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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
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Catherine
ne dort toujours pas
seule.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Paru dans : Psychothérapies, VoL 22, 2002, N0 4, pp. 229-243
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CATHERINE NE DORT TOUJOURS PAS SEULE !
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Jean-Yves Hayez
(1)
Le sommeil de l'enfant Jésus de Giovanni Batista
Salvi, « El Sassoferato » (1605-1689)
Pour illustrer le problème de conduites que l'on pourrait
appeler addictives chez l'enfant, nous vous proposons un
cas " tout-venant ", guère spectaculaire, mais
représentatif du quotidien des prestations d'un
pédopsychiatre généraliste.
C'est celui de Catherine, qui présentait un comportement
problématique rebelle, mais dans un fonctionnement d'ensemble
estimé satisfaisant, par elle et par ses proches. Au fur et à
mesure de l'avancement de la thérapie, ce comportement persiste,
quoique mieux accepté et intégré dans le projet de vie de l'enfant
et dans son réseau relationnel. Puis, un beau jour, après un an de
travail, au terme d'un petit coup de pouce donné par les parents,
le comportement s'en va, sans faire d'histoires...
Nous ne sommes pas indifférents à l'idée qu'un
enfant se débarrasse ou non d'un symptôme gênant
pour lui ou pour son entourage. Mais l'effort - de réflexion
et de comportement - qui l'y amène suppose
chez lui une motivation forte, autant que les encouragements de son
milieu. Longtemps, ça n'a pas été le cas ici et il a fallu
l'accepter, dans le mélange d'insatisfactions et de satisfactions,
et de deuils qu'il vaut mieux faire, dont la vie est tissée. Et
puis, petit à petit, le projet de vie de chacun s'est mobilisé, et
le changement a eu lieu en une fois. Comme par surcroît;
dans le décours d'un processus de rencontre de soi - et de son
soi-familial - captivant!
PRESENTATION DU PROBLEME.
Nos collègues neuropédiatres nous demandent un
avis à propos de
Catherine ( neuf ans ) qu'ils ont
hospitalisée à cause d'un trouble du
sommeil tenace, pour lequel « On ne trouve
rien ». Depuis l'âge de cinq
ans, la fillette vient quasi toutes les nuits se blottir
près de sa
mère, soit dans le lit des parents, soit dans un petit divan
d'appoint placé tout à côté. Chaque
soir, elle se retire pour
dormir sans faire d'histoires, dans la chambre qu'elle partage
avec son petit frère Julien ( cinq ans )
mais, à heure variable, ça la
prend : elle doit rejoindre sa maman. Les médecins
consultés sont
d'autant plus déconcertés que, dans la vie
quotidienne de l'enfant,
il n'existe aucun signe ni d'angoisse de séparation,
ni d'autres
formes cliniques d'angoisse qui seraient estimées excessives.
D'ailleurs, Catherine n'a pas non plus fait d'histoires pour venir
en observation à l'hôpital et ses nuits s'y passent
très bien en
l'absence des parents : elle est comme
« conditionnée » par un
ensemble de stimuli, mal repérés et
liés à la maison.
L'enfant et ses parents me précisent que le problème
a commencé il
y a quatre ans, six semaines après que se soient produits,
coup sur
coup, deux événements familiaux relatés
comme très impressionnants:
ce fut d'abord le décès de la grand-mère
maternelle (GMM)
(2)
, puis,
quinze jours après, la naissance de Julien.
GMM s'occupait beaucoup de Catherine et était fort investie par
l'enfant; elle habitait le même village que les parents et les
allers et venues entre les deux maisons étaient nombreux; GPM,
toujours en vie, est décrit comme plus austère et
distant, et les contacts avec lui ne sont pas très
nombreux. Quant à Julien,
Catherine, au début, l'a mal accepté.
Les parents ont tout de suite eu l'intuition que le retour de la
fillette dans leur chambre avait à voir avec son double
chagrin du
moment ; ils se sont d'abord montrés tolérants,
sans mettre beaucoup
de mots sur ce qui se passait. Au fil du temps, leur tolérance
s'est transformée épisodiquement en énervement,
en culpabilisation
de l'enfant, avec, comme c'est souvent le cas face à des
dysfonctions chroniques, beaucoup d'allers-retours dans la
manière
de gérer le problème. Pendant plus d'un an, on
a installé un divan
d'appoint, mais quand on l'a retiré sur conseil d'un
médecin, rien
ne s'est passé : Catherine est venue dans le lit
conjugal, le père
en est sorti pour avoir plus de confort et l'énervement s'est
exacerbé ; « Suite à cette
mauvaise ambiance », comme disent les
parents, voici deux ou trois mois que Catherine montre pendant la
journée de nombreux signes de malaise, d'angoisse et
d'irritation
( elle se ronge les ongles, joue moins ) ; or,
ajoutent-ils, « elle
n'est pas comme ça » ; dans l'ensemble,
ils la reconnaissent
comme une petite fille très agréable,
c'est-à-dire, pour eux :
studieuse, discrète, sociable, sachant s'occuper toute
seule, et
insistent-ils, pas anxieuse pour un sou, mais pas
téméraire non
plus ... la petite fille de rêve, quoi ! ...
mais avec un grain de
sable néanmoins, justement ce sable que le marchand
n'apporte pas.
Avant l'apparition du problème, ils n'ont souvenir
d'aucun autre
événement particulier qui aurait pu marquer
négativement Catherine.
La croissance de l'enfant s'est faite sans histoire.
Au-delà de son discours, la famille dans son ensemble donne une
impression de calme, de réserve, de discrétion. Les
deux parents
investissent leurs enfants, et le couple a l'air de bien
s'entendre ;
des gens sans histoire, mais qui s'expriment peu. La maman semble
douce, attentive, mais aussi passive et un peu
dépressive ...
Nous avons rapidement l'intuition que le comportement de Catherine
est très « fixé » et que,
pour qu'il se mobilise, il faudra y mettre
du temps, le temps de comprendre et de laisser l'enfant prendre ses
décisions à son rythme. Au fil du temps, elle a
adopté une habitude
dont elle est très dépendante, probablement parce
qu'elle y gagne
quelque chose, au-delà des apparences, et peut-être
pas seulement elle !
Nous expliquons ce point de vue aux collègues
neuropédiatres ; ils
semblent soulagés que nous nous offrions à prendre
en charge ce cas
où l'on ne peut probablement pas attendre de résultat
spectaculaire
ni rapide. Le passage est bien accepté par les
parents : ils s'en
remettent aux propositions d'un staff médical que,
d'ailleurs, ils
pressentent aussi désemparé et impuissant
qu'eux-mêmes : ils sont
donc rassurés par l'idée d'un accompagnement
patient, à l'intérieur
duquel ils seraient bien écoutés.
ECOUTER, MAIS ECOUTER QUOI ?
Comme ses parents, et surtout sa maman, Catherine se montre
attentive et pleine de bonne volonté, mais aussi passive,
avare de mots, avec une faible capacité de s'introspecter
ou, plus exactement d'exprimer ce qu'elle trouve dans son monde
intérieur. Bribes par bribes, elle confirme qu'elle est
satisfaite d'elle-même et de sa famille ... n'était
ce problème qui énerve tant ses parents et finit
par lui donner l'impression qu'elle est une méchante fille.
Mais explorer les tenants et les aboutissants de son problème,
c'est une autre histoire! En réponse à nos
questions, dont nous
essayons qu'elles ne soient ni trop inductrices, ni trop intrusives,
elle nous fait comprendre que, la nuit, elle a besoin de sa maman:
une grande tristesse l'habite, elle se sent vide si elle ne vient
pas près d'elle ... par contre, dès
qu'elle l'a rejointe, elle a
chaud, elle ressent un grand bien-être et s'endort tout
de suite ;
parfois, mais pas souvent, il lui arrive aussi d'avoir peur
la nuit :
GMM, en squelette, passe la porte et vient l'ennuyer, ou alors des
bêtes viennent la prendre ...
PREMIER BILAN.
Cette étape diagnostique a duré une dizaine de jours
et nous amène
à formuler les hypothèses que voici :
1. Le comportement jugé problématique de Catherine
subsiste ; bien
plus, d'autres signes dysfonctionnels commencent à faire tache
d'huile pendant la journée, en partie à cause
de la réponse
inadéquate de l'environnement : irritation, dramatisation,
consultations répétées - système dont
nous faisons partie -,
culpabilisation de l'enfant. Il faut donc d'abord et avant tout
calmer le jeu, c'est-à-dire alléger le poids
de ces facteurs d'entretien, chronologiquement tertiaires.
2. Il est bien possible que se soit installée au fil
du temps une
dimension d'assuétude ( facteur causal
chronologiquement secondaire ).
Le terme peut paraître fort, mais voici ce dont il
s'agit : chez
beaucoup d'enfants s'installe et se maintient, au fil de la vie,
l'une ou l'autre conduite précise, répétitive,
tenacement fixée,
qui a commencé pour les motifs les plus
variés ( hasard ... ennui ...
vulnérabilité organique ... compensation ou
conflit affectif ) ; cette
conduite s'est vite avérée la source d'un
plaisir que l'enfant
cherche à reproduire, poussé par une contrainte
intérieure plus ou
moins forte. Plaisir doit être pris dans une
acception large
et très diversifiée, chaque fois propre à
la personne concernée :
plaisir corporel ( « sexuel » ),
anesthésie d'un inconfort, ivresse
de poser un acte exceptionnel, plaisir de vivre une colère
ou une
affirmation de soi inavouées et d'être plus fort
que ses parents,
plaisir d'un surcroît d'attention jusqu'à
parfois être le centre du monde, etc.
