La sexualité subie
J.-Y. Hayez [1]
§ I. Définition et discussion
§ II. Quelques qualifications
On peut donc considérer que
les actes posés sous contrainte (« subis ») se répartissent sur un
gradient de gravité qui va du bénin à la destruction importante du corps et de
l’esprit de l’enfant….des épines sexuelles aux abus graves
§ I. Définition
Sur le chemin de leur vie, un très grand nombre
d'enfants subiront quelques « épines » sexuelles, ne faisant
qu'effleurer moralement ou égratigner la majorité de ceux qui y sont confrontés.
Par définition, leur effet traumatique ou celui d'activation sexuelle précoce
est bénin chez beaucoup.
Ces « expériences », au
sens large du terme, sont tantôt de purs
hasards malencontreux, sans intention d'aucune sorte, tantôt volontairement provoquées par un agent humain,
qui sollicite l'enfant sexuellement
ou quasi. L'enfant qui y est confronté se
situe toujours à un degré précis sur l'échelle « subir-provoquer ». Lorsqu'il provoque, c'est néanmoins
afin de déclencher une expérience positive, sans imaginer l'atteinte
négative qui va lui tomber dessus !
§ II. Critères de probabilité
Certaines
caractéristiques augmentent la probabilité que l'enfant ne vive l'événement que
comme une épine bénigne :
- Le fait que l'événement soit isolé ou quasi et que
l'enfant ait conscience de ce caractère
non récurrent ou qu'il connaisse et maîtrise les moyens de
contrôler son retour (par exemple, éviter telle fréquentation).
- Le fait qu'il émane d'une personne étrangère à la famille de l'enfant. Si c'est un adulte, le
risque d'atteinte psychique diminue encore si cet étranger n'exerce aucune
autorité officielle ou
morale ni pouvoir d'emprise de facto sur l'enfant.
- Le
fait que l'enfant puisse reconnaître par la suite qu'il n'y avait aucune
intention de lui nuire volontairement, même si cela a produit un effet négatif
désagréable sur le coup.
- Le fait que l'événement
n'entraîne pas tout de suite une grande
frayeur ; que sa remémoration ultérieure ne génère ni trop de honte, ni
d'angoisse, ni de culpabilité ; que l'anticipation de son retour possible
n'entraîne pas frayeur et sentiment d'impuissance.
- Le fait
qu'il soit suivi le plus rapidement possible par de la parole reconstructive :
parole qui explique ce qui s'est passé, qui permet à l'enfant de comprendre qu'il n'était pas
menacé dans son intégrité physique, ou encore, parole qui tente
de rattraper les choses ; parole où l'agresseur rend compte de ses motivations
et demande pardon à l'enfant.
- Pas de traumatisation
secondaire après coup. (cfr chapitre suivant)
§ III. Quelques exemples
Exemples d'événements souvent bénins
- Être bousculé sexuellement par un pair ou un plus
grand être fortement suggestionné par lui ou
être forcé à montrer son sexe, regarder celui de l'autre.
- Être confronté à une exhibition imprévue et sauvage
d'un aîné ou d'un adulte ; être
confronté à l'improviste à des scènes sexuelles ou à de la pornographie,
surtout hard.
- Être
surpris dans une activité sexuelle par un tiers qui désapprouve ou se moque ;
être « cuisiné » pour avouer une activité
sexuelle et en être sanctionné excessivement ; être trahi par le(s)
partenaire(s) qui prétend(ent) avoir été forcé(s).
Venons-en maintenant au thème le plus délicat, celui
de la (quasi-)sollicitation sexuelle faite par un adulte et de l'activité susceptible d'en résulter. Il n'est pas impossible
que cela soit vécu comme « épine »
sexuelle par l'enfant, et ce d'autant plus que l'expérience répond plus
complètement aux critères de bénignité. Ces critères sont parfois rencontrés
dans les « dérapages sexuels » — dans le chef
de l'adulte — dont un certain nombre
représentent, dans le vécu de l'enfant, pas plus que des épines ! Mais cela n'est jamais certain, ni dans
un sens ni dans l’autre.
