|
Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
|
Les enfants
et adolescents
abusés sexuellement.
* biographie et receuil de publications scientifiques du
professeur Jean-Yves Hayez.
cochez nouveautés pour voir les textes les plus récents
|
" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
|
Louvain Méd.
112: 737-748, 1993.
|
Les enfants et adolescents abusés sexuellement.
|
J.-Y. HAYEZ.
(
1).
Le fascicule " Abus sexuel sur mineurs
d'âge" édité en 1991 par le Dr J.-Y. Hayez, et
sous presse dans la revue " Psychiatrie de
l'enfant ", vient d'obtenir le premier prix 1991
de la Société des sexologues universitaires de
Belgique. Cet article en constitue un résumé.
Le fascicule décrit de façon plus détaillée les
méthodes de prise en charge de ces mineurs
d'âge abusés sexuellement et notamment les
interventions de crise que peuvent avoir les
médecins de première ligne. Il contient
également les références bibliographiques
dont s'inspire l'auteur. Il est disponible au
secrétariat de l'équipe " SOS-Enfants-famille "
de l'UCL (2).
Les considérations émises ici à
propos de l'abus sexuel inspireront au lecteur
de larges analogies lorsqu'il est confronté à la
maltraitance physique, voire morale : dans les
cas les plus graves, il faudrait également ici
des interventions rapides et énergiques, très
semblables à ce qui est esquissé dans cet
article.
|
I. DEFINITIONS ET LIMITES DU CHAMP ÉTUDIÉ.
|
1. Nous appellerons " abus sexuel sur mineurs d'âge "
l'entraînement dans des activités
sexuelles, par des adultes et visant
principalement à satisfaire ceux-ci, de mineurs
d'âge encore immatures et dépendants qui ne
peuvent donc ni en comprendre radicalement
le sens, ni y donner leur consentement éclairé.
Ces abus transgressent soit les grands tabous
de l'humanité, soit, à tout le moins, les normes
de nos sociétés contemporaines.
Le consentement éclairé ( engagement de la
liberté en connaissance de cause ) est altéré,
souvent largement, par les limitations cognitives
liées à l'âge de l'enfant ( il ne sait pas vraiment de
quoi il s'agit et évalue la situation à partir de ses
propres besoins et références expérientielles à
lui ) et par la contrainte que fait peser l'adulte,
vis-à-vis duquel l'enfant se sent quasi toujours
quelque peu dépendant : cette contrainte brouille
sa lucidité et réduit l'autonomie de ses réponses.
L'existence d'une contrainte émanant de
l'adulte est signalée par la grande majorité des
auteurs. Il ne s'agit que rarement d'une violence
physique; plus souvent elle est " morale " (
séduction, valorisation de l'enfant, récompenses,
arguments intellectuels fallacieux, par exemple
autour du droit à la liberté sexuelle, chantage et
menaces ... tant à propos de l'acte que du secret à
garder ).
L'adulte abuse donc d'une position d'éducateur,
au moins au sens large du terme, que la
société lui demande de tenir à l'égard de tout
enfant, le sien ou un autre : même les rares fois
où il serait activement sollicité par un enfant
quelque peu perverti, tout adulte garde la
responsabilité de remettre celui-ci à sa place, ce
qu'il ne fait pas ici!
2. Cette définition pose divers problèmes
de limites qu'il est impossible de détailler ici.
3. Formellement nous distinguerons les
catégories suivantes d'abus sexuels,
selon leur
agent adulte et le lieu où ils se déroulent :

Les abus les plus fréquents sont les incestes, et
d'abord ceux commis par le père ou son
substitut. Il est malheureusement très difficile
d'avoir à l'heure actuelle des chiffres fiables de
leur prévalence. Les études que nous avons
recensées citent entre 5 à 20% de femmes qui,
mineures, auraient été soumises à des abus
sexuels répétés, et environ moitié moins de
garçons. L'abus peut commencer très tôt ( 10%
des cas ont moins de 6 ans ); le groupe d'âge le
plus fréquemment sollicité est celui des 10 - 14
ans.
|
II. IMPLICATIONS EMOTIONNELLES DES SOIGNANTS.
|
Il est bien rare que notre sérénité soit totale,
lorsque nous nous trouvons confrontés à
l'évocation et/ou à la prise en charge d'un abus
sexuel. Nos réactions ne procèdent pas de nos
seules fonctions cognitives, ni de notre unique
référence à une Loi - guide ultime de notre
conscience morale - qui interdirait la violence sur
autrui, l'inceste et les équivalents de celui-ci.
Elles procèdent aussi des " vibrations
idéo-émotionnelles, irrationnelles, que provoque en
nous l'évocation de l'abus. Selon la sensibilité
des uns et des autres, nous verrons se
développer par exemple :
- Une dimension d'incrédulité radicale : " Pas
possible que ça existe dans cette famille
respectable; cet enfant fabule ou alors, ça
s'est passé avec un étranger " ... Interdiction,
pour certains d'entre nous d'aller regarder du
côté de la sexualité des parents, surtout
lorsque la scène primitive déborde de son lit (
si nous osons dire ...) et qu'un parent aberrant
pourrait bien phagocyter n'importe qui passant à
sa portée (... donc le soignant aussi ). Ou bien,
besoin de protéger le parent supposé abuseur,
mais qui apparaît surtout comme démuni,
pitoyable ( surtout si on est déjà au préalable
son médecin traitant : alors, c'est l'enfant et
ceux qui s'occupent de celui-ci qui risquent
d'apparaître comme les persécuteurs, vicieux
ou paranoïaques, du pauvre parent ).
- Corollairement, souvent, une représentation
mentale où le mineur devient à son tour un
allumeur-pervers.
Inversement, une représentation mentale de
l'enfant innocent, qui n'y est jamais pour rien et
qu'il faut sauver à tout prix, contre l'adulte
abuseur monstre. Lorsqu'un soignant de l'enfant
a besoin de la sorte de constituer pour celui-ci
une Bonne Mère, un ange gardien qui perd toute
lucidité, et qu'il a en face de lui un autre ( groupe )
soignant qui se sent la Bonne Mère de l'adulte
suspecté, les affrontements entre " Mères " sont
parfois très féroces et, en fin de compte, le
passage à l'acte à la fois pervers et douloureux
se continue ... A chacun de retrouver assez de
lucidité pour reconnaître que " son " client est
peut-être pour quelque chose dans ce qui est
arrivé, et qu'il faut surtout le protéger de
continuer ...
