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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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Ouvre ta bouche.
Tu ne sentiras rien.
v.d.
* biographie et receuil de publications scientifiques du
professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Ouvre ta bouche. Tu ne sentiras rien.
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Jean-Yves HAYEZ
(1).
§ I. L'enfant, son corps, sa bouche et ses dents.
I. L'enfant et son corps.
Je me limiterai à quelques considérations
utiles dans la perspective de prévention et de
soins centrales dans cet article.
L'enfant identifie et connaît l'entièreté de
son corps, certainement dans son apparence
externe, depuis qu'il est tout petit, autour de
deux ans. Mais avant l'âge de 6-7 ans, il n'est
pas sûr que son corps soit très largement sa
propriété privée : ce corps appartient aussi,
en quelque sorte, à ses parents, aux membres
les plus âgés de sa famille, voire à d'autres
adultes qu'il connaît et estime : il le leur
abandonne donc à l'occasion : en règle
générale, quand ceux-ci le demandent et que
leur approche n'est pas menaçante (" Viens prendre ton
bain ... Viens te faire câliner sur mes genoux,etc. ").
Le fait
qu'il leur résiste néanmoins parfois et qu'il
mette son corps hors de portée ne signifie pas
pour autant qu'il est convaincu d'avoir le
droit d'agir ainsi. Ce n'est que
progressivement qu'il prend conscience que son
corps, identifié par lui, est bien séparé de
celui de ses parents, et qu'il a un droit de
propriété très large à son propos, droit dont
les seules limites sont la mise en danger de
soi ou d'autrui.
A partir de huit-neuf ans, il en sera tout-à-fait
convaincu et ce peut être à l'origine de
solides batailles d'opinion et de conflits de
pouvoir, par exemple si lui pense qu'un
appareil dentaire ne sert à rien. J'y
reviendrai en fin d'exposé.
En même temps que son incertitude sur son droit
de propreté, l'enfant jeune doute aussi de
l'intégrité naturelle présente et à venir de
son corps. Il ne sait pas que, si tout se passe
bien, la constitution des organes de son corps
est permanente et destinée à croître lentement,
puis à décroître au fil de la vie. Entendons-nous
bien : n'importe quel corps peut être
victime d'un accident ou être opéré, et on peut
donc, lui en soustraire une partie nécrosée ou
malade. Mais le jeune enfant, lui, imagine
souvent que des morceaux peuvent en tomber,
spontanément ou suite à des manipulations
intempestives, ou encore par punition, ou parce
qu'un agresseur viendrait s'en emparer le
prendre : c'est le cas pour leur sexe, par
exemple, zone particulièrement attractive et à
risque. Les plus petits imaginent même que
leurs selles, c'est une partie de leur corps
qui s'en va et qu'avec elles leur corps se vide
de l'intérieur. Si d'aventure, au moment où ils
vivent de telles angoisses, on doit toucher à
une de leurs dents, surtout pour l'extraire,
ils peuvent le vivre comme la confirmation -
adulte aidant - de cette précarité de leur
corps, qui pourrait bien se déglinguer et se
morceler et donc, perdre d'autres pièces que
cette dent qu'on lui enlève.
II. L'enfant et sa bouche.
Sa bouche, c'est un des tous premiers organes
que l'enfant repère : il la sent fonctionner,
l'explore avec ses doigts ou avec des objets ;
il joue avec elle, l'ouvre et la contemple dans
le miroir. Il la découvre aussi indirectement
en regardant et inspectant la bouche de ses familiers.
D'intuition, il sait que c'est un organe
fonctionnel-clé, qui lui sert à manger, boire
et parler. Il sait aussi que c'est un organe
sensible, douloureux à l'occasion : quand elle
est atteinte par des maladies spécifiques,
quand il a reçu un coup ou s'est mordu la
langue, quand elle reçoit du trop chaud ou du
trop froid, quand il y a un problème aux dents,
ça peut faire très mal.
