§
I. Considérations générales
I.
Communication ? Rencontre
et (tentative d’) échange, verbal et non verbal, entre au moins deux[3]
« sujets humains » ayant habituellement en commun :
-
une capacité et une
liberté de penser ; de construire leur monde intérieur, y inclus leurs
valeurs et leur « image du monde » ;
-
une (certaine) capacité à s’exprimer, à
comprendre l’autre et à se faire comprendre ;
-
les droits de l’homme, en ce inclus une
liberté de principe de penser « leur projet de vie » et de mettre en œuvre ses composantes non
anti-sociales ;
-
les devoirs de
l’homme : au moins le devoir de respecter les Lois naturelles et celles de
la cité, si celles-ci respectent elles-mêmes celles-là.
II.
Qui vivent
dans « des mondes » très différents : monde bien organisé de l’adulte et en face, monde du
petit ( imagination, ignorance, angoisse ) ou monde de l’adolescence (
méfiance, vantardises, volonté de puissance )[4]
A.
Tant pour les petits
que pour les ados,( même si ces derniers le dénient ) nous, adultes, nous
sommes souvent impressionnants ( notre âge ; l’étrangeté de notre
bureau ; le statut de « juge » auquel est confusément lié
pouvoir, sanction, police ; le statut de médecin ou de psychologue, auxquels
sont liés d’autres pouvoirs, etc.).
B.
Nous avons, bien plus
que les enfants, la capacité de nous adapter et d’entrer – quelque peu – dans
leur monde ( par exemple adapter notre vocabulaire ; décider de nous
intéresser à leurs centres d’intérêts ). Toutefois, les plus petits n’aimeraient
pas que notre manière d’être les infantilise excessivement ( parler bébé ), et
les ados, que nous jouions
copain-copain avec eux …
C.
Aller vers leur
monde, c’est nous rendre intelligibles et un peu moins impressionnants, un peu
plus accessibles (« interlocuteurs possibles », … sans néanmoins
mythifier le résultat : nous nous mettons davantage à leur portée, mais
nous conservons un statut réel et imaginaire plutôt redoutable ;
l’apprivoisement et la confiance ne se font pas en une fois et ne se font
jamais complètement.
D.
Un pied dans leur
monde, certes, mais sans nous laisser absorber par celui-ci. La communication
adulte-enfant implique que persiste une différence ( dans les statuts, les
objectifs ). L’adulte garde souvent une responsabilité d’ensemble. Il pense à
l’enfant, passé, présent et futur au-delà de l’immédiateté de celui-ci. Il
n’est pas là pour jouer, ni pour se laisser fasciner par « la frime »
des ados.
III.
Rencontre qui
se décompose en bien des « harmoniques », pas toujours à l’oeuvre dans leur ensemble, en tout cas au
même moment. Dans le chef de l’adulte :
§
Ecouter, et se
laisser parfois déstabiliser par ce que
l’on écoute.
§
Demander à être « pris en
considération » ;
§
Informer et
s’informer ;
§
Partager un vécu
expérientiel ;
§
Décider et sanctionner
( positivement et négativement ) lorsqu’on est en charge d’éduquer ou/et de
représenter la loi ;
§
Etc.
§
II. Installer un cadre propice
Espace : - intime, accueillant
- Comment se placer ?
- Mobilier
Temps : - Prendre le temps
- Ne pas se laisser déranger ( par le
téléphone, un collègue qui frappe à la porte…)
Conditions matérielles : - Pas ( trop )de sources de
distraction
-
Papier – crayon ( et/ou marqueurs ) ( pour dessiner )
§
III. Les « harmoniques » de la communication
A. Préalables à
l’écoute :
1.
L’enfant, même tout
petit, « pense » sa situation de vie … mais n’est pas toujours
capable ou n’a pas envie de dire tout ce qu’il pense ! Est-ce si facile,
par exemple, d’énoncer :
Pourquoi papa
ne dort-il plus dans le même lit que maman ? Pourquoi suis-je placé, moi,
et pas ma petite sœur ? Pourquoi est-ce mal, ce qu’il m’a fait ?
