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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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Quelle confiance
les Belges ont-ils encore
dans leurs institutions ?
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Quelle confiance les Belges ont-ils encore dans leurs
institutions ?
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Le vendredi 16 janvier 2004.
Agressé par l'affaire Dutroux et par sa gestion dans
la communauté, l'homme tranquille et un peu naïf que
j'étais est devenu un citoyen malheureux, en colère
et en recherche de justice : j'ai découvert que
beaucoup de nos institutions n'avaient pas été et
n'étaient toujours pas suffisamment au service de la
collectivité, comme cela devrait être le cas dans une
authentique démocratie. La Belgique en est-elle encore
fondamentalement une, corrodée comme elle l'est par la
confiscation en douce, mais tenace du pouvoir ? Ceux qui
l'ont reçu par délégation oublient en tout cas
régulièrement ce statut essentiel de
délégués au service de leurs mandants.
Je commencerai donc par esquisser ce qui, à mes yeux, s'est
passé et se passe encore entre la collectivité et
ceux à qui elle délègue un pouvoir
institutionnel. Puis, je décrirai quelques
phénomènes que je connais bien pour les voir
s'exercer dans ma pratique professionnelle, au cœur de chaque
individu et de chaque famille. Ils me semblent s'être
déroulés aussi dans l'ensemble de la
communauté sociale et de l'Etat belge.
- -I. CE QUI S'EST PASSE ENTRE LES CITOYENS ET CEUX A QUI
ILS AVAIENT DELEGUE DU POUVOIR INSTITUTIONNEL.
Pour la grande majorité des citoyens, août 1996
créa ou réveilla la prise de conscience d'une
incapacité de l'Etat à veiller efficacement sur eux
et sur leurs enfants et du mépris avec lequel il traite
souvent les demandes de Monsieur Tout le monde. Certes, depuis
1995, les parents des fillettes enlevées tentaient d'attirer
l'attention de l'opinion sur les nombreux dysfonctionnements qu'ils
vivaient à leurs dépens. Mais beaucoup les prenaient
pour des « râleurs », des
« paranos », et jugeaient utopique leur foi
dans la survie de leurs enfants. Il a fallu le choc de la
découverte de toutes les horreurs imputables à
Dutroux pour que les yeux s'ouvrent.
Il s'en est suivi une colère générale, intense
et légitime, relayée par les médias aussi
indignés que la population. A l'automne 1996, les points
d'orgue en ont été la « marche
blanche » et la mise en place de nombreux et
enthousiastes comités informels de vigilance citoyenne,
dits « comités blancs ».
C'était un temps de crise, où la passivité et
le doute se sont momentanément effondrés et où
la collectivité a revécu de puissants réflexes
d'autodéfense, plutôt informels.
L'Etat et les institutions officielles ont vécu alors un
profond désarroi et l' impuissance, ainsi que des
règlements de compte, chacun cherchant à sauver sa
peau plutôt que d'assumer ses responsabilités.
La première à se ressaisir, dès octobre 1996,
a été l'institution judiciaire. Elle dut en bonne
partie sa « ré-équilibration »
rapide à sa puissante organisation hiérarchique.
Elle était attaquée non seulement du dehors, mais
même indirectement du dedans, par les deux magistrats
chargés de l'enquête dans leur lointaine province de
Neufchâteau. Les succès de leurs démarches et
leur style de travail plus ouvert à la communauté
parurent probablement aussi insultants à leur propre
institution que si deux barons-paysans, surgissant de quelques
Causses méprisées, avaient voulu réformer le
style et les objectifs de la Cour de Versailles.
Aussi le juge d'instruction en charge de l'affaire fut-il
embastillé, via l'indigne
« arrêt-spaghetti », pour une broutille
de nature à faire sourire tous ceux qui connaissent les
subtilités dont sont capables les artistes des
procédures judiciaires : le 14 octobre 1996, la Cour de
Cassation dessaisissait le juge Jean-Marc Connerotte de
l'instruction qui l'avait mené, en quelques jours seulement,
là où ses collègues n'avaient pas pu ou pas
voulu arriver en 14 mois. L'arrêt fut prononcé en
grande pompe, assorti de longues justifications comme tout ce qui
n'est pas vraiment justifiable, et cet acte symbolique a
constitué la première cassure dans l'espérance
de la population. Presque en même temps, on coupa la langue
au Procureur chestrolais, c'est-à-dire que sa
hiérarchie lui interdit de s'exprimer publiquement, ce qui
va centralement à l'encontre des missions de ce type de
magistrat.
