|
Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez Jean-Yves Hayez
Jean-Yves Hayez |
Caroline, Gautier
et le fantôme
de leur maman.
* biographie, recueil de publications scientifiques et articles
de presse du professeur Jean-Yves Hayez.
cochez nouveautés pour voir les textes les plus récents
|
" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va
et d'employer l'esprit à le justifier."
Jean Guéhenno.
|
|
Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
|
Jean-Yves HAYEZ
(
1).
Je vais décrire en détails deux séances
d'une thérapie brève, menée avec un père
et ses deux enfants. La mère était décédée
sept ans auparavant, mais son
fantôme restait bien présent dans la famille :
des choses n'avaient pas été dites,
qui l'empêchaient de rejoindre le royaume
des morts. Dans un premier temps, je
me livrerai à l'une ou l'autre réflexion
sur les mécanismes en jeu. Puis, ce sera
la description. Dans la conclusion, je
discuterai le processus thérapeutique.
I. Considérations générales.
La culpabilité exerce probablement un rôle central dans le dysfonctionnement de
Caroline ( treize ans ) - elle sabote à longueur de temps sa réalisation de soi – et dans
les tensions familiales qui s'en suivent. Pour un certain nombre de ses
dimensions, ce n'est pas une culpabilité inconsciente, mais Caroline fait la
politique de l'autruche à son sujet. Le contenu le plus accessible de cette
culpabilité, c'est que l'adolescente a l'impression d'avoir précipité la mort de sa
mère cancéreuse par son comportement de jeune enfant difficile. Un tel vécu est
assez fréquent chez les enfants sensibles, voire à tous les âges de la vie. Même
si, comme c'est le cas ici, personne n'a fait de lourds reproches à Caroline à
propos de son exubérance, il suffit
parfois d'un soupir, d'un simple « Arrête, tu
fatigues maman » (2)
pour en faire une
pierre horriblement lourde sur le cœur.
C'est surtout le cas si, par la suite,
se produit une catastrophe que l'enfant lie
largement ou complètement indûment, à
ses comportements perturbateurs (3).
En référence à ma modélisation des phénomènes humains et pour ce qui
concerne cette couche de culpabilité, on n'est pas pour autant dans le registre de
la névrose, mais simplement dans celui de l'hypersensibilité, de l'excès de
l'imagination et d'une certaine immaturité
cognitive ( représentation infantile
perdurant de ce que sont la causalité,
la responsabilité et la faute ). ( Hayez, 2001,
p. 28 et sq. [5]
)
Il se pourrait également que Caroline reproche à sa mère d'être morte et de la
sorte de l'avoir abandonnée. Quoique d'apparence puérile, cette attitude est
fréquente, elle aussi, chez les personnes sensibles et à tous les âges de la vie.
Nous verrons ce qu'il en est dans l'illustration qui suit. Néanmoins,
habituellement, si l'on finit souvent par se reprocher à soi de faire de tels
reproches au mort, la culpabilité qui s'en suit n'est pas immense : l'être humain
concerné garde l'intuition que son agressivité inconvenante du moment est très
liée à l'amour frustré et au manque, et non au désir de détruire.
Une dimension névrotique de la culpabilité s'ajoute-t-elle à ce qui précède ?
Pour se hasarder à l'affirmer, il faudrait qu'aient existé ( et/ou qu'existent
encore ) chez Caroline d'importants désirs oedipiens conflictuels.
Par exemple, autour de ses six ans, la fillette a-t-elle vécu, un désir de
mort fort et durable envers sa mère ? Si oui, comment l'a-t-elle
manifesté ? Face à un tel désir, la mort de la mère – qui n'était
pourtant nullement une conséquence des manifestations verbales ni
même comportementales de celui-ci – eût été très culpabilisante. Le
dialogue thérapeutique ne s'avèrera pas très révélateur à ce propos et je
suis d'autant plus dubitatif que, dans mon souvenir, les deux enfants
étaient très attachés à leur mère, pôle d'attraction bien plus tendre et
présent que le père (4).
.
Autre éventualité : après la mort de sa mère, Caroline a-t-elle voulu
prendre la place de celle-ci dans sa famille et se reproche-t-elle cette
sorte de rivalité posthume ? Le père – dont nous verrons par la suite
qu'il parle avec des gros sabots – pense que oui et le déclare
pratiquement comme tel. Caroline, pourtant, ne le reconnaît pas. Il se
pourrait néanmoins que ce soit très inconscient, et que ses
comportements d'échec travestissent son besoin de recevoir l'attention
privilégiée de son père. Ou alors, il n'en est rien : c'est le père qui se
trompe et sème la confusion, ou qui projette sur sa fille un désir
incestueux inconscient vivant en lui.
II. Je ne veux pas paraître réductionniste.
La description des séances montrera
combien le comportement de Caroline est surdéterminé : elle se sent coupable,
certes, mais elle demeure triste aussi, tout simplement. Le père est rigide et
souvent absent, peu motivant, et la maison familiale est bien vide. Caroline, à sa
manière, a un caractère fort et s'affronte à ce père qui ne la voit pas grandir, la
traite encore comme une petite fille et n'a aucune subtilité envers la psychologie
des adolescents. Et il n'y a plus de tiers pour atténuer ces affrontements ! Quant
à Gautier, s'il est présenté comme habituellement non-problématique, je
découvre vite que la moitié de lui veut vivre et qu'une autre moitié est habitée
par une profonde tristesse. Sa maman continue à lui manquer beaucoup, il lui
parle tous les jours et, pour mieux
survivre, il s'identifie à elle ! « Après la mort
de sa mère, sa manière d'être a radicalement
changé, nous dit le père : il est
devenu plus doux, plus artiste, comme l'était ma femme ». Même sa manière de
se vêtir, sa présentation, la douceur de sa face et de son regard on « pris »
quelque chose de féminin.