§ IV. Comment gérer cette question
La majorité des
enfants sont à même de cicatriser rapidement l'impact traumatique ou excitant
de ces égratignures, seuls ou aidés. S'il en est ainsi, nous pouvons nous en
tenir à :
- Les préparer :
leur expliquer que les épines égratignent leur corps sexuel
et génèrent un souvenir désagréable, mais que leur âme et leur
valeur n'en volent pourtant pas en éclats.
- Leur apprendre à se faire respecter et les y
encourager, notamment en acceptant qu'ils nous disent « non » quand
nous leur manquons
de respect au quotidien.
- Les prévenir
qu'ils ne gagneront pas tous ces petits combats sexuels ;
nous en avons perdu quelques-uns aussi et c'est ainsi que va la
vie : il existe de loin en loin une ronce que l'on a vue à temps et que
l'on peut enjamber... ou sur laquelle on s'écorche les mollets.
- Ne pas les traquer, les laisser libres de se
confier ou non à propos de ces incidents. Si un enfant décide d'en
parler, commençons par l'écouter et par le consoler. Puis, étudions
avec lui, de façon réaliste, les tenants et les aboutissants des
réactions susceptibles
d'exister (au moins sur papier).
Être vigilant, mais sans excès
Toute intervention, parentale ou autre, doit veiller
à ne pas provoquer le risque de
la traumatisation secondaire et de la stigmatisation par les pairs. Cela n'en vaut pas la peine pour telle histoire — moche au demeurant — qui s'est passée
dans les douches du club sportif ! Réagir discrètement entre parents, sans dramatiser, voire « l'écraser » pour
cette fois, tout en stimulant la prudence de l'enfant à
l'avenir, peuvent constituer les réactions positives les plus réalistes.
Pour la minorité
d'enfants très vulnérables, déjà fort traumatisés par leur
confrontation à ces petites épines, comment réagir ?
Montrons-nous d'abord sensibles à leur souffrance, qu'ils essaient
souvent de dissimuler : allons à leur rencontre et encourageons-les délicatement à
s'exprimer. S'ils le font, veillons à ce
qu'ils reçoivent de la solidarité familiale et des soins psychologiques adéquats. Par ailleurs, nous
pouvons les entraîner, eux aussi, à mieux
se défendre et à avoir confiance dans leurs capacités.
§ I. Définition et discussion
I.
Définition de l’abus sexuel
Le
mineur est utilisé, sans vrai consentement de sa part, pour la gratification
sexuelle de l’auteur, et au moins autant pour la volupté de pouvoir qu’il en
ressent. Très diversifiés, les abus émanent souvent de familiers de l’enfant,
notamment de membres de sa famille ou d’autres personnes connues qui
commencent souvent par
séduire
l’enfant et par le tromper intellectuellement, plus fréquemment que de
l’effrayer.
Il faut toujours prendre en considération, non seulement le fait « abus » mais aussi le contexte qui le rend possible : constitution de l’être de chaque protagoniste ; états de leurs relations, arrière-plan social. Le fait-abus n’est jamais qu’un maillon fort dans un ensemble expérientiel dont les limites historiques, passées et futures, sont floues : en effet, son chemin dans le psychisme de l’enfant se poursuit après la cessation des actes, dans le sens de la reconstruction progressive ou de la destruction continuée.
II.
Il est impossible de proposer des chiffres de prévalence fiables,
principalement parce que des forces énormes s’exercent pour tenter de
dissimuler ces exactions en y réussissant souvent. Accessoirement, on rencontre
également des problèmes liés aux méthodologies des recherches. Au terme d’une
longue expérience dans ce champ sinistre de la psychiatrie sociale, il me
semble raisonnable de penser que, pour l’abus sexuel répété sur une durée de
temps significative (plus de trois mois), les chiffres sont un peu plus élevés
(6 à 8% des filles – 5% des garçons).
III.
Les abus sexuels frappent les enfants de tous âges : j’ai vu des photos
non truquées de bébés violés ; comme il existe de frêles adolescents en
perdition qui n’oseraient jamais avouer la somme d’humiliations sexuelles
subies au quotidien.
Les
sévices sont susceptibles de prendre place dans tous les milieux de vie :
entre pairs ou dans la fratrie, émanant le plus souvent d’aînés ; dans la
famille, à l’école et même dans les institutions résidentielles censées
rééduquer ou soigner l’enfant. Ils se produisent dans toutes les classes
sociales : les nantis et les puissants dissimulent mieux les leurs tandis
que les milieux défavorisés, surveillés de près par des nuées de services
sociaux, voient trop facilement leurs exactions repérées et exposées au pilori
sur la place publique.
IV.
La prudence reste de mise pour que ce ne soit pas les émotions ni le système de
valeurs des observateurs et des intervenants qui galvaudent le terme
« abus » et l’appliquent aux milieux de vie qui choquent leurs
références habituelles :
-
Par exemple, les familles laxistes, où l’ambiance est « sexe » et où les jeux sexuels dans les fratries sont
plus nombreux qu’habituellement, ne sont pas de par ce seul fait des familles
marquées par la perversion ou par l’abus sexuel.
-
Tout contact physique tendre entre l’adulte et l’enfant ne signe pas
nécessairement de sombres tendances pédophiliques dans le chef de l’adulte. Et
pourtant, il est consternant de constater que les adultes professionnels osent
de moins en moins toucher les enfants, ou reconnaître explicitement le charme
de leur corps, alors que ceux-ci ont tellement besoin de ces signes pour se
sentir aimés et importants.
§ III. L’étiopathogénie
L’abus
ne se limite jamais à l’affrontement, dans une séquence de temps donnée, de
caractéristiques psychologiques et physiologiques de ses deux protagonistes
d’avant-plan, l’auteur concret et l’enfant victime. En effet, une multitude de
facteurs partiels d’incitation s’enchevêtrent ou se mettent en sommation ou en
résonance pour créer une dynamique personnelle, familiale ou groupale ouvrant
la porte à l’abus … et à mille autres caractéristiques de la vie. Les
voici brièvement décrits, en allant du plus général au plus particulier :
I. Les facteurs sociaux
A.
L’humanité et sa liberté.
Comme
la conscience réflexive et la liberté intérieure exercent une fonction centrale
dans l’espèce humaine, celle-ci est capable du meilleur ou du pire à l’égard de
ses propres petits. Le meilleur existe,
présent dans tant d’actes de sollicitude, de dévouement et de générosité
qu’aucun animal ne pousserait jamais aussi loin. Mais le pire aussi : ici des
individus, des groupes, des nations choisissent de sacrifier les intérêts
profonds des enfants, parfois leurs propres enfants, à des objectifs d’adultes
estimés prioritaires.
S’en
suivent alors, pêle-mêle : les actes d’abus individuels ;
l’exploitation sexuelle commerciale des enfants ; l’indifférence ou la
lâcheté active des témoins, etc.
B.
Les sociétés, leur organisation et leurs aspirations.
En
nous en tenant aux sociétés industrialisées, bien des facteurs incitent au
passage à l’acte sexuel. Par exemple :
-
L’ambiance de stress diffuse de la vie contemporaine ; la nécessité d’être
efficace, vite et bien, qui nous fait utiliser les enfants comme le
punching-ball de nos frustrations.
-
Le matérialisme et la promotion d’idées d’égo-centration. « Fais ce qui te plaît », dit-on, et
non plus « Retiens-toi pour le
bien-être de tes proches et de tes enfants ».
-
Les messages de consommation sexuelle qui inondent nos médias et la vie
quotidienne de nos sociétés.
-
Etc.