- Une fascination voyeuriste pour la
sexualité perverse, avec, inconstamment,
une autocensure chronologiquement
seconde et d'ailleurs imparfaite à ce sujet,
puis des traquages, disqualifications et
condamnations sans merci des abuseurs...
pour fuir la culpabilité que nous
ressentons à leur ressembler un peu, du
moins dans le domaine du voyeurisme.
- Et, plus banalement mais omniprésente, une
angoisse excessive face aux réactions que l'on
prête imaginairement à l'abuseur ( violence ...
procès ). Au nom de cette angoisse, nous nous
montrons mous et bureaucratiques dans
l'investigation et nous cherchons le premier
prétexte venu pour ne pas aller plus loin ou/et
pour laisser s'enliser les choses; par exemple, un
Tribunal décrète que la seule parole de l'enfant
ne suffit pas pour étayer les faits ... et renvoie tout
le monde chez soi ... alors que les intervenants
spécialisés sont persuadés que l'abus existe, et
n'ont plus la protection de la loi pour s'interposer
...
Nous en dirons peu à ce sujet, renvoyant le lecteur
au fascicule sus-mentionné :
1. Beaucoup d'incestes père-fille,
qui
constitueront le paradigme de ce résumé, sont
appelés " névrotiques", dans l'acception large du
terme. Ils s'originent largement dans l'état
d'insatisfaction de soi vécu par chaque adulte du
couple parental et dans le manque
d'épanouissement de celui-ci. La mère ne
parvient pas à investir sa fille avec intensité, en
lui donnant envie de réaliser sa féminité avec des
gens de son âge, et elle n'a pas non plus la force
morale de bien la protéger.
Le père se " rabat " sur sa fille en dirigeant
vers elle une affectivité archaïque ( il lui demande
d'être une Mère comblante ), mais aussi des
pulsions génitales ( elle est sa " petite bonne
femme " avec qui il trouve son plaisir ) et des
pulsions agressives ( lui qui se sent quelque peu
raté, aime diminuer un plus faible ).
L'enfant est violée par lui par surprise, dans
une ambiance d'effroi, ou plus souvent accepte
de se laisser séduire. Que ce soit surtout par
peur, ou partiellement par connivence, elle ne fait
pas tout ce qu'il faut pour mettre fin aux
sollicitations. La mère, elle aussi, pratique la
politique de l'autruche, pour des raisons variées (
état dépressif basal ... peur de la solitude si le
couple éclate... ambivalence face à l'enfant, etc.).
Il en va de même pour la fratrie ( effroi,
indifférence ) ... et pour les témoins sociaux!
L'inceste se chronifie donc, et ses deux
partenaires les plus immédiats le vivent souvent
avec des sentiments très mélangés. Chez le père,
mélange de moments d'exaltation affective et
érotique, de honte et de culpabilité, celles-ci
étant bien vite refoulées : il assume son destin de
" maudit " ... et chez la fille, sentiments quelque
peu analogues, avec, en prime, la peur ( peur pour
son corps, peur d'être enceinte, peur d'être
agressée si elle dénonce le secret ... ou si elle ne
le dénonce pas et qu'on le découvre ). Elle aussi
tente de refouler ceux de ses idées et sentiments
qui sont les plus pénibles et elle se résigne à se
laisser faire, avec, deci delà, un petit flash
agréable ( plaisir sexuel ... illusion d'être
affectivement préférée ) mais bien plus
habituellement avec le refoulement, vaille que
vaille, d'une honte, d'un sentiment de menace,
d'une insatisfaction de soi qui lui empoisonnent
la vie. Mieux vaut essayer de ne pas trop
réfléchir, c'est ce qu'elle tente de faire en vivant
comme une automate et c'est alors que l'on
parlera d'un " syndrome d'accommodation " et
que par la suite on lui reprochera - bien
cruellement - cette phase de pseudo-fatalisme!
Dans une minorité de cas, l'inceste est
découvert, fortuitement ou parce que, n'en
pouvant plus, la fille finit quand même par
parler, par exemple à son petit ami. Même
alors, le drame peut se poursuivre : il est
assez fréquent que la famille soit
lourdement pénalisée, et qu'on le lui
reproche (... ou qu'elle se le reproche); il
peut arriver que l'on ne croie pas sa
version des faits, et qu'on la renvoie à son
abuseur, qui ne restera calme, par
prudence, que peu de temps. Les
éventualités où elle s'avérera bien aidée
par les mesures psycho-juridico-sociales
dont nous parlerons par la suite sont
relativement rares!
Dans la majorité des cas, l'inceste meurt
de sa belle mort (3)
, parce que la fille grandit et
n'intéresse plus son père, ou qu'elle
a fini quand même par avoir le courage de
le mettre à distance. Nous esquisserons
plus loin quelques répercussions
psychologiques qui se poursuivent à l'âge
adulte.
2. D'autres incestes père-fille
(4)
ne
répondent que partiellement ou pas du tout à
cette pathogénie :
- Milieux familiaux très autoritaires, avec
pères despotiques et voulant une emprise
totale sur leur fille.
- Milieux familiaux où la relation père-fille est
fusionnelle depuis toujours : pères qui veulent
prolonger avec leur enfant l'Oedipe
extraordinaire (... et quelque peu pervers ) qu'ils
ont eux-mêmes connus pendant leur enfance.
- Familles chaotiques, impulsives, sans sublimations.
- Incestes pervers stricto sensu : strictes
parties de plaisir sexuel, à deux ou en groupe, ou
se vivent aussi beaucoup de pulsions
archaïques, et où n'existe plus la moindre prise en
considération de la personne de l'autre :
chacun y est réduit à ses zones érogènes.
3. Lorsqu'il y a abus sexuel extra-familial
( pédophilie ), on constate souvent, de façon
encore plus patente que pour l'inceste, que la
rencontre du pédophile et de l'enfant est celle de
deux insatisfactions affectives, l'un et l'autre
cherchant dans leur partenaire le Bon Parent qui
lui a manqué ( ou la relation parent-enfant
fusionnelle qu'il a connue et dont il n'a pas pu
faire le deuil ).
