
faut-il signifier : "
Au-delà de cette zone, c'est mon
intimité".
Informations s'insérant dans un dialogue, où l'on donne à
l'enfant l'occasion de réagir, de poser ses questions,
d'exprimer ses opinions.
L'état d'esprit de l'information étant ainsi esquissé,
son contenu devrait porter sur la matérialité des choses
et des êtres, avec leurs éventuelles mouvances, par
exemple à propos des allées et venues des enfants ; mais
il devrait inclure aussi des réalités plus spirituelles
et affectives.
En voici, par exemple, deux énoncés-résumés parmi bien d'autres :
" La nouvelle entité familiale qui se crée ne va pas nier
l'histoire qui a existé, ni l'existence de sous-systèmes
différenciés : il s'agit de reconstituer un noyau d'identité
commun, mais qui coexistera avec d'autres dimensions présentes et
passées, elles-mêmes hétérogènes".
" La reconstruction occupée à s'opérer crée quasi inévitablement
des moments d'insécurité et de frustration, mais elle peut générer
aussi de grandes joies.
Chacun des enfants y occupe toujours une place importante ; il
aura aussi l'occasion d'y faire des expériences nouvelles
et d'y exprimer sa créativité, dans un monde qui
retrouvera petit-à-petit ses repères...".
IV - L'éducation connote un exercice tranquille
et raisonnable de l'autorité parentale.
"Parentale" doit être pris dans une acceptation large :
émanant des parents, certes, mais aussi des adultes qui
partagent le quotidien de la vie de l'enfant, et ont à
l'égard des "petits de l'espèce" qu'ils sont les
responsabilités générales de guidage et
de protection que l'on attend de la communauté des adultes.
A -
La présence vivante, efficace d'une autorité stable, qui
a mis en place des repères clairs garantissant la
convivialité,
permet souvent une qualité de vie supérieure au
flou et à l'improvisation.
Si du moins cette autorité, une fois définie, transcende les
personnes et leurs fantasmes du moment, et porte de façon
juste sur chacun.
A.Lazartigues (2001), par exemple, considère cette autorité
opérante comme supérieure au fonctionnement contemporain fondé
sur un soi-disant consensus pour régler les conflits, où le
risque de rapport de forces subtiles et arbitraires est plus
grand.
B -
L'exercice de cette autorité gagne à être cohérent; et
c'est un défi difficile dans des familles restructurées
souvent bipolaires et parfois mouvantes dans leur composition.
Entendons par là que les adultes qui y sont engagés devraient
se parler et coopérer pour que :

- grâce à leur présence, leur force, leurs convictions,
l'enfant respecte les Lois humaines les plus fondamentales ;

- quant aux rites et règlements plus mineurs, il est
fréquent qu'existent à leur propos des divergences d'idées entre
adultes ; il est même probable que, si un couple s'est séparé,
ces divergences sont parfois de franches oppositions.
Face à quoi, pour que l'enfant s'y retrouve et se
structure, il est souhaitable que les adultes puissent parler
de ces différences, qu'ils ne se disqualifient pas
mutuellement, mais qu'ils indiquent plutôt à
l'enfant comment il lui est possible de s'y adapter. C'est
relativement simple quand les adultes n'habitent plus ensemble :
l'enfant devrait être invité à suivre les
règles de là où il est,
ni plus, ni moins, parce qu'elles ont du sens pour le
propriétaire des lieux. C'est plus complexe quand
co-habitent deux adultes qui pensent les règles
différemment ! Mais à eux d'avoir le courage
d'en parler ensemble, et de proposer à l'enfant des
compromis clairs, sans prendre celui-ci en otage.
C -
Le partage de l'autorité n'est pas toujours chose
aisée, pas plus que la définition du contenu et des
limites de la compétence de chacun.
Pensons, par exemple, à une famille dont le couple parental se
sépare ; s'en suit une phase monoparentale de deux, trois ans où la
mère est souvent seule au quotidien pour élever les enfants. Arrive
ensuite un nouveau compagnon qu'elle aime et à qui elle finit par
ouvrir la porte de la maison. Dans le domaine éducatif néanmoins,
pas évident, pour cette maman de permettre que le "nouveau" prenne
progressivement une place de co-éducateur complémentaire à la
sienne, et qui ne se substitue pourtant ni à elle, ni au père des
enfants. De son côté, le nouveau compagnon doit pouvoir demander -
ou prendre - cette place, ni plus, ni moins, en faisant fi parfois
de l'ambivalence de sa compagne : ni "toute la place", ni "aucune
place", deux positions inverses qui s'avéreraient tout aussi
angoissantes et inacceptables pour l'enfant.
Quant aux enfants, soit par provocation, soit en référence à un
mouvement naturel, ils peuvent garder tendance un certain temps à
légitimer davantage leur parent, à lui obéir préférentiellement.
Aux adultes alors à faire preuve de souplesse : qu'ils aillent de
plus en plus vers l'idée de partager l'autorité quotidienne à deux
si leur relation est stable ; au minimum, qu'ils ne se disqualifient
pas mutuellement. Néanmoins, tout un temps, on peut admettre que le
parent constitue préférentiellement le porte-parole "naturel" de
cette autorité.
En plus, cette autorité partagée porte surtout sur le quotidien de
l'enfant et les rites de la nouvelle famille ; par contre, quand
il y a une décision spéciale à prendre pour l'avenir de l'enfant,
le "nouveau" pourrait, à la fois, et donner son avis, et savoir
s'effacer face à l'autorité ultime du couple parental originaire
(10).
V - Nous terminerons en évoquant quelques questions relatives à
la sexualité.
A - Et d'abord, quelques mots sur les activités sexuelles possibles
entre les mineurs d'âge vivant dans la famille, en permanence ou à
temps partiel.
Ces activités sont susceptibles d'exister. Pas d'angélisme à ce
propos : elles existent déjà entre frères et soeurs dans les
familles traditionnelles et ici, l'on met en contact rapide des
enfants qui n'ont pas beaucoup "d'empreintes" l'un par rapport à
l'autre. Aux adultes donc d'être lucides ! (C. Van Cutsem, 1998,
p.142).
On peut réagir à leur propos à l'instar de ce qui se fait dans une
famille traditionnelle, c'est-à-dire :

