Bonjour,
La rentrée d'automne en Belgique va être « chaude » en ce
qui concerne le débat sur la prise en charge des délinquants
sexuels.
J'ai fait un document de synthèse à leur sujet,
auquel j'ai beaucoup réfléchi.
Il faut le lire comme l'opinion d'un professionnel
qui travaille depuis trente ans dans la lutte contre la
maltraitance infantile, et qui dans ce cadre, a
rencontré de nombreux délinquants sexuels, ceux
qui abusent d'enfants, en a soignés et a réfléchi à
de nombreuses reprises à leur prise en charge.
Ce n'est pas à proprement parler une recension
scientifique au sens technique du terme ( collecte
et synthèse d'articles )
Bien à vous
Jean-Yves Hayez
Psychiatre infanto-juvénile, professeur émérite à l'Université
catholique de Louvain
Premier Chef du service de psychiatrie infanto-juvénile,
Cliniques univ. Saint-Luc, Avenue Hippocrate, 10, B-1200, Bruxelles
Tél. national : 02.764.20.30 - international : 00.32.2. 764.20.30
Télécopie national. : 02.764.90.61 - international. 00.32.2.764.90.61
Site web :
www.jeanyveshayez.net
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La prise en charge des auteurs de délits sexuels
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I. Qui sont les auteurs ?
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En nous limitant aux adultes et aux grands adolescents
auteurs de délits sexuels, au sens criminologique du terme,
on constate qu'ils constituent une population très
hétérogène :
A. Ils se distinguent d'abord par « la clinique
observable » :
la nature du délit perpétré ( abus de
mineur ; viol ; cyber-délit, etc.) ; son association ou
non à la violence physique, jusqu'à la torture ou à
l'homicide ; son caractère isolé peu fréquent ou
répétitif ; son contexte ; le type de relation qui existe
entre la victime et l'auteur ( de la terreur à l'amour
immature de certains pédophiles ), etc., etc.
B. Ils se distinguent aussi par leur fonctionnement
intrapsychique.

- Une petite minorité d'auteurs sont des gens
psychiquement normaux et qui, pourtant, se
laissent aller du côté de l'inacceptable. Souvent
alors, il s'agit d'un dérapage isolé (
2)
– qui
n'enlève en rien leur responsabilité – ou d'une
mauvaise passe de brève durée dans leur vie.

- Beaucoup présentent des troubles
psychoaffectifs aspécifiques, répandus dans la
population, et pas toujours très intenses ; mais
eux ; pour les atténuer, passent par la
« solution » d'un délit sexuel, ce que ne fait pas
la majorité des gens qui en souffrent. Par
exemple : vécu habituel d'infériorité, d'exclusion,
d'injustice, d'échec ; vécu de solitude, de non-
amour ; peur de nouer une relation intime avec
un autre adulte ; besoin de satisfaction
immédiate des pulsions ; manque de
socialisation, etc., etc. : la présence de ces
souffrances ou de ces immaturités les poussent à
chercher d'illusoires compensations en
s'imposant sexuellement à un plus faible, en se
donnant un plaisir sexuel interdit, en recherchant
un amour sexualisé chez un enfant, etc. La
consommation d'alcool ou de drogues par ces
personnes peut encore diminuer leur self-control
et précipiter leurs passages à l'acte.

- Une minorité d'auteurs a construit au fil du
temps une personnalité, un style de vie stable et
cohérent profondément pathologique à l'intérieur
desquels la recherche de toute-puissance, la
cruauté, la négation de l'autre notamment dans
le champ sexuel, peuvent prendre place comme
des traits de comportements banals à leurs yeux,
conformes à leur logique de vie habituelle. Ce
sont les personnalités psychopathiques, pour qui
il est important de « tordre le cou » à toutes les
lois, et les personnalités structurées par la
perversité, pour qui il est important de broyer
l'autre, même faible et innocent, dans leurs
griffes. Quant aux personnalités vraiment
délinquantes dans l'âme, amorales et à la
recherche de tous les profits, elles peuvent, sans
le moindre scrupule, faire du commerce avec la
sexualité des plus faibles ( gestion de réseaux de
prostitution, etc.)
A l'intérieur des troubles de la personnalité,
reste enfin le problème des vraies perversions
sexuelles, au sens psychiatrique du terme :
quand la sexualité se réalise de façon perverse,
l'autre – le « partenaire », la victime – ne
compte plus le moins du monde comme
personne. La seule chose qui compte, c'est la
jouissance sexuelle intense que l'auteur trouve
en réalisant un scénario ou une activité très
précise avec sa victime (par exemple : le seul
plaisir de la sodomisation). L'auteur n'est pas
nécessairement violent physiquement, il peut
séduire, tromper, mais fondamentalement, il n'en
a que faire du bien-être de sa victime ; celle-ci
n'est qu'un « faire valoir/faire jouir ».
Les psychiatres, les psychologues et les
criminologues tentent régulièrement de construire
des « typologies », des classifications
homogènes de ces différents types d'abuseurs,
mais aucune ne fait vraiment l'unanimité. Les
quelques catégories que j'ai énumérées ne
prétendent pas constituer une typologie, mais
esquissent quelques pôles qui permettent de se
retrouver dans ce monde hétérogène.
C. Les auteurs de délits sexuels peuvent encore se
distinguer à partir de leur dangerosité,
c'est-à-dire à
partir du risque actuel ( et futur ) d'agression grave
qu'ils font courir à autrui. Cette « dangerosité »
(
3)
est
elle-même la résultante de plusieurs facteurs, dont
voici les principaux :