Au fur et à mesure que le temps passe, ce plaisir central se
maintient ou s'étiole, ou est remplacé par
d'autres ... mais, même
s'il y a accoutumance, c'est-a-dire même si la conduite
problématique ne génère plus autant de
plaisir, il est possible
qu'elle se maintienne, comme un automatisme tenace, l'équivalent
comportemental d'un trait de caractère.
Les conduites visées ici sont des plus diversifiées,
parfois
auto-érotiques ( head banging, succion du pouce,
encoprésie ...),
parfois engageant centralement autrui dans un créneau
relationnel
très étroit ( mutisme sélectif, habitudes
de sommeil, certains refus scolaires ...).
La problématique affective qui aurait, le cas
échéant présidé à
l'installation de la conduite peut elle-même
disparaître ou se
maintenir au fil du temps. Dans cette dernière
éventualité, on peut
se représenter la conduite fixée comme ayant
et une dimension
d'assuétude et une autre dimension plus affective ( par
exemple,
elle constitue aussi la compensation d'un vécu anxieux,
d'un vécu
dépressif ... elle constitue aussi une manifestation
oedipienne plus
ou moins détournée, plus ou moins conflictuelle, etc.).
3. Et précisément, dans le cas de Catherine,
persiste-t-il aussi
et concomitamment une dimension d'angoisse qui aurait
été le primum
movens de l'affaire ? On peut en conserver
l'hypothèse, encore que
Catherine soit discrète à ce sujet et que,
dans la journée, elle ne
soit pas anxieuse. Mais la nuit il arrive que son imagination
travaille: elle pense alors à des animaux hostiles
ou à sa grand-mère-squelette ...
Or lorsque l'imagination élabore de telles images ou/et
idées
anxiogènes, c'est en vertu de mécanismes multiples
et non exclusifs les uns des autres ( Hayez, 1999 ) :
- Parfois, elle traduit l'existence d'un conflit intra-psychique,
au coeur de l'évolution de la névrose infantile ou
d'une névrose
plus pathologique; alors, les fantasmes qui disent le plus
centralement le conflit restent refoulés et engendrent
des produits
déformés qui passent la barrière du
conscient. Semblable
conflictualité ne peut être exclue chez Catherine,
encore que,
cliniquement elle ne montre pas les signes typiques d'une
névrose.
- Dans d'autres cas, l'imagination de l'enfant semble massivement
alimentée par celle des parents, et ce qui est
identifié comme
dangers par ceux-ci le devient pour celui-là : même
si, à
l'avant-plan, les parents de Catherine semblent paisibles et ne
l'empêchent pas d'affronter les petits risques de la vie, des
transmissions inter-générationnelles plus
subtiles sont
susceptibles d'exister : par exemple, GPM semble avoir
été un père
très dur ; P reconnaît que GPP lui non plus,
ne badinait pas avec la
discipline ... or, P ne peut presque jamais s'affirmer dans une
position autoritaire : il n'est pas exclu qu'il reste
habité par des
terreurs d'enfant et qu'il transmette celles-ci, mezzo voce, à
Catherine et à Julien.
- Chez d'autres encore, des représentations mentales
effrayantes
sont éveillées par des stimuli conditionnés,
qui, dans le passé, ont
été associés à de vrais et graves
dangers : ni les parents, ni
Catherine ne peuvent rien dire de précis à ce
sujet ... Certes, GMM
est morte au début de la nuit il y a quatre ans ...
mais de là à dire que
le stimulus « obscurité » est
lié, encore aujourd'hui, à la menace du
retour de la mort, cela nous semble un peu léger !
- D'autres enfants enfin sont porteurs d'images, de souvenirs,
de paroles traumatiques refoulées, susceptibles
d'opérer dans l'inconscient et de donner naissance, eux
aussi, à des productions déformées qui passent
la barrière du conscient sous la sollicitation de stimuli
analogues - stimuli de rappel en quelque sorte -.
Certes, à
ce propos, l'on peut spéculer sur le fait que la
pensée « Je suis
seule, sans maman »
« rappelle » de temps en temps à
Catherine
l'expérience d'un grand danger ... et refoulé
et enregistré comme
souvenir traumatique ... mais lors de cette première phase
d'exploration, ni les parents ni l'enfant ne peuvent y avoir
accès.
4. Mais peut-être le primum movens de cette habitude
bien fixée
n'a-t-il pas été de l'ordre de l'angoisse, mais
plutôt de celui de
la dépression et de la recherche d'une compensation
à un vécu
dépressif ? Jusqu'à cinq ans, Catherine
est décrite comme sans
histoires. Alors, elle perd coup sur coup sa grand-mère
et son statut d'enfant unique. Peut-être même sa
mère a-t-elle
particulièrement mal réagi au décès
de GMM, au point que Catherine
redoute qu'elle aussi ne disparaisse ... Aujourd'hui encore,
Catherine parle de « vide » quand elle
n'est pas près de sa maman la
nuit : exprime-t-elle de la sorte un vécu
dépressif rémanent,
inscrit en elle ou/et en résonance avec une tristesse qu'elle
devine chez sa mère ?
5. Et s'il s'agissait de colère ? Colère d'un
enfant jeune ( cinq ans ),
encore partiellement à l'âge de la pensée
magique, face à un
événement douloureux que les parents n'ont pas
pu empêcher ? Colère
non dite telle quelle, mais exprimée indirectement dans un
comportement tenace qui pourrait donc aussi revêtir la dimension
d'une protestation agie : « Toi, au moins, je te
garde sous mon
contrôle » ? ... Colère
chargée de culpabilité, et qui expliquerait
peut-être le retour de la grand-mère comme un
fantôme hostile ...
6. Quant au père, on pourrait dire à première
vue qu'il n'est pour
rien dans toute cette histoire, pas plus que ne l'est la relation
conjugale : il est discret, avare de mots lui aussi,
ennuyé pour sa
fille ... Il n'a fait part d'un certain énervement
que quand les
circonstances l'ont chassé à
répétition du lit conjugal.
A bien y réfléchir, on peut penser que, s'il
s'était montré plus
séducteur pour son épouse et plus autoritaire,
au moment où mère et
fille commençaient à se positionner en objet
antidépressif et
contraphobique l'une de l'autre, peut-être aurait-il
obtenu qu'une
dimension d'assuétude ne s'installe pas ... A ce moment
du début des
entretiens, ni lui, ni son épouse ne me semblent être
en mesure
d'avoir des attitudes fermes, où ils imposeraient
à l'enfant la
séparation sans céder à ses pleurs
et ses protestations.
PREMIERES PROPOSITIONS.
1. Nous faisons part de quelques impressions-clés,
séparément, à
Catherine et à ses parents, et nous en négocions
les conséquences.
Avec les parents seuls, nous vérifions ce qu'il en est de leur
tolérance potentielle à l'idée d'un
accompagnement doux : elle se
révèle grande car, au fond, c'étaient surtout
des témoins
extérieurs qui avaient accrédité le fait
que Catherine avait un
sérieux problème. Par ailleurs, à notre
demande, ils expliquent
que l'existence du problème ne pesait guère sur
leurs relations
intimes, qui avaient lieu lors des absences de l'enfant ou dans la
journée. Enfin, nous tenons à les rassurer sur le
fait que ce
comportement disparaîtrait nécessairement de
lui-même un jour, et
cela d'autant plus vite que Catherine ne se sentirait pas
menacée à son propos.
Ayant ainsi l'accord des adultes sur l'analyse et les grandes
lignes de l'accompagnement, nous résumons notre point
de vue et nos
propositions avec eux et Catherine ensemble. Voici sur quoi nous
nous mettons d'accord :
- Catherine n'est pas une comédienne ; pour le
moment, elle a
vraiment besoin de la présence de sa maman la nuit pour
se sentir
bien ; ce besoin est de nature bien mystérieuse, du moins
provisoirement ... c'est comme une dimension de Catherine
qui serait
restée « toute petite fille » et
voudrait encore ressentir le
réconfort d'un bon gros nounours vivant. Probablement
d'ailleurs accéder à la requête de Catherine
apporte-t-ii aussi quelque chose
de positif, au moins à sa maman.
- Face à ce besoin dont ils ont l'intuition, les
parents ne se
sentent pas vraiment la force de refuser à l'enfant
l'accès de leur
chambre. Néanmoins, Catherine doit mieux respecter
leur confort et leur place d'époux l'un à
côté de l'autre. Il n'est plus question
de déloger le papa du lit conjugal et il faut donc
réinstaller le
petit lit d'appoint, et demander fermement qu'elle l'occupe.
- Ces décisions sont prises pour une durée
indéterminée,
c'est-à-dire aussi longtemps que Catherine sentira un fort
besoin qu'il en soit ainsi et ne demandera pas d'elle-même
qu'on l'aide à aller dans une autre direction.
