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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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Enfants et adolescents
sans-papiers.
* biographie et receuil de publications scientifiques du
professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Enfants et adolescents sans papiers.
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(1)
Août 2000.
J.-Y.HAYEZ, D. CHARLlER,
E. DE BECKER, B. HECQUET
Mon identité de psychiatre d'enfants et
d'adolescents m'amène à m'occuper centralement
de mineurs d'âge. C'est d'eux dont je vais
parler; lorsqu'ils sont sans papier. N'en
déduisez néanmoins pas que je considère leur
sort plus digne d'intérêt que celui des adultes
sans papier : il ne saurait y avoir de prise de
position éthique ni de justice sociale à deux
vitesses, en fonction de l'âge des personnes
concernées.
Mon langage sera celui du clinicien qui a
investi, dès le début de sa carrière, une
partie de son coeur et de son temps à des
problèmes de " pédopsychiatrie sociale ",
témoin comme tous nos concitoyens, des
relations tellement difficiles entre les sans-
papiers et la société belge, et confronté
directement, de loin en loin à l'aide directe à
un enfant ou/et à une famille sans papiers
(2).
Je ne suis néanmoins pas expert de la question,
comme peuvent l'être les anthropologues,
sociologues, politologues, etc ..., l'on voudra
bien excuser telle ou telle erreur
d'appréciation présente dans mon texte, mineure
je l'espère.
Dans ce texte, je recours à la qualification "
sans papiers " parce qu'elle est très parlante
même si elle n'est pas strictement exacte sur
le plan administratif à chaque étape du
processus. Il désigne les mineurs d'âge ou/et
leurs familles, fuyant la pauvreté ou/et la
persécution dans leur propre pays et émigrant
chez nous avec au mieux l'espoir d'y être
officiellement accueillis et pire celui de
gagner du temps et d'y survivre vaille que
vaille dans l'illégalité pour une période
indéterminable. On sait ce qu'il en advient :
un petit nombre finit par être régularisé, le
plus souvent au terme d'un parcours du
combattant très éprouvant. Beaucoup se trouvent
en période d'attente longue et incertaine de
cette hypothétique régularisation, dans des
centres ouverts ou ailleurs; d'autres nombreux
aussi vivent dans l'illégalité au vu et su de
la communauté, espérant que l'épée de Damoclès
de l'obligation de quitter le territoire ne
leur tombera pas trop vite dessus; d'autres -
encore nombreux - vivent cachés dans la
clandestinité : quelques-uns sont parqués dans
les centres fermés, capturés dès leur tentative
d'entrée en Belgique ou au terme de leur
clandestinité, sur base de critères qui, vus de
loin, ont l'air bien aléatoires puisqu'il
s'agit fondamentalement d'une opération de
marketing pour rassurer l'opinion publique sur
la vigilance et la fermeté du gouvernement;
beaucoup enfin finissent par être expulsés,
dans un contexte de pseudo-soumission ou de
violence, individuellement ou collectivement.
Pour décrire ces enfants sans papiers, je
distinguerai schématiquement quatre situations :
I. les familles en attente d'une hypothétique
régularisation de leur statut.
II. les familles vivant dans l'illégalité
voire la clandestinité,
III. les familles parquées en centres fermés,
IV. les mineurs d'âge non accompagnés.
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I. LES FAMILLES EN ATTENTE D'UNE HYPOTHETIQUE
REGULARISATION DE LEUR STATUT.
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1. Bien avant la sortie " définitive " de leur
pays d'origine, les enfants de ces familles
vivent très souvent dans des conditions
matérielles et humaines éprouvantes :
* Pauvreté; manque d'une partie des
approvisionnements matériels et spirituels
nécessaires à une bonne croissance;
indisponibilité relative des parents, pris dans
le struggle for live, et obligation faite aux
enfants de participer aux processus de survie,
etc ...
* Ou/et persécution plus ou moins intensive de
la famille : l'enfant est à tout moment le
témoin impuissant des humiliations faites à ses
parents voire des agressions qu'ils subissent :
il " participe " à l'ambiance d'insécurité
parfois violente dans lesquelles baigne sa
famille.