S'ajoutent plus inconstamment, chez l'adulte
mais aussi, souvent, chez le mineur d'autres
dimensions comme :
- la volupté à transgresser l'ordre social ( et
même, l'ordre voulu par la grande loi humaine de
la séparation des générations ).
- la " simple " recherche répétée d'un plaisir (
affectif et sexuel ) vécu comme très satisfaisant (
conditionnement ).
- le désir de dominer, d'être plus fort que l'autre,
à qui on vole sa liberté ( esclavage de la
séduction ).
- le désir d'initier ( pas seulement à la sexualité,
mais à la vie : désir " pédagogique ", mais
dont, bien sûr, certaines des réalisations sont
perverses ).
- etc ...
|
IV. LES SIGNES CLINIQUES.
|
Lors des incestes, et principalement I.P, on
remarque souvent que :
- La famille, depuis toujours, présente des
signes " d'insatisfaction de soi ", ( dépression,
isolement social, solitude de chacun en son sein ).
- Après consommation des faits, dans un
premier temps, l'enfant montre beaucoup de
signes de stress aigu ( PTT de la
DSM III-R ) (5)
: angoisses, somatisations, régression scolaire,
signes de dépression. Il peut également
manifester qu'il se sent trompé par tous les
adultes, dont aucun ne le devine ni le protège (
signes agressifs ); il peut manifester des dégoûts
inattendus, et des changements dans son
comportement sexuel ( de la pudeur excessive à
l'hyperexcitabilité et à la provocation d'autres,
adultes inclus ...). Beaucoup de ces signes sont
peu spécifiques, mais devraient pouvoir être lus
par l'entourage, informel et professionnel,
comme l'indicateur qu'un souci important habite
le mineur. Ils devraient donc déclencher une
démarche de sollicitude active à son égard
(" Quelque chose ne va pas... Si on en parlait ? ":
il faut pouvoir insister sans faire violence ).
- Dans un second temps, le mineur essaie de
s'accommoder vaille que vaille au retour
imprévisible des sollicitations et des expériences
sexuelles. Les signes de stress aigu rétrocèdent.
Il vit comme une double vie. Cependant, si l'on
est attentif, on peut deviner que quelque chose le
tracasse et qu'il essaie de ne pas trop penser :
enfant ou adolescent " grave ", peu détendu,
morose, absorbé par ses idées, ayant l'air de
vivre une partie de sa vie comme un automate.
Signes discrets d'angoisse, d'agressivité,
d'insatisfaction de soi, de honte; isolement, manque de
créativité ...
- Après cessation de l'inceste, et pour peu qu'il
n'y ait pas eu traitement, les séquelles à long
terme sont diversement appréciées
par les auteurs : il est à la mode actuellement
d'affirmer qu'elles sont lourdes et systématiques
: une fois devenue adulte, la victime enkysterait
moins bien ses vécus pénibles qu'elle ne le
faisait, adolescente, et il s'en suivrait des états
dépressifs graves, des troubles
psychosomatiques, de l'anorexie mentale, une
méfiance radicale à propos de l'être humain, avec
isolement ou instabilité dans les liens existants,
des troubles psycho-sexuels variés ( frigidité,
homosexualité, etc.) Tous les psychothérapeutes
d'adultes connaissent des cas où le
retentissement à long terme de l'inceste leur
semble dramatique; la littérature également. Ces
cas existent, bien évidemment et ne sont
probablement pas rares. Il faut nous souvenir
néanmoins que nous ne disposons d'aucune
enquête épidémiologique fiable à ce sujet et
donc, nous pouvons également formuler
l'hypothèse que d'autres personnes cicatrisent
beaucoup mieux le retentissement psychique de
leurs expériences incestueuses.
- Lorsqu'il y a abus sexuel extra-familial, dans
un certain nombre de cas, la symptomatologie et
les séquelles ultérieures se présentent de façon
très analogue à celles de l'inceste.
Il faut se souvenir cependant que, s'il existe
des cas de pédophilie où la contrainte qui pèse
sur le mineur est forte, il en existe d'autres aussi,
probablement plus nombreux, où sa part de
consentement personnel est
- ou finit par être - plus
importante (6)
: ceci pourrait donner à penser, alors, que la
désorganisation psychique et les séquelles
négatives ultérieures seront moins importantes.
Il faut en accepter la possibilité. De là à imaginer
que la personnalité ultérieure de l'enfant devenu
adulte correspondra ipso facto à nos standards
culturels d'épanouissement, c'est à voir : on sait
par exemple qu'un certain nombre de pédophiles
actifs ont eux-mêmes été des enfants initiés de
façon perverse à la sexualité.
Pour qui veut bien les entendre et les voir;
ces signaux existent : ils " clignotent " même
parfois pendant des années, sans entraîner la
moindre réaction sociale. Ils se répartissent
dans les catégories suivantes :
1. Le comportement général du mineur impliqué;
ses paroles sur lui-même, la vie, sa
famille, les autres ...; inconstamment quelques
comportements non-standards pour son âge
dans le champ de la sexualité:
cfr les signes cliniques que nous venons de
décrire.
2. La manière d'être générale de sa famille :
insatisfaction, isolement, peu de capacité
d'investissement mère-fille ... ou au contraire
autoritarisme, fusion ostensible père-fille,
chaos : cfr ce que nous en avons dit en
esquissant la pathogénie.
3. Une première parole allusive,
discrète du mineur ... comme un coup de sonde
timide qu'il lance ... une réaction
émotionnelle plus personnelle qu'il se
permet d'avoir ( p.ex. après projection
d'un film de prévention ) : ces premiers
mots, ces signes discrets constituent
comme une flamme très vacillante ... qui
risque bien de s'éteindre au vent du
scepticisme, de l'indifférence, des
pressions négatives, de l'indélicatesse ... qui
ont toutes chances d'émaner de la
communauté adulte. Une fois éteinte,
malheureusement, il est fréquent que
cette flamme ne se rallume plus jamais (
syndrome de rétractation chez le mineur
qui a eu l'intuition fulgurante qu'il ne
pouvait pas vraiment compter sur la
protection des adultes ).
