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Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
Jean-Yves Hayez |
Caroline, Gautier
et le fantôme
de leur maman.
Psychothérapies, Vol 26, 2006, N0 1, pp. 7-14
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* biographie, recueil de publications scientifiques et articles
de presse du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
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Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
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Jean-Yves HAYEZ
(
1)
Je vais décrire en détail deux séances d'une thérapie
brève, menée avec un père et ses deux enfants. La
mère était décédée sept ans auparavant, mais son
fantôme restait bien présent dans la famille : des choses
n'avaient pas été dites, qui l'empêchaient de rejoindre
le royaume des morts. Dans un premier temps, je me
livrerai à l'une ou l'autre réflexion sur les mécanismes
en jeu. Puis, ce sera la description. Dans la conclusion,
je discuterai le processus thérapeutique.
1. La culpabilité exerce probablement un rôle central
dans le dysfonctionnement e Caroline ( treize ans ) -
elle sabote à longueur de temps sa réalisation de soi -
et dans les tensions familiales qui s'ensuivent. Pour un
certain nombre de ses dimensions, e n'est pas une cul-
pabilité inconsciente, mais Caroline ait la politique de
l'autruche à son sujet. Le contenu le plus accessible de
cette culpabilité, c'est que l'adolescente a l'impression
d'avoir précipité la mort de sa mère cancéreuse par son
comportement de jeune enfant difficile. Un tel vécu est
assez fréquent chez les enfants sensibles, voire à tous
les âges de la vie. Même si, comme c'est le cas ici,
personne n'a fait de lourds reproches à Caroline à
propos de son exubérance, il suffit parfois d'un soupir,
d'un simple « Arrête, tu
fatigues maman » (2)
pour en faire
une pierre horriblement lourde sur le coeur. C'est surtout
le cas si, par la suite, se produit une catastrophe que
l'enfant lie largement ou complètement indûment à ses
comportements perturbateurs (3).
En référence à ma modélisation des phénomènes
humains et pour ce qui concerne cette couche de
culpabilité, on n'est pas pour autant dans le registre de
la névrose, mais simplement dans celui de
l'hypersensibilité, de l'excès de l'imagination et d'une certaine
immaturité cognitive ( représentation infantile perdurant
de ce que sont la causalité, la responsabilité et la
faute ) [ Hayez, 2001, p. 28 et sq. ].
Il se pourrait également que Caroline reproche à
sa mère d'être morte et de la sorte de l'avoir
abandonnée. Quoique d'apparence puérile, cette
attitude est fréquente, elle aussi, chez les personnes
sensibles et à tous les âges de la vie. Nous verrons ce
qu'il en est dans l'illustration qui suit. Néanmoins,
habituellement, si l'on finit souvent par se reprocher à
soi de faire de tels reproches au mort, la culpabilité qui
s'ensuit n'est pas immense : l'être humain concerné
garde l'intuition que son agressivité inconvenante du
moment est très liée à l'amour frustré et au manque, et
non au désir de détruire.
Une dimension névrotique de la culpabilité s'ajoute-t-
elle à ce qui précède? Pour se hasarder à l'affirmer, il
faudrait qu'aient existé ( et/ou qu'existent encore ) chez
Carol me d'importants désirs oedipiens conflictuels.
Par exemple, autour de ses six ans, la fillette a-t-elle
vécu un désir de mort fort et durable envers sa mère?
Si oui, comment l'a-t-elle manifesté? Face à un tel
désir, la mort de la mère - qui n'était pourtant nullement
une conséquence des manifestations verbales ni même
comportementales de celui-ci - eût été très
culpabilisante. Le dialogue thérapeutique ne s'avérera
pas très révélateur à ce propos et je suis d'autant plus
dubitatif que, dans mon souvenir, les deux enfants
étaient très attachés à leur mère, pôle d'attraction bien
plus tendre et présent que le père (4).
Autre éventualité: après la mort de sa mère, Carome
a-t-elle voulu prendre la place de celle-ci dans sa famille
et se reproche-t-elle cette sorte de rivalité posthume?
Le père - dont nous verrons par la suite qu'il parle avec
des gros sabots - pense que oui et le déclare
pratiquement comme tel. Caroline, pourtant, ne le
reconnaît pas. Il se pourrait néanmoins que ce soit très
inconscient, et que ses comportements d'échec
travestissent son besoin de recevoir l'attention
privilégiée de son père. Ou alors, il n'en est rien : c'est le
père qui se trompe et sème la confusion, ou qui projette
sur sa fille un désir incestueux inconscient vivant en lui.
2. Je ne veux pas paraître réductionniste. La
description des séances montrera combien le
comportement de Caroline est surdéterminé : elle se sent
coupable, certes, mais elle demeure triste aussi, tout
simplement. Le père est rigide et souvent absent, peu
motivant, et la maison familiale est bien vide. Caroline,
à sa manière, a un caractère fort et s'affronte à ce père
qui ne la voit pas grandir, la traite encore comme une
petite fille et n'a aucune subtilité envers la psychologie
des adolescents.
Et il n'y a plus de tiers pour atténuer ces affrontements!
Quant à Gautier, s'il est présenté comme
habituellement non problématique, je découvre vite que
la moitié de lui veut vivre et qu'une autre moitié est
habitée par une profonde tristesse. Sa maman continue
à lui manquer beaucoup, il lui parle tous les jours et,
pour mieux survivre, il s'identifie à elle! « Après la mort
de sa mère, sa manière d'être a radicalement changé,
nous dit le père : il est devenu plus doux; plus artiste,
comme l'était ma femme . Même sa manière de se
vêtir, sa présentation, la douceur de sa face et de son
regard ont « pris » quelque chose de féminin.
