Paru dans Neuropsyc Enfance
Adolesc.,2003
Bizarreries sexuelles, actes
pervers isolés
et
perversions sexuelles chez
l'enfant
J.-Y.
HAYEZ (1)
Résumé: Dans cet essai, l'auteur fait le point sur les perversions sexuelles chez l'enfant.
Les comportements sexuels bizarres, isolés ou répétés, qu'il arrive à celui-ci
de poser, méritent d'être pris en considération avec prudence et sans a priori.
Certains de ceux-ci ont une signification banale et s'avèrent transitoires.
Pour d'autres, on peut faire l'hypothèse d'une organisation perverse en voie
d'installation.
L'auteur en
rappelle quelques grands mécanismes socio-psychopathologiques, les signes cliniques spécifiques et
comment les différencier d'une sexualité normo-développementale.
En mettant en suspens l'établissement d'un diagnostic de certitude, il
suggère enfin comment éduquer et parfois soigner ces enfants à la sexualité (
momentanément ) bizarre.
Mots-clé : perversion sexuelle-bizarreries sexuelles-comportement
pervers
Summary : the author goes through the field of
children's sexual perversions. Children's bizarre sexual acts, either single or
repetitive, ought to be considerate cautiously and without a priori. Some are common, healthy and transient: they
constitute signs of a normal sexual maturation. others express the progressive installation of a perverse socio-
and psychodynamic organization.
The author aims to describe what types of mechanisms
lead to sexual perversion, which clinical signs are specific and how to
differentiate normality and pathology. He
finally suggests how to bring up and help children with bizarre sexual
activities.
Key words: sexual
perversion-bizarre sexual activities
Pourquoi cet essai
? Au fil de
ma carrière professionnelle, j'ai rencontré quelques enfants et adolescents
porteurs d'une solide perversion sexuelle, en étant confronté aux aléas de leur
éducation et des soins à leur apporter. Quelques-uns, une quinzaine en trente
ans.
Sommet d'un iceberg ou grande rareté d'une telle
structure, du moins sous sa forme chronicisée ? Un des buts de cet essai est
d'y réfléchir en ne tranchant d'ailleurs ni par l'angélisme, ni par la
dramatisation.
Sur les forums et dans les chats d'Internet, au moins là, les langues des jeunes se
délient ; même sans être assez naïfs pour croire que tous ceux qui y annoncent
leurs 12 ans les ont vraiment, ni que tout ce qui s'y dit est de l'ordre du
réel concret, on ne peut pas non plus faire la politique de l'autruche il y fourmille des milliers de témoignages
d'un rapport - breugelhien? impertinent? inquiétant? - que les mineurs d'âges
entretiennent avec une sexualité qui est tout sauf politically correct. Mors, comment la gérer quand on en découvre les
signes ? Faut-il essayer d'en prévenir quelque chose ? Et si oui, comment?
Beaucoup
plus souvent, j'ai été confronté au profond désarroi des parents face à des
indices ou à des expériences tout à fait inattendues : que dire à ce jeune de
il ans surpris dans un superbe transvestissement? Et à cet autre, dont ils
découvrent - par hasard? - qu'un gros dossier de son ordinateur contient des
dizaines d'images consacrées au sado-masochisme, à la zoophilie ou aux plaisirs
urinaires ? C'est de toutes ces petites et grandes bizarreries dont je voudrais
parler ainsi que des conduites à recommander aux parents et aux soignants, sans
sourire ni diaboliser!
§ I
: LE
CADRE DE SEXUALITÉ DANS LEQUEL S'INSCRIT UN FONCTIONNEMENT PERVERS
Je
me centrerai sur les enfants entre 6 et 13 ans, d'intelligence normale ou avec
un léger retard mental, non autistes, non psychotiques.
Lorsqu'ils
sont en bonne santé mentale, ils ont des activités sexuelles d'abord assez
espacées ( sexualité " récréative ") ; leur intensité augmente au fur
et à mesure que s'approche la puberté, en même temps que leur forme rejoint
progressivement ce que font les grands adolescents et adultes.
Plus ils grandissent, plus ils s'avèrent capables de
mener leur sexualité avec une discrétion efficace, loin du regard des
non-partenaires, tant par prudence que parce qu'ils adhèrent vraiment à des
normes sociales et à des prescrits culturels qui le demandent.
Une seule catégorie d'activités sexuelles échappe à
certains moments à cette recherche de " privé ", ce sont celles qui
sont générées par l'angoisse, résultant ici d'un traumatisme introjeté, d'un
vagabondage de l'imagination ou d'une organisation névrotique : alors, une
certaine contrainte intérieure à faire des vérifications sexuelles ou à
s'identifier à l'agresseur conduit régulièrement l‘enfant à
pratiquer à ciel ouvert dans un climat de tension, voire de violence.