- Nous proposons de rencontrer régulièrement
la famille et
Catherine, une fois par mois pour commencer, pour
réfléchir avec
eux sur l'évolution de tout ceci et pour parler
avec l'enfant de sa
vie, de ses projets et de ses inconforts éventuels.
2. Ces propositions appliquent notre méthode de travail
vis-à-vis
de ces comportements problématiques à dimension
d'assuétude : il
arrive qu'on n'ait pas le choix, et qu'il faille lutter
énergiquement contre eux, parfois avec une certaine violence
thérapeutique, parce qu'ils sont très dangereux ou/et
déshumanisants ( par exemple, consommation de
solvants ...,
perversions sexuelles en voie d'installation ..., anorexies ayant
atteint des limites dangereuses pour la vie ). Mais, bien plus
souvent - comme c'est le cas pour Catherine -
l'assuétude ne
présente pas ces caractéristiques
d'inacceptabilité. Alors, le
degré de motivation de l'enfant pour dépasser
son problème devient
un élément-clé de l'organisation du
programme thérapeutique ;
A) Dans une minorité de cas, il souffre beaucoup de
son problème
et veut s'en débarrasser sans trop
d'ambivalence ( exemple :
certaines trichotillomanies ..., certains troubles de
l'excrétion ) ;
souvent alors, on met en place une thérapie
d'introspection ( surtout
s'il y a une composante conflictuelle conjointe ), une
thérapie
cognitivo-behavioriste centrée sur le comportement et
une guidance
parentale ; cette dernière est destinée
à soutenir les efforts de
l'enfant, à lui éviter les bénéfices
secondaires liés au
comportement problématique, à mettre en place
pour lui d'autres
sources de plaisir et, de façon plus
générale, à réduire les sources
de difficultés affectives qui alimentent elles aussi le
comportement.
B) Mais dans une majorité de cas, l'enfant semble
indifférent à
son problème, ou à tout le moins ambivalent :
c'est le cas de
Catherine. Alors, la prise en charge est infiniment plus
délicate :
1. Certes, s'il s'agit principalement d'une assuétude, on peut
toujours se dire qu'une violence pédagogique
appliquée très
fermement et suffisamment longtemps par les parents, avec le
soutien actif des thérapeutes, pourrait dissuader l'enfant de
continuer son comportement et l'orienter vers d'autres plaisirs plus
socialisés. L'adhésion de l'enfant suivrait
d'ailleurs d'autant
plus probablement qu'on lui aurait expliqué les raisons
positives de l'interdiction et qu'on récompenserait
solidement les efforts
qu'il ferait pour se conformer à ce que l'on attend
de lui :
certains programmes nord-américains vont dans ce sens,
et prétendent
obtenir des résultats ( à titre
d'exemple : Krohn et coll., 1992 ;
Steuart Watson et Allen, 1993 ).
Nous n'avons pas choisi cette voie, surtout parce que, au
début de
nos rencontres, les parents de Catherine ne me semblaient pas avoir
la force de caractère pour tenir bon, et que le symptôme,
objectivement, n'était pas extraordinairement
gênant. Nous ne nous
abriterons cependant pas derrière des affirmations soi-disant
éthiques pour justifier notre abstention : nous
pouvons concevoir
que certains comportements, comme le mutisme sélectif, soient
extraordinairement coûteux en invalidation ou en
énergie familiale,
et qu'on arrive à vouloir les éliminer via des
positions très
directives, mais qui restent non sadiques ( Krohn
et coll., 1992 ).
2. Mais alors, si l'on n'opte pas pour l'insistance ferme, comment
faire face à ces enfants ambivalents et
empêtrés dans leur
assuétude ? Comme on le verra mieux dans la suite
du texte, on peut :
* leur proposer des rencontres de paroles qui soient d'abord et
avant tout une rencontre d'eux-mêmes, dans leur projet de vie,
comme on le fait dans toute psychothérapie : parfois,
elles amènent
à ce que se mobilisent les autres racines, plus affectives, du
comportement problématique ;
* en profiter pour parler directement de celui-ci, à
l'occasion :
faire le point à son propos; réfléchir au
pour et au contre qu'il y
a à le maintenir ou à l'abandonner, sans
brusquer l'enfant, en lui
rappelant que l'on ne peut pas contourner sa liberté ;
s'il devient
plus positivement motivé, procéder alors comme
au point A ) ;
* travailler parallèlement avec les parents pour
qu'ils retrouvent
un optimum de sérénité dans leurs relations
avec l'enfant ( pour
mieux comprendre quel est son projet profond, Catherine a besoin
de paix et d'acceptation de sa personne ! ) ; les
amener à faire le
deuil du dépassement rapide, par l'enfant, de son comportement
problématique et, en même temps, les
encourager à prendre des
dispositions telles que ce comportement n'épuise pas trop leur
énergie et ne crée pas trop d'inconfort.
C'est dans cette dernière direction que nous nous
acheminons avec Catherine et ses parents.
LES DEUX SEANCES SUIVANTES, ESPACEES CHACUNE D'UN MOIS.
Nous y recevons chaque fois séparément et Catherine
et ses parents,
puis nous procédons à un bref moment de mise en commun.
1. Catherine, seule, dit que ça va mieux, en ce sens que
l'ambiance est plus détendue et que ses parents acceptent
beaucoup mieux sa présence dans leur chambre. Ils ont bien
insisté l'une ou
l'autre fois pour qu'elle dorme dans la chambre de son frère,
mais en vain, et ils ne lui en ont pas voulu.
Elle ne sait évoquer rien d'autre que son besoin de sa
maman, la
nuit ( rappelons qu'en journée elle est
tout-à-fait autonome ).
Elle parle aussi de ses angoisses, et surtout du squelette de GMM
qui ouvre la porte de sa chambre et veut l'emporter. Nous
travaillons cette thématique anxieuse selon une approche
cognitiviste
(3)
: échange d'idées et d'informations sur
la mort et
sur la résurrection des morts ( thème
abordé au catéchisme, dit-elle,
mais sans beaucoup de précisions : nous l'assurons
que, si ça a lieu,
ce sera dans très très longtemps et que les
morts, redevenus
vivants, auront des corps très jolis et des désirs
positifs ) ...,
entraînement à se mettre un stop mental dès
que l'imagination
commence à élaborer des images
effrayantes ( crier dans sa tête :
« Non, c'est mon
imagination » ) ..., entraînement
à faire suivre le
stop mental d'une imagerie positive ( par exemple,
évoquer les bons
moments passés avec GMM de son vivant, ou avec M
aujourd'hui ).
2. Les parents, seuls, confirment la détente
familiale ;
dans l'ensemble, les choses se passent comme
Catherine l'a dit sauf que, l'une ou l'autre fois, elle
a voulu revenir dans leur lit, ce à propos de quoi
nous les invitons à rester très
fermes : « Non, ce
n'est pas possible »
(4).
Pour le reste, ils sont très contents de leur fille, et nous
écoutons attentivement cette perception positive, tout
simplement,
pour ne pas réduire Catherine à
« son problème ». Quant à celui-ci,
nous confirmons l'analyse faite lors de la séance de
programmation
des propositions : le mieux est de se résigner pour
une durée
indéterminée à l'existence de l'habitude
nocturne de Catherine, qui
ne met en danger ni la vie, ni la santé, ni même
le confort de vie
de quiconque. Concomitamment s'ils gardent le désir et
l'espoir que
Catherine y renonce plus vite que ne le voudrait son évolution
spontanée, ils peuvent non pas revenir à une
violence velléitaire,
non pas l'humilier en lui disant :
« C'est bébé », d'un ton
méprisant ..., mais plutôt l'aider à
trouver en elle une motivation
positive : au nom de quoi pourrait-elle renoncer à
son bon Nounours
nocturne ? Ce pourrait être, par exemple - mais
il faut qu'elle le
décide un jour toute seule - pour ressembler aux
autres enfants de
son âge. Alors ils pourraient soutenir ce projet en lui
promettant
un « gros plaisir » inattendu, en
récompense et à la mesure des
efforts qu'elle consentirait ... mais lequel ? Et
comment le lui faire
savoir sans qu'elle ressente cette promesse comme une
évaluation
négative de son
« être-là
aujourd'hui » ? ... Nous nous quittons sur
ces questions.
SEANCE SUIVANTE, APRES UN MOIS.
1. Elle se déroule sur le même mode que les
précédentes, sauf que,
en entretien individuel, interrogée sur ses projets, Catherine
affirme plus nettement vouloir dormir toute la nuit dans la même
chambre que son frère Julien. Elle le déclare apparemment sans
pression externe, car les parents n'ont pas cessé de se montrer
très tolérants. Elle ne peut pas bien nous expliquer
pourquoi, consciemment, elle sort ainsi de l'indécision et
de la passivité, du moins verbalement.
Nous actons son souhait, nous nous en réjouissons sobrement
pour elle, puisque c'est le sien ; comme nous
supposons - à haute voix -
que ce projet lui demandera de réels efforts, nous lui
proposons de
chercher ensemble quel autre plaisir elle pourrait peut-être
s'offrir, avec l'aide éventuelle de ses parents, à
la fois pour
se récompenser et pour remplacer, en partie, ce qu'elle perd.