III. La souffrance familiale qui va être exposée
illustre aussi les ravages du
silence. Pour se rééquilibrer, en espérant atteindre une moindre souffrance pour
chacun, le père a très vite interdit qu'on s'exprime à propos de la mère. Il l'a fait
en ne parlant pas lui-même, sans doute parce qu'il avait peur de montrer qu'il
craquait. Il l'a fait aussi en prêchant
la méthode Coué (« Ce qui est fini est fini,
on va de l'avant »). Comment les enfants, qui n'avaient plus de répondant chez
lui, auraient-ils pu réagir autrement qu'en se conformant et en s'identifiant à sa
manière d'être ? Chacun se mit donc à souffrir dans son coin, ne sachant trop
que faire de ses sentiments et de ses idées : même entre eux, les enfants ne
parlaient plus de leur chagrin. Or si à la longue, celui-ci pourrait finir par
s'atténuer, il n'en va pas de même de la culpabilité : on sait qu'elle reste souvent
entière si elle n'est pas exprimée, reçue
et discutée avec un tiers aimant.
IV. Dans ce cas comme dans beaucoup
d'autres, les enfants sont mis à l'avant-plan :
c'est sur leur supposée souffrance que le père demande de se centrer. Ce
n'est pas essentiellement par lâcheté de sa part, mais plutôt par bonne volonté,
parce qu'il les aime et aussi parce qu'il ne sait pas bien identifier ni mettre des
mots sur sa propre souffrance qui lui fait peur.
Je n'affronterai pas directement cette présentation de la dynamique de la
souffrance familiale. En tout cas, pas massivement. En tout cas, pas en obligeant
le père à reconnaître qu'il vient aussi « chercher quelque chose » pour lui. Ni, a
fortiori, en lui faisant la leçon et en lui insinuant que ses enfants auraient plus
facile à se mettre en question s'il le faisait, lui, pour son propre compte. C'est
plutôt en m'engageant moi-même, en exprimant à haute voix de possibles non-
dits que j'arriverai à les faire s'impliquer en douce. Alors, quand ça se
présentera, je n'éviterai pas non plus d'associer le père à l'exposé des sentiments
vécus (« Tiens, et vous, Monsieur,
comment avez-vous vécu tout cela ? »
Bien des parents s'abritent derrière leur enfant et détestent s'entendre dire que ce
qui arrive, c'est à cause d'eux. Ils ont raison, car les phénomènes humains sont
tellement surdéterminés, et la liberté de leur enfant de se définir, tellement
opérante au-delà de leurs maladresses parentales ! Il est très souvent possible de
les impliquer dans le travail, sans déclarer que c'est nécessaire, ni sans les vivre
comme les principaux protagonistes des malheurs de toute leur famille.
V. Comme bien d'autres cas, celui-ci pose
la question de la frontière entre le normal et
le pathologique :
il existe beaucoup de
souffrance dans cette famille, mais elle
s'explique en partie par le drame qu'ils ont
vécu, en partie par leur manière maladroite
de se rééquilibrer, et en partie par les
aspérités du caractère de chacun. Cette vraie
souffrance, qui demande à être écoutée et
soulagée, les met-elle ipso facto au rang des
personnes ou des familles pathologiques ?
Pathétiques, oui ! Pathologiques, va savoir !
Une fois de plus, et en nous souvenant entre
autres de la précarité de notre soi-disant
normalité à nous, les thérapeutes, il faut acter
que la réponse à la question est impossible
lorsque l'on est « seulement » confronté à
des vécus pénibles et à des comportements
dysfonctionnels dont les circonstances de la
vie rendent largement compte. A supposer
même que le père ait des désirs incestueux
qu'il se dissimule, ici aussi et notamment en
raison des circonstances (5)
, n'est-on pas dans
l'ordre de la normalité humaine ? Après tout,
il se retient de séduire concrètement sa fille
et de passer à l'acte sexuel !
|
§ II. Une première histoire en commun
|
Il y a sept ans, une famille me consulte à
propos de difficultés relationnelles assez
mineures entre parents et enfants :
Caroline ( six ans ) et Gautier ( quatre
ans ) y sont présentés comme trop
turbulents et opposants. Les parents se
sont mariés et les ont eus sur le tard et
ne coopèrent pas beaucoup dans leur
tâche éducative : c'est la maman qui en
remplit la part la plus importante, sur un
mode plutôt exigeant et désuet. Le papa
se montre vite « saturé » par les enfants
et lorsqu'il interagit avec eux, c'est
souvent pour les gronder. Alors, la
maman s'interpose et le papa menace à
haute voix de ne plus s'occuper de
personne. Une guidance parentale et
des entretiens familiaux se mettent
laborieusement en place.
Six mois plus tard, on découvre
chez la maman un méchant cancer
du sein qui va l'emporter en moins
d'un an. Elle et son mari
s'opposent farouchement à ce que
le diagnostic soit communiqué aux
enfants et à ce qu'on les prépare à
sa mort, qu'ils devinent pourtant
proche : ils préfèrent leur prétendre
qu'elle a de grosses grippes à
répétition. Au fur et à mesure que
la fatigue de la maman s'accroît et
que sa fonctionnalité diminue, le
papa, aidé de la famille élargie qui
partage le secret, prend davantage
de place éducative. Il remplit sa
tâche avec conscience, mais sur le
même mode « désuet – trop
sérieux – trop rigide » que son
épouse. Les enfants devinent bien
qu'un événement grave se trame
et leur insécurité monte
dramatiquement ; leurs dessins se
chargent d'attaques mortelles et
même de squelettes, mais je ne
reçois pas l'autorisation de parler
clairement de la mort possible de
la maman et je ne peux que réagir
de façon allusive, en discutant de
notre condition mortelle
universelle (6)
( Bailly et coll., 1995 [2]
).