Par contre, les activités sexuelles discrètes,
menées solitairement ou en compagnie, constituent majoritairement l'expression
d'un développement sexuel sain et répondent aux critères cliniques du tableau
I.
Plus rarement, ce sont des activités sexuelles
préoccupantes (2) : je viens d'évoquer celles qui sont générées par l'angoisse,
parfois menées sous le regard d'autrui, mais parfois aussi en cachette.
Par
ordre de fréquence décroissante, il y a ensuite des enfants sans retenue,
précocement hyper érotisés ( hyperreactive children, Cavanagh Jonhson,
1999 ).
Viennent alors, déjà beaucoup moins fréquents, les
abus sexuels, dictés par la recherche du pouvoir, puis les quêtes affectives
sexualisées ( Hayez, 1999; Hayez 2004 ).
Viennent
enfin les activités perverses, transitoires ou destinées à se chroniciser, qui
feront l'objet de la suite de l'article.
§ II : MÉCANISMES DE MISE EN PLACE
Il en existe trois principaux. Je les décrirai d'abord séparément puis j'évoquerai leurs combinaisons possibles et les pronostics d'évolution qui en résultent. Je terminerai par la description détaillée d'un cas.
I - Description de chaque mécanisme
A.
L'enfant découvre par
hasard qu'une activité sexuelle précise lui procure un très grand plaisir ;
plaisir physique local, réminiscence de plaisirs archaïques, joie de vivre
qu'il fait une expérience exceptionnelle, qu'il défie les règles, etc. Il ne s'y attendait pas,
mais il va très vite apprendre à reproduire celle inondation de plaisir jusqu'à parfois en devenir dépendant ( conduite addictive! ).
Par
exemple, beaucoup d'enfants qui se travestissent à l'occasion, pour jouer, dans
une sorte de carnaval où tout paraît possible, s'en tiennent là et n'y vivent
aucune composante sexuelle ; néanmoins, tel garçon a pu éprouver une violente
érection à travers des sous-vêtements féminins un peu étroits : par la suite,
ce n'est plus se travestir qui l'intéressera, mais ré expérimenter ce moment de
jouissance intense pour y arriver, il peut se mettre à élaborer et à réaliser
secrètement un scénario, toujours quasi-identique : il passe du
travestissement au transvestissement ( Chiland, 1999 ).
A
l'origine de l'expérience princeps, il peut exister un pur hasard l'ennui,
une opportunité externe, l'entraînement par un autre...
Il peut également exister une motivation affective plus précise, mais qui visait un effet non pervertisseur. Je l'illustrerai bientôt avec l'étude détaillée des comportements de mibaut et en voici déjà l'un ou l'autre exemple :
-
Pour abréagir ses
tensions psychiques en " s'identifiant à l’agresseur ", tel enfant fille ou garçon, lui-même objet
de violences, se met à molester des plus petits, physiquement et sexuellement
ou à exercer des cruautés sur un animal, et un malheureux hasard veut qu'il y
trouve un plaisir intense qu'il se met à cultiver.
-
Pour comprendre et
dominer son propre traumatisme sexuel, tel préadolescent se met à cyberdraguer
de louches internautes sur des salons de chat du genre " Maître
cherche lope " ... et il éprouve beaucoup de plaisir à jouer la lope,
au point de passer du monde médiaté de l'écran à celui des rencontres
incarnées.
Lorsque
cette recherche d'un plaisir fort s'amplifie, au moins deux mécanismes de
régulation contraires peuvent intervenir :
-
Des Instances
Intérieures essaient parfois de s'y opposer avec une intensité variable (
système de valeurs; Idéal du Moi et Image de Soi; Sur-Moi plus archaïque;
intelligence et refus d'une dangereuse anormalité, etc. ) : personne n'entre
dans la perversion comme dans un tout ou rien! Si l'on a la chance et la
disponibilité intérieure de bien écouter l'enfant, on constate souvent que,
préoccupé, il se pose et pose la question : " Suis-je normal? Vers où
vais je ? ".
-
Des
voix extérieures peuvent par contre encourager le même enfant à être lui-même
(« You want it? Just do it ! »), jusqu'à la déviance et sans
se soucier de l'effet produit sur autrui. C'est ce qui se passe, par exemple,
dans bien des cyberforums et chats entre jeunes - lieux
arrosés, il est vrai, par quelques adultes zélateurs - : les petites
perversions, celles qui ne mettent pas en question les Lois Naturelles, sont
banalisées et encouragées.
Ainsi, Mike ( 14 ans ) qui y écrit : " I sometimes think
that I am a freak because for some reason I am very attracted to boys' feet. If
there is a barefoot boy somewhere, I have to look at his feet and toes. Or even
if they are wearing sandals, I have to look. I think boys feet are so cute but
don't know why I have this kind of attraction for their feet. Is this normal? " … reçoit ensuite de plusieurs correspondants de tous
les âges des réponses dont la synthèse est : " Ce que tu décris, Mike, c'est le fétichisme
des pieds ... et pourquoi pas ? Des tas de jeunes le vivent. Sois toi-même ".