C. Le dysfonctionnement occasionnel des
institutions
En nous limitant aux institutions chargées de
prendre en charge l’enfant victime d’abus, même si ceci semble paradoxal,
il y existe souvent des facteurs négatifs, dits de « traumatisation
secondaire », parfois plus importants que les positifs. En voici quelques
exemples :
-
L’incompétence d’une partie des intervenants, la bureaucratie, la
non-adaptation des rythmes institutionnels au temps vécu par les enfants
( par exemple, les délais d’audition, même lorsque les enfants sont tout
petits ! ) ;
-
Les rivalités, les clivages, les revendications de pouvoir entre
intervenants ;
-
Les logiques et objectifs radicalement différents entre les dites institutions
et surtout, le manque de volonté réelle d’harmonisation. L’harmonisation, ce
n’est pas la négation des différences !
Ainsi,
par exemple, la Justice pénale a pour intention centrale la poursuite de
l’auteur et la sanction du délit bien prouvé, ce qui la met régulièrement en
porte-à-faux avec les besoins de l’enfant victime, à commencer par celui d’être
reconnu.
- Dans le chef des institutions et même de toute la société : la frilosité, et même la suspicion sont occupées à reprendre du terrain par rapport aux paroles de plainte des enfants. Il y a des mouvements en balancier de l’Histoire dans ce champ : les découvertes pédiatriques des années 1950 ont créé dans l’opinion publique beaucoup d’indignation et de confiance faite aux enfants … mais c’est occupé à se terminer : les pouvoirs adultes en place en ont assez de ces petits impertinents qui quittent leur rôle de victimes silencieuses pour oser les déstabiliser : souvent inconsciemment, par leur résistance à les entendre, ils les remettent de plus en plus à leur place de non écoutés.
D. Les dysfonctionnements familiaux
La
majorité des abus se déroulent dans l’intimité des familles, nucléaires
d’origine, recomposées ou élargies. Alors, dans la plupart des cas, les
relations entre les membres de ces familles sont durablement dysfonctionnelles
et prédisposent au passage à l’acte sexuel. Quelques dérapages de brève durée
constituent l’exception, où les
circonstances sociales jouent de tout leur poids pour déstabiliser brièvement
des personnes ou des familles habituellement équilibrées.
Nous
nous limiterons à évoquer l’un ou l’autre phénomène familial d’ambiance
particulièrement préoccupants, comme la solitude, le repli barricadé sur soi,
le chaos, avec la mouvance perpétuelle des liens et l’inconsistance des
règles; le manque de socialisation et d’éducation des parents et le manque de
valeurs sociales dans la famille.
Ailleurs,
ce sera une ambiance incestuelle diffuse ou émanant de l’un des parents :
séductions perpétuelles, sensualité, allusions sexuelles, voyeurisme et
exhibitions plus ou moins manifestes,
etc.
A
l’inverse, il y a l’ambiance de violence, générée par une personne (père ou mère) ou par un sous-groupe (par exemple, père et frère aîné) qui
terrorisent tous les autres. Les plus faibles constituent leurs punching-balls
et/ou leurs poupées sexuelles.
Certaines
familles cachent très bien un jeu pervers, sous les apparences de la plus
parfaite normalité, voire du dévouement social. Ce jeu implique activement au
moins un des parents, avec une position variable pour l’autre (entre ignorance
et complicité plus ou moins active).
E. L’absence
ou le rôle négatif du tiers
Les
tiers sont les individus, les groupes ou les institutions côtoyant la violence
sexuelle qui s’exerce entre l’auteur et sa victime.
Dans
la majorité des cas, si celle-ci peut s’installer ou persister, c’est aussi
parce que ces tiers n’ont pas pu ou voulu prendre une place efficacement
positive pour protéger la victime, dialoguer avec l’auteur ou interpeller des
professionnels compétents.
Pourquoi
cette non-prise de responsabilité ?