4. Que penser à l'inverse de la dénonciation
parfois triomphante proférée par certains
parents - souvent un conjoint séparé -
qui traînent avec eux un enfant qui répète
mot à mot leur discours? Ce sont
évidemment des situations difficiles, qui
ne méritent ni notre naïveté, ni au
contraire notre a priori négativiste. Il faut
les examiner soigneusement, au cas par
cas, en se donnant les moyens d'écouter
l'enfant séparément et, en cas de doute
persistant, de le mettre en observation en
le coupant provisoirement de ses parents.
5. L'apport de l'examen physique :
il existe des signes suspects dans plus ou moins
quarante pour cent des cas ... Ce sont
rarement des signes certains ou
quasi-certains ( traces de sperme, défloration,
forte dilatation anale, traumatismes
spécifiques, maladies vénériennes ...). En
cas de " simple " suspicion, l'examen
physique pourrait être l'occasion, pour
le médecin qui le pratique, d'un dialogue
exploratoire délicat avec l'enfant (" Je me
demande si quelqu'un n'abuse pas de ton
corps ...").
6. La parole
- coup de sonde du parent
témoin : lorsque ce parent est tracassé
par des signes incertains, et n'ose pas
vraiment les explorer plus loin et tout
seul, il se peut qu'il touche un mot de ses
inquiétudes a son médecin traitant, à son
psychiatre ou à un autre professionnel
de la santé en qui il a confiance. Il est
regrettable que ceux-ci aient plus
souvent un réflexe de minimisation que
d'accueil de cette parole angoissée et
hésitante. Mieux vaudrait écouter, inviter
à en dire plus, à chercher davantage de
détails, essayer de comprendre la
psychologie de l'adulte suspect, l'état du
couple ( si I.P. ) ... Cependant lorsque le
médecin veut aller de l'avant dans cette
exploration, il risque bien de se heurter à
l'ambivalence anxieuse de celui qui a
commencé à parler (" Après tout, non,
docteur, je m'en fais pour rien "), et il lui
faudra alors du courage pour inviter à
poursuivre.
Si le professionnel interpellé est un
psychothérapeute, nous sommes très conscients
de l'extrême complexité que peut représenter
pour lui le maniement de cette confidence, faite
par son client ( enfant ou parent-témoin ) : il
risque bien d'en réduire la signification à une
seule production du transfert de son client et d'y
réagir comme d'habitude, en gardant toute
l'interaction verbale qui s'en suivra bien protégée
par le secret professionnel. A notre sens, c'est
très dommage les fois où il s'avérait probable
que les mineurs d'âge sont impliqués dans la
réalité d'un abus sexuel, sans qu'ils aient grand
moyen de défense par leurs seules forces!
A tout le moins le psychothérapeute pourrait-il
donner clairement son impression sur ce qui lui
est dit, veiller à créer un contact rapide entre
son client et un intervenant spécialisé ( un "
TIS ", que nous décrirons par la suite ),
s'engager personnellement pour que ce contact
ait lieu, voire l'exiger s'il y a réticence. Est-ce
vraiment compromettre une psychothérapie
que de se poser clairement, jusqu'au bout,
comme garant du tabou de l'inceste?
1. Dans certains cas, le mineur parle spontanément
de ce qui est arrivé à un tiers non
familial en qui il a confiance. Ou alors, la
lisibilité des signaux d'alerte indirects est telle
qu'un tiers interpelle ce mineur et que celui-ci
finit par lui avouer les faits.
Alors le diagnostic repose donc d'abord sur la
parole fragile, vacillante du mineur :
l'impression largement prévalente parmi les
cliniciens habitués à ce domaine est que,
quand un mineur prend le risque
incroyablement angoissant ( dans son vécu subjectif )
de mettre en cause si gravement un adulte, la
plus grande probabilité est qu'il dit vrai sur le
fond, si pas sur tous les détails qu'il relate.
Ce mineur " fiable " se montre souvent
embarrassé, honteux de parler; il est capable
de donner des détails concrets en décrivant
parfois, avec le vocabulaire propre à son âge
des réalités qu'il ne devrait pas bien connaître.
Seuls pourraient prêter à caution et mériter des
examens plus approfondis de rares catégories
de mineurs comme : les pschotiques qui
délirent ou fabulent habituellement sur un
mode très cru; des enfants très jeunes ou très
imaginatifs; des mineurs psychopathes, très
décidés à se venger à n'importe quel prix d'un
adulte, et qui ont déjà montré leur capacité à
transgresser cruellement ...
Chez tous, les tests affectifs apportent souvent
des indications complémentaires, via le matériel
imaginaire et symbolique produit. Nous ne
recommandons guère le recours aux poupées
sexuées, trop suggestionnantes, à titre de
matériel diagnostique. L'examen physique doit
être fait systématiquement et apporte des
indicateurs de suspicion dans plus ou moins
40% des situations.
L'on doit recueillir aussi les impressions du
parent NA (7)
: passé un moment de choc,
d'incrédulité et d'ambivalence vis-à-vis de
l'enfant - qui justifie que l'on mette d'abord
celui-ci à l'abri, pour le premunir de la pression qui en
résulte - ce parent peut se reprendre
émotionnellement et collaborer au diagnostic.
Les personnes chargées du diagnostic essaient
encore d'associer à celui-ci d'autres adultes qui
interviennent dans la vie de l'enfant ( par
exemple instituteur, médecin traitant ); elles le
font par des prises de contact discrètes et/ou en
provoquant des réunions de concertation. Cette
association précoce se justifie de par la gravité
des enjeux et de par la prévisibilité des
protestations et contre-argumentations
bruyantes et passionnées qu'avancera le
supposé abuseur. Celui-ci cherchera souvent des
alliances dans son entourage, notamment parmi
les " professionnels de la santé " et parmi des
personnalités importantes susceptibles de faire
pression sur l'équipe diagnostique ( évêque,
recteur d'Université, maître d'une loge, etc.
invités à donner des coups de téléphone discrets
pour rassurer quant aux qualités humaines de
l'abuseur ...)
Pour prévenir ces manoeuvres, il est souvent
important que les personnes en charge de
diagnostic et d'intervention de crise contactent
préalablement les éventuels médecin traitant,
psychiatre ou/et autres travailleurs sociaux qui
accompagneraient déjà, pour d'autres raisons, le
parent NA et le supposé abuseur ( surtout si
celui-ci est l'autre parent ). Ceci pose
régulièrement, à ces intervenants contactés de la
sorte, de très délicats problèmes d'appréciation
quant au partage du secret professionnel.
