La sexualité
des enfants et des adolescents
Première partie : Généralités
J.-Y. Hayez [1]
Chapitre I : Définir la sexualité
La sexualité est un dynamisme interne, une force d’union qui
opère dans la globalité de notre être ( corporel, intra psychique, social
) ; d’abord pulsion, elle se déploie chez une très grande majorité
d’individus en désirs, fantasmes, projets et activités ; elle vise
essentiellement à la reproduction de l’espèce, c’est à dire à la transmission
et à et à la lente évolution du génome, dans sa dimension davantage
spirituelle, elle vise aussi à la création de liens affectifs positifs de
différents ordres ; sa pratique entraîne un plaisir corporel qui devient,
pour un grand nombre, une troisième visée autonome ou jointe aux précédentes.
I. La reproduction de l’espèce, en ce inclus l’élevage des
petits
On ne rencontre évidemment pas cette
première finalité dans la sexualité des enfants ni des jeunes adolescents. Tout
au plus peut-on supposer qu’ils s’y préparent de loin ( ?) via
connaissances et familiarisation avec le corps sexuel de soi et de l’autre
sexe.
Quant aux adolescents plus âgés et aux
adultes, la grande majorité d’entre eux adhère tôt ou tard au projet de se
donner une descendance et ceci, non plus en fonction d’un instinct, mais dans
le cadre d’un projet humain réfléchi ( parentalité responsable ) : nous y
reviendrons dans le deuxième chapitre
II.
La création de liens affectifs positifs
Une autre finalité de la sexualité réside dans la
réalisation d’une union affective positive avec l’autre ou avec soi-même. Ceci
peut déjà se passer lors des activités
sexuelles physiques : quand partenaire il y a, celui-ci représente souvent
davantage qu’une source de plaisir physique : chacun vit de la réciprocité
dans l’échange du plaisir ; le partenaire est un camarade, un ami et
finalement celui ou celle que l’on aime d’amour.
Mais l’énergie sexuelle est également
apte à se sublimer, c’est-à-dire à se détacher de l’activité sexuelle physique
et à se transformer en sentiments, en projets et en actes affectifs positifs de
tous ordres, depuis la tendresse jusqu’au dévouement. Cette capacité et cette
richesse affectives se manifestent très précocement dans la vie de l’enfant,
qui montre à l’envi son désir d’aimer et d’être aimé.
Et il y a aussi l’union
positive à soi-même, vers qui se dirige une partie de l’énergie sexuelle. Grâce
à quoi, dès son tout jeune âge, l’enfant peut apprécier son corps de fille ou
de garçon, veiller sur lui, le prendre en charge personnellement en étant sa
propre « bonne mère », lui
procurer un bien-être et des plaisirs physiques de tous ordres.
Il peut aussi apprécier son
être, avoir de la tendresse, de l’estime et de la fierté à propos de soi.
III.
La recherche du plaisir érotique
La recherche du plaisir érotique est
une finalité non plus de la sexualité, mais poursuivie via l’exercice de la
sexualité. Les êtres humains ont une appétence plus ou moins intense pour le
plaisir et donc entre autres, pour le plaisir érotique. Ils ont vite appris à
dissocier la recherche du plaisir des finalités naturelles de la sexualité et à
s’y adonner pour lui-même, parfois de façon intensive.
Il arrive même au sujet humain de
rechercher le plaisir contre une finalité naturelle : alors, son
partenaire ne fait plus le poids, puisque l’on va parfois jusqu’à nuire à sa
personne pour trouver davantage de plaisir … ou c’est soi-même qu’on malmène,
parfois au-delà de l’entendement.
§1. Définitions :
Nombre
de nos activités sexuelles sont voulues par nous, à tous les âges de la vie.
C’est ce que j’appelle la sexualité « consentie, voulue, agie ou
désirée [2] », qui
constitue un des pôles de tout ce qui est possible.
Et
déjà à son propos, il ne faut pas simplifier : le seul critère qui définit ce
pôle, c’est que personne, de l’extérieur, de façon immédiate ou différée, n’a
fait pression sur l’auteur de l’acte pour qu’il produise celui-ci.
On
constate alors qu’une bonne partie de ces actes consentis témoigne de la bonne
évolution psychoaffective de l’enfant. Ce sont des activités que j’appellerai
par la suite « normodéveloppementales ». D’autres au contraire
témoignent d’une évolution préoccupante, voire franchement pathologique de la
personnalité, transitoire ou non : par exemple des activités perverses, des
abus commis sur autrui, une vie sexuelle gourmande qui s’exprimerait sans la
moindre retenue …
Quelques
activités préoccupantes semblent ne se commettre qu’une fois ou l’autre,
isolément, chez une personne - adulte
ou enfant - qui retrouvera bien vite sa bonne conduite coutumière : C’est ce
que j’appelle des dérapages ; ils seront étudiés au second paragraphe du
présent chapitre, les fois où ils conduisent à abuser d’autrui.
