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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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Le deuil compliqué
et pathologique
chez l’enfant.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Le deuil compliqué et pathologique chez l’enfant.
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Paru dans Louvain Med. 117: 293-307, 1998
(*)
C. LECLERCQ
(**)
et J.-Y. HAYEZ
(***)
Dans cet article consacré à la question du
deuil compliqué et pathologique chez l’enfant,
nous définirons brièvement quelques
concepts, puis nous nous pencherons, toujours
succinctement, sur la phénoménologie
et l’étiopathogénie. Nous irons plus loin
dans le détail quand nous parlerons de la prévention
et de l’accompagnement éducatif et
thérapeutique de ces
enfants
(1)
et de leurs proches.
I. Définitions des concepts.
1. Non sans un certain arbitraire dans le
tracé des frontières, on distingue le deuil normal,
le deuil compliqué et le deuil ( franchement )
pathologique.
« Deuil » désigne l’état
nouveau et mouvant des affects, des représentations
mentales et des comportements, provoqué par la mort
d’un être aimé, par certaines
circonstances qui y ont présidé et par
certains remaniements relationnels et environnementaux
qui l’ont suivi.
Corollairement, « deuil » désigne aussi le
travail mental autogénéré pour se représenter
de façon acceptable la mort, et soi-même
sans le mort, réduire et intégrer la souffrance
de l’absence et se donner le droit, finalement,
de réinvestir d’autres objets sans renier celui
qui est parti.
Quand il y a deuil compliqué, la réaction
intérieure et comportementale est plus intensément
ou/et plus longuement pénible que
dans le deuil normal, pourtant déjà marqué
par une étape de souffrance
[1]
. Le travail de
deuil y reste parfois incomplet, c’est-à-dire
que l’enfant n’arrive pas à retrouver le niveau
de développement sur lequel on pouvait le
projeter avant sa confrontation à la mort. Il
n’acquiert pas non plus ce petit rien de maturation
supplémentaire que vivent les enfants
résiliants à partir d’expériences de vie
difficiles et majeures
[1]
. Toutefois, il ne se
produit pas une désorganisation psychique
durable et très importante, avec les symptômes
qui la traduisent, telle qu’on puisse
poser clairement le diagnostic d’une maladie
mentale.
Quand une telle désorganisation existe, de
façon durable et parfois définitive, on dit que
le deuil est pathologique, et parfois même
« psychiatrique » Bien que cette issue soit
beaucoup plus rare que le deuil compliqué et
s’étaye probablement sur des fragilités préexistantes
de la personnalité, nous avons tous
rencontré de ces enfants qui, après le décès
d’un être cher, de façon immédiate ou avec
retard, décompensaient vers une névrose
hystérique ou plus atypique. D’autres, encore
plus rares, laissaient s’exprimer de façon
différée une altération psychotique, maniaque
ou franchement délirante. Pour
d’autres encore, l’état dépressif consécutif à
la perte allait en s’aggravant, lentement mais
inexorablement, jusqu’à évoquer la mélancolie.
Peut-être pensons-nous moins à reconnaître
des troubles de la personnalité qui se
chronifient, dans le registre de l’intolérance à
la frustration, de l’agressivité négativiste perpétuelle
et du refus de toute socialisation.
Enfin, il faut reconnaître à M. Hanus, notamment,
la lucidité d’avoir fait entrer dans
ces deuils pathologiques, prudemment, sans
prétendre à la généralisation, ce qu’il
appelle
les deuils somatiques, c’est-à-dire la décompensation
liée au deuil de certaines lésions
somatiques, parfois graves
[2].
Peut-être se
trouve-t-on tout simplement ici dans le cadre
plus général de la désorganisation somatique
ou psychosomatique liée au stress : dans nos
carrières à tous, nous rencontrons trop
d’exemples troublants d’associations
« événements - maladies » que pour croire encore à la
simple coïncidence.
2. Nous pouvons nous demander si les
états de deuil que nous venons d’évoquer
sont et ne sont liés qu’à la mort physique
d’un être investi.
Pour notre part, nous pensons
que non et qu’on peut les retrouver,
identiques dans leur structure et leur expression,
chaque fois que l’être humain vit, subjectivement,
une séparation comme une
mort, c’est-à-dire comme une perte
irréversible
(2) ;
ceci suppose néanmoins un « enregistrement
dans la durée », une mise en alarme
d’une horloge interne, qui fonctionne à des
rythmes différents selon les époques de la
vie. Par exemple, un enfant de un à deux ans
pourrait faire l’expérience très angoissante de
cette irréversibilité après quelques heures,
surtout si l’entourage ne veille pas à « expliquer
l’absence » ni à proposer des signes de la
« permanence de l’objet » provisoirement
parti.
Si l’on accepte d’assimiler à l’expérience de
la mort celle de certains départs vécus comme
irréversibles, on peut mieux comprendre
certaines désorganisations de l’enfant, parfois
très graves, comme, par exemple, des autismes
qui semblent décompenser après des
départs vécus dramatiquement par des
bébés
[4].
Nous pouvons faire un pas de plus, et
nous demander si des deuils identiques ne se
déclenchent pas en référence, non pas au départ
matériel, mais à la certitude qu’a l’enfant
que, définitivement, il ne va plus être investi,
ou à peine, parce qu’un autre a pris sa place.
Quand l’être
aimé
(3)
ne perçoit pas cette détresse
et ne parvient pas à réagir pour montrer
à l’enfant son erreur, le deuil compliqué
ou pathologique peut être dramatique, lui
aussi ...
Philippe, douze ans, est devenu dysthymique
depuis l’âge de deux ans et demi, avec des
épisodes de dépression majeure surajoutée
et nécessitant son hospitalisation. Enfant
très sensible, il est soumis dans le
quotidien à la préférence discrète de sa
mère pour ses deux sœurs cadettes. Il
avait environ deux ans à la naissance de la
première, et était confié jusqu’alors à la
garde de ses grands-parents pendant la
journée : la petite sœur l’y a remplacé, lui,
on l’a mis précocement à l’école maternelle ...
et un de ses symptômes les plus
tenaces est une immense tristesse à l’école.
Le père essaie bien de s’occuper beaucoup
de lui, mais ça ne fait pas le poids :
l’enfant est en manque de sa mère.
II. Eléments de réorganisation du psychisme face à la perte,
et signes cliniques.
1. Certains enfants sont capables d’un refoulement
- voire d’un déni - par trop largement réussi des
représentations mentales et
questionnements pénibles autour de la disparition
d’un être aimé. Dans le champ des
affects, ils se montrent impassibles. Sur le
plan comportemental, ils vivent au quotidien
comme si de rien n’était ; ils n’évoquent jamais
ou quasi jamais le nom du disparu, les
circonstances de sa mort, et ce qu’était la relation
avec lui. Autour d’eux, on ne l’évoque
jamais non plus, l’attitude de ces enfants
étant largement en miroir avec celle de l’entourage.
On assiste souvent à une certaine
coartation de leurs relations aux autres et de
leur expressivité émotionnelle en
général. Ils
deviennent de plus en plus des enfants opératoires
- au sens de la pensée opératoire - et
solitaires. Chez les plus jeunes, on voit même
s’installer une sorte d’oubli, du moins
conscient, comme si le disparu n’avait jamais
existé.
Pourquoi être préoccupés par cette manière
de réagir à la mort ? Parce qu’elle est
trop construite sur le refoulement et que,
pour maintenir celui-ci, le système défensif
de la personne déborde dans d’autres domaines
que ce qui touche strictement au
disparu
[5]
: par exemple, l’enfant inhibe sa curiosité
