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Ouvre ta bouche.

Tu ne sentiras rien.

v.d.

* biographie et receuil de publications scientifiques du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier." Jean Guéhenno.

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Ouvre ta bouche. Tu ne sentiras rien.



Jean-Yves HAYEZ (1).

§ I. L'enfant, son corps, sa bouche et ses dents.

I. L'enfant et son corps.

Je me limiterai à quelques considérations utiles dans la perspective de prévention et de soins centrales dans cet article.

L'enfant identifie et connaît l'entièreté de son corps, certainement dans son apparence externe, depuis qu'il est tout petit, autour de deux ans. Mais avant l'âge de 6-7 ans, il n'est pas sûr que son corps soit très largement sa propriété privée : ce corps appartient aussi, en quelque sorte, à ses parents, aux membres les plus âgés de sa famille, voire à d'autres adultes qu'il connaît et estime : il le leur abandonne donc à l'occasion : en règle générale, quand ceux-ci le demandent et que leur approche n'est pas menaçante (" Viens prendre ton bain ... Viens te faire câliner sur mes genoux,etc. "). Le fait qu'il leur résiste néanmoins parfois et qu'il mette son corps hors de portée ne signifie pas pour autant qu'il est convaincu d'avoir le droit d'agir ainsi. Ce n'est que progressivement qu'il prend conscience que son corps, identifié par lui, est bien séparé de celui de ses parents, et qu'il a un droit de propriété très large à son propos, droit dont les seules limites sont la mise en danger de soi ou d'autrui.

A partir de huit-neuf ans, il en sera tout-à-fait convaincu et ce peut être à l'origine de solides batailles d'opinion et de conflits de pouvoir, par exemple si lui pense qu'un appareil dentaire ne sert à rien. J'y reviendrai en fin d'exposé.

En même temps que son incertitude sur son droit de propreté, l'enfant jeune doute aussi de l'intégrité naturelle présente et à venir de son corps. Il ne sait pas que, si tout se passe bien, la constitution des organes de son corps est permanente et destinée à croître lentement, puis à décroître au fil de la vie. Entendons-nous bien : n'importe quel corps peut être victime d'un accident ou être opéré, et on peut donc, lui en soustraire une partie nécrosée ou malade. Mais le jeune enfant, lui, imagine souvent que des morceaux peuvent en tomber, spontanément ou suite à des manipulations intempestives, ou encore par punition, ou parce qu'un agresseur viendrait s'en emparer le prendre : c'est le cas pour leur sexe, par exemple, zone particulièrement attractive et à risque. Les plus petits imaginent même que leurs selles, c'est une partie de leur corps qui s'en va et qu'avec elles leur corps se vide de l'intérieur. Si d'aventure, au moment où ils vivent de telles angoisses, on doit toucher à une de leurs dents, surtout pour l'extraire, ils peuvent le vivre comme la confirmation - adulte aidant - de cette précarité de leur corps, qui pourrait bien se déglinguer et se morceler et donc, perdre d'autres pièces que cette dent qu'on lui enlève.

II. L'enfant et sa bouche.

Sa bouche, c'est un des tous premiers organes que l'enfant repère : il la sent fonctionner, l'explore avec ses doigts ou avec des objets ; il joue avec elle, l'ouvre et la contemple dans le miroir. Il la découvre aussi indirectement en regardant et inspectant la bouche de ses familiers.

D'intuition, il sait que c'est un organe fonctionnel-clé, qui lui sert à manger, boire et parler. Il sait aussi que c'est un organe sensible, douloureux à l'occasion : quand elle est atteinte par des maladies spécifiques, quand il a reçu un coup ou s'est mordu la langue, quand elle reçoit du trop chaud ou du trop froid, quand il y a un problème aux dents, ça peut faire très mal.