B.
Il
existe également des applications précoces de l'hypothèse freudienne classique
centrée sur l'angoisse d'une rencontre intime, le refoulement puissant et le
déni. On s'en convainc très raisonnablement en écoutant des adultes parler en
psychothérapie, mais il est plus difficile d'en étayer cliniquement l'existence
lorsque l'interlocuteur est un enfant.
Ici, lors de la petite enfance, à
l'époque de phases d'investissement primitif puis oedipien des parents, il
surgit des angoisses très fortes autour de la rencontre interpersonnelle de
l'autre, affective et corporelle : le corps des parents, surtout de la
mère, pourtant désiré, est aussi vécu comme effrayant; la scène primitive
également. L'enfant refoule radicalement et ce qu'il s'en représente et ses
désirs d'une rencontre intime avec cet autre si étrange.
Ce refoulement est intense, stable et
le protège de l'angoisse à l’avenir. Et l'enfant met au point des fantasmes et
des comportements dénégateurs-compensateurs où s'exercent surtout des pulsions
partielles; malheureusement en référence aux conséquences sociales, ils sont
source de plaisirs forts.
ILL 1. Voici la question qu'une maman
posait dans un journal pour parents. Il n'est pas exclu, justement, que son
petit garçon vive une grande envie et une terreur à l'idée - inconsciente -
d'une rencontre infinie avec elle; peut-être cette maman a-t-elle induit trop
de culpabilité autour de la sensualité oedipienne, en référence à son éducation
...
" Un jour, dans la salle de bain,
je surpris mon fils de 6 ans ayant ligoté sa soeur, âgée de 3 ans, à une chaise
avec une ceinture. Très excité, il sautait de tous côtés, nu comme un ver, le
sexe en érection. Je fus, je l'avoue, assez surprise par cette scène inusitée.
Je ne l'ai pas grondé mais je lui enjoignis de ne plus jamais attacher sa soeur
de la sorte. A cela, il me répondit: " Mais elle aime ça! ".
Le lendemain, étonnée par un calme
inhabituel, celle maman alla jeter un coup d'oeil dans la chambre de son fils.
Quelle ne fut pas sa surprise de trouver l'enfant dans le même état que la
veille, mais cette fois, face à toutes ses peluches ligotées les unes aux
autres.
Poursuivant, la mère dit: " Je
n'ai pas pu m'empêcher d'être très saisie par la scène. Dans mon éducation,
tout ce qui touchait à la sexualité était tabou ". Sans doute mon fils
a-t-il perçu mon trouble car, prestement, il cacha ses peluches dans son sac à
jeux situé sous le lit. D'un air faussement banal, il me dit: "
Laisse-moi maman, je jouais un peu! ".
ILL 2. Et que dire de ce jeune adulte
solitaire, très timide avec les filles, et qui décrit sa relation avec sa mère
comme " glacée ".
Il est très malheureux de ce qu'il
appelle la stagnation de sa sexualité. Elle n'est que masturbatoire, et une
bonne partie du temps, consacrée à la masturbation anale avec des objets. "
J'ai commencé à 9 ans ", dit-il. " J'avais trouvé une revue
porno où une femme se masturbait le vagin à plusieurs doigts. Peut-être que
j’ai voulu l'imiter, mais le lendemain,
je m'entrais le goulot d'une bouteille (3) dans le derrière. Et j’ai toujours
continué " .
C.
Autre mécanisme souvent
évoqué, surtout par la psychanalyse lacanienne, c'est le désir de bafouer les
lois, depuis les simples règles sociales et prescrits culturels jusqu'aux Lois
naturelles.
- Dans sa forme la plus radicale, ce désir de
bafouer, souvent subtilement exprimé, est sans limites; il inclut donc la
destruction morale et parfois même physique de l'autre. Souvent, l'on constate
qu'au moins un parent, plus fréquemment la mère, encourage cette manière d'être
où la volupté suprême, c'est d'être anarchique.
Bien que l'illustration en soit un peu
sommaire, on se souviendra de la mère et de la soeur aînée de Malagnac, le
mettant en contact avec Roger Peyrefitte à l'âge de 12 ans, pour qu'il fasse la
connaissance d'un monsieur qui écrivait si bien sur les jeunes adolescents.
Trois heures après, il conversait nu au lit avec l'alerte pédéraste, après une
sieste dominicale agitée ...
- D'autres parents, porteurs de conflits
psychiques mal liquidés, peuvent avoir comme une envie inconsciente de vivre
telle ou telle pulsion partielle par la procuration de leurs enfants. Face à
une activité déviante, ils envoient donc un double message, voire ne la
répriment pas du tout.