- N'encourager aucune sexualité dans ce groupe qui vit
ensemble au quotidien, mais ne pas dramatiser non plus la
signification d'une partie des activités sexuelles, comme par
exemple les jeux sexuels entre petits qui sont " normaux -
développementaux ".

- Interdire clairement la récidive de ce qui s'avérerait un
abus (violence ou tromperie intellectuelle) ; sanctionner celui-ci ;
chercher à comprendre pourquoi il a eu lieu et remédier à ses
causes profondes.

- Que faire si, sans être pour autant amoureux, des mineurs,
souvent préadolescents ou adolescents, s'avèrent s'être choisis
librement comme partenaires de masturbations ou d'autres "éclates
sexuelles" qui s'approchent de plus en plus des activités sexuelles
adultes et peuvent être de longue durée ? La réponse est double :
. Il s'agit d'abord, en tant que
parents et qu'adultes éducateurs, de se situer face à ces jeunes
par rapport à leur sexualité précoce.
. Même si on l'autorise ou la tolère,
il s'agit ensuite de leur demander de se trouver dorénavant des
partenaires extra-familiaux, parce qu'un groupe de type familial
européen est fondé, entre autres, sur la non-pratique sexuelle
entre membres cadets du groupe.
A noter que nous n'emploierons pas trop vite le mot d'inceste ici,
certainement pas si les jeunes n'étaient pas du même lit, et même
probablement pas s'il s'agissait de fratrie ou de demi-fratrie. En
effet, nous préférons réserver le terme quand il y a lien de sang
proche, qu'il y a activités sexuelles, et
surtout - essentiellement
- qu'il y a amour possessif-exclusif entre les partenaires.
- Et si deux jeunes tombent profondément amoureux et ont ou
cherchent à avoir des relations sexuelles ? S'ils sont frères et
soeurs, ou demi-frères et demi-soeurs
(11),
on doit parler d'inceste
et prendre des mesures efficaces pour l'interdire, gentiment mais
fermement (il faudra souvent passer par des séparations
matérielles). S'il n'y a pas de lien de sang entre ces jeunes, on
ne doit pas brader le mot "inceste", et apprécier au cas par cas
la conduite à tenir en tenant compte à la fois du projet des
amoureux et de la paix des sens des autres...
B - Malheureusement, de loin en loin, il se produit
également des activités sexuelles
trans-générationnelles.
1) L'adulte nouveau venu, sans doute moins retenu de
l'intérieur par la barrière de l'inceste, peut se
laisser progressivement séduire
(12)
par un des mineurs de la
famille, quelque soit le degré d'intentionnalité que ce
dernier y met au début. Et le processus débouche soit sur
de pures activités sexuelles, soit sur un vécu amoureux
uni ou bilatéral, soit sur les deux. Quant à l'acceptation de la
sollicitation sexuelle par le mineur, elle se situe entre le pôle
"Violence faite sur lui" et le pôle "Adhésion totale"
(13);
2) Ici aussi, il s'agit d'appeler les choses par leur nom et
d'avoir des réactions claires et justes, sans recourir à des
terminologies vengeresses.

- Et donc, fondamentalement, nous ne parlerons pas d'inceste s'il
n'y a pas de lien de sang ; l'inceste doit toujours être prohibé.

- Inceste ou non, on se trouve parfois face à de vrais
abus, en ce inclus toutes les propositions sexuelles faites
à des enfants avant l'adolescence, trop jeunes pour vraiment
y adhérer, et il faut les sanctionner et interdire leur
récidive.