Mais c'est aussi un endroit très intéressant, qui lui apporte d'importants plaisirs primitifs ou transitoires durables : téter, manger et boire, jouer avec la nourriture en bouche ou la cracher, comme ce peut être gai ! Autant pour la succion du pouce ou des doigts, celle de la " tutute " et l'introduction exploratoire de divers objets dans la bouche. Il y a encore le plaisir de lécher. Dans la suite de la vie apparaîtra le plaisir d'exercer sa bouche dans des vocalises, celui de chanter, de crier, de proférer des gros mots ou de produire de beaux et intelligents discours. Et les bisous ? Il les donne d'abord pour faire plaisir et souvent sur demande. Mais plus tard, ce sera plus perso, l'enfant utilisera sa bouche dans ses interactions affectueuses et amoureuses, en allant des bisous mouillés aux french kisses, voire à des utilisations lewinskiennes, au hasard de ses fantaisies sexuelles.

La bouche est encore un des lieux par lesquels s'exprime l'affirmation de soi et l'agressivité : mordre - ce qui inquiète souvent un peu trop puéricultrices et institutrices de maternelle ! - cracher, tirer la langue, verbaliser son agressivité : tout cela passe par la bouche. Plus fondamentalement, l'activation de celle-ci est un signe et un symbole de la force que l'on ressent ou non en soi et du droit de propriété que l'on se donne ou non sur son corps : Face aux sollicitations de l'adulte, par exemple, pour accepter la nourriture, certains enfants ferment énergiquement la bouche, d'autres crient et d'autres se laissent faire docilement.

Enfin, la bouche est vécue comme une porte d'entrée vers les mystères et les profondeurs du corps. Certains enfants, surtout mais pas seulement à la maternelle, imaginent même que c'est par elle que sortent les bébés, voire qu'on les fait entrer. D'autres redoutent que, s'ils laissent les doigts de l'adulte s'y introduire pour l'une ou l'autre raison, celui- ci pourrait faire intrusion dans tout leur corps, connaître leurs secrets, en prendre des morceaux, voire le détruire. S'ils le vivent ainsi, ils peuvent faire de fortes crises d'angoisse et/ou d'opposition, surtout quand on veut introduire dans la bouche un objet non usuel ( thermomètre, instrument de soins ) ou un médicament au goût étrange.

En résumé, l'enfant se sent porteur, mais pas tout de suite propriétaire d'un organe intéressant, qu'il aime bien pour tous les usages fonctionnels, plaisants ou agressifs qu'il en fait. A l'occasion, il peut s'en servir pour affirmer son pouvoir face à l'adulte et s'opposer aux attentes de celui-ci. Mais cette même bouche peut être à l'origine de bien des angoisses, modulées par le tempérament de l'enfant et par l'ambiance plus ou moins sereine dans laquelle il vit : angoisse d'avoir mal, tout simplement ; angoisse d'être privé de parties de son corps ; angoisse d'une possible invasion par l'adulte, qui commence par la bouche, mais ... ; angoisse qu'on ne veuille punir sa bouche, à cause de tous les excès auxquels l'enfant s'est livré, etc.

Souvent angoisse et opposition sont intriquées : c'est parce qu'il se sent menacé et qu'il a peur que l'enfant crie, se débat et ferme farouchement la bouche.

III. L'enfant et ses dents.

Le vécu de l'enfant par rapport à ses dents se superpose largement à ce qui vient d'être dit à propos de la bouche. Les dents, elles aussi, constituent un lieu du corps fonctionnel, sensible à la douleur, source de plaisir - le plaisir de mordre, a pleines dents bien sûr ! - et moyen d'expression de l'agressivité - ici, c'est dans la fesse bien tendre de son ennemi que l'on mord ! -. Chez certains enfants, les dents sont aussi l'occasion de luttes de pouvoir plus ou moins déclarées avec les parents : Ah, tous ces enfants soi-disant tête en l'air qui " oublient " de se laver les dents, et à qui il faut le rappeler tous les jours pendant des éternités !