-
Par vraie ignorance, parfois ;
-
ailleurs, ce tiers est bien trop absent pour mettre en œuvre une part de
vigilance : trop occupé par son travail, obligé de travailler la nuit, ou
radicalement absent, comme dans les familles monoparentales[2]
-
Plus souvent cependant le tiers a des doutes et fait la politique de
l’autruche, en raison de l’angoisse si pas de la terreur que soulève en lui
l’idée de la révélation des faits ( violence de l’auteur, éclatement des
structures actuelles ; honte publique ; etc. ) ; parfois
aussi, il peut s’agir de l’ambivalence que ce tiers vit à l’égard de l’enfant
sacrifié, jusqu’à ressentir qu’après tout, ça arrange bien les choses que
l’auteur se soulage sur ce dernier … jusqu’à se venger sur l’enfant d’autres
maltraitances que l’on a subies soi ;
-
Manque de solidarité de la fratrie ou d’autres enfants proches.
II. Facteurs de provocation, volontaire ou non, émanant de l’enfant-victime
Ces
facteurs ne jouent pas de façon constante et c’est alors sur un enfant
sans caractéristiques particulières que s’abattent les sévices. En Belgique,
depuis 1995, An, Eefje, Julie,
Melissa, Sabine, Laetitia, Loubna, Elisabeth et tant d’autres en ont été
et sont encore de sinistres illustrations.
Plus souvent cependant, il émane de l’enfant comme des points d’appel qui vont attirer sur lui l’attention négative du futur auteur ou l’inertie des tiers :
- Par exemple : pouvoir de séduction
particulier ; sentiments oedipiens intenses ;
non-socialisation ; carence affective et besoin d’être aimé par n’importe
quel moyen ; hyper-érotisation …
D’autres
de
ces enfants n’intéressent personne ; d’autres sont susceptibles de
comprendre ce qui leur arrive moins vite que les autres; autant pour les
moyens efficaces d’esquive et pour la capacité de révéler et de demander
de l’aide ;
-
Au début du processus d’abus, nombre d’enfants pourraient se protéger plus efficacement de leur agresseur.
Certains y parviennent bien, discrètement ou avec de l’aide. Mais beaucoup ne
réagissent pas, par ignorance ou soumission, en référence à une image immature
de ce que doivent être les rapports enfants – adultes, ç'est à dire des
rapports d’obéissance. (« On doit
obéir à l’adulte, qui a nécessairement raison. »)
Par
la suite, une petite partie des enfants se transforme de l’intérieur et élabore
des stratégies d’adaptation … qui ne
font qu’aggraver les choses : dépression, culpabilité et soumission ; confusion des idées et adhésion
partielle à celles de l’auteur ; masochisme et adoption de comportements
de provocation enrageants pour l’auteur, etc.
III.
Caractéristiques intrapsychiques des auteurs directs
N’importe
qui peut déraper et se dévoyer transitoirement. Néanmoins, dans la majorité des
cas, on se trouve face à l’une des cinq grandes constellations intra-psychiques
que voici, énumérées en ordre de fréquence décroissante, et qui sont donc
susceptibles de provoquer des abus répétés :
-
L’insatisfaction de soi ; le vécu chronicisé d’échec, d’infériorité, de
manque de valeur. Ici, l’ambiance familiale est souvent marquée des mêmes
caractéristiques : solitude et grand froid. Alors, l’enfant peut être vécu
comme une compensation affective et sexuelle.
-
L’inorganisation de la personnalité ; l’absence de stratégies de
socialisation ; l’incapacité à résister aux pulsions sexuelles lors des
frustrations et des tentations. Ici, il est fréquent que toute la famille soit
chaotique.
- L’adulte « suavement immature
œdipien », secrètement fixé au maternage sensuel qu’il a reçu ; il
séduit ses enfants et le « sale gosse »
attardé resté en lui se livre à des
jeux sexuels avec eux.
-
Le parent ou l’adulte tout-puissant, violent physiquement ou autoritariste
jouant de l’exercice de sa voix, de ses muscles, de sa volonté et de ses
arguments intellectuels. Il terrorise et frappe ses enfants ou les hypnotise et
exerce une sorte de droit de cuissage sur eux.