- Parfois, c'est plus ciblé et indépendant des
encouragements des parents lors d'une mauvaise passe, lors d'un moment de haine
particulièrement fort contre les adultes, lors d'un moment de solitude mal
supporté (4), tout enfant peut avoir le désir de s'étourdir, de se venger, et
peut-être de s'auto-détruire, en faisant l'expérience de ce qu'il sait être le
Mal.
-
Mais il y a peut-être
plus " banal ", qui a à voir avec l'augmentation de l'hédonisme (
Lazartigues, 2002 ) et des conduites addictives dans l'ensemble de la
population (5) le recul
et l'émoussement des normes sociales et familiales, couplé à des incitations
omniprésentes à la consommation, font que beaucoup ne se sentent plus contenus
par un Père social fort; pour consommer du plaisir, ils se donnent donc le
droit de faire n'importe quoi; si l'on retenait les leçons de l'Histoire, on se
souviendrait que c'est ainsi qu'ont commencé la décadence puis la mort de bien
des civilisations!
Si
vous faites entrer le mot-clé « infantilisme » sur un bon moteur de recherche
du web, vous verrez que des milliers de personnes vivent une
partie de leur temps déguisées en bébés, s'oubliant dans leurs langes, se
donnant ou se faisant donner des biberons, avec ou sans tripotages sexuels
associés ... ils échangent des considérations sur leur histoire et leurs manies
dans des forums spécialisés, constituent des couples symétriques ou
complémentaires, hétéro ou homo ... un psychologue infantiliste
intellectuellement bien doué leur explique qu'il ne s'agit pas d'une
perversion, mais d'un épanouissement génétique et leurs témoignages écrits
révèlent que pour une partie des personnes concernées, les premiers vols et
poses secrètes de langes ont commencé à partir de 7,8 ans.
II
- Combinaison de ces facteurs et
évolution de l'organisation perverse
Le
facteur A existe souvent à lui tout seul; c'est probablement alors que le
risque de maintien de l'activité perverse est le plus faible. L'enfant est
davantage libre intérieurement et sa créativité lui trouve d'autres sources de
plaisir.
Lorsque
le facteur B existe, le facteur A souvent s'y ajoute souvent secondairement. Le
risque de chronification est grand, surtout si des attitudes externes de
l'entourage persistent à montrer que la rencontre intime avec l'autre est
dangereuse.
Lorsque
le facteur C existe, le facteur A vient également souvent le compléter. Le
risque de chronification est surtout lié à la complicité subtile de l'entourage
ou à la solitude perdurant et discrètement mal supportée par l'enfant.
Donc,
ce dernier risque existe bel et bien. Toutefois, même alors, l'envahissement
par le projet pervers est variable.
A
la limite inférieure, et sans doute principalement en référence au mécanisme A,
on peut dire qu'il y a des composantes perverses mineures qui se préparent dès
l'enfance et demeurent observables dans le discours et le comportement sexuel
de chacun ( Bokanowski, 1995, p. 1416 ).
A
l'autre extrême, le plus touché, le besoin de réaliser l'activité perverse est
contraignant; toute autre forme de sexualité est exclue et la vie quotidienne
est invalidée par la tyrannie de la perversion.
On
ne devrait se référer à la dénomination " perversion sexuelle ( effective
)" chez l'enfant que lorsque existe une certaine chronification et un
envahissement important de son énergie psychique par la déviance. Sinon, même
s'il s'agit structurellement d'un fonctionnement pervers momentané ou limité,
on protège l'enfant socialement en restant vague dans l'étiquette que l'on
attribue à celui-ci.
III - Une illustration
détaillée
Thibaut
relève très probablement d'une combinaison des mécanismes A et C. Sur
l'insistance de ses parents, il finit par accepter de me rencontrer à 13 ans 1/2 à cause de difficultés d'endormissement tenaces ( elles
le tiennent souvent éveillé jusqu'aux alentours d'une heure du matin ) et qui
retentissent sur la qualité de sa vie diurne. Un bilan organique n'a rien mis
en évidence.
Petit
à petit patiemment nous parviendrons à nous apprivoiser mutuellement lui et
moi. il se mettra alors à parler très personnellement, comme moi face à lui. Et
entre autres, il me confiera le mélange de préoccupations, de surinvestissement
et d'excitation que lui cause sa vie sexuelle. Parfois, quand c'est trop
difficile, il demandera a s'expliquer par e-mail; je marquerai mon accord sous
réserve qu'on en reparle de vive voix à une séance suivante.
