Paru
dans Patient Care, 1992, 15-8, p. 47.
Une vision assez réductionniste!
Bien que cet article me paraisse donner d'excellentes pistes pour se
retrouver dans les composantes organiques du diagnostic et du traitement des
affections respiratoires chroniques ou récidivantes chez l'entant, j'ai
beaucoup regretté qu'il ne prenne pas en compte leur inscription systématique
dans un contexte bio-psycho-social: il constitue indirectement une invitation
à la
pratique d'une médecine réductionniste.
Or, nous savons que les défenses organiques d'un enfant peuvent
s'amenuiser, Si pas s'effondrer, lorsque son état psychique n'est pas bon
( une carence affective, par
exemple ), que des parents
surprotecteurs donnent moins que
d'autres à leur enfant l'occasion de s'immuniser ( peu de socialisation ), que,
parfois, le recours répétitif
aux médecins pour d'apparents bobos cache des insatisfactions profondes
( entre autres, mères seules qui pourraient' maltraiter leur enfant et
lancent des appels à l'aide indirects ), que certains parents et enfants recherchent
les bénéfices secondaires des maladies prolongées ... Nous savons aussi que le
phénomène psychosomatique existe - même s'il faut être prudent avant de
généraliser - et donc qu'un certain nombre d'asthmes ou/et d'autres
manifestations rapidement classées
comme allergiques peuvent à tout le moins être amplifiées - Si pas provoquées -
par des phénomènes psychiques chronologiquement primaires ou secondaires (
angoisse du retour des crises, recherche de la sécurité à l'hôpital ).
Quel dommage qu'il ne soit fait quasi aucune allusion à tout cela,
qui est aussi
le pain quotidien des médecins! Dans les dix questions clés du début de
l'article, on aurait pu inclure les suivantes qui cernent le contexte humain,
relationnel et personnel, dans lequel prend place la maladie :
· enfants ou/et parents « bien dans leur peau » ou non;
· suspicion de
carence affective, d'angoisses anormales;
· manière dont
est gérée la maladie par les parents ( source possible ou non de bénéfices
secondaires );
· lien entre
crises et événements de la vie ...
Lorsque, à partir de là, le clinicien « classe » son patient dans une
des quatre catégories proposées, il pourra aussi, quelle que soit celle-ci,
accorder un poids plus ou moins important au contexte psycho social, au titre
de facteur provoquant ou
entretenant la durée de la maladie, ou facilitant la guérison.
Enfin, le
médecin traitant, en première ligne, peut s'atteler à rendre le contexte social
plus serein, moins porteur de bénéfices secondaires; il peut, par
une thérapie de soutien de l'enfant, bien informer celui-ci de ce qui
lui arrive, améliorer sa confiance en soi ou son degré de prise en charge
personnelle de ses maladies. S'il n'y parvient pas, et que l'état de santé de
l'enfant est préoccupant, il peut l'envoyer chez un pédopsychiatre familiarisé
à la psychiatrie de liaison.
Dr J.-Y. Hayez
Responsable du
groupe de pédopsychiatrie
Cliniques
universitaires St Luc
1200 Bruxelles