3. La souffrance familiale qui va être exposée
illustre aussi les ravages du silence. Pour se
rééquilibrer, en espérant atteindre une moindre
souffrance pour chacun, le père a très vite interdit qu'on
s'exprime à propos de la mère. Il l'a fait en ne parlant
pas lui-même, sans doute parce qu'il avait peur de
montrer qu'il craquait. Il l'a fait aussi en prêchant la
méthode Coué (« Ce qui est fini est fini, on va de
l'avant »). Comment les enfants, qui n'avaient plus de
répondant chez lui, auraient-ils pu réagir autrement
qu'en se conformant et en s'identifiant à sa manière
d'être? Chacun se mit donc à souffrir dans son coin, ne
sachant trop que faire de ses sentiments et de ses
idées: même entre eux, les enfants ne parlaient plus de
leur chagrin. Or si, à la longue, celui-ci pourrait finir par
s'atténuer, il n'en va pas de même de la culpabilité : on
sait qu'elle reste souvent entière si elle n'est pas
exprimée, reçue et discutée avec un tiers aimant.
4. Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres,
les enfants sont mis à l'avant-plan : c'est sur leur
supposée souffrance que le père demande de se
centren Ce n'est pas essentiellement par lâcheté de sa
part, mais plutôt par bonne volonté, parce qu'il les aime
et aussi parce qu'il ne sait pas bien identifier ni mettre
des mots sur sa propre souffrance qui lui fait peur.
Je n'affronterai pas directement cette présentation de la
dynamique de la souffrance familiale. En tout cas, pas
massivement. En tout cas, pas en obligeant le père à
reconnaître qu'il vient aussi « chercher quelque chose »
pour lui. Ni, a fortiori, en lui faisant la leçon et en lui
insinuant que ses enfants auraient plus de facilité à se
mettre en question s'il le faisait, lui, pour son propre
compte. C'est plutôt en m'engageant moi-même, en
exprimant à haute voix de possibles non-dits que
j'arriverai à le faire s'impliquer en douce. Alors, quand
ça se présentera, je n'éviterai pas non plus d'associer le
père à l'exposé des sentiments vécus (« Tiens, et vous,
Monsieur; comment avez-vous vécu tout cela?»)
Bien des parents s'abritent derrière leur enfant et
détestent s'entendre dire que ce qui arrive, c'est à
cause d'eux. Ils ont raison, car les phénomènes
humains sont tellement surdéterminés, et la liberté de
leur enfant de se définir tellement opérante au-delà de
leurs maladresses parentales! Il est très souvent
possible de les impliquer dans le travail, sans déclarer
que c'est nécessaire, ni les vivre comme les principaux
protagonistes des malheurs de toute leur famille.
5. Comme bien d'autres cas, celui-ci pose la
question de la frontière entre le normal et le pathologique : il
existe beaucoup de souffrance dans cette famille, mais
elle s'explique en partie par le drame qu'ils ont vécu, en
partie par leur manière maladroite de se rééquilibrer, et
en partie par les aspérités du caractère de chacun.
Cette vraie souffrance, qui demande à être écoutée et
soulagée, les met-elle ipso facto au rang des personnes
ou des familles pathologiques? Pathétiques, oui!
Pathologiques, va savoir! Une fois de plus, et en nous
souvenant entre autres de la précarité de notre soi-
disant normalité à nous, les thérapeutes, il faut acter
que la réponse à la question est impossible lorsque l'on
est « seulement » confronté à des vécus pénibles et à
des comportements dysfonctionnels dont les
circonstances de la vie rendent largement compte. A supposer
même que le père ait des désirs incestueux qu'il se
dissimule, ici aussi et notamment en raison des
circonstances (5)
, n'est-on pas dans l'ordre de la normalité
humaine ? Après tout, il se retient de séduire
concrètement sa fille et de passer à l'acte sexuel!
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UNE PREMIERE HISTOIRE EN COMMUN
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Il y a sept ans, une famille me consulte à propos de
difficultés relationnelles assez mineures entre parents
et enfants: Caroline ( six ans ) et Gautier
( quatre ans )
y sont présentés comme trop turbulents et opposants.
Les parents se sont mariés et les ont eus sur le tard et
ne coopèrent pas beaucoup dans leur tâche éducative :
c'est la maman qui en remplit la part la plus importante,
sur un mode plutôt exigeant et désuet. Le papa se
montre vite « saturé » par les enfants
et lorsqu'il interagit
avec eux, c'est souvent pour les gronder. Alors, la
maman s'interpose et le papa menace à haute voix de
ne plus s'occuper de personne. Une guidance parentale
et des entretiens familiaux se mettent laborieusement
en place.
Six mois plus tard, on découvre chez la maman un
méchant cancer du sein qui va l'emporter en moins d'un
an. Elle et son mari s'opposent farouchement à ce que
le diagnostic soit communiqué aux enfants et à ce
qu'on les prépare à sa mort, qu'ils devinent pourtant
proche : ils préfèrent leur prétendre qu'elle a de grosses
grippes à répétition. Au furet à mesure que la fatigue de
la maman s'accroît et que sa fonctionnalité diminue, le
papa, aidé de la famille élargie qui partage le secret,
prend davantage de place éducative. Il remplit sa tâche
avec conscience, mais sur le même mode « désuet - trop
sérieux - trop rigide » que son épouse. Les enfants
devinent bien qu'un événement grave se trame et leur
insécurité monte dramatiquement; leurs dessins se
chargent d'attaques mortelles et même de squelettes,
mais je ne reçois pas l'autorisation de parler clairement
de la mort possible de la maman et je ne peux que
réagir de façon allusive, en discutant de notre condition
mortelle universel (6)
[ Bailly et coll., 1995 ].