Je suis sûr que je suis méchant, laid, con … parce que….
S’il continue à me battre, je vais le tuer, je vais fuguer, je le dirai pas à maman parce que …
2.
L’enfant connaît un
certain nombre de choses, et d’autant plus qu’il grandit, mais ne fait pas part
spontanément de tout de qu’il connaît, loin de là ( par prudence, par peur
d’être grondé ou de passer pour bête, par peur de trahir ses proches ou ses
amis …)
Je sais bien que mon père n’est pas en voyage, mais en prison …
Je sais bien que c’est mal d’avoir fait telle chose exprès comme je l’ai fait …
Je sais qui a volé cet argent …
Je sais ce que ça veut dire les mots : Tribunal, alcoolisme, folie, placement, niquer, etc.
A nous d’en tenir compte dans la mesure
du possible : essayer, sans violence, de faire exprimer à l’enfant ce
qu’il sait et s’appuyer sur ce qui, dans son savoir est déjà bien
intégré.
3.
L’enfant s’attend à
ce qu’on l’ignore ( comme un in-fans ; une poupée dans un coin ) et
apprécie en général qu’on s’intéresse à lui, qu’on lui manifeste de la
considération, du respect … même si ça lui fait un peu peur de
« hasarder » ses idées.
Si on sait l’apprivoiser, il se détend souvent, sourit, et se met à exprimer des idées personnelles.
4.
L’enfant-auteur (…
d’un fait qualifié infraction ) apprécie, lui aussi, un respect qui prend en
compte l’ensemble de son contexte de vie, sans le déresponsabiliser ni le
réduire à son acte, sans paranoïa ni naïveté.
Par exemple, comment respecter sans se compromettre le préadolescent du film « Chiens perdus sans colliers » qui met le feu à la grange de ses parents nourriciers maltraitants ? Ou Telly, l’anti-héros du film Kids, qui n’a qu’une idée en tête : « se faire » des jeunes vierges les unes après les autres ? (cfr extraits vidéos).
5.
L’enfant – qui
perçoit, mémorise et pense – se pose des questions, pertinentes ou
fantaisistes, à propos de la situation même à propos de laquelle on l‘invite à
communiquer et à propos de ses enjeux. Ces questions ou ces préoccupations, il
ne les exprime pas toujours spontanément : certaines sont très
« bloquées » en lui et désignées comme « non-dits ». Elles
demandent alors des ruses de sioux pour pouvoir être abordées délicatement.
D’autres sont très faciles à aborder et à « lever » :
« Il va m’envoyer en prison pour toujours, après ce que j’ai fait ». « Qu’est-ce que ça veut dire au juste Juge, Tribunal de la Jeunesse ; c’est qui tous ces gens qui s’agitent pour m’aider ? C’est quoi, mon avocat ? ». « Ca veut dire quoi : disposer de mon procès-verbal ? ». « Est-ce que je peux devenir homo, après ce que ce type m’a fait ? » « Pourquoi on me fait toujours recommencer à raconter la même chose ? ».
« C’est quoi, une mauvaise mère ? »
B. Une écoute bienveillante et active
Dans un ordre chronologique, elle peut
comporter :
1. Une première évocation de « l’offre et de la
demande » et du contexte : « Si
on se disait d’abord qui chacun est et pourquoi on se rencontre
aujourd’hui »
-
Qu’est-ce que l’enfant
en sait
-
Se présenter …
présenter brièvement les objectifs et les enjeux
-
Vérifier ce que
l’enfant a compris
2.
Mais avant d’en
arriver au fait central, si on faisait d’abord connaissance ( de façon plus
globale et informelle ) ?