Plus spécifiquement, comme je l'ai déjà dit, les dents, c'est aussi un petit bout de corps détachable ! Vers six-sept ans, ce détachement est physiologique, comme celui d'une nouvelle peau qui mue, et la grande majorité des enfants le supporte bien, parce qu'ils ont compris que c'était un signe de leur grandissement et que d'ailleurs, tout comme dans les seniories, leurs classes sont peuplées de joyeux édentés. En plus, la petite souris vient parfois emporter le petit déchet précieux pour l'emmener au paradis des dents de lait, emballé dans un papier et caché avec maman sous l'oreiller et elle va la remplacer par d'horribles sucreries ! Quoi qu'il en soit, au moment de cette perte de dents, l'enfant n'est plus " au lait ", mais bien au parfum des blagues salaces de la cour de récréation. Mais quand l'ablation n'est pas naturelle et surtout si elle a lieu plus précocement dans la vie, c'est assez souvent ressenti comme un signe du pouvoir des adultes sur le corps, et comme un signe avant coureur de détachements encore plus affreux !

§ II. L'accompagnement psychologique des soins dentaires.

A. Le déroulement habituel des opérations.

Quand on demande à l'enfant d'ouvrir bien grande la bouche et de rester calme pour qu'on puisse lui soigner les dents, on va à l'encontre d'un réflexe d'auto-protection très banal. Plus l'enfant est jeune, moins il y a de chances qu'il comprenne facilement le projet adulte de le soulager à long terme, et plus il y a de chances qu'il réagisse comme le mammifère blessé de qui on s'approche trop pour enlever une épine de la patte : ce sera donc la fuite ou l'agression, cette dernière, surtout s'il se sent acculé.

Il faut pourtant arriver à ce que l'enfant fonctionne principalement avec ce que l'on pourrait appeler son " intelligence anticipative ", c'est-à-dire qu'il accepte de faire le pari que cet étranger qui prétend l'aider et semble soutenu par ses parents va vraiment le faire. Un certain nombre y parviennent, d'autant plus aisément qu'a existé une bonne préparation. En-dessous de 8-9 ans, il est néanmoins normal que s'y mélange un zeste de méfiance, d'angoisse et de qui-vive, et d'agressivité larvée. C'est que l'enfant sait d'intuition qu'il est souvent trop confiant et que ses facultés de discrimination ne sont pas encore au top ... et les adultes ne l'ont que trop souvent roulé dans la farine avec leurs paroles lénifiantes, leurs sourires et leurs promesses ! Après 8-9 ans, il se fait davantage confiance dans sa capacité à reconnaître les vraies bonnes intentions de ses parents ou d'autrui, et il se laisse davantage aller sans plus de réticences.

Néanmoins une minorité d'enfants, dégressive avec l'âge, ne parviendra pas à " marcher à l'intelligence " . C'est surtout le cas des enfants souffrant d'importants handicaps cognitifs - autistes, retardés mentaux importants ou psychotiques -, c'est aussi celui d'enfants qui ont un niveau basal d'angoisse très élevé, par tempérament et/ou suite à l'histoire de leur vie et/ou suite à la manière très anxiogène dont les parents l'élèvent. C'est enfin le cas des enfants qui ont eu un traumatisme de la bouche, surtout si celui-ci a été volontaire ( coups ) et qu'ils ont eu le temps de voir l'agent agresseur foncer sur leur bouche. Dans tous ces cas et notamment dans le dernier, face aux stimulus et à l'ambiance qu'ils perçoivent dans le cabinet du dentiste (2) , ce sera la crise d'angoisse bruyante et prolongée, le désespoir, la colère et l'opposition ou, plus souvent encore la séquence rapide angoisse - opposition bruyante. L'attitude des adultes présents au moment de la crise peut contribuer à espérer ou à escalader celle-ci. Si eux-mêmes s'énervent, menacent, bousculent l'enfant, ils augmentent la probabilité que la crise atteigne des sommets et se prolonge, et que l'enfant en sorte " vainqueur "; quand il retrouve la vue, le voici bougon, l'air vaguement absent, reniflant et refoulant ses larmes, la main dans celle d'un parent tout aussi énervé, et avec les dents toujours malades. Et surtout, il a reçu comme une preuve que l'explosion de ses émotions faisait céder les adultes. Alors, bonjour la récidive, dans toutes sortes de circonstances menaçantes et frustrantes !

Inversément, le calme, la capacité de contenir ses débordements, les explications sobres couplées à la tenacité de l'adulte finissent souvent par avoir raison d'une majorité de ses crises anxieuses.

