La démocratie mongole.



Vous vous appelez Hàna, vous êtes journaliste et vous venez de Mongolie. Mais vous auriez pu être étudiante ou infirmière, vous appeler Precious ou Sémira, avoir fui la Tchétchénie ou le Sierra Leone. Vous vous appelez Hàna et vous êtes née à Oulan Bator, dans un de ces Etats post-soviétiques qui bafouillent la démocratie entre anciens dictateurs et nouveaux mafieux. Pour les journalistes, c'est parfois un jeu dangereux. Après un drame familial et des menaces professionnelles, vous décidez de tout quitter pour l'Europe avec votre fils. Il porte, lui, le joli nom d'Anar. Rien à voir avec Bakounine : il a six ans, lorsqu'en 2001, vous demandez l'asile politique en Belgique.

Après une escale à Eupen, vous vous installez à Verviers. Vous suivez des cours dans une école de tourisme. Vous apprenez notre langue et vous vous faites des amis. Anar aussi. A dix ans, il est scolarisé en français, apprend la batterie au Conservatoire de Musique, joue au foot dans un Club local et a terminé l'année dans les premiers de sa classe. Je le soupçonne même d'être supporter du Standard, d'adorer les hamburgers gluants du Mac Do de la Place Verte et d'avoir traduit « Oufti ! » en mongol pour faire rire ses petits camarades. Votre vie, votre vie reconstruite, c'est ici qu'elle s'est enracinée depuis quatre ans. Jusqu'au 3 août 2005.

Ce jour-là, la police arrête Anar et Hàna. Pour seul bagage, on lui laisse prendre son sac à main et on les conduit dans un Centre Fermé – une de ces « prisons spéciales » qui ont été crées en 1988 pour les « sans-papiers » et les étrangers en voie d'expulsion. L'Office des Etrangers a refusé leur demande d'asile. Un recours avait été introduit devant le Conseil d'Etat, mais il n'est pas suspensif. Anar et Hàna doivent « quitter le territoire ». Pendant quatre mois, entre deux procédures, ils sont tenus prisonniers au « 127 bis » - un Centre Fermé qui, chez nous, a définitivement supplanté le « 107 quater » dans l'obscure numérologie des médias. Pour Anar, plus de foot, plus d'école, plus de musique, plus de copains. Pour Hàna, plus rien. Dehors, pourtant, leurs avocats et leurs amis remuent ciel et terre, mais le Parquet fait systématiquement appel à leur libération. En novembre, une première expulsion est évitée de justesse à l'aéroport de Zaventem, après une distribution de tracts aux passagers de l'avion. Dans le dossier d'Hàna, on a retrouvé une copie de sa carte de presse. La profession se mobilise enfin : la télé, les journaux parlent de son « cas ». Rien n'y fait. Un dimanche pluvieux, quatre jours après la St Nicolas, Anar et Hàna sont embarqués de force pour la Mongolie. Il y avait ce jour-là-là soixante-six enfants mineurs au Centre Fermé « 127 bis » de Steenokerzeel. Il en reste soixante-cinq, et cette histoire donne envie de hurler.

Quel crime ont donc commis cette femme et cet enfant pour être ainsi condamnés à une peine aussi cruelle ? Au Moyen Age, le bannissement était la pire des châtiments avant la peine de mort. Pendant tout le XXe siècle, les déportations de population ont été l'arme des dictatures. Et les prisons pour enfants sont interdites dans tous les pays civilisés. Quels sont ces lieux d'enfermement, ces zones de non droit, ces lois liberticides, ces outils monstrueux que nos démocraties pépères sont en train de réinventer ? Si l'on peut intellectuellement admettre qu'un Etat contrôle ses frontières, et régisse donc les conditions d'accès et de résidence sur son territoire, n'est-il pas aussi, sinon plus impératif de respecter en tous temps et tous lieux les droits fondamentaux des personnes et les réalités de la vie ? Et la réalité, c'est qu'après quatre ans de vie en Wallonie, Anar et Hàna n'ont pas été « rapatriés » en Mongolie (« rendus à leur patrie »). Ils ont été « expatriés » de Belgique, bannis, déportés – arrachés à leur maison, leur travail, leurs amis, leurs amours, après avoir été enfermés comme des voleurs et des assassins. Oui, quel crime avaient-ils donc commis ?

A défaut de reconnaître ces droits fondamentaux à tous les « étrangers » résidants en Europe, je crains que nos pays ne soient en train de transformer les « sans papiers » en une nouvelle catégorie d'« untermenschen », de « sous humains », qu'on s'autorisera à enfermer, parquer et déplacer comme du bétail, au terme d'une procédure judiciaire réduite à ses seuls aspects administratifs et policiers. Cette infamie a déjà restauré chez nous, en « stoemelincks », les prisons pour enfants. De loin, cela ressemble à un débat d'idées sur les politiques migratoires. De près, c'est déjà une ligne de démarcation entre civilisation et barbarie. Il faut fermer les Centres Fermés.

Claude Semal

Plusieurs associations sont actives dans ce domaine. Par exemple, le Collectif de Résistance Aux Centres pour Etrangers (BP 165 – 4020 Liège 2). E-mail : . La Ligue des Droits de l'Homme (303 chaussée d'Alsenberg, 1190 Bruxelles). E-mail : . L'Union des Progressistes Juifs de Belgique (61 rue de la Victoire 1060 Bruxelles) E-mail : . Contact pour Anar et Hàna : Jacques Cardoen, 137 rue de la Chapelle, 4800 Verviers. Email : .

In « Imagine » janvier 2006


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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be

 

Création le 09 janvier 2006.
Dernière mise à jour le dimanche 25 novembre 2007.
Issu d'un mail envoyé par le professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds

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Fin du dossier























































































































































































... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 
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Ce site a été composé par un bénévole sans aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié du professeur Hayez.

C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.

L'hébergement du site est situé sur lycos depuis le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir pratiqué cette action bénévolement également avec beaucoup de professionnalisme.

Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a été supprimé par Lycos le 15 octobre 2006 pour une raison non expliquée. Nous le regrettons vivement et ceci altère fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.



... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a été retirée par souci de simplicité.







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La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.

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