Par
ailleurs, si l’on considère le degré de préparation intérieure de ces actes
commis sans pression externe, on constate qu’ils se répartissent sur une courbe
de Gauss : A un extrême, la préparation est excessivement longue, sorte de
rumination qui aboutit alors souvent à un acte posé avec beaucoup d’angoisse et
de culpabilité.
Au
centre la séquence préparation => réalisation apparaît comme raisonnable aux
observateurs externes.
A
l’autre extrême, il s’agit d’actes impulsifs :
-
soit par manque de socialisation, par prépondérance de « besoin de plaisir
immédiat » chez la personne ( Cfr l’alinéa consacré à la sexualité
sans retenue )
-
soit au terme d’une pression et d’une lutte intense qui finissent par échouer :
l’enfant décharge alors plus ou moins brutalement ses pulsions sexuelles, tout
en n’étant pas fier de ce qu’il fait : j’en reparlerai à propos de la sexualité
effectuée sous l’égide de l’angoisse et de la
culpabilité.
Enfin,
le fait que l’acte commis ait été voulu par l’enfant, n’exclut pas que, par la
suite, parfois, il puisse avoir peur de ce qu’il a osé faire ou s’en sentir
coupable. Il peut aussi regretter d’avoir perdu son enfance, son innocence, et
vouloir revenir en arrière. En référence à quoi, il lui arrive de se dénoncer
et même alors d’accuser son ex-partenaire de l’y avoir entraîné.
Cette
accusation fallacieuse, il lui arrive d’y procéder aussi s’il est simplement
attrapé et accusé après coup : alors, pour ne pas être punis, certains
jouent sur certains paramètres de leur statut – ils sont les cadets, par
exemple – et en profitent pour accuser l'autre.
B. La sexualité que nous subissons
A l’opposé de la sexualité consentie, je parle de sexualité « subie ou
contrainte » chaque fois que c’est sous la pression d’un tiers que
l’enfant exécute une activité sexuelle que, fondamentalement, il ne veut pas.
Il
existe cependant un gradient de gravité quant à ces activités subies. Il est
bon de se le rappeler car nos sociétés ont trop tendance à tout mettre dans le
même sac :
- A
l’extrême favorable du gradient on a à faire à des « épines sexuelles»
Elles sont communes. Le pourcentage de mineurs qui s’y est frotté l’une ou
l’autre fois dans sa vie d’enfant ou d’adolescent est difficile à affirmer avec
certitude, mais il ne m’étonnerait pas qu’il dépasse 50 % de la population
: la normalité statistique, en quelque sorte.
- A
l’autre extrême, ce sont les abus les plus graves, les plus vicieux, les plus
blessants. Épines et abus graves seront décrits dans la troisième partie. A
chacun d’imaginer ce que peuvent être les actes de gravité intermédiaires.
C. Et
l’entre-deux
Rien n’est cependant simple. Pour un certain nombre d’activités sexuelles, il
est malaisé, sinon impossible, de déterminer s’il s’agissait d’activités
consenties ou contraintes. On est véritablement et parfois définitivement
« entre les deux ».
1.
C’est le cas par exemple lorsque l’enfant sollicité est ambivalent à l’idée
d’une activité sexuelle et donc, que sa réponse manque de clarté.
Une
dimension de lui a envie [3],
et une autre en rejette l’idée ( par angoisse [4],
par culpabilité, en référence à des valeurs, etc. …) Face à la sollicitation,
cet enfant se montre hésitant, ambigu,
incapable de se prononcer de façon
stable dans un sens ou l‘autre. Celui qui invite en profite pour insister :
s’ils sont attrapés, ce dernier soulignera avec plus ou moins de bonne foi le fait que l’invité ambivalent était
d’accord et celui-ci prétendra qu’il ne l’était pas. Nous verrons néanmoins
dans la partie consacrée à l’accompagnement, qu’il est possible alors d‘acter
que nous nous trouvons dans une situation de doute sans que le dialogue ni
l’action éducatifs ne soient paralysées pour autant.
2.