-
Le pervers, au sens sexuel du terme : ici, la personne de l’enfant n’a
aucune importance, seule compte la jouissance jugée « exquise » que
provoquent des activités précises, au scénario répétitif : par exemple le
déshabiller, lécher ses pieds, pratiquer une sodomisation, etc …
Lorsque
l’une de ces dimensions intra-psychiques est en place, il peut encore s’y
ajouter :
-
La part possible de la génétique : à l’origine d’un équipement
psychophysiologique, d’un soma, et d’un tempérament de base qui nous
différencie les uns des autres.
-
La dépendance aux plaisirs que l’activité sexuelle procure à l’auteur :
chez certains sujets, les plus atteints, on n’est pas loin de la franche
addiction.
- Enfin, il faut toujours évaluer ce qui demeure de la liberté intérieure de
l’auteur ; dans la (grande) majorité des situations, les abus qui
s’abattent sur l’enfant ne sont pas le strict résultat d’impulsions
irrésistibles. Même si l’être humain qui s’y livre y est prédisposé, par sa
génétique ou par sa psychopathologie, il choisit in fine, et il programme en connaissance de cause
d’achever le comportement répréhensible vers lequel son destin commence à le
pousser. L’auteur a donc en lui, et une dimension pathologique et une dimension
mauvaise, qui lui fait choisir de l’immoral. Il relève et de soins et de la
réprobation de la communauté.
On
peut présenter ce qui précède de façon plus schématique :
MONDE Expériences Expériences relationnelles Le troisième pôle
EXTERNE Relationnelles et sociales du présent (« témoins »)
du passé
Vécus subjectifs, Rétractions
mise en place de la
Renforcements
personnalité
A
U
T
Liberté Projet A bus Enfant-cible
E Pressions d’abus
( caractéristiques )
U
R
Prédispositions
MONDE
génétiques
EXTERNE
§ III. Les atteintes majoritairement présentes chez
l’enfant-victime
L’atteinte
de l’enfant est la conséquence, non seulement des actes abusifs directs dont il
est l’objet, mais aussi de l’ambiance relationnelle générale dans laquelle ils
ont le champ libre. Sont affectés en proportions variables : son corps,
ses idées et ses valeurs, ses grands sentiments et les représentations qui les
accompagnent, la mise en place de certaines dimensions de sa personnalité et
ses comportements.
Beaucoup
sont psychotraumatisés plus ou moins longtemps. Une minorité est « allumée
sexuellement » précocement et abondamment. Une minorité encore est à peine
atteinte psychiquement, davantage troublée que blessée, et tourne rapidement la
page de ce qui lui arrive.
I. Les enfants psychotraumatisés
A. On constate fréquemment de la distorsion cognitive, c’est à dire des erreurs de pensée, en partie induite par l’auteur et en partie générée par le pouvoir d’autocréation de l’enfant, ici erroné. Un certain nombre pense être vraiment mauvais et mériter son sort ; d’autres encore pensent que la manière dont on les aime, avec du sexe, est normale, si pas un cadeau privilégié ; ils en voient une confirmation dans les éventuels moments d’excitation et de plaisir que leur corps ressent, etc.
B.
L’enfant est fréquemment habité par un va-et-vient d’affects pénibles et de
représentations mentales qui y sont liées (« vécus
intérieurs »).
Les
vécus intérieurs les plus habituels sont :
·
L’angoisse : angoisse de
l’imprévisibilité du retour du sévice, souvent avec des préludes odieux ;
angoisse d’avoir mal, d’avoir le corps définitivement abîmé, de mourir
peut-être ; angoisse que ça se voie à l’extérieur, d’une manière ou d’une
autre ; angoisse d’être repéré et « cuisiné » pour
avouer ; angoisse de tout détruire autour de soi ou de la punition,
jusqu’à aller en prison parce que « on l’a fait »; angoisse d’être
abandonné, de perdre l’affection des autres parce que stigmatisé ; etc.
