Jean-Yves HAYEZ[1]
Je
vous propose un plan médical classique pour déployer le thème des
sévices : une définition et sa discussion, une réflexion sur
l‘étio-pathogénie, une description clinique, en ce inclus l’évolution à long
terme, puis une réflexion sur les besoins de la victime et sur le prise en
charge. J’emploierai de façon synonyme les termes sévices et maltraitance, sans
faire la nuance habituelle qui considère les sévices comme le résultat et la
maltraitance comme le processus.
§ I. Définition et classification
Les
sévices sont des violences
graves et souvent répétitives, intentionnelles, non voulues comme telles
par la victime qui en conserve un dommage significatif, physique ou psychique,
transitoire ou de longue durée.
Violence
étant pris dans son sens « effraction, viol d’une frontière » ;
c’est la forme la plus destructrice de l’agressivité, qui transgresse
clairement les Interdits fondamentaux du meurtre et de l’inceste.
On observe cinq catégories principales de
sévices ; elles ne s’excluent pas mutuellement et leur association, l’âge
précoce de celui qu’elles frappent et leur répétition constituent des critères
d’aggravation du dommage :
- La maltraitance physique, qui abîme le corps de l’enfant ou le met dans
un état d’inconfort inacceptable.
- L’abus sexuel : l’utilisation du mineur, sans vrai consentement de
sa part, pour la gratification sexuelle
de l’auteur, et au moins autant pour la volupté de pouvoir qu’il en
ressent. Très diversifiés, les abus émanent souvent de familiers de l’enfant,
notamment de membres de sa famille ou en tout cas de personnes connues qui
commencent le plus souvent par séduire l’enfant et par le tromper
intellectuellement.
- La maltraitance psychologique ou cruauté mentale : il s‘agit d’une
ambiance d’attitudes et de paroles intentionnellement contraires à l’amour et à
l’éducation positive : insultes, humiliations, disqualifications, menaces,
retraits de plaisir injustifiés, jusqu’au franc sadisme.
- La négligence intentionnelle grave et de longue durée. Ici, l’auteur
omet volontairement de satisfaire normalement les besoins importants de
l’enfant, qu’ils soient matériels ou spirituels.
- L’exploitation organisée des mineurs d’âge à fin de lucre. Elle n’est
pas très élevée dans les pays dits industrialisés : ( petits ) réseaux de
mendicité, de délinquance commune, de prostitution et de pornographie …
§ II. Considérations générales et discussion
I.
Il est impossible de proposer des chiffres de
prévalence fiables, principalement parce que des forces énormes s’exercent pour
tenter de dissimuler ces exactions en y réussissant souvent. Accessoirement, on
rencontre également des problèmes liés aux méthodologies des recherches. Au
terme d’une longue expérience dans ce champ sinistre de la psychiatrie sociale,
il nous semble raisonnable de penser qu’au moins 5% des mineurs d’âge sont des
victimes durables de la somme des formes physique, psychique et de négligence
intentionnelle précitées ; pour
l’abus sexuel répété sur une durée de temps significative ( plus de trois
mois ), les chiffres sont un peu plus élevés ( 6 à 8% des filles – 5% des
garçons ).
II.
Les sévices frappent les enfants de tous
âges : j’ai vu des photos non truquées de bébés violés ; d’autres
sont secoués à en devenir aveugles, comme il existe de frêles adolescents en
perdition qui n’oseraient jamais avouer la somme d’humiliations subies au
quotidien.
Les sévices sont susceptibles de prendre place dans tous les milieux de
vie : entre pairs ou dans la fratrie, émanant le plus souvent d’aînés,
dans la famille, à l’école et même dans les institutions résidentielles censées
rééduquer ou soigner l’enfant. Ils se produisent dans toutes les classes
sociales : les nantis et les puissants dissimulent mieux les leurs tandis
que les milieux défavorisés, surveillés de près par des nuées de services
sociaux, voient trop facilement leurs exactions repérées et exposées au pilori
sur la place publique.
III. La prudence reste de mise pour que ce ne soit pas les émotions ni le
système de valeurs des observateurs et des intervenants qui galvaudent le terme
« maltraitance » et l’appliquent aux milieux de vie qui choquent
leurs références habituelles :
- Par exemple, les familles laxistes, où l’ambiance est « sexe » et où les jeux sexuels
dans les fratries sont plus nombreux qu’habituellement, ne sont pas de par ce
seul fait des familles marquées par la perversion ou par l’abus sexuel.
- Tout châtiment physique n’est pas ipso facto de la maltraitance [
Ferrari P. et Epelbaum C., 1995, p. 23 ]. Bien ciblé, sanctionnant l’acte et ne
cherchant pas à détruire la personne, accompagné de paroles vraies, il peut
constituer, parmi d’autres, un des constituants de la
« force-paternelle » dont ont bien besoin nos sociétés où vagabondent
tant d’enfants rois.
- Tout contact physique tendre entre l’adulte et l’enfant ne signe pas
nécessairement de sombres tendances pédophiliques dans le chef de l’adulte. Et
pourtant, il est consternant de constater que les adultes professionnels osent
de moins en moins toucher les enfants, ou reconnaître explicitement le charme
de leur corps, alors que ceux-ci ont tellement besoin de ces signes pour se
sentir aimés et importants.
- Par ailleurs, on assimile parfois
trop vite toute forme de négligence à de la maltraitance. Or, il existe
une différence radicale de signification entre la négligence intentionnelle,
peu fréquente, et la vignette bien plus fréquente, qui mérite certainement
sollicitude et assistance, mais qui n’est pas volontairement maltraitante :
incapacité des parents, manque de « culture éducative » intériorisée
par ceux-ci, immaturité, etc.
- Des sévices peuvent-ils exister à l’intérieur de la génération même des
jeunes, entre pairs, dans et hors des fratries ? Oui, et leur signification
peut s’avérer préoccupante. Il faut néanmoins se souvenir que les adolescents
traversent des crises, se contrôlent moins bien que les adultes et
s’identifient momentanément aux agresseurs qui les ont traumatisés, eux. Dans
ce cadre, ils peuvent se décharger transitoirement sur leurs cadets en lieu et
place de leurs jeux électroniques ou des opportunités sexuelles d’Internet. Ce
n’est pas glorieux, non, mais nos vies ne sont pas sans épines [ J.-Y. Hayez,
2004, p. 160 et sq. ]. Apprenons donc aux plus jeunes des stratégies
d’autoprotection efficace plutôt que de diaboliser tout de suite les ados qui
les agressent.
- Reste le délicat problème des relations entre maltraitance et
culture ; à son propos, je me limiterai à deux commentaires :
·
Il persiste dans chaque culture des scories,
des imperfections, des aberrations et l’humanité a bien raison de les
combattre, quand elles sont très explicites, comme les mutilations sexuelles.
Nous ne pouvons néanmoins pas tout simplifier : dans certains cas, un
doute profond peut subsister entre la revendication d’une différence culturelle
encore acceptable et celle d’une scorie de l’ordre de la maltraitance … on en
trouve un difficile exemple dans la façon très différente dont l’éducation est
conçue par certaines cultures, selon que l’on est fille ou garçon.
·
Dans certains cas, la culture n’est qu’un
prétexte invoqué par des individus pour auto-légitimer leurs aberrations
personnelles et par certains intervenants pour somnoler sur leur inactivité
bureaucratique. Ainsi, si certaines cultures acceptent davantage de châtiments
physiques dans l’éducation des enfants que les cultures scandinaves, aucune ne
justifie pourtant le déchaînement pulsionnel ni le sadisme.
§ III. L’étiopathogénie
La maltraitance ne se limite
jamais à l’affrontement, dans une séquence de temps donnée, de caractéristiques
psychologiques et physiologiques de ses deux protagonistes d’avant-plan,
l’auteur concret des sévices et l’enfant victime. En effet, une multitude de
facteurs partiels d’incitation s’enchevêtrent ou se mettent en sommation ou en
résonance. Les voici brièvement
décrits, en allant du plus général au plus particulier :
I. Les facteurs sociaux
A.
L’humanité et sa liberté.
Comme la conscience réflexive et la liberté intérieure exercent une fonction
centrale dans l’espèce humaine, celle-ci est capable du meilleur ou du pire à
l’égard de ses propres petits. Le
meilleur existe, présent dans tant d’actes de sollicitude, de dévouement et de
générosité qu’aucun animal ne pousserait jamais aussi loin. Mais le pire aussi
: ici des individus, des groupes, des nations choisissent de sacrifier les
intérêts profonds des enfants, parfois leurs propres enfants, à des objectifs
d’adultes estimés prioritaires. A titre d’exemple, citons : notre très
grande mollesse par rapport à l’avenir écologique de la planète ; le
recrutement d’enfants soldats ; la passivité de certaines nations pour
réglementer l’exploitation mafieuse de leurs
enfants pauvres ( travail physique, prostitution, mendicité,
contribution à la délinquance organisée ) ; la passivité des pays nantis
pour amener une juste répartition des richesses et du travail dans le monde;
les exigences de rendement et de réussite excessives de tous ordres mises sur
la tête de bien trop d’enfants ; l’enfermement des enfants et des familles
sans-papiers en Belgique, etc. Cette maltraitance institutionnelle, c’est un
chancre universel, fondamentalement aussi grave que le déchaînement sordide
d’un paumé qui a bu!
B. Les sociétés, leur organisation et leurs aspirations.
En nous en tenant aux sociétés industrialisées, bien des facteurs
incitent au passage à l’acte maltraitant. Par exemple :
-
L’ambiance de stress diffuse de la vie
contemporaine ; la nécessité d’être efficace, vite et bien, qui nous fait
bousculer les enfants-obstacles.
- Le matérialisme et la
promotion d’idées d’égo-centration. « Fais
ce qui te plaît », dit-on, et non plus « Retiens-toi pour le bien-être de tes proches et de tes enfants ».