Quant aux autres institutions, elles semblent s'être
trouvées plus longtemps sous l'emprise du désarroi.
C'est probablement chez les hommes politiques, élus plus
directs et plus temporaires du peuple, que l'ambivalence a
été la plus profonde, déchirés qu'ils
étaient entre la tentation intérieure de suivre la
communauté et de changer de mentalité et d'autre part
la tendance à sauvegarder à peu près à
n'importe quel prix le statu quo des institutions. Mais dès
le début 1997, plutôt que de procéder au
profond changement de mentalité dont il proclamait toujours
officiellement la nécessité, le pouvoir politique a
recouru à ses vieux trucs et ficelles : promettre de
nouvelles réformes (et en réaliser l'une ou l'autre
sur papier, mais sans étudier vraiment leur
faisabilité et leur intégrabilité aux
précédentes) et crééer des « objets
xternes » pour déémontrer à la population
que celle-ci avaité éété comprise.
Trois de ces " objets externes ", au fond bien
prévisibles, méritent d'être
mentionnés.
Premièrement, il y a eu la création d'une commission
d'experts nationaux. Après un an de travail, ces
professionnels compétents ont remis un rapport très
intéressant sur les mesures à prendre, mais on
découvre progressivement combien il est peu applicable,
au-delà de tel ou tel aménagement technique mineur.
En 2004, si l'on veut être honnête, que s'en est-il
suivi qui ne soit pas de l'ordre de la déclaration
d'intentions ?
Ensuite, création d'un centre de recherches pour enfants
disparus ou exploités sexuellement, mis sur pied tambour
battant, médiatisé à grand fracas et
sponsorisé par le secteur privé, au même titre
qu'une équipe de foot (l'on s'est machiavéliquement
servi de la défiance de la population à
l'égard des services publics pour affirmer que ce centre ne
pouvait être financé que par le sponsoring
privé ...)
Troisièmement, une commission nationale de parlementaires,
chargée d'enquêter sur les enlèvements et
assassinats d'enfants, très médiatisée elle
aussi, a provoqué une formidable catharsis au sein de la
population ; après presque deux années de
travail, elle a été étranglée par les
autorités politiques mêmes qui l'avaient mise en
place, à la fois par jalousie face à sa
popularité, et par angoisse face à beaucoup de ses
recommandations : sanctions des responsables des
dysfonctionnements, enquête sérieuse sur la
pédocriminalité organisée, réformes
profondes des procédures pénales pour
équilibrer les droits de la défense des
inculpés et des victimes, etc. Pire encore, on se sert
depuis quelques temps d'hypothétiques erreurs de
procédure commises par cette commission pour abriter de
toute sanction ceux dont elle avait investiguéé les
dysfonctionnements : des droits de toutes façons
mineurs n'auraient pas ééété parfaitement
respeéctés…Plus catholique, la Belgique ? Quand elle
le veut, elle le reste cent fois plus que le plus conservateur des
papes ...
A partir de l'été 1997, l'heure est donc revenue donc
à la " normalisation " pilotée
discrètement par les états majors des principaux
partis politiques en bonne entente avec les principaux milieux
dirigeants : une bonne partie de la presse a donc
été soit infiltrée et
désinformée, soit soumise à des pressions
économiques telles que le discours médiatique
dominant a rejoint celui des institutions
officielles :« Dutroux est un pervers isolé,
il n'y a pas de réseau de prostitution infantile mafieux en
Belgique, les institutions ont fait leur devoir, et quelques
réformes ultérieures achèveront de les
parfaire ».
Malheureusement, une assez grande partie des élites
intellectuelles, désinformée par sa propre prose,
découragée et/ ou sentant que le vent tournait, a
épousé les arguments émis dans le cadre de la
normalisation. Celles et ceux, minoritaires, qui ont
continué à protester ont été
taxés par les uns de gauchistes attardés, par
d'autres de suppôts de la droite, de « poujadistes
surfant sur l'émotion populaire ».
La volonté institutionnelle de retour à la case
départ a juste été ébranlée au
moment de la grand'guignolesque et brève évasion de
Dutroux : deux ministres ont démissionné pour la
circonstance, mais sont bien sûr déjà revenus
depuis lors, porteurs de hautes responsabilités !