Mais c'est aussi un endroit très intéressant,
qui lui apporte d'importants plaisirs primitifs
ou transitoires durables : téter, manger et
boire, jouer avec la nourriture en bouche ou la
cracher, comme ce peut être gai ! Autant pour
la succion du pouce ou des doigts, celle de la " tutute "
et l'introduction exploratoire de divers objets
dans la bouche. Il y a encore le plaisir de
lécher. Dans la suite de la vie apparaîtra le
plaisir d'exercer sa bouche dans des vocalises,
celui de chanter, de crier, de proférer des
gros mots ou de produire de beaux et
intelligents discours. Et les bisous ? Il les
donne d'abord pour faire plaisir et souvent sur
demande. Mais plus tard, ce sera plus perso,
l'enfant utilisera sa bouche dans ses
interactions affectueuses et amoureuses, en
allant des bisous mouillés aux french kisses,
voire à des utilisations lewinskiennes, au
hasard de ses fantaisies sexuelles.
La bouche est encore un des lieux par lesquels
s'exprime l'affirmation de soi et
l'agressivité : mordre - ce qui inquiète
souvent un peu trop puéricultrices et
institutrices de maternelle ! - cracher, tirer
la langue, verbaliser son agressivité : tout
cela passe par la bouche. Plus
fondamentalement, l'activation de celle-ci est
un signe et un symbole de la force que l'on
ressent ou non en soi et du droit de propriété
que l'on se donne ou non sur son corps : Face
aux sollicitations de l'adulte, par exemple,
pour accepter la nourriture, certains enfants
ferment énergiquement la bouche, d'autres
crient et d'autres se laissent faire
docilement.
Enfin, la bouche est vécue comme une porte
d'entrée vers les mystères et les profondeurs
du corps. Certains enfants, surtout mais pas
seulement à la maternelle, imaginent même que
c'est par elle que sortent les bébés, voire
qu'on les fait entrer. D'autres redoutent que,
s'ils laissent les doigts de l'adulte s'y
introduire pour l'une ou l'autre raison, celui-
ci pourrait faire intrusion dans tout leur
corps, connaître leurs secrets, en prendre des
morceaux, voire le détruire. S'ils le vivent
ainsi, ils peuvent faire de fortes crises
d'angoisse et/ou d'opposition, surtout quand on
veut introduire dans la bouche un objet non
usuel ( thermomètre, instrument de soins ) ou un
médicament au goût étrange.
En résumé, l'enfant se sent porteur, mais pas
tout de suite propriétaire d'un organe
intéressant, qu'il aime bien pour tous les
usages fonctionnels, plaisants ou agressifs
qu'il en fait. A l'occasion, il peut s'en
servir pour affirmer son pouvoir face à
l'adulte et s'opposer aux attentes de celui-ci.
Mais cette même bouche peut être à l'origine de
bien des angoisses, modulées par le tempérament
de l'enfant et par l'ambiance plus ou moins
sereine dans laquelle il vit : angoisse d'avoir
mal, tout simplement ; angoisse d'être privé de
parties de son corps ; angoisse d'une possible
invasion par l'adulte, qui commence par la
bouche, mais ... ; angoisse qu'on ne veuille
punir sa bouche, à cause de tous les excès
auxquels l'enfant s'est livré, etc.
Souvent angoisse et opposition sont
intriquées : c'est parce qu'il se sent menacé
et qu'il a peur que l'enfant crie, se débat et
ferme farouchement la bouche.