S'ensuit, un jour, le départ du pays parfois
sous forme de fuite avec obligation de se
cacher; une arrivée rapide dans la " terre
d'asile " est loin d'être la règle : plus
souvent, il y a errance d'un pays à l'autre et
voyages dans des conditions parfois dantesques.
L'insécurité vécue par tous et particulièrement
par les enfants monte donc de quelques crans :
néanmoins, au fur et à mesure, qu'ils
grandissent, ces derniers apprennent souvent à
n'en trop rien montrer : nous y reviendrons
bientôt.
A l'occasion du grand départ, ces enfants
vivent un premier et cruel déracinement : perte
de leurs amis, de visages familiers, de leur
famille élargie ...; perte des objets et du
territoire spatial auquel ils étaient attachés
... perte de leur culture ... toutes pertes
parfois inattendues et brutales, et souvent
sans l'espoir de retrouvailles : matériellement
parlant, tout s'efface brutalement et
définitivement.
2. Hélas, ce contexte relationnel défavorable
ne disparaît pas totalement, loin de là, avec
l'entrée de ces familles sur notre sol national.
Alors qu'une société riche et cultivée comme la
nôtre devrait veiller activement à redonner la
plénitude de leurs droits à ces enfants ( ...
et à leurs parents ), on constate que cette
attitude d'accueil et de justice désintéressés
n'est le fait que de minorité. Les pouvoirs on
place eux, sont des plus frileux et la majorité
de la communauté fait la politique de
l'autruche. Et donc, ces déracinés continuent à
vivre des expériences matérielles ou
psychologiques négatives; analogues ou
identiques à ce qu'ils vivaient dans leurs pays
d'origine.
* Les familles sans papier ne reçoivent pas les
marques de respect destinées aux êtres que l'on
estime, elles passent souvent pour qualité
négligeable, enlisées dans l'inertie d'une
bureaucratie dont on se garde de leur expliquer
les subtilités ... quand elles ne sont pas
directement l'objet de vexations et
d'humiliations.
Ces attitudes qui pèsent sur les parents
rejaillissent sur les enfants et sont à
l'origine de tenaces sentiments d'infériorité.
Elles empêchent ainsi que naisse ou se
développe le désir de s'intégrer dans une
société " d'accueil ", vécue comme si
malveillante : il s'ensuit notamment des
difficultés scolaires ( p. ex : des difficultés
d'apprendre et de manier la langue du pays
réceptionnaire ). D'autres accumulent en eux
une base d'abord bien rentrée, mais qui
s'extériorisera plus tard dans la vie lors de
l'adolescence.
* Les familles sans papiers en attente de
régularisation, continuent à vivre dans
l'insécurité : de quoi sera fait l'avenir?
Accueillis ou expulsés? Comment se débrouiller
matériellement, même petitement? Celui qui nous
parle, est-ce un vrai allié ou cherche-t-il à
nous tromper, etc.
Cette insécurité vécue par les familles
rejaillit aussi sur les enfants : ceux-ci s'en
retrouvent davantage sur le qui-vive, moins
détendus, moins créatifs, moins fantaisistes
que la moyenne des enfants de leur âge. Pire
encore, ils continuent à ne pas se donner le
droit de manifester leurs propres pensées,
images et questions angoissées et de
communiquer à ce sujet avec leurs parents. Ils
essaient souvent, comme ils le peuvent,
d'épargner de nouveaux soucis à ceux-ci et de
se montrer solidaires avec les besoins de
survie de la famille ( enfants " parentifiés
").
Retenir et soi l'angoisse n'est néanmoins pas
un procédé très protecteur de la santé mentale
( par ex. : décomposition psychologique à moyen
terme; à plus court terme, difficultés de
concentration et instabilité, etc ...
* Les familles continuent à vivre dans des
conditions matérielles précaires; les nombreux
soucis qui assaillent les parents et les
nécessités économiques qui les accaparent,
entraînent qu'ils sont émotionnellement moins
sereins et moins disponibles pour l'éducation
que la moyenne des parents. Les enfants ont
moins d'occasion de faire des expériences de
vie diversifiées; les besoins d'intimité ne
sont pas non plus toujours bien rencontrés (
par ex. : vie en centre collectif ouvert ).