Seul résultat « palpable », on a
dépoussiéré à la hâte un vieux
projet de réforme de la justice et de la police. Sur papier,
tout n'y est pas mauvais, mais les moyens manquent comme toujours
et les nominations sont plus que jamais aux mains des
présidents de parti …et la population belge est
censée être anesthésiée à
nouveau.
Mais voilà, cette collusion implicite des institutions
politique, judiciaire et policière, ces résistances
perpétuelles et ce manque flagrant d'authenticité
dans l'inertie n'ont pas donné les résultats
escomptés. Si l'enthousiasme d'un certain nombre de
« comités blancs » en a pris un coup,
une large majorité de la population n'est pas dupe. Bien
sûr, elle avait cru que ce serait plus facile de se
réconcilier avec le monde politique et avec les
institutions ; elle avait cru qu'ensemble on allait pouvoir
reconnaître des fautes et des erreurs du passé et
repartir vers un avenir meilleur. Ce n'est pas ce qui s'est
produit : la confiance reste largement
ébréchée et la rage secrète de beaucoup
persiste.
- -II. QUELQUES PHENOMENES PLUS PARTICULIERS.
Ils ont joué et jouent toujours puissamment. Je les
présente sans ordre hiérarchique, tant il est
difficile de les organiser les uns par rapport aux autres.
- 1. La faillite d'une fonction paternelle forte et
cohérente.
Dans une démocratie, le pouvoir naturel est celui de la
collectivité. Elle délègue à des
organes législatif et exécutif une
« fonction paternelle ». Elle attend d'eux
l'exercice d'une autorité bienveillante sur la
collectivité et sur d'autres institutions mises en place
parce que nécessaires à la vie commune. Elle en
attend la promotion de nouvelles lois voulues par les circonstances
actuelles et prévisibles, elle leur demande des projets de
société à discuter avec la population. Une
« délégation de pouvoir »
judiciaire et policière existe également pour veiller
à l'application des lois existantes.
En Belgique, ces délégations de pouvoir ont
accumulé, au fil du temps, pas mal d'usures et de
déviations, qui altèrent l'identité de
« service » qu'elles devraient conserver
à l'égard de ceux qui les ont mises en place. Au
moins durant ces dernières années, le parlement et le
gouvernement ont manqué à la fois de
créativité, de projet social et d'autorité. Au
moment de la perception des grands dysfonctionnements qui nous
occupent ici, le pouvoir politique a beaucoup gesticulé, a
largement évité de se mettre en cause et n'a pas su
imposer aux institutions plus directement défaillantes la
reconnaissance de leurs fautes et la nécessité de
passer par des sanctions.
A ce propos, il règne une certaine confusion quant au
concept « d'indépendance » du pouvoir
judiciaire par rapport au législatif. Essentiellement, le
terme signifie que le second n'a pas à s'ingérer dans
le travail quotidien du premier. De là à dire que le
Parlement, lieu de délégation suprême du
pouvoir collectif, n'aurait rien à dire quant à la
définition d'une politique criminelle, quant à
l'organisation et à l'évaluation
générales du judiciaire et du policier, il y a un
pas à ne pas franchir !
C'est à un barricadage dans des forteresses que l'on a
assisté. La commission d'enquête a été
vilipendée pour avoir tenté de dénoncer des
errements dramatiques.
Parallèlement, et sans jamais se mettre en question, les
institutions critiquées - police, justice - ont, pendant
tout un temps, tiré à boulets rouges les unes sur les
utres : dans cette sinistre cour de récréation
qu'était devenue la Belgique, il n'y avait pas
d'instituteur, pas de père, pour ramener à l'ordre
des garnements déchaînés.
A trop contester et museler la voix du père, c'est un peu
partout qu'une saine autorité se dégrade, et que se
réinstalle un féodalisme anarchique. Une
réforme de plus changera-t-elle cette anarchie, sans travail
en profondeur sur les mentalités ? On peut en
douter : il est bien connu qu'un État faible multiplie
les lois, décrets et réformes qui promettent des
lendemains meilleurs, sans jamais être capable de tirer des
leçons du passé, de le sanctionner et de proposer un
projet d'ensemble qui intègre le présent et
prévoit l' avenir.