Après le décès de la maman,
l'accompagnement de la famille se
poursuit quelques semaines, mais
le père déménage rapidement à
une centaine de km de Bruxelles,
remercie pour l'aide apportée et
assure qu'il a la situation bien en
mains, avec l'aide de la famille
élargie. De mon côté, je reste
préoccupé. Je suis persuadé que
c'est un homme consciencieux, qui
exercera du mieux qu'il peut son
nouveau rôle monoparental.
Néanmoins, la mort de la maman,
survenue brutalement, a créé des
sentiments très difficiles chez les
enfants, et le père est plutôt pour le
maintien des non-dits et pour la
méthode Coué : « On doit repartir
de l'avant, un point, c'est tout ».
|
§ III. Une demande d'aide urgente
|
Fin août 2004, le père m'interpelle
de sa province et demande de
l'aide urgente, car « ça ne va plus
du tout avec Caroline ». Mon
assistante, le Dr J., est en mesure
de les recevoir rapidement et
constate en effet cette grande
tension entre la fille ( treize ans ) et
le père qui vient d'inscrire celle-ci
en internat scolaire, en deuxième
secondaire, « pour souffler ». Le
père se définit lui-même comme
très strict, très sévère. Caroline est
mutique. Gautier joue les
conciliateurs, prenant la défense
de sa sœur mais admettant aussi
« qu'elle se fiche de tout » ; il se dit
triste du départ de Caroline à
l'internat et aussi parce que son
père est triste, et que les conflits
avec Caroline ont pris tant
d'ampleur : « C'était mieux avant,
quand il était gentil avec
Caroline » ; il pense que tout cela
arrive parce que la maman n'est
plus là : « Elle, elle aurait dit à
papa : Julien, arrête ! ». Le père le
confirme, mais Caroline conteste :
« Il y a une raison. Mais je ne le
dirai pas ». La consultation se
termine sur quelques conseils
éducatifs de bon sens.
|
§ IV. Affronter le non-dit
|
Assistent à la consultation
suivante, cinq semaines après,le
père, les deux enfants, le Dr J. et
moi-même.
Dans la première partie de la
consultation, Caroline et Gautier
sont « agités sur leur chaise » et
se font des « messes basses » (
entre autres, pour se moquer de
moi ). Leur père signale - si
besoin en était ! – qu'ils
n'avaient guère envie de venir.
Dans cette ambiance chahutée,
et en arrachant de çi de là un
bref commentaire aux enfants,
nous arrivons à savoir que
Caroline s'adapte bien à
l'internat et que son frère est
très heureux de la retrouver le
week-end ; leur père leur
consacre son samedi, mais se
réserve le dimanche, les enfants
étant alors envoyés dans la
famille élargie. Il nous redit qu'il
consulte parce que sa relation
avec Caroline reste très
difficile : elle ne lui parle
presque plus et réagit à ses
ordres par de l'opposition
passive (7).
Vers le milieu de la consultation,
j'en ai assez de cette ambiance
tendue et dissipée. Elle
m'évoque un non-dit, une
souffrance rémanente mais qui
est ailleurs que dans ces
affrontements quotidiens. Je fais
donc à Caroline la proposition
que voici : « Caroline, je ne suis
pas sûr que c'est avec ton papa
que tu as de gros problèmes à
régler ; je parie que c'est plutôt
avec ta maman. Ce n'est peut-
être pas facile pour toi, de ne
pas l'avoir à la maison, comme
image féminine, pour construire
ton adolescence ». A peu près à
la seconde, un silence attentif,
presque d'une qualité religieuse,
remplit la pièce. Jusqu'à la fin,
consacrée à l'évocation de la
maman et de ce que l'on peut
vivre à son propos, les deux
enfants seront à l'écoute et de
plus en plus participatifs. Et
même le père pressent que l'on
aborde un thème profond, et
cesse de geindre pour tout et
pour rien.
Cette suite de la consultation,
quel en est le processus ?
Je vais hasarder à haute voix
quelques hypothèses à
propos de ce que des
enfants peuvent peut-être
vivre, après la mort d'une
maman dans le contexte où
la leur est morte ( Hanus,
1994 [3]
, 1995 [4]
). Ces hypothèses
surgissent de ma rêverie (8)
;
éventuellement activées par
les réactions des enfants et
elles n'ont pas toutes des
liens logiques entre elles ;
certaines évoquent même
des types de vécus
contraires aux autres. A
chaque fois que j'émets une
hypothèse, je demande à
Caroline ce qu'elle en pense,
c'est-à-dire si elle aurait pu
vivre les choses comme je
viens de l'évoquer ou
différemment. Je m'adresse
également à Gautier ... et
c'est seulement si je reçois
ce que j'interprète comme
une approbation silencieuse,
ou si j'ai du répondant, que je
continue à approfondir mon
hypothèse. Par ailleurs,
j'évoque aussi l'un ou l'autre
souvenir d'eux, et de la
relation entre eux et leur
maman tels que je me les
remémore sept ans
auparavant.
Petit à petit, Caroline se
décrispe et fait part de ce
qu'elle vit ; Gautier va la
suivre, dans une certaine
mesure, et il n'y aura pas
d'autre conclusion à la
séance que « Nous pouvons
continuer à parler de tout
ceci si vous le souhaitez ;
dans trois semaines, au
prochain rendez-vous, je
propose que ce soit vous qui
décidiez si vous
accompagnerez votre père
ou non ».
Quant aux contenus idéo-
affectifs, qu'est-ce qui s'est
échangé entre nous ?
- J'évoquerai la tristesse, le
manque, l'impression de
se sentir dans davantage
de vide et de froid, comme
une flamme vacillante et
non plus comme un
« battant de première
classe (9).
» ( ---> silence
attentif ; Gautier me
confirme qu'il pense
encore très souvent à sa
maman et qu'il est triste » (10).