Après le décès de la maman, l'accompagnement de la
famille se poursuit quelques semaines, mais le père
déménage rapidement à une centaine de kilomètres de
Bruxelles, remercie pour l'aide apportée et assure qu'il
a la situation bien en mains, avec l'aide de la famille
élargie. De mon côté, je reste préoccupé. Je suis
persuadé que c'est un homme consciencieux, qui exercera
du mieux qu'il peut son nouveau rôle monoparental.
Néanmoins, la mort de la maman, survenue
brutalement, a créé des sentiments très difficiles chez les
enfants, et le père est plutôt pour le maintien des non-
dits et pour la méthode Coué : « On doit repartir de
l'avant, un point, c'est tout ».
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UNE DEMANDE D'AIDE URGENTE
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Fin août 2004, le père m'interpelle de sa province et
demande de l'aide urgente, car « ça ne va plus du tout
avec Caroline ». Mon assistante, le Dr J., est en mesure
de les recevoir rapidement et constate en effet cette
grande tension entre la fille ( treize ans ) et le père qui
vient d'inscrire celle-ci en internat scolaire, en deuxième
secondaire, « pour souffler ». Le père se définit lui-même
comme très strict, très sévère. Caroline est mutique.
Gautier joue les conciliateurs, prenant la défense de sa
soeur mais admettant aussi « qu'elle se fiche de tout »; il
se dit triste du départ de Caroline à l'internat et aussi
parce que son père est triste, et que les conflits avec
Caroline ont pris tant d'ampleur : « C'était mieux avant,
quand il était gentil avec Caroline »; il pense que tout
cela arrive parce que la maman n'est plus là : « Elle, elle
aurait dit à Papa : Julien, arrête!». Le père le confirme,
mais Caroline conteste: « Il y a une raison. Mais je ne le
dirai pas ». La consultation se termine sur quelques
conseils éducatifs de bon sens.
Assistent à la consultation suivante, cinq semaines
après, le père, les deux enfants, le Dr J. et moi-même.
Dans la première partie de la consultation, Caroline et
Gautier sont « agités sur leur chaise » et se font des «
messes basses » ( entre autres, pour
se moquer de moi ). Leur père signale - si besoin en
était! - qu'ils n'avaient
guère envie de venin Dans cette ambiance chahutée, et
en arrachant de ci de là un bref commentaire aux
enfants, nous arrivons à savoir que Caroline s'adapte
bien à l'internat et que son frère est très heureux de la
retrouver le week-end; leur père leur consacre son
samedi, mais se réserve le dimanche, les enfants étant
alors envoyés dans la famille élargie. Il nous redit qu'il
consulte parce que sa relation avec Caroline reste très
difficile : elle ne lui parle presque plus et réagit à ses
ordres par de l'opposition passive (7).
Vers le milieu de la consultation, j'en ai assez de cette
ambiance tendue et dissipée. Elle m'évoque un non-dit,
une souffrance rémanente mais qui est ailleurs que
dans ces affrontements quotidiens. Je fais donc à
Caroline la proposition que voici : « Caroline, je ne suis
pas sûr que c'est avec ton papa que tu as de gros
problèmes à régler; je parie que c'est plutôt avec ta
maman. Ce n'est peut-être pas facile pour toi, de ne
pas l'avoir à la maison, comme image féminine, pour
construire ton adolescence ». A peu près à la seconde,
un silence attentif, presque d'une qualité religieuse,
remplit la pièce. Jusqu'à la fin, consacrée à l'évocation
de la maman et de ce que l'on peut vivre à son propos,
les deux enfants seront à l'écoute et de plus en plus
participatifs. Et même le père pressent que l'on aborde
un thème profond, et cesse de geindre pour tout et pour
rien.
Cette suite de la consultation, quel en est le processus?
Je vais hasarder à haute voix quelques hypothèses à
propos de ce que des enfants peuvent peut-être vivre,
après la mort d'une maman dans le contexte où la leur
est morte [ Hanus, 1994, 1995 ]. Ces hypothèses
surgissent de ma rêverie (8)
, éventuellement activées par
les réactions des enfants, et elles n'ont pas toutes des
liens logiques entre elles; certaines évoquent même
des types de vécus contraires aux autres. A chaque fois
que j'émets une hypothèse, je demande à Caroline ce
qu'elle en pense, c'est-à-dire si elle aurait pu vivre les
choses comme je viens de l'évoquer ou différemment.
Je m'adresse également à Gautier ... et c'est seulement
si je reçois ce que j'interprète comme une approbation
silencieuse, ou si j'ai du répondant, que je continue à
approfondir mon hypothèse. Par ailleurs, j'évoque aussi
l'un ou l'autre souvenir d'eux, et de la relation entre eux
et leur maman tels que je me les remémore sept ans
auparavant.
Petit à petit, Caroline se décrispe et fait part de ce
qu'elle vit; Gautier va la suivre, dans une certaine
mesure, et il n'y aura pas d'autre conclusion à la
séance que « Nous pouvons continuer à parler de tout
ceci si vous le souhaitez; dans trois semaines, au
prochain rendez-vous, je propose que ce soit vous qui
décidiez si vous accompagnerez votre père ou non ».
Quant aux contenus idéo-affectifs, qu'est-ce qui s'est
échangé entre nous?
J'évoquerai la tristesse, le manque, l'impression
de se sentir dans davantage de vide et de froid, comme
une flamme vacillante et non plus comme un « battant
de première classe (9)
» ( --> silence attentif; Gautier me
confirme qu'il pense encore très souvent à sa maman
et qu'il est triste ) (10).
Je parlerai aussi de la colère que certains
enfants peuvent ressentir contre le parent mort, comme
si celui-ci les avait abandonnés [ Pirard, 1995 ]; il me
semble d'ailleurs me souvenir que vers la fin, fatiguée,
la mère ne supportait plus bien la présence de ses
enfants insécurisés, et demandait qu'ils sortent de sa
chambre ( --> démenti des deux enfants : « Nous ne
sommes jamais fâchés contre Maman »; démenti du
père quant à la validité de mon souvenir ) ... peut-être
que je fais fausse route ... peut-être est-il trop tôt pour
désidéaliser la maman morte!