Conséquence de la dilution de la fonction paternelle de
l'État : dans bien des institutions officielles,
surtout celles dont les membres sont nommés à vie, on
oublie largement que le pouvoir d'exercer des tâches
spécifiques n'est jamais qu'une délégation de
pouvoir confiée par la collectivité. Oubli trop
souvent de mise, que l'on s'adresse à la Justice, aux forces
de police ou à bien des administrations. Oubli encore plus
flagrant lorsqu'on constate les pratiques de l'Office des
étrangers à l'égard des
« sans-papiers ». Ces institutions devraient
considérer leurs missions comme un vaste service rendu
à la population, même quand il s'agit de sanctionner
ceux qui ont été repérés pour avoir
transgressé la loi.
En lieu et place de quoi, trop souvent, le citoyen a l'impression
de devoir mendier le droit d'être entendu, reconnu comme
victime et/ou protégé par un système
préventif qui serait adapté à ses besoins et
à ses légitimes attentes.
Les suites de l'affaire Dutroux ont-elles changé quelque
chose à cette situation ? Est-il possible de changer
vraiment sans reconnaître d'abord que l'on a
été dans l'erreur et que s'était
effrité, voire perdu, le sens du service à rendre
à des pairs en souffrance ? J'ai quelques doutes
à ce sujet. L'on entend encore souvent des
« penseurs » - pas seulement juristes -
répéter que « la Justice n'est pas
là pour être juste..., mais simplement pour que soit
respectée la lettre des codes et des
règles ». Que la collectivité entende
énoncer sans piper mot un tel pervertissement d'une
visée démocratique fondamentale ( une institution
judiciaire juste...) est un indicateur inquiétant.
- 2. Dénégation spontanée et/ou
désinformation orchestrée ?
Selon les psychanalystes, la dénégation est un
mécanisme spontané d'auto-défense, qui
protège un individu de la représentation mentale
d'idées, de questions ou d'images très
pénibles marquées par la culpabilité, la
honte, l'angoisse, le chagrin, etc. L'individu non seulement
refoule cette représentation insupportable, mais il affirme
même bruyamment le contraire, Bruyamment, c'est-à-dire
émotionnellement, avec indignation et/ ou en recourant
à des argumentations pseudo-scientifiques qui
démontrent l'impossibilité de ce qui vient
d'être chassé de la mémoire :
« Chez nous, dans notre bonne Belgique où les
familles princières évoquent tellement le bonheur de
Sissi, seuls quelques excités, emportés par leur
émotion et non leur raison, pourraient penser que l'Etat
maltraite vraiment les sans-papiers… ou qu'il existe une
pédocriminalité organisée ... ».
Pour parler plus simplement, c'est la politique de l'autruche, ici
pratiquée par le grand nombre, cette politique même
que l'on reproche pourtant violemment aux mères
témoins d'inceste, qui « ne veulent
pas » le voir. Politique de l'autruche qui s'origine
dans le manque de courage en nous, dans notre peur des
complications, dans celle d'être agressés en retour
par les monstres que nous aurions débusqués, ou tout
simplement parce qu'il nous est insupportable d'être
confrontés à la culpabilité que ferait
naître en nous la prise de conscience de notre
passivité.
Pourtant l'horreur existe, en Belgique comme dans tous les pays
industrialisés. Le Tiers-Monde n'est pas le seul lieu
où les enfants travaillent comme esclaves : il en
existe aussi dans certaines maisons de chez nous. Il existe des
bébés d'un an que l'on viole et des enfants - ou des
adultes - que l'on torture et que l'on tue entre pervers, en
rentabilisant l'opération via un snuff-movie .Comme il
existe, chez nous, des familles entières de
« sans-papiers » sans moyens de
défense qu'on laisse végéter durant des mois
dans des centres fermés, dans des conditions
quasi-concentrationnaires.
0r, la représentation de ces horreurs, liée à
celle d'une large impuissance à les soulager
significativement, une bonne partie de la population ne la supporte
pas : même si elle reste en colère et
désapprouve certaines attitudes des institutions, elle a
évacué la représentation des cancers moraux
les plus pénibles présents en son propre sein. Il est
plus simple de penser que les seuls vrais charniers n'existent
qu'en Bosnie ou au Congo, et que ceux de Régina Louf
n'étaient jamais que les délires de son
imagination.