III. L'enfant et ses dents.
Le vécu de l'enfant par rapport à ses dents se
superpose largement à ce qui vient d'être dit à
propos de la bouche. Les dents, elles aussi,
constituent un lieu du corps fonctionnel,
sensible à la douleur, source de plaisir - le
plaisir de mordre, a pleines dents bien sûr ! -
et moyen d'expression de l'agressivité - ici,
c'est dans la fesse bien tendre de son ennemi
que l'on mord ! -. Chez certains enfants, les
dents sont aussi l'occasion de luttes de
pouvoir plus ou moins déclarées avec les
parents : Ah, tous ces enfants soi-disant
tête en l'air qui " oublient " de se laver les dents, et à
qui il faut le rappeler tous les jours pendant
des éternités !
Plus spécifiquement, comme je l'ai déjà dit,
les dents, c'est aussi un petit bout de corps
détachable ! Vers six-sept ans, ce détachement est
physiologique, comme celui d'une nouvelle peau
qui mue, et la grande majorité des enfants le
supporte bien, parce qu'ils ont compris que
c'était un signe de leur grandissement et que
d'ailleurs, tout comme dans les seniories,
leurs classes sont peuplées de joyeux édentés.
En plus, la petite souris vient parfois
emporter le petit déchet précieux pour
l'emmener au paradis des dents de lait, emballé
dans un papier et caché avec maman sous
l'oreiller et elle va la remplacer par
d'horribles sucreries ! Quoi qu'il en soit, au
moment de cette perte de dents, l'enfant n'est
plus " au lait ", mais bien au parfum des blagues salaces
de la cour de récréation. Mais quand l'ablation
n'est pas naturelle et surtout si elle a lieu
plus précocement dans la vie, c'est assez
souvent ressenti comme un signe du pouvoir des
adultes sur le corps, et comme un signe avant
coureur de détachements encore plus affreux !
§ II. L'accompagnement psychologique des soins
dentaires.
A. Le déroulement habituel des opérations.
Quand on demande à l'enfant d'ouvrir bien
grande la bouche et de rester calme pour qu'on
puisse lui soigner les dents, on va à
l'encontre d'un réflexe d'auto-protection très
banal. Plus l'enfant est jeune, moins il y a de
chances qu'il comprenne facilement le projet
adulte de le soulager à long terme, et plus il
y a de chances qu'il réagisse comme le
mammifère blessé de qui on s'approche trop pour
enlever une épine de la patte : ce sera donc la
fuite ou l'agression, cette dernière, surtout
s'il se sent acculé.
Il faut pourtant arriver à ce que l'enfant
fonctionne principalement avec ce que l'on
pourrait appeler son " intelligence anticipative ",
c'est-à-dire qu'il
accepte de faire le pari que cet étranger qui
prétend l'aider et semble soutenu par ses
parents va vraiment le faire. Un certain nombre
y parviennent, d'autant plus aisément qu'a
existé une bonne préparation. En-dessous de 8-9
ans, il est néanmoins normal que s'y mélange un
zeste de méfiance, d'angoisse et de qui-vive,
et d'agressivité larvée. C'est que l'enfant
sait d'intuition qu'il est souvent trop
confiant et que ses facultés de discrimination
ne sont pas encore au top ... et les adultes ne
l'ont que trop souvent roulé dans la farine
avec leurs paroles lénifiantes, leurs sourires
et leurs promesses ! Après 8-9 ans, il se fait
davantage confiance dans sa capacité à
reconnaître les vraies bonnes intentions de ses
parents ou d'autrui, et il se laisse davantage
aller sans plus de réticences.