- Je parlerai aussi de la
colère que certains
enfants peuvent ressentir
contre le parent mort,
comme si celui-ci les avait
abandonnés ( Pirard,
1995 [9]
) ; il me semble
d'ailleurs me souvenir que
vers la fin, fatiguée, la
mère ne supportait plus
bien la présence de ses
enfants insécurisés, et
demandait qu'ils sortent
de sa chambre ( ?
démenti des deux
enfants : « Nous ne
sommes jamais fâchés
contre maman » ; démenti
du père quant à la validité
de mon souvenir ) ... peut-
être que je fais fausse
route ... peut-être est-il
trop tôt pour désidéaliser
la maman morte !
- J'évoquerai encore le
possible sentiment
d'usurpation qu'un enfant,
puis un jeune adolescent
– surtout du même sexe
que le mort – peuvent
ressentir parfois en restant
vivant et en
s'épanouissant. Il faut dire
que Caroline resplendit de
grâce ! ( ---> silence attentif
des deux enfants ; le père,
avec son côté très direct,
commente à haute voix :
« J'ai dit de temps en
temps à Caroline qu'elle
prenait la place de sa
mère, mais pour moi,
c'était plutôt un
compliment »). C'est
l'occasion pour moi de
proposer que la maman
se réjouit ou se réjouirait
certainement de la bonne
croissance de ses enfants,
et que Caroline puisse
occuper une partie de la
place laissée par sa
maman ( par exemple un
peu de parentage pour
Gautier ), mais pas toute (
pas la place de
l'amoureuse de papa ).
- L'hypothèse qui a amené
le plus de répondant actif,
c'est celle de la
culpabilité : certains
enfants peuvent se faire
des reproches, comme si
leur comportement difficile
avait provoqué ou
précipité la mort du
disparu ( Hayez, Leclerq,
1998 [8]
). Face à une écoute
plus éveillée des deux
jeunes et à du répondant
chez Caroline, que
j'évoquerai tout de suite,
je leur rappellerai même
combien ils étaient
insécurisés et agités dans
les derniers mois de vie
de leur mère, parce qu'ils
devinaient bien que
quelque chose de grave
se passait et que leurs
parents, eux, voulaient
maintenir le secret à tout
prix. Je rappellerai à
Gautier un dessin fait des
mois avant le décès de sa
maman, dessin constitué
d'une véritable danse de
squelettes et je lui dirai
combien je me sentais
ligoté pour l'aider
efficacement, autrement
que par des allusions.
Et le répondant de Caroline, en
quoi a-t-il consisté ? Elle a d'abord
déclaré : « Il y a des choses qu'on
ne peut pas dire à un psy, mais à
sa meilleure amie ». J'ai confirmé
la valeur que j'attribue moi aussi à
l'amitié et aux confidences qu'elle
génère ; j'ai ajouté pourtant que
l'un n'excluait pas l'autre, et que
les psy connaissaient parfois des
mots très précis pour bien aider.
« De toute façon, a ajouté
Caroline, mon amie, ça ne sert à
rien que je lui parle, elle pleure
encore plus que moi ». Et de
raconter une histoire embrouillée,
où son amie, non seulement a
perdu une sœur puînée ( mort
subite ) mais aurait été de surcroît
un « jumeau survivant » : son petit
frère serait mort in utero et l'amie
se reprocherait d'avoir « pris sa
vie ». Cette libre association de
Caroline me renforce évidemment
dans l'idée qu'elle peut se
reprocher d'avoir volé la vie de sa
mère et, comme j'insiste
doucement autour de cette
possibilité, elle finira par dire « Je
crois que maman est morte parce
qu'on l'a trop fatiguée ». C'est en
réponse à cette représentation que
j'évoque encore mes souvenirs du
temps où ils étaient très
insécurisés, en présentant leur
résonance plutôt comme une
raison de « s'accrocher à la vie »
pour leur maman, qui devinait bien
leur désarroi.
N.B. Une semaine après, avant la
séance suivante, le papa
téléphone pour exprimer son
inquiétude, parce que Caroline a
évoqué une co-responsabilité dans
le décès de sa maman. Il demande
« quels remèdes pratiques peuvent
être employés ... ».
|
§ V. Continuer à parler des morts
|
Lors de notre rencontre suivante (11)
,
trois semaines plus tard, je ne suis
qu'à moitié étonné par le calme qui
règne dans la famille. Dès leur
entrée, on dirait qu'ils attendent
quelque chose. Le père, un peu
« hors de ses pompes », comme à
son habitude, morigène bien ses
enfants pour qu'ils se tiennent
bien, mais c'est comme si sa
demande passait loin au-dessus
de leurs têtes ...
Je leur demande s'ils ont repensé
à l'échange précédent ou s'ils en
ont reparlé ensemble. Ensemble,
non, mais « J'ai été fort étonné de
savoir que je dessinais des
squelettes » me dit Gautier, qui
ajoute avoir reparlé de la séance
avec un ami, mais ne voudra pas
dire plus précisément de quoi.
Caroline, elle, prétend qu'elle n'y a
plus pensé et qu'elle ne raconte
plus rien de tout ça à sa meilleure
amie, pour les raisons déjà
décrites : je me fais une nouvelle
fois l'écho de la triste histoire de
vie de celle-ci, et on reparle du
jumeau mort in utero.