- La nature de l'acte qu'ils veulent commettre :
une exhibition n'est pas aussi traumatisante
qu'un viol avec violence… Attention toutefois à
ne pas se limiter à des analyses superficielles
dans ce domaine ; par exemple, toute invitation
sexuelle émanant d'un parent à l'égard de son
enfant peut avoir un effet très désorganisateur
sur celui-ci.

- L'intention par rapport à la victime : nier celle-ci,
vouloir la faire souffrir ou la détruire,
physiquement ou moralement, c'est plus grave
que vouloir l'initier ou l'aimer à la manière
immature ( et non-acceptable ) de certains
pédophiles.

- Le potentiel de récidive ; la « puissance interne »
de la pulsion déviante ; la légitimation interne que
l'auteur se donne pour continuer sur la même
voie, etc.
A propos de ce dernier critère ( la puissance interne du
besoin déviant ), il faut savoir que, pour tous les types
de fonctionnement psychique que nous avons passés
en revue – juste un peu moins pour les auteurs
« normaux » et très fort pour les pervers sexuels – il
est susceptible de se surajouter un fonctionnement
psychique d'addiction. De la même manière que
l'alcoolisme se surajoute parfois aux problèmes
affectifs d'une personne, parce que boire, d'une part
ça console, mais que, d'autre part, c'est une sensation
agréable. Ici aussi, on peut « apprendre » à
sélectionner et à reproduire un plaisir sexuel que l'on
apprécie beaucoup et à en devenir comme « drogué ».
Alors, bien sûr, quel que soit le fonctionnement
psychique de base, la situation se corse : le potentiel
de récidive peut s'accroître considérablement.
La détermination de la dangerosité d'un auteur, et
notamment de son potentiel de récidive est souvent
tout, sauf facile, même pour des spécialistes
chevronnés. A côté d'une petite minorité de « grands
malades » dont il est clair qu'ils constituent des
dangers publics permanents, beaucoup d'auteurs sont
aptes à brouiller les pistes et à donner le change
lorsqu'ils parlent d'eux-mêmes et de leur avenir : ils
promettent la main sur le cœur qu'ils ont compris et ne
recommenceront plus jamais…mais parmi eux, il y en
a des sincères qui auront le courage de tenir leur
engagement, des sincères mais qui ne résisteront pas à
un appel ultérieur de leurs sens, et des menteurs qui
veulent tout simplement ne plus avoir d'ennuis sociaux.
Les spécialistes de l'évaluation ne sont pas démunis
d'indicateurs, mais ceux-ci sont imparfaits, non fiables
à 100 %. Citons à titre d'exemple :

- la normalité ou la psychopathologie de la
personne aujourd'hui, et surtout, l'existence ou
non d'une personnalité pathologique
( psychopathie, etc.),

- l'isolement ou le soutien social de l'auteur,

- l'histoire repérée de la sexualité de l'auteur ; la
dimension compulsive ou perverse des délits
commis jusqu'alors ; leur caractère isolé ou
récidivant,

- l'adhésion plus ou moins profonde à des
entretiens psychothérapeutiques qui ont eu lieu,

- etc.
Malheureusement, on ne peut jamais être sûr ! Je
parlerai tantôt du contrôle social : puisque beaucoup
d'auteurs ont l'air de s'être sincèrement amendés,
mieux vaut en mettre un peu trop inutilement, autour
d'un sincère, qu'un peu trop peu autour d'un menteur
bon baratineur.
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II. L'appréciation de la responsabilité de l'auteur
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A. Imaginons un acte qui apparaît répréhensible
à toute la
communauté, comme un viol. Pour que l'auteur de
celui-ci soit déclaré responsable de son acte (
4)
, trois conditions doivent être réunies :

- Que l'auteur ait eu un vrai choix de commettre
son acte interdit ou de s'en abstenir : par
exemple, sous d'autres cieux, certains jeunes
adolescents soldats sont obligés de violer sous la
menace des armes. Au début, ils ne peuvent pas
en être tenus responsables. Par la suite, une
partie y prend goût et continue de son plein gré.
Où situer alors leur responsabilité ? Exotique,
cet exemple ? Dans notre pays, certains enfants
ou jeunes adolescents sont obligés d'abuser
d'autres, sous la menace d'adultes violents et
pervers… Après, certains font taire leur
conscience et y prennent goût aussi. Comment
les juger ?