La dénégation produite par la collectivité a
encore été renforcée par les attitudes et
messages émanant des responsables institutionnels,
mandatés pour informer et faire face à l'horreur.
Certains, de bonne foi, ont construit ni plus ni moins la
même dénégation que celle de la
population ; avec néanmoins un incitant
supplémentaire : ils pouvaient croire que leur
dénégation garantirait à bon compte
l'homéostasie de l'équipement et de l'organisation
sociale en place.
Mais pour d'autres, il s'est agi de mensonges, pour couvrir leurs
failles passées ou prévenir l'exigence d'une plus
grande générosité, pour protéger des
frères de caste défaillants, voire, pour certains,
pour couvrir des trafics mafieux. Je n'en ai pas la preuve ?
Non, bien sûr, sauf que de tels trafics ont été
démontrés partout dans le monde : la Belgique,
elle, s'attaque tellement peu à la criminalité
très organisée que cela en devient des plus
suspects ! Rétorquer avec mépris « II
n'existe pas de preuves » ou encore
« Coïncidence, cette livraison d'ecstasy le
lendemain de l'enlèvement », n'est-ce pas
destiné à stimuler le doute puis la
dénégation de ceux qui tentent de tirer
l'alarme ?
D'autres responsables institutionnels, peut-être plus
nombreux qu'on l'imagine, n'ont pas été dupes et
auraient aimé parler, exprimer leur déception et leur
indignation face à leur propre institution. Ils ne l'ont pas
fait. Je pense notamment ici aux « virages à
180° » de quelques membres de la commission
Verwilghen.
Pour renforcer la dénégation dans la
collectivité, ceux qui y ont intérêt soulignent
les quelques inévitables points faibles, voire franches
inexactitudes ou maladresses dans le témoignage et les
attitudes de ceux qui dénoncent l'horreur, pour
généraliser et prétendre que TOUT ce qu'ils
disent est faux.
C'est ainsi que, bien trop souvent, la Justice ne fait rien du tout
des allégations des enfants en matière d'abus sexuel
parce que l'un ou l'autre point de détail est faux ou
fantaisiste. C'est ainsi que des journalistes s'acharnent sur les
faiblesses et contradictions des dires de Régina Louf,
« pour en finir avec elle »... malgré
le fait qu'au moins son agresseur principal a reconnu avoir
abusé d'elle et qu'elle connaît sur la
champignonnière, théâtre d'un meurtre de jeune
fille non élucidé, des détails que seul un
témoin visuel a pu mémoriser.
On utilise aussi les émotions présentes chez ceux qui
dénoncent pour réduire leurs revendications à
un débordement passionnel. C'est comme si, quand il y a
émotion, il ne peut pas y avoir en même temps
intelligence d'analyse. C'est ainsi que tout le mouvement de
citoyen a été rebaptisé
dédaigneusement, par quelques leaders d'opinion
« Passion... émotion populaire ».
Malheureusement, ça marche : un certain nombre
d'intellectuels se sont laissés prendre à ce
« rappel à l'ordre », presque honteux
d'avoir accompagné un moment ce qui était
redéfini comme la seule excitation du peuple.
Ceux dont on dénonce justement les comportements
inacceptables ont encore l'art de détourner l'attention de
l'essentiel, en clamant haut et fort que l'un ou l'autre de leurs
droits n'a pas été parfaitement pris en compte, qu'on
ne les a pas toujours complètement respectés, ou en
exhibant leur respectabilité immanente, qui fait d'eux des
citoyens au-dessus de tout soupçon. Tous les abuseurs
d'enfants connaissent très bien cette technique, qui
consiste à crier plus fort que ceux qui les accusent.
Dutroux s'y est mis aussi dès l'automne 1996 et a
donné à la cour de Versailles un excellent
prétexte pour destituer l'impertinent juge Connerotte, et
tenter de réduire au silence le procureur Bourlet. Et
depuis, tous les professionnels mis en cause par la commission
d'enquête essaient de démontrer à l'opinion
publique qu'ils sont les martyrs de sa paranoïa.
Il y a aussi l'utilisation perverse de la notion scientifique de
probabilité : on peut toujours démontrer qu'une
probabilité faible n'est pas une impossibilité. La
perversité, alors, est d'en faire un argument puissant pour
mettre en doute ce que disent ceux qui amènent des
probabilités inverses, pourtant beaucoup plus fortes.