intellectuelle, la créativité vagabonde
de sa pensée ... il ne prend plus le risque de
communiquer, ni celui de vivre ses émotions
dans la relation à autrui, puisque, une première
fois, ça l’a conduit à la souffrance de la
perte, et que, pour survivre, il a dû tout évacuer
de son champ de représentations.
2. A l’inverse, beaucoup parmi les enfants
dont nous parlons maintenant restent trop
longuement envahis par des pensées et des
affects pénibles.
Sans que ces thèmes soient
exclusifs les uns des autres, ces représentations
mentales difficiles portent en proportions
variables sur : la perte, l’absence, le
manque ... la possible agression de soi ... les
fautes que l’on a peut-être commises ... l’indignité
qui pèse sur la famille. Ces enfants sont
donc inondés, en proportions variables, par
la dépression, l’angoisse, la culpabilité, ou/et
la honte.
a) Parlons d’abord de la dépression :
certains,
surtout les grands enfants et les adolescents,
restent longuement fixés à cette toute
première phase du travail du deuil qu’est la
souffrance de la perte, la douleur morale ressassée
autour du manque de l’objet aimé.
Etat dépressif parfois bruyamment manifesté,
plus souvent vécu dans l’isolement farouche,
avec mise à distance agressive de
ceux qui essaient de s’approcher, comme s’ils
pouvaient voler ce trésor douloureux de la
souffrance entretenue pour l’absent et à lui
offerte.
Parfois même l’enfant, incapable de travailler
la perte par un désinvestissement progressif
couplé à l’incorporation de quelques
souvenirs heureux et à l’un ou l’autre trait
identificatoire au disparu, l’enfant donc, gardant
l’illusion d’un lien devenu exclusif avec
un fantôme, idéalisera farouchement le disparu ...
jusqu’à interdire spectaculairement
que l’on prononce son nom ou/et que l’on
touche à ce qui est à lui, ou à des rites de vie
quotidiens voulus par lui. L’enfant continuera
à lui parler, non pas transitoirement - ce
qui peut constituer un processus de santé,
préparant des incorporations positives - mais
interminablement, souvent
secrètement
(4),
comme à un vivant qui va revenir : la dernière
étape du déni de la réalité externe de la
mort n’est pas tout à fait franchie, du moins
chez les plus grands, mais on n’en est pas très loin !
Chez les plus petits, par contre, le pas peut
être franchi et l’enfant attend, avec une obstination
farouche, le retour d’une maman qui
ne peut être partie qu’en voyage, au village
voisin. L’âge aidant - mais cela peut prendre
deux ou trois ans - l’enfant comprend, dans
la solitude, qu’elle ne reviendra jamais ... on
le voit alors refouler tout ce qu’il se représente,
comme les enfants de la catégorie précédente,
ou commencer seulement, avec
beaucoup de retard, ce qu’on appelle un
deuil différé.
Pour d’autres de ces enfants dépressifs,
grande sera la tentation de s’anéantir ... ou/et
de rejoindre le mort là où il est ... ou/et de
vouloir expier leur culpabilité ... ou/et de
s’identifier, non pas à des traits positifs de la
personnalité du mort, mais à la défaillance
même qui a conduit à sa disparition : on les
verra donc moins se protéger, et collectionner
maladies, chutes et autres accidents ; parfois,
ils seront convaincus de souffrir des
mêmes douleurs ou/et dysfonctions corporelles
que le disparu et l’on parlera - peut-être
un peu vite - d’identification hystérique;
quant aux tentatives de suicide et aux suicides,
ce sont ici des formes extrêmes, plus
volontaristes et nettement plus rares.
D’autres encore lutteront davantage
contre leur souffrance dépressive et refouleront
vaille que vaille leurs pensées et leurs
images les plus tristes. Refoulement précaire,
qui laissera quand même place aux signes indirects
des dépressions masquées : somatisations,
fléchissement scolaire
[6]
, comportements
négatifs allant jusqu’aux actes antisociaux ...
Enfin, une minorité de ces enfants dépressifs
génèrent plutôt, à l’avant-plan, ce qu’on
pourrait appeler une protestation agressive
douloureuse : celle-ci s’adresse plus ou moins
violemment, plus ou moins haineusement
au(x) parent(s) survivant(s), premier(s) protecteur(
s) accusé(s) de ne pas avoir assez bien
veillé ... ; aux personnes de substitution, proposées
à l’enfant pour l’aimer en place du
mort ... ; à l’éventuel partenaire qui a remplacé
le conjoint disparu, surtout si ce remplacement
est précoce. Enfin, dans les cas fréquents où
il y a culpabilité, l’enfant retourne
contre lui-même cette agressivité et se punit
de mille manières de n’avoir pas bien veillé et
de continuer à vivre. Nous y reviendrons.
b) Parlons maintenant de l’envahissement
du psychisme par l’angoisse.
Principalement
dans les cas où les circonstances du décès ont
été répertoriées comme traumatismes psychiques,
il peut s’agir, dans un premier
temps, des réminiscences incoercibles typiques
du syndrome de stress post-traumatique,
qui se prolongent par la suite en phobies
liées à certains lieux et circonstances
précis. Pensons, par exemple, aux enfants témoins
ou associés d’une manière ou d’une
autre à des assassinats
[7]
, à des agonies particulièrement
spectaculaires
[8]
, à des découvertes
inattendues de cadavres, à des
suicidés ...
[9].
Plus quotidiennement - si nous osons
dire ! - il y a l’angoisse de l’avenir : voir mourir
l’autre parent, être abandonné par
lui
[10]
, se voir appauvri, se sentir davantage et diffusément
menacé, parce que la mort d’un être
cher prouve que les parents ne sont pas tout puissants
dans leur capacité protectrice
[11].
Il y a aussi la peur d’être malade ou victime
d’une agression, puis de mourir comme
celui qui est mort. Les déterminants de cette
peur « analogique » tiennent parfois - au
moins partiellement - à des malentendus cognitifs,
à des restes de pensée magique apparemment
ténus : on dit à l’enfant que sa
grand-mère s’était endormie pour toujours,
et l’enfant a peur de s’abandonner au sommeil ...
il est invité à venir dormir dans le lit à
la place qu’occupait son père
[12]
: effet de sa
culpabilité œdipienne, il vit qu’un fantôme
l’y attend ... il ne sait pas exactement de quoi
est mort l’être cher qui l’a quitté, et il a peur
que ce soit contagieux : la mort
subite
[11],
ou
le cancer d’un petit frère, « qui pourrait
s’attraper », tout comme le Sida ; à la
éconnaissance cognitive s’ajoutent bien sûr les
convictions erronées, produits de sa
culpabilité : lui qui a été en rivalité avec le petit frère,
ou qui est masturbateur à ses heures, ne
pourrait-il pas être puni par ces maux mystérieux?
Un autre exemple pourrait être ici celui
des enfants - grands enfants ou adolescents -
de malades mentaux qui se sont suicidés
[9]
, et à qui on dit, à la moindre frasque, qu’ils
sont aussi fous ou aussi mauvais que le disparu !
Un autre déterminant de l’angoisse de
mourir est probablement plus inconscient :
nous avons déjà dit que certains enfants dépressifs
s’identifient à la souffrance ou aux
défaillances physiques du défunt ou/et veulent
le rejoindre : ce désir de mourir peut
d’ailleurs coexister en eux avec la peur de la
mort ou de la souffrance qui la précède.
Cette peur de mourir, il est rare que ces
enfants en parlent spontanément ; ils la signifient
plutôt par des inhibitions intenses dans
certaines circonstances - par exemple, lutter
contre l’endormissement - ou par une inattention
marquée, du nervosisme, voire une
agitation inhabituelle et diffuse, évocatrice de
l’hyperkinésie, qui leur donne l’impression
d’échapper à la mort, toujours prête à leur
tomber dessus.
c) Quant à la culpabilité liée à la mort d’un être cher,
elle a été abondamment décrite.
Nous redirons donc brièvement que :