J'évoquerai encore le possible sentiment
d'usurpation qu'un enfant, puis un jeune adolescent -
surtout du même sexe que le mort - peut ressentir
parfois en restant vivant et en s'épanouissant. Il faut dire
que Caroline resplendit de grâce! ( --> silence attentif des
deux enfants; le père, avec son côté très direct,
commente à haute voix : « J'ai dit de temps en temps à
Caroline qu'elle prenait la place de sa mère, mais pour
moi, c'était plutôt un compliment »). C'est l'occasion
pour moi de proposer que la maman se réjouit ou se
réjouirait certainement de la bonne croissance de ses
enfants, et que Caroline puisse occuper une partie de la
place laissée par sa maman ( par exemple un peu de
parentage pour Gautier ), mais pas toute ( pas la place
de l'amoureuse de papa ).
L'hypothèse qui a amené le plus de répondant actif,
c'est celle de la culpabilité : certains enfants peuvent se
faire des reproches, comme si leur comportement
difficile avait provoqué ou précipité la mort du disparu
[ Leclercq et Hayez, 1998 ]. Face à une écoute plus
éveillée des deux jeunes et à du répondant chez
Caroline, que j'évoquerai tout de suite, je leur
rappellerai même combien ils étaient insécurisés et
agités dans les derniers mois de vie de leur mère,
parce qu'ils devinaient bien que quelque chose de
grave se passait et que leurs parents, eux, voulaient
maintenir le secret à tout prix. Je rappellerai à Gautier
un dessin fait des mois avant le décès de sa maman,
dessin constitué d'une véritable danse de squelettes, et
je lui dirai combien je me sentais ligoté pour l'aider
efficacement, autrement que par des allusions.
Et le répondant de Caroline, en quoi a-t-il consisté? Elle
a d'abord déclaré : « Il y a des choses qu'on ne peut
pas dire à un psy mais à sa meilleure amie ». J'ai
confirmé la valeur que j'attribue moi aussi à l'amitié et
aux confidences qu'elle génère; j'ai ajouté pourtant que
l'un n'excluait pas l'autre, et que les psys connaissaient
parfois des mots très précis pour bien aider. « De toute
façon, a ajouté Caroline, mon amie, ça ne sert à rien
que je lui parle, elle pleure encore plus que moi ». Et de
raconter une histoire embrouillée, où son amie, non
seulement a perdu une soeur puînée ( mort subite )
mais aurait été de surcroît un « jumeau
survivant » : son petit frère serait
mort in utero et l'amie se
reprocherait d'avoir « pris sa vie ».
Cette libre association de Caroline me renforce
évidemment dans l'idée qu'elle peut se reprocher
d'avoir volé la vie de sa mère et, comme j'insiste
doucement autour de cette possibilité, elle finira par
dire : « Je crois que Maman est morte parce qu'on l'a
trop fatiguée ». C'est en réponse à cette représentation
que j'évoque encore mes souvenirs du temps où ils
étaient très insécurisés, en présentant leur turbulence
plutôt comme une raison de « s'accrocher à la vie »
pour leur maman, qui devinait bien leur désarroi.
N.B. Une semaine après, avant la séance suivante, le
papa téléphone pour exprimer son inquiétude, parce
que Caroline a évoqué une coresponsabilité dans le
décès de sa maman. Il demande « quels remèdes
pratiques peuvent être employés ...».
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CONTINUER A PARLER DES MORTS
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Lors de notre rencontre suivante (11)
, trois semaines plus
tard, je ne suis qu'à moitié étonné par le calme qui
règne dans la famille. Dès leur entrée, on dirait qu'ils
attendent quelque chose. Le père, un peu « hors de ses
pompes », comme à son habitude, morigène bien ses
enfants pour qu'ils se tiennent bien, mais c'est comme
si sa demande passait loin au-dessus de leurs têtes ...
Je leur demande s'ils ont repensé à l'échange
précédent ou s'ils en ont reparlé ensemble. Ensemble,
non, mais « J'ai été fort étonné de savoir que je
dessinais des squelettes » me dit Gautier, qui ajoute avoir
reparlé de la séance avec un ami, mais ne voudra pas
dire plus précisément de quoi. Caroline, elle, prétend
qu'elle n'y a plus pensé et qu'elle ne raconte plus rien
de tout ça à sa meilleure amie, pour les raisons déjà
décrites : je me fais une nouvelle fois l'écho de la triste
histoire de vie de celle-ci, et on reparle du jumeau mort
in utero.
Le père exprime ensuite combien il a été triste de se
rendre compte que Caroline se sentait coupable de la
mort de sa maman, alors que « Tous les deux, vous
étiez très proches d'elle; vous étiez aux petits soins
pour elle ». Les enfants n'acquiescent ni ne protestent,
mais je sens bien que Caroline porte toujours un lourd
poids en elle. Je passerai donc une partie de la séance
à essayer de lui faire parler à nouveau des raisons
d'être de sa culpabilité, sans toutefois disqualifier le
père qui, de son côté, veut également la déculpabiliser
mais d'une tout autre manière - type méthode Coué. Je
dirai donc que je me souviens du sacré caractère
qu'elle avait, qu'il y avait bien des moments
d'affrontement entre ses parents et elle; elle se souviendra à
son tour de l'une ou l'autre scène pénible, notamment
une dont le symbolisme est superbe : en pleine maladie
de sa maman, elle faisait du roller dans la cuisine, elle
s'est plantée et a cassé une étagère qui lui est tombée
dessus; en travaillant ce souvenir, elle finit par ajouter :
« Ce qui me rendrait triste, c'est si Maman était partie
avec une mauvaise image de moi ». Est-ce en lien avec
une autre remarque qu'elle fait : « Moi, je me souviens
de moins en moins du visage de Maman » ? « Moi pas,
rétorque Gautier je la vois toujours très fort ».