Les conséquences sur l'épanouissement des
potentialités positives de l'enfant ne sont pas
spécifiques : on les retrouve chez tous les
enfants des familles pauvres, elles tournent
autour du manque relatif de stimulation du
langage et d'autres schémas cognitifs, du
manque d'occasions expérientielles proposées
aux enfants, et des agressions répétées de leur
territoire interne par de nombreux stress (
promiscuité, tensions, ...) qui empêchent
d'élaborer sereinement leur projet de vie.
* Enfin, déjà dans cette première catégorie de
situations de " simple " attente, l'enfant fait
l'expérience que les lois et les règles qui
régissent la vie en société n'ont pas la même
juste sollicitude pour tout le monde.
Théoriquement, les droits de l'homme sont
universels et doivent être universellement
protégés par ces lois et ces règles, au service
de chacun ( qui reçoit une attention juste et
égale aux autres ) et du groupe ( dont la
convivialité est garantie).
Ici pourtant, en vivant avec ses parents le
destin si aléatoire de sa famille et en
observant les interactions de la société "
d'accueil " avec elle, l'enfant fait surtout
l'expérience de l'arbitraire et de la toute-
puissance de certains et majoritairement des
pouvoirs officiels en place.
Que lui importe, à lui, le cynique adage : " On
ne peut pas soigner toute la misère du monde "
s'il vit au quotidien que sa famille est
traitée d'une manière radicalement différente
de celle de ses condisciples ou camarades de
rue!
Face à cette expérience de l'arbitraire,
certains enfants s'étiolent et s'écrasent, et
se soumettent de l'intérieur : les voici partis
pour assumer des rôles sociaux passifs,
d'assistés ou d'exécutants sans créativité; ils
croient de moins en moins en la valeur de leurs
droits, en la force de leurs paroles, en
l'intérêt pour eux et pour les autres de leurs
idées et compétences les plus originales. Tout
au plus risquent-ils par-ci par-là un petit
message, une petite arnaque, pour échapper aux
frustrations les plus criantes ... Rien à côté
du professionnalisme de la KBLux, et pourtant
s'ils sont pris sur le fait, on en profitera
pour discriminer tous les étrangers " tous
menteurs et filous ".
D'autres bien moins nombreux, développent une
agressivité à l'instar de l'arbitraire qu'on
leur destine; agressivité qui se manifeste
surtout à l'entrée de l'adolescence via des
comportements de transgression et de
délinquance. S'ils sont pris sur le fait, eux
aussi, nous nous garderons bien de mettre en
question notre responsabilité dans la genèse de
leurs comportements ...
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II. Et si une famille sans papiers, dont la
régularisation a été refusée, vit dans
l'illégalité voire la clandestinité?
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Les facteurs que nous venons d'évoquer à propos
des familles " simplement en attente "
continuent à opérer avec davantage d'intensité
l'expérience de l'humiliation, de l'insécurité,
de la précarité et de l'arbitraire social.
* Comme leurs parents n'ont plus de moyens
officiels d'assurer leur subsistance
matérielle, c'est le plus souvent la nécessité
et le règne de la débrouille et du travail en
noir. Les conditions pénibles de celui-ci et
l'irrégularité des rentrées financières
accroissent encore l'insécurité et
l'indisponibilité des parents. C'est ici par
exemple que l'on voit de tout petits enfants
accompagner leur maman mendiante sans guère de
stimulation au fur et à mesure que passe la
journée : couchés sur quelques chiffons sur le
pas de la porte de nos grands magasins, ou
somnolant dans le giron de leur mère, ils
peuvent s'imprégner à longueur de temps de
combien ils sont quantité négligeable, des
comportements de quémande de leur mère, et des
rebuffades qu'elle subit, ou de la pitié de
quelques-uns comme signes les plus répétitifs
des rapports sociaux qui leur sont destinés.