Il
a maintenant presque 16 ans. Souvent il parle avec beaucoup d'intelligence
sensible de lui, de sa famille et des autres. Sur le plan affectif et sexuel,
il me dit que le grand rêve de sa vie c'est de rencontrer une fille juste un
peu plus âgée que lui qu'il ne se ramasse pas un râteau, qu'ils s'aiment et
qu'il lui fasse l'amour la première fois en " assurant " la durée
d'un morceau des Pink Floyds sur fond duquel " ça " se
passerait ( superbe, ce fantasme ... le morceau dure 26' ! ). Il me dit qu'il est un brave type, bon mais timide, et
que d'ailleurs son problème avec les filles, c'est qu'il n'ose pas bien les
aborder. Il m'ajoute que, même s'il se fait des délires dégueu dans sa
tête, jamais, pour du vrai, il ne ferait du mal à une mouche ...
Et
pourtant une bonne partie de sa vie sexuelle, il la passe, tel un petit
Méphisto, à jongler avec le plaisir et la douleur, à composer et recomposer
fantasmes et sensations sadiques pour finalement en demeurer le maître. Voici
comment il en parle :
- ( Vers 14 ans ) « Ma première sensation,
j'avais 7 ans; on devait descendre d'une corde à la gym; ça me faisait mal quand ça frottait ... euh,
où tu sais; et en même temps, je crois que ça me faisait déjà
triquer(6) et jouir " ; je crois qu'après, j’ai toujours voulu mélanger
les deux : avoir mal et m'exciter ...
euh, qu'est-ce que t'en penses, toi? ".
Ce que j'en pense, je ne
vous le dirai pas. Il est probable que Thibaut abhorre et chérit à la fois ses
souvenirs, fantasmes et expériences actuelles perverses. Il est probable aussi
qu'il est ambivalent quand il m'en parle en thérapie : Souhaite-t-il que je
l'aide à s'en débarrasser ou que je jouisse avec lui? Je crois qu'il ne le sait
pas lui-même, d'un savoir certain! Ce qui lui conviendrait le plus, c'est que
je lui dise qu'il est normal, que je lui donne des trucs pour réussir avec les
filles, mais que je ne condamne quand même pas définitivement tous ses petits
plaisirs raffinés ...
Un peu plus tard, il
me dit: " Chez une vieille, j'avais lu, je devais avoir 10 ou 11 ans,
toute une analyse de la Passion ( N.D.A. : du Christ ): on expliquait que les
romains avaient des fouets avec des billes de plomb pour faire plus mal; la
souffrance sur la croix était détaillée ( etc. ) ... c'est juste après que j’ai
vraiment commencé à me branler ...". "Je me souviens aussi d'une
grenouille de bénitier qui nous faisait les cours et prenait un malin plaisir à
nous décrire les supplices des martyrs ...".
- A 14 ans et 10 mois, il demande à m'écrire sur e-mail un
acte commis à 14 ans 1/2 et dont l'évocation le rend particulièrement honteux :
Alors qu'il est seul à la maison, Thibaut feuillette la documentation "
Amnesty International " de sa mère, qui y milite (7), à la recherche des secrets de celle-ci et d'un peu
d'excitation... Mais ce qu'il trouve le stimule particulièrement : " Tu
connais certainement cette photo ... je l'avais vue sur un bouquin de ma mère
et j'avais été vraiment impressionné ... d'abord parce que c'est un contact brutal
avec la torture : quelqu'un de nu, un sac sur la tête, des sacs de sable sur le
dos, sur un chevalet ... simple, donc pourquoi pas essayer ...". ( Il
le fait en se mettant nu, à cheval sur un balai horizontal ) " ... Je
me suis branlé et l'éjac. a été la plus forte que j'ai jamais connue ...
Or, ce qu'il me
déclare le tracasser passablement, c'est que depuis lors son intérêt pour les
images et histoires sadiques du web a " explosé " et elles
deviennent le stimulant nécessaire de ses masturbations. Et il a peur de ne
plus être normal et encore plus de passer à l'acte.
-
Vers 15 ans, il frôle ce
passage à l'acte : il a chatté avec un adulte proche de son domicile (
un infirmier! ), adepte du SM et qui l'invite chez lui à une petite "
partie de plaisir " jouée à deux. A la dernière minute, la prudence
rattrape Thibaut et il ne va pas au rendez-vous fixé. En outre,
ajoute-t-il : " Y avait autre chose; j’ai pas envie
de pas être normal; mes délires, ça doit être seulement dans ma tête ".
- Nous discutons
longuement de la place et du sens de la sexualité dans la vie; je lui demande
d'encore bien réfléchir à ce que lui apportent ses vécus sadiques, et à une
possible prise de distance par rapport à eux; nous travaillons autour de la
dimension " addiction " et ses dangers; j'attire son attention sur
l'importance " d'entraîner " ses fantaisies sexuelles vers plus
d'orthodoxie s'il veut réaliser son grand rêve ( souvenez-vous, envoyer une
fille au septième ciel dans les volutes musicales des Pink Floyds ... ).