- Si le jeune, non lié par le sang, est plus
âgé et consentant (à partir de 14-15 ans), mais
pas encore en âge de quitter la maison, c'est l'adulte qu'il
faudrait pouvoir mettre dehors énergiquement ; les promesses
de repentir et de conduite plus chaste, avec les deux partenaires
restant à la maison, sont rarement suivies d'effets, et
entretiennent la suspicion. Aux parents du jeune alors à
décider jusqu'à quel point ils interdisent ou
tolèrent la poursuite des relations en-dehors de la
maison.

- Si le jeune, non lié par le sang, est en âge de quitter la maison
et consentant, nous pensons que, ici aussi, il faudrait demander à
l'adulte concerné de partir... Le jeune le suivra ou non, selon les
cas.
Nous trouvons regrettables qu'existent de telles aventures
sexuelles, non prévues au programme ; nous savons bien qu'elles
provoquent beaucoup de chagrin et de colère chez le parent qui se
sent trompé, et beaucoup de tensions chez tout le monde.
Mais ce sont de tristes "choses de la vie", à régler par des
séparations claires, sans recours au vocable de l'inceste là où
les critères de celui-ci ne se trouvent pas réunis, ni sans
recourir non plus systématiquement au terme "abus".
LAZARTIGUES A. ,
La famille contemporaine "fait"-elle de nouveaux
enfants ?
Neuropsychiatr. Enfance Adolesc. , 2001, 49, 264-276.
MARQUET J. ,
Evolution et déterminants des modèles familiaux,
(inédit), 2001.
VAN CUTSEM C. ,
La famille recomposée, entre défi et incertitude,
Coll. Relations, Eres, 1998.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
(1). J.-Y. Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
coordonnateur de l'équipe SOS Enfants-Famille et
responsable de l'Unité de pédopsychiatrie,
Cliniques universitaires Saint-Luc,
10 avenue Hippocrate, B-1200 Bruxelles.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
(2). Ce point de départ ne convient déjà pas
à toutes les situations.
P. ex., la famille d'origine pouvait être monoparentale, par
choix de la mère, avec père géniteur non
identifiable ou exclus.
(3). Nous supposerons qu'il s'agit d'enfants biologiques ou/et
adoptés du couple parental séparé. De loin en loin, il y a
aussi des enfants en simple accueil familial, ou d'autres
issus en partie d'autres unions (déjà demi-frères ou soeurs
entre eux).
(4). Les inverses sont d'ailleurs possibles : "Leur sort est
terrible, dans ces chaos, ou... c'est une aventure tellement
stimulante pour leur créativité".
(5). Loi, dans l'acceptation d'un énoncé général qui établit les
rapports constants et nécessaires entre des phénomènes.
(6). On ne peut néanmoins pas pousser à l'extrême cette logique de
la reconnaissance filiale. De loin en loin, sans que l'enfant ne
soit capricieux, ni n'obéisse à des suggestions grossières, on voit
s'installer des aversions très farouches et persistantes à l'égard
du parent parti : l'enfant, en son nom, ne parvient pas à lui
pardonner quelque chose. Ici, il faudrait parfois pouvoir
s'incliner et se résigner à suspendre la
matérialité des visites.
(7). Dans une maison de taille modeste, où plusieurs enfants
débarquent en visite le week-end, il peut être inévitable que
l'enfant plus permanent doive partager sa chambre... mais, s'il
s'agit de visites, même régulières, on pourrait officialiser qu'il
s'agit toujours de sa chambre, et que les autres en sont des invités : de
marque, sans doute, mais invités... en leur donnant d'autres
privilèges à d'autres moments.
(8). C'est souvent la règle, du moins au début... Il y a néanmoins
des exceptions et des provocations.
P.ex., telle adolescente de 15 ans prendra plaisir à discuter
contraception avec l'amie du père, puis à y faire une allusion
subtile face à sa mère... Idéalement, que devrait lui répondre
l'amie du père quand elle est interpellée ??
(9). Il y a une importante exception à cette
non-institutionnalisation : l'obligation parentale, elle, continue
bel et bien à exister légalement.
(10). Du moins si père et mère ont pu faire taire leurs dissensions
quand il s'agit d'éduquer.
(11). On peut raisonner de même pour les amours homosexuels.
(12). De très loin en très loin, on voit même que cet adulte avait un
projet pédophilique dès le début, et qu'il n'utilisait le soi-disant
lien avec la mère que pour s'emparer des enfants.
(13). A ceci prés que, avant l'adolescence, légalement, on ne pense
pas qu'un mineur soit capable de donner une adhésion authentique
aux propositions sexuelles d'un adulte.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 20 mars 2003.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un fichier en traitement de texte word 6.0 remis par le
professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds