I. Le texte ci-dessous constitue la
synthèse d’une réflexion menée par les membres de l’ASBL BICE Belgique.
Le BICE est le Bureau International
Catholique de l’Enfance.
Pour plus de détails, voir son site http://www.bice.org/ .
L’ASBL Bice Belgique en constitue l’antenne
belge. Elle se consacre entièrement à une réflexion et à des actions centrées
sur les droits des enfants vivant sur le sol belge.
Dans ce cadre, elle publie régulièrement
des fiches sur des questions concrètes liées au droit de l’enfant. Le texte qui
suit en est une.
Les membres de BICE Belgique tiennent à informer explicitement les internautes qu’ils se reconnaissent dans les valeurs de l’Evangile, et aspirent à une Eglise ouverte, accueillante et progressiste. Ils mettent de l’énergie, de l’intérieur de l’institution, pour qu’il en soit ainsi.
De la part de Geneviève Bragard, José
Davin, Tanguy de Foy, Bernard De Muysère, Pierre Filleul, Baudouin Hecquet et
Jean-Yves Hayez.
II. Le texte ci-dessous constitue un
témoignage de convictions personnelles, ni plus, ni moins. Si vous voulez lire
une synthèse très bien documentée sur l’enfant dans les médias, nous vous
recommandons l’article : Les enfants dans les médias,
www.childsrights.org/html/documents/themes/enfants_dans_les_medias.pdf
si vous avez des difficultés pour ouvrir ce lien cliquez ici
« S’envoyer en l’air, sous
l’œil des caméras »
La vignette clinique problématique : Les adolescents aiment les activités à risque. Certaines de celles-ci ont pour but de « faire éclater » les limites du corps. C’est, par exemple, le but de bien des « défonces », celui de la pratique sans protection des sports extrêmes, ou encore d’affrontements très dangereux de la nature.
Et il y a aussi, pour une partie des motivations qui en rendent compte, certaines auto-agressions du corps où il s’agit de le dompter, d’ignorer sa douleur: brûlures, scarifications and co.
Parmi celles-ci, la suspension ( elle figure à titre de rite initiatique dans le film Danse avec les loups , K. Costner, 1990 ) : on fait entrer et sortir un grand crochet sous la peau du thorax ou du dos, on le relie à un harnachement ( qui se vend dans le commerce, chez certains tatoueurs, dans les magasins SM ) L’on y suspend un certain temps le corps, dénudé ou à moitié. Ou/et l’on exerce des tractions dessus. Mieux qu’à Guantanamo !
L’activité nécessite la prise d’images qui
l’immortalisent, donc l’un ou l’autre témoins ( C’est quasi
obligatoire comme dans le happy slapping )
C’est dans cette position, flottant
( ?? ) en l’air, qu’un père a découvert par hasard son fils Jérémie
( dix-sept ans ), car ici le culte de l’image était tel que Jérémie
et une équipe TV s’étaient mis d’accord pour filmer l’expérience et la passer à
l’écran.
Le père a déposé plainte et la journaliste
est poursuivie au pénal. Chef d’accusation : « Avoir incité l’adolescent
à un comportement dangereux » Mais au fond, ce chef d’accusation n’est pas
le plus important. On aurait pu penser à « Non assistance à personne en
danger » Ou encore à un chef
d’accusation qui porte sur la diffusion de telles images ( délit dont je
ne suis pas sûr qu’il existe actuellement )
Evidemment la bonne journaliste se défend
en disant qu’elle n’a pas voulu faire de l’audimat, mais mettre en garde contre
la pratique : faire de la prévention, en quelque sorte : les
travailleurs sociaux apprécieront …
Question : Qu’aurait été et que pourrait
être à l’avenir, la promotion des droits de l’enfant face à ce type de conduite
à risque et sa promotion filmée
I. Les atteintes aux droits de
l’enfant sont manifestes :
- Atteinte gratuite de l’intégrité physique
du corps de Jérémie ; Le jeune s’expose même à des dommages durables
( cicatrice ; infection …)
- Irrespect de « la dignité » du
corps, présenté ici comme pur objet de jouissance, occupé à se détériorer et
donné en spectacle dans le cadre d’une activité perverse et risquée. La
personne de Jérémie n’offre aucun intérêt ; seul son corps à moitié dénudé
et auto-martyrisé est « vendu » comme excitant
Certes, l’enfant, ses performances ou/et son corps se donnent régulièrement en spectacles légitimes, avec le consentement de tous. Mais lorsque le spectacle est légitime, la personne est toujours prise en compte au delà du plaisir des yeux du spectateur : valorisation ; promotion du bien-être ; récréation avec des limites de convenance.
Ici, le spectacle n’est donné que pour
exciter les spectateurs ( sensationnalisme, plaisir de l’éclatement des
limites, excitation sexuelle …) Il n’existe pas de tiers qui parlerait,
régulerait : la limitation du processus à une prise d’images empêche la
possibilité pour l’adulte présent de donner son témoignage.