- Cliniquement, elle ronge l’enfant sous
forme de pensées pénibles secrètes ; elle le
convainc de son indignité, de sa non-valeur,
l’empêche donc de l’intérieur de réaliser ses
talents et l’amène à se conduire de façon perpétuellement
irritable ; elle lui fait redouter
l’agression en retour par autrui, ou encore,
elle génère une auto-agressivité qui lui fait
collecter maladresses et autres plaies et
bosses, jusqu’aux tendances suicidaires.

- Cette culpabilité est générée par la
croyance - forte ou résiduelle - qu’a l’enfant
dans la toute-puissance de sa pensée magique
[11] ;
au nom
de celle-ci, il attribue un
pouvoir réel au fait qu’il a pu désirer la mort
d’un frère
[13]
ou d’un parent rival, voire d’un parent investi dans l’ensemble, mais
parfois objet d’ambivalence.
Dans d’autres cas, sans déjà parler de pensée
magique, la culpabilité est liée à l’analyse
que l’enfant fait de son mauvais comportement,
dont il redoute qu’il n’ait altéré la santé
du futur défunt. Ou alors, l’enfant se reproche
d’avoir demandé un dernier geste qui
a été à l’origine de l’accident fatal. La plupart
du temps, ces idées de culpabilité sont non
fondées faute de projet stable et profond de
tuer
(5).
On pourrait prévenir la survenance de
telles idées en étant très attentif à la manière
dont on stigmatise les responsabilités de l’enfant
dans la vie quotidienne, et surtout leurs
conséquenes ( pas de « tu me tues » ... « tu
m’épuises » ... « tu me rends
malade ») Il n’empêche
que, parfois, l’on peut vraiment ne pas
douter de la responsabilité contributive d’un
grand enfant, ou d’un adolescent, particulièrement
dur ou haineux, dans l’aggravation
d’une maladie, voire dans la motivation d’un
suicide ; pour rares qu’elles soient, de telles situations
doivent être repérées et les jeunes en
question aidés à retrouver l’estime de soi sans
pour autant nier leur part d’implication dans
le drame.

- Une culpabilisation tout aussi cruelle
peut porter sur le fait d’être le survivant d’un
drame ; c’est le thème magnifiquement mis en
scène, il y a quelques années, dans le film de
Redford « Ordinary people », où Conrad
avait très bien compris qu’au fond d’elle-même,
sans pour autant le rejeter, sa mère regrettait
confusément que ce soit lui qui ait
survécu à son frère, tant
admiré
(6).
L’enfant peut aussi se sentir coupable de recommencer
à vivre, de reprendre pleinement sa place
dans la société, alors que sa mère n’a pas encore
fait le deuil de son mari défunt, et voudrait
le voir, lui, en compagnon triste et en
enfant-consolateur, en quelque sorte
« parentifié » au profit du parent
survivant ...
[14].
Citons encore le sentiment de culpabilité plus
œdipien
[2]
de prendre la place du mort,
après coup, en s’identifiant à ses traits positifs,
en lui prenant ses attributions, voire en
convoitant le conjoint survivant apparemment
devenu libre ...
d) Pour terminer, disons un mot d’une
dernière catégorie d’idées et d’affects envahissants,
ceux qui sont du registre de la honte.
Cela se rencontre parfois, lorsque l’enfant
croit comprendre que la mort de celui qu’il
aimait a été infamante et/ou que sa famille en
est restée stigmatisée. C’est parfois pur fantasme
imaginaire de sa part mais pas toujours,
particulièrement dans les petites communautés
de vie où tout se sait et où l’on ne
manquera pas de « faire savoir que l’on sait » ;
pas facile, alors, d’être le fils ou la fille du malade
mental suicidé
[9]
, de l’alcoolique emporté par sa cirrhose, voire d’une maman
morte du SIDA
[15].
3. Tout n’a pas été dit avec ces quelques
catégories d’enfants qui refoulent trop massivement
leurs pensées,
ou qui se laissent envahir
et paralyser par les plus pénibles, sans
pouvoir procéder à un travail mental de relativisation.
Ainsi, nous n’avons pas encore évoqué le
sort de ces enfants très jeunes qui, dans un
premier temps, sont d’autant plus incapables
de comprendre ce qu’est la mort que, parfois,
soi-disant pour les épargner, on entretient un
mystère total à son sujet
[10]
: avant le décès,
on ne les associe à aucun des signes avantcoureurs
de la disparition prochaine ; après la
mort, on se tait, ou on leur dit que « leur maman
dort » ou « est en voyage
chez Jésus »
Rien d’étonnant à ce que certains d’entre eux
fassent des fixations imaginaires tenaces ou
que d’autres, très seuls dans un douloureux
voyage intérieur, en ressortent bouleversés,
insécurisés, porteurs de graves dysharmonies
dans leur évolution.
Et il faudrait parler aussi de tous ces enfants
désorganisés, moins peut-être par la
mort de l’être cher, que par tout ce qu’elle
entraîne comme bouleversement familial
[16]
:

- Enfants qui acceptent de
rester « parentifiés » comme
le demande le parent survivant
[17]
, ou/et pour s’identifier à certains
traits de personnalité mûrs et positifs du disparu ...
Lorsqu’il s’agit davantage de conformisme
que d’une adhésion interne de leur
Moi Idéal, on les voit souvent passer par des
adolescences tumultueuses, protestataires,
négativistes.

- Enfants conçus ou désignés en remplacement
rapide d’un aîné, priés d’être comme
l’ombre d’un disparu, d’ailleurs idéalisé ... ou
comme le consolateur perpétuellement disponible.

- Enfants qui ont l’impression de ne plus
compter, par exemple parce que ce n’est pas
d’eux qu’on attend la survie, ou parce que le
père oublie vite son épouse disparue et refait
sa vie en larguant ses rejetons.

- Enfants qui, en perdant un aîné admiré,
perdent leurs références identificatoires ; si,
en plus, le mort reste idéalisé par les parents
alors que les qualités présentes chez les petits
ne sont pas reconnues, ceux-ci vivent dans le
désarroi, le sentiment d’échec et d’infériorité.
III. Facteurs de protection ou d’aggravation
[18]
[19]
[20]
[21]
Certains auteurs, et en particulier Elizur
E. et Kaffman M.
[18]
et Olivier R.C. et
Fallat M.E.
[20]
, tentent d’identifier des indices
qui pourraient permettre de prédire
l’évolution du deuil. Dans une optique sans
doute moins systématique, nous proposons
un tableau reprenant quelques facteurs de
protection ou d’aggravation jugés importants.
Par définition, les facteurs de protection
sont ceux qui facilitent le décours d’un
travail de deuil « normal » ; les facteurs d’aggravation
sont ceux qui prédisposent aux
complications que nous venons de décrire.
Nous nous limiterons à un tableau schématique
de ces différents facteurs, présentés
dans un ordre chronologique approximatif.
IV. L’accompagnement éducatif et psychothérapeutique
de l’enfant endeuillé.
1. Quelques principes.
A. Ce n’est pas après la mort d’un être
cher que doit commencer l’accompagnement
susceptible de favoriser un deuil normal ;
il importe qu’une ambiance relationnelle positive
existe depuis toujours, en partie improvisée
et spontanée, en partie fruit des réflexions
des parents autour de leur fonction
d’éducateurs. Prévention
primaire
[10]
, serait-on tenté de dire, encore que les objectifs
poursuivis ne soient pas vraiment de prévenir
le malheur, mais plutôt de bien vivre, tout
simplement, dans le respect les uns des
autres.
Parmi les éléments de cette ambiance relationnelle
les plus potentiellement aptes à faciliter
les deuils, lorsque ceux-ci devront
avoir lieu, nous pensons plus particulièrement à :

- un investissement de l’enfant abondant,
partagé par plusieurs, à l’intérieur duquel
l’acquisition de sa confiance en soi et de son
autonomie est encouragée ;

- une disponibilité aux questions de l’enfant ;
une capacité des adultes à échanger des
informations et à exprimer simplement leurs
idées personnelles et leurs émotions ;

- une confrontation « naturelle » de
l’enfant à
la mort, celle des végétaux, des animaux et
des humains, au hasard de l’existence
[5]
; une écoute de ses réactions, en expliquant
ce que, d’aventure, il ne comprendrait pas.
B. L’aide que l’entourage peut prodiguer à
l’enfant en deuil est largement fonction de sa
disponibilité émotionnelle.
Comme cet entourage proche du disparu est lui-même en
souffrance, du moins au début, on devine
l’intérêt qu’il y a à favoriser sa restauration
psychologique. Y contribuent notamment
des soutiens sociaux de qualité, des réunions
de personnes endeuillées de statut analogue
[13]
, voire des psychothérapies.
Par ailleurs, comme on ne peut pas demander
l’impossible à cet entourage au moment
où sa souffrance est le plus forte, une
sollicitude plus active pourrait s’adresser à
l’enfant, émanant de la communauté élargie
[22]
. Des psychothérapeutes d’enfants ou
de famille pourraient également parler directement
à l’enfant, précédant parfois un peu la
parole des proches, momentanément trop
inhibés pour le faire. Des séances conjointes
réunissant l’enfant et les adultes survivants
de la famille, et où l’on s’adresse au moins
autant à celui-là qu’à ceux-ci, peuvent avoir
une grande valeur de debriefing pour tous.
2. Prévention primaire et secondaire après le décès.
A. Avant tout, il nous semble important
de conforter l’enfant dans son droit de faire
le chemin de son deuil comme il l’entend,
en nous méfiant des idées standard à ce sujet, et
en acceptant qu’une grande variété d’aménagements
puisse exister, et que du temps est
nécessaire pour comprendre puis pour se rééquilibrer
[1]
.
Le pire serait que l’enfant pressente que sa
manière de souffrir aujourd’hui n’est pas celle
qui est attendue. Le mieux, c’est d’être là,
près de lui, indéfectiblement présent, dans
l’accueil et la discrétion, et en partageant avec
lui idées et émotions, comme nous le détaillerons
tout de suite.
Que faire alors, lorsque l’on est préoccupé
par certains signes qu’il présente, comme le
silence, le déni ou la régression spectaculaire ?
Prendre patience ; ne pas le critiquer ; avoir en
soi l’espérance que la vie refera lentement
son chemin chez lui et lui en faire part ; éventuellement,
lui proposer délicatement
d’autres façons d’être, qui dépassent un peu
sa stagnation présente, mais sans lui faire violence
s’il ne les adopte pas tout de suite : on
peut penser alors à se révéler soi-même dans
ce que l’on ressent, mais discrètement, face à
l’enfant qui ne parle plus ... ; on peut aussi lui
proposer l’une ou l’autre « distraction », au
sens commun du terme, s’il est inactif et vide
d’intérêts, ...
B. Pour mieux assurer cette autorisation
morale, l’adulte peut certainement s’autoobserver,
si tant est que son propre cheminement
le lui permette et réfléchir aux questions
que voici :

- Fait-il une place, en lui et en dehors de
lui, à la souffrance possible de l’enfant ?
Imagine-t-il que l’enfant puisse être endeuillé, lui
aussi, ou qu’il est décidément trop petit pour
comprendre ? Accepte-t-il d’interagir avec
l’enfant comme avec le partenaire d’un travail
à faire ensemble, au sein de la famille survivante,
en se soutenant l’un l’autre, ou laisse-
t-il s’installer un clivage où chacun souffre
dans sa solitude ? Par exemple, a-t-il invité
l’enfant - invité, sans plus - à participer aux
rites funéraires, souvent tellement apaisants,
tellement importants pour se dire au revoir,
voire pour faire la paix avec celui qui s’en
va ?
(7)

- N’assigne-t-il pas un rôle trop étroit,
trop rigide à l’enfant ? Rôle du consolateur
[13]
, du faible menacé qu’il faut toujours
protéger; rôle du remplaçant mais qui
n’en sera jamais qu’un ersatz ; rôle de celui
qui a eu tort de rester en vie et qui est un peu
de trop ... Peut-être doit-il réapprendre
à laisser
l’enfant être lui-même ... à le
différencier
de celui qui est mort en reconnaissant à chacun
ses qualités et défauts propres et en coupant
court au jeu cruel des comparaisons ...
C. Essentiel alors est le partage des idées et
des émotions.
Schématiquement, on peut en
distinguer trois aspects : l’adulte s’exprime
personnellement, il écoute l’enfant et, en résonance
aux questions et préoccupations de
celui-ci, il l’informe.
1) S’exprimer en présence de l’enfant
ou/et en le prenant comme interlocuteur
peut aider celui-ci à remettre ses propres
idées et sentiments en place. A travers le chagrin,
la colère et le cheminement des pensées
de l’adulte, l’enfant peut comprendre combien
le deuil est une réalité « naturelle », que
chacun gère avec ses ressources propres.
L’adulte peut trouver les mots qui aident
l’enfant à se refaire une idée un peu différente
de l’existence, où la mort a sa place. La parole
de l’adulte peut apparaître à l’enfant
comme une invitation à s’ouvrir, à se libérer,
à exprimer son propre chagrin, à le partager,
à recevoir et à donner du soutien.
Aux tout petits qui ne comprennent pas
encore le fait de la mort, cette expression de
soi par les adultes survivants, conjuguée aux
explications qu’ils donnent, permet justement
à ces enfants de réaliser progressivement
et d’intégrer ce qu’est la perte. Ils y arrivent
en écoutant, en calquant tant soit peu
leur conduite sur celle du parent survivant,
en se rendant au cimetière avec lui, et en
s’ouvrant, toujours à travers lui, à ce que
peut être une relation spirituelle prolongée
avec celui qui est mort.
Mais cette expression de soi par l’adulte
n’est pas nécessairement bénéfique à l’enfant.
Si elle se transforme en deuil interminable, si
toute la maisonnée est amenée à vivre définitivement
et intensément sous le régime du
deuil, le disparu idéalisé devient un fantôme
étouffant, voire secrètement haï. Il incombe
donc au parent survivant de mettre une sourdine
à l’expression de ses propres sentiments
et à porter son attention sur autre chose que
sur le culte du mort, en espérant de surcroît
récolter pour lui-même, en quiétude intérieure,
le fruit de son effort.
2) Deuxième volet du partage des idées et
des émotions, on devrait savoir écouter
l’enfant [5]
:
écouter ce qui se crie ou se balbutie
spontanément, et aussi - ce qui est également
important - provoquer délicatement l’expression
d’une question, d’un affect, d’une
idée. Parfois, un échange verbal direct pourra
avoir lieu à ce propos ; d’autres fois, parce
que l’inhibition est plus forte ou que l’intelligence
des choses se fait davantage via l’imaginaire,
c’est dans des dessins, des jeux, des
histoires qu’on lui raconte ou que l’on
construit ensemble, que l’enfant livrera par
petits personnages interposés ses sentiments,
ses questions et conflits les plus difficiles ! ... Il
ne faut pas obligatoirement être thérapeute
pour recueillir ces productions, qui disent
l’imaginaire de l’enfant et sa vérité ; il suffit,
surtout, d’y être empathiques ; ensuite, s’il le
faut mais pas trop vite, on pourra proposer
d’autres « versions de la vie » que celle qu’incarnent
spontanément les petits personnages
des histoires qu’il met en scène ... si d’aventure
ils se fourvoient dans leur intelligence
des choses de la vie.
On m’a raconté à ce sujet, récemment, le
cas de Johan ( cinq ans ), très dépressif et irritable
depuis la mort accidentelle de sa
petite sœur, au sujet de laquelle il se faisait
probablement des reproches en secret.
Il avait été spectaculairement libéré
de ceux-ci pour avoir regardé avec sa mère
- heureusement disponible - le « Roi-
Lion » et avoir entendu celle-ci manifester
son empathie à Simba, le fils-lion,
cause bien involontaire de la mort de son
père, s’exilant alors pour vivre des années
de dépression et de dénégation.
La maman de Johan avait su se montrer tendre
pour le petit Simba, dire le droit qu’il
avait à toujours être aimé, et l’erreur qu’il
faisait à se sentir coupable ... Johan en
avait tiré tout seul la leçon.
Ce qu’il faut essayer d’écouter sobrement,
c’est souvent ce que l’enfant a le plus de mal
à exprimer : pas seulement la tristesse du
manque ... pas seulement les thèmes anxieux
variés ... mais aussi l’agressivité que l’enfant
ressent, par exemple pour le mort qui l’a lâché,
agressivité dont il se sent aussitôt coupable
[22]
... ou encore la faute qu’il s’attribue
et qui a été à l’origine du
décès ... ou son
angoisse de trop ressembler à celui qui est mort.
3) Le troisième volet du partage des idées
et des émotions, ce sont les informations que
l’on propose à l’enfant.
Ce chapitre est souvent
mal géré, soit que les adultes survivants
se sentent inhibés ou trop prudes à l’idée
d’informer, soit qu’ils n’imaginent pas que
l’enfant en ait besoin, soit au contraire, qu’ils
réduisent le partage avec l’enfant à cette dimension
d’information, alors trop abondante
et, en même temps, trop peu adaptée au
contexte réel. Or, si quelques informations
importantes devront lui être données, en rapport
direct avec l’événement et en dehors de
toute demande, d’autres seront utilement
suggérées en réponse à des questions de l’enfant ...
ou à ses silences : elles viendront
confirmer ce qu’il pense déjà ou, si nécessaire,
l’inviter à voir les choses quelque peu autrement :
à l’adulte à les soutenir tranquillement,
avec conviction, comme des vérités
pour lui, sans faire violence à l’enfant. En
outre, toute information importante proposée
à l’enfant devrait faire l’objet de
vérifications : l’enfant la comprend-t-il ? Comment
y réagit-il ?
Il n’est pas possible de passer en revue
tous les thèmes qui méritent d’être abordés
avec l’enfant. En voici quelques-uns parmi
les plus importants
[2]
-
[23]
:

- Le caractère inéluctable de la mort, terme
irréversible de la vie pour tous les vivants
terrestres, survenant naturellement ou violemment,
mais indépendamment des éventuels
souhaits de l’enfant. Deux remarques à
ce propos :

* Surtout quand l’enfant est très jeune,
certaines explications à visée consolatrice ne
lui permettent pas de comprendre l’inéluctabilité
de la coupure ; on y déclare en termes
vagues que le disparu s’est endormi pour
toujours, quand il n’est pas simplement
« parti faire dodo » ou « qu’il
est au Paradis »
Et l’enfant d’attendre en vain son retour.
Certes, ce n’est pas ici le lieu de prendre position
sur les croyances religieuses, leur bienfondé
aux yeux de beaucoup, et les consolations
qu’elles sont censées apporter. Nous
voulons simplement faire remarquer que,
lorsqu’on s’y réfère, ce ne devrait pas être
pour éviter la confrontation de l’enfant - et
de soi - à l’inéluctabilité et la douleur d’une
absence, celle du disparu dans sa corporéité.
Maintenir une relation spirituelle avec le souvenir
d’un mort, ou avec l’être d’un Mort
survivant dans quelque au-delà mystérieux,
n’empêche pas d’avoir à assumer cette coupure.

* Il ne suffit évidemment pas de dire que
« la mort est la mort » Beaucoup d’enfants se
posent des questions plus précises qui expriment
leur désir de connaissance de l’être humain
et du sens de la vie, au-delà du biologique :
Pourquoi meurt-on ? Que sent-on et à
quoi pense-t-on quand on meurt ? Souffre-t-on ?
etc ... Quand on les laisse exprimer tout
ce qu’ils imaginent à ce sujet, on est parfois
stupéfait des idées qu’ils construisent pour
humaniser et apprivoiser la mort.
Ainsi, en Belgique, après les kidnappings,
viols et assassinats d’enfants qui
ont marqué le mois d’août 1996, l’un de
nous a été amené à faire une psychothérapie
de groupe télévisée à intention de
debriefing avec quelques enfants de huit à
dix ans. En évoquant Julie et Mélissa, les
fillettes assassinées, ces enfants ont trouvé,
tout seuls, que, tout au long de leur
interminable agonie, dans la cave où elles
étaient séquestrées, Julie et Mélissa se
racontaient peut-être des histoires,
jouaient aux cartes ou se chantaient des
comptines. Ils ont trouvé aussi que,
quand on venait les agresser, peut-être
seul leur corps était prisonnier, tandis
que leur esprit s’envolait comme un petit
oiseau, pour venir les réhabiter après
coup.
Julie et Mélissa, violées et laissées mourir
de faim par Marc dutroux et Michèle Martin

- La nature de la maladie ou du processus
qui a conduit à la mort ; la nature de la maladie
ou du processus qui a amené la mort ; il
est particulièrement important d’échanger
des idées à ce sujet lorsque celui-ci pourrait
être source de honte et d’angoisse, l’enfant
ayant peur que ça lui tombe dessus aussi. Il
arrive qu’on doive le préparer à répondre aux
camarades qui se moqueraient de lui.

- La « normalité »
de l’expérience du deuil
chez les petits comme chez les grands, deuil
que chacun vit avec ses particularités
propres, et qui s’apaise progressivement,
sans pourtant que s’éteigne la relation spirituelle
avec le disparu.
Ici, encore, le concept peut sembler difficile
à expliquer et à faire intégrer par l’enfant,
mais, quand on part plutôt de sa créativité à
lui, il est à même, tout seul, de raconter avec
ses mots à lui, ce que peut être le deuil : « On
y pense toujours ... mais moins souvent ... et
sans être triste » trouve spontanément Martin
( dix ans ), dans la psychothérapie de groupe
dont nous venons de parler. Simplement suffit-
il de reconnaître la valeur de ce qu’il pense ...

- La non-responsabilité de l’enfant dans la
survenue de la mort. Il peut arriver qu’il en
ait été la cause involontaire, par exemple lors
d’un accident mortel. Il s’agit alors de l’aider
à ne pas confondre causalité et intentionnalité.
Dans la majorité des cas, en effet, il n’y est
pour rien du tout : nous incluons ici les cas où
sa rivalité avec le mort ou/et son désir de
mort a pu s’exercer : déjà ici, il faut pouvoir
deviner et lui parler de l’universalité de l’ambivalence
et des désirs de mort, et de leur non
toute-puissance. Dans une minorité plus petite
encore de situations, on peut se demander
si une forte rivalité avec un autre enfant
n’a pas été à l’origine d’un acte manqué dramatique ...
voire, surtout chez les aînés, si leur
comportement intentionnellement négatif
n’a pas pesé lourdement sur la santé déjà
fragile d’un adulte : ici aussi, et plus que
jamais, il faut non pas nier la part de faute,
l’importance de la reconnaître et d’obtenir
le pardon, mais surtout aider l’enfant à
faire confiance à nouveau à son potentiel positif.