« Ton
monde m’intéresse … qui es-tu ? qu’ est-ce qui est important dans ta vie,
dans tes journées ? Et sur moi, veux-tu savoir quelque chose ? »
3. Et le cadre
général ? « On va essayer de
parler de ce qui va bien et mal chez
toi, dans ta famille … et voici le code pour parler ensemble :
-
Tu peux ne pas comprendre ce que je dis … et me le faire
savoir
-
Tu peux ne pas connaître la réponse à ma question … et me le
faire savoir
-
Tu peux ne pas avoir envie de répondre … et me le faire
savoir
Face
à ces trois réactions, je les accepterai »
4. En progressant alors
vers le centre : « Raconte-moi
une chose qui va bien … raconte-moi une chose difficile, pour laquelle tu dois
venir me voir ».
5.
Quelque chose de
difficile ?
-
Savoir insister un
peu pour en obtenir l’évocation
-
Protéger l’espace de
parole de l’enfant, pour que ce soit lui qui s’exprime ( pas sa mère, pas son
avocat ).
-
Mais ne pas jouer au
plus fin non plus : s’il a trop honte ou peur, dédramatiser en amorçant
soi-même « la pompe » : « La fois où tu as boxé très fort cette fille … la fois où tu as volé
dans le magasin … la fois où ce monsieur a abusé de toi, a fait un abus sexuel
… Je sais déjà une partie des choses, mais c’est important que tu m’aides, que
tu me fasses bien comprendre ce qui s’est passé, avec tes mots à toi ».
-
Respecter le rythme
d’évocation de l’enfant, respecter ses mots ; prendre le temps d’aller à
son rythme. Savoir se taire, ou tout juste l’encourager, par un murmure de
sympathie, en s’étonnant gentiment, en compatissant, en posant une petite
question de détail.
« Explique-moi
comment ça s’est passé. C’est important pour moi. Vas-y … Et puis ? … Et
alors ? … Quoi, exactement ? … »
-
Inviter l’enfant à se
déployer, à déployer sa narration, ses images, ses pensées, ses questions, ses
hypothèses
« Tu
racontes bien. C’est intéressant, ce que tu dis. C’est comme ça que tu le
penses maintenant, toi ».
-
Soutenir son
discours, et non pas l’étouffer. Le soutenir, par exemple :
·
En redisant un bout
de phrase que l’enfant vient de dire « Donc,
ton papa était très fâché et toi, tu as peur » ; « Ton copain
t’a poussé à le faire et toi, tu me dis que tu as pas osé lui dire
non » ; « tu me dis que tu avais très envie de ces jeux
vidéo ».
·
En redisant, à sa
place, en relevant à l’unisson avec lui, un sentiment qu’il a éprouvé ( empathie
) « Tu étais vraiment très inquiet …
tu en avais tout à fait marre qu’on se moque de toi…tu en avais marre de ne pas avoir ce que les autres ont…tu as eu
envie de montrer que tu étais grande ».
·
En encourageant
directement : « Continue. C’est
bien. Merci de me faire comprendre ce qui s’est passé ».
·
Une fois la confiance
installée, en osant parfois poser une question qui crève un abcès :
« As-tu parfois peur que ta maman ne s’en
aille ? » « As-tu fait une grosse bêtise dont tu n’aimes pas
parler ? Voler de l’argent ? Quelque chose avec le
sexe ? ».
-
Aider l’enfant à
« donner des exemples », à raconter des petits ( ou gros ) événements
interactionnels plutôt que d’exposer des idées générales. « Raconte une fois où tu as été battu »
« une fois où tu t’es laissé entraîner » :
l’enfant devrait nous faire voir des « clip-vidéos » de sa vie
concrète. Après, on peut lui demander d’être un peu plus introspectif :
« Quels sentiments as-tu
eu ? » « Tu as pensé ( ou tu penses ) quoi, de tout ça ? »
- Le contraire de
cette invitation à se déployer, c’est l’adulte qui :
§
Dit tout trop vite à
la place de l’enfant ( par angoisse ou parce qu’il est persuadé que l’enfant ne
sait pas ).