- Que l'auteur soit lucide, c'est-à-dire qu'il
possède une connaissance suffisante du permis
et du défendu ( c'est-à-dire des lois en vigueur ) ;
et plus fondamentalement, du Bien ou du Mal,
du bien-être ou de la destruction qu'il peut créer
chez autrui à partir des actes qu'il commet.
Cette lucidité n'existe probablement pas chez les
psychotiques ( les fous ) en plein délire, lors de
certaines maladies cérébrales ou de retards
mentaux graves. On peut l'avoir perdue
transitoirement dans le cadre d'une
consommation abondante d'alcool ou de
drogue… mais l'on est le plus souvent
responsable de s'être laissé aller à cette
consommation excessive avec les risques qu'elle
inclut, surtout si l'on se sait d'avance fragile
sexuellement.
On peut admettre enfin que certains ( jeunes )
adolescents auteurs, surtout entraînés en groupe,
n'ont pas toujours conscience de la gravité de la
destruction qu'ils provoquent chez leur victime.
Mais ils ne peuvent invoquer cette possible
ingénuité qu'une seule fois, la première, avant
toute prise en charge psychosociale de leur
personne.

- Qu'il existe un contrôle de soi suffisant ; que
l'acte ne soit pas exécuté sauvagement sous
l'effet d'une contrainte intérieure irrésistible.
Ici aussi, quelques fous dangereux, agités,
délirants échappent de très loin en très loin à
cette règle.
Plus spéculativement, quelques adultes qui ont
été eux-mêmes longuement violentés pendant
leur enfance et qui n'ont jamais eu l'occasion de
parler de leurs traumatismes internes et de s'en
libérer pourraient, de loin en loin dans leur vie,
être pris d'une rage irrésistible et assouvir
irrationnellement une ivresse de vengeance sur
un être plus faible. Toutefois, on peut se poser
des questions sur leur responsabilité s'ils ne
cherchaient pas à recevoir de soins après leur
première perte de contrôle de soi, repérée
socialement ou non.
Par contre, l'impulsion irrésistible ne me semble
pas pouvoir être légitimement invoquée dans les
cas assez nombreux où elle l'est pourtant : ici, en
effet, les quelques dernières secondes avant
l'acte et pendant celui-ci, l'auteur peut être pris
d'une frénésie sexuelle irrésistible ( ou quasi )
comme le fauve qui fond sur sa proie. Mais
avant ce moment d'ultime confrontation, c'est lui
qui s'est mis en chasse progressive de sa
victime, c'est lui qui a bu sans modération…
et/ou qui n'a jamais rien fait pour se faire soigner
d'une fragilité qu'il se connaissait.
B. A l'inverse, on voit que les conditions nécessaires à
l'établissement d'une non-responsabilité
sont rarement
suffisantes : elles tournent autour de la maladie mentale
avérée, qui brouille gravement la lucidité, la
connaissance du permis et du défendu, ainsi que le
contrôle de soi.
En particulier, il faut remarquer que les personnalités
très pathologiques comme les psychopathes, les
personnalités centrées sur la perversité, celles qui
présentent des perversions sexuelles connaissent le
permis et le défendu, mais ne se sentent pas liées de
l'intérieur par cette connaissance. Parfois même, au
contraire, cette connaissance leur sert de repoussoir :
ils veulent transgresser pour le plaisir. Mais ils sont
tout à fait responsables de ce choix sciemment
immoral.
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III. Les objectifs de la prise en charge
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A. On doit parler de « prise en charge »,
par la société,
du délinquant sexuel et des risques et dommages qu'il
fait courir à la société, et non pas de « traitement ».
« Traitement » fait penser que l'essentiel de
l'accompagnement réside dans la thérapie
psychologique ou médicamenteuse. C'est prendre la
partie pour le tout : je décrirai bientôt que plusieurs
composantes de la prise en charge sont également
importantes et ne doivent pas être confondues les unes
avec les autres.
1. Idéalement, dans sa visée
qui concerne
l'individu-auteur, la prise en charge devrait
l'amener à désirer développer une sexualité
agréable, mais aussi sociable, c'est-à-dire qui
respecte les lois et qui respecte le partenaire.
Pour y parvenir, il faut le plus souvent travailler
avec lui sur son psychisme et créer un contexte
social de sa vie quotidienne accueillant et
vigilant. Une sanction significative des actes dont