ILL. Avec Michaël, huit ans, anormalement agité et agressif depuis un abus sexuel répété, avec sodomie, commis par un marginal proche de la famille, il faudra que je recoure à des jeux de rôle pour l’aider à exprimer ses angoisses les plus secrètes … dans les jeux de rôles, je suis un petit garçon en visite chez le Dr et je lui demande, en n’osant pas trop poser ma question, si ça peut arriver que des petits garçons attendent un bébé quand ils ont été sodomisés. Malgré qu’il m’assura que ça n’arrivait presque jamais, le Dr eut l’air très soulagé que je lui pose la question, et nous pûmes en discuter entre hommes …
·
La tristesse, la désillusion, le
désespoir : se sentir ne valoir rien, ni pour l’auteur, qui ne se retient
pas, ni pour l’entourage ; se sentir un enfant inefficace, incapable de
bien se protéger : une sorte de mouton noir marqué par le doigt du destin
pour être attaqué à juste titre. Perdre confiance dans la grande majorité des
autres ; se barricader dans sa solitude. Tristesse qui peut continuer
après la révélation, si l’ambiance est à la traumatisation secondaire.
La tristesse a très souvent une
forte corrélation avec une mauvaise image de soi. L’enfant se confirme pour lui
tout seul sa non-valeur, présente et à venir.
ILL. Un père fait des attouchements sexuels sur sa fille Noémie (neuf ans) et sur une petite amie venue loger à la maison. Celle-ci révèle tout. Scandale. Le couple parental se sépare et le père fait de la prison. Mais il veut « posséder » Noémie, et même sorti de prison, il vient l’attendre l’une ou l’autre fois à la sortie de l’école … Noémie a perdu toutes ses amies, et a l’impression qu’elle n’en retrouvera plus jamais ; elle somatise beaucoup … et symbole sinistre et merveilleux à la fois, elle me dessine, au lieu d’un personnage, une tête de petite fille, sans corps et marquée au fer rouge par de nombreux et gros grains de beauté. Beauté maudite, qui a attiré l’attention de son père, et l’envoie ensuite au monde des damnés !
La tristesse a également une forte corrélation avec
la culpabilité : l’enfant se sent en faute simplement parce qu’il l’a
fait … ou que cela lui a plu à certains moments …
● Chez quelques-uns, surtout dans les
contextes les plus violents et les plus barricadés de silence, des
représentations agressives inconscientes peuvent s’accumuler lentement :
même sorti de la dynamique de sévices, l’adolescent, puis l’adulte sont comme
des bombes à retardement ; qui ont la haine en eux.
C. Les comportements qui s’en
suivent
1.
Chez beaucoup, la vie quotidienne reflète ce mal-être intrapsychique
diversifié. Il y aura donc des indicateurs d’angoisse ( jusqu’au franc syndrome
de stress post-traumatique ), de tristesse, de désillusion si pas de désespoir
face aux autres ; des signes
d’échec, d’autoagression ou d’évitement des sources de joie, liés à la mauvaise
image de soi, apparaîtront également.
Ce
n’est cependant pas systématique : certains se montrent presque capables
d’avoir une double vie. Ils s’efforcent de ne plus penser aux moments des abus
et ne s’y prêtent que de corps. Leur vrai « Soi » est ailleurs. De là
à dire que ce « Soi » de tous les jours est bien épanoui, il y a un
pas à ne pas franchir !
2.
Qu’en est-il de la régulation quotidienne par l’enfant de son agressivité ou de
sa sexualité ?
En
cas de sévices sexuels, il existe chez beaucoup d’enfants de nombreuses
réactions de pudeur, d’inhibition ou/et de gêne anormalement contraignantes. On
peut observer néanmoins chez eux de
loin en loin, de façon imprudente, des moments de sollicitation inadéquate,
impulsive et parfois brutale de l’autre, tant d’adultes souvent connus que d’enfants beaucoup plus jeunes. Ici
l’enfant abusé veut reprendre le pouvoir sur l’exercice de sa sexualité, dans
une dynamique d’identification à l’agresseur.
D.
Enfin, à quels comportements a-t-on à faire face aux abus eux-mêmes ?
Seule
une minorité d’enfants, indignée, choquée, confie rapidement à une personne de
confiance les sévices dont il vient d’être victime.