B. Préparer la visite chez le dentiste.

Il n'existe certainement pas de préparation qui soit parfaite. Dès tout petit, l'enfant est régulièrement confronté à la souffrance somatique, à des soins eux-mêmes plus ou moins douloureux et aux commentaires plus ou moins avisés ou maladroits que les adultes tiennent dans de tels contextes : ils ont probablement déjà essayé à maintes reprises de lui dire que telle visite chez un soignant, c'était pour son bien et que ça ne ferait pas mal, mais la réalité coïncide rarement avec les paroles lénifiantes ou les silences qui l'ont introduite. Quoi qu'il en soit, et en simplifiant et idéalisant quelque peu les choses, on doit espérer que les parents ou les éducateurs habituels de l'enfant, spontanément ou après sensibilisation (3) , parviennent à n'en faire ni trop, ni trop peu pour préparer cette fameuse visite. Et qu'ils le fassent à un moment bien choisi, pas trop longtemps à l'avance, en tout cas : l'avant-veille, voire la veille en fin d'après-midi ou même une heure ou deux à l'avance pour un enfant de moins de 6 ans - en dehors des contextes de grande urgence - c'est un délai suffisant ! Ce qui n'empêche que, à titre de prévention générale et en dehors de tout projet de visite précise, on peut lire avec l'enfant jeune une petite histoire illustrée qui raconte la visite chez le dentiste. Ce sera plus simple alors, au moment d'introduire une visite concrète, d'aller rechercher le livre et de dire à l'enfant : " cette fois, c'est à ton tour ".

Ni trop, ni trop peu ? Ce que l'enfant doit savoir, c'est que le dentiste est une personne en qui ses parents ont confiance ( voire un ami au prénom connu, surtout si l'enfant est très jeune ). Il répare les dents ( ou les soigne ) pour qu'elles grandissent bien. Maman ( ou un autre familier ) seront présents aux côtés de l'enfant pendant les soins. Fin du message !

Surtout, surtout, les parents devraient éviter d'ajouter " Il ne te fera pas mal " ou " Il te fera une petite piqûre pour que tu n'aies pas mal, mais la piqûre ça fait pas mal ". De ces messages précautionneux, l'enfant gomme les négations et ne retient que l'inverse, c'est-à-dire " Tu auras mal " . Sur cette base verbale plutôt sobre, on peut s'enquérir des éventuels commentaires ou questions de l'enfant. S'il n'en a pas, c'est bien ! S'il en a, il faut lui répondre authentiquement et toujours sobrement. Donc, la question de la douleur viendra quand même peut-être sur le tapis, mais à la demande de l'enfant cette fois. Et la réponse sera du type " Ca fait un peu mal, comme par exemple quand tu tombes dans la cour, et puis après tes dents sont réparées ".

Ultime acte de la préparation, si l'enfant est réputé très anxieux ou très difficile, on gagne à le faire accompagner par un adulte ( voire un grand adolescent ) réputé ferme et tranquille, sans l'en avertir à l'avance, et en argumentant de l'indisponibilité de l'accompagnateur le plus spontanément attendu, " Maman n'est pas libre. C'est moi qui viens avec toi ". Surtout s'abstenir d'ajouter : " comme ça ,avec moi, tu n'auras pas peur ", ce qui fait trop penser d'avance à l'enfant qu'il va devoir affronter une situation pénible !