C'est sur cette base que tant et tant d'abuseurs d'enfants, surtout
les puissants, ne sont pas vraiment inquiétés. Pire,
les enfants molestés par eux ne sont même pas
protégés. C'est ainsi également que le juge
d'instruction en charge de l'affaire Dutroux s'est
obstinément accroché au postulat que Dutroux est un
pervers isolé, et a multiplié les investigations
cherchant à renforcer l'idée qu'il était
techniquement possible qu'il en soit ainsi. Cette
possibilité s'est vite transformée chez lui en intime
conviction, et il n'a plus fait explorer sérieusement
l'alternative au moins aussi vraisemblable des réseaux…C'est
donc dans le vide que Dutroux s'est vanté à plusieurs
reprises de pouvoir se faire tant de blé en kidnappant des
enfants ...
Malheureusement, une fois énoncée, une
dénégation tend à se rigidifier, à
s'amplifier, à se légitimer de plus en plus : on
part à la recherche, parfois forcenée, de
« confirmations », en tordant
l'interprétation de la réalité s'il le faut.
Pourquoi ?
* A cause de l'évacuation de soucis et d'efforts que la
dénégation entraîne ;
* pour des raisons narcissiques : on ne veut pas se
ridiculiser en revenant en arrière ;
* par peur : si l'on revenait en arrière, on pourrait
être accusé ou agressé par les victimes dont on
avait dénié l'existence ;
* parce que la dénégation des uns a provoqué
un bras de fer avec les autres, ceux qui ne dénient pas. Et
à ce propos, c'est vrai qu'on peut se barricader, les uns et
les autres, dans des retranchements extrêmes : ceux qui
dénient font des autres des excités-émotifs en
quête de sensationnalisme ; ceux qui ne dénient
pas diabolisent ceux qui dénient, et en font des mafieux
là où, pour beaucoup, la dénégation
n'est qu'un mécanisme d'auto- protection. Les uns et les
autres peuvent aller à la pêche d'arguments
extrêmes, ou de signes qui n'en sont pas, pour se
démontrer qu'ils ont raison. Finalement, chacun peut
démontrer que l'autre n'est plus dans la
vérité, en ne prenant pour preuve que les
affirmations les plus folles de son discours.
Il faut toutefois se garder de se représenter ce dernier
affrontement comme s'il s'agissait de camps parfaitement
symétriques : en effet, tout respectable qu'il soit
comme processus humain, l'ensemble du processus de
dénégation fait sortir de la perception de la
réalité : Tandis qu'en face, ceux qui
s'accrochent aux indicateurs de cette réalité ont
parfois des parties de discours excessives, parce qu'on ne les
croit plus. Ils finissent alors par argumenter sur des fragments
d'hypothèses... mais le cœur de leurs observations et
de leur démarche reste réaliste.
- 3. Les protections.
Autre mécanisme aussi spontané que la
dénégation, la protection consiste à
préserver quelqu'un d'une enquête ou d'une sanction,
alors qu'il est suspecté par des gens raisonnables d'avoir
défailli ou fauté.
Les techniques en sont variées : refus d'ouvrir de
nouvelles pistes d'investigation à risques ;
déclarations verbales fracassantes quant à l'honneur
de celui qui est mis en accusation ; oublis et erreurs
« de bonne foi » sur des détails
transmis par des témoins, etc.
Celui qui est protégé, à sa demande ou parfois
même pas est un proche (membre de la famille, ami), un
collègue (qui fait le même métier, ou un
métier complémentaire dans la même
institution), un membre de la même classe sociale, une
institution identique ou analogue.
La protection la plus usuelle n'a pas consciemment d'intention
délictueuse. Elle procède d'une analyse
sincère, où celui qui protège croit vraiment
que l'autre est accusé à tort. Elle constitue alors
éventuellement une sorte de complément logique de la
dénégation : on refoule l'idée que ce
soit possible, et on s'auto-désinforme en multipliant, pour
soi d'abord, des arguments de dénégation, que l'on
finit par exprimer vigoureusement, et qui ont pour effet de
protéger l'autre.
