Les élèves immatures et jouettes

Ces enfants ou adolescents se rencontrent principalement au début des cycles primaire ou secondaire.

 

 Les matières scolaires leur paraissent lourdes, peu déchiffrables, « c’est du chinois » Ils sont soit distraits, nerveux, bavards ou encore « clowns » pendant les cours. Ils préfèrent de très loin s’amuser, tout seuls ou avec leurs copains. Ils renâclent le plus qu’ils peuvent, et sous des formes très variées, pour ne pas devoir travailler « pour l’école » à la maison : ils ne disent pas qu’ils détestent l’école, mais ils ont oublié tout leur matériel en classe et puis,  ils sont totalement accaparés par les écrans ou autres jeux ! 

Pourquoi restent-ils de la sorte sous l’égide du principe du plaisir, plus que de celui de réalité (importance d’étudier, de travailler pour se réaliser et retrouver par la suite des plaisirs moins immédiats) ? Pour certains, il s’agit tout simplement d’une lenteur de maturation. Pour d’autres, des pensées anxieuses jouent également un rôle : peur de vieillir, peur de perdre les avantages des années précédentes ; peur d’un avenir austère et ennuyeux, marqué par l’obligation d’un travail contraignant … 

Accompagner le petit « jouette » ? 

 

  • Nous mettre en question : Nos exigences ne sont-elles pas excessives pour son développement intellectuel, neuropsychologique et affectif du moment (contenus à assimiler, manière de les présenter et de procéder à la transmission des compétences et du savoir, méthodes et durée de travail exigées de lui, etc.)

Donc, mieux adapter l’offre à sa capacité de réception. En particulier, « doubler » la première ou la deuxième année d’un cycle n’est pas nécessairement vécu comme une catastrophe dévalorisante  pour l’enfant ou le jeune ado qui relève de cette catégorie (2) : Il a l’occasion d’assimiler paisiblement de choses qui lui sont passées au-dessus de la tête quand il était intellectuellement et affectivement peu disponible. Mais voilà, il n’est plus de mode de parler ainsi, et les Etats mettent beaucoup de soin à déclarer que l’école doit être l’école de la réussite et que doubler, c’est toujours une horreur ! 

  • Acter, pour nous, pour les profs et pour eux, qu’ils sont ce qu’ils sont pour le moment : semés en même temps dans le même jardin, il pousse des haricots précoces et d’autres à levée tardive, et qui s’avèreront tout aussi délicieux : on ne sait quasi-rien faire pour accélérer le temps de la maturation, mais on sait par contre la retarder si pas la bloquer via maladresses répétées (cf. infra !) Il faut donc attendre, rester accueillants, sensibles au mélange de qualités et de limites dont ces enfants sont constitués : On verra alors parfois, en troisième ou quatrième primaire (ou secondaire) le même enfant dissipé et résistant à l’effort devenir en deux, trois mois un écolier (un collégien) consciencieux et quasi autonome. Plus souvent, en tous cas, il gagnera en « sérieux », même s’il faut encore le surveiller et le soutenir.
    Plutôt donc que de leur reprocher de ne pas être tout de suite des travailleurs acharnés, cela vaut la peine de reconnaître devant eux qu’aimer jouer et s’amuser, savoir le faire, ça pourrait être des caractéristiques positives. Ou encore, que bien des jeunes sont partagés à l’idée de vieillir : devenir grand et être davantage considéré, oui, toutes les pertes (en partie fantasmatiques) associées, non ! 
  • Pour retarder à coup sûr la maturation spontanée, pour introduire doute de soi, mauvaise humeur et résistances, il suffit à l’adulte d’énoncer répétitivement des étiquettes négatives devant l’enfant (« Il manque de maturité pour son âge ; il est paresseux ; il a un gros poil dans la main ; il ne sait faire qu’être sur sa tablette ») Et encore, d’introduire cris, insultes, menaces et punitions pour le forcer à être tout de suite plus sérieux. Notamment, il est toujours stérile voire négatif d’utiliser les écrans comme menaces ou comme punition dans ce contexte quels que soient les points ou les attitudes face à l’école, conserver intact son « temps-tablette » sans le lier à la scolarité. De la sorte, il lui reste un capital-plaisir intact dans la vie quotidienne, qui facilite la motivation vaille que vaille au travail 
  • Pendant tout un temps, il ne faut pas s’imaginer que l’enfant ou l’adolescent jouette va se prendre en main tout seul : Reste donc aux parents à mettre en place un cadre et une ambiance stable ferme, et encourageante pour les devoirs et leçons à domicile. 

Et sans qu’il s’agisse d’une corvée à durée indéterminable ! Par exemple, on commence à travailler sous supervision à 17.30, après le goûter et un premier temps de jeux. 17.30, pas 17.40 parce que l’enfant essayerait de s’esquiver. Un adulte calme s’assied à côté de lui. Il faut ainsi prévoir une ou deux unités de travail pas trop longues (par exemple une ou deux fois trente minutes, entrecoupées par un repos ludique de durée connue et respectée) Quand le temps prévu est passé, on replie les cahiers, travail terminé ou non !

Pendant le temps de travail, l’adulte accompagnateur s’efforce de  rendre l’enfant actif (« Allez, essaie de faire ce calcul tout seul, tu pourrais y arriver. ») Si la tâche du jour paraît trop longue, il n’hésite pas non plus à « finir » ou à  faire l’un ou l’autre exercice à la place de l’enfant, ou à lui demander de ne connaître qu’une partie de la leçon …

Quant au jeune collégien, il doit continuer à travailler « en bas », et pas dans sa chambre…s’il est trop seul à la maison, qu’il aille plutôt à l’étude dirigée, chez ses grands-parents ou chez un autre adulte bienveillant et cadrant 

Tant pis pour les éventuels « mauvais points », qui ne seront pas commentés négativement quand les parents les verront arriver, mais plutôt ponctués par de l’espérance (« Bah, tu as déjà réussi ceci et cela. Pour le reste, ça viendra bien un jour, les meilleurs points. »)  Dans toute la mesure du possible, parents et enseignants devraient se concerter pour que cette politique de patience et de non-répression soit appliquée aussi à l’école. Plus facile à dire qu’à faire ! L’enseignant, en tout cas, devrait être informé que les parents ne lui mettent pas une obligation de résultat, mais plutôt une invitation à prendre l’enfant comme il est, dans sa difficulté de décollage du moment.

Notes

 

(2) Sauf pour les statistiques des gouvernements, qui aiment toujours montrer à leurs voisins qu’ils ont le meilleur enseignement du monde, via par exemple le faible taux de redoublement…sauf aussi que ce n’est plus dans l’air du temps, qui s’ingénie à singer la Finlande sans en utiliser tous les énormes outils d’accompagnement personnalisés…