Voilà pour la préparation côté parents. Et côté dentiste ? Surtout s'il a pour habitude de recevoir d'assez nombreux enfants jeunes, réputés sensibles, il peut veiller aux dimensions accueillantes de sa salle d'attente et de son cabinet - J'en connais même qui ont installé des perruches ou un hamster à bonne hauteur en face du fauteuil du client; et croyez-moi, il n'y a pas que pour les enfants que l'animation de ces bestioles constitue une agréable manoeuvre de diversion ! -, à l'éventuelle dissimulation d'une partie de son matériel : inutile que son cabinet apparaisse comme une sorte de musée de la seringue et du dentier ! Il peut aussi penser à l'aspect accueillant de sa personne. Un tablier blanc, un masque et même des gants sont-ils toujours vraiment indispensables ? Très peu de petits enfants, à ma connaissance, sont atteints du SIDA ou de tuberculoses actives. Plus radicalement, chacun devrait réfléchir à son " Soi professionnel " et se demander s'il dispose des dispositions d'esprit fondamentalement nécessaires pour bien travailler avec des enfants, surtout en âge de maternelle : patience, capacité d'apprivoiser l'enfant à peu près au rythme de celui-ci, tolérance et indulgence, empathie pour ce que vit l'enfant, capacité de clin d'oeil et d'humour ... mais de fermeté aussi, fermeté tranquille, capacité de décider et d'aller de l'avant sans s'énerver. Evidemment, personne ne possède toutes ces qualités et, quand on en possède quelques-unes, on a régulièrement des passages à vide. Néanmoins, celui qui n'en reconnaîtrait aucune en soi, celui qui est tout de suite énervé ou angoissé par les enfants trop jeunes ... doit-il vraiment accepter la clientèle de ceux-ci ?

C. Le face-à-face avec les petits clients ordinaires.

Avec ceux-ci, c'est relativement simple : la gentillesse de l'accueil de l'enfant et de son accompagnant ; le fait de s'intéresser à l'enfant, de lui demander son prénom et de se présenter, de s'enquérir de l'un ou l'autre paramètre important de sa vie ; le fait de lui rappeler brièvement le pourquoi et le comment de la situation ( enlever la dent qui fait mal ... réparer pour que tu n'aies plus mal ) ; le fait d'expliquer ce que l'on va faire tout juste à l'avance et sans tricher, de montrer l'appareil à l'enfant, éventuellement de lui permettre de le toucher ... et puis, de façon tout aussi importante, le droit que l'on se donne d'aller de l'avant, tout ceci devrait entraîner une collaboration raisonnable de l'enfant. A la fin des opérations, il faut bien penser à le remercier et à le féliciter, au moins pour l'encourager à se conduire une prochaine fois de façon tout aussi responsable.

D. Et avec les enfants particulièrement anxieux ou opposants ?

Les attitudes sus-mentionnées restent fondamentalement d'application. Le principe le plus important me semble être de pouvoir insister en restant calme, mais sans vouloir soumettre l'enfant à tout prix. Surtout, ne pas s'agiter soi-même, ne pas s'énerver et entrer en escalade agressive, ne pas se montrer insécurisé ou perdant les pédales, ne pas marchander et faire des promesses ou menaces. Demander à l'accompagnant de rester quasi silencieux, par exemple en tenant la main ou les deux mains de l'enfant. Que lui aussi s'abstienne de commentaires type menaces ou promesses. Continuer à parler à l'enfant, doucement, calmement, sobrement, la parole centrale étant : " Pierre, je voudrais que tu ouvres bien la bouche pour que je puisse te soigner. Et d'abord, je dois commencer par ... ". On peut la répéter comme une litanie, mais inutile, une fois encore d'en remettre avec les " je te promets que tu n'auras pas mal ", dont l'enfant gomme la négation !

Après quelques minutes d'angoisse ou de colère qui persisteraient ou iraient crescendo, avec bouche fermée ou agitation, on peut conclure provisoirement, en pesant soigneusement ses mots " Bon, je ne pourrai pas te donner tes soins aujourd'hui; tu vas repartir avec ta dent malade; je vais réfléchir avec tes parents à ce que nous allons faire pour te soigner ". Cette réflexion peut prendre place quelques heures plus tard, par téléphone, en dehors de la présence de l'enfant. Quelles sont alors les pistes qui s'ouvrent ? Différer les soins et attendre que l'enfant grandisse, parce que ces soins ne sont pas vraiment indispensables rapidement ; revenir à la charge avec le même type d'attitude, de mois en mois par exemple, pour montrer à l'enfant que l'on tient vraiment à sa santé, et dans l'intervalle remédier aux dimensions problématiques de sa personnalité, par exemple via une psychothérapie ; lui administrer un médicament tranquillisant quelques heures avant la visite ; recourir à l'anesthésie générale ou à d'autres techniques modernes comme le MEOPA (4).