§
Critique trop vite la
valeur, la structure du discours de l’enfant et les faits qu’il rapporte. Il
faut savoir attendre, si l’on veut que celui-ci ait confiance.
§
Veut trop vite
consoler, déculpabiliser, rassurer … et empêche involontairement l’enfant de
dire ce qu’il pense.
-
Quel que soit cette
ambiance d’encouragement et de soutien, il faudra aussi parfois accepter le
mutisme qui se prolonge, sans en vouloir à l’enfant, mais sans démissionner non
plus ( on peut y revenir une prochaine fois ) et sans que l’action ni les
décisions des adultes ne soient paralysées.
« Tu
te tais. C’est ta responsabilité. Tu te trouves sans doute de bonnes raisons.
Alors, je vais décider tout seul ».
C. Une écoute qui serve à quelque chose
C’est accepter de
réfléchir au point de vue de celui qui parle, de
s’en imprégner.
C’est se laisser
déstabiliser jusqu’à un certain point émotionnellement … et parfois l’exprimer
en changeant ses idées et projets premiers.
Certes, certains, surtout les
« auteurs » peuvent chercher à minimiser, tromper, séduire :
notre écoute doit être lucide et prudente.
Certes, beaucoup d’enfants rêvent,
vivent beaucoup dans l’immédiat, font des promesses qu’ils ne sauront pas tenir
( N.B., et parfois, leur famille aussi !).
Nous, nous sommes davantage réalistes,
gardiens du temps, gardiens d’un ensemble d’intérêts.
Il ne s’agit donc pas de se laisser
« avoir » par des émotions, des promesses faites sans réfléchir, des
tromperies.
De là à ne jamais changer un projet,
après que l’on ait bien écouté !
Tant mieux si, de temps en temps, ce
que l’enfant a dit nous amène à réfléchir autrement, à refaire le point ( en
nous-même ou avec d’autres ), à intégrer de nouvelles données dans notre
cheminement décisionnel.
L’adulte qui veut communiquer doit
parfois « demander à exister » face à un enfant fuyant, rêveur,
méfiant, distrait … Insister, mettre ou imposer un cadre convenable, signaler
l’importance du moment de communication, se poser comme sujet qui aura du plaisir ou de la peine selon que cette
communication réussit ou échoue ; demander du respect ; etc.
D’autres fois, c’est plus simple, car
l’enfant semble bien réceptif.
III. INFORMER
A. Procédures de l’information
-
Etre bref ;
aller à l’essentiel ; laisser tomber des détails qui vont surcharger la
capacité de réception de l’enfant et/ou n’ont aucun intérêt pour lui. Se méfier
du perfectionnisme !
Par exemple, dire « C’est moi qui vais m’occuper de toi »
ne prend pas en compte les relais au moment des vacances, des maladies, etc…
mais ça dit l’essentiel !
« Ton cerveau est nerveux. C’est en
partie à cause de cela que tu contrôles mal tes poings » :
la phrase n’explique pas tous les détails de l’ADHD, et introduit néanmoins la
restriction essentielle « en partie »,
qui laisse la porte ouverte à un débat sur la liberté et le choix qui restent à
l’enfant.
-
Beaucoup de choses
peuvent être dites petit à petit : ne pas vouloir dire tout en une fois.
-
Etre clair et
précis ; ne pas tourner autour du pot. Employer les mots qui ont une signification
exacte, de préférence en utilisant le même vocabulaire ou un vocabulaire connu
par l’enfant ( le mot exact n’est pas toujours le mot le plus scientifique des
adultes )
Zizi ( ou tiche à
Bruxelles ), c’est mieux intégré que pénis ; « Le sexe, ça donne du plaisir, et c’est pour ça que des gens à moitié
malades et à moitié méchants violent parfois des enfants ».