D'autres enfants, plus grands, participent
directement à l'activité de mendicité :
réfléchit-on assez aux dégâts psychiques qui
s'ensuivent? Comment un enfant peut-il vivre ce
fait de devoir tendre la main et d'avoir à
apitoyer pour survivre? Comment peut-il garder
confiance en la richesse humaine qui est en
lui? Comment peut-il continuer à se sentir
l'égal des autres? N'est-il pas inévitable que
s'accumule en lui une charge de honte et
d'infériorité, ou - au mieux - de haine rentrée
et de désir de tromper?
* La famille, ici concernée, témoigne au
quotidien de sa capacité de transgresser les
lois au moins dans certains domaines. Il reste
rare qu'elle devienne franchement et gravement
délinquante, mais pour les petites choses de la
vie, elle se doit de tromper l'Etat pour
survivre dans l'incertitude et la précarité.
* Quelle leçon de vie en tirent les enfants?
S'identifient-ils à cette dimension de
fonctionnement de leurs parents? En acquièrent-
ils eux aussi un style de vie roublard et peu
fiable? Mais si c'est imité à une partie de
leurs rapports humains, face aux forts et aux
nantis, est-ce négatif ou est-ce une preuve de
leur résilience? Ne pas se laisser abattre par
l'arbitraire, n'est-ce pas ici un signe de
bonne santé mentale? Oui, peut-être ... mais
apprennent-ils à faire la part des choses? Et
plus fondamentalement, n'est-ce pas dommage de
devoir construire une partie des rapports
sociaux sur la force et la ruse, plutôt que de
partager dans la justice et l'authenticité?
* En principe, et même dans ce contexte
d'illégalité, l'Etat belge, qui ne manque pas
de paradoxes, voudrait maintenir et garantir un
accès des personnes concernées à des
équipements sociaux " basiques " : droit à
l'éducation, à la médecine préventive ( ONE )
ou aux soins ... en constituent ici les
principaux.
En ce qui concerne le droit maintenu pour les
mineurs à l'éducation scolaire, il faut être
conscient que, si un certain nombre de parents
en font usage, portés par le désir de donner le
meilleur à leurs enfants, ce n'est jamais sans
avoir le coeur chargé d'angoisse ... en effet,
quelles que soient les promesses faites par les
autorités compétentes dans ce champ social de
l'éducation, l'accueil sur place des enfants,
école par école, reste inégal et surtout, les
conflits de compétence étant ce qu'ils sont, il
arrive encore de loin en loin, que des
gendarmes viennent retirer sauvagement d'une
école un enfant ou un adolescent, même s'il y
était intégré depuis 3, 4 ans ... Même si de
tels faits deviennent rares, ils existent
encore et constituent des symboles et des
raisons pour que les familles - et leurs
enfants - doutent profondément de notre vraie
justice sociale.
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III. ET LES FAMILLES PARQUEES EN CENTRE FERMES?
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Cette éventualité,la plus lourde et la plus
inacceptable, concerne régulièrement des
enfants : ils sont parfois très jeunes, aux
côtés d'une maman seule; parfois c'est une
famille complète : la durée de leur séjour est
variable, mais a déjà atteint plusieurs mois.
Jusqu'en août 1999, ces enfants étaient
abandonnés à leur sort sans sollicitation
particulière, avec un bout de terrain vague
entouré de barbelés pour taper la balle et en
prime, un avion qui décolle toutes les soixante
secondes à leurs oreilles. Après, sous la
pression des organismes de lutte pour les
droits de l'homme et de l'opinion publique,
leur sort matériel s'est amélioré : quelques
jouets, de l'instruction ... jusqu'à des
invitations par les autorités communautaires
pour qu'ils puissent bénéficier d'un
enseignement à l'extérieur du centre.
Que l'on n'en retrouve néanmoins pas trop vite
la douce certitude du devoir positif accompli!