il est responsable peut également constituer un
facteur de dissuasion interne plus ou moins
puissant.
2. Personne, ni l'ex-auteur ni les témoins de sa vie,
ne peut jamais être sûr que ce désir nouveau
d'une sexualité bien sociable sera suffisamment
puissant et durable. Plus préoccupant encore, on
ne peut jamais être sûr qu'il se met vraiment en
place, même si l'ex-auteur l'affirme en cours de
traitement : tricher avec soi-même, mentir pour
retrouver sa liberté, sont hélas des dispositions
humaines très communes. Les délinquants
sexuels n'en ont pas l'exclusivité. A côté du
volet « traitement » et « amélioration du social »,
il faut donc un volet de contrôle social lucide et
puissant.
B. Plus le cas est grave
( psychisme très perturbé ;
mauvaises conditions sociales ; dangerosité ...), plus la
globalité de la prise en charge s'indique, et pour une
longue durée. Cette « globalité » se doit d'être à la fois
bien coordonnée entre les Instances qui la gèrent, et
pourtant sans confusion dans les objectifs et les
contenus de chacun de ses volets. Pas simple pour un
État aussi complexe à organiser que la Belgique, où la
pluralité des compétences conduit régulièrement à de
malheureux clivages, à des confusions dans les
décisions et à des fonctions chaotiques.
Par exemple, la région wallonne a accru son
équipement en « psy » chargés du volet
« traitement »
de ces délinquants. Comme dans toute initiative
nouvelle, la qualification de ce groupe de
psychothérapeutes et leur spécialisation va en
croissant, à partir d'une « formation sur le tas », via les
expériences rencontrées, et de formations plus
spécialisées auxquels ils participent. Jusqu'ici, rien à
redire, l'initiative est excellente, mais :
1. Ces « psys » organisent-ils bien leur travail
en le
répartissant entre les besoins des prisons, ceux
des instituts de défense sociale, et ceux du
traitement ambulatoire ( par exemple : après la
libération conditionnelle ) ? Pas sûr, puisque
toutes ces institutions ne sont pas sous la
responsabilité de la région wallonne ...
2. L'effort consenti dépassera-t-il
un jour le niveau
d'une soi-disant expérience-pilote (
5)
, concept
tellement cher aux décideurs politiques du pays ?
Engager 60 psychologues temps-plein, par
exemple, X 44 semaines de travail annuel, X
39 heures par semaine représente un capital-
temps de 112.900 heures de travail annuel.
Supposons que 2/3 de ce capital-temps soit
effectivement disponible pour des entretiens
à visée psychothérapeutique, soit environ
75.000.
Imaginons qu'un délinquant peu perturbé
émotionnellement et peu dangereux nécessite
2 heures de travail, 48 semaines par an
pendant 2 ans, soit 192 heures.
Un moyennement perturbé pourrait
nécessiter 3 heures, 48 semaines par an
pendant 3 ans, soit 432 heures.
Pour un cas grave, il faudrait travailler bien
plus longtemps encore, et plus intensément
au début : proposons donc 1000 heures de
travail psy.
Et bien, en imaginant que la population des
délinquants serait composée de 1/3 de
légers, 1/3 de moyennement perturbés et 1/3
de graves, avec 60 temps-plein, on pourrait
assurer un traitement conséquent pour 60 de
ces trio, soit 180 personnes (
6)
.
3. Enfin, évitera-t-on les amalgames
et les confusions comme, par exemple, celle de
proposer un traitement comme alternative à une
sanction pénale (« Vous allez suivre une thérapie
dans le centre spécialisé et ça vous évite la
prison ou ça vous permet d'en sortir beaucoup
plus vite ») ? Cette pratique ne devrait jamais
exister. Il ne s'agit pas de marchander à propos
des changements intérieurs souhaitables, mais de
sensibiliser les auteurs à l'intérêt de ceux-ci ;
s'ils s'en convainquent, tant mieux pour eux,
mais cela n'a rien à voir avec la punition qu'ils
ont méritée.
Ou cette autre confusion, qui demande
implicitement au traitement d'exercer fonction de
contrôle social ?
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IV. La prise en charge des cas graves
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1. L'étape de la reconnaissance sociale du délit et de
la sanction
C'est une première étape indispensable ; le plus
souvent, la reconnaissance sociale inclut une
reconnaissance judiciaire, et c'est des autorités
judiciaires qu'émane le pouvoir de décision
principal (
7)
.
La reconnaissance sociale se couple ipso facto d'une