En alternance avec
ces séances parlées, il m'envoie plusieurs e-mail dont voici l'un ou l'autre
extrait significatif : " Et ça c'est MA conception du SM : un
voyage aux frontières floues du plaisir et de la douleur MAIS on reste dans le
plaisir ! ... Comment atteindre 7 frontière? " "On peut
remarquer aussi que dans le langage populaire, jouir est synonyme de douleur
... qq. qui a eu très mal, dira : j’ai bien joui ... chez le dentiste, par
exemple ... je pense aussi que l'orgasme est une association de douleur et de
plaisir ...".
Alors, "
complètement pervers ", Thibaut ? Bien accro, en tout cas; ennuyé quand
même à l'idée de ne pas être normal; compartimentant encore sa vie et menant
parallèlement des activités scolaires et sportives satisfaisantes ( mais des
sports solitaires, type natation et ski ); résistant de toutes ses forces à la
tentation de passer à l'acte et pas sans morale quand il s'agit de penser la
place de l'autre. C'est donc sur un morceau de discours social que je vais vous
laisser, même s'il est exprimé en langage rude. Il achèvera de vous plonger
dans l'incertitude à propos de ces formes modernes de perversion où une
certaine solitude, Internet, l'émoussement général des normes et le droit que
l'on stimule chez chacun pour qu'il se réalise urbi et orbi jouent un
rôle aussi important que les mécanismes psychopathologiques classiques déjà
décrits.
A 15 ans et 6 mois,
il me dit : " J'ai un petit cousin qui a 12 ans; à cet âge-là normalement
on commence à se branler ... eh eh ( petit rire entendu ); eh bien je vais pas
lui dire qu’il peut faire mumuse comme
moi je fais (8);
C'est ce qui doit me distinguer d'un
pédophile : chacun est libre de
faire ce qu'il veut et à l'âge où il le sent ! Mais même si on a un intérêt
pour le sexe, on n 'a pas forcément envie de faire l'instit du sexe pour les
gamins ... ".
… CQFD!
§ IV:
COMPORTEMENTS
INDICATIFS DE L'ACTIVITE PERVERSE
Pour spéculer
prudemment quant à l'existence d'un fonctionnement pervers, il est important
que les indicateurs que je vais énumérer soient majoritairement présents.
Sinon, il est probable que l'on a à faire à une phase du développement où
l’enfant se livre à quelques bizarreries sexuelles de signification plus
banale. Voici ces indicateurs :
I - La forme de l'activité sexuelle est
souvent bizarre, éventuellement archaïque. Elle est " hors attente
culturelle ", " hors normalité statistique " de ce que sont le
développement et les intérêts sexuels d'un enfant de l'âge concerné et même
d'un enfant précoce. Elle choque l'adulte témoin par son étrangeté.
En voici l'un ou
l'autre exemple, loin d'être exhaustifs :
- Garçons ou filles qui font du sexe
avec des animaux, notamment leur chien ou leur chat;
- certains transvestissements très
élaborés, avec port permanent de sous-vêtements de l'autre sexe, strip-tease
masturbatoire, etc.
- les fétichismes ( avec des objets;
portant sur des parties du corps, etc. ); la collection d'images porno très
spécialisées accessibles sur le Net;
- l'infantilisme dont il a déjà été
fait mention
- le sadisme ( envers les animaux, les
plus jeunes ) ou le plaisir de se faire mal ou celui de jouer avec la
combinaison plaisir-souffrance, par exemple dans la zone génitale;
- l'entraînement de beaucoup plus
jeunes dans des activités sexuelles.
Néanmoins,
il existe des faux positifs sur lesquels je reviendrai plus loin :
un certain nombre d'activités bizarres sont générées par des
mécanismes banaux comme la curiosité, la réassurance, le besoin
d'avoir de la compagnie ( même celle très intime de son chien ), le désir de
défier les normes, etc …
Il existe aussi
des faux négatifs : des activités sexuelles de forme génitale peuvent résulter
des mécanismes d'installation tout juste décrits et répondre aux autres
critères cliniques que nous allons passer en revue. Alors, elles sont
perverses!
Par exemple, certaines masturbations à
haute fréquence ne signent pas une compulsion anxieuse, mais s'avèrent plutôt
des conduites addictives, centrées sur le culte de l'organe génital.
Dans le film Kids (
L. Clarck, 1995 ), le " besoin " du jeune Telly de "
tomber " des jeunes vierges les unes après les autres est tout à fait
pervers.
II - Intense est l'ensemble du plaisir vécu lors de la
préparation de l'activité, de sa réalisation et via les fantasmes qui
raccompagnent et la suivent. C'est principalement un plaisir érotique, à son
acmé dans les zones concernées par l'activité et diffusant dans tout le corps
(9). S'y adjoignent des joies plus " spirituelles ", comme celle de
défier et de transgresser, de faire quelque chose d'exceptionnel ou même
parfois celle de se vautrer dans la boue ( Stoller 1985 ).