En effet, ces mesures sociales d'amélioration
de leur vie quotidienne comportent le grand
risque d'assoupir les consciences, comme si le
nécessaire avait été fait! Comme si,
maintenant, on avait le droit de se soumettre à
ce qui est scandale de l'enfermement
d'innocents enfants et adultes, sans décision
ni contrôle judiciaire, pour seul délit la
couleur de peau! A quoi sert d'avoir mis sur
pied tant de nobles structures, de délégués
généraux aux droits de l'enfant jusqu'aux juges
de la Jeunesse, à quoi sert d'avoir délégué au
pouvoir des partis qui se disent progressistes
s'ils disent ne savoir rien faire pour empêcher
cette atteinte aux droits de l'homme? Ce n'est
en tout cas pas à partir de mesures qu'ils
prennent pour améliorer le quotidien des
familles enfermées qu'ils doivent regagner le
plus profond de notre accord et de notre
estime.
* Dans ces centres fermés, inévitablement le
stress, la révolte d'adultes désespérés et qui
n'ont plus rien à perdre, les germes de
violence sont bien plus élevés que partout
ailleurs tout comme l'est aussi la marque de
territoire personnel de vie et d'intimité.
Et donc le vécu d'insécurité des enfants est
bien plus élevé, lui aussi; n'y sont-ils pas
régulièrement exposés, par exemple, à des
expériences effrayantes comme : mutinerie,
bagarres physiques, violences sexuelles,
désespoirs bruyants des parents ... Expériences
effrayantes génératrices de syndrome de stress
post-traumatique qui peuvent être intenses et
de longue durée.
* Mais surtout, l'expérience de l'injustice et
de la toute-puissance arbitraire de l'Etat
atteint ici son paroxysme. L'enfant doit
assimiler l'incompréhensible, c'est-à-dire le
fait qu'il est mis en prison, lui et ses
parents, sans avoir rien fait de mal : à cela
s'ajoute que les critères et les procédures de
sortie sont aussi illogiques que ceux d'entrée.
Pas de chance à l'entrée et pour la sortie,
c'est aussi bien la roulette russe!
Comment n'en résulterait-il pas un sentiment
d'infériorité et un désespoir radicaux? Avoir
cinq ans et vivre en prison, sans indication de
durée, sans que papa et maman puissent
expliquer ou faire quelque chose ... devoir
réintégrer la prison après quelques heures de
classe " offertes par la communauté française "
... passer indéfiniment du chaud au froid,
sans mot possible pour donner un sens ...
Comment n'en résulterait-il pas d'importants
troubles de l'image et de l'estime de soi ...
et un doute sur la valeur des parents et de la
famille? " Qui suis-je? Qu'ai-je fait de mal
pour mériter cela? Où sont mes fautes et celles
de mes parents? ".
Comment n'en résulterait-il pas une
appréciation erronée et pessimiste sur ce qui
est permis et défendu et, plus radicalement,
sur ce qui est Bien et Mal ... jusqu'à se
sentir coupable de porter son nom, d'avoir son
histoire et la couleur de sa peau!
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IV. ET LES MINEURS NON ACCOMPAGNES?
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J'évoquerai seulement les mineurs entrés en
terre belge avant l'âge de seize ans
(3).
Comme pour tous les sans-papiers, il est rare qu'ils
y arrivent en dehors d'une histoire de vie
éprouvante : familles éclatées, morts
violentes, persécution subie par leurs parents,
... ou " au mieux ", misère, ...
Face à quoi d'emblée ou progressivement, ils
font preuve de cette qualité d'être chevillée
au cours d'une partie des situations que les
psychologues viennent de redécouvrir, et que
l'on appelle la résilience.
Résilience : capacité à rester debout sur les
cadres de l'adversité et même, à puiser en
elles l'énergie nécessaire à une vie psychique
( et peut-être même physique vigoureuse ).
Capacité à se débrouiller seul, à ne pas avoir
besoin de l'aide des autres dans des
environnements indifférents et hostiles.
Peut-on se réjouir de l'existence et de la
vigueur de la résilience de certains? Oui, sans
doute, et même l'admirer, mais seulement
jusqu'à un certain point, car il y a un prix à
payer : l'enfant résiliant, qui a vécu et
continue à vivre dans un environnement dur,
apprend à se méfier, à ne plus faire part de
ses idées et de ses sentiments, à ne plus
s'abandonner dans un lien intime. Il apprend à
esquiver, à tromper son monde. Il est
perpétuellement sur le qui-vive, ne sait plus
se récréer, ne se reposer ... Il retrouve en
lui quelque chose de l'animal sauvage et
devient hypervigilant dans un monde hostile.