Dans ce processus, au fond, je me donne un objectif
final bien proche de celui du père. Pour moi aussi, il
s'agit de me différencier et d'émettre des opinions plus
positives face à ce que je considère comme des
fausses croyances ( par exemple un comportement
difficile peut vraiment aggraver le cancer d'un proche et
faire mourir ). Mais je m'y hasarde en douce, après avoir
écouté l'enfant s'énoncer dans sa conviction à lui et
dans ses sentiments pénibles. Je lui en redemande
même et je manifeste toute l'empathie dont je suis
capable. Puis, j'amène ma différence d'opinion :
« Et si ta maman, foncièrement, sans te le dire, avait
été fière d'avoir une fille comme toi,
au fort caractère ! ».
Je ne peux pas bien rendre compte de l'ambiance de la
séance, mais ce qui y a été fondamental, c'est qu'ils se
sont beaucoup parlé. Ou plus exactement, qu'ils ont
beaucoup évoqué la morte - qui était là, vivante dans
ses derniers mois, au milieu d'eux - les uns à l'intention
des autres. Ils l'ont fait comme lors d'une réunion de
famille consacrée au deuil, de façon un peu décousue,
en passant parfois d'un thème à l'autre, au fil de leurs
associations personnelles. Mais ils se découvraient
( dans les deux sens du terme ) et s'écoutaient avec
respect. Moi, j'étais comme un ami invité à la veillée : le
hasard avait voulu que j'aie aussi l'un ou l'autre
souvenir concret à partager et je pouvais donc
participer, mais plus discrètement qu'eux. En ordre
principal, je les écoutais se purifier lentement d'idées et
d'images traumatiques, et se remplir du droit à une
relation positive à leur mère [ Bacqué, 1995 ].
Gautier a participé beaucoup à ce processus en
exprimant sa dépression et des îlots de culpabilité
différents de ceux de sa soeur sans reprendre l'ordre, il a
dit par exemple : « Je me souviens quand on a été
acheter une perruque, avec
Caroline et Maman » (12)
;
« c'est parce que Maman n'est plus là que je reste bébé;
on aurait mieux été élevés si elle avait été là »; « à la
clinique, le dernier jour; je ne savais pas qu'elle allait
mourir; j'ai voulu aller jouer avec toi dans la cour »; « je
me souviens qu'elle nous racontait des histoires dans
son lit »; etc. Inutile d'ajouter que je l'invite chaque fois à
déployer davantage ce qu'il commence à raconter et
que, lorsque je le sens ainsi, je me différencie de l'une
ou l'autre opinion pénible qu'il peut avoir. Le papa ne se
pose d'ailleurs pas qu'en consolateur obligé de ses
enfants. Il se lâche à l'occasion et fait part de ce qu'ont
été ses moments de souffrance personnelle ( par
exemple, sa belle-famille, envahissante, qui avait voulu
« reprendre » son épouse la dernière semaine ... il avait
cédé et elle avait été accueillie dans la précipitation et
l'inconfort; il s'en était senti dépossédé ).
J'ai un sentiment d'estime pour une attitude
fondamentale de ce papa - et je le lui dirai à haute voix, avec
des mots simples - : en effet, il peut comprendre que ses
enfants soient frustrés (13)
parce que c'est lui qui est le
parent survivant. S'appuyant sur ses maladresses et sa
rigidité, c'est cela qu'ils lui disent à répétition :
« Maman aurait mieux fait que toi ». Et il a
suffisamment de lucidité, de grandeur d'âme et
d'humilité pour encaisser, sans broncher ni protester,
ces opinions qui, dans un certain sens, sont vraies,
malgré qu'il fasse tout son possible. Il devine que ses
enfants ont besoin de le dire et qu'il ne doit pas les
culpabiliser.
En fin de séance, il me demande si ça ne vaudrait pas
mieux pour ses enfants de me voir individuellement,
« pour mieux décharger leur peine ». Je lui réponds que
je trouve important qu'ils s'en déchargent en famille, et
que si l'un des deux avait besoin d'un entretien
individuel, il le demanderait personnellement et je l'y
accueillerais.
Leur histoire reste en marche et je n'en décrirai
rien de plus : ce qui a été décrit démontre combien la
parole partagée et l'accueil de celle-ci restent
essentiels, et toute l'importance qu'il y a à faire part des
vécus les plus irrationnels que peut soulever la mort
d'un proche ...
Je vous propose plutôt l'une ou l'autre réflexion sur les
techniques et le processus thérapeutiques :
1. J'ai travaillé avec toute la famille nucléaire, en ce
inclus le fantôme de la mère. Caroline, au moins elle,
n'aurait-elle pas bénéficié davantage de séances
individuelles, en ordre principal ou
complémentairement au travail familial? En théorie,
oui, mais voilà, elle
n'en voulait pas. Alors, je me suis débrouillé avec le
groupe qui acceptait d'être présent (14).
Ce travail en petit groupe présentait également ses
richesses spécifiques : les uns ont catalysé l'expression
verbale des autres (« Mais si,
Caroline, souviens-toi ») :
auxiliaires cognitifs d'une mémoire défaillante et/ou
« entraîneurs » en charge
d'un encouragement affectif. Chacun a
entendu ce qui était dit à l'intention officielle
de l'autre et a pu en bénéficier : quand j'évoquais avec
Caroline ses sentiments pour sa mère, cela servait
aussi à cette thérapie du père qu'il eût pourtant été
impossible de négocier avec lui.