Il faut la distinguer de la " protection mafieuse, criminelle,
ou perverse » : ici, une omission ou un mensonge
actif sont commis délibérément pour qu'on ne
touche pas à certaines zones et à certaines
personnes. Malheureusement, dans un processus de groupe, la
même zone noire pourrait être l'objet des deux types de
protections, les sincères et les mafieuses, les protecteurs
mafieux s'ingéniant d'ailleurs à désinformer
les sincères. C'est probablement ainsi qu'on aboutit
à affirmer qu'en Belgique il n'existe pas de réseaux
de prostitution ni de pornographie infantiles, que Dutroux et son
club étaient des amateurs isolés sans visée
commerciale, et que Régina Louf est complètement
folle. On a même cru bon de réunir, en une
conférence de presse, un aréopage d'éminents
magistrats pour achever de nous protéger... contre
Régina Louf.
Pourquoi l'être humain se sent-il souvent poussé
à protéger un proche, sur la demande de celui-ci ou
spontanément ? Je ne diabolise pas ce mouvement :
il constituerait probablement le premier réflexe de la
plupart d'entre nous, si l'on accusait demain notre fils, notre
conjoint d'une sordide horreur, et qu'il le déniait ... On
peut vouloir écarter de ce proche la menace qui pèse
sur lui, fût-elle légitime
* par pure amitié, solidarité et conviction
sincère ;
* par intérêt, en supputant vaguement qu'un jour, le
protégé d'aujourd'hui pourrait bien renvoyer
l'ascenseur ; ou que tout le groupe d'appartenance pourrait en
faire une valeur commune : on protège notre image
sociale le plus loin possible ;
* parce qu'on a besoin de croire, dans le chef d'un proche,
à l'existence partagée de valeurs et/ou de
compétences ...
Protéger l'autre peut encore consister en une
dénégation de la vulnérabilité de
chacun, du combat entre le bien et le mal toujours à
l'oeuvre en chacun ( « Si je proclame
l'impossibilité que ce Monsieur " bien " soit
pédophile, je dénie que puisse exister quelque chose
de trouble chez tous les gens "bien ", donc chez
moi » ).
Enfin, il existe parfois une sorte de fascination exercée
sur certains par celui qui rompt le pacte, par l'ogre ou le
monstre, par celui qui transgresse
délibérément la Loi Humaine fondatrice de la
vie sociale, Loi qui demande le respect de
l'intégrité de l'autre. Une sorte d'identification
partielle à ce bourreau peut surgir des fonds noirs de notre
être et viser alors à légitimer son
comportement ou à le protéger de toutes les
façons. Ce serait un peu analogue au fameux syndrome de
Stockholm troublant directement, lui, la relation de la victime et
de son bourreau.
Et pourtant " protéger " sincèrement mais
indûment un ami, un proche, un collègue, etc., ce
n'est rendre service ni à lui, ni à la
communauté, D'abord parce que cette protection conduit
souvent à entériner de réelles injustices
à l'égard de ceux qu'il a lésés.
Ensuite, parce que l'on condamne les relations humaines à la
non-authenticité, au faire semblant. On condamne celui que
l'on protège à se mentir à soi-même, et
à ne pas assumer sa propre humanité, avec les
dimensions de richesses, de faiblesses et de rapport au Bien et au
Mal que chaque existence inclut. La protection empêche de
s'améliorer, puisque la défaillance n'a pas
été reconnue, Elle nous empêche tous de
reconnaître ce que nous sommes, êtres de richesses et
de manques, invités à nous
« achever » dans la socialité, en
sachant que cet " achèvement " de soi ne sera
jamais parfait.
Création le 12 mars 2004.
Dernière mise à jour
le dimanche 28 septembre 2008.
Issu du site Observatoire citoyen.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
n.b. Ce document s'imprime facilement : sept pages.
- -I. CE QUI S'EST PASSE ENTRE LES CITOYENS ET CEUX A QUI
ILS AVAIENT DELEGUE DU POUVOIR INSTITUTIONNEL.
- -II. QUELQUES PHENOMENES PLUS PARTICULIERS.
- 1. La faillite d'une fonction paternelle forte et
cohérente.
- 2. Dénégation spontanée et/ou
désinformation orchestrée ?
- 3. Les protections.
Pour télécharger ce site ...
|
Quelle confiance les Belges ont-ils
encore dans leurs institutions ?
|
... en format
traitement de texte reçu du professeur
Jean-Yves Hayez, vous avez les choix suivants :
Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 08.11.2005 ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.