Mieux vaudrait donc que, tout en saluant au
passage la force intérieure et la capacité
d'autonomie de cet enfant résiliant, on lui
offre à nouveau un environnement amical et
accueillant qui lui donne la possibilité de se
laisser aller parfois, de partager et de
recevoir présence, aide et amitié
(4).
Est-ce bien ainsi que nous fonctionnons à
propos des mineurs non accompagnés? Constituons-
nous vraiment cette terre d'accueil sur
laquelle ils pourraient enfin se reposer?
Jusqu'il y a peu, à leur arrivée, ils ne
faisaient l'objet d'aucune considération
spéciale à l'office des étrangers ...
Aujourd'hui, la ligue des droits de l'homme, le
délégué général aux droits
de l'enfant,
certains mandataires politiques s'émeuvent à
leur sujet, et il circule des projets de loi
qui garantissent mieux leur dignité et la
protection de leurs droits ... pendant qu'ils
conservent le statut de mineurs. Mais seront-
ils votés un jour?
Les autorités fédérales, en concertation avec
des communautés, ont l'air de commencer enfin à
réaliser qu'il est particulièrement scandaleux
de les parquer en centres fermés, et l'on parle
d'aménager à leur intention l'un ou l'autre
centre ouvert
(5)
spécifique.
Très bien. Ou, plus exactement, c'est mieux que
rien!
Il est néanmoins injustifié de se donner bonne
conscience, une fois encore si ces mesures
s'arrêtent à la fin de la majorité. Comme il
est illusoire d'imaginer que l'on ramènera la
paix intérieure et la confiance en l'être
humain dans le psychisme de ces mineurs, s'ils
savent que d'éventuelles mesures " davantage
humaines " ne constituent qu'un sursis ... et
que, juste après la majorité, ce sera le retour
dans leur pays d'origine s'ils ne correspondent
pas aux conditions les plus restrictives de la
convention de Genève.
Ne serait-il pas éthique alors de prendre,
radicalement, en considération les grands
sacrifices qu'ils ont faits en se coupant de
leur famille et de leur culture d'origine? Sur
cette base, pour cause de courage, ne serait-il
plus humain de leur accorder l'aide et de leur
rendre de la sorte confiance dans l'accueil de
l'homme par l'homme?
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Mes propositions, en contrepartie des pratiques actuelles.
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Il faut être réalistes : il restera inéluctable qu'une partie des personnes qui entrent
sans papiers dans notre pays, en ce inclus des familles, n'y soient pas acceptées.
Alors, comment réagir quand même de manière plus positive ?
Comme tous les professionnels concernés, je demande que les services
administratifs ou judiciaires qui opèrent, le fassent avec diligence, dans une
ambiance d'accueil des personnes, et avec des critères qui soient clairs et
généralisables. On reste très loin du compte.
Même lorsqu'en travaillant ainsi, telle famille serait dans des conditions d'expulsion, il
faut admettre des exceptions, en fonction de la simple « humanité ».
A mon sens, il est inconcevable qu'une famille pas en règle de papiers, mais intégrée
positivement depuis plus de trois ans dans le tissu social d'un village ou d'un
quartier soit encore expulsée : un non sens, elle
a « mérité » de rester en Belgique.
Il est scandaleux et écoeurant d'apprendre qu'un jeune biélorusse de dix-sept ans,
prêt à être adopté par la famille qui l'accueillait chaque année dans le cadre de
séjours « Tchernobyl » ait été expulsé définitivement. Depuis lors, on a perdu toute
trace de lui en Biélorussie : sans le moindre lien familial, il doit végéter dans un
orphelinat d'État. Et la famille d'accueil a des ennuis judiciaires, pour avoir aidé une
résidence illégale en Belgique : à hurler de bêtises ou d'inhumanité.