2. Je ne recommande certainement pas comme
une recette mon intervention-clé (15)
lors de la première
séance, celle où j'ai proposé avec insistance que c'était
autour de la mère décédée qu'il se passait quelque
chose. C'était un quitte ou double de ma part. Je me le
suis permis en référence à notre passé commun, même
si les vécus autour de la mort n'avaient jamais été
évoqués il y a sept ans. Je me le suis permis aussi
parce que l'on tournait en rond depuis trop longtemps,
et que je me sentais découragé et énervé par cette
stérilité. Aurais-je pu ( ou
dû? ) me montrer plus patient?
La question est mal posée : pour réaliser notre idéal
commun (16)
, nous nous trouvons chacun avec comme
outils notre tempérament, notre art, nos habitudes de
travail et références d'école, etc. Si mon invitation
n'avait pas porté ses fruits, sans doute cette thérapie
déjà brève eût-elle tourné court plus vite encore :
constatant l'impasse, pour eux à se dire et pour moi à
les y aider, j'aurais visé à ce que nous nous disions au
revoir sans nous rejeter ni nous culpabiliser.
3. Le coeur de cette thérapie a été très bref : deux
séances! Après, il y a encore eu deux séances
familiales espacées, où la centration du discours a
porté sur les relations actuelles père-enfants, et où l'on
n'a plus évoqué la maman que de loin en loin et avec
calme et douceur : je crois qu'ils n'avaient plus besoin
d'y revenir de façon significative pour liquider d'autres
non-dits, parce que quelque chose de suffisamment
important (17)
avait été exprimé et échangé avec les
autres, moi inclus. Les bonnes thérapies ne sont pas
toujours celles qui durent très longtemps, pas plus que
je ne pense qu'il faille revenir cent fois sur la même
interprétation, avec des harmoniques à peine
différentes.
De toute façon, nous sommes largement (18)
soumis à la
liberté de décision de nos clients. Ici, après les deux
séances suivantes, les enfants ont dit de la façon la
plus claire qu'ils n'avaient plus besoin de venir ( pour le
moment ) et le père a été d'accord avec eux. Ayons
l'humilité de reconnaître que c'est
souvent (19)
ainsi que
fonctionnent les thérapies en centres de santé mentale :
phases brèves d'une histoire où nous aidons nos
vis-à-vis à réparer une brèche dans un mur de leur maison,
ou à faire sortir un arbre dans leur jardin ... jusqu'à la
prochaine fois.
Adresse de l'auteur :
Pr Jean-Yves Hayez
Service de psychiatrie infanto-juvénile Cliniques
Universitaires Saint-Luc
10, avenue Hippocrate B-1200 Bruxelles
E-mail : jyhayez@uclouvain.be
BACQUE M.-F., Le deuil à vivre.
Paris, Odile Jacob.
BAILLY L., GOLSE B., SOULE M., (1995) :
Conséquences pour les enfants des
crises familiales graves et des
événements traumatiques,
in Lebovici S., Diatkine R. et
Soulé M. - Nouveau traité de
psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent ( pp. 2793-2808 ). Paris, P.U.F.
HANUS M., ( 1994 ) : Les deuils dans la vie;
deuils et séparations chez l'adulte et
chez l'enfant, Paris, Maloine.
HANUS M., ( 1995 ) : Le deuil chez l'enfant,
in Lebovici S.,
Diatkine R. et Soulé M. -
Nouveau traité de psychiatrie de
l'enfant et de l'adolescent
( pp. 1463-1476 ), Paris, P.U.F.
HAYEZ J.-Y. ( 2001 ) :
La destructivité chez
l'enfant et chez l'adolescent, Paris, Dunod.
LECLERCQ C., HAYEZ J.-Y. ( 1998 ) :
Le
deuil compliqué et pathologique chez
l'entant, Louvain Méd., 117,
293-307.
PIRARD E. ( 1995 ) : D'un deuil particulier
chez les enfants, in
Steichen R. et de Neuter P. :
Les familles recomposées et leurs
enfants, ( pp. 245-250 )
Louvain-le-Neuve, Academia-Erasme.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de
l'Université Catholique de Louvain, chef du service de
psychiatrie infanto-juvénile des Cliniques Universitaires
Saint Luc.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be
Site : http://www.jeanyveshayez.net/
(2). Ce qui, objectivement, n'est pas faux. Il n'est même
pas tout à fait impensable que le comportement de
Caroline ait parfois épuisé sa mère dans sa lutte contre
son cancer. On est alors dans cette catégorie de
situations où un être humain provoque
accidentellement, involontairement, une destruction
matérielle ou physique plus ou moins importante, et par
la suite, il est fréquent qu'il s'en ressente non seulement
désolé - ce qui serait
« objectif » -, mais également
coupable.
(3). La distinction un peu simpliste que les
Nords-Américains font entre les
« externalizing » et
« internalizing »
disorders n'est pas sans fondement. On
pourrait très grossièrement répartir l'humanité en deux
catégories : ceux qui ont tendance à reprocher aux
autres ce qui arrive, et à se montrer agressifs pour les
mettre à distance; et ceux qui prennent sur eux, ont
tendance à une introspection pessimiste, à la culpabilité
facile et à l'auto-agression. Ces prédispositions sont à
la fois liées à la nature ( les gènes )
et à la culture ( le
mode d'éducation ).
(4). Dans mon souvenir? La description qui suit montrera
que je connaissais déjà cette famille avant le décès de
la maman.
(5). Pour le moment, le père n'a pas de compagne ( ni
de compagnon : soyons contemporains! ). il en a eu
une, deux ou trois mois, mais il a rompu parce que, dit-
il, elle ne s'entendait pas avec les enfants.