Néanmoins, l'expérience montre que, si une
concertation peut avoir lieu avant le
déclenchement de la formidable crise familiale
qui va suivre, les professionnels concernés sont
encore capables de sérénité, de réflexion
objective, de partage tranquille d'impressions; ils
peuvent aussi se concerter pour se répartir les
tâches ultérieures. Par contre, dès que la crise
éclate, chacun est souvent interpellé très
émotionnellement par " son client " pour devenir
l'allié de celui-ci: autant avoir réfléchi à l'avance
et spéculé sur la vérité de ce qui était
probablement en jeu ... pour rester accueillant sans
devenir l'homme-lige de quiconque.
Très vite ensuite, dès que le mineur est
considéré comme étant à l'abri, les
diagnosticiens rencontrent le supposé abuseur et lui
font part de leurs impressions : c'est
systématique s'il s'agit d'IP ou d'inceste
commis par un membre de la fratrie; c'est fréquent
pour les autres cas d'inceste; c'est beaucoup
plus irrégulier si l'abuseur est étranger à la
famille. Souvent, au début, cette rencontre
n'apporte aucune contribution diagnostique : la
personne nie et se fâche, proteste
énergiquement, avance des arguments
puissants pour semer le doute.
De temps en temps l'art de la persuasion,
l'accueil empathique et la fermeté persistante
du diagnosticien amènent ce supposé abuseur
à " craquer " et à reconnaître les faits, sans les
minimiser ( ou en cessant rapidement de le
faire, face à l'incrédulité tranquille du
diagnosticien ).
Plus fréquemment, il persiste à nier, et, dans
l'état de grave suspicion où l'on se trouve ceci
devient une condition impérative pour que le
diagnosticien en réfère au Parquet de la
Jeunesse (8)
, tout en veillant à ce que l'enfant
reste à l'abri.
2. Dans d'autres cas, la suspicion d'abus est grave,
ignorée du parent NA, et l'enfant n'a
pas encore parlé :
- Souvent, nous essayerons d'évaluer la
fiabilité de nos impressions en sollicitant
discrètement et rapidement (9)
celles d'autres témoins sociaux de la vie de la famille.
- associer précocement celles du parent NA
se décide au cas par cas, car il faut bien
être conscient que, une fois mis dans la
confidence, celui-ci a toutes chances de
provoquer la crise familiale, ou, à tout le
moins, de faire des pressions non
contrôlées sur l'enfant: or, si la pression
augmente, alors que l'enfant ne se sent
toujours protégé par personne, il y a bien
des chances qu'il persiste à nier ou qu'il se
rétracte, et ceci définitivement.
- Souvent, nous déciderons donc d'aller
discrètement vers l'enfant ( parfois à
l'école ), avant
information au parent NA. Il faudra l'inviter à
parler, lui montrer la protection dont il pourrait
bénéficier, parler aussi des angoisses
qu'éprouvent parfois les enfants à l'idée de
dénoncer les faits. Cependant comme nous ne
sommes pas certains du tout de sa réaction nous
devrions avoir préparé à l'avance la suite de
notre programme selon chaque issue possible de
l'entretien ( reconnaissance des faits avec ou
sans demande de ne rien faire ... réticence
prolongée à parler ... non-collaboration parce que
complicité avec l'abuseur, et plainte indignée
chez celui-ci - éventualité la plus rare, etc.).
3. Dans d'autres cas encore c'est le parent
NA qui amène le mineur chez le clinicien :
parfois, il se dégage une profonde impression
d'authenticité des entretiens qui s'en suivront
avec le mineur et avec le parent, reçus
séparément dans toute la mesure du possible.
Parfois, le parent référent donne l'impression
d'être mythomane, ou en recherche de
vengeance ( par exemple : une fois sur deux lors
de ces allégations après séparation parentale );
même alors, cela vaut la peine de continuer une
guidance de la situation familiale, qui est à
risque : l'abuseur au sens psychologique du
terme, ici, pourrait bien être ce parent référent.
4. Il n'est pas possible de détailler ici toutes
les autres portes d'entrée
possibles dans le
processus diagnostique. Rappelons, une fois
encore, notre position claire à propos du
mineur qui ferait des confidences à son
médecin ou à son psychothérapeute et, en outre lui
demanderait de garder le secret : il est illusoire
d'imaginer que ce mineur aura le courage, tout
seul, de se dépêtrer d'une situation où il est
soumis à un pouvoir énorme de la part de
l'adulte abuseur. Croire qu'il le pourra, par
exemple après avoir été " renforcé " par ce qui
se dit en entretien médical ou en thérapie nous
semble un mélange de naïveté, de lâcheté et
d'éthique mal comprise. Son secret ne peut pas
être gardé. Il faut le protéger activement,
par-devers son angoisse à révéler publiquement les
faits.
|
VII. LES PREMIÈRES MESURES DE CRISE.
|
Lorsqu'il a une suspicion très sérieuse, ou
qu'un mineur ou un parent NA lui a fait une
confidence, un " professionnel de la santé " qui
n'est pas habitué au traitement de l'abus sexuel
devrait s'efforcer de s'associer très rapidement
à un intervenant spécialisé ( par exemple une
équipe " SOS Enfants " (10)
, pour former avec
elle un "team d'intervention spécialisé " (" TIS
") qui gérera au moins les premiers moments de
la prise en charge. Ou alors, il devrait négocier
avec cet intervenant spécialisé la passation
complète de la prise en charge à celui-ci. Si ce
n'est pas possible, mieux vaut le plus souvent
qu'il ne travaille pas seul, et qu'il s'associe un
autre professionnel présent dans son tissu
social, et connaissant le mineur et la famille, si
possible : par exemple médecin généraliste +
pédiatre; médecin + travailleur social du CPAS;
médecin + institureur etc ... (11)
Mais ces opérations institutionnelles ne
devraient pas être l'occasion d'une perte de
temps bureaucratique ni d'une fuite des
responsabilités ( principe de la " pomme de terre
chaude ") : l'enfant qui a parlé devrait pouvoir
être évalué et protégé efficacement dans les 3 ou
4 jours qui suivent. C'est dire, entre autres, que
le premier professionnel concerné, qui est
souvent quelqu'un qui avait la confiance du
mineur ou/et du parent NA doit rester présent
aussi longtemps qu'il n'est pas tout à fait certain
qu'existe une aide puissante et spécialisée : avoir
contacté un service compétent ne suffit pas, en
soi, à donner cette certitude!