-
Ne pas fuir les mots
difficiles : séparation, punition, peine, mal ou bien … mais ne pas
oublier non plus que des informations complètes ne sont ni réductrices, ni
doloristes : si on sépare un enfant de sa famille, c’est souvent parce
que, pour le moment, ses parents ne sont pas capables de bien l’élever ( ou
c’est pour le sanctionner ), mais c’est aussi pour lui donner la chance de vivre
dans une collectivité estimée positive.
-
Situer avec
exactitude les statuts et les parts de responsabilité de chacun.
« Ton juge a décidé que … et moi, voici ce que
je lui ai conseillé … voici ce que j’en pense … voici ce que je pense de
toi ».
-
Parfois, simplifier
l’information en n’évoquant pas des facteurs inutilement anxiogènes, très peu
probables, et sur lesquels les enfants les plus sensibles vont se
"« fixer ».
Par exemple, dire à un enfant souffrant
d’une lourde phobie scolaire : « Et
si ça ne s’arrangeait pas ( ton comportement, grâce à notre bon programme ),
voici ce qu’on ferait : on te prendrait à l’hôpital » =
SUR-INFORMATION INUTILE !
Ne pas évoquer tous les facteurs
d’échec possibles ; y aller parfois franchement du côté du positif, en ne
regardant pas sur les côtés …
-
Ne pas vouloir
critiquer et éradiquer à tout prix toutes les fausses croyances que l’enfant
vit pour le moment ( par exemple, l’idéalisation de ses parents ). Ne pas
argumenter à l’infini …on peut se limiter à dire avec bienveillance et non
mépris « ( Telle chose ), c’est
ce que tu crois, toi, pour le moment ».
-
TOUJOURS VERIFIER CE
QUE L’ENFANT A COMPRIS de l’information proposée :
- Par exemple, lui demander s’il y
avait des mots trop compliqués ; ou encore, gentiment, de résumer ce qu’il a compris.
- Demander s’il a des questions à
poser, des réactions, ce qu’il pense de ce qu’on lui a dit.
B. Quelques contenus de l’information
-
Se présenter et
présenter la situation et ses enjeux.
-
Le statut respectif
des juges, policiers, travailleurs sociaux, experts, avocats etc.
-
Notre opinion à
propos de lui, de sa famille, de son environnement : ressources positives
et points faibles que nous leur attribuons.
-
Dans les actes qu’il
a posés, l’aider à se retrouver entre :
Le permis et le défendu, selon les lois
de la cité, celles de l’école, celles de sa famille.
Les superpositions, confusions et
enchevêtrements de ces deux grand domaines des interdits fondamentaux et des
règles ; la manière dont les adultes sèment la confusion à leur propos (
ils désignent bien trop comme « Mal » les seules
transgressions de règles ).
-
Des réactions qui
peuvent être sources de confusion (par exemple, sentir du plaisir sexuel ne
veut pas dire ipso facto que l’on consentait à un abus ; se taire et
garder un secret est bien plus une réaction d’angoisse ( ou de solidarité avec
le groupe ) qu’un acte mauvais ; transgresser est notre lot commun, etc.
-
Le programme qu’on va
lui appliquer, à lui et à sa famille : ce qui, dedans, est obligatoire et
ce qui est optatif ; comment on va l’évaluer et le contrôler, etc.
-
Les sanctions
éventuelles, leur nature et leur sens.
-
Etc.
A. L’ambiance
-
Pas toujours
possible, ni a fortiori possible en permanence tout au long d’un processus de
communication ( ce sont plutôt des moments isolés, des moments forts dans le
processus ).
-
Jamais
obligatoire ! Jamais « pour jouer un rôle » ( celui du bon – éducateur
– ancien – combattant – qui – sait – partager -, les p’tits loups !).
C’est toujours une libre décision dans le chef de l’adulte qui désire faire un
geste de partage, et donner quelque chose de son humanité.