Catherine découvre alors que ce qui lui ferait plaisir,
ce serait
de recevoir le camping-car de la poupée
Barbie ( merveilleuse petite
production de son inconscient : la fille Barbie part en vacances,
vers des cieux nouveaux ... et sa petite mère Catherine
ne sera pas très loin, pour l'encourager ).
2. Lorsque nous la recevons avec ses parents, nous leur faisons
part du projet dont ils se doutaient bien un peu mais qu'ils
n'avaient pas voulu mettre en route avant le
« feu vert » de la
consultation. Nous proposons de l'appliquer progressivement, en ce
sens que, jusqu'à la prochaine consultation, on
prévoie encore deux
nuits par semaine où elle pourra aller dormir près
de sa maman. Nous
suggérons également que l'on cherche avec
elle, à la maison, un
support matériel de la catégorie
« objet transitionnel »
( par exemple, avoir près d'elle un foulard de sa
maman ..., un bout
d'enregistrement audio où sa maman raconte une belle
histoire ).
Nous évoquons aussi l'idée d'une belle
récompense qui viendrait
saluer les efforts de Catherine : nous ne faisons pas
référence
nous-même à la poupée Barbie, mais leur
recommandons de trouver quelque chose ensemble.
Enfin, nous insistons sur l'état d'esprit qui devrait
accompagner
ce programme comportemental : encourager discrètement
Catherine,
puisqu'elle - ou du moins une instance en elle - demande le
changement ...; s'il y a progrès, tant mieux ...;
s'il y a stagnation
ou régression, ne pas la disqualifier ; maintenir
l'idée qu'elle
fait ce dont elle a besoin maintenant et que le changement viendra
un jour. La famille s'en va, bien décidée à
expérimenter à domicile
ce qui a été esquissé en séance.
SEANCE SUIVANTE, APRES 15 JOURS.
CATHERINE SEULE : PUIS CATHERINE ET SA MAMAN.
1. Catherine, assez dépitée, doit bien convenir que,
pour le moment, son projet reste lettre morte, quoique ses parents
se soient montrés encourageants et qu'ils se soient tous
mis d'accord sur une
belle récompense : un week-end de toute la famille
à Disneyland.
Nous lui redisons, avec des mots de son âge, qu'elle
gère sans
doute son comportement en fonction du meilleur équilibre
qu'elle
ressent pour elle pour le moment et qu'elle n'ose pas prendre le
risque de se déstabiliser transitoirement.
Elle répond que, depuis peu, ses peurs nocturnes se sont
accrues :
des vampires, des chauves-souris pourraient venir l'attaquer. Nous
continuons à traiter ces angoisses selon le modèle
cognitiviste
déjà évoqué ( les faire
détailler; échanger des informations à leur
sujet ; attirer son attention sur le fonctionnement de son
imagination ; recourir à un stop mental précoce et
à de l'imagerie
positive de remplacement ). Nous cherchons donc ensemble
des images
et scénarios auxquels elle pourrait recourir : soit
des plaisants,
soit d'autres où ses agresseurs ( par exemple les
vampires ) seraient
éliminés par son héros favori : elle
choisit Jérôme, sorte de
Popeye de la B.D. belge ; nous imaginons en séance des
scénarios
énergiques où Jérôme se débarrasse
d'agresseurs, en y introduisant
un enfant - une fillette d'une dizaine
d'années -, amie et aidante
de Jérôme : en élaborant ensemble
les scénarios, nous arrivons à ce
que cette enfant y prenne un rôle de plus en plus actif.
Catherine
est alors invitée à faire travailler son
imagination à la maison
comme nous venons de le faire en séance.
A la fin de celle-ci, elle affirme qu'elle voudrait rester dormir
dans la chambre d'enfants avec son frère et qu'elle s'y
efforcera durant les quinze jours qui viennent.
2. Avec la maman et Catherine, nous parions encore du projet de la
fillette et des aménagements qu'il nécessite de la
part des parents,
et nous concluons cette partie de la discussion en convenant qu'ils
feront tout ce qui est possible ...
Néanmoins, la séance avec Catherine seule nous a
troublé; nous nous demandons si, dans notre propre
représentation mentale de ce qui se
passe, nous ne privilégions pas trop la dimension
« assuétude-habitude très
fixée » par rapport
à l'importance toujours actuelle des idées anxieuses
et dépressives. Mais si angoisse il y a, alors que
l'environnement de Catherine semble si
paisible, ce ne peut être que la réévocation
nocturne rationalisée, déformée, d'un noyau
anxieux ou anxieux-dépressif plus radical,
plus inconscient, traumatisme interne introjeté à un
moment bien plus précoce de la vie de Catherine ...
(5).
Nous insistons donc plus fermement auprès de cette maman qui,
jusqu'à maintenant, a présenté l'histoire
de vie de leur famille et
de Catherine comme étale : « Ce n'est
presque pas possible.
Quelque chose de très ancien doit lui faire encore
peur à tel point
que ne pas être près de vous lui fait redouter
une catastrophe ...
Cherchez encore. Par quoi aurait-elle bien peut-être
pu être « marquée » ?.
Et la mère, toujours aussi sobre d'affects,
répond :
« Ça n'a sans doute pas d'importance, mais,
avant Catherine, j'ai
perdu quatre bébés » ( en fait,
il s'agit de quatre
fausse-couches ) ... Elle ne peut évoquer
que timidement le chagrin
et l'insécurité liés à ces pertes,
et le désir désespéré du couple
d'avoir enfin un enfant ... Enceinte de Catherine, elle
fait encore
deux menaces de fausse-couche, une à trois
mois ( quinze jours de
lit ) et une à six mois et demi ( alitée
jusqu'à la naissance ) ; à
l'époque, elle a recours à la sophrologie :
elle s'entend encore
dire à son bébé, à voix haute, en
se tenant le ventre : « Reste ...
accroche-toi ». Elle ajoute qu'à la
naissance de Catherine, elle
se sentait encore dans un grand état
d'insécurité et d'incrédulité
( «Ce n'est pas possible qu'elle soit quand
même née ! ») et
qu'elle a vécu les deux-trois premières semaines
de la naissance
dans une sorte de « rêve
éveillé » où elle nageait
dans un bonheur
incrédule. Par contre, dit-elle spontanément :
« J'ai eu du mal à
m'accrocher au deuxième, Julien, car il est né
quinze jours après
la mort de ma mère, qui me manquait
beaucoup ». Nous faisons
alors l'un ou l'autre commentaire : peut-être
Catherine a-t-elle été
imprégnée très précocement par
cette « demande d'accrochage »
anxieuse, vitale pour la maman ; et puis peut-être
a-t-elle obéi,
beaucoup plus tard dans sa vie, à
cette « trace de sa mère en elle » :
à un moment où le chagrin et la peur de la perte
sortaient à
nouveau puissamment, vers l'âge de ses cinq ans, elle
s'est à nouveau
accrochée ... Peut-être même croit-elle
vaguement que, aujourd'hui
encore, elle doit faire ça autant pour maman que
pour elle, sans
vraiment se demander si sa maman le désire encore
vraiment ...
Voire, car ce qui se passe, quand nous nous exprimons de la sorte,
c'est que chacun y acquiesce gentiment et donc que la mère
se garde bien d'ajouter :
« Je n'en ai plus besoin ».
Sur le moment même, nous ne nous rendons pas compte que nous
aurions pu inviter M à parler davantage de ce qu'elle
a vécu à la
mort de sa propre mère. Nous nous quittons sur la
recommandation
réitérée de faire ce qui est possible,
ni plus, ni moins.
SEANCE SUIVANTE, APRES 15 JOURS.
CATHERINE SEULE : PUIS CATHERINE ET SA MAMAN.
1. En réponse à nos questions, Catherine raconte
qu'elle continue
à dormir dans le lit d'appoint près de sa
maman ; bien que tout le
monde accepte ce comportement, elle se sent déçue
d'elle-même. A
part cela, elle se sent heureuse de vivre et n'a pas de grands
soucis ... sauf que son arrière-grand-mère
maternelle vient de
mourir et qu'à nouveau, des images l'envahissent,
où cette morte
vient la chercher : nous en parlons sur le même mode
que nous
l'avons fait auparavant à propos de la grand-mère
maternelle. Nous
reparlons aussi de la séance passée : Catherine
a bien compris, en
gros, les angoisses de sa maman autour de sa naissance, mais
demande l'une ou l'autre explication complémentaire
(« les pertes de sang »).
2. A son arrivée, la maman reparle aussi de la mort de
l'arrière-grand-mère de Catherine : elle pense que
celle-ci a revécu un choc émotionnel, non pas
à cause de son lien avec cette aïeule, mais parce que
la mort s'est passée au même endroit, à la
même heure ( 22 heures ... l'heure où l'on
s'endort ), et
avec le même protagoniste ( GPM, qui avait recueilli
l'aïeule à son domicile ).
« D'ailleurs, Catherine est revenue dormir un
jour dans mon
lit » ( ce que l'enfant ne m'avait pas
signalé ...).
Nous reparlons donc de la sensibilité de Catherine, et des
idées qui peuvent s'agiter en elle et lui faire ressentir
plus fort, la nuit, le
« besoin de maman ». Tout le monde est
d'accord pour l'accepter ; mais la maman souligne, une fois de plus,
le contraste entre ce comportement et les attitudes de Catherine
dans la journée, où « elle est très
indépendante ». Nous parlons donc aussi des
différentes facettes dont peut être fait un être
humain, et de l'affrontement en nous de forces progrédientes
et d'autres, plus régressives.