Le père exprime ensuite combien il
a été triste de se rendre compte
que Caroline se sentait coupable
de la mort de sa maman, alors que
« Tous les deux, vous étiez très
proches d'elle ; vous étiez aux
petits soins pour elle ». Les enfants
n'acquiescent ni ne protestent,
mais je sens bien que Caroline
porte toujours un lourd poids en
elle. Je passerai donc une partie
de la séance à essayer de lui faire
parler à nouveau des raisons d'être
de sa culpabilité, sans toutefois
disqualifier le père qui de son côté,
veut également la déculpabiliser
mais d'une toute autre manière –
type méthode Coué. Je dirai donc
que je me souviens du sacré
caractère qu'elle avait, qu'il y avait
bien des moments d'affrontement
entre ses parents et elle ; elle se
souviendra à son tour de l'une ou
l'autre scène pénible, notamment
une dont le symbolisme est
superbe : en pleine maladie de sa
maman, elle faisait du roller dans
la cuisine, elle s'est plantée et a
cassé une étagère qui lui est
tombée dessus ; en travaillant ce
souvenir, elle finit par ajouter « Ce
qui me rendrait triste, c'est si
maman était partie avec une
mauvaise image de moi ». Est-ce
en lien avec une autre remarque
qu'elle fait : « Moi, je me souviens
de moins en moins du visage de
Maman » ? « Moi pas, rétorque
Gautier, je la vois toujours très
fort ».
Dans ce processus, au fond, je me
donne un objectif final bien proche
de celui du père. Pour moi aussi, il
s'agit de me différencier et
d'émettre des opinions plus
positives face à ce que je
considère comme des fausses
croyances ( par exemple un
comportement difficile peut
vraiment aggraver le cancer d'un
proche et faire mourir ). Mais je
m'y hasarde en douce, après avoir
écouté l'enfant s'énoncer dans sa
conviction à lui et dans ses
sentiments pénibles. Je lui en
redemande même et je manifeste
toute l'empathie dont je suis
capable. Puis, j'amène ma
différence d'opinion : « Eh si ta
maman, foncièrement, sans te le
dire, avait été fière d'avoir une fille
comme toi, au fort caractère ! ».
Je ne peux pas bien rendre compte
de l'ambiance de la séance, mais
ce qui y a été fondamental, c'est
qu'ils se sont beaucoup parlé. Ou
plus exactement, qu'ils ont
beaucoup évoqué la morte – qui
était là, vivante dans ses derniers
mois, au milieu d'eux – les uns à
l'intention des autres. Ils l'ont fait
comme lors d'une réunion de
famille consacrée au deuil, de
façon un peu décousue, en
passant parfois d'un thème à
l'autre, au fil de leurs associations
personnelles. Mais ils se
découvraient ( dans les deux sens
du terme ) et s'écoutaient avec
respect. Moi, j'étais comme un ami
invité à la veillée : le hasard avait
voulu que j'aie aussi l'un ou l'autre
souvenir concret à partager et je
pouvais donc participer, mais plus
discrètement qu'eux. En ordre
principal, je les écoutais se purifier
lentement d'idées et d'images
traumatiques, et se remplir du droit
à une relation positive à leur mère
( Bacqué, 1994 [1]
).
Gautier a participé beaucoup à ce
processus en exprimant sa
dépression et des îlots de
culpabilité différents de ceux de sa
sœur. Sans reprendre l'ordre, il a
dit par exemple : « Je me souviens
quand on a été acheter une
perruque, avec Caroline et
Maman » (12)
; « c'est parce que
maman n'est plus là que je reste
bébé ; on aurait mieux été élevés
si elle avait été là » ; « à la
clinique, le dernier jour, je ne
savais pas qu'elle allait mourir ; j'ai
voulu aller jouer avec toi dans la
cour » ; « je me souviens qu'elle
nous racontait des histoires dans
son lit » ; etc. Inutile d'ajouter que
je l'invite chaque fois à déployer
davantage ce qu'il commence à
raconter et que, lorsque je le sens
ainsi, je me différencie de l'une ou
l'autre opinion pénible qu'il peut
avoir. Le papa ne se pose
d'ailleurs pas qu'en consolateur
obligé de ses enfants. Il se lâche à
l'occasion et fait part de ce qu'ont
été ses moments de souffrance
personnelle ( par exemple, sa
belle-famille, envahissante, qui
avait voulu « reprendre » son
épouse la dernière semaine ... il
avait cédé et elle avait été
accueillie dans la précipitation et
l'inconfort ; il s'en était senti
dépossédé ).
J'ai un sentiment d'estime pour
une attitude fondamentale de ce
papa – et je le lui dirai à haute voix,
avec de mots simples - : en effet, il
peut comprendre que ses enfants
soient frustrés (13)
parce que c'est lui
qui est le parent survivant.
S'appuyant sur ses maladresses et
sa rigidité, c'est cela qu'ils lui
disent à répétition : « Maman aurait
mieux fait que toi ». Et il a
suffisamment de lucidité, de
grandeur d'âme et d'humilité pour
encaisser, sans broncher ni
protester, ces opinions qui, dans
un certain sens, sont vraies,
malgré qu'il fasse tout son
possible. Il devine que ses enfants
ont besoin de le dire et qu'il ne doit
pas les culpabiliser.
En fin de séance, il me demande si
ça ne vaudrait pas mieux pour ses
enfants de me voir
individuellement, « pour mieux
décharger leur peine ». Je lui
réponds que je trouve important
qu'ils s'en déchargent en famille, et
que si l'un des deux avait besoin
d'un entretien individuel, il le
demanderait personnellement et je
l'y accueillerais.
|
§ VI. En guise de conclusion
|
Leur histoire reste en marche et je n'en
décrirai rien de plus : ce qui a été décrit
démontre bien combien la parole
partagée et l'accueil de celle-ci restent
essentiels, et toute l'importance qu'il y a
à faire part des vécus les plus
irrationnels que peut soulever la mort
d'un proche ...
Je vous propose plutôt l'une ou l'autre
réflexion sur les techniques et le processus
thérapeutiques :
1. J'ai travaillé avec toute la famille
nucléaire, en ce inclus le fantôme de la
mère. Caroline, au moins elle, n'aurait-
elle pas bénéficié davantage de séances
individuelles, en ordre principal ou
complémentairement au travail
familial ? En théorie, oui, mais voilà,
elle n'en voulait pas. Alors, je me suis
débrouillé avec le groupe qui acceptait
d'être présent (14).