Il faut laisser libres, là où elles sont, sans enfermement, les familles destinées à être
expulsées, avec une surveillance policière ou communale renforcée : à pratiquer de
la sorte dans d'autres pays, on a constaté que seuls quelques pourcents
disparaissent dans la clandestinité : les enfants, ici, constituent un formidable facteur
« limitant » qui rend très difficile de s'évanouir dans la nature. Et ces quelques pour
cents de perte à durée indéterminable, est-ce
vraiment un drame d'Etat ?
Enfin, une idée consternante commence à monter à l'esprit de quelques hommes
politiques : celle de confier les enfants à des familles d'accueil pendant qu'on
enferme leurs parents. Ici, le remède est pire que le mal : c'est encore un peu moins
pire de laisser les enfants enfermés avec leurs parents. C'est de leurs parents que
ces enfants ont besoin : la convention des droits de l'enfant proclame haut et fort le
droit de principe à la famille naturelle. Cette idée de famille d'accueil séparerait les
enfants de leurs parents, alors qu'une épée de Damoclès pend sur la tête de ces
parents ( qui, par ailleurs n'ont rien fait de mal ). Vous imaginez d'ici l'angoisse
cataclysmique que connaîtront ces enfants, persuadés que leurs parents sont en
danger loin d'eux et qu'ils ne les reverront peut-être jamais.
- Notes. -
(1). Dans la suite du texte, le terme " enfants
" ou " mineurs d'âge " désignera l'ensemble des
mineurs d'âge sans autre spécification. Lorsque
des distinctions seront nécessaires,je
parlerai d'enfants pré-pubères ( avant 13 ans
), d'adolescents ( après 13 ans ), d'enfants
d'âge pré-scoIaire ( avant 6 ans ) et d'enfants
en âge scolaire ( de 6 à 13 ans ).
(2). Pour être plus efficaces, avec quelques
collègues nous avons fondé le groupe SPES :
groupe inter-universitaire et de hautes écoles
pour les sans-papiers : groupe ouvert à tous
les membres des communautés universitaires et
de hautes écoles, SPES prend régulièrement des
positions publiques en faveur des sans-papiers,
seul ou avec d'autres associations ( Ligue des
droits de l'homme, Ligue des droits de
l'enfant, MRAX, etc ...). Plus spécifiquement,
il veut sensibiliser les membres de ces
communautés d'enseignement à la problématique
des sans-papiers et aux désirs non-
démocratiques qu'elle génère. Renseignements
complémentaires sur SPES chez l'auteur de l'article.
(3). Pour les autres, il se pose parfois de
délicates questions quant à l'appréciation et
de leur âge réel et de leur statut de mineurs
ou de majeurs, en référence à la législation
belge ou à celle de leur pays. Je me bornerai à
dire que :
- un doute éventuel quant à leur âge devrait
jouer en leur faveur,
- la détermination de l'âge effectif par la
méthode de l'âge osseux n'est pas complètement
fiable; pour statuer de l'âge, il faut intégrer
les apports de plusieurs sources, comme le
discours du mineur lui-même recueilli dans de
bonnes conditions et l'évaluation de son
développement psychologique;
- l'on devrait se référer à la loi belge qui
situe la majorité à 18 ans;
- si l'on statue qu'il est mineur, quel que
soit son âge d'arrivée, on devrait raisonner
comme pour tous les mineurs choqués dans ce
cas.
(4). L'image qui me vient fera sans doute
sourire : c'est la dernière image du film "
l'empire du soleil " de S. Spielberg : après
avoir survécu seul pendant quatre ans dans un
camp japonais de prisonniers de guerre, entre
ses 10 ans et ses 14 ans, Jim retrouve enfin
ses parents juste après la guerre. Il étreint
sa mère et la caméra montre en gros plan ses
yeux qui, lentement - pour la première fois
depuis tant de temps - s'abandonnent et se
ferment, se reposant sur elle ...