Nous proposons que, pour que Catherine y voie plus clair et vive
davantage de sérénité, on continue à
parler de ce qui s'est vécu
autour de sa naissance et dont la trace reste peut-être en elle,
confuse, comme un ordre intérieur contraignant. La maman
reprend ce
qu'elle avait dit la semaine précédente, avec une
tonalité émotive
assez triste. Elle réévoque la sophrologie
(« Je lui disais : ne
pars pas » ). D'autres souvenirs lui reviennent
maintenant, qui
fissurent quelque peu l'image de bonheur parfait post-natal qu'elle
avait mise en scène jusqu'alors : sa belle-mère
lui aurait dit,
méprisante : « Tu t'es tellement
accrochée ... et ce n'est qu'une
fille ». A huit jours, Catherine a fait 40° de
fièvre ; la maman
s'est affolée et le médecin appelé s'est
moqué d'elle ( « Ce n'est
qu'un gros rhume » ). Autant
d'expériences d'agression qui
expliquent qu'elle s'est accrochée un peu plus à
Catherine, comme
à un trésor précieux.
En commentant tout cela, il est aisé d'émettre
l'hypothèse que,
aujourd'hui encore, Catherine a peut-être trouvé
un moyen de
répondre, à un moment bien symbolique, à
l'invitation d'accrochage,
tout en s'autorisant une vie autonome durant la journée.
Peut-être
serait-elle davantage aidée à y renoncer si sa maman
lui faisait
comprendre plus activement qu'elle n'a plus besoin de sa fille
près
d'elle pendant la nuit ... Mais la maman se tait, avec un petit
sourire triste ... nous devinons qu'une très vieille
panique ne l'a
pas vraiment déshabitée ...
SEANCE SUIVANTE, APRES 15 JOURS.
CATHERINE SEULE : PUIS CATHERINE, JULIEN ET LEUR MAMAN.
1. D'abord reçue seule, Catherine, un peu triste, confirme une
sorte de statu quo. Elle estime que beaucoup de dimensions de sa
vie se déroulent bien, mais, en ce qui concerne son comportement
nocturne, c'est toujours « le canapé,
à 1 cm 1/2 de maman ».
Nous lui faisons part de notre embarras à l'entendre vu que,
nous, nous n'exigeons rien d'elle et souhaitons seulement qu'elle se
sente davantage en paix. En réponse à quoi elle
confirme encore son
désir d'aller dormir avec son frère; nous parlons
donc des deux
Catherine, celle qui se sent bien près de maman, la nuit
et celle
qui voudrait davantage d'autonomie, mais qui est comme
paralysée.
Elle acquiesce, assez passive, avec un pauvre petit sourire. Elle
évoque encore vaguement, pour se justifier, qu'elle pense
encore
parfois à sa grand-mère, mais sans pouvoir en dire
plus. Il nous
vient alors une idée, que nous lui soumettons et qui semble lui
plaire : puisqu'il y a
« les deux Catherine », l'une toujours
satisfaite et l'autre insatisfaite, pourquoi ne pas décider de
rester dormir près de maman une nuit, et d'aller dans
la chambre
des enfants la nuit suivante ; l'idée de cette
alternance ritualisée
semble plaire à Catherine, et elle se promet d'essayer.
2. Nous recevons ensuite Catherine, sa maman ( et le petit Julien,
cinq ans, qui accompagne : ce sont les congés
scolaires !). La maman
énonce d'abord quelques généralités
positives sur Catherine ; puis,
très vite, elle signale que l'enfant est un peu plus
tendue et dépressive depuis la fois passée, mais que
le père, lui aussi, est
diffusément énervé à propos de
toutes les petites limites et
imperfections de la vie familiale : « Il ne supporte
plus rien » ... Entre autres, il
recommence à
gronder Catherine pour ses comportements nocturnes.
Il faut ajouter - ce que nous avions un peu perdu de
vue - que les
deux enfants, à l'unisson, exigent que leur mère les
accompagne à 9 heures du soir et se mette elle-même au
lit. De loin en loin, le père
« se tourmente », et
alors ils « montent » tout seuls, en
pleurnichant d'abord, mais en finissant par se calmer.
Nous avions sous-estimé l'existence de cette dimension plus
tyrannique, plus captative, émanant des deux
enfants ! Nous essayons
de faire parler la maman à ce sujet mais elle se
limite à dire,
avec quelques détails encore, qu'elle se sent l'esclave
de tous, et
qu'elle ne peut jamais penser à elle-même,
ballottée qu'elle est
entre la mauvaise humeur revendicatrice et la paresse des uns et
des autres.
Pourquoi alors se laisser faire de la sorte ? Elle nous exprime
alors une crainte d'abandon, sans pouvoir bien l'élaborer
( « Mon
mari pourrait bien faire ses valises et partir. Il me menace de le
faire »
(6).
Le temps étant largement écoulé, nous n'avons
plus celui d'élaborer
davantage la réflexion. Nous écrivons donc une
lettre, à lire à
haute voix en famille, où nous les invitons tous à
davantage de
dialogues pour écouter les besoins des uns et des
autres ; nous y
proposons aussi un compromis à propos de la situation
d'endormissement, en compliquant un peu ce qui
avait été discuté
avec Catherine seule: nous proposons, en alternance sur quatre
jours, un rite où les enfants dorment ensemble ou non,
et où la
maman les accompagne parfois à 9h et parfois non. Notre
intention
est plus d'explorer l'impact de cette idée que d'exiger
l'obéissance. Enfin, nous demandons que le papa accompagne
la fois suivante.
SEANCE SUIVANTE, APRES 15 JOURS.
CATHERINE SEULE, PUIS SES PARENTS SANS ELLE.
1. A quelques nuances mineures près, la rencontre avec
Catherine
se déroule sur le même mode que les
précédentes.
2. Nous consacrons la partie la plus importante du temps de la
séance à ses parents. La crise du couple parental
est bien
présente : P voudrait parfois imposer son style, plus
direct et
autoritaire que celui de M - en tout cas un peu
plus -, par exemple
en invitant énergiquement les enfants à aller
dormir vers 21
heures ; il se souvient qu'il en allait ainsi pendant sa propre
enfance : leur fratrie de quatre garçons était
bien réglementée par
ses deux parents et ils avaient « une sacrée
frousse » de leur père ...
tout ceci raconté dans un mélange de fatigue,
de dépression et de
timidité, à quoi il ajoute d'ailleurs qu'il n'est
pas beaucoup à
la maison. Quant à la maman, elle a été
la fille unique, la
princesse choyée d'une maman très diligente ...
diligente et dévouée
aussi bien à l'égard de sa fille que de son mari,
qui, rescapé des
camps de concentration nazis, devait être
ménagé. M se laisse donc
« gentiment tyranniser », comme
le faisait sa propre mère,
mais en même temps elle s'en plaint. Hélas !
c'est plus fort
qu'elle : si l'un des enfants laisse traîner un
vêtement, elle se
précipite pour le ranger ; s'interposant entre
l'enfant et la
remontrance qui va surgir de la bouche du père.
De tout ceci, les parents parlent avec simplicité et
bonne volonté,
l'un face à l'autre, dans l'ambiance d'introversion
dépressive déjà
évoquée. Nous les encourageons à en dire
plus, en faisant remarquer
l'insatisfaction dans laquelle chacun se trouve pour le moment :
chez P, insatisfaction de ne pas occuper assez de place et de voir
son épouse « mangée »
par les enfants, et peu disponible pour lui ...
chez M, insatisfaction d'être abusée par tous au
quotidien ; nous
ajoutons que ces insatisfactions pourraient probablement se
réduire, via un réaménagement de leurs
attitudes, et que nous
sommes préoccupé pour leur couple d'adultes,
où trop de vide
s'installe : le soir, dès 9h, M déserte
le salon, comme aspirée par
ses enfants qui la réclament. Nous formulons même
l'hypothèse
complémentaire que le comportement de Catherine pourrait aussi
signifier qu'elle a remarqué une tension autour du
rapproché
corporel de ses parents et qu'elle veut les en protéger.
Comme les parents jurent qu'ils s'entendent toujours bien et qu'il
faut viser à un rapprochement de leur couple, nous les
encourageons
à opérer quelques modifications concrètes
dans leurs habitudes
parentales. En cherchant ensemble, ils se mettent d'accord sur
ceci :
- P exercera plus nettement une fonction d'autorité
dans deux
domaines : la mise au lit des enfants et une meilleure
réglementation de leur participation à la gestion
de la vie
quotidienne ( débarrasser la table, ranger ...).
- M restera plus longtemps au salon le soir ; près
de son mari.
Elle essaiera de mettre les enfants au lit une demi-heure
plus tôt:
de la sorte, s'ils se retirent vers 20 h 30
( au lieu de 21 h ) et
qu'elle-même va se coucher vers 21 h 45 ( parce
qu'elle-même est
fatiguée ) le couple pourrait
bénéficier chaque soir d'une heure
d'intimité.
- Quant à l'assuétude de Catherine, on
décide d'encore la laisser
en suspens ; nous suggérons que P qui
s'était énervé à ce propos les
semaines précédentes, lève la sanction qu'il
avait annoncée ( pas de
camp de jeunes à Pâques si ça dure )
(7)
et que l'on redise à
Catherine qu'elle seule peut décider de faire vraiment
des progrès.