Ce travail en petit groupe présentait
également ses richesses spécifiques : les
uns ont catalysé l'expression verbale
des autres (« Mais si, Caroline,
souviens-toi ») : auxiliaires cognitifs
d'une mémoire défaillante et/ou
« entraîneurs » en charge d'un
encouragement affectif. Chacun a
entendu ce qui était dit à l'intention
officielle de l'autre et a pu en
bénéficier : quand j'évoquais avec
Caroline ses sentiments pour sa mère, ça
servait aussi à cette thérapie du père
qu'il eût pourtant été impossible de
négocier avec lui.
2. Je ne recommande certainement
pas comme une recette mon
intervention-clé (15)
lors de la première
séance, celle où j'ai proposé avec
insistance que c'était autour de la mère
décédée qu'il se passait quelque chose.
C'était un quitte ou double de ma part.
Je me le suis permis en référence à notre
passé commun, même si les vécus
autour de la mort n'avaient jamais été
évoqués il y a sept ans. Je me le suis
permis aussi parce que l'on tournait en
rond depuis trop longtemps, et que je
me sentais découragé et énervé par cette
stérilité. Aurais-je pu (ou dû ?) me
montrer plus patient ? La question est
mal posée : pour réaliser notre idéal
commun (16)
, nous nous trouvons chacun
avec comme outils notre tempérament,
notre art, nos habitudes de travail et
références d'école, etc. Si mon
invitation n'avait pas porté ses fruits,
sans doute cette thérapie déjà brève eut-
elle tourné court plus vite encore :
constatant l'impasse, pour eux à se dire
et pour moi à les y aider, j'aurais visé à
ce que nous nous disions au revoir sans
nous rejeter ni nous culpabiliser.
3. Le cœur de cette thérapie a été très
bref : deux séances ! Après, il y a encore
eu deux séances familiales espacées, où
la centration du discours a porté sur les
relations actuelles père-enfants, et où
l'on n'a plus évoqué la maman que de
loin en loin et avec calme et douceur : je
crois qu'ils n'avaient plus besoin d'y
revenir de façon significative pour
liquider d'autres non-dits, parce que
quelque chose de suffisamment
important (17)
avait été exprimé et échangé
avec les autres, moi inclus. Les bonnes
thérapies ne sont pas toujours celles qui
durent très longtemps, pas plus que je ne
pense qu'il faille revenir cent fois sur la
même interprétation, avec des
harmoniques à peine différentes.
De toutes façons, nous sommes
largement (18)
soumis à la liberté de
décision de nos clients. Ici, après les
deux séances suivantes, les enfants ont
dit de la façon la plus claire qu'ils
n'avaient plus besoin de venir ( pour le
moment ) et le père a été d'accord avec
eux. Ayons l'humilité de reconnaître
que c'est souvent (19)
ainsi que
fonctionnent les thérapies en centres de
santé mentale : phases brèves d'une
histoire où nous aidons nos vis-à-vis à
réparer une brèche dans un mur de leur
maison, ou à faire sortir un arbre dans
leur jardin ... jusqu'à la prochaine fois.
BACQUE M.-F., Le deuil à vivre.
Coll. Opus, Odile Jacob, Paris 1995.
BAILLY L., GOLSE B., SOULE M.,
Conséquences pour les enfants des
crises familiales graves et des
événements traumatiques, 2793-2808
in LEBOVICI S., DIATKINE R. et
SOULÉ M. - Nouveau traité de
psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent, P.U.F Paris., 1995.
HANUS M., Les deuils dans la vie;
deuils et séparations chez l'adulte et
chez l'enfant, Maloine, Paris 1994.
HANUS M., Le deuil chez l'enfant,
1463-1476 in LEBOVICI S.,
DIATKINE R. et SOULÉ M. -
Nouveau traité de psychiatrie de
l'enfant et de l'adolescent, P.U.F., Paris 1995.
HAYEZ J.-Y., La destructivité chez
l'enfant et chez l'adolescent, Paris, Dunod, 2001.
LECLERCQ C., HAYEZ J.-Y. , Le
deuil compliqué et pathologique chez
l'entant, Louvain Méd., 1998, 117,
293-307.
PIRARD E., D'un deuil particulier
chez les enfants, 245-250 in
STEICHEN R. et DE NEUTER P. -
Les familles recomposées et leurs
enfants, Academia-Erasme, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de
l'Université Catholique de Louvain, chef
du service de psychiatrie infanto-juvénile des Cliniques
Universitaires St Luc.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
Site :
http://www.jeanyveshayez.net/
(2). Ce qui, objectivement, n'est pas faux.
Il n'est même pas tout à fait impensable
que le comportement de
Caroline ait parfois épuisé sa mère
dans sa lutte contre son cancer.
On est alors dans cette catégorie de situations
où un être humain provoque accidentellement,
involontairement, une destruction matérielle ou physique plus ou
moins importante, et par la suite, il est
fréquent qu'il s'en ressente non seulement désolé – ce qui serait
« objectif » - , mais également coupable.
(3). La distinction un peu simpliste
que les Nords-américains font entre les « externalizing » et « internalizing »
disorders n'est pas sans fondement.
On pourrait très grossièrement répartir
l'humanité en deux catégories : ceux
qui ont tendance à reprocher aux autres
ce qui arrive, et à se montrer agressifs
pour les mettre à distance ; et ceux
qui prennent sur eux, ont tendance à
une introspection pessimiste, à la
culpabilité facile et à l'auto agression. Ces
prédispositions sont à la fois liées
à la nature ( les gènes ) et à la
culture ( le mode d'éducation ).
(4). Dans mon souvenir ? La description
qui suit montrera que je connaissais déjà
cette famille avant le décès de la maman.