C’est encore le cas lorsqu’un enfant ou qu’un adolescent a dit clairement oui
et puis que, en plein décours de l’activité sexuelle, il crie soudainement
« Non, je ne veux plus » Une autre manière de gérer son
ambivalence ! Pas facile du tout néanmoins - sinon pratiquement impossible- pour le partenaire en pleine
excitation sexuelle de s’arrêter : on n’a pas toujours un seau de glace à sa
disposition ! Je pense que si l’on était tout à fait certain du
déroulement des faits, de telles
situations ne devraient pas être qualifiées en soi d’abus ( sous réserve
de différences d’âges acceptables entre partenaires )
Il
en va autrement si une personne change d’avis au fil du temps, et dit
« Non » à un moment donné, suffisamment longtemps avant l’activité
sexuelle suivante. Ici, on abuse d’elle si on ne tient pas compte de son refus
nouveau.
3. Ce pourrait encore être le cas dans les situations que voici et qui ont lieu
entre mineurs sans différence d’âge excessive [5] :
l’un d'eux a secrètement peur de l’autre [6],
ou est habituellement très passif, et il ne laisse entrevoir en rien qu’il
n‘est pas d‘accord : il se soumet, habituellement sans beaucoup de
créativité participative. Entraîné par son excitation ou par son désir d‘aimer,
l‘autre ne remarque pas cette réticence …s’ils sont attrapés, le premier
en fera le plus souvent état, mais il n’avait rien énoncé !
D. Situations d’appréciation délicate
-
En voici au moins une : ce sont les amours, incluant des activités
sexuelles, qui se vivent réciproquement entre de jeunes adolescents, pubères,
n’ayant pas encore atteint l’âge de la majorité sexuelle légale dans leur pays,
et des partenaires nettement plus âgés : grands adolescents ou adultes.
Légalement parlant, ce sont des abus. Psychologiquement, ce peut être autre
chose.
La
société admet, avec un sourire entendu, qu’une fille de dix-huit ans se
« mette » avec un amant de cinquante ans …. Pourquoi les amours
d’un(e) jeune de quatorze, quinze ans et d’un adulte de trente ans
seraient-ils, ipso facto, eux, destructeurs ? Certes, il est bon que des
points de repères et des limites existent dans des sociétés, pour maintenir l’ordre.
Mais tous ceux et celles qui les transgressent ne sont pas de ce seul fait des
démons, et il faut pouvoir fermer les yeux et entériner certains mystères
réciproques des désirs humains.
-
En voici une autre : dans une institution, un préadolescent de douze ans,
réputé caractériel -, est surpris se livrant à un jeu d’attouchements sexuels
avec une autiste de onze ans, connue dans le groupe pour ses masturbations
compulsives. Macroscopiquement, il jure
qu’il ne lui a pas fait violence, et d’un certain point de vue, c’est vrai.
Mais, n’a-t-il pas « joué » sur la docilité passive de cette compagne
de groupe qui aurait laissé faire beaucoup de chose ! Ou avait-elle
vraiment envie et en a-t-il eu l’intuition ?
Dans
les deux parties qui suivent, je n’aurai pas l’occasion d’étudier en détails
toutes les situations intermédiaires. Au lecteur donc de faire preuve de
créativité pour les gérer.
§ 2. Les dérapages sexuels
L'adulte [7]
( ou même n’importe qui, à n’importe quel âge de la vie ) ici
concerné respecte habituellement les limites sexuelles intergénérationnelles.
Pourtant, il peut se dévoyer et entraîner
l'enfant dans une expérience sexuelle (ou quasi). Il cède donc à une
tentation transgénérationnelle, sous la pression d'un ensemble de facteurs.
Parmi ceux-ci, il existe parfois un certain degré de provocation
émanant de l'enfant.
Ensuite,
et cela s'avère définitoire de la notion de dérapage, l'adulte va se reprendre
rapidement. Après une ou quelques fois espacées sur un laps de temps assez
court, il va mettre fin à sa divagation et ne récidivera plus jamais ( ou,
au pire, une ou deux fois sur la durée d'une
vie ). C'est la peur d'avoir de sérieux ennuis, la voix de sa conscience ou parfois aussi la résistance et la désapprobation immédiates ou différées émanant
de l'enfant qui le poussent à arrêter.
Dans les meilleurs cas, adulte et enfant
en reparlent ensemble, le premier pour s'expliquer comme il le peut et
présenter ses excuses. Dans les cas moins favorables,
un silence plus ou moins gêné et définitif fait suite aux événements.
Certains dérapages sont des accidents graves, sortes de
collisions frontales, comme un viol ou une relation sexuelle complète
apparemment consentie avec un enfant jeune.