sanction, c'est-à-dire d'une manière précise de réagir,
de « marquer le coup ».
A. Dans la majorité des cas,
là où l'auteur est
reconnu comme responsable et coupable de son
acte, cette sanction consiste en une forte
désapprobation verbale, une interdiction de
toute récidive et une peine, dans le registre de
celles que le code pénal prévoit.
Cette « peine » doit exister, d'une lourdeur
proportionnelle à l'intention destructive et à la
gravité de l'acte commis. Chez les moins retors
des délinquants, couplée à la désapprobation
par la communauté, la peine est à l'origine d'un
sentiment de honte et de culpabilité susceptible
d'exercer par la suite un effet dissuasif de
l'intérieur. A l'inverse, échapper in extremis à la
peine – par exemple être envoyé chez le
psychothérapeute plutôt qu'en prison – accroît
le sentiment d'invulnérabilité et l'envie de
récidiver.
Le code pénal énonce une variété de peines
significatives et diversifiées ( emprisonnement,
amendes (
8)
, travaux d'intérêts généraux ...) et
rend possible de soumettre la liberté de
mouvement à bien des conditions. Soyons
clairs : fréquenter le bureau d'un
psychothérapeute spécialisé peut ( doit ?)
évidemment constituer une de ces conditions,
mais PAS comme alternative à la peine !
L'effet dissuasif des peines actuellement
prononcées serait cependant plus net si elles
étaient appliquées avec rigueur, c'est-à-dire
sans libération conditionnelle anticipée trop
rapide. De plus, à mon sens, s'il existe dans la
suite de la vie de l'auteur la récidive du même
délit ou d'un délit analogue, outre la perte de
l'éventuel sursis probatoire lié aux peines
antérieures, la nouvelle peine devrait être
incompressible. Pour mémoire, des criminels
comme Dutroux, Derochette et Fourniret étaient
des récidivistes qui avaient été libérés bien trop
rapidement !
B. Dans la petite minorité des cas
où l'on déclare
l'irresponsabilité de l'auteur, on ne peut pas, au
sens strict du terme, désapprouver ( jugement
moral négatif ) un acte qui n'était pas
intentionnel ! On peut cependant consacrer du
temps et de l'énergie à faire comprendre à la
personne la destructivité de ce qu'elle a commis,
et l'importance qu'il y a à être plus lucide, et/ou
moins impulsif à l'avenir. Si cet auteur
irresponsable est estimé rester dangereux, la
sanction, ici, c'est une mesure qui vise à
protéger la société de cette dangerosité : on
l'enfermera dans un institut de défense sociale,
où l'on s'efforcera qu'il suive un traitement
psychologique et souvent médicamenteux.
Quitte à jeter un pavé dans la mare, je fais la
proposition que cet enfermement en défense
sociale dure le même temps qu'en moyenne, un
auteur jugé responsable aurait passé en prison
pour le même délit, avant qu'une commission
d'évaluation ne se prononce pour la première
fois sur l'avenir de cette personne.
2. Le traitement psychologique et médicamenteux
A. Des entretiens avec des psychologues
et/ou des psychiatres spécialisés dans le domaine de la
pathologie sexuelle devraient être imposés, le
plus rapidement possible, avec une densité
suffisante : j'ai proposé quelques chiffres
précédemment. Je ne les appelle pas des
« psychothérapies » stricto sensu, car pour moi,
des psychothérapies, ce sont des entretiens
visant une meilleure rencontre de soi et qui sont
demandés par la personne elle-même. Ici, c'est
d'abord la société qui demande, avec l'espoir
qu'il s'en suivra quand même une sensibilisation
de la personne et une motivation, dans un
second temps, pour modifier son psychisme et
ses comportements : la société peut donc
enjoindre « des entretiens à finalité
psychothérapeutique », mais pas des
psychothérapies. Ces entretiens devraient
commencer le plus tôt possible et se poursuivre
longuement. D'où la nécessité d'une excellente
coordination entre ce qui se passe en prison ( ou
en institution de défense sociale ) et ce qui se
passe avant et encore plus après, quand la
personne redevient libre de ses mouvements.
Beaucoup de « volets » peuvent et doivent être
abordés dans ce traitement psychologique, et il
n'entre pas dans les propos de cet article de les
détailler. A mon sens, la majorité des séances de
travail doit se dérouler individuellement et une
minorité en petit groupe ; une minorité peut se