Néanmoins une minorité d'enfants, dégressive
avec l'âge, ne parviendra pas à " marcher à
l'intelligence " . C'est surtout
le cas des enfants souffrant d'importants
handicaps cognitifs - autistes, retardés
mentaux importants ou psychotiques -, c'est
aussi celui d'enfants qui ont un niveau basal
d'angoisse très élevé, par tempérament et/ou
suite à l'histoire de leur vie et/ou suite à la
manière très anxiogène dont les parents
l'élèvent. C'est enfin le cas des enfants qui
ont eu un traumatisme de la bouche, surtout si
celui-ci a été volontaire ( coups ) et qu'ils ont
eu le temps de voir l'agent agresseur foncer
sur leur bouche. Dans tous ces cas et notamment
dans le dernier, face aux stimulus et à
l'ambiance qu'ils perçoivent dans le cabinet du
dentiste (2)
, ce sera la crise d'angoisse bruyante
et prolongée, le désespoir, la colère et
l'opposition ou, plus souvent encore la
séquence rapide angoisse - opposition
bruyante. L'attitude des adultes présents au
moment de la crise peut contribuer à espérer ou
à escalader celle-ci. Si eux-mêmes s'énervent,
menacent, bousculent l'enfant, ils augmentent
la probabilité que la crise atteigne des
sommets et se prolonge, et que l'enfant en
sorte " vainqueur "; quand il retrouve la vue, le voici
bougon, l'air vaguement absent, reniflant et
refoulant ses larmes, la main dans celle d'un
parent tout aussi énervé, et avec les dents
toujours malades. Et surtout, il a reçu comme
une preuve que l'explosion de ses émotions
faisait céder les adultes. Alors, bonjour la
récidive, dans toutes sortes de circonstances
menaçantes et frustrantes !
Inversément, le calme, la capacité de contenir
ses débordements, les explications sobres
couplées à la tenacité de l'adulte finissent
souvent par avoir raison d'une majorité de ses
crises anxieuses.
B. Préparer la visite chez le dentiste.
Il n'existe certainement pas de préparation qui
soit parfaite. Dès tout petit, l'enfant est
régulièrement confronté à la souffrance
somatique, à des soins eux-mêmes plus ou moins
douloureux et aux commentaires plus ou moins
avisés ou maladroits que les adultes tiennent
dans de tels contextes : ils ont probablement
déjà essayé à maintes reprises de lui dire que
telle visite chez un soignant, c'était pour son
bien et que ça ne ferait pas mal, mais la
réalité coïncide rarement avec les paroles
lénifiantes ou les silences qui l'ont
introduite. Quoi qu'il en soit, et en
simplifiant et idéalisant quelque peu les
choses, on doit espérer que les parents ou les
éducateurs habituels de l'enfant, spontanément
ou après sensibilisation
(3)
, parviennent à n'en
faire ni trop, ni trop peu pour préparer cette
fameuse visite. Et qu'ils le fassent à un
moment bien choisi, pas trop longtemps à
l'avance, en tout cas : l'avant-veille, voire
la veille en fin d'après-midi ou même une heure
ou deux à l'avance pour un enfant de moins de 6
ans - en dehors des contextes de grande urgence
- c'est un délai suffisant ! Ce qui n'empêche
que, à titre de prévention générale et en
dehors de tout projet de visite précise, on
peut lire avec l'enfant jeune une petite
histoire illustrée qui raconte la visite chez
le dentiste. Ce sera plus simple alors, au
moment d'introduire une visite concrète,
d'aller rechercher le livre et de dire à
l'enfant : " cette fois, c'est à ton tour ".
Ni trop, ni trop peu ? Ce que l'enfant doit
savoir, c'est que le dentiste est une personne
en qui ses parents ont confiance ( voire un ami
au prénom connu, surtout si l'enfant est très
jeune ). Il répare les dents ( ou les soigne )
pour qu'elles grandissent bien. Maman ( ou un
autre familier ) seront présents aux côtés de
l'enfant pendant les soins. Fin du message !
Surtout, surtout, les parents devraient éviter
d'ajouter " Il ne te fera pas mal " ou " Il te
fera une petite piqûre pour que tu n'aies pas mal,
mais la piqûre ça fait pas mal ". De
ces messages précautionneux,
l'enfant gomme les négations et ne retient que
l'inverse, c'est-à-dire " Tu auras mal " . Sur cette base
verbale plutôt sobre, on peut s'enquérir des
éventuels commentaires ou questions de
l'enfant. S'il n'en a pas, c'est bien ! S'il en
a, il faut lui répondre authentiquement et
toujours sobrement. Donc, la question de la
douleur viendra quand même peut-être sur le
tapis, mais à la demande de l'enfant cette
fois. Et la réponse sera du type " Ca fait un peu mal,
comme par exemple quand tu tombes dans la cour, et
puis après tes dents sont réparées ".