Si elle venait un jour à souhaiter d'être
aidée par une attitude
plus ferme de la part de ses parents, ceux-ci y seraient attentifs.
(8)
Nous organisons également la succession des deux rendez-vous
suivants : dans quinze jours, Catherine et sa maman
viendront pour
parler de leur passé commun ; quinze jours
après, on fera le point
en famille sur les résolutions qui viennent d'être
prises.
ESQUISSE DE QUELQUES SEANCES ULTERIEURES.
Durant les trois mois suivants, d'autres rencontres ont eu lieu
avec Catherine, ses deux parents ou/et toute la famille, avec des
centrations analogues à ce qui a été
décrit jusqu'à présent :
- Reçue seule, Catherine parle d'elle-même, de
ses projets et
investissements, sur arrière-fond de joie de
vivre ... et du
sempiternel grain de sable : son
« habitude » ne se mobilise
toujours pas, bien qu'elle dise le désirer. Occasionnellement,
elle parle encore de ses angoisses nocturnes, assez rares, toujours
abordées selon une approche cognitiviste.
- En présence de Catherine, la maman continue
à évoquer, à notre
demande, des éléments de son propre passé,
proche et lointain. Par
exemple, elle en raconte davantage sur la mort de sa mère,
survenue
après une longue maladie : à l'époque,
elle n'a pas pu « déprimer »
parce qu'enceinte de huit mois et parce que, dès le lendemain
du décès, GPM exigeait qu'elle
déménage tous les meubles de GMM. Elle
parle de la gentillesse de cette mère, en contraste avec
la dureté
de sa belle-mère qui lui aurait dit :
« On ne fait pas un enfant
quand sa mère a un cancer ». Elle
évoque aussi la misère de son
enfance et sa mise brutale en pension, à l'âge
de douze ans, par la
volonté de son père ( « J'ai
pensé qu'il ne voulait plus de moi ... en
pension, on ne peut pas pleurer. » )
Nous nous sommes servi de ces évocations, par petites
touches, pour
montrer à Catherine combien sa maman pouvait en rester
« marquée »
et avoir beaucoup de peine à frustrer ses enfants,
voire à se
passer de la présence de sa fille à certains
moments de la nuit :
lorsque nous nous exprimons de la sorte, la maman persiste à
acquiescer ; avec un pauvre petit sourire ; ceci confirme
bien que
l'effort de mobilisation repose surtout sur les épaules de
Catherine ; si elle voulait s'y atteler; elle devrait affronter
l'idée de passer outre à certains manques de sa maman.
- La crise du couple s'est quelque peu estompée ;
le papa a fait
ce à quoi il s'était engagé et M l'a
laissé faire ; par contre, elle
se sent toujours quelque peu l'esclave de tous, surtout des
enfants, et, bien que nous invitions parfois ceux-ci à
être plus
coopérants, rien ne change vraiment.
RESOLUTION DU SYMPTOME.
Il arriva alors que Catherine manifeste l'intention de participer
au camp d'été de son mouvement de jeunesse.
Deux jours avant son départ, les parents, en séance
sans elle, nous font part d'une décision mûrement
réfléchie : au retour de l'enfant,
ils lui interdiront l'accès de leur chambre :
« C'est mieux pour elle ».
Nous discutons de l'intensité de la fermeté qui
les habite, en
attirant leur attention sur le pouvoir renforçateur
négatif que
pourrait avoir un éventuel retour en arrière ;
ils n'en persistent
pas moins dans leur idée. Nous convenons alors de la
façon d'en
parler à Catherine, en attendant le jour de son retour du camp.
Nous leur prescrivons une benzodiazépine hypnogène
pour l'enfant, à
mettre à sa disposition pour la soutenir ; l'espace
d'une période de
transition, si elle venait à le souhaiter
(9).
Il ne s'agissait donc pas de douter de la bonne volonté ni du
courage à venir des parents, mais de manifester de la
reconnaissance et de la compassion - anticipées -
pour une possible
exacerbation de l'angoisse de Catherine. En effet à un strict
niveau organique, nous faisions l'hypothèse que le chimisme
cérébral de l'enfant serait malmené par le
surcroît de stress qui
l'attendait ... A un niveau plus symbolique, le
médicament pouvait
apparaître comme une sorte d'objet transitionnel, facilitant le
décalage demandé dans le lien mère-fille,
ou/et comme un « coupe-douleur »
rassurant. Et puis, pour tout dire, nous allions
être en vacances nous-même au moment de l'action
envisagée ...
Cette prescription était-elle indispensable ? Ce n'est
pas certain !
Catherine aurait peut-être pu s'en passer ou être
entraînée à
d'autres techniques de gestion de son angoisse, comme la relaxation.
Quinze jours après le jour « J »,
la famille, radieuse, vient nous
dire que tout s'était passé exactement comme
prévu : dès la première
nuit, Catherine avait dormi avec son frère, la porte de
la chambre
« légèrement
entr'ouverte » : elle était donc
psychologiquement prête ! Elle reçut sa maison
de poupée, et en
prime, un week-end à Disneyland avec toute la famille.
Depuis lors, nous nous rencontrons encore de temps à autre, pour
parler éducation.
DISCUSSION.(10)
POURQUOI LE SYMPTOME DE CATHERINE S'EST-IL MAINTENU
AUSSI LONGTEMPS, AVANT SA RESOLUTION
« FACILE ».
L'ambiance qui règne dans la famille n'est pas vraiment
à la
confrontation : elle est faite de douceur ; de
passivité et d'un peu
de dépression. Les deux parents ont laissé
s'installer un
comportement qui, pour l'enfant, est devenu peu à peu une
assuétude ; des fantasmes anxieux ou dépressifs
occasionnels ont à
la fois contribué à sa mise en place et à
son renforcement. Les
rares fois où ils ont osé se montrer plus fermes,
ils n'ont
provoqué que crispation et angoisse, expérience
inscrite en eux
comme un important
« renforçant négatif ».
- Assuétude seulement pour l'enfant ? Certes
non : la maman elle
aussi, au moment où elle était devenue orpheline
d'une mère aimée,
seul rayon de soleil dans l'histoire de sa vie, a probablement
senti s'exacerber un double sentiment de solitude et de
précarité
des liens de filiation. D'où le besoin de compenser et de
pérenniser son lien mère-fille
(11)
: les deux partenaires de
celui-ci ont alors conclu tacitement un compromis remarquable :
autoriser ( et s'autoriser ) le grandissement et
l'autonomie le
jour ... et se retrouver la nuit pour vivre quelque chose de doux
l'une près de l'autre.
Au demeurant, des dispositions ont été prises, et
le sont encore
occasionnellement en cours de travail, pour que ce
« moment de rêve »
ne morde pas trop sur la vie conjugale ni sur le confort de chacun
( le divan d'appoint, plutôt que le lit des
parents ). Donc, guère de
vécu de transgression, ni même d'inconfort !
- Et le père et époux, quel fut son rôle
dans cette affaire ? Plus
complexe qu'il n'en a l'air !
* Peut-être M s'était-elle choisi un conjoint dont
certains
traits de caractère évoquaient GPM : l'un et
l'autre apparaissent
comme peu présents dans le quotidien de la famille,
introvertis et
maladroits dans l'expression de leurs affects ; P par exemple, ne
fonctionne pas comme le consolateur naturel de M, l'homme qui
pourrait la séduire et la défusionner un peu de sa fille
(12)
.
* Mais d'autres dimensions de la personnalité de P
sont à
l'inverse de ce qu'était GPM : il n'est pas autoritaire,
sauf quand
il est trop énervé ou frustré ... et
nous nous sommes même demandé
s'il ne restait pas habité par certaines peurs infantiles
liées à
l'idée de s'affirmer ( GPP semble avoir
été très dur ). Nous
n'avons pas suffisamment exploré cette piste, qui aurait
peut-être
pu expliquer ; et qu'il ait laissé s'installer
certaines
« mauvaises habitudes », et qu'il ait
transmis des contenus
d'anxiété à sa fille.
POURQUOI UNE FAMILLE AUSSI PASSIVE AVAIT-ELLE CONSULTE ?
Ce n'est pas à nous que la famille s'était d'abord
adressée : des
collègues non-psy avaient déjà essayé
d'éradiquer « le problème »,
probablement sans bien chercher à en comprendre le sens
profond.
Que cherchait cette famille auprès de ces
médecins ? Voulait-elle se
mettre en paix avec une sorte de Surmoi culturel, imposant que les
enfants répondent à des normes standard ? Ou
est-ce la mère,
porteuse du fardeau de deuils non faits, qui, de façon plus
dépressive et plus inconsciente, avait besoin de faire
endosser une
fois de plus au destin - incarné par l'autorité
médicale - la
séparation d'avec son enfant retrouvé ? Ou bien
voulait-elle défier
victorieusement les coups de boutoir de l'ordre
social ? ... Autant
de motivations qui, avec d'autres encore, pouvaient être
sans doute à l'oeuvre ...