Inversement,
l'enfant ne vit aucune angoisse profonde à propos de son acte ... peut-être,
inconstamment, un peu de peur raisonnable d'être attrapé par le gendarme. Il ne
ressent non plus aucune culpabilité. Néanmoins, il peut se sentir humilié et
honteux s'il est pris.
III - L'acte pervers est vécu comme important par l'enfant,
partie significative de son projet sexuel du moment. Il n'est même pas
impossible qu'il le positionne au fil du temps comme son constituant le plus
important. Il en découle la mise en place d'indicateurs comme :
-
Une contrainte
intérieure plus ou moins forte, épisodique ou permanente, à répéter l'acte. Ce sentiment de contrainte
est proche de l'état de manque vécu par
le toxicomane; ça n'a rien à voir avec le débat intérieur que vit le névrosé à
l'idée de commettre un acte que son Sur-Moi interdit. Freud parle à ce sujet de
« la tyrannie bien organisée d'une pulsion partielle : une des tendances partielles de la sexualité
a pris de dessus et se manifeste soit seule, à l'exclusion des autres, soit
après avoir subordonné les autres à ses propres intentions ».
- Une collaboration
active de l'intelligence pour asseoir le projet pervers, et par exemple :
- Peaufiner le scénario; le
sophistiquer de plus en plus autour de son noyau central immuable (10);
- tromper les parents et l'entourage ;
installer un secret bien barricadé; mentir sur la volonté de changer ...
IV - Quand un ou des autres sont impliqués, ils ne comptent
pas fondamentalement comme êtres humains, mais comme sources de jouissance pour
l'initiateur. Ces " partenaires " sont susceptibles d'avoir tous les
âges de la vie.
Eventuellement,
l’initiateur fait violence physique sur eux ou les trompe pour les attirer dans
ses filets. Il ignore leur éventuelle souffrance physique ou morale, voire ...
il en jouit encore un peu plus!
Lorsqu'il
y a consentement, il n'y a néanmoins pas vraie réciprocité. Pas de partage
attentionné du plaisir ! Chacun joue son scénario et recherche son plaisir pour
son propre compte, mais a besoin de l'apport complémentaire instrumental de
l'autre, sans considération pour ce que celui-ci vit.
Le
tableau I compare les caractéristiques cliniques des activités sexuelles
normo-développementales et de celles générées par un fonctionnement pervers. (
voir doc. II joint).
§
IV : QUESTIONS DE
DIAGNOSTIC ET DE DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
I - Il reste
malaisé de découvrir les faits et de recueillir des éléments d'information
L'enfant
réalise le plus souvent sa bizarrerie ou sa perversion en grand secret. Le
reste de sa vie, il donne le change par un comportement qui n'a rien de
spécifique. Une fois découvert, il jure que c'était la première fois, qu'un
autre l'a entraîné et qu'il ne recommencera pas, et la majorité des parents a
tendance à gérer son malaise vécu en le croyant sur parole, en minimisant la
signification de ce qui s'est passé et en déniant la possibilité de récidive.
Donc, les parents n'adoptent pas facilement la position de vigilance que je
recommanderai par la suite.
Lorsqu'il
s'agit de décrire ce qu'il a fait et vécu, l'enfant commence donc souvent pas
se bloquer ou par mentir. Cette attitude s'explique par sa prudence, sa
honte du moment, les limites réelles de sa capacité à s'introspecter mais
aussi, pour les plus accros, par l'intuition immédiate qu'il faut gérer
la situation de manière telle que les adultes en sachent le moins possible et
que la récidive soit possible.
Or
un discours authentique du sujet est un élément-clé pour un diagnostic précis!
II - Nous sommes
et demeurons souvent bien incertains!
A. A supposer que nous soyons tombés de façon indubitable
sur une activité sexuelle bizarre et que l'enfant fasse même quelques
commentaires plausibles à son sujet, il n'en reste pas moins que ces
bizarreries se répartissent en trois catégories, en référence à la dynamique
intra-psychique en jeu et à leur déroulement dans la durée :
-
Comportements souvent
transitoires, résultant de dynamiques variées mais non-perverses
Par exemple et même si cela parait
choquant, un petit animal de compagnie peut être utilisé à des fins de
tendresse et de contact sexuel, en préfiguration de ce que sera la rencontre de
l'autre ...
Telle fille pense progressivement à
faire l'amour avec un garçon, mais, faute d'occasion, emprunte les boxers d'un
grand frère qui servent d'accessoires à ses masturbations.
- Les comportements relevant d'une
organisation perverse, mais transitoire : le comportement meurt de sa belle mort après une seule fois ou une
" mauvaise passe " de brève durée ( 2-3 mois ). Plutôt que
d'organisation, il aurait peut-être mieux valu parler de " conjoncture
bio-psycho-sociale défavorable " où des éléments intra-psychiques et
relationnels se sont renforcés les uns les autres pour aboutir à des résultats
momentanément pervers.