- L’affaiblissement de la
fonction paternelle, qui remplace par beaucoup d’incertitudes le droit parental
à socialiser par des règles, et qui incite donc à des moments d’explosion
violente quand « On ne sait plus en
venir à bout ».
- L’exclusion de minorités
significatives que l’on rejette dans la solitude et/ou dans la pauvreté (
stress, struggle for life,
promiscuité, etc. ).
- La protection farouche de
l’image sociale les classes dominantes, qui ne laissent pas approcher leur part
de misère et de potentiel maltraitant.
- Etc.
C. Le dysfonctionnement
occasionnel des institutions
En nous limitant
aux institutions chargées de prendre l’enfant maltraité en charge, même
si ceci semble paradoxal, il y existe souvent des facteurs négatifs, dits de
« traumatisation secondaire », parfois plus importants que les
positifs. En voici quelques exemples :
- L’incompétence d’une partie des intervenants, la bureaucratie, la
non-adaptation des rythmes institutionnels au temps vécu par les enfants
( par exemple, les délais d’audition, même lorsque les enfants sont tout
petits ! ) ;
- Les rivalités, les clivages, les revendications de pouvoir entre
intervenants ;
- Les logiques et objectifs radicalement différents entre les dites
institutions et surtout, le manque de volonté réelle d’harmonisation.
L’harmonisation, ce n’est pas la négation des différences !
Ainsi, par exemple, la Justice pénale a pour
intention centrale la poursuite de l’auteur et la sanction du délit bien
prouvé, ce qui la met régulièrement en porte-à-faux avec les besoins de
l’enfant victime, à commencer par celui d’être reconnu.
D.
Les dysfonctionnements familiaux
La majorité des activités de maltraitance se déroulent dans l’intimité
des familles, nucléaires d’origine, recomposées ou élargies. Alors, dans la
plupart des cas, les relations entre les membres de ces familles sont
durablement dysfonctionnelles et prédisposent au passage à l’acte maltraitant.
Quelques dérapages de brève durée constituent l’exception, où les circonstances sociales jouent de tout
leur poids pour déstabiliser brièvement des personnes ou des familles
habituellement équilibrées.
Nous nous limiterons à évoquer l’un ou l’autre phénomène familial
d’ambiance particulièrement préoccupants, comme la solitude, le replis
barricadé sur soi, le chaos, avec la
mouvance perpétuelle des liens et l’inconsistance des règles; le manque de
socialisation et d’éducation des parents et le manque de valeurs sociales dans
la famille.
Ailleurs, ce sera une ambiance incestuelle diffuse ou émanant de l’un des
parents : séductions perpétuelles, sensualité, allusions sexuelles,
voyeurisme et exhibitions plus ou moins manifestes, etc.
A l’inverse, l’ambiance de violence, générée par une personne ( père ou mère ) ou par un sous-groupe ( par exemple, père et frère aîné ) qui
terrorisent tous les autres. Les plus faibles constituent leurs punching-balls
et/ou leurs poupées sexuelles.
Certaines familles cachent très bien un jeu pervers, sous les apparences
de la plus parfaite normalité, voire du dévouement social. Ce jeu implique
activement au moins un des parents, avec une position variable pour l’autre (
entre ignorance et complicité plus ou moins active ).
E. L’absence ou le rôle négatif du tiers
Les tiers sont les individus, les groupes ou les institutions côtoyant la
violence qui s’exerce entre l’auteur et sa victime.
Dans la majorité des cas, si celle-ci peut s’installer ou persister,
c’est aussi parce que ces tiers n’ont pas pu ou voulu prendre une place
efficacement positive pour protéger la victime, dialoguer avec l’auteur ou interpeller
des professionnels compétents.
Pourquoi cette non-prise de responsabilité ? Par vraie ignorance,
parfois ; plus souvent cependant le tiers a des doutes et fait la
politique de l’autruche, en raison de l’angoisse si pas de la terreur que
soulève en lui l’idée de la révélation des faits ( violence de l’auteur,
éclatement des structures actuelles ; honte publique ; etc. ) ;
parfois aussi, il peut s’agir de l’ambivalence que ce tiers vit à l’égard de
l’enfant sacrifié, jusqu’à ressentir qu’après tout, ça arrange bien les choses
que l’auteur se soulage sur ce dernier.
II.
Facteurs
de provocation, volontaire ou non, émanant de l’enfant-victime
Ces facteurs ne jouent pas de façon constante et c’est alors sur un
enfant sans caractéristiques particulières que s’abattent les sévices. An,
Eefje, Julie, Melissa, Sabine,
Laetitia, Loubna, Elisabeth et tant d’autres en ont été et sont encore de
sinistres illustrations.