(6). Le plus loin où je me hasarde, c'est d'évoquer ce
qui arrive à un petit ourson après la mort de ses deux
parents ours dans un accident.
(7). Il faut ici rappeler que le père est un homme
sérieux - il y a très longtemps qu'il a envoyé aux orties
son « Enfant Intérieur » - ,
qui veut beaucoup contrôler et
commander ses enfants. Mais ceux-ci lui résistent
assez habilement et il finit par abandonner la partie. Il
ne se coule pas facilement dans le monde
psychologique des enfants et malgré sa bonne volonté,
fait de nombreux commentaires maladroits en leur
présence sur leur supposée psychologie.
(8). De ma rêverie dans le sens où on parle Bion et,
rappelons-le, du fait de notre histoire commune : sept
ans auparavant, je travaillais déjà avec cette famille lors
de la maladie puis du décès de la mère!
(9). Avant le décès de sa maman, c'est-à-dire jusqu'à
la fin de sa seconde primaire, Caroline était première
de classe. Après, elle a été et reste à la traîne, jusque à
avoir redoublé une année.
(10). Je le ferai un peu parler de ce à quoi il pense et je
lui proposerai, à titre de cadeau fait à sa maman, de
penser à des souvenirs heureux vécus avec elle, plutôt
qu'à des souvenirs tristes.
(11). Présents : le père, les deux enfants et moi-même.
(12). Le père en profite pour expliquer que sa femme
avait renoncé à cette perruque, et s'en tenait à un
foulard, parce qu'elle était fière et trouvait ça plus
élégant.
(13). Je n'irais pas jusqu'à dire que ses enfants lui en
veulent.
(14). Au début, les enfants prétendaient même que c'est
par pure obéissance qu'ils étaient là, et ils maugréaient.
(15). Clé d'une porte jusque-là fermée.
(16). Un idéal commun? Aider le sujet humain à se
trouver bien avec lui-même, et ceci, sans qu'il soit
antisocial et mieux encore, en intégrant une sociabilité
« suffisamment bonne ».
(17). Je paraphrase Winnicott et sa mère «
suffisamment bonne » : les êtres et les relations,
spontanées ou thérapeutiques, vraiment « bien » ne
peuvent être que les « suffisamment bien ». La
perfection est, non seulement une utopie, mais surtout une
vision épuisante et destructrice de la joie de vivre.
(18). Sauf pour ce qui est de notre droit à nous
opposer à ce qui serait franchement antisocial.
(19). Souvent? Dans mon expérience, environ 60%
des prises en charge y sont brèves et estimées
fructueuses. Environ 20%, brèves ou très brèves ( une
séance ) et estimées stériles. 20% sont de longue
durée, avec du fruit variable.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français.
L'article décrit de façon détaillée deux séances
d'entretiens familiaux. Il montre combien le silence qui
s'était installé autour du décès de leur maman avait
entretenu une profonde dépression, de la culpabilité et
de l'autopunition chez les enfants. Parler des idées et
questions laissées en suspens a eu un effet libérateur
pour tous.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Samenvatting.
Het artikel beschrijft op
uitvoerige wijze twee zittingen van
familieterapie. Het toont hoeveel de stilte
die zich rond het overlijden van
hun moeder een diepe depressie,
schuld en autopunition bij de kinderen
had onderhouden. Over de ideeën en
vragen spreken die aan een bevrijdend
gevolg voor iedereen in beraad worden
gehouden.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais : Summary.
The article is a case study that describes two sessions
of a brief family therapy. These sessions show us how
the silence around their mother's death fostered
profound depression, guilt and self-punishment in her
children. Breaking this secret and speaking about all
their feelings took the weight off the children's minds.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Resumen.
El artículo describe de
manera detallada dos sesiones de
encunetro con un padre y sus dos hijos,
largo tiempo despues de la muerte de la
madre. ensena como el silencio que se
había instalado en torno a la dicha
muerte mantenía una profunda
depresión, culpabilidad y autocastigo
en los niños. Hablar de las ideas y
cuestiones dejadas en suspenso genera
un efecto liberador para todos.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Deuil pathologique, mort d'un parent,
culpabilité infantile.
Pathologische rouw, dood van een ouder, kinderschuld.
pathological mourning, parent's death, childhood guilt.
Luto patológico, muerto de un padre,
culpabilidad infantil.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 20 avril 2006.
Dernière mise à jour
le dimanche 24 février 2008.
Issu d'un tiré-à-part reçu du
professeur Jean-Yves Hayez le 19 avril 2006.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
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Ce site a été composé par un bénévole sans
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du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
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beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
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le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
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... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
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Notes.
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Résumé - Samenvatting - Abstract - Resumen.
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Mots clés - Sleutelwoorden- Keywords- Palabras clave
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Bibliographie.
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Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
CONSIDERATIONS GENERALES
UNE PREMIERE HISTOIRE EN COMMUN
UNE DEMANDE D'AIDE URGENTE
AFFRONTER LE NON-DIT
CONTINUER A PARLER DES MORTS
EN GUISE DE CONCLUSION
Bibliographie.
Notes.
Cochez ici pour télécharger
le texte original et
intégral de ce site en format traitement de texte.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en néerlandais : Samenvatting.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en espagnol : Resumen.
ici
- Notes automatiques. -
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(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de
l'Université Catholique de Louvain, chef du service de
psychiatrie infanto-juvénile des Cliniques Universitaires
Saint Luc.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
Site :
http ://www.jeanyveshayez.net/
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(2). Ce qui, objectivement, n'est pas faux. Il n'est même
pas tout à fait impensable que le comportement de
Caroline ait parfois épuisé sa mère dans sa lutte contre
son cancer. On est alors dans cette catégorie de
situations où un être humain provoque
accidentellement, involontairement, une destruction
matérielle ou physique plus ou moins importante, et par
la suite, il est fréquent qu'il s'en ressente non seulement
désolé - ce qui serait
« objectif » -, mais également
coupable.