- Les comportements répétitif et
durables relevant d'une organisation perverse qui se perfectionne, se ridigifie et se chronicise.
B. Ce n'est pas à partir de leur forme externe que l'on
différencie les bizarreries sexuelles " simples " de celles qui sont
perverses. C'est surtout :
-
En référence à l'absence
ou à la présence des autres critères cliniques qui ont été évoqués.
On sera notamment attentifs à la
stratégie avec laquelle l'acte était préparé et construit, qui peut évoquer ou
non la recherche intelligente d'un plaisir raffiné; et il y a aussi la récidive
et la persistance, malgré promesse faite par l'enfant de ne plus recommencer
dans le cadre d'un dialogue serein; l'ancienneté de l'installation;
l'intelligence avec laquelle il trompe la vigilance des adultes pour y revenir.
-
En référence à une
écoute soigneuse et sans a priori de l'enfant et de sa famille, qui permet
parfois d'avancer des hypothèses plus précises sur les mécanismes à l'oeuvre.
-
Complémentairement,
l'apparition de formes plus mûres d'activités et de relations sexuelles, peut
prudemment rassurer.
§ V : ÉDUQUER ET SOIGNER S'IL LE FAUT
Voici
cinq catégories d'attitudes susceptibles de favoriser la maturation sexuelle de
cet enfant préoccupant. Elles concernent les parents (P), d'autres membres
adultes de la communauté, en position informelle d'éducation ou d'enseignement (A), ainsi que les psy dans
leur fonction de diagnostic (D) ou de psychothérapie (T).
Elles concernent ces
personnes en ordre principal (+++), au même titre d'autres (++) ou
accessoirement, en surcroît d'autres fonctions plus centrales (+).
I. Observer le comportement de l'enfant, avec
vigilance et discrétion, sans dramatisation, sans paranoïa, mais également sans
ingénuité ni effritement (P+++ ; A+ ; D et T ++) (11).
II. Faire retour sur soi en tant qu'adulte ;
chercher à comprendre le sens de la sexualité pour soi et la nature de certains
messages que l'on envoie à l'enfant; essayer de les modifier au besoin (P+++,
avec l'aide de T; D et T++, lors de supervisions ). Il faut vérifier, entre
autres, si l’on n'a pas véhiculé une image trop angoissante de la rencontre
sexuée, si l'on ne pousse pas l'enfant au défi des lois ou si l’on n'est pas
trop ambivalent dans la régulation de ses comportements sexuels.
III. Dialoguer avec l'enfant, à propos de son
comportement problématique et de la sexualité en général; dialoguer aussi à
propos de lui, de ses richesses, questions et problèmes (P+++ ; A+ ; D+++ ;
s'il s'ensuit une psychothérapie, T+++ ).
A. Encourager la parole de l'enfant et commencer par
accueillir sans critiques ce qu'il dira éventuellement (12). On n'y arrive pas sans art de l'apprivoisement et
rarement en une fois ... mais on n'a pas le choix et l'on doit donc viser à ce
qu'il parle de :
- son activité sexuelle problématique : Peut-il la raconter
brièvement? Comment l'idée lui en est-elle venue ( rôle éventuel d'autres,
d’Internet, etc. )? L'a-t-il déjà fait auparavant? Si un ou des autres y étai(en)t
impliqué(s), quelles interactions y a-t-il eu avec lui (eux)? Qu'y trouve-t-il
de bon pour lui ? Qu'en pense-t-il ? Etc.
-
d’autres dimensions
éventuelles de sa vie sexuelle, à faire préciser dans le même état d'esprit;
- d'autres dimensions de sa personne,
ses richesses, problèmes, joies, soucis, intérêts, etc ...
B. Lui donner du répondant; témoigner verbalement, donner
des informations, nous aussi, à propos de la sexualité; en général, la nôtre et
la sienne. Parler du sens que nous y voyons, de la place du plaisir, de celle
de l'autre, du territoire qu'elle est susceptible d'occuper dans toutes les
activités de la vie, etc.
Sur ces terres parfois
bien torturées des vécus sexuels de l'enfant et de l'adolescent l'engagement
verbal du thérapeute, à la fois précis, sincère et délicat n'est ni facile ni
impossible ... il aura d'autant plus de répondant qu'il s'y montre porteur d'idées personnelles, ni « coincé » ni
agent d'un prosélytisme ni d'un voyeurisme troubles, et capable de porter des
confidences entre son jeune client et lui, sans tout de suite avoir mal au
ventre parce que les parents ou le proc. ne sont pas informés!
Alors, souvent
l'enfant ou l'ado commencera par des coups de sonde et finira par partager ses
vraies préoccupations sexuelles, qui le rongent parfois intensément ...