Plus souvent cependant, il émane de l’enfant comme des points d’appel qui vont attirer sur lui l’attention négative du futur auteur ou l’inertie des tiers :
- Enfants dont l’équipement ou la personnalité
connote stress et lourdeurs de gestion
quotidienne ou qui entraînent une mauvaise image de soi chez leurs
parents : bébés agités, qui ne dorment pas ; anciens prématurés au
développement neuropsychologique irrégulier ; etc., Un mot plus particulièrement des enfants qui ont un déficit
d’équipement et des handicaps sociaux, quatre fois plus vulnérables et
prédisposés aux agressions que les autres [ Clerebaut N., et coll., 2004 –
Cyrulnik B., 1998 ]. Certains de ces enfants n’intéressent personne ;
d’autres sont susceptibles de comprendre ce qui leur arrive moins vite
que les autres; autant pour les moyens efficaces d’esquive et pour la
capacité de révéler et de demander de l’aide ; à l’inverse, certains peuvent être non socialisés, carencés
affectifs et sexuellement très provocateurs. Rien n’est donc simple avec eux.
Les agressions que ces
enfants à déficit subissent sont très variées, depuis l’abus sexuel par des
professionnels en institution, jusqu’à la négligence intentionnelle et au
sadisme dans les soins, en passant par les comportements trop stressés et
contrôlant des familles et à la violence physique qui s’en suit. Certains
milieux de vie sont des vases très
clos, dont la vérité ne s’échappe éventuellement que des décades plus tard,
avec des ex-pensionnaires devenus adultes qui expriment enfin leur rage.
- Dans le champ de la violence physique ou psychologique, des parents au narcissisme fragile imaginent que leur enfant, merveilleux, va réparer toutes les blessures de leur vie et confirmer qu’ils sont de bons parents, à leurs propres yeux et pour l’entourage ; si l’enfant rate trop les performances attendues de lui, ils peuvent lui en vouloir excessivement.
- Autre éventualité : un parent, voire un enseignant, projette sur
un enfant bien précis des
représentations négatives liées à son histoire de vie ; il décharge alors
sur cet enfant – pris pour un autre – toute la rage qu’il n’a pas pu exprimer
en temps et heure. Par exemple l’enfant évoque le grand frère haï, la
grand-mère bourreau, etc. et en devient l’objet d’un sadisme raffiné.
- Au début du processus de maltraitance, nombre
d’enfants pourraient se protéger plus
efficacement de leur agresseur. Certains y parviennent bien, discrètement ou
avec de l’aide. Mais beaucoup ne réagissent pas, par ignorance ou soumission,
en référence à une image immature de ce que doivent être les rapports enfants –
adultes, ç'est à dire des rapports d’obéissance.
Par la suite, une petite partie des enfants se transforme de l’intérieur et
élabore des stratégies d’adaptation …
qui ne font qu’aggraver les choses : dépression, culpabilité et soumission ; confusion des idées et
adhésion partielle à celles de l’auteur ; masochisme et adoptions de
comportements de provocation enrageants pour l’auteur, etc.
III.
Caractéristiques
intrapsychiques des auteurs directs
N’importe
qui peut déraper et se dévoyer transitoirement, je l’ai déjà dit. Néanmoins,
dans la majorité des cas, on se trouve face à l’une des cinq grandes
constellations intra-psychiques que voici énumérées en ordre de fréquence
décroissante :
-
L’insatisfaction de soi ; le vécu chronicisé d’échec, d’infériorité, de
manque de valeur. Ici, l’ambiance familiale est souvent marquée des mêmes
caractéristiques : solitude et grand froid. Alors, l’enfant peut être vécu
comme une compensation affective et sexuelle ou être prié de réparer les
ratages des parents et battu s’il y échoue.
-
L’inorganisation de la personnalité ; l’absence de stratégies de
socialisation ; l’incapacité à résister aux pulsions agressives ou
sexuelles lors des frustrations et des tentations. Ici, il est fréquent que
toute la famille soit chaotique.
- L’adulte « suavement immature
œdipien », secrètement fixé au maternage sensuel qu’il a reçu ; il
séduit ses enfants et le « sale
gosse » attardé resté en lui se
livre à des jeux sexuels avec eux.
-
Le parent ou l’adulte tout-puissant, violent physiquement ou autoritariste jouant
de l’exercice de sa voix, de ses muscles, de sa volonté et de ses arguments
intellectuels. Il terrorise et frappe ses enfants ou les hypnotise et exerce
une sorte de droit de cuissage sur eux.
-
Le pervers, au sens sexuel du terme.
Lorsque
l’une de ces dimensions intra-psychiques est en place, il peut encore s’y
ajouter :
-
La part possible de la génétique : à l’origine d’un équipement
psychophysiologique, d’un soma, et d’un tempérament de base qui nous
différencie les uns des autres, je n’y reviens plus, souvenez vous du cas Tony.
-
La dépendance aux plaisirs que les sévices procurent à l’auteur : chez
certains sujets, les plus atteints, on n’est pas loin de la franche addiction.
- Enfin, il faut toujours évaluer ce qui demeure de la liberté intérieure de
l’auteur ; dans la ( grande ) majorité des situations, les sévices
qui s’abattent sur l’enfant ne sont pas le strict résultat d’impulsions
irrésistibles. Même si l’être humain qui s’y livre y est prédisposé, par sa
génétique ou par sa psychopathologie, il choisit in fine, et il programme en connaissance de cause
d’achever le comportement répréhensible vers lequel son destin commence à le
pousser. L’auteur a donc en lui, et une dimension pathologique et une dimension
mauvaise, qui lui fait choisir de l’immoral. Il relève et de soins et de la
réprobation de la communauté.