Dès que s'est constitué le TIS, celui-ci devrait
poursuivre des entretiens diagnostiques
intenses. Dans un premier temps, la plupart des
fois, ce sera sans interpeller déjà le supposé
abuseur.
Dès qu'il acquiert l'intime conviction que " l'abus
a (eu) lieu ", l'acte principal du TIS est de mettre
le mineur énergiquement a l'abri - ou de vérifier
qu'il l'est bien - en un lieu où il ne pourra être
soumis ni à la récidive, ni aux pressions de
l'abuseur, ni à celles de l'entourage. Puis, assez
souvent, le TIS veille à contacter lui-même
l'abuseur et à obtenir de lui une large
reconnaissance des faits et de sa responsabilité.
Cette démarche est toujours tentée lorsque
l'abuseur est un membre de la famille très proche
de l'enfant : il s'agit de prévenir aussi bien l'effet
destructeur de ses dénégations prolongées que
de déjà penser à l'avenir et à la reconstruction
souhaitable de relations positives entre sa famille
et lui.
C'est beaucoup moins régulier s'il s'agit d'un
abuseur externe : c'est parfois la famille du
mineur, ou la police, qui se confronte à lui : on
peut le regretter car, au-delà des apparences
parfois odieuses de son acte, ce pédophile n'est
pas non plus sans déséquilibres émotionnels,
qui méritent une approche médicale ... mais le TIS
n'a pas toujours le temps de s'occuper de tout ...
Si le dialogue tourne bien, et que le TIS acquiert la
certitude morale de la collaboration des
principaux protagonistes, il peut mettre en
oeuvre un programme d'aide à l'amiable. La
première étape de ce programme inclut souvent
que l'abuseur qui habiterait au domicile du
mineur sorte de la famille pour une période
indéterminée. Même alors le mineur, qui avait été
mis à l'abri, ne rentrera pas ipso facto à son
domicile : il faut avoir travaillé à rendre la famille
restante accueillante à son retour.
Même dans cette alternative favorable, ce n'est pas
une faute si le team prend la responsabilité
d'associer à son action un Tribunal dont il serait
raisonnablement sûr et de la fermeté et de la
modération. S'il n'en est pas sûr, c'est parfois
prendre le risque superflu de créer de nouveaux
traumatismes, à partir de ce Tribunal (
indélicatesse des interrogatoires
policiers (12)
, lourds emprisonnements et dislocation familiale
... non-lieu et renvoi du mineur aux mains de
l'abuseur ).
Dans tous les autres cas ( non-reconnaissance
des faits, minimisation de ceux-ci,
non-collaboration) le TIS est contraint laisser l'enfant
à l'abri - bien sûr! - et d'avertir très rapidement le
Parquet de la situation.
|
VIII. LE TRAITEMENT DE FOND.
|
Le TIS qui a assuré le diagnostic et les premières
mesures de crise ne prend pas nécessairement
en charge à lui tout seul l'ensemble du traitement
ultérieur. Souvent, il en coordonne l'ensemble,
mais demande aussi à des collègues médecins,
travailleurs sociaux ou/et psychothérapeutes
d'en assurer des chapitres.
Les grandes lignes de ce travail de fond sont :
- continuer à garantir la protection de
l'enfant contre la récidive et les pressions ;
- soutenir matériellement la famille; l'aider
socialement; rompre son isolement;
- avoir avec les principaux protagonistes de
l'abus des " rencontres de paroles ". Celles-ci
sont, soit des entretiens ( demandés surtout par
les intervenants ), soit des psychothérapies (
demandées d'emblée ou après un certain temps
par les personnes concernées ).

Le tableau II passe en revue un certain nombre
d'intentions thérapeutiques susceptibles d'être
adressées à l'enfant, au parent NA, et à l'abuseur
lors de ces rencontres de paroles.
Les intentions " thérapeutiques " sont centrées
autour de l'écoute du vécu expérientiel des
personnes, tel qu'il est. Si ce vécu est chargé de
sentiments persécutifs - comme c'est le cas chez
certains abuseurs - nous devrions pouvoir les
aider à nuancer leur position, en leur donnant
nos impressions sur les raisons d'être de ce qui
s'est passé : l'histoire de leur vie et le contexte
actuel de celle-ci les a prédisposés à l'abus, mais
il est bien rare qu'ils n'aient pas engagé quelque
dimension de leur liberté pour s'adonner
vraiment et répétitivement à celui-ci ( une
certaine analogie peut être faite avec
l'alcoolisme, où se mélangent également
tensions et conflits, régression et jeu de la
liberté, pour goûter répétitivement d'un plaisir
destructeur ).
Si ce vécu est chargé de sentiments de
culpabilité - comme c'est le cas chez beaucoup
de mineurs impliqués et chez beaucoup de
parents NA - il faut se garder de les rassurer trop
vite en minimisant leur part de responsabilité :
nous devons pouvoir entendre leur appréciation
subjective quant à celle-ci, puis, parfois, donner
après coup une opinion différente,
respectueusement, délicatement ...
Nous devons redire l'interdiction des
transgressions sexuelles fondamentales, mais
parler aussi de la capacité de réparer et essayer
de stimuler celle-ci. Nous pouvons également
apprendre aux mineurs à se montrer plus fermes
à l'avenir, et au parent NA à se montrer plus
vigilant.
Dans certains cas, il faudra " réhabituer positivement
l'un à l'autre " le mineur et le parent NA ( et
parfois la fratrie ) : l'enfant est parfois vécu
comme celui par qui le malheur est arrivé et est
l'objet de l'ambivalence si pas du rejet de ses
proches!
Il n'est pas rare que nous devions procéder de
la même manière ( réhabilitation positive ) entre
parent NA et abuseur, encore que les faits
semblent montrer qu'il est rare qu'un couple qui
ne connaissait pas de problèmes majeurs avant
la révélation des faits éclate
à cause de celle-ci : il
est bien plus fréquent que les parents fassent
bloc contre le mineur!