(5). Dans ces nouveaux centres, il ne sera ni
plus ni moins difficile de protéger certains
d'entre eux, menacés par des tentatives
mafieuses de les inclure dans des réseaux de
prostitution ou de délinquance organisée. Sans
nier le poids de cette menace pour quelques-
uns, ni la difficulté à y faire face, il m'a
toujours semblé scandaleux de se servir d'elle
comme justificatif pour prétexter que garder
des mineurs en centre fermé, c'était les
protéger ...
Création le 10 août 2003.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un texte remis par le professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Cochez ici pour télécharger
le texte original et
intégral de ce site en format traitement de texte.
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
Enfants et adolescents sans papiers.
I. Les familles en attente d'une hypothétique
régularisation de leur statut.
II. Et si une famille sans papiers, dont la
régularisation a été refusée, vit dans
l'illégalité voire la clandestinité?
III. Et les familles parquées en centre fermés?
IV. Et les mineurs non accompagnés?
Mes propositions, en contrepartie des pratiques actuelles.
Notes.
- Notes automatiques. -
.
.
Note 1.
(1). Dans la suite du texte, le terme " enfants
" ou " mineurs d'âge " désignera l'ensemble des
mineurs d'âge sans autre spécification. Lorsque
des distinctions seront nécessaires,je
parlerai d'enfants pré-pubères ( avant 13 ans
), d'adolescents ( après 13 ans ), d'enfants
d'âge pré-scoIaire ( avant 6 ans ) et d'enfants
en âge scolaire ( de 6 à 13 ans ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 2.
(2). Pour être plus efficaces, avec quelques
collègues nous avons fondé le groupe SPES :
groupe inter-universitaire et de hautes écoles
pour les sans-papiers : groupe ouvert à tous
les membres des communautés universitaires et
de hautes écoles, SPES prend régulièrement des
positions publiques en faveur des sans-papiers,
seul ou avec d'autres associations ( Ligue des
droits de l'homme, Ligue des droits de
l'enfant, MRAX, etc ...). Plus spécifiquement,
il veut sensibiliser les membres de ces
communautés d'enseignement à la problématique
des sans-papiers et aux désirs non-
démocratiques qu'elle génère. Renseignements
complémentaires sur SPES chez l'auteur de l'article.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 3.
(3). Pour les autres, il se pose parfois de
délicates questions quant à l'appréciation et
de leur âge réel et de leur statut de mineurs
ou de majeurs, en référence à la législation
belge ou à celle de leur pays. Je me bornerai à
dire que :
- un doute éventuel quant à leur âge devrait
jouer en leur faveur,
- la détermination de l'âge effectif par la
méthode de l'âge osseux n'est pas complètement
fiable; pour statuer de l'âge, il faut intégrer
les apports de plusieurs sources, comme le
discours du mineur lui-même recueilli dans de
bonnes conditions et l'évaluation de son
développement psychologique;
- l'on devrait se référer à la loi belge qui
situe la majorité à 18 ans;
- si l'on statue qu'il est mineur, quel que
soit son âge d'arrivée, on devrait raisonner
comme pour tous les mineurs choqués dans ce
cas.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 4.
(4). L'image qui me vient fera sans doute
sourire : c'est la dernière image du film "
l'empire du soleil " de S. Spielberg : après
avoir survécu seul pendant quatre ans dans un
camp japonais de prisonniers de guerre, entre
ses 10 ans et ses 14 ans, Jim retrouve enfin
ses parents juste après la guerre. Il étreint
sa mère et la caméra montre en gros plan ses
yeux qui, lentement - pour la première fois
depuis tant de temps - s'abandonnent et se
ferment, se reposant sur elle ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 5.
(5). Dans ces nouveaux centres, il ne sera ni
plus ni moins difficile de protéger certains
d'entre eux, menacés par des tentatives
mafieuses de les inclure dans des réseaux de
prostitution ou de délinquance organisée. Sans
nier le poids de cette menace pour quelques-
uns, ni la difficulté à y faire face, il m'a
toujours semblé scandaleux de se servir d'elle
comme justificatif pour prétexter que garder
des mineurs en centre fermé, c'était les
protéger ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
Pour télécharger ce site ...
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Enfants et adolescents sans papiers.
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