Ultime acte de la préparation, si l'enfant est
réputé très anxieux ou très difficile, on gagne
à le faire accompagner par un adulte ( voire un
grand adolescent ) réputé ferme et tranquille,
sans l'en avertir à l'avance, et en argumentant
de l'indisponibilité de l'accompagnateur le
plus spontanément attendu, " Maman n'est pas
libre. C'est moi qui viens avec toi ". Surtout s'abstenir
d'ajouter : " comme ça ,avec moi, tu n'auras pas peur ",
ce qui fait trop penser d'avance
à l'enfant qu'il va devoir affronter une
situation pénible !
Voilà pour la préparation côté parents. Et côté
dentiste ? Surtout s'il a pour habitude de
recevoir d'assez nombreux enfants jeunes,
réputés sensibles, il peut veiller aux
dimensions accueillantes de sa salle d'attente
et de son cabinet - J'en connais même qui ont
installé des perruches ou un hamster à bonne
hauteur en face du fauteuil du client; et
croyez-moi, il n'y a pas que pour les enfants
que l'animation de ces bestioles constitue une
agréable manoeuvre de diversion ! -, à
l'éventuelle dissimulation d'une partie de son
matériel : inutile que son cabinet apparaisse
comme une sorte de musée de la seringue et du
dentier ! Il peut aussi penser à l'aspect
accueillant de sa personne. Un tablier blanc,
un masque et même des gants sont-ils toujours
vraiment indispensables ? Très peu de petits
enfants, à ma connaissance, sont atteints du
SIDA ou de tuberculoses actives. Plus
radicalement, chacun devrait réfléchir à son
" Soi professionnel "
et se demander s'il dispose des dispositions
d'esprit fondamentalement nécessaires pour bien
travailler avec des enfants, surtout en âge de
maternelle : patience, capacité d'apprivoiser
l'enfant à peu près au rythme de celui-ci,
tolérance et indulgence, empathie pour ce que
vit l'enfant, capacité de clin d'oeil et
d'humour ... mais de fermeté aussi, fermeté
tranquille, capacité de décider et d'aller de
l'avant sans s'énerver. Evidemment, personne ne
possède toutes ces qualités et, quand on en
possède quelques-unes, on a régulièrement des
passages à vide. Néanmoins, celui qui n'en
reconnaîtrait aucune en soi, celui qui est tout
de suite énervé ou angoissé par les enfants
trop jeunes ... doit-il vraiment accepter la
clientèle de ceux-ci ?
C. Le face-à-face avec les petits clients ordinaires.
Avec ceux-ci, c'est relativement simple : la
gentillesse de l'accueil de l'enfant et de son
accompagnant ; le fait de s'intéresser à
l'enfant, de lui demander son prénom et de se
présenter, de s'enquérir de l'un ou l'autre
paramètre important de sa vie ; le fait de lui
rappeler brièvement le pourquoi et le comment
de la situation ( enlever la dent qui fait mal ...
réparer pour que tu n'aies plus mal ) ; le fait
d'expliquer ce que l'on va faire tout juste à
l'avance et sans tricher, de montrer l'appareil
à l'enfant, éventuellement de lui permettre de
le toucher ... et puis, de façon tout aussi
importante, le droit que l'on se donne d'aller
de l'avant, tout ceci devrait entraîner une
collaboration raisonnable de l'enfant. A la fin
des opérations, il faut bien penser à le
remercier et à le féliciter, au moins pour
l'encourager à se conduire une prochaine fois
de façon tout aussi responsable.