Petit à petit, nous nous efforcerons aussi de
recréer un lien positif entre le mineur et le parent
abuseur, mais sans faire violence à celui-ci : cette
intention ne réussit donc pas toujours, loin de là!
Ces différentes intentions thérapeutiques se
réalisent dans des entretiens ( ou des
psychothérapies ) d'abord individuelles ( avec le
mineur, le parent NA et l'abuseur séparément ).
On y adjoint ensuite des entretiens dyadiques (
par exemple couple ... parent NA-mineur ... si
possible parent abuseur-mineur ), puis des
entretiens familiaux.
La mobilisation du réseau social autour de la
famille, qui souffre souvent de honte et de
solitude, peut s'avérer stimulante et
renarcissisante : réseau des professionnels de la
santé, mais également (re)stimulation des liens
plus informels; ...
Mais redisons-le, la protection continuée du
mineur reste le tout premier objectif :
au nom de celle-ci, et dans les cas
d'ID, le mineur aura très souvent été
mis à l'abri de la maison dans un
premier temps, et puis, très vite, on
aura également fait sortir l'abuseur (
si c'est un parent ou un proche ).
La rentrée du mineur à son domicile ne doit pas être
précipitée : elle sera surtout fonction de la
capacité du parent NA et de sa fratrie à le
réinvestir positivement et à le protéger : ce ne
sera pas possible chaque fois, et donc, certains
mineurs devront rester placés ( de préférence
dans des milieux familiaux substitutifs de bonne
qualité ).
Quant à la rentrée de l'abuseur à domicile, elle
aussi doit être soigneusement préparée et, le
plus souvent, suivre celle du mineur si celle-ci a
lieu.
Comme on le voit, l'organisation et la
réalisation de toutes ces mesures protectionnelles,
psychologiques et sociales demandent beaucoup
d'énergie et de détermination. Il n'est pas rare
que les intervenants s'y essoufflent : on devine
mieux alors l'intérêt de travailler en équipe, et de
tenir régulièrement des réunions d'évaluation
avec les différents membres importants du
réseau d'accompagnement psycho-médico-social.
Il n'est pas rare non plus que les familles
soient ambivalentes, voire résistantes, pour
suivre soigneusement ces programmes et donc,
dans bien des cas, il faudra y associer les
autorités judiciaires, en essayant dans toute la
mesure du possible de les limiter au seul
Tribunal de la Jeunesse.
- Notes. -
(1). Pédopsychiatre, docteur en psychologie,
responsable du groupe de pédopsychiatrie,
Service de psychiatrie, Cliniques Universitaires
St-Luc, avenue Hippocrate> 10, 1200 Bruxelles.
(2). " Equipe SOS-Enfant-Famille ": secrétariat
aux Cliniques St-Luc.
(3). Il n'est pas rare, alors, que l'adulte s'en
prenne à une soeur cadette.
(4). Nous ne discuterons pas dans cet article des
incestes dans la fratrie relativement fréquents, ni
des incestes homosexuels, ni de ceux commis
par la mère dont l'estimation chiffrée est " tabou
", et auxquels il est de coutume d'attribuer un
pouvoir encore plus désorganisateur : à vérifier!
(5). DSM III-R : Manuel diagnostique et statistique
des maladies mentales : 3e édition révisée;
version française : Masson éditeurs.
Classification de l'association nord-américaine
des psychiatres.
(6). Même si, comme nous le disions dans la
définition, ce n'est pas vraiment un
consentement correctement " éclairé ".
(7). Parent NA: parent non-abuseur; terme
générique employé pour désigner le(s) parent(s)
qui n'est pas ( ne sont pas ) l'agent direct de
l'abus. En cas de pédophilie, ce sont les deux
parents!
(8). D'autres conditions impératives, pour
contacter le Parquet de la Jeunesse sont : la
minimisation persistante des faits ou la
reconnaissance mais sans collaboration au
programme d'aide. Par contre, s'il y a
reconnaissance et collaboration, l'inclusion du
Tribunal est davantage laissée à l'appréciation
du clinicien : s'il y recourt, il devrait s'efforcer,
dans la majorité des cas, de faire limiter l'action
du Tribunal au seul Tribunal de la Jeunesse. La
Justice pénale, souvent, est soit trop
confortablement prudente ( la parole de l'enfant
ne lui suffit pas, et elle le renvoie dans l'enfer de
l'abus ...), soit au contraire abat une main
beaucoup trop lourde ( long emprisonnement;
dislocation et misère matérielle de la famille,
culpabilisation de l'enfant ). Mieux vaut donc que
le clinicien et les autorités judiciaires se
connaissent et aient déjà pu dialoguer à l'avance
sur ces questions et sur les procédures à suivre.
(9). Rapidement? Il faut s'en souvenir! Même si la
situation semble indolore et que l'enfant veut
l'ignorer, ces cas sont toujours des urgences :
une métaphore parlante à leur sujet est celle de
la masse abdominale dure qui serait palpée " par
hasard " ou chez un enfant vaguement fatigué :
ici, le médecin ne perdrait pas de temps sous
prétexte que l'enfant ne se plaint pas!
(10). Pour rappel, la communauté française de
Belgique a équipé Bruxelles et la Wallonie d'une
dizaine d'équipes spécialisées dans le traitement
de la maltraitance. On les appelle souvent "
équipes SOS Enfants ". Leur adresse peut être
obtenue au siège de l'ONE, qui les supervise.
(11). Le décret 1991 de l'Aide à la Jeunesse en
communauté française a créé la fonction de "
conseiller d'aide à la Jeunesse " : lui aussi
pourrait constituer une personne-ressource.
(12). Un membre du TIS devrait demander à pouvoir
assister aux interrogatoires policiers, voire
judiciaires menés avec le mineur.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français.
Résumé
L'auteur propose une définition de l'abus sexuel
commis sur mineurs d'âge, abus plus
fréquemment incestueux qu'extra-familial. Il
décrit quelques réactions émotionnelles
suscitées par cet abus, notamment entre soignants
se mettant en position de rivalité.
il en esquisse ensuite la pathogénie, les signes
cliniques et leurs séquelles à long terme.
L'auteur en déduit ce qui devrait constituer des
signaux d'alarme, ainsi que les voies
d'élaboration du diagnostic. Enfin, il expose ce
que pourrait être la prise en charge de crise et
l'accompagnement à long terme de ces
situations difficiles d'abus.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
Résumé en anglais :
Summary.