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(3). La distinction un peu simpliste que les
Nords-Américains font entre les
« externalizing » et
« internalizing »
disorders n'est pas sans fondement. On
pourrait très grossièrement répartir l'humanité en deux
catégories : ceux qui ont tendance à reprocher aux
autres ce qui arrive, et à se montrer agressifs pour les
mettre à distance; et ceux qui prennent sur eux, ont
tendance à une introspection pessimiste, à la culpabilité
facile et à l'auto-agression. Ces prédispositions sont à
la fois liées à la nature ( les gènes )
et à la culture ( le
mode d'éducation ).
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(4). Dans mon souvenir? La description qui suit montrera
que je connaissais déjà cette famille avant le décès de
la maman.
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(5). Pour le moment, le père n'a pas de compagne ( ni
de compagnon : soyons contemporains! ). Il en a eu
une, deux ou trois mois, mais il a rompu parce que, dit-
il, elle ne s'entendait pas avec les enfants.
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(6). Le plus loin où je me hasarde, c'est d'évoquer ce
qui arrive à un petit ourson après la mort de ses deux
parents ours dans un accident.
Pour retourner à l'endroit
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(7). Il faut ici rappeler que le père est un homme
sérieux - il y a très longtemps qu'il a envoyé aux orties
son « Enfant Intérieur » - ,
qui veut beaucoup contrôler et
commander ses enfants. Mais ceux-ci lui résistent
assez habilement et il finit par abandonner la partie. Il
ne se coule pas facilement dans le monde
psychologique des enfants et malgré sa bonne volonté,
fait de nombreux commentaires maladroits en leur
présence sur leur supposée psychologie.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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(8). De ma rêverie dans le sens où on parle Bion et,
rappelons-le, du fait de notre histoire commune : sept
ans auparavant, je travaillais déjà avec cette famille lors
de la maladie puis du décès de la mère!
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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(9). Avant le décès de sa maman, c'est-à-dire jusqu'à
la fin de sa seconde primaire, Caroline était première
de classe. Après, elle a été et reste à la traîne, jusque à
avoir redoublé une année.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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(10). Je le ferai un peu parler de ce à quoi il pense et je
lui proposerai, à titre de cadeau fait à sa maman, de
penser à des souvenirs heureux vécus avec elle, plutôt
qu'à des souvenirs tristes.
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Note 11.
(11). Présents : le père, les deux enfants et moi-même.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 12.
(12). Le père en profite pour expliquer que sa femme
avait renoncé à cette perruque, et s'en tenait à un
foulard, parce qu'elle était fière et trouvait ça plus
élégant.
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Note 13.
(13). Je n'irais pas jusqu'à dire que ses enfants lui en
veulent.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 14.
(14). Au début, les enfants prétendaient même que c'est
par pure obéissance qu'ils étaient là, et ils maugréaient.
Pour retourner à l'endroit
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Note 15.
(15). Clé d'une porte jusque-là fermée.
Pour retourner à l'endroit
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Note 16.
(16). Un idéal commun? Aider le sujet humain à se
trouver bien avec lui-même, et ceci, sans qu'il soit
antisocial et mieux encore, en intégrant une sociabilité
« suffisamment bonne ».
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 17.
(17). Je paraphrase Winnicott et sa mère «
suffisamment bonne » : les êtres et les relations,
spontanées ou thérapeutiques, vraiment « bien » ne
peuvent être que les « suffisamment bien ». La
perfection est, non seulement une utopie, mais surtout une
vision épuisante et destructrice de la joie de vivre.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 18.
(18). Sauf pour ce qui est de notre droit à nous
opposer à ce qui serait franchement antisocial.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Note 19.
(19). Souvent? Dans mon expérience, environ 60%
des prises en charge y sont brèves et estimées
fructueuses. Environ 20%, brèves ou très brèves ( une
séance ) et estimées stériles. 20% sont de longue
durée, avec du fruit variable.
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- Bibliographie automatique. -
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Bibliographie numéro 1.
[1].
BACQUE M.-F., Le deuil à vivre.
Coll. Opus, Odile Jacob, Paris 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Bibliographie numéro 2.
[2]. BAILLY L., GOLSE B., SOULE M.,
Conséquences pour les enfants des
crises familiales graves et des
événements traumatiques, 2793-2808
in LEBOVICI S., DIATKINE R. et
SOULÉ M. - Nouveau traité de
psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent, P.U.F Paris., 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
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Bibliographie numéro 3.
[3]. HANUS M., Les deuils dans la vie;
deuils et séparations chez l'adulte et
chez l'enfant, Maloine, Paris 1994.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 4.
[4]. HANUS M., Le deuil chez l'enfant,
1463-1476 in LEBOVICI S.,
DIATKINE R. et SOULÉ M. -
Nouveau traité de psychiatrie de
l'enfant et de l'adolescent, P.U.F., Paris 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Bibliographie numéro 5.
[5]. HAYEZ J.-Y., La destructivité chez
l'enfant et chez l'adolescent, Paris, Dunod, 2001.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
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Bibliographie numéro 6.
[6]. LECLERCQ C., HAYEZ J.-Y. , Le
deuil compliqué et pathologique chez
l'entant, Louvain Méd., 1998, 117,
293-307.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 7.
[7]. PIRARD E., D'un deuil particulier
chez les enfants, 245-250 in
STEICHEN R. et DE NEUTER P. -
Les familles recomposées et leurs
enfants, Academia-Erasme, 1995.
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abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
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anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
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éducation sexuelle,
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enfants,
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Familles restructurées,
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infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
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syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
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trouble du comportement,
trouble psychique,
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violence,
vulnerabilité.