§ IV. Les atteintes majoritairement présentes chez
l’enfant-victime
L’atteinte
de l’enfant est la conséquence, non seulement des agressions directes dont il
est l’objet, mais aussi de l’ambiance relationnelle générale dans laquelle
elles ont le champ libre. Sont affectés en proportions variables : son
corps, ses idées et ses valeurs, ses grands sentiments et les représentations
qui les accompagnent, la mise en place de certaines dimensions de sa
personnalité et ses comportements.
I. Les principales atteintes intrapsychiques
A.
On constate fréquemment de la distorsion
cognitive, c’est à dire des erreurs de pensée, en partie induite par l’auteur
et en partie générée par le pouvoir d’autocréation de l’enfant, ici erroné.
Un certain nombre pense être vraiment mauvais et mériter leur
sort ; ou que, si l’on ne s’occupait plus d’eux à travers la maltraitance,
on les abandonnerait et ce serait encore pire. D’autres encore pensent que la manière
dont on les aime, avec du sexe, est normale, si pas un cadeau privilégié ;
ils y voient une confirmation dans les éventuels moments d’excitation et de
plaisir que leur corps ressent, etc.
B.
L’enfant est fréquemment habité par un
va-et-vient d’affects pénibles et de représentations mentales qui y sont liées
(« vécus intérieurs ») :
Dans les cas de longue durée où
la répétition des sévices est
prévisible, et s’opère en outre sans chocs effrayants, un refoulement
plus stable peut s’installer : à l’avant-plan, un automate, vide
d’affects, qui subit un quotidien sans joie,
évoluant dans une sorte de brouillard gris. A l’arrière-plan, celui
auquel il essaie de ne pas penser : l’enfant chargé de toutes ses souffrances.
Les vécus intérieurs les plus habituels sont :
·
L’angoisse : angoisse de mal faire et
d’attirer les foudres de l’auteur ; angoisse de l’imprévisibilité du
retour du sévice, souvent avec des préludes odieux ; angoisse d’avoir
mal, d’avoir le corps définitivement abîmé, de mourir peut-être ; angoisse
que ça se voie à l’extérieur, d’une manière ou d’une autre ; angoisse
d’être repéré et « cuisiné » pour avouer ; angoisse de
tout détruire autour de soi ou de la punition, jusqu’à aller en prison
parce que « on l’a fait »; angoisse d’être abandonné, de perdre
l’affection des autres parce que stigmatisé ; etc.
ILL. Avec Michaël, huit ans, anormalement agité et agressif depuis un
abus sexuel répété, avec sodomie, commis par un marginal proche de la famille,
il faudra que je recoure à des jeux de rôle pour l’aider à exprimer ses
angoisses les plus secrètes … dans les jeux de rôles, je suis un petit garçon
en visite chez le Dr et je lui demande, en n’osant pas trop poser ma question,
si ça peut arriver que des petits garçons attendent un bébé quand ils ont été
sodomisés. Malgré qu’il m’assura que ça n’arrivait presque jamais, le Dr eut
l’air très soulagé que je lui pose la question, et nous pûmes en discuter entre
hommes …
·
La tristesse, la désillusion, le
désespoir : se sentir ne valoir rien, ni pour l’auteur, qui ne se retient
pas, ni pour l’entourage ; se sentir un enfant inefficace, incapable de
bien se protéger : une sorte de mouton noir marqué par le doigt du destin
pour être attaqué à juste titre. Perdre confiance dans la grande majorité des
autres ; se barricader dans sa solitude. Tristesse qui peut continuer
après la révélation, si l’ambiance est à la traumatisation secondaire.
La tristesse a très souvent une forte corrélation avec une mauvaise image de
soi. L’enfant se confirme pour lui tout seul sa non-valeur, présente et à
venir.
ILL. Un père fait des attouchements sexuels sur sa fille Noémie
( neuf ans ) et sur une petite amie venue loger à la maison. Celle-ci
révèle tout. Scandale. Le couple parental se sépare et le père fait de la prison.
Mais il veut « posséder » Noémie, et même sorti de prison, il vient
l’attendre l’une ou l’autre fois à la sortie de l’école … Noémie a perdu toutes
ses amies, et a l’impression qu’elle n’en retrouvera plus jamais ; elle
somatise beaucoup … et symbole sinistre et merveilleux à la fois, elle me
dessine, au lieu d’un personnage, une tête de petite fille, sans corps et marquée au fer rouge par de nombreux et gros grains de beauté.
Beauté maudite, qui a attiré l’attention de son père, et l’envoie ensuite au
monde des damnés !