Parmi les enfants qui nécessitent souvent une aide spéciale, il y a notamment les enfants qui ont eu un traumatisme de la bouche, surtout si : ils sont jeunes et/ou déjà de tempérament anxieux ; si le traumatisme a été volontaire ( coup ), et s'ils ont vu l'agent traumatique foncer sur leur bouche. Alors, ils peuvent être terrorisés, sur de très longues durées, si quelqu'un s'approche de nouveau de leur bouche et leur demande de l'ouvrir. Pour ces enfants, il faudra souvent une psychothérapie préparatoire, et même une anesthésie générale ou du MEOPA.

E. De retour à la maison.

Pour peu que la séance ait été houleuse et surtout si l'enfant est jeune, on peut l'encourager, mine de rien, à jouer au jeu du dentiste avec ses peluches ou poupées. Le fait qu'il abréagisse sa rage et son angoisse, par exemple en s'en prenant violemment aux dents d'une marionnette-crocodile, atténuera ce que la rencontre a pu avoir de traumatisant et le préparera à être plus ferme à l'avenir. Avec des enfants plus âgés, on peut s'enquérir de ce qu'ils ont vécu et les aider à le verbaliser ou, tout simplement, partager des souvenirs et dialoguer.

§ III. L'appareil dentaire (5).

Une minorité d'enfants - souvent, les plus âgés - ou de jeunes adolescents sont suffisamment intelligents, capables d'anticipation et raisonnables pour comprendre que la demande qu'on leur fait est intéressante pour leur esthétique future et pour la fonctionnalité de leur dentition. Ils y adhèrent d'autant mieux qu'on leur donne de bonnes informations et qu'on discute avec eux du pour et du contre. Ils gagnent néanmoins à être encouragés au cours de la procédure, soutenus lorsqu'ils vivent quelques moments difficiles - inconfort, moquerie d'un camarade, etc. -, et félicités, voire récompensés pour leur courage.

Une majorité est plus ambivalente, du moins au début ; si c'est le cas, il faut pouvoir insister et décider à leur place, en appliquant également et avec encore davantage d'intensité les attitudes que je viens d'esquisser. Lors de leurs moments de mauvaise humeur à l'égard du " machin chiant ", ils ne méritent certainement pas la mauvaise humeur en retour des adultes, mais plutôt compréhension et encouragements.

Reste une minorité et même une petite minorité d'irréductibles qui n'en veulent vraiment pas. Concrètement, s'ils sont déterminés, ils finissent quasi toujours par gagner sur le terrain à force de sabotages, cassures de l'appareil et autres oublis. Néanmoins, face à leur " non " persistant, nous pourrions apprendre à nous résigner autrement qu'avec rage. Après tout, les jeunes nous rappellent que la liberté de l'être humain est une réalité et une valeur importante. Au moins nous montrent-ils qu'ils sont capables de dire non et ceci devrait nous réjouir, car nous pouvons en inférer qu'ils sont à même de se faire respecter, par exemple par des gens qui voudraient abuser d'eux. Même si nous ne sommes pas d'accord avec le bien fondé de leur choix et si nous pouvons le leur expliquer, nous pourrons nous incliner devant celui-ci avec le respect dû à leur différence. Entres autres, parce que l'on ne peut pas arguer que leur refus persistant met en danger leur vie ou celle d'autrui.


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- Notes. -

(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de médecine de l'Université Catholique de Louvain, directeur de l'Unité de Pédopsychiatrie des Cliniques Universitaires St-Luc.

(2). Dans ce texte " dentiste " est un terme générique qui désigne tous les soignants qui veulent lui faire ouvrir la bouche, principalement pour lui soigner les dents ( dentistes, orthodontistes, stomatologues, ...). On peut y adjoindre dans une large mesure d'autres soignants qui veulent faire un examen ou des soins buccaux ( médecins traitants, pédiatres, etc.)

(3). Le dentiste pourrait s'enquérir par téléphone s'il s'agit de la première visite de l'enfant chez un représentant de son art. Si oui, il pourrait faire quelques recommandations aux parents pour qu'ils préparent bien la visite ou encore, leur envoyer un petit feuillet informatif à ce propos.