En ce qui nous concerne, nous croyons pouvoir dire que cette
famille est arrivée chez nous par hasard, suivant docilement la
demande du neuropédiatre d'abord consulté. Mais
très vite les malentendus ont été
dissipés et un lien profond s'est créé de part
et d'autre.
QUEL A PU ETRE L'EFFET DE LA PSYCHOTHERAPIE ?
L'ambiance de la psychothérapie a été douce
et rassurante, en miroir de ce qu'était la famille.
Chacun y a été invité à se dire,
et écouté attentivement : ce ne fut
pas aisé, avec ces personnes avares de paroles, que nous
avons dû
encourager à s'exprimer ; sans les brusquer ni nous
irriter face à
leur rythme lent et à leur faible capacité
spontanée à
s'introspecter ... Ils se sont probablement sentis
acceptés tels
qu'ils étaient, ce qui leur a redonné confiance et
a relancé
l'envie d'aller de l'avant dans la vie, en abandonnant le
symptôme
comme un enfant finit par abandonner sa sucette.
Au cours de nos échanges, M a pu évoquer bien des images
traumatiques, le plus souvent en compagnie de sa fille. En même
temps que ceci l'aidait à en cicatriser la présence,
des liens
étaient proposés entre son passé et des
comportements actuels,
liens qui, paradoxalement, allégeaient le poids contraignant
de ces
derniers. Cette esquisse théorique n'est pas
originale : nous sommes
ici dans le monde des thérapies mère-enfant si bien
décrites par
Cramer, Lebovici et d'autres ; nous n'en dirons donc
pas davantage.
Catherine, de son côté, a évoqué quelques
fantasmes anxieux
archaïques, parmi d'autres représentations
mentales. Même si
ceux-ci avaient à voir avec les traumatismes maternels,
et ont donc
été abordés indirectement via la
thérapie mère-enfant, le travail
cognitiviste brièvement signalé a pu constituer
une aide d'appoint, lui aussi.
Certains proclament pourtant l'incompatibilité d'une
thérapie
centrée sur l'introspection, soit avec des moments
d'intervention
cognitiviste, soit avec d'autres, centrés sur
des échanges d'idées
pédagogiques concrètes. Bien que nous manquions
d'études
spécifiques sur ce sujet, nous désirons
cependant témoigner que
cette prétendue incompatibilité, nous ne la vivons
pas dans notre
pratique ( Hayez, 2001 ). Mais qu'on ne nous fasse
pas dire autre
chose que ce que nous disons : des thérapies
« pures » dans leur
référence d'école peuvent conserver
beaucoup de valeur ; nous
demandons seulement que l'on ne conteste pas non plus, au nom d'a
priori théoriques, la valeur de thérapies
« panachées » comme le
fut celle-ci et comme le sont tant d'autres dans le quotidien de
nos pratiques : si l'on veut bien se souvenir que le fil
rouge c'est
la prise en compte du sujet ... que les conseils ou interventions
cognitivistes que l'on énonce ne sont jamais que des
propositions,
et qu'il faut s'enquérir de la manière dont le sujet
les vit et
respecter sa position à leur propos, pourquoi ne pas
y recourir à
l'occasion en complément de l'écoute, qui demeure
l'attitude fondamentale ?
Conjointement à l'écoute, nous avons fait part,
verbalement et via
une attitude d'ensemble, au moins de la conviction que
voici : nous
sommes tous faits d'originalité, tous un mélange
de forces
progrédientes et d'autres qui voudraient nous laisser
sur place,
voire nous tirer en arrière dans le fil de notre
vie ; donc un
comportement non conforme aux standards culturels ne doit pas
être
combattu « par principe » : s'il
s'avère non destructeur ; et qu'il
doit être modifié un jour ; c'est qu'il y aura
eu dialogue à son
sujet et que la personne concernée aura
adhéré sincèrement à l'idée
de ce changement, parce qu'elle en attend un plus grand bonheur ;
une plus grande congruence à son projet de vie du moment.
Mais cette conviction quant au droit de chacun d'être
comme il est,
pour sincère qu'elle puisse être dans le chef
de ses proches, ne se
vit habituellement pas sans qu'existe aussi la tendance
inverse ...
et il en a été de même pour nous :
habituellement nous acceptions
Catherine et sa famille tels qu'ils étaient, nous nous
alignions
sur leur rythme ... mais de temps à autre, pour
diverses raisons,
nous vivions, voire exprimions le désir d'un changement plus
rapide ; cette oscillation, cette ambivalence est
perceptible dans
le compte rendu de la thérapie, où toutes les
interventions ne vont pas dans le même sens.
En voici l'illustration la plus frappante: nous avons dit souvent,
à haute voix, qu'il fallait laisser Catherine
décider les objectifs
et les moyens de la gestion de son symptôme, mais nous
avons quand
même laissé faire les parents le jour où
ils ont voulu donner leur
coup de pouce ultime : on pourrait protester que Catherine
voulait
implicitement la même chose, mais cette légitimation
me semble un peu simple ...
Notre ambivalence n'a probablement pas constitué une force
destructrice : elle est simplement un reflet de ce qui
se passe dans
la vie, face à ceux que nous investissons
positivement : combien de
fois ne vivons-nous pas cette oscillation entre l'acceptation de ce
qu'ils sont et le désir de les transformer ; le respect
que nous
leur devons n'en exige pas moins que nos autres projets sur eux,
nous sachions leur fixer des limites pour ne pas tomber dans la
violence morale.
Reste à parler de la place faite au père de
Catherine. Longtemps,
nous l'avons pris comme il était et comme le voulait
l'homéostasie
familiale ; nous ne l'avons donc pas beaucoup
interpellé : sagesse et
tolérance, passivité ... ou rivalité
inconsciente avec lui dans
notre chef ? Sans doute un peu de tout cela !
On pourrait donc tout aussi bien dire que - pendant
tout un temps -
nous avons contribué à le mettre sur la
touche ... ou alors que,
prenant nous-même la place d'un homme investi, nous avons
préparé
lentement le retour du père, réhabituant ainsi
la mère et la fille
à ce que le discours et l'investissement masculins
pouvaient avoir
de positif ... Ce rôle, nous ne pouvions
évidemment le tenir
longtemps et au premier signal d'alarme émanant du
père, sous la
forme d'une crise conjugale et familiale, nous avons ramené
celui-ci dans la famille, avec l'un ou l'autre aller-retour.
La fin de cette histoire fut ainsi ... sans histoires.
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be

HAYEZ J.-Y. et coll. (1991) :
Le psychiâtre à l'hôpital d'enfants.
Paris, PUF.
HAYEZ J.-Y. (1999) :
Peurs, anxiétés et angoisses de l'enfant.
Ann. Méd.-Psychol., 157/5: 308-319.
HAYEZ J.-Y. (2001) :
L'évolution des demandes et des pratiques en
psychiatrie d'enfants et d'adolescents.
Neuropsychiat. Enfance Adolesc., 49: 277-286.
KROHN D.D. et coll. (1992) :
A study of the effectiveness of a
specific treatment for selective mutism.
J. Amer. Acad. Child Adolesc. Psychiat., 31/4: 711-718.
SPENCE S.H. (1994) :
Practicioner review: cognitive therapy with
children and adolescents; from theory to practice.
J. Child Psychol. Psychiat., 35/7: 1191-1228.
STEUART WATSON T., ALLEN K. D. ( 1993 ):
Elimination of
thumb-sucking as a treatment for severe trichotilomania.
J. Amer. Acad. Child Adolesc. Psychiat., 32/4: 830-834.
Adresse de l'auteur:
Pr Jean-Yves Hayez
Premier chef de l'Unité de Pédopsychiatrie
Cliniques Universitaires Saint-Luc
10, avenue Hippocrate
B-1200 Bruxelles
E-mail :
jyhayez@uclouvain.be
|
Mots clés - Keywords - Palabras clave.
|
Mots-clés :
TROUBLES DU SOMMEIL, angoisses nocturnes, cauchemar,
éveils nocturnes, guidance des parents, guidance parentale,
insomnie, psychothérapie des troubles du sommeil,
psychothérapie, sommeil difficile, sommeil,
traitement des troubles du sommeil, troubles de l'endormissement,
assuétude, angoisse de séparation.
Key-words
Trouble falling asleep - Addiction - Separation anxiety.
Palabras clave :
Desorden del adormecimiento, Dependencia, Angustia de
separación.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
(1). J.-Y. HAYEZ, pédopsychiatre, docteur en psychologie,
coordonnateur de l'équipe SOS Enfants-Famille et responsable de
l'Unité de pédopsychiatrie, Cliniques universitaires Saint-Luc,
10, avenue Hippocrate, B-1200 Bruxelles.
E-mail :
jyhayez@uclouvain.be.
(2). Pour simplifier la lecture, nous recourrons parfois aux
abréviations suivantes: C = catherine; J = julien;
M = la maman de Catherine; P = son papa; GMM = sa grand-mère
maternelle (et de même GPM, GMP et GPP).
(3). D'excellentes descriptions et illustrations de cette
approche figurent notamment dans l'article de Susan Spence
" Cognitive therapy with
children and adolescents : from theory to practice "
( Spence, 1994 ).
(4). Les séances suivantes également, cette
exigence minimale décidée de
commun accord sera contrôlée. Il n'y aura jamais
plus de problème à
ce sujet. Ils feront là une expérience positive
d'autorité.