II existe aussi des formes plus
légères ou plus troubles de dérapages sexuels, comme quand un père commence par se laisser toucher
au bain, s'y excite et finit par demander à sa fillette de huit ans de
le masturber, en évitant qu'elle regarde son éjacula-tion... Ici, il a honte après deux ou trois fois et ne va
pas plus loin.
Comment faire face ?
Il faut distinguer les intérêts humains
de l'enfant et ceux de l'adulte qui dérape. Dans la
mesure où l'enfant ne se guérirait pas tout
seul de l'« allumage » précoce ou du traumatisme subi, il a droit aux
soins nécessités par son état.
Comment traiter justement les adultes
auteurs
d'un dérapage ?
- Désapprouver
l'acte et rappeler la Loi.
- Comprendre
les éventuels problèmes de la personne et les soigner.
- L'encourager
à utiliser ses ressources positives à l'avenir.
- Veiller sur
la non-récidive.
Chapitre III : Méditations sur un constat
Dans nos sociétés occidentales, de la vie sexuelle commence à s’observer chez l’enfant autour de ses quatre ans. « Vie sexuelle » doit s’entendre au sens usuel du terme : intérêt pour les zones génitales du corps et comportements engageant sciemment celle-ci. Avant quatre ans, l’enfant peut déjà toucher son sexe à l’occasion, l’agripper en cas de stress ou désigner le sexe d’autrui, mais par hasard ou dans le décours d’une exploration générale des corps, sans intentionnalité plus ciblée.
Cette vie sexuelle visible s’accompagne probablement très rapidement d’activités mentales ( élaboration d’images, idées, questions, théories, projets … de nature sexuelle )
Plus l’enfant est jeune, plus il y mélange des activités d’autres parties du corps, en référence à des processus et avec des objectifs identiques : intérêt pour la miction, la défécation, l’anus, la bouche, voire d’autres zones inattendues auxquelles l’enfant attribue les mêmes pouvoirs qu’à ses organes génitaux. Au fur et à mesure qu’il vieillit, et pour peu qu’il soit en bonne santé mentale, l’enfant désinvestit largement ces zones connexes d’intérêt [8], pour s’adonner principalement à la vie sexuelle liée à la génitalité. Nous n’en dirons pas davantage sur ces compagnons archaïques et transitoires de la vie génitale.
Pourquoi des explorations sexuelles, voire des activités à connotation érotique commencent-elles si tôt et s’amplifient-elles chez beaucoup, le plus souvent à l’insu des adultes ?
I. Le développement des organes et des fonctions du corps humain est habituellement très bien organisé et synchronisé. Une extraordinaire « intelligence de la vie » l’a prévu ainsi : les fonctions semblent s’activer au moment où elles deviennent utiles à la progression de la vie de l’individu et à celle de l’espèce, c’est à dire sur le plan biologique, à la transmission à la génération suivante du génome dont nous sommes dépositaires.
« Logiquement », il devrait en être ainsi, plus que jamais, pour l’appareil sexuel, situé au cœur de ce processus de transmission. Eh bien non ! Il existe un hiatus temporel assez incroyable : l’enfant peut découvrir ses organes génitaux, jouer avec voire les abîmer, ou plus fréquemment les habituer à des usages déviants par rapport à la logique de la vie ( la recherche voire le culte du plaisir ) Et il peut s’y exercer des années, avant qu’il n’ait la maturité physiologique pour procréer et encore davantage avant que sa culture d’appartenance ne l’y invite ou avant que son intelligence et ses valeurs ne lui conseillent de programmer ce qu’il considère constituer une parentalité responsable.
II. Pourquoi ? Un certain nombre de pédagogues affirment que c’est « pour se préparer » : en quelque sorte, roder ses organes génitaux et tâtonner dans les actes de rencontre de l’autre, jusqu’à trouver comment réussir « la totale ». Bah, cette hypothèse téléologique nous fait sourire : ce n’est pas si compliqué pour une femelle de se laisser pénétrer par un mâle, tout de même … et des centaines de jeux sexuels ou de masturbations préalables ne changent rien à l’angoisse de la première fois et aux maladresses qu’elle connote et qui, pour beaucoup, n’en font pas le meilleur souvenir du monde.