(5). Pour le moment, le père n'a pas de
compagne ( ni de compagnon : soyons
contemporains ! ). Il en a eu une, deux
ou trois mois, mais il a rompu parce
que, dit-il, elle ne s'entendait pas avec les enfants.
(6). Le plus loin où je me hasarde,
c'est d'évoquer ce qui arrive à un
petit ourson après la mort de ses
deux parents ours dans un accident.
(7). Il faut ici rappeler que le père
est un homme sérieux – il y a très
longtemps qu'il a envoyé aux orties
son « Enfant Intérieur -, qui veut
beaucoup contrôler et commander ses
enfants. Mais ceux-ci lui
résistent assez habilement et il finit
par abandonner la partie. Il ne se
coule pas facilement dans le
monde psychologique des enfants et
malgré sa bonne volonté, fait de nombreux commentaires
maladroits en leur présence sur
leur supposée psychologie.
(8). De ma rêverie et, rappelons-le,
du fait de notre histoire commune : sept
ans auparavant, je travaillais
déjà avec cette famille lors de la
maladie puis le décès de la mère !
(9). Avant le décès de sa maman, c'est-à-dire
jusque la fin de sa seconde primaire, Caroline était
première de classe. Après, elle a été et
reste à la traîne, jusqu'à avoir redoublé une année.
(10). Je le ferai un peu parler de ce à
quoi il pense et je lui proposerai, à titre
de cadeau fait à sa maman,
de penser à des souvenirs heureux vécus
avec elle, plutôt qu'à des souvenirs tristes.
(11). Présents : le père, les deux enfants et moi-même.
(12). Le père en profite pour expliquer que
sa femme avait renoncé à cette perruque, et
s'en tenait à un foulard,
parce qu'elle était fière et trouvait ça plus élégant.
(13). Je n'irais pas jusqu'à dire que ces enfants lui en veulent.
(14). Au début, les enfants prétendaient même
que c'est par pure obéissance qu'ils étaient
là, et ils maugréaient.
(15). Clé d'une porte jusque là fermée.
(16). Un idéal commun ? Aider le sujet
humain à se trouver bien avec lui-même,
et ceci, sans qu'il soit antisocial et
mieux encore, en intégrant une sociabilité
« suffisamment bonne ».
(17). Je paraphrase Winnicott et sa mère
« suffisamment bonne » : les êtres et les
relations, spontanées ou
thérapeutiques, vraiment « bien » ne peuvent
être que les « suffisamment bien ». La perfection est, non
seulement une utopie mais surtout une
vision épuisante et destructrice de la joie de vivre.
(18). Sauf pour ce qui est de notre droit
à nous opposer à ce qui serait franchement antisocial.
(19). Souvent ? Dans mon expérience,
environ 60% des prises en charge y sont
brèves et estimées fructueuses.
Environ 20%, brèves ou très brèves
( une séance ) et estimées stériles.
20% sont de longue durée, avec du fruit variable.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français.
L'article décrit de façon
détaillée deux séances d'entretiens
familiaux. Il montre combien le silence
qui s'était installé autour du décès de
leur maman avait entretenu une
profonde dépression, de la culpabilité et
de l'autopunition chez les enfants. Parler
des idées et questions laissées en
suspens a un effet libérateur pour tous.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Samenvatting.
Het artikel beschrijft op
uitvoerige wijze twee zittingen van
familieterapie. Het toont hoeveel de stilte
die zich rond het overlijden van
hun moeder een diepe depressie,
schuld en autopunition bij de kinderen
had onderhouden. Over de ideeën en
vragen spreken die aan een bevrijdend
gevolg voor iedereen in beraad worden
gehouden.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en anglais : Summary.
The article is a case study
that describes two sessions of a brief
family therapy. These sessions show us
how the silence around a mother's death
kept profound depression, guilt and self-
punishment to the children. Breaking this
secret and speaking about all the
feelings took the weight off children's mind.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Resumen.
El artículo describe de
manera detallada dos sesiones de
encunetro con un padre y sus dos hijos,
largo tiempo despues de la muerte de la
madre. ensena como el silencio que se
había instalado en torno a la dicha
muerte mantenía una profunda
depresión, culpabilidad y autocastigo
en los niños. Hablar de las ideas y
cuestiones dejadas en suspenso genera
un efecto liberador para todos.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Deuil pathologique, mort d'un parent,
culpabilité infantile.
Pathologische rouw, dood van een ouder, kinderschuld.
pathological mourning, parent's death, child's guilty.
Luto patológico, muerto de un padre,
culpabilidad infantil.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Création le 26 janvier 2005.
Dernière mise à jour
le dimanche 06 juillet 2008.
Issu d'un document en traitement de texte reçu par mail
envoyé par le professeur Jean-Yves Hayez le 07 octobre 2005.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.
... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Plan.
ici
Notes.
ici
Résumé - Samenvatting - Abstract - Resumen.
ici
Mots clés - Sleutelwoorden- Keywords- Palabras clave
ici
Bibliographie.
ici
Télécharger.
ici
Brut.
ici
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
§ I. Mécanismes en jeu.
§ II. Une première histoire en commun
§ III. Une demande d'aide urgente
§ IV. Affronter le non-dit
§ V. Continuer à parler des morts
§ VI. En guise de conclusion
Bibliographie.
Notes.
Cochez ici pour télécharger
le texte original et
intégral de ce site en format traitement de texte.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en néerlandais : Samenvatting.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en espagnol : Resumen.
ici
- Notes automatiques. -
.
.
(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en
psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de
l'Université Catholique de Louvain, chef
du service de psychiatrie infanto-juvénile des Cliniques
Universitaires St Luc.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be.
Site :
http://www.jeanyveshayez.net/
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(2). Ce qui, objectivement, n'est pas faux.
Il n'est même pas tout à fait impensable
que le comportement de
Caroline ait parfois épuisé sa mère
dans sa lutte contre son cancer.