(4). Le MEOPA entraîne une sédation consciente et une diminution de la sensation de douleur. C'est un mélange équimolaire de protoxyde d'azote et d'oxygène, mais il faut néanmoins que l'enfant accepte de mettre un masque et d'inhaler calmement, car il reçoit une dose de produit à chaque inhalation.

(5). Les considérations concernant l'obligation de porter un appareil dentaire s'appliquent aussi dans une large mesure à l'obligation inverse : celle de renoncer à la succion du pouce ( ou des doigts ) ou à la mise en bouche de la sucette ( " tutute ").

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Création le 27 avril 2004.
Dernière mise à jour le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un document en traitement de texte remis par le professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds

 


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I. L'enfant et son corps.
II. L'enfant et sa bouche.
III. L'enfant et ses dents.
§ II. L'accompagnement psychologique des soins dentaires.

A. Le déroulement habituel des opérations.
B. Préparer la visite chez le dentiste.
C. Le face-à-face avec les petits clients ordinaires.
D. Et avec les enfants particulièrement anxieux ou opposants ?
E. De retour à la maison.
§ III. L'appareil dentaire.

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Note 1.


(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de médecine de l'Université Catholique de Louvain, directeur de l'Unité de Pédopsychiatrie des Cliniques Universitaires St-Luc.

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Note 2.

(2). Dans ce texte " dentiste " est un terme générique qui désigne tous les soignants qui veulent lui faire ouvrir la bouche, principalement pour lui soigner les dents ( dentistes, orthodontistes, stomatologues, ...). On peut y adjoindre dans une large mesure d'autres soignants qui veulent faire un examen ou des soins buccaux ( médecins traitants, pédiatres, etc.)

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Note 3.

(3). Le dentiste pourrait s'enquérir par téléphone s'il s'agit de la première visite de l'enfant chez un représentant de son art. Si oui, il pourrait faire quelques recommandations aux parents pour qu'ils préparent bien la visite ou encore, leur envoyer un petit feuillet informatif à ce propos.

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Note 4.

(4). Le MEOPA entraîne une sédation consciente et une diminution de la sensation de douleur. C'est un mélange équimolaire de protoxyde d'azote et d'oxygène, mais il faut néanmoins que l'enfant accepte de mettre un masque et d'inhaler calmement, car il reçoit une dose de produit à chaque inhalation.

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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jean- yves.hayez@pscl.ucl.ac.be

 


































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Note 5.

(5). Les considérations concernant l'obligation de porter un appareil dentaire s'appliquent aussi dans une large mesure à l'obligation inverse : celle de renoncer à la succion du pouce ( ou des doigts ) ou à la mise en bouche de la sucette ( " tutute ").

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Fin du dossier























































































































































































... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 




















































































































































































liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.

abus sexuel, accompagnement éducatif, adolescents abuseurs, adolescents, allégation d'abus sexuel, angoisse de séparation, angoisse, anxiété, assuétude, autorité parentale, beaux-parents, besoins psychiques des enfants, bizarrerie sexuelle infantile, cadre thérapeutique, confidences, confidentialité, conformisme, culpabilité, debriefing collectif, délinquance, dépendance, dépression, destructivité, deuil compliqué, deuil pathologique, éducation sexuelle, enfant abuseur, enfants, énuresie, éthique, équipes SOS-Enfants, famille, famille reconstituée, Familles restructurées, guerre, identité, infanto-juvénile, intervention de crise, Jean-Yves Hayez, jeux sexuels, livres, mendiants, mort, mort d'un proche, mots-clés, pédopsychiatrie, perversion sexuelle infantile, perversion sexuelle, peur, pornographie, protection, psychiatrie de liaison, psychothérapie, publications, relation de soin, réparations, réseau de santé, sanctions, secrets de famille, séparation parentale, sexualité infantile, sexualité normale, signalement, soins pluridisciplinaires, stress, SOS-enfants, suggestibilité, syndrome de stress post-traumatique, traumatisme psychique, trouble de l'endormissement, trouble du comportement, trouble psychique, urgences, violence, vulnerabilité.