- Le fait que la vie de l’enfant ne soit pas
spécialement menacée, à quelques exceptions
près : la mort n’est pas
contagieuse
(8),
même si l’enfant le pense parfois, soit par pure angoisse
et pensée magique, soit aussi et surtout
quand il éprouve une certaine culpabilité.
Dans ce contexte, on devra parfois rappeler
à l’enfant les différences fondamentales
entre sa personne et celle du mort : explication
délicate encore, puisqu’elle doit rendre
compte de ce qu’est la filiation, l’identification
aux parents, et l’originalité de chaque
être; explication particulièrement importante
lorsque la mort a été associée à une maladie
mentale ou/et à un suicide.
A un petit enfant, on devra redire aussi
que les survivants - et lui-même - sont forts,
et non disposés à se laisser emporter par de
nouvelles agressions.

- Dans la mesure où c’est vrai - et ce l’est
fréquemment - on peut lui rappeler qu’il est
toujours aimé et que ses besoins seront autant
satisfaits qu’avant. Cette reverbalisation
ne doit cependant pas être « plaquée », travestissant
mensongèrement une réalité défaillante.
Avant de s’engager par la parole, le
premier devoir des adultes est donc de vérifier
ce qu’il en est sur le terrain et, le cas
échéant d’améliorer ce qu’ils peuvent. Si la situation
est appelée à rester moins favorable,
plutôt que de nier les différences, en parler
clairement permet davantage à l’enfant de
faire le deuil du paradis perdu et d’utiliser sa
résilience pour s’adapter à son présent.
Ce n’est néanmoins pas toujours facile !
naissance d'une nation, sculpture de Mario Vos
Que dire à ce propos par exemple, à Vanessa
( quatorze ans ), fille unique, gâtée et
capricieuse d’une maman célibataire,
décédée d’un cancer
après une longue épreuve ? La grand-mère
maternelle, chez qui le couple mère-fille
s’était réfugié, se dit trop vieille pour
gérer l’adolescente. Aucun des oncles et
tantes n’en veut pour la vie quotidienne. Voici
donc Vanessa en internat scolaire, passant
de l’un à l’autre pour les vacances. Que lui
dire, sinon que c’est son comportement exigeant
et difficile qui fait peur ... qu’elle doit y
regarder à deux fois avant de compromettre
le crédit qui lui reste par protestations
surajoutées ...,
qu’elle est à même, si elle y met le
prix en comportement sociable, de regagner
de l’amour, chez des jeunes de son âge par
exemple ... et que c’est elle qui peut veiller le
plus sûrement sur ses propres intérêts !
D. En prolongement direct de ce que nous
venons de dire, évoquons donc toute
l’importance du soin à apporter à l’environnement
matériel et affectif de l’enfant.
Au delà des mots qu’on lui destine, l’enfant en
deuil a plus de chance de se réparer lorsque
l’intendance aussi est assurée c’est-à-dire
lorsque :

- l’entourage survivant est affectivement
proche de l’enfant et stable
[15]
;

- les besoins matériels de l’enfant, la qualité
de la vie quotidienne continuent à être assurés;
l’ambiance de vie n’est pas trop chargée
de soucis, notamment ceux qui pourraient
résulter du non-accomplissement
des fonctions qu’exerçait le disparu ;