dérouler aussi avec la famille de l'auteur ou avec
des représentants de la communauté sociale qui
l'accueillera. Les entretiens psychologiques
visent à une meilleure rencontre de soi et à la
pacification des problèmes émotionnels internes
( visée d'introspection ) ; ils visent aussi à donner
de meilleures informations et à discuter des
valeurs de la vie ( visée cognitiviste ) ; ils visent
encore à modifier directement les
comportements ( visée behavioriste ).
B. Quelle place pour les médicaments ?
Eventuellement, certains auteurs peuvent être
soulagés par des médicaments psychotropes
non spécifiques de la sphère sexuelle ; ils
peuvent les aider à réguler leur impulsivité, à
soigner des composantes dépressives ou un
noyau psychotique, etc., exactement comme
pour l'ensemble de la population, où les
psychotropes peuvent contribuer à une meilleure
sérénité émotionnelle.
Quant aux médicaments susceptibles
d'émousser une libido particulièrement effrénée,
ils existent – principalement des hormones –
mais il ne faut pas mythifier leur effet. Quelques
auteurs à la libido très forte, effrayés ou
dégoûtés par eux-mêmes, et qui veulent
vraiment modifier leur comportement (ne serait-
ce que pour retrouver leur liberté) peuvent en
bénéficier, parmi les autres traitements. Puisque
ces auteurs veulent bel et bien soigner un
dérèglement qu'ils reconnaissent en eux, je
trouve que l'expression « castration chimique »
est parfaitement détestable, par les relents de
vengeance définitive qu'elle véhicule, et qu'il
faudrait la bannir du vocabulaire. Par contre, un
sujet fondamentalement non-consentant peut
tromper son monde, prendre le médicament et
continuer à commettre des exactions sexuelles,
sans jouissance physique, mais par rage, par
volonté de salir, pour affirmer sa toute-
puissance, etc.
3. L'amélioration du contexte social de vie ( le
« traitement » social )
Un ex-auteur est d'autant moins enclin à récidiver que
sa vie est exempte de stress sociaux importants. Il est
d'autant plus enclin à se montrer sociable qu'il ne vit
pas en isolé, mais appartient à un groupe ( familial ou
autre ) qui le soutient, l'encourage, l'estime, parle avec
lui et ... le surveille d'une certaine manière ( fonction
de vigilance ). Il est également aidé à bien se
comporter s'il n'est pas oisif, c'est-à-dire s'il a un
travail et d'autres occupations culturelles, sociales,
sportives qui emplissent raisonnablement son temps de
veille. Procédant de ces objectifs, on devine toute
l'importance d'un travail social intense et de qualité,
visant à la mise en place de tous ces « contenants » et
de cette atmosphère de sérénité. Les professionnels
qui le réalisent doivent en outre bien se coordonner
avec les responsables du travail psychologique : ils
gagnent souvent à travailler dans les mêmes centres ou
dans les mêmes équipes multidisciplinaires
spécialisées.
4. Le contrôle social
Soyons clairs : ici, il ne s'agit plus fondamentalement
d'aider la personne, mais de protéger la société
d'éventuelles récidives, en exerçant une vigilance
soutenue.
Le contrôle social est du ressort de professionnels de
l'institution judiciaire et policière, et non pas des
psychothérapeutes ni des travailleurs sociaux des
centres spécialisés dans l'aide (
9)
. Pas de confusion à ce
propos, redisons-le encore ! Pour les auteurs remis en
liberté à la fin de leur peine, et dont la dangerosité
reste préoccupante, un contrôle social efficace ne
saurait pas se réduire à une visite bimensuelle ou
hebdomadaire chez un agent de probation, pour
passer en revue l'observance des conditions mises à la
libération. Ici, on se trouve en plein dans une situation
à risques, à ne traiter ni avec ingénuité, ni avec
démission. Si le respect des droits de l'homme,
appliqué à l'auteur, implique sa remise en liberté une
fois sa peine purgée, le même respect des droits de
l'homme, appliqué à nos enfants ou à d'autres victimes
potentielles, exige une haute vigilance. Vigilance non
persécutrice, vigilance qui ne stigmatise pas et
n'accuse pas à priori, mais qui reconnaît la fragilité et
le danger là où ils se trouvent.
A. Pour circonscrire suffisamment le danger potentiel,
je me permets donc d'énoncer un
certain nombre de critères, coûteux en énergie,
coûteux en argent et en temps, et pourtant non
utopiques.

