Fourniret,
la perversion à l’état pur
De nombreux viols et assassinats commis et avoués par Michel Fourniret ont déjà été répertoriés ou font encore l’objet d’enquêtes. Il est malheureusement bien possible qu’il reste encore de nombreuses zones d’ombre dans cet itinéraire sordide.
Son comportement monstrueux, froid, apparemment sans état d’âme nous montre l’incroyable complexité de l’être humain : à la différence des autres mammifères, puisque nous possédons une intelligence réflexive et une liberté intérieure, nous sommes bel et bien capables du meilleur et du pire ! Et le pire, on en voit une des incarnations en Michel Fourniret : il a laissé grandir en lui une très forte perversion sexuelle, tournant autour de la virginité des jeunes filles et du massacre de celle-ci, plutôt que d’utiliser sa liberté intérieure et sa volonté à bloquer ce qui, au début, n’était probablement en lui qu’un déroulement de fantasmes et qu’une tendance ! Même si celle-ci a pris racine dans son histoire de vie, où se sont sans doute vécus des épisodes très difficiles à propos de la sexualité, il n’en avait pas perdu pour autant toute liberté intérieure, et il a mis celle-ci au service de son besoin de jouissance très particulier. Quant à son besoin de tuer juste après, il montre à tout le moins le non-cas absolu qu’il pouvait faire de l’autre pour protéger sa peau ; mais il est bien possible que sa motivation au meurtre fasse, elle aussi, partie de sa perversion et lui amène d’aussi fortes jouissances interdites que tout le reste de son scénario ( préparation de l’enlèvement ; enlèvement ; jeu sadique chat et souris avec la victime ; viol et meurtre ).
Fourniret a donc laissé se développer une parfaite double vie : une vie familiale et sociale d’une part, réussie vaille que vaille, et une vie de monstre. C’est pire que le personnage des films américains d’épouvante qui se transforme en loup-garou la nuit : les loups-garous, au moment de la transformation, ils hurlent leur désespoir de se transformer, parce qu’ils ne le veulent pas…alors que lui, il l’a choisi et rechoisi !
Quel sera l’avenir de Michel Fourniret ? Il va être très lourdement sanctionné, bien évidemment, et il faut espérer que l’Etat belge ou français aura la mémoire longue, et ne considèrera pas dans quinze ans qu’il a assez payé pour tout le mal qu’il a commis ! Je ne parle pas ici du risque de récidive dont il faut se prémunir, mais de la sanction qu’il mérite : pour moi, il est clair qu’il doit rester jusqu'à sa mort privé de sa liberté de se mouvoir dans la société.
Est-il capable d’évoluer psychologiquement et de mettre fin à cette horrible perversité qui l’habite ? Capable, oui, sous réserve qu’on lui offre une très solide aide psychologique- actuellement pas vraiment installée à un tel niveau en prison ! – et qu’il accepte sincèrement d’en bénéficier ! Mais voilà bien le hic le plus fondamental : une grande majorité des très grands pervers n’acceptent pas intérieurement de renoncer aux jouissances que leur apporte leur perversion. Dans un reportage récent[1], Marie-Noëlle Bouzet, la maman d’Elisabeth Brichet, à qui José Dessart avait donné la parole, était très amère par rapport à cette jouissance qui allait probablement se poursuivre à travers les fantasmes et actes sexuels plus ou moins solitaires qui existent en prison. Bien sûr, elle évoquait surtout le risque de la récidive si on la libérait un jour. Mais, il y a gros à parier qu’elle en avait aussi lourd sur le cœur à l’idée que, des années durant, entre les quatre murs de sa cellule, Fourniret allait peut-être continuer à violer des dizaines d’Elisabeth dans sa tête en se masturbant.