On est alors dans cette catégorie de situations
où un être humain provoque accidentellement,
involontairement, une destruction matérielle ou physique plus ou
moins importante, et par la suite, il est
fréquent qu'il s'en ressente non seulement désolé – ce qui serait
« objectif » - , mais également coupable.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(3). La distinction un peu simpliste
que les Nords-américains font entre les « externalizing » et « internalizing »
disorders n'est pas sans fondement.
On pourrait très grossièrement répartir
l'humanité en deux catégories : ceux
qui ont tendance à reprocher aux autres
ce qui arrive, et à se montrer agressifs
pour les mettre à distance ; et ceux
qui prennent sur eux, ont tendance à
une introspection pessimiste, à la
culpabilité facile et à l'auto agression. Ces
prédispositions sont à la fois liées
à la nature ( les gènes ) et à la
culture ( le mode d'éducation ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(4). Dans mon souvenir ? La description
qui suit montrera que je connaissais déjà
cette famille avant le décès de la maman.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(5). Pour le moment, le père n'a pas de
compagne ( ni de compagnon : soyons
contemporains ! ). Il en a eu une, deux
ou trois mois, mais il a rompu parce
que, dit-il, elle ne s'entendait pas avec les enfants.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(6). Le plus loin où je me hasarde,
c'est d'évoquer ce qui arrive à un
petit ourson après la mort de ses
deux parents ours dans un accident.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(7). Il faut ici rappeler que le père
est un homme sérieux – il y a très
longtemps qu'il a envoyé aux orties
son « Enfant Intérieur -, qui veut
beaucoup contrôler et commander ses
enfants. Mais ceux-ci lui
résistent assez habilement et il finit
par abandonner la partie. Il ne se
coule pas facilement dans le
monde psychologique des enfants et
malgré sa bonne volonté, fait de nombreux commentaires
maladroits en leur présence sur
leur supposée psychologie.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(8). De ma rêverie et, rappelons-le,
du fait de notre histoire commune : sept
ans auparavant, je travaillais
déjà avec cette famille lors de la
maladie puis le décès de la mère !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(9). Avant le décès de sa maman, c'est-à-dire
jusque la fin de sa seconde primaire, Caroline était
première de classe. Après, elle a été et
reste à la traîne, jusqu'à avoir redoublé une année.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
(10). Je le ferai un peu parler de ce à
quoi il pense et je lui proposerai, à titre
de cadeau fait à sa maman,
de penser à des souvenirs heureux vécus
avec elle, plutôt qu'à des souvenirs tristes.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 11.
(11). Présents : le père, les deux enfants et moi-même.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 12.
(12). Le père en profite pour expliquer que
sa femme avait renoncé à cette perruque, et
s'en tenait à un foulard,
parce qu'elle était fière et trouvait ça plus élégant.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 13.
(13). Je n'irais pas jusqu'à dire que ces enfants lui en veulent.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 14.
(14). Au début, les enfants prétendaient même
que c'est par pure obéissance qu'ils étaient
là, et ils maugréaient.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 15.
(15). Clé d'une porte jusque là fermée.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 16.
(16). Un idéal commun ? Aider le sujet
humain à se trouver bien avec lui-même,
et ceci, sans qu'il soit antisocial et
mieux encore, en intégrant une sociabilité
« suffisamment bonne ».
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 17.
(17). Je paraphrase Winnicott et sa mère
« suffisamment bonne » : les êtres et les
relations, spontanées ou
thérapeutiques, vraiment « bien » ne peuvent
être que les « suffisamment bien ». La perfection est, non
seulement une utopie mais surtout une
vision épuisante et destructrice de la joie de vivre.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 18.
(18). Sauf pour ce qui est de notre droit
à nous opposer à ce qui serait franchement antisocial.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Note 19.
(19). Souvent ? Dans mon expérience,
environ 60% des prises en charge y sont
brèves et estimées fructueuses.
Environ 20%, brèves ou très brèves
( une séance ) et estimées stériles.
20% sont de longue durée, avec du fruit variable.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
|
- Bibliographie automatique. -
|
.
.
Bibliographie numéro 1.
[1].
BACQUE M.-F., Le deuil à vivre.
Coll. Opus, Odile Jacob, Paris 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 2.
[2]. BAILLY L., GOLSE B., SOULE M.,
Conséquences pour les enfants des
crises familiales graves et des
événements traumatiques, 2793-2808
in LEBOVICI S., DIATKINE R. et
SOULÉ M. - Nouveau traité de
psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent, P.U.F Paris., 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 3.
[3]. HANUS M., Les deuils dans la vie;
deuils et séparations chez l'adulte et
chez l'enfant, Maloine, Paris 1994.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 4.
[4]. HANUS M., Le deuil chez l'enfant,
1463-1476 in LEBOVICI S.,
DIATKINE R. et SOULÉ M. -
Nouveau traité de psychiatrie de
l'enfant et de l'adolescent, P.U.F., Paris 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 5.
[5]. HAYEZ J.-Y., La destructivité chez
l'enfant et chez l'adolescent, Paris, Dunod, 2001.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 6.
[6]. LECLERCQ C., HAYEZ J.-Y. , Le
deuil compliqué et pathologique chez
l'entant, Louvain Méd., 1998, 117,
293-307.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
.
.
Bibliographie numéro 7.
[7]. PIRARD E., D'un deuil particulier
chez les enfants, 245-250 in
STEICHEN R. et DE NEUTER P. -
Les familles recomposées et leurs
enfants, Academia-Erasme, 1995.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
Pour télécharger ce site ...
|
Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
|

... en format
traitement de texte, vous avez les choix suivants :
Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 09.10.2005 ).
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir.
|
Caroline, Gautier et le fantôme de leur maman.
|
Vous avez la possibilité de voir le texte brut : ici. .
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.