- l’enfant peut continuer à vivre dans son
univers habituel ou du moins n’en est pas
déplacé à la légère ; si cependant il faut passer
par cette seconde solution, que ce soit
plutôt vers un environnement de type familial
substitutif, bien stable et capable de
délicatesse et de sobriété, pour ne pas provoquer
chez l’enfant des conflits intérieurs
de loyauté.
Conclusion
En guise de conclusion, nous ferons deux remarques :
1. Nous avons laissé ouverte l’importante
question de savoir si les accompagnements
que nous proposons, et surtout ceux qui sont
centrés sur l’échange de paroles, relèvent des
dialogues de la vie quotidienne, de la psychothérapie
ou des deux. Sans pouvoir y répondre
ici d’une façon détaillée, disons seulement
que les professionnels ne devraient
jamais accepter que l’ambiance de la vie quotidienne
soit et reste faite de silence inhibé et
douloureux. En rencontrant les adultes endeuillés,
en les écoutant et en les encourageant,
ils devraient vérifier ou faire en sorte
que ce soient ceux-ci qui parlent aux enfants
dont ils ont la charge, au moins pour une
part importante de ce qu’il y a à dire. Sans
nécessairement demander tout de go aux
plus accablés d’assurer un dialogue fluide,
mais en jouant sur les ressources de la famille
élargie et d’autres familiers
[20]
, il nous
semble préférable que les témoignages et les
réponses à l’enfant émanent, pour le principal,
des compagnons de sa vie quotidienne.
Si seuls les psychothérapeutes s’occupaient
des paroles importantes, ils n’échapperaient
que difficilement au double message : la mort,
il faut en parler, mais c’est non représentable
et non dicible avec naturel ... Le rôle des
psychothérapeutes est donc d’abord de faciliter
la communication dans la famille ; dans cette
perspective, grande est la valeur de séances
familiales, où les professionnels aident les
adultes survivants à s’exprimer, voire
les précèdent
un peu pour faire eux-mêmes les propositions
verbales les plus délicates ; si, par la
suite, l’enfant reste prisonnier de ses conflits
ou de ses affects les plus pénibles, une psychothérapie
lui sera également et personnellement
proposée : mais, même si on s’adresse
plus précisément à lui, il n’est pas nécessaire
d’exiger tout de suite qu’il y vienne seul :
beaucoup ont besoin, temporairement, de la
présence d’un familier à leur côté, qui les
protégera et les rassurera contre un sentiment
de trahison envers le défunt
(9).
2. Même s’il ressort de cet exposé que
nous devons être sensibles à la détresse de
l’enfant, gardons-nous d’étiqueter celui-ci de
façon trop stricte comme le poussin blessé,
pitoyable et nécessitant un support perpétuel :
il pourrait d’ailleurs en remettre pour
maintenir le surcroît d’attention qu’il gagnerait
de la sorte. A nous de savoir être parfois
un peu absents de sa vie, voire un peu durs et
exigeants !
Plus fondamentalement, nous sommes invités
à faire confiance à la résilience de nos
enfants. Elle est démontrée chaque jour de
par le monde par tant d’enfants qui passent
par l’horreur, en réchappent puis se remettent
à croire dans la vie : résilience des petits
Ruandais et de tant d’autres enfants de la
guerre, résilience des enfants rescapés des
maisons de passe d’Asie et d’ailleurs, résilience
de tous ces anonymes, proches de
nous, dont l’insouciance s’est soudain brisée
contre le malheur, et qui ont dû prendre en
main leur destin et parfois celui de leurs
jeunes frères et sœurs, voire du parent survivant.
Tous ces enfants courageux nous crient
que l’espérance n’est pas une illusion et nous
invitent à donner à leur côté le
meilleur de nous-mêmes.
RESUMES.
Résumé en français.
Dans cet article, les auteurs abordent le thème des
deuils compliqué et pathologique
chez l’enfant. Dans un premier temps, ils définissent
brièvement quelques concepts et optent pour
une acception élargie du deuil : il y aurait deuil
chaque fois que l’être humain vit,
subjectivement, une séparation comme une mort,
c’est-à-dire comme une perte irréversible.
Ils se penchent également sur la phénoménologie et
l’étiopathogénie. Ils évoquent ainsi
les
deuils somatiques,
les notions de refoulement,
d’angoisse,
de
culpabilité,
de
dépression,
de honte et de traumatisme, et les illustrent à l’aide de
situations cliniques. Ils mentionnent à titre exemplatif, des
facteurs de protection ou d’aggravation.
Finalement, ils développent tout particulièrement
les questions de la
prévention
et de l’
accompagnement éducatif et psychothérapeutique
de ces enfants et de leurs proches. En
conclusion, ils soulignent le rôle essentiel joué
par les membres de la
famille
et mettent en
garde contre le risque d’un interventionisme excessif.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
Résumé en anglais : Summary.
Children’s Complicated and Pathological Mourning
In this article, the authors investigate children’s
pathological and complicated bereavement.
They first define a few concepts and
talk about mourning, not only when associated
to death, but also in every situation of
separation perceived as an irreversible loss.
They describe briefly phenomenology and
etiopathogenesis. They approach somatic
mournings, and notions of repression, distress,
guilt, depression, shame and traumatism,
illustrated by clinical situations. They
mention protective and worsening factors.
They particularly underline the therapeutic
and educational support that can be given to
these children and their close relations.
In their conclusion, they emphasize the
role of family members and point out the
risk of excessive interference.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
Résumé en espagnol : Resumen.
N.B.
(
N.B.)
El luto complicado y patológico en el niño (d13)
(s49)
En este artículo, los autores abordan el tema de los
lutos complicados y patológicos en el niño.
Inicialmente, definen brevemente algunos conceptos y
optan por una acepción ampliada del luto: habría luto
cada vez que el ser humano vive, subjetivamente, una
separación como una muerte, es decir, como una
pérdida irreversible.
Examinan también la fenomenología y la etiologia.
Mencionan así los lutos somáticos, los conceptos de
rechazo, angustia, culpabilidad, depresión, vergüenza y
traumatismo, y los ilustran con ayuda de situaciones
clínicas. Mencionan que son losfactores de protección o
de agravación.
Por último, desarrollan muy especialmente las
cuestiones de la prevención y el acompañamiento
educativo y psicoterapéutico de estos niños y sus
prójimos. En conclusión, destacan el papel esencial
desempeñado por los miembros de la familia y ponen
en guardia contra el riesgo de un interventionismo
excesivo.
Palabras clave.
luto complicado, luto patológico, , angustia,
culpabilidad, depresión, muerte, acompañamiento
educativo.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
deuil compliqué, deuil pathologique, enfant, angoisse,
culpabilité, dépression,
mort, accompagnement éducatif, psychothérapie, famille.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
luto complicado, luto patológico, , angustia,
culpabilidad, depresión, muerte, acompañamiento
educativo.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
- Notes. -
(*) N.B. : Ce texte a fait l’objet d’une communication
sous le titre « Le deuil compliqué et
pathologique des enfants » lors du Congrès
international de l’Association Vivre son deuil qui s’est
tenu à Lausanne les 30 et 31 mai 1997 et
intitulé « Les deuils dans
l’enfance »
(**) Médecin-assistant en pédopsychiatrie.
(***) Pédopsychiatre, Docteur en psychologie,
responsable de l’Unité de pédopsychiatrie,
Cliniques Universitaires St-Luc, 10, avenue Hippocrate,
1200 Bruxelles.
(1). Dans le cadre de cet exposé, sans autres
précisions, le terme
« enfant » est générique et
renvoie à tous les mineurs d’âge. Lorsque
des différenciations seront nécessaires, nous
parlerons de jeunes enfants
( avant l’entrée à l’école primaire ),
d’enfants en âge de latence
( approximativement entre six et douze ans ),
d’enfants avant la
puberté ( de zéro à douze ans ) et d’adolescents.
(2). Ce pourrait être le cas, par exemple, de certaines
réorganisations familiales douloureuses après un
divorce
[3]
: « Perte » d’un
membre de la famille, perte du couple parental,
perte d’un lieu investi, etc ...
(3). Le risque est particulièrement grand lorsque l’être
aimé est véritablement,
et parfois secrètement, surinvesti par un enfant
lui-même hypersensible !
(4). Dans de rares cas, même pas : surtout chez les
tout petits, le dialogue avec un parent ... un frère
imaginaire peut être ostensible,
voire entraver les dialogues concrets de la vie familiale. Reste
à l’adulte à ne pas s’embarquer avec l’enfant dans
son imaginaire, mais à ne pas le violenter non
plus ... le recadrer peut-être,
dans un espace précis et entendre cette souffrance comme
un message, qui dit que la vie avec les vivants qui restent
n’est peut-être pas si satisfaisante ... Cet ensemble
d’attitudes s’adresse aussi à l’idéalisation,
parfois bien dérangeante pour les survivants.
(5). La discussion de ce point dépasse les limites de
cet exposé. En
résumé, la « simple » existence du
désir de mort ne devrait pas être à
l’origine d’une culpabilité fondée. Il en va de
même de certains passages
à l’acte impulsifs ou/et mineurs, à visée
défensive, sur le corps
d’autrui. Seule, l’actualisation volontaire du désir
de mort ( projet, programme et réalisation ) devrait
provoquer la culpabilité.
(6). Application plus moderne, on pourrait évoquer aussi
ces enfants qui savent ou devinent avoir été
conçus - d’où qu’en soit venue
la suggestion - pour donner un jour leur moelle à
un frère cancéreux, qui n’en est pas moins mort.
(7). L’intelligence de l’enfant est concrète, et
opère sur le réel
concret. Elle est donc très constructivement
alimentée si on lui donne
l’occasion de voir, simplement, comment la mort
est arrivée ( si
c’est possible ), de voir le corps du
disparu ( sans faire violence à l’enfant
qui serait trop émotionné pour l’accepter ), de
voir la mise en place des rites funéraires, puis d’aller
rendre visite aux restes corporels
du disparu là où ils sont. Monde du voir qui doit
s’accompagner du monde du partage des mots et des émotions.
(8). Même dans les cas où l’enfant a été
contaminé, par exemple, par le Sida
d’un parent, si pas par une hérédité
maniaco-dépressive, c’est la maladie
qui s’est transmise, et le destin de celle-ci
n’est pas ipso-facto celui qui a emporté son parent.
(9). Si d’aventure, ils s’abandonnaient à la relation
avec un seul étranger.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
- Bibliographie. -
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Création le 2 janvier 2005.
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... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
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pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
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le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