- Les conditions mises à la liberté de
mouvement de l'auteur doivent être sévères
et durables, souvent même définitives. Elles
entraînent un certain nombre de restrictions
à cette liberté.
Par exemple :

- obligation d'avoir un travail
( ou un temps d'occupation équivalent, dans un
bénévolat bien structuré ),

- obligation de vivre non-isolé
( en famille, en communauté ...),

- interdiction d'avoir un ordinateur à domicile ;
interdiction de se brancher sur Internet n'importe où,

- ( pour les pédophiles ),
interdiction de fréquenter des lieux à forte
concentration d'enfants ( écoles, piscines, fêtes
foraines ),interdiction de nouer un lien privilégié
amical avec un enfant, contrôle sur les relations
parent-enfant si l'auteur a des enfants,

- etc.

- Le non-respect éventuel d'une condition
imposée doit être systématiquement suivi
d'une sanction significative.

- Le contrôle du respect des conditions doit
être proactif : visites domiciliaires ou
moments d'inspection ou de filature réalisés
à l'improviste.

- Pour les cas les plus graves, l'idée d'un
bracelet électronique/GPS qui garderait en
mémoire les déplacements effectués pendant
une certaine durée peut s'envisager.
B. Par contre, deux mesures dont il est question actuellement
me semblent non respectueuses des
droits de l'homme :

- La première, c'est de signaler aux habitants
d'un quartier l'arrivée chez eux d'un ex-
délinquant sexuel : de quoi provoquer une
chasse aux sorcières et supprimer aux
auteurs toute chance de réinsertion sociale,
en les obligeant à aller se terrer dans la
solitude et l'anonymat des quartiers urbains
les plus à risque.

- La seconde, c'est l'implantation
intracorporelle d'une puce électronique : ici,
la société se donne un droit d'emprise
excessif sur le corps d'autrui. Le port d'un
bracelet électronique constitue à mes yeux la
dernière limite acceptable. La différence
symbolique, c'est la non-effraction dans le
corps. Cette non-effraction - en dehors de
l'intervention chirurgicale - c'est une position
de principe de nos sociétés démocratiques
contemporaines. En outre, dans le cas précis
du délit sexuel, l'auteur risque bien de
ressentir cette pénétration de son corps
comme l'exercice d'une « loi du talion »
persécutrice qui l'enragerait et le pousserait
à la vengeance.
|
V. La prise en charge des cas qui ont l'air moins graves
et/ou moins dangereux
|
Ce pourrait être, par exemple, la découverte d'un inceste ou
d'un abus sexuel de brève durée commis par un adolescent
qui, par ailleurs, a l'air « bien ». Autant pour l'inceste
commis par un adulte réputé sociable, et qui s'effondre
après la découverte des faits. Autant pour le collectionneur
de pornographie infantile, etc.

- Méfions-nous d'abord d'un mouvement de
protection, de minimisation, de pitié que nous
pourrions connaître. A supposer qu'elle soit
évaluée comme responsable, cette personne
aussi a commis une faute, qui est apparue ici sur
le théâtre de la vie sociale. Il faut appeler cette
faute par son nom et la sanctionner. Garder le
secret, laisser la personne quitte de toute
sanction, c'est lui rendre le très mauvais service
d'accroître sa croyance en son impunité, un
super-facteur de récidive.

- Et donc, ici non plus, on ne peut pas
marchander ni créer de confusion en lui faisant
croire que le volet « traitement » peut mettre en
suspens ou réduire de façon importante le volet
« sanction ».

- Ne pas se satisfaire de l'affirmation : « Comment
ai-je pu faire cela ? J'ai compris. Je ne
recommencerai plus. » Exiger la mise en place
d'entretiens à visée psychothérapeutique
suffisamment conséquents pour que la personne
ait davantage accès à son psychisme et à la
modification de ses idées. Ailleurs dans le texte,
j'avais avancé le chiffre de deux heures
hebdomadaires consacrées à des réélaborations
psychiques pendant deux ans ( seul, en famille ou
en groupe ).

- Inversement, ne pas regarder ni traiter cette
personne comme un paria irrécupérable. Qui
parmi nous peut se vanter d'un parcours sexuel
à la sociabilité impeccable ? N'avons-nous pas
régulièrement à combattre pour que notre
sexualité ne soit pas source de souffrance pour
autrui ? Si c'est mal de regarder de la
pornographie infantile, est-ce pour autant
« bien » de regarder de la pornographie
ordinaire ?
Quand, dans l'Evangile de Marc, Jésus dit, à
propos de la femme adultère – un lourd délit
sexuel pour l'époque ! – « Que celui qui n'a
jamais péché lui jette la première pierre »,
l'Evangéliste ajoute : « et ils s'en allèrent tous un
à un, à commencer par les plus vieux ... »
Sachons nous en souvenir !

- Mettre en place un vrai soutien social ; dans le
livre « L'enfant victime d'abus sexuel, évaluation
et traitement » ( Hayez, de Becker, 1997 ) et
dans bien d'autres écrits, j'ai défendu l'intérêt
de la mise en place de petits groupes de
vigilance informels, issus du tissu social même de
l'auteur, et qui exercent de façon durable des
fonctions d'encouragement ( à vivre socialement )
et de vigilance.