D. Et avec les enfants particulièrement anxieux
ou opposants ?
Les attitudes sus-mentionnées restent
fondamentalement d'application. Le principe le
plus important me semble être de pouvoir
insister en restant calme, mais sans vouloir
soumettre l'enfant à tout prix. Surtout, ne pas
s'agiter soi-même, ne pas s'énerver et entrer
en escalade agressive, ne pas se montrer
insécurisé ou perdant les pédales, ne pas
marchander et faire des promesses ou menaces.
Demander à l'accompagnant de rester quasi
silencieux, par exemple en tenant la main ou
les deux mains de l'enfant. Que lui aussi
s'abstienne de commentaires type menaces ou
promesses. Continuer à parler à l'enfant,
doucement, calmement, sobrement, la parole
centrale étant : " Pierre, je voudrais que tu
ouvres bien la bouche pour que je puisse te
soigner. Et d'abord, je dois commencer
par ... ". On peut la répéter comme une
litanie, mais inutile, une fois encore d'en
remettre avec les " je te promets que tu n'auras
pas mal ", dont l'enfant gomme la
négation !
Après quelques minutes d'angoisse ou de colère
qui persisteraient ou iraient crescendo, avec
bouche fermée ou agitation, on peut conclure
provisoirement, en pesant soigneusement ses
mots " Bon, je ne pourrai pas te donner tes
soins aujourd'hui; tu vas repartir avec ta dent
malade; je vais réfléchir avec tes parents à
ce que nous allons faire pour te soigner ".
Cette réflexion peut prendre place
quelques heures plus tard, par téléphone, en
dehors de la présence de l'enfant. Quelles sont
alors les pistes qui s'ouvrent ? Différer les
soins et attendre que l'enfant grandisse, parce
que ces soins ne sont pas vraiment
indispensables rapidement ; revenir à la charge
avec le même type d'attitude, de mois en mois
par exemple, pour montrer à l'enfant que l'on
tient vraiment à sa santé, et dans l'intervalle
remédier aux dimensions problématiques de sa
personnalité, par exemple via une
psychothérapie ; lui administrer un médicament
tranquillisant quelques heures avant la
visite ; recourir à l'anesthésie générale ou à
d'autres techniques modernes comme le MEOPA
(4).
Parmi les enfants qui nécessitent souvent une
aide spéciale, il y a notamment les enfants qui
ont eu un traumatisme de la bouche, surtout
si : ils sont jeunes et/ou déjà de tempérament
anxieux ; si le traumatisme a été volontaire
( coup ), et s'ils ont vu l'agent traumatique
foncer sur leur bouche. Alors, ils peuvent être
terrorisés, sur de très longues durées, si
quelqu'un s'approche de nouveau de leur bouche
et leur demande de l'ouvrir. Pour ces enfants,
il faudra souvent une psychothérapie
préparatoire, et même une anesthésie générale ou
du MEOPA.
E. De retour à la maison.
Pour peu que la séance ait été houleuse et
surtout si l'enfant est jeune, on peut
l'encourager, mine de rien, à jouer au jeu du
dentiste avec ses peluches ou poupées. Le fait
qu'il abréagisse sa rage et son angoisse, par
exemple en s'en prenant violemment aux dents
d'une marionnette-crocodile, atténuera ce que
la rencontre a pu avoir de traumatisant et le
préparera à être plus ferme à l'avenir. Avec
des enfants plus âgés, on peut s'enquérir de ce
qu'ils ont vécu et les aider à le verbaliser
ou, tout simplement, partager des souvenirs et
dialoguer.
§ III. L'appareil dentaire
(5).
Une minorité d'enfants - souvent, les plus âgés
- ou de jeunes adolescents sont suffisamment
intelligents, capables d'anticipation et
raisonnables pour comprendre que la demande
qu'on leur fait est intéressante pour leur
esthétique future et pour la fonctionnalité de
leur dentition. Ils y adhèrent d'autant mieux
qu'on leur donne de bonnes informations et
qu'on discute avec eux du pour et du contre.