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Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
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Le deuil compliqué et pathologique chez l’enfant.
I. Définitions des concepts.
II. Eléments de réorganisation du psychisme
face à la perte, et signes cliniques.
III. Facteurs de protection ou d’aggravation.
IV. L’accompagnement éducatif et psychothérapeutique
de l’enfant endeuillé.
CONCLUSIONS.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
- Notes automatiques. -
.
.
Note *.
(*) N.B.: Ce texte a fait l’objet d’une communication sous le titre
« Le deuil compliqué et pathologique des
enfants » lors du Congrès
international de l’Association Vivre son deuil qui s’est
tenu à Lausanne
les 30 et 31 mai 1997 et intitulé
« Les deuils dans l’enfance »
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note **.
(**). Médecin-assistant en pédopsychiatrie.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note ***.
(***). Pédopsychiatre, Docteur en psychologie,
responsable de l’Unité de pédopsychiatrie,
Cliniques Universitaires St-Luc, 10, avenue Hippocrate,
1200 Bruxelles.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note N.B.
(N.B.). Ce résumé approuvé par le
professeur Jean-Yves Hayez a été ajouté
au texte le 14.07.2005
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 1.
(1). Dans le cadre de cet exposé, sans autres
précisions, le terme
« enfant » est générique
et renvoie à tous les mineurs d’âge. Lorsque
des différenciations seront nécessaires, nous
parlerons de jeunes enfants
( avant l’entrée à l’école
primaire ), d’enfants en âge de latence
( approximativement entre six et douze ans ), d’enfants
avant la puberté
( de zéro à douze ans ) et d’adolescents.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 2.
(2). Ce pourrait être le cas, par exemple, de certaines
réorganisations familiales douloureuses après un
divorce
[3]
: « Perte » d’un
membre de la famille, perte du couple parental, perte d’un lieu investi,
etc ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 3.
(3). Le risque est particulièrement grand lorsque l’être
aimé est véritablement,
et parfois secrètement, surinvesti par un enfant
lui-même hypersensible !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 4.
(4). Dans de rares cas, même pas : surtout chez les
tout petits, le dialogue avec un parent ... un frère
imaginaire peut être ostensible,
voire entraver les dialogues concrets de la vie familiale. Reste
à l’adulte à ne pas s’embarquer avec l’enfant
dans son imaginaire,
mais à ne pas le violenter non plus ... le
recadrer peut-être,
dans un espace précis et entendre cette souffrance comme
un message, qui dit que la vie avec les vivants qui restent
n’est peut-être pas si satisfaisante ... Cet ensemble
d’attitudes s’adresse aussi à l’idéalisation,
parfois bien dérangeante pour les survivants.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 5.
(5). La discussion de ce point dépasse les limites de
cet exposé. En résumé, la
« simple » existence du désir de mort
ne devrait pas être à
l’origine d’une culpabilité fondée. Il en va de
même de certains passages
à l’acte impulsifs ou/et mineurs, à visée
défensive, sur le corps
d’autrui. Seule, l’actualisation volontaire du désir
de mort ( projet, programme et réalisation )
devrait provoquer la culpabilité.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 6.
(6). Application plus moderne, on pourrait évoquer aussi
ces enfants qui savent ou devinent avoir été
conçus - d’où qu’en soit venue
la suggestion - pour donner un jour leur moelle à
un frère cancéreux, qui n’en est pas moins mort.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 7.
(7). L’intelligence de l’enfant est concrète, et
opère sur le réel concret. Elle est donc très
constructivement alimentée si on lui donne
l’occasion de voir, simplement, comment la mort est
arrivée ( si c’est possible, de voir le corps du
disparu ( sans faire violence à l’enfant
qui serait trop émotionné pour l’accepter ), de
voir la mise en place des rites funéraires, puis d’aller
rendre visite aux restes corporels
du disparu là où ils sont. Monde du voir qui doit
s’accompagner du monde du partage des mots et des émotions.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 8.
(8). Même dans les cas où l’enfant a été
contaminé, par exemple, par le Sida
d’un parent, si pas par une hérédité
maniaco-dépressive, c’est la maladie
qui s’est transmise, et le destin de celle-ci
n’est pas ipso-facto celui qui a emporté son parent.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 9.
(9). Si d’aventure, ils s’abandonnaient à la relation avec
un seul étranger.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
- Bibliographie automatique. -
.
.
Bibliographie numéro 1.
1. BACQUE M.F.
- Le deuil à vivre.
Coll. Opus, Odile Jacob, Paris 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 2.
2.HANUS M.
« Les deuils dans la vie ; deuils et séparations
chez l’adulte et chez l’enfant »
Maloine, Paris 1994.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 3.
3. PIRARD-VAN DIEREN E.
« D’un deuil particulier chez les enfants »
In STEICHEN R. et DE NEUTER P. - « Les
familles recomposées et leurs enfants » 245-250.
Academia-Erasme, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 4.
4. GHAZIUDDIN M., ALESSI N., GREDEN J.F.
« Life events and depression in children with pervasive
developmental disorders »
J Autim Dev Disord 25 (5): 495-502, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 5.
5. FURMAN R.
« Aptitude de l’enfant au deuil »
In ANTHONY E.J., KOUPERNIK C. - « L’enfant dans la
famille » Tome 2, 182-186. Masson, Paris 1974.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 6.
6. DIATKINE G.
« Deuil et inhibition intellectuelle chez le jeune
enfant »
Bull Psychol 38: 491-494, 1986.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 7.
7. BLACK D., HARRIS-HENDRIKS J., KAPLAN T.
« Father kills mother: post-traumatic stress disorder in the
children »
Psychother Psychosom 57 (4): 152-157, 1992.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 8.
8. GAENSBAUER TH., CHATOOR I., DRELL M., SIEGEL D.,
ZEANAH C.H.
« Traumatic loss in a one-year-old girl »
J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 34 (4): 520-528,
1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 9.
9. PFEFFER C.R., MARTINS P., MANN J., SUNKENBERG M.,
ICE A., DAMORE J.P. Jr, GALLO C., KARPENOS I., JIANG H.
« Child survivors of suicide : psychosocial
characteristics »
J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 36-1: 65-74, 1997.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 10.
10. BLACK D.
« Childhood bereavement » (editorial)
BMJ 312 (7045): 1496, 1996.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 11.
11. MICHALELI M.
« Les aspects psychosociaux de la mort subite
du nourrisson »
Rev Prat 42 (14): 1758-1761, 1992.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 12.
12. WOLFENSTEIN M.
« How is mourning possible ? »
Psychoanal Study Child 21: 93-123, 1996.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 13.
13. LECAVELIER-DES-ETANGS N., LAURAS B., SIBERTINBLANC D.
« La mort subite inexpliquée du nourrisson :
le destin de l’enfant précédent »
Neuropsychiatr Enfance Adolesc 42 (8-9): 627-652, 1994.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 14.
14. CHRIST G.H., SIEGEL K.
« Parental death : a preventive
intervention. Recent Results »
Cancer Res 121: 426-431, 1991.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 15.
15. SIEGEL K., GOREY E.
« Childhood bereavement due to
parental death from acquired immunodeficiency syndrome »
J Dev Behav Pediatr 15 (3): S66-S70, 1994.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 16.
16. BAILLY L., GOLSE B., SOULE M.
Conséquences pour les
enfants des crises familiales graves et des événements
traumatiques.
In LEBOVICI S., DIATKINE R. et SOULÉ
M. - Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent. 2793-2808. P.U.F., Paris, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 17.
17. SALER L., SKOLNICK N.
« Childhood parental death
and depression in adulthood : Roles of surviving parent
and family environment »
Am J Orthopsychiatry 62 (4): 504-516, 1992.
Pour retourner à l'endroit
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.
.
Bibliographie numéro 18.
18. ELIZUR E., KAFFMAN M.
« Factors influencing the
severity of childhood bereavement reactions »
Am J Orthopsychiatry 53 (4): 668-676, 1983.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 19.
19. KISSANE D.W., BLOCH S., DOWE D.L., SNYDER R.D.,
ONGHENA P., MCKENZIE D.P., WALLACE C.S.
« The Melbourne family grief study, I : Perceptions
of family functioning in bereavement »
Am J Psychiatry 153 (5): 650-658, 1996.
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.
.
Bibliographie numéro 20.
20. OLIVER R.C., FALLAT M.E.
« Traumatic childhood death : how well do
parents cope ? »
J Trauma 39 (2): 303- 307, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 21.
21. VAN EERDEWEGH M.M., CLAYTON P.J., VAN EERDEWEGH P.
« The bereaved child : variables
influencing early psychopathology »
Br J Psychiatry 147: 188-194, 1985.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 22.
22. KAFFMAN D.,
« Bereavement reactions in children :
therapeutic implications »
Int J Psychiatry 24-12: 65-76, 1987.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Bibliographie numéro 23.
23. HANUS M.,
« Le deuil chez l’enfant »
In LEBOVICI S., DIATKINE R. et
SOULÉ M. - « Nouveau traité de
psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent » 1463-1476.
P.U.F., Paris 1995.
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abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
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autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
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enfant abuseur,
enfants,
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équipes SOS-Enfants,
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livres,
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mort,
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