Et s’il n’existait pas de réponse rationnelle à la question ? Nous décrirons bientôt une liste des facteurs biologiques, intra psychiques et externes qui contribuent à l’éveil de la sexualité. Mais les invoquer n’explique pas fondamentalement pourquoi la nature (ou l’Esprit) a mis si précocement à la disposition de l’enfant des parties si précieuses de son corps, pour se livrer dessus à nombre d’expériences qu’il choisit de faire (souvent) ou qu’on l’oblige à faire ( plus rarement : c’est le sinistre domaine de l’abus sexuel ( Furniss T., 1993 ; Hayez J.-Y., de Becker E., 1997 ))
I. En accédant à l’adolescence, puis à l’âge adulte, le grand nombre reste porteur du projet de transmission et veut le concrétiser par la procréation. De ce grand nombre, dans nos sociétés occidentales, beaucoup veulent le faire de manière « responsable » en programmant, judicieusement à leurs yeux, le nombre et les modalités de leur descendance. Au moins autant qu’à la transmission génétique, c’est à la transmission spirituelle qu’ils sont attachés : on peut l’illustrer via tous ces couples (voire ces individus) où il existe des obstacles biologiques à la procréation naturelle, et qui passent par la procréation assistée ou par l’adoption.
Ce même groupe intègre quasi systématiquement sa sexualité à visée procréative à la création et au maintien du lien amoureux ; lien dont l’existence sera célébrée réciproquement par la sexualité à visée non procréative, habituellement bien plus abondante !
En ce troisième millénaire, lien amoureux n’est plus synonyme de fidélité pour la vie, comme on le voit dans quelques autres espèces de mammifères. Les liens se font et se défont ! En outre, pour beaucoup d’humains, la recherche du plaisir, au sens large du terme, devient une visée « artificielle » de leur sexualité, susceptible d’être dissociée de tout le reste. Ce plaisir, ils le trouvent soit dans les relations menées avec leur partenaire amoureux, soit au dehors : c’est particulièrement patent à l’adolescence où coexistent longtemps dans le désordre masturbations et autres activités plaisantes solitaires, jeux sexuels et autres moments « d’éclate » partagés avec d’autres, liens amoureux plutôt instables et répétés au début, où s’intègre tôt ou tard la sexualité physique.
II. Un sous-groupe minoritaire n‘adhère pas au projet de transmission de la vie, soit en raison de difficultés physiques finalement acceptées ( par exemple : couple stérile sans enfant adopté ), soit parce qu’ils ne le veulent pas ( par exemple : des célibataires dans l’âme, la majorité des couples homosexuels ). Comme les membres du premier groupe, ils s’engagent dans des proportions et avec des mélanges variables dans le lien amoureux et dans la sexualité-plaisir, jusqu’à parfois n’investir que celle-ci. : Ce peut encore être normal et transitoire chez une partie des adolescents, avant création du lien.
Si vous désirez en discuter avec
moi
[1]
Psychiatre
infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de
Médecine de l’Université Catholique de Louvain.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be.
Site Web : http://www.jeanyveshayez.net/
[2] C’est par
simplification que je fais des synonymes de tous ces termes. Etymologiquement,
il y a des nuances que je ne reprends pas ici. Finalement, l’enfant est
l’agent, l’auteur volontaire des actes qu’il pose.
[3] Envie
susceptible d’avoir des motivations multiples : entrer dans le monde du
sexe, bien sûr, mais aussi : se montrer grand, se démontrer qu’on
l’est ; rester l’ami de celui qui invite …
[4] Angoisse
notamment présente « la première fois ».
[5] S’il y a
un majeur et un enfant ou un jeune adolescent, ou un grand adolescent et un
enfant impubère, on est toujours dans le contexte d‘un abus, même si les formes
sont soft et séductrices, et même s’il y a consentement de la part du cadet.
[6] Peur de
l’autre ? Peur de l’agressivité, parfois, mais aussi peur de perdre un
ami, peur de passer pour un naze, etc. …
[7] Je raisonnerai en référence à un adulte ou à un grand
adolescent …. Mais finalement, moyennant quelques transpositions liées au
degré de maturité de la personne, le phénomène peut s’observer à tous les âges
de la vie. Il peut s’appliquer aussi à d’autres transgressions destructrices
non-sexuelles.
[8] Largement, mais rarement totalement ! Chez nombre
d’entre nous, il persiste l’une ou l’autre « fixation » à une zone ou
une activité du corps qui a été « chargée » de beaucoup de plaisir,
voire d’autres émotions fortes, à une époque précoce de la vie : par
exemple, intérêt persistant pour les jeux urinaires. Cette
« fixation » s’active occasionnellement dans les fantasmes ou
les jeux préliminaires ou
accompagnateurs d’activités sexuelles plus mûres. Plus un être humain reste immature, plus cette zone peut
conserver de l’importance, jusqu’à la
fixation perverse à laquelle se réduit alors le plus important de son projet
sexuel.