·
En cas de sévices physiques ou moraux, deux
vécus non exclusifs l’un de l’autre peuvent tout compliquer : il s’agit de la rage,
inconsciente dans ses fondements, qui pousse à provoquer l’auteur, à se vouloir
plus puissant que lui en n’accédant pas à ses demandes : « Je
continue à faire caca dans ma culotte, et tant pis si les coups pleuvent, je
suis plus fort que ma mère ». Corollairement, certains enfants voient
s’installer et grandir en eux du masochisme, dans le sens précis du terme.
II.
Les
comportements qui s’en suivent
A . Chez beaucoup, la vie quotidienne reflète ce mal-être intrapsychique
diversifié, même dans les entractes entre les sévices. Il y aura donc des
indicateurs d’angoisse ( jusqu’au franc syndrome de stress post-traumatique ),
de tristesse, de désillusion si pas de désespoir face aux autres ; des signes d’échec, d’autoagression ou
d’évitement des sources de joie, liés à la mauvaise image de soi, apparaîtront
également.
Ce n’est cependant pas systématique : certains se montrent presque
capables d’avoir une double vie. Ils s’efforcent de ne plus penser aux moments
des sévices et ne s’y prêtent que de corps. Leur vrai « Soi » est
ailleurs. De là à dire que ce « Soi » de tous les jours est bien épanoui,
il y a un pas à ne pas franchir !
B .Qu’en est-il de la régulation quotidienne par l’enfant de son
agressivité ou de sa sexualité ?
En cas de sévices physiques ou moraux, une grande inhibition de
l’affirmation de soi est de règle. Ces enfants rasent à longueur de temps les
murs de la vie. Sans que cela soit inéluctable, il n’est cependant pas
impossible que, de ( très ) loin en ( très ) loin, une explosion de
destructivité ne jaillisse en eux, explosion dont ils ne reconnaîtront pas
facilement la paternité et encore moins le sens ( faire vraiment mal à un
plus faible, massacrer des animaux, mettre le feu, etc. )
En cas de sévices sexuels, il existe chez beaucoup d’enfants de
nombreuses réactions de pudeur anormalement contraignante. On peut observer
néanmoins chez eux de loin en loin, de
façon imprudente, des moments de sollicitation inadéquate, impulsive et parfois
brutale de l’autre, tant d’adultes souvent connus que d’enfants beaucoup plus jeunes.
Inversement, une minorité d’enfants peuvent être séduits et trompés par
leur abuseur, qui les ménage pour en obtenir un optimum de jouissance, qui les
achète, ou qui a vraiment envie de se conduire en initiateur pervers. Ces
enfants peuvent en devenir « allumés », pour parler familièrement.
C’est ce qu’on voit, plus souvent que son contraire, avec les enfants d’âge
préscolaire abusés de façon dite soft
et qui se mettent alors à évoquer ingénument les activités sexuelles autour
d’eux et à en redemander.
C. Enfin, à quels comportements a-t-on à faire face aux sévices eux-mêmes ?
Seule une minorité d’enfants, indignée, choquée, confie rapidement à une
personne de confiance les sévices dont il vient d’être victime.
Bien plus souvent, l’enfant-victime participe à la loi du silence. Il
s’efforce même de dissimuler les preuves qu’il est agressé. Face à son
agresseur, il finit par se soumettre plus ou moins passivement. Il
« entre » dans la culture de l’isolement et du secret que l’agresseur
instille autour de sa relation avec lui. Pourquoi ? Peur des conséquences
de la révélation, désespoir, mauvaise image de soi, idée fausse qu’il vaut
encore mieux être aimé comme ça que pas aimé du tout … La majorité des
sévices demeure donc probablement définitivement cachée, ou liée à des
révélations tardives, à l’âge adulte.
III.
Les
atteintes physiques
Par définition, elles sont constantes quand il y a sévices
physiques : elles sont susceptibles d’être abondantes, très diversifiées
et d’ancienneté variable.
Après révélation d’abus sexuel, les stigmates physiques de celui-ci sont
loin d’être constants : dans 40 à 50 % des cas, le corps de l’enfant est
intact et n’est pas souillé par des traces spécifiques de son abuseur. Les
autres fois, il y a suspicion ou preuve d’abus sexuel ( défloration ;
lésions anales ; maladie vénérienne ; voire grossesse ), mais pas
ipso facto preuve de l’identité de l’abuseur !
§ V. Le devenir à long terme des victimes
I. Des critères de gravité
Il existe des critères qui permettent de prédire prudemment que
l’atteinte psychique de l’enfant sera plus grave et plus durable :
- Des facteurs individuels de tempérament ( manque de résilience ;
tendance au pessimisme, à la dramatisation, au laisser-aller, etc. ) ;
- Le caractère abondant et répétitif des sévices et l’imprévisibilité du moment de leur
retour ; l’impuissance radicale vécue par l’enfant à modifier le cours des
choses ( par exemple les efforts de bonne conduite qu’il fait sont
inutiles : on trouve toujours un prétexte pour l’humilier ) ;
- Une solitude de plus en plus totale : l’enfant ne trouve aucun recours, soit que les sévices
ont lieu en grand secret, soit les
témoins se montrent parfaitement indifférents, si pas soulagés de ne pas en
être la cible ;
- L’ambiance dans laquelle se déroule le sévices : vraiment
effrayante, elle est source de stress post-traumatique ; perverse, elle peut allumer sexuellement
l’enfant et lui donner le goût d’une sexualité plus ou moins déviante.