Alors, la maman d’Elisabeth a laissé s’exprimer une idée dont nul ne pourrait se permettre de lui faire reproche : « Et s’il existait un moyen d’effacer tous les souvenirs de Fourniret, ne pourrait-on pas l’employer sur lui ? Ainsi, au moins, on serait davantage sûr qu’il ne récidiverait plus. » Je ne suis pas certain que ça a été ses termes exacts, mais c’est l’idée. Et je crois deviner, au-delà : « Et si on empêchait ce sale type d’encore jouir en continuant à massacrer ma fille dans sa tête ? »
Outre qu’un tel moyen n’existe pas actuellement, ni par chirurgie, ni par chimie la maman d’Elisabeth soulève là un bien délicat problème d’éthique. Pour ma part, et en ce moment de ma vie, voici comment je le résous : C’est vrai que c’est répugnant d’imaginer que la perversion de Fourniret a toutes chances de se poursuivre dans ses fantasmes et sa sexualité solitaire. Il faut donc d’abord et avant tout que des délégués de la communauté parlent avec lui et essaient de mobiliser son être intérieur. Mais même s’ils échouent, je ne puis cependant pas me résoudre à l’idée qu’on fasse emprise sur un être humain, par voie chimique ou chirurgicale, pour tenter de lui supprimer ou de lui changer des pensées, fussent-elles répugnantes. Ca ne veut pas dire que je suis un bénit oui-oui : j’ai dit qu’à mes yeux, Fourniret mérite la réclusion définitive pour les actes qu’il a faits. Et si l’on se trouve face à un criminel un peu moins grave que lui mais très susceptible de récidiver à sa libération, c’est par un contrôle strict sur ses allées et venues qu’il faut réagir, mais pas par le viol légalisé de son cerveau.
la lourde
responsabilité de Monique Olivier
Michel Fourniret aurait pu être bloqué beaucoup plus tôt dans sa carrière criminelle si Monique Olivier avait parlé. Je n’ai aucune indulgence pour elle : à mes yeux, elle est co-responsable, à part égale, de tous les crimes commis par son mari.
Je ne connais pas les arguments qu’elle avance pour expliquer son très long silence. Je parie qu’elle fait ou qu’elle fera référence à la peur. Mais à propos de Michèle Martin lors de l’affaire Dutroux. J’ai déjà indiqué mon scepticisme quant à cette référence à la peur[2] : si j’admets que des situations d’effroi momentané peuvent vraiment inhiber une personne, il n’en va pas de même d’un niveau plus modéré d’angoisse au quotidien. Si Monique Olivier, à l’instar de Michèle Martin, imaginait à tort ou à raison que son mari aurait pu la massacrer pour avoir parlé, elle pouvait toujours donner un coup de téléphone anonyme à la police, ce qui l’aurait protégé d’une hypothétique vengeance en arrêtant le pire.
. Plus fondamentalement cette invocation de la peur comme explication principale d’un si incroyable silence ne convient pas. Il y a gros à parier qu’il y a autre chose : une participation par procuration à la perversion du mari, une manière de régler des comptes à la vie, en laissant assassiner tant et tant de jeunes filles innocentes. Mais ici aussi, même si l’histoire de vie de Monique Olivier avait installé en elle comme une tendance, une prédisposition à se laisser commettre tant de violence criminelle, sa liberté intérieure de dire « Non », n’était pas annulée pour autant. Elle ne l’a pas fait : sur le plan humain, elle est aussi coupable que Fourniret.
Rappelons-nous cette phrase si vraie d’Einstein, que les comités blancs et les parents d’enfants disparus ont faite leurs : « Le monde est dangereux à vivre! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». Hélas, c’est plus vrai aujourd’hui que jamais.
[1] Le mercredi 16/03 à 20h45, sur la chaîne RTBF, José Dessart a présenté un excellent reportage consacré à la trajectoire du couple Fourniret-Olivier et aux témoignages des parents de leurs victimes
[2] L’article complet, les angoisses de Michèle Martin, se trouve sur le site de l’Observatoire citoyen : http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=214