- Ne pas négliger la question du contrôle social.
Par exemple, un collectionneur d'images
pornographiques pédophiliques pourrait être
frappé d'une amende significative, dont le
montant irait à des œuvres d'aide aux victimes,
et pourrait être interdit définitivement d'avoir un
ordinateur à domicile et de fréquenter Internet
( contrôle social ). Pour mémoire, on a
parfaitement bien vécu sans Internet jusque dans
les années 80 ...
|
VI. En guise de conclusion
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Le délit sexuel est particulièrement choquant, parce qu'il
frappe violemment le corps et l'intimité d'innocentes victimes
et parce qu'il détourne de son but – la continuation de
l'espèce et l'amour – une pulsion présente au cœur de nos
vies à tous. Pourtant, il n'existe aucun être humain
parfaitement sociable. La faute, occasionnelle ou fréquente,
nous colle au corps. Elle n'est pas toujours repérée
socialement, loin de là : la majorité des fautes reste bien
cachée !
Ainsi en va-t-il de l'auteur de délits sexuels : c'est une figure
d'humanité ni plus ni moins monstrueuse que le PDG qui
délocalise sans nécessité ou que l'auteur d'autres délits
financiers, qui contribue à affamer le monde. Et certaines de
nos fautes secrètes sont « gratinées » elles aussi.
Face à cet auteur et à la communauté, nous voici donc
« pris » entre deux devoirs complémentaires :
D'une part, nous nous devons de veiller à ses droits d'être
humain, comme tous les autres : droit à ne pas être
stigmatisé, droit à être pris en charge de façon digne, droit à
recevoir les soins et l'aide sociale qui le mettront dans de
meilleures conditions pour donner désormais le meilleur – et
plus le pire – de lui-même ; droit aussi à voir reconnue sa
part de responsabilité dans ses actes, en ce inclus la juste
sanction de ceux qui sont inacceptables.
D'autre part, nous devons veiller à ce que nos communautés
de vie constituent des endroits sûrs, où tous, et notamment
les plus fragiles et les plus innocents, peuvent évoluer en
toute confiance. Et donc, si un individu représente des
risques anormaux d'agression à l'égard de la communauté, il
faut protéger celles-ci.
La marge de navigation ouverte entre ces deux devoirs
complémentaires n'est ni immense, ni nulle. On peut
« redonner sa chance » à un auteur qui a été sanctionné, en
faisant de son mieux pour qu'il s'améliore, mais sans perdre
pour autant lucidité et vigilance. Dans les cas graves, cette
vigilance doit être intense et durable. A ce prix, les chances
d'une coexistence conviviale entre l'ex-auteur et son
environnement peuvent s'accroître, sans que le risque zéro
ne soit jamais atteint… Et, soit dit en passant, l'auteur
suivant, ce ne sera peut-être pas le récidiviste que tout le
monde prédit, mais notre voisin d'à-côté – ou nous – malgré
toutes les richesses humaines positives que nous possédons
aussi !
1. Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de l'Université
Catholique de Louvain, chef du service de Psychiatrie
Infanto-Juvénile des Cliniques universitaires Saint-Luc. Email :
jyhayez@uclouvain.be
2. J'ai développé ce concept de dérapage dans le livre « La
sexualité des enfants », Hayez, Odile Jacob, 2004, p. 167 et sq.
3. A noter qu'elle ne peut s'apprécier que pour la moyenne de
la population. Il existe toujours l'une ou l'autre victime
potentielle hypersensible, gravement traumatisable suite à une
expérience que beaucoup auraient vécue comme
mineure. L'inverse est vrai également.
4. Responsable et ici, ipso facto, coupable : être coupable,
c'est être responsable d'un acte qui est interdit, mauvais,
immoral.
5. Soi-disant ? Une véritable expérience-pilote est scientifiquement
évaluée, et élargie à tout l'équipement nécessaire
si elle s'avère positive. Chez nous, le terme est souvent
galvaudé : expérience-pilote = saupoudrage qui ne s'étoffera
jamais.
6. On peut arguer que mes chiffres esquissent un travail
intensif et qu'il existe aussi des entretiens de groupe, plus
économiques en temps ; d'accord, et je ne les défends pas à
tout crin. Je veux simplement montrer qu'avec soixante
temps-plein pour le volet « traitement psychologique »,
on est bien plus dans la logique de l'expérience-pilote que dans
celle d'une réponse collective adéquate. Soit dit en passant,
avec les quarante millions d'euros au bas mot que contera
probablement la rénovation de Francorchamps, on pourrait
engager quarante psychologues-psychothérapeutes pendant
vingt ans.
7. Nous n'avons pas l'occasion de discuter ici de la minorité
des cas qui pourraient ne pas être judiciarisés, entre autres
pour des raisons pragmatiques ( la surcharge de l'institution
judiciaire ). Ces cas nécessitent néanmoins toujours une
reconnaissance sociale forte : certains cas d'incestes ;
certains cas où l'auteur est mineur ...
8. Des amendes, proportionnelles aux revenus, pourraient être
infligées aux collectionneurs d'images pédophiliques
( par exemple, dix euros, en moyenne, par photo
ou par minute, vidéo trouvée ) ... et être reversées dans
un fond d'aide aux victimes ...
9. Ceci ne signifie pas qu'il existe un clivage total entre
l'institution d'aide et l'institution de contrôle social,
mais plutôt une large indépendance. L'auteur doit savoir quel
type d'informations l'institution d'aide transmettra à l'institution
judiciaire. Le plus souvent, on peut s'en tenir à des
informations sur la régularité de fréquentation.