-
Ne peut avoir lieu
que quand la confiance réciproque est gagnée : alors, on se donne du
« précieux » en soi ; parfois franchement réciproque, parfois
plus unilatéral.
-
Ne doit évidemment
pas se transformer en confession envahissante où l’adulte étalerait toute sa
vie et ses idées, ce qui ne serait plus au service de l’enfant.
B. Au fond, il y a tant d’idées, de questions et de sentiments partageables !
-
Un sentiment
personnel vécu, en réaction ou non à ce que dit ou vit l’enfant : « Moi
aussi, ça me peine … je trouve ça injuste ».
-
Une expérience faite,
réussie ou ratée « Moi, j’ai essayé de … ».
-
Un truc qu’on
connaît, une compétence.
-
Une incertitude.
-
De l’aide dont on a
besoin (ici, on partage son impuissance !).
-
Une valeur :
« Moi, je crois à … ça me rend heureux de …».
-
Un morceau de son
histoire d’enfant ou d’adolescent.
-
Une opinion sur ce
qui se passe dans le monde, dans sa société …
-
Etc.
( quelques mots sommaires
d’introduction) : [5]Décider,
exiger, sanctionner, constituent une des composantes – mais pas la seule !
– de la communication « éducative » qui est du ressort des parents et
des « parents sociaux » ( juges, éducateurs, etc.)
Les décisions qui sont communiquées à
l’enfant gagnent à :
1.
( si du moins elles
sont importantes ), être précédées d’un dialogue, d’une tentative d’explication
et de réflexion pour associer l’enfant à leur bien-fondé.
Tentative qui a toutefois ses limites
: le pire de tout, c’est qu’il fasse semblant d’être d’accord ( par peur,
pour avoir la paix, pour séduire, par conformisme ).
2.
Etre énoncées sans
ambiguïté, clairement, brièvement. Sans ambiguïté ? C’est entre autres le
pourquoi qui est ambigu. Pourquoi ? pour le confort légitime des
adultes ? pour la paix du groupe ? pour respecter des us et coutumes
( beaucoup de règles ) ? au nom, fondamentalement, du bien et du mal
tel qu’on en perçoit les applications ( lois naturelles ) ?
Une autre ambiguïté, c’est aussi le
degré de réalisme et la nature de la sanction positive ou négative liée à
l’obéissance ou à la transgression ( toxicité +++ des menaces en l’air, des
promesses non tenues, du vague ). S’il n’y a pas de sanction envisageable,
l’assumer, et ne pas faire semblant qu’il y en a une. (« Je te demande
de veiller à … un point c’est tout »).
3.
Le statut et la responsabilité
de celui qui décide doivent également être clairs (ne pas s’abriter derrière un
autre, lorsque l’on est d’accord avec la décision prise … Beaucoup ( mais pas
toutes !) de décisions prises le sont parce qu’existent les lois, dont
nous ne sommes que les porte-parole et qui nous obligent, nous aussi.
4.
Une décision prise
gagne à être « suivie », évaluée …
[1]
Enfant =
ici mineur d’âge. Le cas échéant, nous parlerons de petit enfant (avant 6—7
ans), d’enfant en âge d’école primaire ou enfant EP (entre 6-7 et 11 ans
révolus) de préadolescents (12-13 ans) et d’adolescents (après 13 ans révolus).
[2]
Jean-Yves
Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur
ordinaire à l’U.C.L. et responsable de l’Unité de pédopsychiatrie aux cliniques
Saint-Luc.
[3]
Dans ce
texte, nous nous centrerons sur la communication à deux interlocuteurs.
[4] Il existe
encore d’autres dualités dans ces mondes qui tentent de se rencontrer, par
exemple monde de la loi versus monde délinquant ; monde de l’ordre dominant
versus celui de la marginalité ou de la pauvreté ; etc.
[5] Pour une description beaucoup plus détaillée, voir le livre :
J.-Y Hayez, La destructivité chez l’enfant et l’adolescent, Dunod, 2001