Ils gagnent néanmoins à être encouragés au
cours de la procédure, soutenus lorsqu'ils
vivent quelques moments difficiles - inconfort,
moquerie d'un camarade, etc. -, et félicités,
voire récompensés pour leur courage.
Une majorité est plus ambivalente, du moins au
début ; si c'est le cas, il faut pouvoir
insister et décider à leur place, en appliquant
également et avec encore davantage d'intensité
les attitudes que je viens d'esquisser. Lors de
leurs moments de mauvaise humeur à l'égard du " machin chiant ",
ils ne méritent certainement pas la mauvaise
humeur en retour des adultes, mais plutôt
compréhension et encouragements.
Reste une minorité et même une petite minorité
d'irréductibles qui n'en veulent vraiment pas.
Concrètement, s'ils sont déterminés, ils
finissent quasi toujours par gagner sur le
terrain à force de sabotages, cassures de
l'appareil et autres oublis. Néanmoins, face à
leur " non " persistant, nous pourrions apprendre à
nous résigner autrement qu'avec rage. Après
tout, les jeunes nous rappellent que la liberté
de l'être humain est une réalité et une valeur
importante. Au moins nous montrent-ils qu'ils
sont capables de dire non et ceci devrait nous
réjouir, car nous pouvons en inférer qu'ils
sont à même de se faire respecter, par exemple
par des gens qui voudraient abuser d'eux. Même
si nous ne sommes pas d'accord avec le bien
fondé de leur choix et si nous pouvons le leur
expliquer, nous pourrons nous incliner devant
celui-ci avec le respect dû à leur différence.
Entres autres, parce que l'on ne peut pas
arguer que leur refus persistant met en danger
leur vie ou celle d'autrui.
- Notes. -
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire
à la Faculté de médecine de l'Université Catholique
de Louvain, directeur
de l'Unité de Pédopsychiatrie des Cliniques
Universitaires St-Luc.
(2). Dans ce texte " dentiste " est un terme
générique qui désigne tous les soignants qui
veulent lui faire ouvrir la bouche, principalement
pour lui soigner les
dents ( dentistes, orthodontistes, stomatologues, ...).
On peut y adjoindre
dans une large mesure d'autres soignants qui
veulent faire un examen ou des
soins buccaux ( médecins traitants, pédiatres, etc.)
(3). Le dentiste pourrait s'enquérir par téléphone
s'il s'agit de la première
visite de l'enfant chez un représentant de son
art. Si oui, il pourrait
faire quelques recommandations aux parents pour
qu'ils préparent bien la
visite ou encore, leur envoyer un petit
feuillet informatif à ce propos.
(4). Le MEOPA entraîne une sédation consciente et
une diminution de la
sensation de douleur. C'est un mélange équimolaire
de protoxyde d'azote et
d'oxygène, mais il faut néanmoins que l'enfant
accepte de mettre un masque
et d'inhaler calmement, car il reçoit une dose
de produit à chaque inhalation.
(5). Les considérations concernant l'obligation
de porter un appareil dentaire
s'appliquent aussi dans une large mesure à l'obligation
inverse : celle de
renoncer à la succion du pouce ( ou des doigts )
ou à la mise en bouche de la sucette ( " tutute ").
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir..
Création le 27 avril 2004.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un document en traitement de texte remis par le
professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
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Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
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le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
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le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ...
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Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jean-
yves.hayez@pscl.ucl.ac.be
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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jean-
yves.hayez@pscl.ucl.ac.be
n.b. Ce document s'imprime facilement : dix pages.
§ I. L'enfant, son corps, sa bouche et ses dents.
§ II. L'accompagnement psychologique des soins dentaires.
§ III. L'appareil dentaire.
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Ouvre ta bouche. Tu ne sentiras rien.
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