- Dans le chef des adultes témoins,
tolérance pour – et même encouragement à – l’accomplissement d’une activité
perverse ( jouissance masochique couplée à de l’exhibitionnisme ;
jouissance de fonctionner sans limites )
Masochiste ? Pas certain
néanmoins … pas clair en tout cas. Il existe peut-être une érotisation de
la douleur chez Jérémie, mais ce qu’il érotise surtout - au sens large du
terme du moins - c’est la capacité de son corps et de son être à encaisser
la douleur physique et à passer au travers pour faire un exploit : Le
plaisir exhibitionniste réside plutôt dans son endurance. Jusqu’à quel point
est-il conscient qu’il provoquera chez une partie des spectateurs, non
seulement une admiration trouble, mais aussi l’excitation d’une sexualité
archaïque sadique ?
Le
mineur est laissé par eux dans l’illusion : droit qu’il se donne à
disposer totalement de soi ; à ne plus reconnaître de limites ; droit
à se faire du mal …
Deux groupes d’adultes au moins n’exercent
pas de fonction limitante, contenante, parlante face au mineur : ceux qui
mettent l’appareillage en location ( ici, un tatoueur ) et l’équipe
qui filme la scène : inutile de prendre le journaliste comme
bouc-émissaire, ils sont tous co-responsables.
Cfr, dans l’article ci-annexé (« Allez,
va, je m’y risque … »), le chapitre consacré aux facteurs
d’explication. Nous avons particulièrement relevé :
A. Chez Jérémie ( qu’il ne faut pas
faire quitte de sa part de responsabilité ! )
- Besoin de reconnaissance, peut-être
désespéré, recherché par des moyens extrêmes et absurdes. Reconnaissance par
les autres … et par soi : nous pouvons penser qu’il cherche à se
trouver et à se réapproprier
soi-même … se créer une identité exceptionnelle, en repoussant les limites
conventionnelles et en s’en inventant
de nouvelles, auto-créées … à l’extrême du pensable.
- Besoin de jouissance
( masochique … exhibitionniste ), sans être retenu par la Loi.
- Auto-violence, auto-agression ( qui pourrait signifier qu’existe un sentiment de non-valeur plus radical, conscient ou inconscient )
B. Possible échec, pour les groupes proches
et restreints, comme la famille, à ( contribuer à ) construire
l’identité de l’adolescent.
C. Besoin d’images sensationnelles,
d’excitations troubles, à la limite du sexuel dans le chef du public, et
servilité des médias face à ce même public.
A. Le père a porté plainte contre la
journaliste. Cette attitude nous semble positive. Enfin, une prise de
responsabilités qui, face à l’adolescent, permet de reparler de la Loi, du
plaisir et de l’articulation entre Loi et plaisir.
Nous espérons que sa sollicitude a été plus
loin et que sa parole d’homme et d’éducateur s’est couplée d’une sanction
constructive pour le jeune, d’une sollicitude pour son état de santé mentale,
ainsi que pour ses occupations socio-récréatives et pour ses projets destinés à
gagner de la reconnaissance sociale.
B. Au-delà de ce fait précis, se posent à
tous les adultes compagnons de route des
jeunes des questions comme :
- Le dialogue autour de la liberté de
choix, le droit à disposer de soi, le plaisir ;
- La place positive que nous reconnaissons
aux jeunes ou notre indifférence à leur égard ; ce que nous faisons de
leur besoin de reconnaissance sociale ;
- Notre attitude face aux risques qu’ils
prennent ( cfr l’article joint )
C. Il faut interpeller le monde des médias.
La convention des droits de l’enfant dit qu’ils peuvent contribuer au bien-être
de ceux-ci. Elle ne dit pas qu’ils doivent s’interdire de provoquer ou
d’amplifier son mal-être. Cela semble aller de soi, mais …
L’ordre des journalistes pourrait :
- Poser des limites à la recherche de
sensationnalisme ;
- Interdire les images qui montrent des
dégradations volontaires du corps et de l’être ( cfr ce qui s’est passé
autour de la prison d’Abu Dhabi ; pas non plus d’images d’exécution
capitale )
- Pas non plus d’images provoquant les
jeunes ( et tout le monde ) à courir des dangers graves et gratuits,
(etc.)
D. Existe-t-il une loi (pénale) qui
empêcherait la dégradation et la destruction volontaire de son propre
corps ? Si non, ne faut-il pas la créer ou, en tout cas, interdire en
toute circonstance cette dégradation chez les mineurs ?
( N.B., limite difficile avec
piercings multiples, masochisme, etc. )
ASBL BICE – Belgique
mai 2009
Coordinateur de la synthèse : J.-Y.
Hayez
si vous voulez en discuter avec moi