Bien
plus souvent, l’enfant-victime participe à la loi du silence. Il s’efforce même
de dissimuler les preuves qu’il est agressé. Face à son agresseur, il finit par
se soumettre plus ou moins passivement. Il « entre » dans la culture
de l’isolement et du secret que l’agresseur instille autour de sa relation avec
lui. Pourquoi ? Peur des conséquences de la révélation, désespoir,
mauvaise image de soi, idée fausse qu’il vaut encore mieux être aimé comme ça
que pas aimé du tout … La majorité des abus demeure donc probablement
définitivement cachée, ou liée à des révélations tardives, à l’âge grand
adolescent ou adulte.
II. Les enfants
« allumés »
Certains
abus ne se déroulent pas dans un contexte d’angoisse, mais plutôt de séduction,
de tromperie intellectuelle douce, d’initiation au plaisir physique, de
privilèges affectifs offerts …
Alors,
une (bonne) partie des enfants peut s’y laisser prendre avec comme
conséquences :
A.
Recherche active de la perpétuation du lien affectif (et sexuel) avec
l’auteur’, qu’il s’agisse d’inceste ou de pédophilie. Comportements qui
montrent bruyamment l’existence d’un lien sexuel et affectif privilégié ;
ou, au contraire, dissimulations habiles pour masquer le lien.
B. Ou/et éveil
précoce de l’hédonisme sexuel chez l’enfant. Plusieurs chemins s’ouvrent alors
à lui et par exemple :
1. Devenir
un enfant « sans retenue sexuelle » (cfr le livre « La sexualité
chez l’enfant »)
2. (Plus rare) s’identifier totalement à l’adulte
initiateur et reproduire ses perversions (par exemple pédophiliques)
3. (Plus rare)
réorientation homosexuelle (mais il faut aussi d’autres facteurs de
prédisposition)
III. Les atteintes physiques
Après
révélation d’abus sexuel, les stigmates physiques de celui-ci sont loin d’être
constants : dans 40 à 50 % des cas, le corps de l’enfant est intact et
n’est pas souillé par des traces spécifiques de son abuseur. Les autres fois,
il y a suspicion ou preuve d’abus sexuel (défloration ; lésions
anales ; maladie vénérienne ; voire grossesse), mais pas ipso facto
preuve de l’identité de l’abuseur !
§ IV. Le devenir à long terme des victimes
I. Des critères
de gravité
Il
existe des critères qui permettent de prédire prudemment que l’atteinte
psychique de l’enfant sera plus grave et plus durable :
-
Des facteurs individuels de tempérament (manque de résilience ; tendance
au pessimisme, à la dramatisation, au laisser-aller, etc.) ;
-
Le caractère abondant et répétitif des abus et
l’imprévisibilité du moment de leur retour ; le fait qu’ils soient
imposés et échappent à tout choix de l’enfant ;
-
Une solitude de plus en plus totale : l’enfant ne trouve aucun recours, soit que les abus ont
lieu en grand secret, soit que les
témoins se montrent parfaitement indifférents, si pas soulagés de ne pas en
être la cible ;
-
L’ambiance dans laquelle se déroule les abus : vraiment effrayante, elle
est source de stress post-traumatique ;
perverse, elle peut allumer sexuellement l’enfant et lui donner le goût
d’une sexualité plus ou moins déviante ; certains abuseurs tout-puissants
veulent posséder toute la vie de l’enfant (ses pensées, l’obliger à s’habiller
comme ils le veulent)
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L’argumentation à laquelle l’auteur recourt pour justifier les abus : culpabiliser
l’enfant ; lui faire comprendre qu’il sera coupable de détruire la famille
s’il parle ; lui dire qu’on fait cela pour son bien, que c’est une forme
évoluée de l’amour parental …
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Le degré d’effraction dans le corps de l’enfant surtout si c’est brutal et non
consenti. Mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai, par exemple, les dégâts
de la seule cruauté morale peuvent être considérables ;