- L’argumentation à laquelle l’auteur recourt pour justifier les
sévices : culpabiliser l’enfant ; lui faire comprendre qu’il a mérité
d’être battu, qu’il sera coupable de détruire la famille s’il parle, etc.
- L’ambiance entre les moments d’agression : lourde, menaçante,
faite de silences barricadés, laissant s’exprimer autrement la violence de
l’auteur …
- Le degré d’effraction dans le corps de l’enfant surtout si c’est brutal
et non consenti. Mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai, par exemple, les
dégâts de la seule cruauté morale peuvent être considérables ;
- Le statut de l’auteur ;
L’enfant est d’autant plus affecté que l’auteur peut être mis au rang
des adultes ; encore davantage si c’est un membre de la famille qui
devrait être retenu par les liens de sang ou si l’auteur a sur l’enfant une
autorité morale qu’il dévoie ( prêtre, enseignant, psychothérapeute etc.
).
- L’existence d’une traumatisation secondaire après la révélation des
sévices : on ne croit pas l’enfant, les institutions censées l’aider sont
dysfonctionnelles et blessent sa sensibilité, on le laisse tomber, voire on le
remet aux mains de son agresseur blanchi comme neige.
- Le silence continué ; l’incapacité de faire confiance et de
s’ouvrir de ce qui s’est passé à qui que ce soit; le rejet ou le mépris
émanant de ceux qui sont mis au courant – par exemple celui dont on était
amoureux - ; la persistance de la solitude.
II. Une palette diversifiée des devenirs
Sur l’échelle des devenirs, on observe des personnes,
adolescentes ou adultes :
- A peine troublées de l’intérieur par certains types de maltraitance,
notamment sexuelle, qu’elles ont vécue comme une fatalité incapable de détruire leur être profond.
- Meurtries, mais ayant largement cicatrisé leur souffrance. Bien
décidées à faire de leur vie une réalité positive, ce qui reste bien à portée
de leur volonté.
- D’autres demeurent démolies de l’intérieur, sans réelle cicatrisation.
Elles peuvent exprimer leur souffrance rémanente sur un mode bruyamment
négativiste, ou sur un mode dépressif, en auto-agressant éventuellement l’être
sans valeur qu’elles croient avoir toujours été ( par exemple toxicomanie,
anorexie mentale, TS au début de la vie adulte ).
III. Le risque de la reproduction transgénérationnelle
Devenues adultes ou grands adolescents, ces ex-victimes vont-elles
reproduire de la maltraitance sur des plus jeunes, leurs propres enfants ou des
enfants étrangers ? C’est loin d’être une fatalité ! Trois
sous-groupes sont particulièrement à risques :
·
Les enfants qui ont été très allumés
sexuellement, par des initiateurs – prosélytes particulièrement vicieux.
·
Les enfants qui ont vécu en permanence dans
des ambiances particulièrement violentes, dont ils ont été des témoins
permanents et des victimes directes à l’occasion, et qui n’ont jamais pu bien
parler de leurs souffrances et frayeurs.
·
Les enfants qui, sans être nécessairement battus,
n’ont jamais été un « bon objet » pour leurs parents. Par la suite,
ils risquent d’avoir des attentes de réparation trop fortes portant sur leurs
propres enfants, jusqu’à leur faire violence s’ils sont vécus comme
insatisfaisants.
§ VI. La prise en charge globale de la dynamique des sévices
Nous
partirons de la description des besoins fondamentaux des enfants-victimes. Nous
examinerons ensuite la manière dont beaucoup de sociétés se sont organisées
pour y faire face et évaluerons leurs résultats.
I.
Les
besoins fondamentaux des enfants-victimes
A.
Primum
non nocere : Il est impératif que la mise en place de
l’appareil institutionnel censé aider et que les interventions concrètes des
professionnels, additionnées, n’aient pas un effet plus traumatisant que la
maltraitance elle-même. Ce risque n’est pas une vue de l’esprit : il
semble que plus de la moitié des enfants qui ont dénoncé un abus sexuel
regrettent finalement de l’avoir fait ! L’enfant ne discerne pas les
mauvais et les bons agresseurs ; il veut moins souffrir, un point c’est
tout ! Nous avons encore énormément à gagner en discrétion, en vraie
sollicitude pour sa personne, en générosité, en compétence technique, en
coordination, en maîtrise de nos émotions, etc. pour que se réduise significativement
le phénomène de la traumatisation secondaire.
B.
Rompre le mur du silence et bénéficier d’une
présence engagée et bienveillante à ses côtés.