(5). Il pourrait s'agir de ce qui s'est vécu au moment
de la mort de
GMM et de l'arrivée de Julien... mais peut-être
aussi d'expériences
bien plus précoces, telles que les deux drames
précités pourraient
déjà ne constituer que des stimuli
réactivateurs!
(6). Pourtant ils n'ont jamais fait état de crise grave
dans leur
couple; on est donc très probablement dans le pur
registre d'un
imaginaire réactivé par des deuils mal faits.
(7). Pourquoi ce conseil? Rationnellement, parce que nous ne
souhaitons
pas que l'encoconement de Catherine s'accroisse encore; en outre,
l'expérience avait montré que l'escalade de la
violence et de l'énervement autour de Catherine n'avait
amené que crispation et surcroît d'angoisse. Si l'on
veut parler contre-transfert, on peut néanmoins se demander
si nous ne nous interposons pas, telle une mère anxieuse,
entre Catherine et son père ou/et si nous n'en
voulons pas à celui-ci de vouloir changer quelque chose
à
notre
style de thérapie douce.
(8). L'avenir de cette thérapie n'a néanmoins
pas complètement confirmé
cette idée: quelques mois plus tard, ce sont les parents
tous seuls
qui ont pris l'option ferme de la coupure... mais ce fut à
un moment où, si Catherine ne le leur avait pas
demandé
explicitement,
on pouvait néanmoins spéculer qu'elle était
prête et que la
majorité de son être y consentait.
(9.) Ils en firent usage pendant deux mois, de façon
dégressive.
(10). Cette discussion s'est élaborée avec l'aide
de trois collègues, que
nous désirons remercier: Madame C. Morelle, docteur en
psychologie,
et les docteurs Ph. Kinoo et M. Mertens, pédo-psychiatres.
(11). On peut encore imaginer que le renvoi de Catherine dans
sa chambre rappelait à M la douleur de son envoi
en internat...
(12). On peut même se demander s'il ne trouve pas une
partie son compte
dans ce lien mère-fille très fort ( qui sauve
sa paix? qui lui rappelle son propre Oedipe? )
Résumé en français.
L'auteur décrit la prise en charge de Catherine
( neuf ans ) et de sa
famille, suite à un problème d'endormissement
tenace présenté par
la fillette: chaque soir, il lui est impossible de s'endormir si
elle ne s'est pas installée dans la chambre
de ses parents, tout contre sa maman.
Ce comportement est évalué comme l'équivalent
d'une assuétude
propre à l'enfant, nourrie ici partiellement par des
idées
anxieuses et dépressives, et entretenue par les plaisirs
régressifs qu'elle procure.
Le thérapeute propose une prise en charge de Catherine d'une part,
et de ses parents de l'autre. Sans les brusquer, il les aide à
réfléchir au sens du symptôme, et au pour et au contre qu'il y a à
le garder. Le symptôme disparaît après un an de travail.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais : Summary.
The author relates the case of Catherine (9 years) and her family,
whomhe treated for her persistant difficulties in falling asleep.
Every evening, she could not go to sleep unless she had settled
down in her parents'room, close up to her mother.
This behaviour was assessed as an equivalent of childhood addiction
partially brought on by anxious and depressive ideas ans sustaines
through the regressive pleasures it procured her.
The therapist proposed treatment for Catherine on the one hand and
for her parents on the other. Without jolting them, he helped
reflect on the symptom's meaning, and on the pros aud cons of
keeping it. The symptom disappeared after a year's work.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en espagnol : Resumen.
N.B.
(
N.B.)
Catherine nunca puede dormir sola!
El autor describe la historia de Catherine
( nueve años ) y desu familia, a raíz de un problema de
adormecimiento duro presentado por la nina :
cada noche, le es imposible dormirse si no se ha
instalado en la habitación de sus padres,
muy cercana de su madre.
Este comportamiento se evalúa como el equivalente
de una dependencia de la niña, alimentado
aquí parcialmente por ideas depresivas, y
mantenido por los placeres regresivos que obtiene.
El terapeuta propone una terapia de Catherine
por una parte, y de sus padres del otro. Sin
precipitarlos, les ayuda a reflexionar en el
sentido del síntoma, y a para y a contra que hay que
guardarlo. El síntoma desaparece después
de un año de trabajo.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 27 avril 2003.
Dernière mise à jour
le dimanche 11 avril 2010.
Issu d'un tiré-à-part remis par le
professeur Jean-Yves Hayez.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Plan.
ici
Résumé - Abstract - Resumen.
ici
Mots clés - Keywords - Palabras clave.
ici
Bibliographie.
ici
Notes.
ici
Télécharger.
ici
n.b. Ce document s'imprime facilement : quinze pages.
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
CATHERINE NE DORT TOUJOURS PAS SEULE!
Présentation du problème.
Ecouter, mais écouter quoi?
Premier bilan.
Premières propositions.
Les deux séances suivantes, espacées chacune
d'un mois.
Séance suivante, après un mois.
Séance suivante, après 15 jours.
Catherine seule : puis Catherine, et sa maman.
Séance suivante, après 15 jours.
Catherine seule : puis Catherine, et sa maman.
Séance suivante, après 15 jours.
Catherine seule : puis Catherine, Julien et leur maman.
Séance suivante, après 15 jours.
Catherine seule : puis ses parents sans elle!.
Esquisse de quelques séances ultérieures.
Résolution du symptôme.
Discussion.
Pourquoi le symptôme de Catherine s'est-il maintenu
si longtemps, avant sa résolution "facile"?
Pourquoi une famille aussi passive avait-elle
consulté?
Quel a pu être l'effet de la
psychothérapie?
Bibliographie.
Mots clés - Keywords - Palabras clave.
Notes.
Résumés.
Résumé en français : Résumé.
Résumé en anglais : Summary.
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en espagnol : Resumen.
ici
.
.
Note N.B.
(N.B.). Ce résumé approuvé par le
professeur Jean-Yves Hayez a été ajouté
au texte le 04.09.2005
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 1.
(1). J.-Y. HAYEZ, pédopsychiatre, docteur en psychologie,
coordonnateur de l'équipe SOS Enfants-Famille et responsable de
l'Unité de pédopsychiatrie, Cliniques universitaires Saint-Luc,
10, avenue Hippocrate, B-1200 Bruxelles.
E-mail :
jyhayez@uclouvain.be.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 2.
(2). Pour simplifier la lecture, nous recourrons parfois aux
abréviations suivantes: C = catherine; J = julien;
M = la maman de Catherine; P = son papa; GMM = sa grand-mère
maternelle (et de même GPM, GMP et GPP).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 3.
(3). D'excellentes descriptions et illustrations de cette
approche figurent notamment dans l'article de Susan Spence
" Cognitive therapy with
children and adolescents : from theory to practice "
( Spence, 1994 ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 4.
(4). Les séances suivantes également, cette
exigence minimale décidée de
commun accord sera contrôlée. Il n'y aura jamais
plus de problème à
ce sujet. Ils feront là une expérience positive
d'autorité.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 5.
(5). Il pourrait s'agir de ce qui s'est vécu au moment
de la mort de
GMM et de l'arrivée de Julien... mais peut-être
aussi d'expériences
bien plus précoces, telles que les deux drames
précités pourraient
déjà ne constituer que des stimuli
réactivateurs!
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 6.
(6). Pourtant ils n'ont jamais fait état de crise grave
dans leur
couple; on est donc très probablement dans le pur
registre d'un
imaginaire réactivé par des deuils mal faits.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 7.
(7). Pourquoi ce conseil? Rationnellement, parce que nous ne
souhaitons
pas que l'encoconement de Catherine s'accroisse encore; en outre,
l'expérience avait montré que l'escalade de la
violence et de l'énervement autour de Catherine n'avait
amené que crispation et surcroît d'angoisse. Si l'on
veut parler contre-transfert, on peut néanmoins se demander
si nous ne nous interposons pas, telle une mère anxieuse,
entre Catherine et son père ou/et si nous n'en
voulons pas à celui-ci de vouloir changer quelque chose
à
notre
style de thérapie douce.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 8.
(8). L'avenir de cette thérapie n'a néanmoins
pas complètement confirmé
cette idée: quelques mois plus tard, ce sont les parents
tous seuls
qui ont pris l'option ferme de la coupure... mais ce fut à
un moment où, si Catherine ne le leur avait pas
demandé
explicitement,
on pouvait néanmoins spéculer qu'elle était
prête et que la
majorité de son être y consentait.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 9.
(9.) Ils en firent usage pendant deux mois, de façon
dégressive.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 10.
(10). Cette discussion s'est élaborée avec l'aide
de trois collègues, que
nous désirons remercier: Madame C. Morelle, docteur en
psychologie,
et les docteurs Ph. Kinoo et M. Mertens, pédo-psychiatres.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 11.
(11). On peut encore imaginer que le renvoi de Catherine dans
sa chambre rappelait à M la douleur de son envoi
en internat...
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Note 12.
(12). On peut même se demander s'il ne trouve pas une
partie son compte
dans ce lien mère-fille très fort ( qui sauve
sa paix? qui lui rappelle son propre Oedipe? )
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CATHERINE NE DORT TOUJOURS PAS SEULE!
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Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
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psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
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sexualité infantile,
sexualité normale,
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stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
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trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.