SEXUAL ABUSES ON MINORS.
The author gives a definition of sexual abuse on
minors, emphasizing it is more frequent inside
the family (incest) than outside. He describes the
counter-transference reactions this type of abuse
induces, especially in professional teams who
tend to put each other in a position of rivalry.
Next, he sketches the pathogeny of sexual abuse,
the clinical signs and the long term effects.
The author deduces what should be the first
signals of sexual abuse and proposes a pattern of diagnosis.
At last he explains a model of management of
the crisis and the long term close support of this
difficult situation.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
Résumé en espagnol : Resumen.
N.B.
(
N.B.)
Los niños y adolescentes abusados
sexualmente.(s121)
El autor propone una definición del abuso sexual que
agrede los, abuso más frecuentementt intra-que
extrafamiliar. Describe algunas reacciones
emocionales que viven los profesionales frente a
este abuso, en particular, poniéndose en posición de
rivalidad. A continuación resume la patogenia, los
signos clínicos y sus secuelas a largo plazo. El autor
deduce lo que debería constituir señales de alarma,
así como las vías de elaboración del diagnóstico. Por
último, expone lo que podría ser la toma a cargo de
la crisis y el acompañamiento a largo plazo de estas
situaciones difíciles de abuso.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
|
Mots clés - Keywords - Palabras clave.
|
MOTS CLES :
abus sexuel, inceste, pédophilie.
Palabras clave :
Abuso sexual, incesto, paedofilia.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 29 juillet 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 24 février 2008.
Issu d'une photocopie reçue de Louvain médical
le 20 juillet 2005.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Plan.
ici
Résumé - Abstract.
ici
Mots clés.
ici
Notes.
ici
Télécharger.
ici
Cochez ici pour télécharger
le texte original et
intégral de ce site en format traitement de texte.
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
Les enfants et adolescents abusés sexuellement.
I. Définitions et limites du champ étudié.
II. Implications émotionnelles des soignants.
III. Pathogénie.
IV. Les signes cliniques.
V. Les signaux d'alerte.
VI. Le diagnostic.
VII. Les premières mesures de crise.
VIII. Le traitement de fond.
Résumé en français : Résumé.
Résumé en anglais : Summary.
Résumé en espagnol : Resumen.
Mots clés - Keywords - Palabras clave.
Notes.
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en espagnol : Resumen.
ici
- Notes automatiques. -
.
.
Note N.B.
(N.B.). Ce résumé approuvé par le
professeur Jean-Yves Hayez a été ajouté
au texte le 13.09.2005
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 1.
(1). Pédopsychiatre, docteur en psychologie,
responsable du groupe de pédopsychiatrie,
Service de psychiatrie, Cliniques Universitaires
St-Luc, avenue Hippocrate, 10, 1200 Bruxelles.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 2.
(2). " Equipe SOS-Enfant-Famille ": secrétariat
aux Cliniques St-Luc.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 3.
(3). Il n'est pas rare, alors, que l'adulte s'en
prenne à une soeur cadette.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 4.
(4). Nous ne discuterons pas dans cet article des
incestes dans la fratrie relativement fréquents, ni
des incestes homosexuels, ni de ceux commis
par la mère dont l'estimation chiffrée est " tabou
", et auxquels il est de coutume d'attribuer un
pouvoir encore plus désorganisateur : à vérifier!
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 5.
(5). DSM III-R : Manuel diagnostique et statistique
des maladies mentales : 3e édition révisée;
version française : Masson éditeurs.
Classification de l'association nord-américaine
des psychiatres.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 6.
(6). Même si, comme nous le disions dans la
définition, ce n'est pas vraiment un
consentement correctement " éclairé ".
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 7.
(7). Parent NA: parent non-abuseur; terme
générique employé pour désigner le(s) parent(s)
qui n'est pas ( ne sont pas ) l'agent direct de
l'abus. En cas de pédophilie, ce sont les deux
parents!
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 8.
(8). D'autres conditions impératives, pour
contacter le Parquet de la Jeunesse sont : la
minimisation persistante des faits ou la
reconnaissance mais sans collaboration au
programme d'aide. Par contre, s'il y a
reconnaissance et collaboration, l'inclusion du
Tribunal est davantage laissée à l'appréciation
du clinicien : s'il y recourt, il devrait s'efforcer,
dans la majorité des cas, de faire limiter l'action
du Tribunal au seul Tribunal de la Jeunesse. La
Justice pénale, souvent, est soit trop
confortablement prudente ( la parole de l'enfant
ne lui suffit pas, et elle le renvoie dans l'enfer de
l'abus ...), soit au contraire abat une main
beaucoup trop lourde ( long emprisonnement;
dislocation et misère matérielle de la famille,
culpabilisation de l'enfant ). Mieux vaut donc que
le clinicien et les autorités judiciaires se
connaissent et aient déjà pu dialoguer à l'avance
sur ces questions et sur les procédures à suivre.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 9.
(9). Rapidement? Il faut s'en souvenir! Même si la
situation semble indolore et que l'enfant veut
l'ignorer, ces cas sont toujours des urgences :
une métaphore parlante à leur sujet est celle de
la masse abdominale dure qui serait palpée " par
hasard " ou chez un enfant vaguement fatigué :
ici, le médecin ne perdrait pas de temps sous
prétexte que l'enfant ne se plaint pas!
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 10.
(10). Pour rappel, la communauté française de
Belgique a équipé Bruxelles et la Wallonie d'une
dizaine d'équipes spécialisées dans le traitement
de la maltraitance. On les appelle souvent "
équipes SOS Enfants ". Leur adresse peut être
obtenue au siège de l'ONE, qui les supervise.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 11.
(11). Le décret 1991 de l'Aide à la Jeunesse en
communauté française a créé la fonction de "
conseiller d'aide à la Jeunesse " : lui aussi
pourrait constituer une personne-ressource.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
.
.
Note 12.
(12). Un membre du TIS devrait demander à pouvoir
assister aux interrogatoires policiers, voire
judiciaires menés avec le mineur.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
Pour télécharger ce site ...
|
Les enfants et adolescents abusés sexuellement.
|
... en format
traitement de texte vous avez les choix suivants :
Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 13.09.2005 ).
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.