Présence de certains de ses proches si possible, présence d’un ami, présence de
professionnels … à tous ces compagnons de route « qui acceptent de
savoir », il revient de :
- Ecouter ; encourager l’enfant à se libérer de ce qu’il a sur le
cœur, à faire part de ses incertitudes et de ses questions ; sans avoir le
réflexe de le reprendre et de corriger ses dires trop vite, en référence à des
émotions de mère-poule ; accepter d’abord la présence de ses affects et de
ses idées tels qu’il les ressent
spontanément ;
- Donner à l’enfant cette chance unique d’être cru pour ce qu’il raconte
de plausible et le lui signifier même si, par la suite, des experts
professionnels devront mieux analyser ses dires ; au minimum, reconnaître
une souffrance bien présente !
- S’engager : partager des émotions et des idées ; en prenant
son temps, se différencier, délicatement et respectueusement, des idées fausses les plus toxiques de
l’enfant ( par exemple autour de la légitimité des sévices ) ;
pouvoir s’indigner, rassurer, consoler l’enfant, lui redire la valeur d’être
qu’il conserve ;
- S’engager concrètement dans les processus de protection et
d’amélioration des relations dont je parlerai bientôt ;
- Parler d’autre chose ; ne pas réduire l’enfant à sa dimension
« victime de sévices » ; s’intéresser avec lui aux intérêts
positifs qu’il conserve ; remettre Tom Boonen sur son petit vélo ;
encourager Noémie à recréer des liens d’amitié.
C.
Protéger concrètement l’enfant, tant des
récidives d’agression que d’une ambiance de vie délétère.
S’engager personnellement dans le processus ; en surveiller l’évolution et
sans jamais faire une confiance aveugle aux promesses officielles des
institutions.
·
Dans la majorité des cas, ce qui se passe dans
les institutions est plutôt frileux et
hésitant : les suspects nient comme de beaux diables, et d’autres
éléments ne sont pas toujours complètement sûrs ; les services
institutionnels sont débordés ou en rivalité. Alors, il faudra toujours le
courage déterminé de l’un ou l’autre professionnel, les plus généreux, les
moins timorés, pour aller de l’avant. En passant à travers d’inévitables
moments de doute ! En s’efforçant d’éviter des attitudes
contre-productives comme l’activisme, la précipitation, le manque de discrétion
… et leurs contraires, la ritualisation bureaucratique ou le superbe isolement.
Partant, un certain nombre de mesures de protection
réalistes sont programmables, mais qui nécessitent parfois la séparation du
couple parental ou celle de l’enfant et de son milieu familial originaire.
·
Tant à titre préventif que remédiatif, il faut
se rappeler que l’enfant peut participer à sa propre protection, du moins à
partir d’un certain âge et à la mesure de ses forces et de son intelligence. Il
peut le faire tant en utilisant des stratégies de prudence et d’évitement,
qu’en disant des « Non » plus fermes et bien motivés ; tous les
agresseurs potentiels ne sont pas des psychopathes, loin de là … beaucoup
sont des minables ou des séducteurs qui
essaient, mais que l’enfant pourrait remettre à leur place. Surtout s’ils ont
l’intuition qu’en outre, l’enfant est
disposé à ne pas tenir sa langue.
·
Et en effet, l’enfant peut aller chercher un
supplément d’aide juste autour de lui, parfois déjà chez ses amis ou dans sa
fratrie. La vigilance, la solidarité, la détermination de l’entourage informel
et sain de l’enfant peuvent alors être des adjuvants précieux, sans pour autant
se transformer en vengeurs d’extrême droite ni virer systématiquement
l’agresseur aux gémonies.
D. Si
c’est indiqué, les enfants vont bénéficier du fait que l’on profite des
circonstances pour améliorer le sort social de leur famille ou la qualité du
tissu relationnel dans lequel ils vivent.
Néanmoins, ils apprécient encore
plus fondamentalement qu’on les traite comme des sujets humains, et plus comme
des objets de l’emprise d’autrui. Il faudra donc prendre très au sérieux leurs
« Oui » ou leurs « Non » par rapport aux projets qu’on leur
présente, notamment les projets psychothérapeutiques.
II.
L’équipement
et les processus institutionnels conçus par nos sociétés industrialisées permettent-ils
de répondre à ces besoins ?
En multipliant des canaux de communication adaptés, on a matraqué aux enfants un message qui peut
se synthétiser ainsi : « C’est
inacceptable qu’on vous fasse subir des sévices. C’est contre les droits des
enfants. Dites non si ça vous arrive. Parlez-en et demandez de l’aide à une
personne de confiance. Vous serez bien aidés ! »
Message néanmoins angélique dans sa dernière partie. On n’a jamais
vraiment expliqué aux enfants – du moins aux plus grands – comment ils
pouvaient mieux se défendre personnellement, en étant efficaces et sans prendre
trop de risques. On s’est limité à
brasser le message : « Passez
la main. Signalez ».
Et les États ont beaucoup misé sur des structures très spécialisées, de
troisième ligne, déjà en place ou créées pour la circonstance. En oubliant que le fonctionnement de telles structures
est très coûteux et donc qu’elles ne peuvent rendre que des services limités
sur le plan quantitatif ou alors accumuler des retards incompatibles avec la chronologie des
sévices.
A. Quelles sont ces structures très spécialisées ?