A propos du masculinisme

 

Jean-Yves Hayez

 

 

Le mardi 22.03.05, la chaîne de télévision ARTE a consacré sa soirée thématique aux dysfonctionnements des pères, causes de situations dramatiques en matière de garde d’enfants après séparation conjugale. Elle s’est centrée sur les pères violents physiquement et/ou en recherche de pouvoir ( masculin ) absolu, qui continuent à persécuter les mères après la séparation, qui les menacent lourdement, et qui finissent par imposer une garde alternée – au moins cela – qui n’est pas au service de l’enfant.

 

Je suis intervenu à deux reprises dans la seconde partie de cette soirée, dans un film intitulé In nomine patris  :  d’un long interview passé avec moi et consacré aux besoins des enfants après séparation parentale et à l’hébergement alterné, la chaîne n’a retenu que deux courts moments où je m’exprimais sur le masculinisme.

J’assume ce que j’y ai dit, mais je regrette que, probablement involontairement, cette émission a présenté la partie pour le tout, c’est-à-dire qu’elle a pu faire croire, à tort, que tous les problèmes postérieurs à la séparation étaient dus à ce type de masculiniste. En particulier, on a mis en scène, par petites séquences, la fable du Petit Chaperon Rouge d’une façon particulièrement lourde, qui pouvait induire l’idée que l’Homme n’est qu’un dévoreur d’enfants.

 

Je souhaite donc remettre les choses au point en ce qui concerne mes opinions :

A.     Quand il existe des difficultés majeures de circulation de l’enfant entre ses parents après la séparation, les responsabilités se répartissent entre ceux-ci selon une courbe de Gauss : à une extrémité, le parent gardien ( souvent la mère ) est principalement responsable du refus que fait l’enfant d’aller visiter l’autre parent ( le parent refusé – souvent le père ). A l’autre extrémité, c’est le parent refusé qui est le principal responsable de ce qui lui arrive  :  c’est plus souvent le père que la mère et ici, en effet, ça se passe souvent après qu’aient eu lieu de lourdes violences conjugales dont l’enfant a gardé la mémoire effrayants en lui : le père n’a qu’à s’en prendre à lui-même si l’enfant a de la mémoire par la suite, et on ne devrait pas imposer à ce dernier l’expérience très angoissante de revoir son père « parce qu’il est le père - un point c’est tout ». Il n’est pas impossible que ce père reconquière lentement sa place, mais d’abord et avant tout en changeant d’attitude vis-à-vis de son ex-épouse.

 

Au milieu de la courbe de Gauss – et donc pour les cas majoritaires – la responsabilité est partagée entre père et mère, qui continuent d’énormes bras de fer après la séparation même s’ils ne l’avouent pas officiellement. Pour lire mon opinion plus en détails, je joins au présent document un extrait de l’article « L’aliénation parentale, un concept à haut risque », écrit avec le Docteur Kinoo[1].

 

B. Les revendications masculinistes existent, et je ne renie rien de ce que j’ai dit à leur propos dans l’émission. Les masculinistes se retrouvent souvent en majorité dans toutes les associations de pères qui fleurissent un peu partout en Europe essentiellement pour faire face aux problèmes liés à la séparation.

La souffrance de ces masculinistes, ce n’est pas d’abord d’être privés de leur enfant, mais c’est que leur ex-femme ait du pouvoir. C’est cela qu’ils veulent abattre, et d’ailleurs, ils ne font que parler de leurs droits, et pas du bien-être de l’enfant. Ce qui est compliqué c’est que, dans ces associations de pères, se retrouvent aussi – souvent en minorité – un autre groupe de pères beaucoup plus injustement blessés, parce la mère de leur enfant, elle, se trouve dans la première extrémité de la courbe de Gauss évoquée tantôt  :  c’est elle qui est principalement en tort et qui fait du tort à l’enfant et c’est évidemment la situation, injuste, vécue par cette minorité que les masculinistes brandissent à l’avant-plan !

 

Malheureusement, les masculinistes sont souvent des hommes socialement influents ou passant énergiquement à des actions spectaculaires, comme en Angleterre. Ils se constituent en lobbies qui font croire à la société qu’ils représentent la sensibilité de la majorité de pères[2]. Et ils essaient de faire passer en vérités scientifiques ou en lois de revendications « égalitaires » tout à fait dangereuses pour l’enfant. S’il est vrai que l’homme et la femme sont également importants, s’il est vrai qu’il est également important pour l’enfant de se référer à un père et une mère, encore faut-il que ceux-ci méritent le titre de « bon père », et de « bonne mère » par la qualité de leur amour  :  être père ou mère, ce n’est pas l’application d’un principe, c’est quelque chose qui se mérite. Enfin, égalité en importance ne signifie nullement qu’il faille alors passer un temps égal chez l’un et chez l’autre  :  l’hébergement alterné est une manière de vivre qui convient à certains enfants, mais pour peu qu’un certain nombre de conditions positives soient remplies. Parmi celles-ci, il est indispensable que l’homme et la femme aient refait entre eux une paix raisonnable. L’enfant ne peut pas constituer un médicament pacificateur de leur ex-couple via le mode de la garde alternée : ça ne marche pas et c’est éthiquement non défendable[3].

 

C. Qu’il soit clair également qu’il existe des femmes qui sont les principales responsables de l’exclusion des hommes et des pères, et que c’est tout aussi inadmissible que le fonctionnement inverse. Certes, la violence physique conjugale est largement le privilège des hommes. Mais il existe d’autres formes de violence, verbale ou comportementale, que certaines femmes exercent : elles aboutissent à faire de l’homme un légume, assis sur un strapontin dans un coin de la pièce familiale avec un verre de bière pour le consoler ; elles aboutissent aussi par la suite à vouloir réduire à néant la place du père. Et le pourcentage de femmes qui se trouvent à cette extrémité de la courbe de Gauss déjà évoquée n’est pas inférieur à celui des hommes, plus souvent violents physiquement eux, et qui sont à l’autre extrémité.

 



[1] Parution prochaine dans la « Revue trimestrielle de droit familial » et dans « Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence ». Texte complet disponible sur le site  de l’observatoire du droit de l’enfant : www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=315

[2] Et comme cela a été dit à la fin de l’émission, ce n’est pas vrai ! Il faut que la majorité silencieuse des hommes s’expriment à ce propos !

[3]  Voir à ce sujet l’article Garde alternée et autorité parentale conjointe sur le site de l’observatoire du droit de l’enfant : http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=90

autorité parentale conjointe sur le site de l’observatoire du droit de l’enfant : http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=90